Peine de prison ferme pour excision
Le 8 janvier 1993, Mme Teneng Jahate, Gambienne, a été condamnée à cinq ans de prison dont quatre avec sursis pour « coups et blessures volontaires sur enfants de moins de quinze ans ayant entraîné une mutilation », c'est-à-dire pour excision. Depuis plusieurs années, les procès pour excisions se sont multipliés et les peines sont allées en s’aggravant mais c’est la première fois qu’une peine de prison ferme est adoptée. A chaque fois, c'est en fait une coutume barbare qui est jugée à travers la femme qui est dans le box des accusés et qui, la plupart du temps, ne comprend rien à ce qui lui arrive. Teneng Jahate, comme d’autres avant elles, a expliqué à l’audience, « je voulais que ma fille soit propre ». Nous avons déjà dit dans des numéros précédents (n°51 et 57), combien il est difficile pour une mère africaine de ne pas obéir à la coutume, aux désirs des anciens restés au village : ne pas exciser sa fille, c'est empêcher peut-être son mariage ultérieur, la couper de sa communauté d’origine.
L’excision, mutilation volontaire, doit être reconnue comme telle dans la loi et effectivement susceptible d’être punie. L’excision et l’infibulation doivent, à terme, être définitivement abolies sur le territoire français et partout dans le monde. On peut néanmoins se demander si, en l’état actuel des choses, la sévérité des juges sera comprise par les éventuelles contrevenantes et si elle aura un effet dissuasif. Le risque est grand que les fillettes continuent à subir ces mutilations, mais cette fois, lors d’un séjour en Afrique. Il semble plus facile à l’Etat de condamner que de mettre en place une réelle aide aux femmes immigrées pour se libérer de coutumes opprimantes. Avant de multiplier les procès, il semble qu’il serait plus opérant de mettre en place un véritable service d’accueil pour les femmes venant des pays pratiquant l’excision, d’intégrer cette préoccupation dans les consultations de dispensaire, de PMI (Protection maternelle et infantile). Il faut doter de moyens les associations ayant déjà une expérience sur ce terrain. Une pression diplomatique devrait être exercée sur les pays où ces pratiques se perpétuent, pour qu’une véritable coopération de lutte contre ce fléau soit mise en place. Les femmes doivent se sentir soutenues et c’est en toute connaissance de cause qu’elles doivent rejeter cette tradition mutilante.
La CEF en séminaire
Les 24 et 25 octobre 1992, la Coordination européenne des femmes (CEF), qui regroupe des femmes des douze pays membres de la communauté européenne, a tenu un séminaire sur « La répartition du travail et des richesses ».
Partant du constat du paradoxe entre, d’une part, l’aggravation de la crise économique, du chômage et de la pauvreté et, d’autre part, l’accroissement des gains de productivité, les participantes ont entamé une réflexion collective afin de tracer les perspectives de transformation vers une société « libérée » du travail et par-tageuse de ses richesses.
Trois thèmes ont été abordés : l’incidence des nouvelles technologies sur la répartition du temps de travail et des richesses, les conséquences d’une nouvelle répartition du travail sur l’indépendance économique des femmes et la division des rôles, les mécanismes d’exclusion des femmes et de renforcement de la division sexuelle du travail au travers des législations nationales et européennes.
Les femmes salariées européennes ont en commun d’être la part la moins protégée et la moins « légitime » de la force de travail. Elles occupent les emplois peu qualifiés et sont directement menacées par l’introduction des nouvelles technologies. Elles sont encore souvent considérées comme des salariées « d’appoint » avec des salaires en conséquence. En période de chômage, qui les touche déjà prioritairement, on voit resurgir les discours sur leur retour au foyer.
Une transformation radicale de la répartition du travail et des richesses est nécessaire pour bouleverser nos sociétés inégalitaires, particulièrement vis-à-vis des femmes. Cela suppose également de remettre en cause la logique productivité, consumériste, et de repenser profondément la place du travail. Quelques propositions immédiates et alternatives ont été discutées dans ce séminaire : par exemple, la généralisation d’un revenu minimum garantissant les droits élémentaires de logement, de nourriture, de santé, d’éducation, d’habillement, pour toutes et tous ; la réduction du temps de travail à trente heures maintenant et à vingt heures demain, le partage des richesses et de la propriété, ou encore la redéfinition des activités socialement utiles.
La CEF, attachée à la solidarité mondiale, a également adopté des motions de soutien aux femmes violées en ex-Yougoslavie, aux victimes de la faim en Somalie et réaffirmé sa volonté de combattre tous les racismes et nationalismes, pour une Europe solidaire et égalitaire.
Comité français de la CEF, c/o MFPF,
4 square Saint-Irénée, 75011 Paris.
La mairie de Lille racole
Voici un extrait du dossier de presse de la revue Club communication futur de la mairie de Lille, fourni aux personnels de l’Institut national de la propriété industrielle, délocalisés à Lille.
« Enfer « Si malgré tout ce qui vous a été dit, vous continuez à croire à “l’Enfer du nord”, nous avons un joker : les femmes.
« Méjïez-vous des femmes du Nord. Elles sont pétillantes, belles, généreuses, chaleureuses, sportives, séduisantes. Actives et créatrices.
« Souvent fort troublantes. Célibataires, vous passez par le Nord-Pas-de-Calais pour quelques années, un stage, un contrat. Vous êtes cuits. A perpette !
« Bienvenue en Enfer! »
Cela se passe de commentaires ! Nous ne rajouterons qu’une information pour les services municipaux lillois, la majorité des délocalisés sont des femmes (comme par hasard...) qui vont sûrement fort apprécier la mentalité des hommes de ce paradis du Nord.