Just another girl
Just another girl est le premier film de Leslie Harris, une jeune cinéaste noire américaine de trente-deux ans, venue de la publicité. Son héroïne, Chantel, une lycéenne afro-américaine de dix-sept ans, adolescente exaspérante, ne se soucie semble-t-il que de rap le samedi soir, de nouvelles tenues, et de ponctuer la moindre de ses phrases d’une bordée de jurons. A l’école, qu’elle fréquente assidûment, elle perturbe tous les cours qui diffusent, selon elle, une version réductrice ou européocentrique de l’histoire. Elle proclame, s’adressant directement au spectateur, qu’elle veut être maîtresse de son destin, étudier la médecine, échapper à la sorte de vie que mènent ses parents. La comédie grinçante, exaspérante comme son héroïne, change de ton : Chantel est enceinte, elle ment à ses amies, cache à sa mère sa grossesse, dépense allègrement l’argent donné par son petit ami pour avorter.
La réalisatrice ne revendique pas, elle se limite au constat, globalement négatif : Chantel est une fille ordinaire. Un seul personnage échappe à l’absence d’émotion et à la distance glacée de l’image publicitaire qui aseptisent le film : celui de Paula, une femme médecin noire. Elle informe Chantel des possibilités d’avortement et lui précise que ce simple conseil la place dans l’illégalité. Elle répondra, plus tard, à l’appel au secours de la jeune femme qui accouche dans l’angoisse, la panique. On aimerait que la réalisatrice manifeste davantage de cette sympathie-là pour son personnage principal.
Hexagone
Malik Chibane, le réalisateur de Hexagone , n’est passé ni par une école de cinéma, ni par la réalisation de films publicitaires.
Il a monté son film à force d’obstination, d’amour et de respect pour ses personnages, garçons et filles de la banlieue nord, Goussainville pour tout dire. On n’y entend pas du rap comme musique obligée de la périphérie, on n'y voit pas le basket des rues, on ne s’attarde pas sur les décors « destroy ». On y constate le passage du temps, des générations. De la mère qui part à l’aube avec d’autres femmes dans la camionnette d’une entreprise de nettoyage et consulte un marabout pour sauver son fils qui se drogue, à la fille aînée revenue du « bled » où
Le seizième Festival international de films de femmes a mis en exergue de son programme 1994 une déclaration de Jane Campion, première cinéaste femme à avoir reçu la Palme d’or à Cannes pour La Leçon de piano : « J’adore les femmes, et je suis moi-même une femme et très contente de l’être. C’est aujourd’hui la condition la plus enviable... Et pourtant je sais que nous vivons dans un système patriarcal, et en particulier dans le cinéma, c ’est pourquoi je me sens une grande responsabilité quand je donne un point de vue féminin sur une histoire. Mais c ’est difficile quand on est une femme et qu ’on fait ce métier de metteur en scène de gagner la confiance des hommes... »
Pour continuer à écrire l’histoire du cinéma des femmes, l’histoire du cinéma tout court, le festival poursuit d’un continent à l’autre sa moisson de films inédits du Vieux au Nouveau Monde. Du Canada, un film de Paule Baillar-geon, des Etats-Unis, un film d'Agnieszka Holland et de Hollande, un film documentaire sur quelques sans-domicile fixe à New York.
L'équipe du Festival n’attend pas que le cinéma ait cent ans révolus pour continuer à montrer que les pionniers du cinéma étaient des pionnières. « Nous voulons nous donner, déclare-t-elle, l’occasion de rapprocher les débuts du cinéma de ce futur annoncé par les nouvelles technologies de l’image et de la réalité virtuelle. En effet une étrange parenté se fait sentir entre ces femmes de la première heure. qui sont venues à la réalisation assez naturellement dans une profession naissante où aucune hiérarchie l’avait mariée son père, à la fille plus jeune que son père autorise à travailler. Le cheminement de chacune d’elles est important aux yeux de Malik Chibane : grands ou petits pas vers une libération personnelle, vers une place moins périphérique dans la famille, et au-dehors.
n ’existait encore, et celles qui aujourd’hui se lancent dans l’aventure des images de synthèse avant que l ’industrie ne leur bloque la voie par des règles trop strictes de profit. » C’est ainsi que l’on verra des films d’Alice Guy Blaché, de Cléo Madison, d'Alia Nazimova, ces femmes appelées « les féministes muettes » comme leurs premiers films, premiers films du cinéma américain auxquels deux hommes ont consacré un petit documentaire. Il sera à Créteil.
Du 18 au 27 mars : Festival de Créteil
Autoportrait de Catherine Deneuve
De la soixantaine de films qu'elle a tournés, Catherine Deneuve en a choisi dix pour l'autoportrait qui lui est consacré cette année au Festival de Créteil. Par deux fois, elle a travaillé sous la direction de femmes cinéastes : avec Agnès Varda, avec Elizabeth Rappeneau ; par deux fois, échec au box-office. De ses films les plus célèbres avec des cinéastes reconnus, on pourra voir notamment Tristam de Bunuel et La Sirène du Mississippi de Truffaut.
Marx Sister
★ Renseignements : J
Festival international ; des films de femmes, j Maison des Arts, fi ptaceSalvadof'Aileixfe* 94029 <�éteBce<te**|