La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Des femmes en mouvements

· Cahiers du féminisme, n° 7, décembre 1978 - janvier 1979 · p. 42-45 · 4 015 mots

La presse féministe

Au moment où l’on constate l’éclatement du mouvement des femmes, la presse féministe ne cesse de se diversifier !

De partout semblent fleurir des bulletins féministes locaux, qui marquent, plus ou moins confusément, la volonté de certaines femmes, de certains groupes, d’exprimer les expériences accumulées ces dernières années, à travers les luttes de femmes, et les regroupements qu’elles se sont données ! La presse féministe nationale s 'est elle aussi, récemment, considérablement développée, et rencontre un « succès » croissant. Cela est du, en premier lieu, à un approfondissement de la radicalisation des femmes qui ne cesse de mettre en avant des exigences nouvelles : le droit de choisir ses maternités, le droit à la libre disposition de son corps, le droit au plein emploi et la revendication d’une égalité sociale effective, le refus du sexisme et de son contingent de violences... Autant de questions qui sensibilisent de plus en plus tes femmes et les amènent à multiplier leurs luttes.

L’existence de ce mouvement social appelle l’existence d’une presse qui en rende compte. Et par ailleurs, en même temps que se développait la presse du mouvement des femmes, les journaux féminins traditionnels tendaient à faire une place à la revendication féministe. Il s ’en créait même d’un genre nouveau comme « F Magasine », journal féministe bourgeois par excellence, qui tout en informant des initiatives féministes, n ’en cultive pas moins le virus de la promotion individuelle des femmes.

Le deuxième élément qui explique la diversité de la presse féministe et son écho actuel, c’est paradoxalement l’éclatement du mouvement des femmes. Eclatement en courants fondamentaux, qui, eux, existeront en permanence dans le mouvement des femmes (réformiste, radical, lutte de classe), mais surtout éclatement dû aux limites actuelles du mouvement des femmes, à ses difficultés à se constituer comme force politique. Cela favorise l’éclosion de multiples projets politiques tentant d’y répondre.

Ces problèmes, il nous semble important de les traiter dans les détails, c'est pourquoi nous ouvrons une série sur la presse féministe.

Nous commençons dans ce numéro par faire le bilan de « Des femmes en mouvements » parce qu’il se rattache à un courant plus fondamental du mouvement des femmes et dont l’écho actuel renvoie justement à la stagnation du mouvement.

Du Torchon Brûle à Des femmes en mouvements

Des femmes en mouvements

« Femmes en mouvements ». avant sa naissance, avait déjà une histoire, une histoire vieille de six années et toute entière, liée a celle du groupe Politique et Psychanalyse. Ce groupe est issu du MLF et est apparu en 1972. a une période ou commençaient a se distinguer des courants politiques divergents sur l'appréciation des luttes de femmes et sur le développement du mouvement.

Parmi les femmes qui collaborent aujourd’hui a la mensuelle, certaines participaient déjà a la rédaction du « Torchon brûle » premier journal collectif du mouvement des femmes français dont 6 numéros parurent de mai 1971 a 1973.

Dans le numéro 2 de la mensuelle (février 1978) « Des femmes » tentent de retracer l'itinéraire de la presse du mouvement en commençant par celui du « Torchon » :

« Un journal de femmes en mouvement de libération. Pour celles qui font ce premier numéro, nous sommes finalement une quinzaine, il ne s’agit pas tant d'écrire, que de donner lieu a ces cris-écrits, comme on peut soi-méme accoucher de son propre corps, et qu'en sorte un cri de vie. Toutes nos forces ont été mises a ce que ce journal existe, concrètement. (...)

« Ensuite, chaque numéro du journal a été fait par une équipe différente. Pour certaines qui ont continué a travailler ensemble, rejointes par beaucoup de femmes, tandis que d’autres s'éloignaient (1 ). cette pratique du journal s'est appronfondie et élargie (2).

« Mais, bientôt plus dans le « Torchon ». où nous avons été quelquefois obligées de nous battre pour faire passer des articles.

« Pulsion de notre désir et de la nécessité, pratique de délivrance des corps singuliers et multiples des femmes en lutte, dans l'espace le plus vaste toujours à redécouvrir et tenir en vie, font de ce corps vivant du « Quotidien des femmes » et « Des femmes en mouvement. »

La continuité du « Torchon » au « Quotidien des femmes >> jusqu'à « Des femmes en mouvements » est ici très clairement revendiquée !

« Des femmes en mouvements »

n'est donc pas un projet nouveau, c'est, sous une forme différente, la concrétisation d'un vieux projet politique, celui du groupe Politique et Psychanalyse. Il nous paraît, à ce titre, important d’étudier le pourquoi de sa résurgence actuelle, et comme il peut, ou ne peut pas servir les intérêts des femmes en luttes.

Une mensuelle de qualité « Des femmes en mouvements » fait donc suite au « Quotidien des femmes », mais une suite bien différente, puisqu’elle s’est installée dans la régularité (la mensuelle) et que, par ailleurs, elle rencontre un intérêt certain. La mensuelle est imprimée à 1 >0 000 exemplaires, diffusée vraisemblablement autour de 80 000 , ce qui la « classe » comme la première revue « féministe » (4) française.

A la lecture des neuf premiers numéros parus, ce qui frappe le plus, c'est la qualité de la mise en page, la manière dont les rédactrices s'adressent aux femmes et la masse des informations et des documents qui est produite.

Cela témoigne incontestablement d’un degré d’organisation tout à fait considérable et même remarquable. Le groupe Politique et Psychanalyse s’est doté d’un véritable petit appareil : un « noyau » qui agit comme moteur politique, un réseau d’édition (« Des femmes », de librairies (Paris, Marseille, Lyon...), des permanentes et, surtout, des contacts dans de très nombreuses villes. Elles n’ont rien à envier aux appareils de certaines organisations ouvrières. Cela peut paraître paradoxal pour un groupe qui ne cesse de dénoncer l’organisation comme la reproduction du pouvoir patriarcal...

Pour nous, il n'y aurait rien d'illégitime à cette volonté d’organisation, si elle était clairement assumée comme projet politique ! Nous y reviendrons un peu plus loin. Donc, en s'en donnant les moyens, « Des femmes » ont pu produire une revue de qualité, de professionnelles serait-on tenté de dire, qui tranche radicalement avec l’amateurisme de la presse militante.

Mais ce qui contribue à l’audience de la mensuelle, ce n’est pas que sa présentation, son esthétisme, c'est aussi son contenu : un contenu qui veut partir de ce que « des » femmes réalisent et des luttes qu’elles mènent.

« Comment je m’en suis sortie »

« Des femmes en mouvements » nous propose dans chaque numéro de la mensuelle des interviews de femmes qui apparaissent comme extrêmement diverses et qui ont été sélectionnées soit pour leur profession, soit en raison de leurs réalisations culturelles. Cela s’accorde avec l’image que « Femmes en mouvements » veut présenter : une mensuelle qui donne la parole à toutes les femmes. En fait, oui, des femmes écrivent dans la mensuelle, parfois des choses intéressantes. Elles écrivent, mais pas n’importe quelle femme, mais pas n’importe comment.

Fréquemment, l'aspect valorisant d'emplois, seulement accessibles à une minorité de femmes, est mis en valeur et sur un mode qui aboutit à la culpabilisation des autres femmes. Ainsi, dans l’entretien avec trois femmes qui ont ouvert l’école Montessori à Montreuil (n° 4 de « Femmes en mouvements ») celles-ci racontent les difficultés à ouvrir l’école, mais l’aspect financier, les origines sociales ne sont pas mentionnés.

Par contre, un titre attire l’œil : « Aucune journée ne ressemble à aucune autre. » Comment ne pas se sentir un peu honteuse quand on vit des journées qui se ressemblent toutes ? A plus forte raison quand le titre d’un article sur Coline Serreau nous la présente ainsi : « Comédienne, scénariste, organiste, cinéaste, poète, trapéziste, entre la boulimie et l’art de la fugue » (« Femmes en mouvements » n° 2) nous laissant entendre : « C’est possible, elle le fait. » Que de femmes doivent se sentir coupables d'avoir une vie si pauvre, si monotone entre métro-boulot-dodo-marmots.

Cela d’autant plus que les barrières sociales à l’épanouissement des femmes dans des emplois qui les intéressent sont mentionnées avec bien moins de force que les réussites individuelles valorisées.

Ainsi, dans une interview. • au demeurant très intéressante de Colette. directrice d'une MJC (« Femmes en mouvements » n° i), le titre met en valeur une phrase précise de l'entretien : « Je ne resterai pas toute ma vie dactylo, je m'en sortirai, je m’en sortirai... »

Ainsi, tout le problème pour les femmes serait de s’en sortir individuellement et avec un peu de volonté... C'est si simple ? Quant à celles qui ne s’en sortent pas... Elles n'ont qu’a méditer cette phrase de la championne du monde junior d’escrime : « Je n’aurais pas dû me faire battre par l'Allemande. Je n’aurais pas du perdre ! » (« Femmes en mouvements » n° >)

La rivalité entre les femmes serait-elle la solution à nos problèmes ?

Certes, ce n'est pas la conclusion à tirer de la majorité des articles. Une impression, au contraire, de grande solidarité émane de ces paroles de femmes confondues. Mais, deux paroles se superposent : celles des lettres, de certaines interviews, des poèmes et surtout de la rédaction, parole qui dit « je »-,-dont on écoute la musique avec plaisir, parole qui séduit, comme la beauté des photos fascine, mais qui renvoie aussi chacune à son isolement une fois le journal fermé. Une fois rendue à la solitude, on s’interroge : pourrais-je participer moi aussi à ce journal si je n'écris pas ainsi ? A la limite, ai-je le droit, moi aussi, d’être une femme en mouvement ?

Une parole différente parfois, celles des travailleuses en grève

Une parole différente, parfois, celles des travailleuses en grève. Dès lors, c’est curieux, le « nous » rempla- n'est donc pas un projet nouveau, c'est, sous une forme différente, la concrétisation d'un vieux projet politique, celui du groupe Politique et Psychanalyse. Il nous paraît, à ce titre, important d’étudier le pourquoi de sa résurgence actuelle, et comme il peut, ou ne peut pas servir les intérêts des femmes en luttes.

Des femmes en mouvements

Une mensuelle de qualité

« Des femmes en mouvements » fait donc suite au « Quotidien des femmes ». mais une suite bien différente, puisqu'elle s’est installée dans la régularité (la mensuelle) et que, par ailleurs, elle rencontre un intérêt certain. La mensuelle est imprimée à 1 10 000 exemplaires, diffusée vraisemblablement autour de 80 000 . ce qui la « classe » comme la première revue « féministe » (4) française.

A la lecture des neuf premiers numéros parus, ce qui frappe le plus. c'est la qualité de la mise en page, la manière dont les rédactrices s'adressent aux femmes et la masse des informations et des documents qui est produite.

Cela témoigne incontestablement d'un degré d'organisation tout à fait considérable et même remarquable. Le groupe Politique et Psychanalyse s’est doté d’un véritable petit appareil : un « noyau » qui agit comme moteur politique, un réseau d'édition (« Des femmes », de librairies (Paris, Marseille, Lyon...), des permanentes et, surtout, des contacts dans de très nombreuses villes. Elles n'ont rien à envier aux appareils de certaines organisations ouvrières. Cela peut paraître paradoxal pour un groupe qui ne cesse de dénoncer l'organisation comme la reproduction du pouvoir patriarcal...

Pour nous, il n'y aurait rien d'illégitime à cette volonté d'organisation, si elle était clairement assumée comme projet politique ! Nous y reviendrons un peu plus loin. Donc, en s'en donnant les moyens. « Des femmes » ont pu produire une revue de qualité, de professionnelles serait-on tenté de dire, qui tranche radicalement avec l'amateurisme de la presse militante.

Mais ce qui contribue à l'audience de la mensuelle, ce n’est pas que sa présentation, son esthétisme, c’est aussi son contenu : un contenu qui veut partir de ce que « des » femmes réalisent et des luttes qu'elles mènent.

« Comment je m’en suis sortie »

« Des femmes en mouvements » nous propose dans chaque numéro de la mensuelle des interviews de femmes qui apparaissent comme extrêmement diverses et qui ont été sélectionnées soit pour leur profession, soit en raison de leurs réalisations culturelles. Cela s’accorde avec l’image que « Femmes en mouvements » veut présenter : une mensuelle qui donne la parole à toutes les femmes. En fait, oui, des femmes écrivent dans la mensuelle. parfois des choses intéressantes. Elles écrivent, mais pas n’importe quelle femme, mais pas n'importe comment.

Fréquemment, l’aspect valorisant d’emplois, seulement accessibles à une minorité de femmes, est mis en valeur et sur un mode qui aboutit à la culpabilisation des autres femmes. Ainsi, dans l’entretien avec trois femmes qui ont ouvert l'école Montessori à Montreuil (n° 4 de « Femmes en mouvements ») celles-ci racontent les difficultés à ouvrir l’école, mais l’aspect financier, les origines sociales ne sont pas mentionnés.

Par contre, un titre attire l'œil : « Aucune journée ne ressemble à aucune autre. » Comment ne pas se sentir un peu honteuse quand on vit des journées qui se ressemblent toutes ? A plus forte raison quand le titre d’un article sur Coline Serreau nous la présente ainsi : « Comédienne, scénariste, organiste, cinéaste, poète, trapéziste, entre la boulimie et l'art de la fugue » (« Femmes en mouvements » n° 2) nous laissant entendre : « C’est possible, elle le fait. » Que de femmes doivent se sentir coupables d'avoir une vie si pauvre, si monotone entre métro-boulot-dodo-marmots.

Cela d'autant plus que les barrières sociales a l'épanouissement des femmes dans des emplois qui les intéressent sont mentionnées avec bien moins de force que les réussites individuelles valorisées.

Ainsi, dans une interview, au demeurant très intéressante de Colette. directrice d'une MJC (« Femmes en mouvements » n° ï). le titre met en valeur une phrase précise de l'entretien : « Je ne resterai pas toute ma vie dactylo, je m'en sortirai, je m'en sortirai... »

Ainsi, tout le problème pour les femmes serait de s'en sortir individuellement et avec un peu de volonté... C'est si simple ? Quant a celles qui ne s’en sortent pas... Elles n'ont qu'a méditer cette phrase de la championne du monde junior d'escrime : « Je n'aurais pas dû me faire battre par l'Allemande. Je n'aurais pas du perdre ! » (« Femmes en mouvements » n° i)

La rivalité entre les femmes serait-elle la solution a nos problèmes ?

Certes, ce n'est pas la conclusion a tirer de la majorité des articles. Une impression, au contraire, de grande solidarité émané de ces paroles de femmes confondues. Mais, deux paroles se superposent : celles des lettres, de certaines interviews, des poèmes et surtout de la rédaction, parole qui dit « je w-.'d ont on écoute la musique avec plaisir, parole qui séduit, comme la beauté des photos fascine, mais qui renvoie aussi chacune à son isolement une fois le journal fermé. Une fois rendue à la solitude, on s’interroge : pourrais-je participer moi aussi à ce journal si je n’écris pas ainsi ? A la limite, ai-je le droit, moi aussi, d’être une femme en mouvement ?

Une parole différente parfois, celles des travailleuses en grève

Une parole différente, parfois, celles des travailleuses en grève. Dès lors, c’est curieux, le « nous » rempla-

Luttes de femmes, mais pas luttes de classes

Des femmes en mouvements, n°7

ce le « je ». Par exemple, dans l’article « Dûs ouvrières occupent l’usine... A Saint-Etienne, à Saint-Chamond » (« Femmes en mouvements » n° i ) : « Nous occupons l’usine depuis deux mois. Nous n’en sommes jamais sorties... Nous avons notre amour propre, nous voulons travailler. » Un autre langage, celui de la lutte. Mais, dès lors, les lectrices ne connaîtront pas le prénom des ouvrières qui parlent. Celles-ci sont rendues à l’anonymat. Il est réconfortant que le « nous » soit utilisé par les femmes qui luttent. Mais « Femmes en mouvements » leur dénie-t-elle dès lors l’individualité ?

Dans l’entretien avec les femmes de Lip, les prénoms sont mentionnés dans la présentation, mais pas devant les interventions. Chaque parole de femme, si individualisée dans les autres cas, aurait donc pu être prononcée par n’importe laquelle des femmes interviewées ? La diversité des sensibilités individuelles n’existe-t-elle plus dans les luttes ouvrières ? Une certaine gène résulte de l’écart entre ces deux paroles. Entre ces deux langages. « Femmes en mouvements » s’intéresse à toutes les femmes, mais les barrières sociales que le courant Politique et Psychanalyse veut considérer comme négligeables réapparaissent jusque dans cette distance avec laquelle sont relatées les luttes ouvrières. Pour un peu, on se prendrait à penser : « Comment peut-on être ouvrière ?) Etles femmes en mouvement, attirées par la séduction de la mensuelle, la préiiosité de la présentation, la solidarité qu'on espère y trouver, risquent d’être déçues d'y trouver des femmes, mais pas de mouvement.

Ce qui fait également la richesse de la mensuelle, c’est sa capacité à mettre à nu l’oppression des femmes à travers toutes les couches sociales, et tous les pays. Reportages, témoignages, interviews décrivent avec minutie les conditions de vie des femmes, leur enfermement quotidien dans la famille, au travail, dans la cité, la rue...

« Femmes, mes compagnes, j’en appelle à vous... » (« Des femmes en mouvements » n° 7.)

Elles nous deviennent proches ces femmes boliviennes, mexicaines, iraniennes, algériennes, égyptiennes... Cette mise en commun de l’oppression des femmes, au delà des frontières, et la force qui s'en dégage, nous la partageons totalement avec « Des femmes en mouvements ».

Mais là où commencent nos désaccords, c’est sur le « comment » répondre à cet /ces appels: comment ras- sembler toutes ces énergies, toutes ces femmes dont la révolte prend des chemins si divers.

« Queremos, queremos, queremos vi-vir... »

Nous voulons, nous voulons, nous voulons vivre... titre un article d’une militante d’un groupe femmes basque. Oui, mais comment changer nos vies, cette société ?

La question est bien là, et d’ailleurs « Des femmes en mouvements » ne la laisse pas sans réponse. De la manière dont elles traitent des luttes des femmes, dont elles rendent compte de leur prise de conscience, de leur regroupement (leurs mouvements, écriraient-elles) se dégage un projet politique, insidieux, jamais très clairement exprimé, mais qui prend corps numéro après numéro.

Leur analyse de la condition des femmes, de leur situation politique et sociale, diffère radicalement quand il s’agit des femmes des pays coloniaux et semi-coloniaux, ou quand il s'agit de celles des pays capitalistes avancés -,

Au Mexique (Des femmes en mouvement n° 6):

« Un peuple en lutte qui n’accepte pas la misère et la répression politique... Il y a une telle urgence à affronter la misère et l’injustice que nous n’avons encore que peu de temps pour penser à nos problèmes de femmes... »

Au Sahara (Femmes en mouvement n° >) :

« Les femmes ici mènent une lutte de libération nationale, est -ce qu'elles mènent en même temps une lutte en tant que femmes ? (...) les situations sont si différentes, les urgences aussi, tant la lutte est ici immédiatement une lutte pour survivre. Et pourtant... A leur tour, elles posent des questions, qu’est-ce qu’un mouvement de femmes en Europe ? »

Dans les pays sous le joug direct de l'impérialisme « Des femmes en mouvements » ne peut se permettre de dissocier les luttes des femmes, des luttes contre l’oppression et l’exploitation de l’impérialisme.

Comme si, là, la misère et l’exploitation étaient visibles mais qu’ailleurs elles n’existaient pas. Dès qu’on franchit le seuil des pays capitalistes, le combat des femmes se dissocie de celui de l’ensemble des opprimés et en particulier de celui de la classe ou- la presse féministe vrière.

La participation des femmes aux organisations du mouvement ouvrier devient une trahison. Pire, elle est niée la plupart du temps ! « Des femmes en mouvements » a réalisé le tour de force de faire un dossier sur les femmes du Nord (n° 4), dans les cités minières, le textile, sans dire un mot sur la participation des femmes aux organisations de la classe ouvrière.

« En Egypte, les femmes ne sont plus voilées, elles sont devenues médecins, ingénieurs. Mais derrière l’apparence de liberté, les pères et les frères font la loi ». (« Des femmes en mouvements » n° 7.)

Révélateur ce critère d’évolution sociale symbolisé par l’ingénieur et le médecin ! Quelle adaptation aux critères de promotion capitaliste des femmes et de la division toute aussi capitaliste du travail. L’aurait-elle dépassée dans « Tailleurs » qu’elles recherchent ? Démarche très idéologique, de femmes qui ont les moyens, (et pas seulement dans la tête) de vivre autrement, de n’être pas astreintes à l’exploitation quotidienne, de ne pas courir de l’usine au marché, du marché à la crèche, de la crèche à la maison...

Oui la lutte des classes nous la vivons, et elle existe déterminant notre vécu, notre statut de femmes. Et c’est en partant de ce vécu, mais aussi de nos espoirs d'émancipation que nous nous inscrivons dans le combat des organisations de la classe ouvrière. Pas ou plus pour les subir, mais pour nous battre. Eh oui, nous femmes, nous avons changé, nous ne nous résignons pas à être simplement présentes, nous voulons pouvoir prendre notre part de décision et de responsabilité dans la société socialiste à construire ! Justement parce que le capitalisme a intégré dans son fonctionnement des éléments du système patriarcal !

Cette sous-estimation de la réalité de la lutte des classes amène « Des femmes en mouvements » à ne valoriser que les cheminements individuels, à ne reconnaître les femmes qu’à travers leur histoire singulière (comme elles disent) et pas leur histoire collective.

Comme si notre mouvement de luttes ne pouvait être que le rassemblement d’individues les unes à côté des autres, chacune en mouvements... Et qu’ainsi, par le hasard ou la force des choses, la force collective des femmes se construirait.

Pour nous ce serait plutôt l’affaire d’une conscience collective à créer, d’une bataille contre l'isolement des femmes que le système capitaliste entretient par mille et une institutions, d’une lutte contre la passivité qu’il nous inculque.

« Le féminisme demande « l’iden

», la « reconnaissance », revendique la notion d’« individus », etc. En mot. il réclame « la castration » et marche dans son fantasme. Aujourd'hui Socialisme et Féminisme, pacifistes, réformistes et progressistes ou soi-disant révolutionnaires, tous deux héritiers de l’humanisme occidental, sont les deux plus puissants piliers du Patriarcat décinant, l’ultime étape historiquement reconnue — du Phallogocentrisme. » (La différence internée, femmes en mouvements 2). Théorie à la mode, agrémentée d’une sauce psychanalytique, qui vient pronostiquer le dépassement du socialisme : des nouvelles philosophes en quelque sorte ......

La force du postulat de départ du groupe « Politique et Psychanalyse », c’est de s’appuyer sur l’éducation phallocratique du mouvement ouvrier est loin d’être dépassée aujourd’hui, même au sein des organisations révolutionnaires et/ou trotskystes.

« Le mouvement de libération des femmes a fait apparaître que tous les partis ont une structure patriarcale. Elles ont mis en question le système de hiérarchie, de représentation, la déléguation de pouvoir sur laquelle fonctionnent les partis. La question était posée en Mai 68, elle n’a pas été reprise ailleurs ; il n’y a que les femmes qui la posent, en mouvements et pas en organisation. Pour nous en mouvement, les partis sont une structure du passé ; historiquement qelque chose s’est ouvert, est devenu possible. » (« Des femmes en mouvements » n° 8-9)

Postulat séduisant pour des centaines de femmes, qui ont fait ces dernières années, l’expérience de l’hostilité ou de l’indifférence des organisations ouvrières face aux exigences et aux revendications féministes. Il nous reste encore, à nous aussi, à faire la preuve de la justesse de notre combat. Et en l’occurrence ce n’est pas que l’affaire des femmes.

J.et D.

Cet article est une première contribution à l’analyse de ce courant du mouvement des femmes, sous forme de remarques, il reste encore bien des choses à en dire. Cela peut donner lieu à un débat, à commencer par leur consigne d’abstention au moment des élections législatives....

Notes

  1. NOTES :
  2. i. On serait tenter de se demander de quoi ? Du mouvement des femmes peut-être. Tout semble l’indiquer puisque «certaines ont continué à travailer ensemble rejointes par beaucoup », alors que pendant ce temps là d’autres.. ..Subtile cette forme d’écriture qui prête si bien à la confusion. En fait «d’autres », il est vrai que de très nombreuses femmes s’éloignaient d’une certaine pratique du mouvement et du journal que préconisaient le groupe «Politique et psychanalyse ». Celui-ci a d’ailleurs connu deux bonnes années de repli, pendant qu’émergeait le courant «luttes de
  3. femmes-luttes de classes » du mouvement des femmes, qui se dotait alors d'un journal. Mais c’est une autre histoire ......
  4. 2. Cette pratique est définie dans l’article comme :«une geste d’écriture, d’inscription aussi bien, multiplie, multipliant cette parole écriture qui poussait là pour se faire entendre, enfin déployée, non appropriée. (...).
  5. 4. Féministe : c’est notre caractérisation. La mensuelle ne se veut pas féministe, elle se veut «en mouvements » ; refusant les étiquettes, les normes qu’elles jugent figeantes et reproduisant l’envers du Patriarcat.

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