PETITE COLLECTION LA BRECHE
Les femmes chinoises et nous (à propos de la publication en français du livre de Katie Curtin : « Les femmes dans la révolution chinoise » )
Les femmes dans la révolution chinoise, Katie Curtin, Petite collection la Brèche
« Les femmes dans la révolution chinoise »
Le sujet nous intéressait toutes les deux, chacune de notre côté, dans nos deux histoires différentes. Les quelques livres sur le thème nous laissaient insatisfaites : opposition sommaire de la Chine-paradis à une Chine-enfer, récits purement anecdotiques. Les ouvrages de Claudie Broyelle, entre autres, excitaient notre curiosité mais tant de questions restaient dans l'ombre : par exemple, la dynamique des rapports entre le Mouvement des femmes et la crise révolutionnaire, entre l’organisation des femmes et le Parti nous préoccupaient. En traduisant Katie Curtin, nous avons en effet découvert beaucoup d’informations sur ces thèmes et nos questions rebondissaient :
Elle écrit : « Au début du 19e siècle, un mouvement organisé contre le mariage se développa parmi les femmes dans le district de Shun -te. Beaucoup de femmes dans ce district, surtout des ouvrières de l’industrie de la soie, refusaient de se marier, restaient vierges et allaient vivre dans des « Maisons de jeunes filles », où elles restaient avec d'autres, qui partageaient leurs idées. Le mouvement, appelé « Les filles qui refusent la famille », s’étendit à un tel point que les autorités de Kwantung furent forcées de faire des maisons spéciales pour ces femmes. Ce mouvement existait encore à la fin des années 30. « (p. 16) ... »en 1911, des étudiantes luttèrent pour avoir le droit de se battre. Beaucoup rejoignirent les brigades de femmes dans les armées de femmes décentralisées... (p. 19) « En 1916, le mouvement, nouvellement créé de Rennaissance chinoise, lança de fortes attaques idéologiques contre la structure familiale... L’ampleur de leur critique se voit dans un article de l’organe du mouvement, la « Nouvelle jeunesse », qui demandait la libération totale des Jemmes de la corvée du travail ménager, proposant que ion organise sur une base collective le soin des enfants, la préparation des repas, le lavage du linge et l’entretien de la maison. » (p. 20-21)... « Au début des années vingt, le renouveau des mouvements luttant pour le droit des femmes avait progressé au point que les organisations de femmes existaient dans pratiquement chaque grande ville et même dans un certain nombre de communautés paysannes. » (p. 21) Et pourtant toute trace de cette autonomie d'organisation des femmes semble avoir disparu dès 1953, seule subsiste depuis une « Fédération Nationale des Femmes » normalisée, et qui, même dans ce cadre n’a pas tenu de congrès de 1 956 à 1 969. Nous lisons (1 ) à propos du dernier congrès de cette fédération qu’en septembre 78 « un marchandage concernant le mariage a eu lieu et des parents sont intervenus arbitrairement dans le mariage de leurs enfants. Les idées bourgeoises, voire féodales ont eu cours de nouveau et des femmes ont été souvent persécutées. »
Pour nous, la question est de comprendre. dans un cadre plus large, comment un mouvement si riche, possédant une tradition de lutte si importante et multiple, a pu être complètement domestiqué par un parti-état bureaucratique.
Cette question, nous avons envie de la poser aux révolutionnaires, aux militants de gauche et d’extrême gauche, à la Ligue particulièrement, aux femmes féministes et révolutionnaires. L’exemple des femmes chinoises nous semble l’exemple le plus dramatique d’un phénomène qui n’a pas épargné aucune « révolution », aucun « Etat soda-
« Les femmes dans la révolution chinoise »
liste ». Tout au long de notre travail, s'est renforcé en nous le sentiment que ces luttes des femmes chinoises, il y a 60 ans comme il y a 30 ans, concernaient, bien avant que syndicats et partis ne s’en préoccupent, des questions fondamentales de notre vie quotidienne : liberté du mariage, droit d’étudier, rapirts hommes/femmes, prise en charge des enfants, droit au travail, travail ménager ; et que, écraser le mouvement des femmes, c’est aussi écraser toute prise en charge politique de ces questions. C’est refaire de la politique une affaire de spécialistes et d’appareils. Pour que la cuisinière puisse diriger l’état, ainsi que Lénine (et nous) le souhaitait, les femmes chinoises savaient qu’il fallait faire de toutes les pièces de la maison une affaire politique, de la cuisine comme de la chambre à coucher.
Notre rapport à l’écriture
Par rapport à ce texte et à ce travail, nous nous situons différemment et nous désirons aborder ici cette question.
Véronique :
Cette traduction fut aussi pour moi l’histoire d’un rapport, d’un rapprochement au langage et/ ou à la parole.
Traduire était donc un moyen (peut-être et sans doute illusoire) de me faire reconnaître (si je ne savais pas parler, je saurais, si ce n’est écrire, du moins traduire) de démontrer que cette langue était mienne (puisque je savais la traduire !!) que ces mots avaient pris sous ma plume de la patine : ils étaient maîtrisés.
C’était donc l’appropriation du « langage politique », c’était aussi symboliquement mettre un pied dans le militantisme, dans la Ligue. (Aujourd’hui les mots « magiques » ne sont plus des monstres, la peur de la parole peut être un peu moins forte).
Claire :
Après des années de militantisme à la Ligue et de travail dans des groupes femmes, mon envie c’était principalement d’élaborer un travail commun clans un rapport autre que l'identité et l’identification illusoire.
Travailler ensemble en se sachant différentes, sur un projet qui nous intéressait toutes deux ; et nous sommes en effet différentes, par l’âge autant que par l’insertion sociale et militante. Traduire à deux, chercher nos mots, s'organiser autour de ce texte, de ces feuilles de papier et une seule machine à écrire ; c’était aussi nous découvrir : une autre
Car il y avait (il y a encore) aux origines multiples, histoire/enfance, de mon
Et dans une période où Ligue, le peu de cas que de moi, si je ne sortais prenais pas la Parole en tion . Comment les « percevoir autrement que un-tel ? Il fallait donc, « ces » militants, savoir parole, c'est-à-dire la saisir,
Le langage « politique premiers obstacles. Militer inconsciemment — ceci savoir utiliser cette myriade utilisés jusque-là « en militer, on ne pouvait employer des mots de tous les jours) (!!)