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Impérialisme, contrôle natal et sous-développement

· Cahiers du féminisme, n° 8, février - mars 1979 · p. 22-28 · 5 365 mots

campagne internationale pour le droit de choisir campagne internationale pour le droit de choisir

Impérialisme, contrôle natal et sous-développement

C’est en Amérique du Nord et en Europe que l’aspiration des femmes à disposer librement de leur corps s’est d’abord manifestée. Dans ces pays fortement industrialisés, la libération des femmes apparaît tout à la fois comme objectivement possible (contrôle des naissances, socialisation de l’éducation des enfants et des tâches domestiques, participation massive des femmes au travail salarié...) et pratiquement impossible tant que subsisteront l’exploitation capitaliste et l’oppression patriarcale. De cette contradiction sont nés les luttes et les mouvements de femmes.

Mais n’oublions pas que le haut niveau de développement des forces productives ne concerne qu’un quart de l’humanité. C’est en effet en Asie, en Afrique et en Amérique latine, que vivent les trois autres quarts et c ’ est là que les statistiques de l ONU comptabilisent les 800 millions d’être humains victimes de la faim, sans parler de ceux touchés par la malnutrition dont le nombre est évalué à deux milliards, soit la moitié de la population mondiale. Nous n’avons qu ’une idée assez abstraite de ce qu ’est la vie — la survie — de ces centaines de millions de femmes qui ne peuvent se nourrir et nourrir correctement leurs enfants.

La campagne internationale pour le droit des femmes à contrôler elles -mêmes leurs maternités a le mérite de ne pas les oublier. Avoir comme slogans centraux, non seulement « Avortement et con -traception libres et gratuits pour toutes », mais aussi « Non à la stérilisation forcée », donne un caractère véritablement mondial à la campagne, unifiant au-delà des différences de situations entre pays capitalistes avancés et pays sous-développés le combat des femmes pour « le droit de choisir ». Un droit qui s ’oppose tout autant au contrôle natal interdit qu’au contrôle natal imposé. Cela dit, la politique autoritaire de l’impérialisme et des bourgeoisies nationales pour réduire le taux de natalité dans les pays coloniaux et semi-coloniaux est généralement mal connue : en quoi consiste -t -elle ? Quels en sont les fondements et les mécanismes ? Comment répon -dre à ceux qui prétendent que c 'est là un des moyens de réduire la faim et la misère dans le monde ? Pourquoi tous les programmes de contrôle natal ou presque ont -ils échoué ? Voilà des questions qu’il faudrait approfondir et populariser au cours de la campagne pour que nos propositions aient un caractère vraiment internationaliste. Le « droit de choisir »... qu’est -ce que cela peut bien signifier quand on a à peine celui de s’alimenter ?

« La vie des femmes qui mourront sons un rêve ,

La mémoire des corps résignés à l'extrême ...... »

l'interdiction faite aux pauvres de procréer

Le premier champ d’intervention des programmes de contrôle natal nord-américains a été Porto Rico dès 192 >. Depuis cette date Pile est devenu un gigantesque laboratoire où ont été expérimentées successivement toutes les méthodes contraceptives utilisées de par le monde. La stérilisation y a été légalisée en 1937, elle est aujourd’hui très officiellement présentée comme « solution idéale ». Les statistiques indiquent qu’en 1 96 i déjà 90 96 des accouchements étaient suivis d’une stérilisation. En 1968, 92 96 des femmes stérilisées avaient moins de 3 > ans. Le proportion de Portoricaines entre 20 et 49 ans qui avaient été stérilisées étaient de 3> ,> 96 en 197>, soit plus du tiers des femmes.

Dans les années 1 9 S0, ce fut au tour des femmes pauvres du monde asiatique de devenir des cobayes. En Inde, les sommes dépensées pour le planning familial ont augmenté de 27 pour 1 000 depuis 2 > ans.

Sur le continent latino-américain, sans doute à cause de l’opposition de l’Eglise catholique, l’impérialisme américain n’a commencé à mettre en place une politique de réduction du taux de la natalité qu’à partir de 1 960. Cette politique n’a cessé depuis de s’amplifier.

En Afrique également, dans de nombreux pays (Egypte, Ethiopie, Mozambique, Niger, Sénégal, Soudan...), les gouvernements, avec l’aide d’organismes internationaux, tentent de u planifier » l’accroissement de la population.

En 1972 déjà, une étude du Population Council (un des groupes nord-américains qui finance des programmes de contrôle natal) montrait que 19 pays, représentant 87 % de la population totale des pays sous-développés, étaient l’objet de programmes officiels de contrôle natal. C’est, on le voit, tout à fait considérable.

Qu'est <e qui caractérise ces programmes ?

Leur critère d’application est prétendument la « surpopulation », en fait, c’est avant-tout la « pauvreté ». Comment expliquer sinon la stérilisation massive de femmes noires, Portoricaines et chicanas aux USA, qui sont, que l’on sache, un pays ni surpeuplé ni sous-développé ? Comment expliquer que la Bolivie qui est peu peuplée soit un terrain d’intervention des institutions nord-américaines pour le planning familial ? Comment se fait-il que la proportion déjà élevée de femmes ayant été stérilisées à Porto Rico (3 1 , > 96) soit encore plus forte (44 96 ) pour la catégorie de la population ayant les revenus les plus bas ? C’est qu’en fait, la politique impérialiste en matière de contrôle natal tend à être une véritable interdiction faite aux pauvres de procréer interdiction au caractère raciste incontestable.

La seconde caractéristique de cette politique, c’est qu’elle s’exerce en général par la contrainte et le mensonge. Le gouvernement indien n’a pas seulement distribué gratuitement des préservatifs, retardé l’âge légal du mariage, donné des primes aux médecins et infirmières pour chaque candidate) supplémentaire à la stérilisation, il a aussi supprimé les congés de maternité pour les mères ouvrières « ayant trop d’enfants », menacé les villages peu réceptifs aux campagnes aa as campagne internationale pour le droit de choisir « La vie des femmes qui mourront sans un rêve ,

La mémoire des corps résignés à l'extrême ...... »

L'interdiction faite aux pauvres de procréer

Le premier champ d’intervention des programmes de contrôle natal nord-américains a été Porto Rico dès 192 >. Depuis cette date l’île est devenu un gigantesque laboratoire où ont été expérimentées successivement toutes les méthodes contraceptives utilisées de par le monde. La stérilisation y a été légalisée en 1937, elle est aujourd’hui très officiellement présentée comme « solution idéale ». Les statistiques indiquent qu’en 1 96 > déjà 90 96 des accouchements étaient suivis d’une stérilisation. En 1 968, 92 96 des femmes stérilisées avaient moins de 3 > ans. Le proportion de Portoricaines entre 20 et 49 ans qui avaient été stérilisées étaient de 3> ,> 96 en 1 97 5, soit plus du tiers des femmes.

Dans les années 1 9 S0, ce fut au tour des femmes pauvres du monde asiatique de devenir des cobayes. En Inde, les sommes dépensées pour le planning familial ont augmenté de 27 pour 1 000 depuis 2 i ans.

Sur le continent latino-américain, sans doute à cause de l’opposition de l’Eglise catholique, l’impérialisme américain n’a commencé à mettre en place une politique de réduction du taux de la natalité qu’à partir de 1960. Cette politique n’a cessé depuis de s’amplifier.

En Afrique également, dans de nombreux pays (Egypte, Ethiopie, Mozambique, Niger, Sénégal, Soudan...), les gouvernements, avec l’aide d’organismes internationaux, tentent de v planifier » l’accroissement de la population.

En 1972 déjà, une étude du Population Council (un des groupes nord-américains qui finance des programmes de contrôle natal) montrait que >9 pays, représentant 87 96 de la population totale des pays sous-développés, étaient l’objet de programmes officiels de contrôle natal. C’est, on le voit, tout à fait considérable.

Qu’est <e qui caractérise ces programmes ?

Leur critère d’application est prétendument la « surpopulation », en fait, c’est avant-tout la « pauvreté ». Comment expliquer sinon la stérilisation massive de femmes noires, Portoricaines et chicanas aux USA, qui sont, que l’on sache, un pays ni surpeuplé ni sous-développé ? Comment expliquer que la Bolivie qui est peu peuplée soit un terrain d’intervention des institutions nord-américaines pour le planning familial ? Comment se fait-il que la proportion déjà élevée de femmes ayant été stérilisées à Porto Rico (3) ,> 96) soit encore plus forte (44 96 ) pour la catégorie de la population ayant les revenus les plus bas ? C’est qu’en fait, la politique impérialiste en matière de contrôle natal tend à être une véritable interdiction faite aux pauvres de procréer interdiction au caractère raciste incontestable.

La seconde caractéristique de cette politique, c’est qu’elle s’exerce en général par la contrainte et le mensonge. Le gouvernement indien n’a pas seulement distribué gratuitement des préservatifs, retardé l’âge légal du mariage, donné des primes aux médecins et infirmières pour chaque candidate) supplémentaire à la stérilisation, il a aussi supprimé les congés de maternité pour les mères ouvrières « ayant trop d’enfants », menacé les villages peu réceptifs aux campagnes campagne internationale pour le droit de choisir campagne internationale pour le droit de choisir de stérilisation de ne réaliser ni adduction d’eau ni construction de routes... En Colombie, en 1961, la méthode utilisée pour convaincre les femmes était la distribution d’argent, de rouge à lèvres et de perles artificielles.

Il ressort de tout cela qu’il n’y a jamais de véritable choix pour les fem -mes : celles-ci sont généralement laissées dans l’ignorance en ce qui concerne l’existence de diverses méthodes de contraception et leurs conséquences. De nombreuses enquêtes montrent que bien des femmes stérilisées l’ont été sans savoir que cela était définitif et qu’elles auraient pu adopter d’autres solutions.

La transformation des femmes des pays sous-développés en cobayes pour l’expérimentation de nouveau stérilets, pilules, contraceptifs injectables, etc. est aussi un des aspects des programmes impérialistes de contrôle natal, comme l’a révélé le scandale découvert au Guatemala en 1974 : dans le but de tester une nouvelle méthode de stérilisation, douze femmes avaient subi une injection de paraformaldéhyde dans les trompes, puis subi trois jours plus tard l’ablation chirurgicale de l’utérus et des trompes, dans un but purement expérimental. Les fonds pour cette « expérience », 80 000 dollars, avaient été fournis par le Population Council. C’est un exemple parmi bien d’autres.

Quant à la propagande idéologique qui accompagne les « actions » de planification, le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles n’ont rien à voir avec la libération des femmes. Très révélatrices est la campagne du gouvernement mexicain « pour une paternité responsable » dont le slogan principal est : « La famille petite vit mieux. » Loin de mettre l’accent sur la liberté que pourrait donner aux femmes la contraception, elle vise à un renforcement de la famille. La famille nucléaire bourgeoise est présentée comme modèle idéal en opposition soit au concubinage, très répandu par exemple dans la région des Caraïbes, soit à la traditionnelle grande famille, héritée des modes de production précapitalistes, avec ses ascendants, collatéraux et nombreux enfants. La planification des naissances ne sert donc pas à lutter contre l’oppression patriarcale, elle est utilisée pour « normaliser » le patriarcat dans les pays semi-coloniaux.

De tout cela, on peut conclure que les programmes de contrôle natal appliqués dans les pays sous-développés sous dépendance de l’impérialisme américain, tant dans leurs objectifs que dans leurs méthodes, refusent aux femmes la possibilité et le droit de maîtriser réellement leur fonction re- productrice. La logique inévitable de tels programmes c’est de recourir toujours davantage à la stérilisation forcée et à des mesures aussi révoltantes que celles qui consistent, à l’insu des populations, à mettre des produits contraceptifs dans l’eau ou les aliments.

Qui finance les programmes de contrôle natal ?

La liste des institutions diverses, impliquées dans les programmes de contrôle natal, est étonnamment longue. L’argent, lui, vient toujours des grandes banques impérialistes, quand ce n’est pas du gouvernement des USA lui-même ou des institutions de l’ONU. Les fondations Ford et Rockefeller, en particulier, sont de grandes pourvoyeuses de fond.

L’AID (Agence pour le développement international) est l’organisme responsable de l’« aidé » du gouvernement des USA au tiers-monde. Elle sévit tout spécialement en Amérique latine où elle finance « l'Alliance pour le progrès », les camps d’entraînement spéciaux des forces de répression et... les programmes de contrôle natal. Le budget consacré à ces derniers est passé de 2, 1 millions de dollars en 1 96 > à 112 millions en 1974. En 1972 déjà, la moitié des fonds consacrés par l’impérialisme américain à réduire le taux de natalité des pays sous-développés passait par l’AID... Celle-ci finance à son tour un certain nombre de « succursales » comme la IPPF (Fédération internationale pour la paternité planifiée), le Population Concil (counseil de la population), l’Organisation panaméricaine de la santé, le Centre latino-américain de démographie, et un très grands nombre d’organismes privés.

L’IPPF, outre ses liens avec l'AID, travaille en collaboration avec les départements d’Etat et de la Défense du gouvernement des USA. Elle reçoit aussi beaucoup d’argent des fondations Ford et Rockfeller et de la Banque mondiale. A sa direction, où l'on trouve Eugène R. Black, ancien directeur de la Banque mondiale, siègent des représentants directs ou indirects des intérêts de la Chemical Bank of New York, de Du Pont Chemical, de la US Sugar Corporation, de la General Motors, de l’International Nickle, de Marconi RCA, de la Gulf Oil, de Universal Oil Products, de l' American Cyanamid, de la Chase Manhattan Bank, etc.

Le Population Council est lui dirigée entre autres, par J. D.

Rockefeller III et tire la majorité de ses ressources de la fondation Rockefeller. Son budget était de treize millions de dollars en 1970. Depuis 1 9 >0, cet organisme applique des programmes de contrôle natal, d’abord au Pakistan et en Inde, puis en Amérique latine. Participent à sa direction des représentants de Continental Oil, Fair-child, Squibb et autres.

Et on pourrait continuer ainsi à passer en revue : le Population Crisis Comittée, le Population Reference Bureau, le Victor-Bostrom Fund, le Pathfinder Fund, etc. c’est-à-dire les principaux groupes internationaux ou nord-américains impliqués dans des programmes de contrôle natal dans les pays sous-développés.

Les millions de dollars investis par l'impérialisme servent à :

— financer des enquêtes, recherches, concernant la démographie, les comportements des populations face à la planification des naissances, à l'avortement, etc. convoquer des congrès internationaux, distribuer des bourses...

— aider les trusts pharmaceutiques dans leurs recherches et expérimentation de nouvelles méthodes contraceptives ;

— former du personnel médical et paramédical destiné à faire appliquer les programmes ;

— lancer de grandes campagnes publicitaires en faveur du planning familial, fondées sur des moyens audiovisuels étant donné l’analphabétisme des populations concernées ;

— et puis, bien évidemment, mettre en place et subventionner tous les centres de planification publics et privés, aussi bien dans les grandes métropoles que dans les villages les plus reculés.

C’est ainsi que les gouvernements impérialistes (en premier lieu celui des USA), les trusts multinationaux et les bourgeoisies nationales des pays sous-développés se sont alliés pour mettre en place une énorme machine à stériliser les femmes les plus déshéritées et opprimées de la terre. Mais pourquoi donc dépenser tant de dollars ?

les faux prétextes et les vraies raisons de la politique impérialiste

Avec plus ou moins de finesse ou de cynisme, les partisans du contrôle natal nous expliquent que c’est là un des moyens de « lutter contre la faim et pour la paix dans le monde ».

L’hypocrisie absolue de l’argument en faveur de la « paix » est facilement démontrable. Lorsque le général Draper, un des responsables de l’IPPF et du Population Crisis Comittee, déclarait en 1969 : « Seul un contrôle natal massif, opérant efficacement dans le monde entier, pourra rétablir l'équilibre de pouvoir et sauver une situation en train de se détériorer », il se voulait sans doute un apôtre de la paix. La paix dont il s’agit ici, c’est bien sûr le maintien du statu quo international, c’est-à-dire, entre autres choses, de la spoliation éhontée des pays dépendants économiquement par les citadelles impérialistes. Réduire le taux de natalité de populations susceptibles de se révolter contre la misère, la surexploitation et la répression, tel est donc un des buts, à peine voilé, des programmes de contrôle natal.

En ce qui concerne la lutte contre la faim et la malnutrition, les arguments sont plus sophistiqués et leur caractère humanitaire plus trompeur. Ils se résument ainsi :

— il y a sur terre 800 millions d’êtres humains victimes de la faim et 2 milliards victimes de la mal-nutrition. Ils vivent quasiment tous dans les pays dits sous-développés ;

— la solution à ce problème passe par l’accroissement de la production alimentaire ;

— encore faut-il que la population n’augmente pas plus vite que cette dernière...

— d’où la nécessité d’une réduction radicale du taux de natalité dans les pays concernés, pour vaincre la famine et améliorer les conditions de vie.

La stérilisation forcée serait donc un acte humanitaire.

En fait, cette théorie qui attribue à la « surpopulation » la responsabilité du sous-développement est tout à fait fausse. La malnutrition sévit en Bolivie (5 habitants/km 2) et en Inde (172 habitants au km 2) mais bien entendu pas en Hollande dont la densité de population est de 326 habitants du km De même, si l’on compare les différents pays asiatiques, qui ont tous à des degrés divers des densités de populations très élevées, on constate que certains ont résolu le problème de l’alimentation de manière satisfaisante (Chine, Vietnam, mais aussi Corée du Sud, Taïwan) alors que cela reste catastrophique pour les autres (Inde, Indonésie, Bangladesh, etc.). Il n’y donc pas de corrélation mécanique entre densité de population et pauvreté. La première n’est pas la cause de la seconde. Alors ? Les pays pauvres le seraient-ils faute de ressources naturelles ? C’est certes un élément à prendre en compte et il est évident par campagne internationale pour le droit de choisir

Rockefeller III et tire la majorité de ses ressources de la fondation Rockefeller. Son budget était de treize millions de dollars en 1970. Depuis 19 )0, cet organisme applique des programmes de contrôle natal, d’abord au Pakistan et en Inde, puis en Amérique latine. Participent à sa direction des représentants de Continental Oil, Fair-child, Squibb et autres.

Et on pourrait continuer ainsi à passer en revue : le Population Crisis Comittée, le Population Reference Bureau, le Victor-Bostrom Fund, le Pathfinder Fund, etc. c’est-à-dire les principaux groupes internationaux ou nord-américains impliqués dans des programmes de contrôle natal dans les pays sous-développés.

Les millions de dollars investis par l'impérialisme servent à :

— financer des enquêtes, recherches, concernant la démographie, les comportements des populations face à la planification des naissances, à l'avortement, etc. convoquer des congrès internationaux, distribuer des bourses...

— aider les trusts pharmaceutiques dans leurs recherches et expérimentation de nouvelles méthodes contraceptives ;

— former du personnel médical et paramédical destiné à faire appliquer les programmes ;

— lancer de grandes campagnes publicitaires en faveur du planning familial, fondées sur des moyens audiovisuels étant donné l’analphabétisme des populations concernées ;

— et puis, bien évidemment, mettre en place et subventionner tous les centres de planification publics et privés, aussi bien dans les grandes métropoles que dans les villages les plus reculés.

C’est ainsi que les gouvernements impérialistes (en premier lieu celui des USA), les trusts multinationaux et les bourgeoisies nationales des pays sous-développés se sont alliés pour mettre en place une énorme machine à stériliser les femmes les plus déshéritées et opprimées de la terre. Mais pourquoi donc dépenser tant de dollars ?

Les faux prétextes et les vraies raisons de la politique impérialiste

Avec plus ou moins de finesse ou de cynisme, les partisans du contrôle natal nous expliquent que c’est là un des moyens de « lutter contre la faim et pour la paix dans le monde ».

L’hypocrisie absolue de l’argument en faveur de la « paix » est facilement démontrable. Lorsque le général Draper, un des responsables de l’IPPF et du Population Crisis Comittee, déclarait en 1969 : « Seul un contrôle natal massif, opérant efficacement dans le monde entier, pourra rétablir l'équilibre de pouvoir et sauver une situation en train de se détériorer », il se voulait sans doute un apôtre de la paix. La paix dont il s’agit ici, c’est bien sûr le maintien du statu quo international, c’est-à-dire, entre autres choses, de la spoliation éhontée des pays dépendants économiquement par les citadelles impérialistes. Réduire le taux de natalité de populations susceptibles de se révolter contre la misère, la surexploitation et la répression, tel est donc un des buts, à peine voilé, des programmes de contrôle natal.

En ce qui concerne la lutte contre la faim et la malnutrition, les arguments sont plus sophistiqués et leur caractère humanitaire plus trompeur. Ils se résument ainsi :

— il y a sur terre 800 millions d’êtres humains victimes de la faim et 2 milliards victimes de la mal-nutrition. Ils vivent quasiment tous dans les pays dits sous-développés ;

— la solution à ce problème passe par l’accroissement de la production alimentaire ;

— encore faut-il que la population n’augmente pas plus vite que cette dernière...

— d’où la nécessité d’une réduction radicale du taux de natalité dans les pays concernés, pour vaincre la famine et améliorer les conditions de vie.

La stérilisation forcée serait donc un acte humanitaire.

En fait, cette théorie qui attribue à la « surpopulation » la responsabilité du sous-développement est tout à fait fausse. La malnutrition sévit en Bolivie (5 habitants/km 2) et en Inde (172 habitants au km 2) mais bien entendu pas en Hollande dont la densité de population est de 326 habitants du km De même, si l’on compare les différents pays asiatiques, qui ont tous à des degrés divers des densités de populations très élevées, on constate que certains ont résolu le problème de l’alimentation de manière satisfaisante (Chine, Vietnam, mais aussi Corée du Sud, Taïwan) alors que cela reste catastrophique pour les autres (Inde, Indonésie, Bangladesh, etc.). Il n’y donc pas de corrélation mécanique en -tre densité de population et pauvreté. La première n’est pas la cause de la seconde. Alors ? Les pays pauvres le seraient-ils faute de ressources naturelles ? C’est certes un élément à prendre en compte et il est évident par campagne internationale pour le droit de choisir exemple qu’en tout état de cause, les pays du Sahel auront plus de mai à assurer leur développement que le Mexique ou le Brésil. Mais, et c’est là le phénomène essentiel, la progression relativement importante du PNB par tête d’habitant de ces deux pays, au cours des quinze dernières années, s'est traduite par une aggravation des conditions de vie des couches les plus pauvres de la population. Au Brésil (statistiques publiées par « le Monde diplomatique » de janvier 1 979), la part du revenu national attribué aux >0 % des gens les plus pauvres était de 17,7 % en 1960, elle est tombée à 1 1,8 % en 1976. Quant au pouvoir d’achat du salaire minimum légal, il a diminué de 60 96 entre 1964 et 1978. Ce qui montre bien qu’un accroissement de la production ne peut résoudre les problèmes liés au sous-développement s’il n’est pas accompagné d’un changement profond dans la répartition des richesses, de l’abolition du système d’exploitation et de recherche du profit maximum, en deux mots, d’une révolution socialiste. Le seul responsable de la famine et de la malnutrition, c’est le système économico-social des pays semi-coloniaux et leur dépendance vis-à-vis de l’impérialisme.

Quant au niveau élevé du taux de natalité dans ces pays, c’est une conséquence et non une cause du sou s -développement. Il faut comprendre que plus la misère est grande, plus paradoxalement les enfants sont une nécessité : la famille nombreuse est une structure de défense, de survie, dans des sociétés qui ne connaissent ni assistance publique, ni sécurité sociale, ni allocation, chômage, ni retraite...

C’est le développement économique et social qui entraîne une baisse de la natalité et non l’inverse. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l’échec des programmes impérialistes de contrôle natal.

Pourquoi les objectifs n'ont-ils pas été atteints ?

Malgré les énormes moyens mis en oeuvre pour obliger les femmes à réduire leurs maternités, les résultats obtenus sont en général très en deçà de ceux espérés (mis à part Porto Rico où l’impérialisme a réussi à faire chuter de 40 % le taux de croissance de la population entre 1960 et 1974, au prix, on l’a vu, de la stérilisation de 3 5, > 96 des femmes ayant entre 20 et 49 ans).

En Inde, les objectifs ont dû être révisés constamment : le gouvernement voulait atteindre le chiffre de 2 > naissances pour 1 000 en 1 980, mais depuis plusieurs années, le taux de natalité rurale s’élève à près de 40 pour 1 000 et ne semble pas vouloir décliner. Au Mexique également le gouvernement a tiré un bilan d’échec de sa politique démographique et cherche les moyens de l’améliorer.

Comment expliquer cela ?

Il faut se garder d’interprétations sommaires, qu’elles soient de « gauche » (un certain populisme idéaliste qui assimile le refus du planning familial à la résistance anti-impérialiste), ou de « droite » (une condescendance apitoyée ou méprisante qui invoque l’arriération des mentalités). En fait plusieurs éléments sont à prendre en compte :

— le sentiment « anti -américain » (ou même tout simplement « antiblanc » est certainement un des éléments de l’hostilité des populations à l’égard des spécialistes en blouse blanche venus leur prêcher les bienfaits de la stérilité .-hommes et femmes craignent de se voir priver de leur seule richesse, leurs enfants, et de se voir imposer une morale profondément étrangère à la leur. C’est ainsi que Domitila, femme de mineur bolivien, militante révolutionnaire, justifie son opposition à la limitation des naissances (Si on me donne la parole, éditions Maspero) ;

— mais hélas il faut bien reconnaître que ce n’est pas uniquement, loin s’en faut, la révolte anti-impérialiste qui explique l’échec des programmes de contrôle natal : c’est aussi le poids des valeurs traditionnelles les plus réactionnaires , des tabous et des préjugés. Autrement dit, c’est l’oppression des femmes elle-même (avec ses particularités asiatiques, africaines ou latino-américaines) qui est en partie responsable des échecs de la contraception. Comment des petites filles niées, méprisées, battues, cloîtrées, pourraient-elles devenir des femmes désireuses et capables de contrôler leur propres corps, alors que la seule valorisation sociale qu’elles peuvent espérer leur vient de leurs nombreuses maternités ? Quant aux hommes, ils n’acceptent pas de voir remettre en cause leur « honneur » de mâle progéniteur et leur domination absolue sur les femmes. C’est ainsi qu’en Amérique latine, il est fréquent qu’une femme sortant d’une consultation de planning familial soit sur-le-champ battue et violée par son compagnon ;

— cela dit, les facteurs idéologiques ne suffisent pas à expliquer le taux très élevé de la natalité dans les couches les plus pauvres de la popula- campagne internationale pour le droit de choisir tion. Il faut reprendre ici l'idée déjà avancée précédemment, à savoir : ce sont les conditions économiques et sociales elles-mêmes qui font que les familles pauvres sont amenées à avoir beaucoup d’enfants. Des enfants qui n’ont rien à voir avec ceux des pays capitalistes avancés, non seulement parce qu’ils souffrent de malnutrition (comme le souligne la campagne de l’UNICEF) mais aussi parce que dès 4 ou > ans, ils contribuent au revenu familial (mendicité et menus travaux dans les villes, et à la campagne assistance aux aînés dans les travaux agricoles).

La famille du nomade africain, du paysan indien, du mineur péruvien ou du chômeur mexicain est bien différente de la famille nucléaire bourgeoise des pays industrialisés. C’est encore généralement une famille étendue qui reste totalement ou partiellement une unité de production et assure la survie et la défense de ses membres face à la carence ou à l’absence de services sociaux étatiques. Dans ce cadre-là, répétons-le, les enfants sont une nécessité, ce qui explique l’échec des gouvernements qui ont voulu réduire le taux de natalité sans résoudre auparavant ou en même temps les problèmes posés par le sous-déve-loppement ;

— il ne faudrait pas déduire de tout cela que les femmes les plus déshéritées aspirent à un nombre indéfini d’enfants. Si elles n’ont ni les mêmes critères ni les mêmes possibilités de « choisir » que nous, femmes des pays capitalistes avancés, elles sont néanmoins accablées par leurs grossesses répétées et souhaitent, en tout cas à partir d’un certain moment, les limiter. En témoigne le nombre élevé des avortements. En Amérique latine en particulier où l’avortement est interdit (on évalue à plus de deux millions le nombre d’avortements annuels clandestins au Mexique), cela entraîne la mort de centaines de milliers de femmes chaque année. C’est à rajouter au bilan lamentable des politiques démogr aphiques appliquées par l’impérialisme et les bourgeoisies nationales dans les pays semi-coloniaux. La contradiction entre le rejet de méthodes contraceptives imposées de force et le recours à l’avortement n’est qu’apparente : ce sont les deux conséquences d’un système qui ne donne aux « danané(e)s de la terre » ni *e droit de choisir ni même la possibilité de vivre correctement.

Le sens de la campagne dans les pays sous-développés

Etant donné l’existence du con-Amérique latine en particulier, ont trôle natal « obligatoire » dans de répondu à ces questions de façon sim-nombreux pays sous-développés, tous pliste en prétendant qu’il faut rejeter les abus et les scandales auquel il a toute politique de contrôle natal « qui donné lieu, quel peut être le sens dans ne peut que servir l 'impérialisme ». ces pays-là du mot d’ordre de « con-Dans le pire des cas, ils rejettent le traception libre et gratuite » ? Même droit à l’avortement, dans le meilleur question en ce qui concerne l’avorte-des cas, ils disent que cette revendica-ment. En effet, ou bien les politiques tion n’est pas « d’actualité » parce que de contrôle natal ont entraîné la non comprise par les masses. légalisation de l’avortement (comme Ces positions sont bien entendu en Inde) ou bien elle l’ont rejeté (corn-inacceptables. La politique criminelle me en Amérique latine), mais dans ce de l’impérialisme n’enlève rien au fait dernier cas, et bien que de très nom-que la possibilité de limiter les nais-breuses femmes y aient recours, sances soit un progrès de l’humanité l’avortement reste un sujet tabou, un et doive être un droit pour toutes les acte criminel, aux yeux des larges femmes. L’introduction massive de la masses, à cause du poids écrasant de contraception dans les pays sous-déve-la religion. Certains courants de la loppés est tout à fait nécessaire. Il ne gauche populiste ou réformiste, en faut pas non plus rejeter en bloc et en campagne internationale pour le droit de choisir soi toute politique étatique en matière de natalité : c’est l’analyse cas par cas des méthodes et des objectifs de ces politiques qui doit permettre d’en juger.

Face à l’agression physique et morale que pratique dans ce domaine, contre les femmes, l’impérialisme américain, la campagne « pour le droit de choisir » constitue une première riposte internationale importante. Dans les pays à « natalité planifiée », elle doit être nuancée en fonction des spécificités mêmes de la situation.

Le droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits pour toutes va de pair avec :

— le refus de la stérilisation forcée, bien sûr, mais aussi de toute forme de contraception imposée par la contrainte et dans l’ignorance ;

— la demande d’une véritable information et éducation sexuelle, qui permettent aux femmes de choisir elles-mêmes la méthode qui leur convient ;

— la condamnation la plus énergique de toute forme de violence sexuelle, en particulier du viol.

Mais s’il est déjà vrai dans les pays capitalistes avancés que ces revendications ne peuvent être isolées du programme général de la lutte pour la libération des femmes, c’est encore plus vrai dans les pays coloniaux et semi-coloniaux où la misère et l’oppression effroyables qui accables la grande majorité des femmes rendent totalement illusoire une quelconque conquête partielle sur le seul problème du contrôle des naissances. C’est pourquoi la lutte sur ce terrain est étroitement liée au combat général contre toutes les formes d’exploitation, d’oppression et de répression, produites par l’impérialisme. Dans le monde colonial et semi-colonial, comme ailleurs, et sans doute plus qu’ ailleurs, libération des femmes et révolution socialiste ont des destins inséparables.

H. N.

Notes

  1. Notes
  2. (1) Les données chiffrées figurant dans cet article sont extraites pour la plupart de deux livres :
  3. «Comment meurt l'autre moitié du monde », de Susan George Laffont, éditeur ; «la Mujer » : exploitation, lucha, libération » : édité au Mexique par Nuestro Tiempo.
  4. (2) Il était impossible dans le cadre de cet article d'étudier comment ont été posés en Chine et à Cuba, et résolus, les problèmes de malnutrition, natalité, etc. Cela aurait pourtant été nécessaire.
  5. (3) N’est pas abordée non plus la façon dont l'impérialisme et les bourgeoisies nationales tirent elles-mêmes le bilan de leur propre échec en matière de contrôle natal, et les solutions qu'elles entendent y apporter. Les exemples de l’Inde et du Mexique sont à cet égard intéressants.

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