La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Présentation du dossier

La révolution des femmes a commencé

Cahiers du féminisme, n° 9, avril - mai 1979 · p. 15 · 501 mots

TOUTES LES FEMMES DU MONDE

IRAN

LA REVOLUTION DES FEMMES

A COMMENCE

Deux semaines après l'insurrection qui balaya le régime du shah, le gouvernement Bazarghan annonçait la suppression du droit au divorce. Le 7 mars, Khomeyni, qui ignorait que le 8 mars n 'est « ni un jour de l’Est ni un jour de l’Ouest, mais une journée internationale », commit l'imprudence d’ordonner aux femmes de porter le hedjab, la tenue modeste islamique, c’est-à-dire de se couvrir la tête du foulard. Pour être considérées comme des êtres humains et non comme des « poupées maquillées », les femmes devraient porter le tchador, voile traditionnel.

Dès lors, les femmes habillées à l’occidentale furent refoulées de leur travail et agressées dans la rue aux cris de « le foulard ou la raclée ». Dans le même temps, la mixité des lieux publics fut interdite, l’école pour les filles de plus de huit ans ne fut plus obligatoire, la vente libre de la pilule fut suspendue. Khomeyni s’était-il mépris sur le sens du port du tchador sous le shah ? Avait-il oublié que les femmes l’avaient revêtu massivement en signe d’opposition à l’occidentalisation forcée, à la corruption, à la domination impérialiste ?

En tout cas, Khomeyni n ’a pas voulu comprendre que les femmes, qui par milliers s ’étaient battues, au côté des hommes, contre le shah, avaient conquis le droit à l’indépendance et qu’elles n’étaient pas prêtes malgré tout l’autotité de l’ayatollah à céder aux injonctions des religieux. Certaines déclarèrent : « Je suis musulmane mais si au nomade la religion on veut m’imposer le tchador, j’abandonnerai ma religion ».

Le 8 mars, célébré pour la première fois en Iran, donna l’occasion à ces femmes d’exprimer leur colère et leur indignation contre une telle prétention. Dans la manifestation, une jeune femme déclarait : « Khomeyni n’a pas à dire, il faut faire ceci, il faut faire cela ; c’est à nous de décider. »

Pendant trois jours, elles furent des dizaines de milliers dans la rue à protester contre le port du voile obligatoire. Elles revendiquèrent aussi des droits civils, sociaux, économiques et politiques absolument égaux à ceux des hommes. Conscientes que « s’attaquer aux femmes, c’est s’attaquer à la révolution », elles s ’en prirent au gouvernement de Khomeyni. Leur détermination eut raison des provocations, des représailles, des manoeuvres d’intimidation. Elles obligèrent le gouvernement à reculer. Le port du voile et du foulard ne seront plus obligatoires mais « conseillés ». C’est une victoire partielle mais rien n ’est réglé.

« La révolution des femmes » en Iran ne fait que commencer. C’est parce que nous en sommes en -tièrement solidaires que nous avons décidé de contribuer par ce premier dossier à la connaissance de la condition réelle des femmes en Iran, de leurs luttes et de leurs aspirations. Il est incomplet et porte sans doute des inexactitudes. Nous nous en excusons par avance et invitons toutes celles, tous ceux qui peuvent nous aider, à l’enrichir, à nous écrire.

C. B. 15

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