La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

LIVRE

Mémoires d'un révolutionnaire juif de Hersch Mendel

· Critique communiste, n° 13, novembre 1982 · p. 33-34 · 1 204 mots

P

Presses universitaires de Grenoble éditeur. 380 pages, 75 F à la librairie la Brèche.

Mémoires

UBLIE en 1959 en yiddisch à Tel Aviv Osraël), en allemand à Berlin en 1979, ce livre vient enfin de paraître en français .

Cette autobiographie que l'auteur n'a pu compléter de son vivant est avant tout un monument dressé au prolétariat juif de Pologne par l'histoire d'un de ses fils, un monument à ces millions de travailleurs qui avaient créé, à la fin de 19e siècle, la première organisation ouvrière dans l'empire tzariste. Elle est aussi un monument au mouvement communiste mondial des premières années de l'Internationale communiste, car ces ouvriers ont été parmi les pionniers du Parti communiste polonais. C'est un monument à ces millions de travailleurs, hommes et femmes, qui ont été anéantis dans les camps de concentration nazis.

Plusieurs des rares survivants de cette histoire ont eux aussi décrit leur vie et la tragédie qui les a frappés. Tous leurs livres sont extrêmement émouvants ; mais aucun, à mon avis, n'atteint la grandeur des Mémoires de Hersch Mendel qui, quand il écrivit ·son livre, avait consacré plus d'un demi-siècle à la cause du socialisme.

Né dans une famille extrêmement pauvre, ayant vécu une enfance misérable, il aurait pu, selon ses propres dires, sombrer dans la pègre des bas-fonds de Varsovie si, à l'âge de quinze ans, la révolution de 1905 dans cette ville n'avait soudainement éveillé sa conscience et ne l'avait ouverte à l'espoir d'un monde meilleur, celui du socialisme. A partir de ce moment-là, à travers de multiples péripéties, sa vie sera pleinement consacrée au combat pour la cause des travàilleurs. Son livre raconte les grèves, les arrestations, les condamnations, les prisons, les grèves de la faim, l'émigration qu'il aura vécues année par année, dans un récit qui n'a d'autre prétention que de dire la vérité, sans

Livre rien cacher même sur sa personne. On le trouve toujours plein d'espoir, ne cédant jamais, tenant tête aux policiers et aux gardiens de prison, replongeant dans le combat aussitôt remis en liberté. En même temps, il s'éduque non seulement par la lecture de brochures et de livres de la pensée socialiste, mais aussi par la lecture des grands écrivains de la littérature mondiale. Sans aucune prétention d'ordre théorique, il y avait en Hersch Mendel la combinaison d'un militant ardent et d'un autodidacte de grande classe.

Le déclenchement de la Révolution russe de février 191 7 l'amène à Moscou. Là, il va rallier le Parti blochevik et rejoindre les premiers détachement de 1 'Armée rouge en voie de formation . Après une participation à leurs combats, il est envoyé à V arsovie où, lors de la marche de l'Armée rouge sur cette ville, il prépare un soulèvement sur les arrières des troupes de Pilsudsky. Ensuite, devenu un des principaux dirigeants de l'organisation juive du Parti communiste polonais, il connaît à nouveau la répression, les condamnations. Dans ce parti si riche en combattants dévoués, son nom est celui d'un héros. Il sera envoyé à Moscou pour y suivre une école de cadres communistes. A ce moment, la « troisième période » de l'Internationale communiste bat son plein et il est contraint de participer, horrifié, aux scandaleuses mesures contre les paysans, même très pauvres. Tout son être en est profondément meurtri. Il organise son retour en Pologne où il se dresse contre la politique stalinienne et commence à organiser une opposition dans le Parti communiste polonais. Il dénonce la politique sectaire qui, en Allemagne, va contribuer à amener Hitler au pouvoir. Exclu du parti, menacé dans son existence par d'anciens camarades du parti, il doit émigrer à nou-

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1· avait A rassemblée

1 communiste

1 membre. Deutscher qui l'a beaucoup

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · . 1934, a écrit pour ce livre une préfa- 1 remarquable

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· · · · . · · · · · · · · · ·x veau et vient à Paris. Il rencontrera Trotsky, collaborera avec le mouvement trotskyste, mais il se prononcera en 1939 contre la création de la IVe Internationale.

Durant toute sa vie, en dépit de difficultés énormes où plus d'un aurait succombé, il avait conservé une attitude sereine, souvent pleine d'humour envers lui-même, et on en trouve la manifestation au cours de nombreuses pages de son livre. Mais cette personnalité qui fut à la fois puissante dans le combat et pleine de compassion pour les exploités sera brisée par l'épreuve de la Deuxième Guerre mondiale. Sa compagne, les siens disparaîtront dans la tourmente avec ce prolétariat juif de Pologne où plongeaient ses racines les plus profondes, même quand il en avait été éloigné par l'exil. Ses amis, malgré leurs efforts , paraissaient ne pouvoir lui apporter un réconfort quelconque. Il ne renia rien de ce qu'avait été son combat, mais il n'y avait plus en lui d'espoir. Rien ne l'attirait désormais vers Varsovie. Aussi, lors de la création de l'Etat d'Israël, lui qui n'avait jamais été sioniste, décida-t-il d'aller vivre dans ce pays. En fait, malgré ce qu'on peut lire dans quelques passages de son livre, tous ceux qui l'ont connu en Israël peuvent témoigner qu'il n'avait pas trouvé un milieu pour s'y intégrer. Il fit encore quelques voyages, notamment en Europe occidentale. Chaque fois que je le retrouvais, il manifestait un intérêt puissant pour ce qui se passait dans le mouvement ouvrier. Mais, me disait-il, je n'ai plus rien, entendant par là ce prolétariat dont il avait été une des plus fortes expressions. Il était désormait plongé dans son passé et ne pouvait plus comprendre le monde sorti de la Deuxième Guerre mondiale, notamment les luttes des Arabes pour leur libération nationale et sociale lui étaient incompréhensibles.

Il mourut le 22 juillet 1968. En transmettant la nouvelle de sa mort, les camarades d'Israël m'ont fait savoir que, dans les tout derniers jours de son existence, il avait encore suivi avec passion les événements de Mai 68 en France.

l'opposition communiste qu'il au sein du Parti polonais, il avait gagné Isaac Deutscher, qui en était alors mieux connu que moi qui l'ai rencontré pour la première fois à Paris en ce dans laquelle il donne un portrait qui replace dans son milieu la grande figure révolutionnaire qu'était Hersch Mendel et qui explique l'impact qu'il exerça sur les ouvriers comme sur les intellectuels.

20 septembre 1982 Pierre Frank

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