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Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

EDITORIAL

Le fil conducteur...

Critique communiste, n° 19, mai 1983 · p. 3-4 · 1 226 mots

OUVEAU cacique du RPR et bras droit de Chirac, Alain Juppé publie dans le Monde daté du 30 avril une longue tribune intitulée : << Merci à la gauche ». On enrage à ce spectacle : grâce à la politique du PS et du PCF, il suffit à une droite sans talent et sans idées d'un peu de cynisme pour réussir à faire mouche !

Car, oui, il faut bien l'admettre, la droite a raison de remercier la gauche. Cette dernière, en effet, à force de faire la politique de la droite, prépare elle-même le retour des Chirac, Barre et Giscard au pouvoir. Le texte du dirigeant socialiste Poperen, dont la presse a donné un large écho, a le mérite de le reconnaître : « Notre soutien populaire, écrit-il, s'affaiblit, le deuxième tour de mars 1983 nous a donné un sursis, et, depuis lors, la situation s 'est encore détériorée. Cè sursis sera vite épuisé et, au -delà, la chute risquerait d 'être irrémédiable. »

On ne saurait mieux dire ! L'échec est bien au bout du chemin sur lequel le gouvernement s'obstine à avancer. Tandis que la bourgeoisie mobilise les diverses catégories sociales qui sont susceptibles d'appuyer son offensive contre la classe ouvrière, les directions du PS et du PCF, à travers leur action gouvernementale, n'ont de cesse de démobiliser les travailleurs, de se couper des diverses couches sociales qui ont tout à gagner à un vrai changement et peuvent être des alliés de la classe ouvrière dans ce combat. Si ce combat est mené !

Que rien ne vienne renverser le cours actuel et la conclusion sera non seulement un échec électoral de la gauche mais une défaite de la classe ouvrière. En témoignent d'un côté les mobilisations patronales derrière le SNPMI, la volonté des gros propriétaires de la FNSEA d'entraîner la petite paysannerie dans des actions violentes contre le régime, la campagne d'un Le Pen contre les travailleurs immigrés, les troubles suscités par les groupes fascistes à l'occasion des manifestations étudiantes ... Et de l'autre, la démoralisation et le découragement qui frappent des travailleurs déçus dans leur espoir de voir mis un terme au chômage et modifiées les conditions de vie et de travail, l'affaiblissement et le discrédit d'organisations syndicales complices de cette politique ...

Poperen le dit : 11 Le fil conduCteur, aujourd'hui comme hier, c 'est l'affrontement de classes. »Le rappel d'une telle évidence suffit à provoquer un scandale! Il est vrai que la règle d'or du PS, définie au dernier congrès «unanime» de Valence, mais surtout héritage d'une longue tradition de collaboration de classes, reste celle du «compromis». Et Poperen, lui aussi, malgré certains accents guerriers de son texte, ne déroge pas à cette règle. La lutte des classes n'est évoquée que pour aider au durcissement. du ton, non pas pour proposer de rompre avec cette collaboration de classes devenue une deuxième nature. Dans l'esprit de Poperen, il s'agit de redéfinir les « règles du jeu », c'est-à-dire, au mieux, de renégocier les termes du compromis.

Demander que l'Etat obtienne des « contreparties » sous forme d'investissements et d'emplois, de la part du patronat et en échange des aides imparties, proposer un « grand marchandage global » du genre des « accords Matignon » de 1936 sur les salaires, c'est peut-être comprendre que le prix électoral à payer pour la politique en cours est dangereusement lourd. Ce n'est pas préconiser

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une politique alternative, se situant sur le seul terrain qui compte, celui de la lutte des classes.

Le compromis recherché par le PS et le PCF les conduit nécessairement à la capitulation. L'alternative, celle qui peut assurer le succès, supposerait de s'appuyer résolument sur la force sociale et la mobilisation des travailleurs pour rompre avec toute forme d'austérité et satisfaire les revendications ouvrières. Il est illusoire et mystificateur de prétendre à une voie moyenne, faite d'accommodements et de marchandages.

Dire cela, ce n'est pas se cantonner dans l'imprécation, exiger« tout, tout de suite », ou en appeler à l'embrasement général. C'est affirmer que, face aux intérêts du patronat et aux projets revanchards de la droite, il n'y a pas d'autre choix que d'assumer le risque d'une rupture avec l'ordre social existant pour parvenir à réaliser les objectifs fixés.

Ces objectifs sont connus, ils sont clairs. Ce sont ceux dont se revendiquaient officiellement le PS et le PCF. Ceux au nom desquels ils ont rassemblé une majorité électorale absolue en mai et juin 1981 : le refus de faire payer la crise du capitalisme aux travailleurs, le refus du chômage, de la baisse du pouvoir d'achat, de la récession économique, de la remise en cause des acquis ...

En d'autres termes, une politique exactement opposée à celie que mène aujourd'hui le gouvernement en appliquant le plan d'austérité mitonné par Delors. Une politique dont l'objectif central devrait être d'en finir avec le chômage et l'austérité par la création d'emplois à grande échelle, la diminution massive du temps du travail, l'augmentation du pouvoir d'achat des travailleurs, la défense et l'extension des acquis ouvriers, la réorganisation de l'économie en fonction des besoins du plus grand nombre.

Evoquer la crise, les contraintes du marché mondial, pour ajourner et éluder de telles priorités, c'est avaliser les arguments de la bourgeoisie pour laquelle il n'y a rien de possible, hormis cette moderne fatalité qui a nom récession économique et régression sociale.

La politique suivie par la majorité PS-PC et le gouvernement montre avec cruauté leur peu d'attachement aux objectifs proclamés naguère. Elle révèle le rôle réel de ces partis : gérer, au nom de la classe ouvrière et finalement contre elle, les intérêts du capital. Les fausses alarmes de Marchais contre un risque de dérapage social-démocrate de l'action gouvernementale relèvent du tour de passe-passe verbal : le gouvernement auquel participe le PCF est bel et bien engagé dans une politique qui ne se distingue plus en rien de celles menées par les gouvernements des autres pays impérialistes, touchés eux aussi par la crise.

Si, comme le dit Poperen, « le fil conducteur, aujourd'hui comme hier, c'est 1 'affrontement de classes n, il faut en tirer les conséquences que l'actuel numéro deux du PS s'empresse d'esquiver : la politique du PS et du PC peut paralyser et désorienter les travailleurs, elle ne les empêchera pas de se dresser, d'une manière ou d'une autre, contre les exigences patronales et contre ceux qui s'en font les agents et les serviteurs. La politique de collaboration de classes des directions réformistes se heurtera inévitablement à l'opposition active de la classe ouvrière, et c'est pourquoi les directions du PS et du PC, les directions des confédérations syndicales, ont pour souci majeur de combattre et de museler une telle opposition. Même les paroles de Poperen sur la lutte des classes (de simples paroles !) sont jugées inopportunes, contradictoires avec les appels de Mitterrand à l'harmonie sociale et à l'union de toutes les classes dans un même effort de « redressement national ».

Nul nepeutdire quand et comment la classe ouvrière, ou une partie significative d'entre elle, entrera en lutte. Mais cela se produira inévitablement, car si les réformistes ont le pouvoir d'utiliser leur audience et leurs capacités d'organisation à désorienter et désorganiser la classe ouvrière, ils n'ont jamais eu, et n'auront jamais, celui de faire disparaître magiquement la lutte des classes.

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