M. Kowalewski conteste que la Conférence nationale du POUP qui s'est tenue en mars dernier ait confirmé la ligne de « renouveau socialiste » avec l'objectif d'une démocratisation des structures politiques et économiques et cela dans la perspective d'un socialisme démocratique et autogestionnaire. Ce n'est pas pour surprendre. L'opposition clandestine en Pologne et ses antennes à l'étranger s'efforcent de présenter l'action du gouvernement Jaruzelski comme dominée par le souci d'effacer tous les acquis du mouvement ouvrier de l'été 1980 et de revenir aux méthodes et à l'état de choses des années soixante-dix. Ne pas nier les apports du socialisme
De la même façon elle nie les apports du socialisme en Pologne et la valeur des transformations politiques, économiques et sociales accomplies depuis bientôt quarante ans. La vérité c'est que les dirigeants polonais sont convaincus que le pouvoir ne peut tirer sa force que de sa capacité de corriger les erreurs du passé et de répondre aux grandes aspirations de la société polonaise. Ils sont convaincus qu'il n'y a pas de solution à la crise polonaise en dehors des profondes réformes démocratiques et d'une politique d'entente nationale.
C'est dans cette voie qu'ils ont inscrit leur action même si les choses ne vont pas assez vite au gré des impatiences de la société polonaise. Mais dans un pays qui s'est trouvé à 1 'automne 1981 au bord de la guerre civile, qui a connu une anarchisation quasi totale de sa vie publique puis l'état de siège, qui sort à peine du chaos économique, les chemins de la démocratisation sont malaisés et il est difficile de progresser rapidement dans cette voie. D'autant qu'il est exact que demeurent des séquelles de l'état de siège et que toutes les plaies ne sont pas pansées. Quatre cent vingt personnes condamnées pour participation à des manifestations interdites sont en prison. Les dirigeants du KOR font l'objet d'une inculpation d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Mais si l'on ne peut que souhaiter des prisons vides de tout opposant politique et une amnistie générale à l'occasion du quarantième anniversaire de la Pologne populaire, l'état de chose actuel ne justifie pas l'accusation de régime militaro-policier. La Pologne n'est pas et n'a jamais été le Chili de Pinochet. Encore moins la Turquie où le sort des opposants et des démocrates intéresse si peu la presse occidentale. La persistance d'actions répressives en Pologne, liées d'ailleurs à la volonté de l'opposition de provoquer à tout prix des affrontements de rue, n'infirme pas l'existence d'un processus de réforme et d'une volonté de démocratisation. Même si la presse occidentale se tait sur les transformations en cours et n'a des yeux que pour les manifestations de l'opposition, manifestations au demeurant très marginales, l'existence de ce processus n'en est pas moins une réalité.
L'Eglise pour sa part lui accorde assez de crédit pour accepter le dialogue avec le pouvoir et la politique d'entente nationale, au grand dam par ailleurs de l'opposition. Un dialogue que l'opposition refuse
Ce dialogue qui a été l'âme des accords de Gdansk l'opposition le refuse. En cela elle a rompu avec les objectifs, les pratiques et l'esprit du mouvement ouvrier de l'été 1980. Le grand mouvement de grèves d'août n'a pas quitté les usines pour chercher l'affrontement dans la rue. Il s'est déroulé dans le calme. Il excluait la confrontation. Ses mots d'ordre étaient: a Le socialisme oui, ses déviations non. >> Son objectif était la réforme. La classe ouvrière revendiquait a davantage de démocratie et de socialisme ». L'opposition actuelle proclame, elle, que le socialisme n'est pas réformable, que tout dialogue avec le pouvoir est donc exclu et qu'il faut renverser le régime. A partir de là l'opposition s'est enfermée dans un radicalisme qui réduit son action à la recherche de l'affrontement et à un duel sans fin avec le pouvoir. Caractéristique est le fait qu'elle n'ait élaboré aucun programme d'avenir pour la Pologne, qu'elle n'offre aucune alternative au plan politique comme au plan économique. Cette attitude outre qu'elle l'exclut du jeu politique isole de plus en plus l'opposition dont les mots d'ordre trouvent très peu d'échos dans la classe ouvrière contrairement aux déclarations de ses dirigeants, déclarations auxquelles la presse occidentale donne une importance sans aucune mesure avec leur portée réelle.
Dans la ligne de leur action ces mêmes dirigeants ont refusé d'utiliser la loi syndicale d'octobre 1982. Cette loi leur donnait les moyens de reconstruire de nouveaux syndicats et d'en prendre la direction pour autant qu'ils s'estiment majoritaires dans la classe ouvrière. Au lieu de cela ils ont appelé au boycottage ce qui semble indiquer que la reconstruction d'un mouvement syndical indépen-
dant et autogéré n'est pas leur souci majeur. Les nouveaux syndicats sont représentatifs
Par ailleurs, contrairement à ce qu'écrit M. Kowalewsk.i les nouveaux syndicats ne sont ni des organisations fantômes ni des organisations à la botte du pouvoir. Avec un taux de syndicalisation qui approche déjà les 40 % ils représentent désormais une force réelle et nombre de leurs dirigeants sont des anciens de Solidarité, du temps où ce mouvement était un syndicat et non ce qu'il est devenu par la suite : un mouvement politique de lutte contre le socialisme. On comprend que cette réalité soit déplaisante pour ceux qui ont appelé au boycottage. La réalité du rapport des forces politiques en Pologne est apparue avec évidence à Varsovie, le 1er Mai dernier. D'un côté mille cinq cents manifestants dans la vieille ville scandant les slogans de l'opposition. De l'autre cinq cent mille personnes défilant, cinq heures durant, à l'appel des nouveaux syndicats et du POUP dans les grandes artères de la capitale. Cela détruit la vision -soigneusement entretenue par la presse occidentale-, d'une Pologne où il y aurait d'un côté le pouvoir sans aucun soutien social et de l'autre une opposition recevant l'appui de toute la société.
Et ce n'est pas l'Humanité mais le Figaro qui écrivait à ce propos : 11 Il est indiscutable que le mot d'ordre de Solidarité de boycottage des cérémonies officielles a rencontré peu d'écho . Le défilé de Varsovie qui s'est poursuivi pendant cinq heures avec des participants de tous âges et de toutes professions a été sans doute un des plus importants que la Pologne ait connu depuis la guerre ... Aujourd'hui, la question d'actualité n'est plus de savoir qui du pouvoir ou de Solidarité l'emportera, mais quelle forme prendra le socialisme polonais . »
Oui, les choses changent en Pologne mais pas du tout dans le sens où l'espéraient les opposants au socialisme et leurs supporters occidentaux.