MANIFESTES. THESES
ET RESOLUTIONS
DES
QUATRE PREMIERS
CONGRES MONDIAUX
Prenüers Congrès DE L'INTERNATIONALE
COMMUNISTE
1919-1923 de l'Internationale
TEXTES COMPlETS
COIDDluniste ,,
Une réédition bienvenue
L
220 pages, en vente 52,25 francs à la librairie La Brèche.
cc Les Quatre
ES éditions La Brèche et La Sélio viennent de rééditer en fac-similé les textes des quatre premiers congrès de l'Internationale communiste, à partir d'une édition de juin 1934 (Librairie du Travail) que Maspero avait déjà reproduite en 1971. Ces textes étaient introuvables dès les années trente, les staliniens ne diffusaient que les congrès qui suivirent. L'éditeur de 1934 se réclame explicitement de la Ligue communiste internationaliste qui regroupait les trotskystes de l'époque.
Ces quatre premiers congrès (mars 1919, juillet 1920, juin 1921, et novembre-décembre 1922) sont, en effet, la synthèse de toute l'expérience du mouvement communiste du début des années vingt, avant la dégénérescence stalinienne. Ils restent une base programmatique essentielle pour tous ceux qui se réclament de la révolution prolétarienne.
Nous ne voulons pas, dans ce court article, présenter l'ensemble de ces congrès. Il faut pour cela se reporter à l'Histoire de l'Internationale communiste de Pierre Frank (l). Il s'agit plutôt d'insister sur quelques questions politiques centrales auxquelles furent, à l'époque, confrontés les communistes.
Ces congrès sont essentiellement marqués par les luttes révolutionnaires en Europe. Ils traitent pourtant, en particulier le deuxième, des problèmes de la révolution coloniale dans des termes qui n'ont rien à voir avec la stratégie étapiste mise en place par Staline. Mais sur ce sujet (révolution permanente ou révolution par étape), les orientations se systématisèrent surtout après l'échec de la deuxième révolution chinoise, celle de 1927.
Le yer congrès (mars 1919) ne devait pas être comme tel un congrès de fondation. Les délégués venus des pays capitalistes représentaient plus eux-mêmes que des partis en construction. Seul existait le Parti communiste allemand, créé par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht quelque temps avant leur assassinat, dont le représentant, suivant en cela l'opinion de Rosa, s'opposait à toute autoproclamation de l'Internationale. Les Bolcheviks étaient prêts à un compromis. Mais finalement l'Internationale fut fondée, le délégué allemand s'abstenant. Ce volontarisme fut efficace car, lors du second congrès Guillet 1920), les délégations étaient beaucoup plus représentatives.
Déjà le PS italien venait d'adhérer et des courants très importants issus de la social-démocratie (les «Indépendants » d'Allemagne), voire majoritaires (France) frappaient à la porte. La CNT espagnole était observatrice. Liée à l'influence de la Révolution russe, l'existence de la me Internationale était incontournable.
Le yer Congrès mit en avant un axe programmatique essentiel : la dictature du prolétariat, le pouvoir des soviets. Il ne s'agissait pas seulement d'affirmer un axe de clivage stratégique décisif avec la social-démocratie, mais de répondre à unè situation concrète : après la Russie, les conseils ouvriers se développaient en Europe (Hongrie, Autriche, Allemagne).
Le deuxième congrès continua sur cette lancée : l'agitation avait gagné les pays sortis vainqueurs de la guerre (France, Grande-Bretagne); la révolution n'était pas morte en Allemagne et l'Italie du Nord se couvrait de conseils ouvriers ; l'Armée rouge, sortie vainqueur de la guerre civile, marchait sur Varsovie espérant ainsi stimuler le prolétariat allemand et polonais. La tâche centrale de ce congrès fut la construction accélérée de partis communistes de
masse, instruments indispensables de la lutte pour le pouvoir présentée comme un horizon immédiat. Cette construction ne peut se faire à partir des seuls noyaux qui ont, dès le début, rejoint l'Internationale, mais en gagnant des courants de masse issus de la social-démocratie. La chose se réalisera quelques mois plus tard en France et en Allemagne.
Le ne Congrès adopte les fameuses « vingt et une conditions », que doivent ratifier tous les partis qui veulent adhérer à l'Internationale. Il s'agit ainsi de couper radicalement le pont avec toute la tradition opportuniste de la ne Internationale.
Initialement seules vingt conditions étaient prévues. Mais le congrès, à l'initiative de l'Italien Bordiga, en ajoute une : l'exclusion obligatoire de w
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::s certains dirigeants opportunistes. C'est dire que l'on veut accélérer « par le haut » la construction de directions dans chaque pays, plutôt que de les laisser mûrir au travers de leur propre expérience. Car les affrontements décisifs, que tout le monde prévoit, ne laissent pas beaucoup de temps.
C'est aussi à cette époque que se ressent le plus une tentation qui marque la création de l'IC : la croyance qu'il est possible d'unifier rapidement sous sa direction l'ensemble du mouvement ouvrier (à la fois les organisations politiques et syndicales) car, sous l'effet de la radicalisation et de la crise, les réformistes seront vite expulsés de la classe ouvrière. Du coup, la volonté -justifiée- d'affirmer la nécessité de construction des partis communistes se mêle à des formulations dans lesquelles ces PC sont présentés comme les seuls partis de la classe ouvrière, qui doivent se subordonner organisationnellement l'ensemble des organisations de masse et en premier lieu les syndicats.
Mais lors du troisième congrès Guin 1921 ), aucune nouvelle révolution n'a eu lieu. A l'échec de la grève générale d'Italie et de Tchécoslovaquie, s'ajoute celui de «l'action de mars» 1921 en Allemagne. En Russie, les Bolcheviks décident le repli tactique de la NEP. Pour préparer ce congrès, Lénine et Trotsky ont créé un bloc dans la direction russe, contre Boukharine et le président de l'IC, Zinoniev, qui refusent de s'adapter à la nouvelle situation et se sont assurés une majorité à la direction de l'Internationale. Mais la chose est loin d'être jouée dans le congrès luimême : les courants ou attitudes gauchistes semblent y être majoritaires.
S'ils ne prennent pas la forme extrême des ultra-gauches allemands du KAPO, ces courants ont tous en commun le refus de percevoir un tournant dans la situation, pensent que « l'offensive révolutionnaire » est en tout temps nécessaire, se refusent à porter la moindre critique à l'action aventuriste de ma;·s 1921 en Allemagne. Lénine et Trotsky l'emportent de peu, grâce surtout au prestige qui les entoure.
Les thèses du congrès prennent acte du « fléchissement dans la lutte révolutionnaire pour le pouvoir ». Sous le mot d'ordre « aux masses» s'amorce un tournant qui se poursuivra jusqu'au quatrième congrès. L'objectif pour les PC est de gagner la majorité dans la classe ouvrière au travers de la défense des intérêts immédiats que menace l'offensive bourgeoise et de la bataille pour l'unité d'action des partis et syndicats ouvriers. Peu après le comité exécutif de l'Internationale adoptera des thèses sur le front unique. Le quatrième congrès poursuivra lui aussi la discussion ; en particulier sur la question du gouvernement ouvrier.
En fait, ce qui se joue n'est pas un simple ajustement tactique à une nouvelle conjoncture, mais un tournant politique qui prend en compte l'expérience du processus révolution~ naire de pays comme l'Allemagne, dont la structure sociale et politique et beaucoup plus « moderne » que celle de la Russie. L'orientation du front unique n'est pas une simple ruse, mais une politique cohérente qui part des revendications immédiates pour déboucher sur la question du pouvoir. Elle a des conséquences sur la compréhension des rapports entre les partis communistes, les masses et les autres courants du mouvement ouvrier. Elle s'articule avec la notion, introduite explicitement, de revendications transi toi res.
Ce tournant n'est pourtant pas encore complètement systématisé: c'est au troisième congrès qu'est proclamée la création de 1 'Internationale syndicale rouge ! Lors du quatrième congrès beaucoup ne perçoivent encore le mot d'ordre de gouvernement ouvrier que comme un synonyme de dictature du prolétariat. L'évolution ultérieure de l'IC bloquera toute poursuite de l'élaboration. Fin 1923, c'est l'échec sans combat de « l'Octobre allemand ». La bataille fait rage dans le Parti bolchevik où la troïka Zinoniev, Kamenev, Staline commence ses campagnes contre Trotsky, alors que Lénine meurt. Une autre histoire commence ...
Antoine Artous 1." Histoire de l'Internationale communiste"· Pierre Frank, La Brèche.