La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Bonjour Mr Orwell !

Critique communiste, n° 32, août 1984 · p. 5-6 · 506 mots

ATIDIQUE, l'année 1984, grâce aux hasards de l'écriture et au talent d'Orwell.

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En 1948, alors qu'il était toujours minuit dans le siècle, Orwell avait vu les horreurs de la guerre d'Espagne en combattant dans les rangs du POUM. Il savait la barbarie nazie, il éprouva au plus profond de lui les trahisons staliniennes. Avec ce roman d'anticipation politique, !984, il acheva son œuvre.

1984 n'est que l'inversion des derniers chiffres de l'année où le roman fut écrit. N'empêche ! Pas question de laisser passer l'année 1984 sans saluer ce livre météore dont la présence, familière, inquiète et interroge.

Extrapolant quelques-unes des tendances fondamentales du siècle, Orwell nous précipite dans une société que la barbarie a engloutie. Il nous décrit un totalitarisme bureaucratique qui a extirpé jusqu'au souvenir de la liberté, s'insinue jusqu'au plus intime de la vie individuelle pour y étouffer toute dignité humaine.

On a dit, à juste titre, qu'il ne s'agissait pas pour Orwell d'une prophétie, mais d'un avertissement. Cet avertissement nous appelle, nous trotskystes, à rendre un solennel hommage à la sombre lucidité d'Orwell, à son courage. Nous serions impardonnables de laisser à d'autres le soin de fêter le 1984 d'Orwell. Car leurs soucis sont loin d'être toujours les nôtres.

Ainsi de ceux qui saluent en Orwell un précurseur des apostats de la révolution et dans son livre une dénonciation du goulag. En oubliant, bien sûr, que pour dire son effroi du totalitarisme Orwell a délibérément mêlé des éléments empruntés au fascisme et au stalinisme, mais aussi des traits qu'il a perçus dans les sociétés «démocratiques ». Parce que la menace nauséabonde qu'il sentait planer sur l'humanité, il la comprenait comme le fruit empoisonné de la double décomposition du capitalisme et du stalinisme.

Ces faux amis d'Orwell refusent surtout cette évidence que tant qu'un homme se saisit d'une arme, fût-ce une plume, parce que, même rongé par l'impuissance, il veut combattre l'oppression, au cœur même de l'obscurité la plus profonde tremble l'espoir.

Ainsi, on ne saurait écouter ceux qui reprochent à l'œuvre d'Orwell son pessimisme, l'impuissance morbide qui sourd de son roman. Car c'est parce qu'Orwell n'avait pas désespéré du prolétariat et du socialisme qu'il fut capable de percevoir avec une si douloureuse lucidité les terribles obstacles qui se dressent.

La force -et l'actualité ! - de son avertissement est là: Orwell voyait qu'il n'y a pas de voie royale, de progrès univoque vers la libération de l'humanité. Plus tarde à sonner l'heure de la révolution et plus la contre-révolution infecte l'humanité entière ! Orwell, qui regarde en face la vérité, est, dans son pessimisme même, moins désespérant que les réformistes de tout poil, chantres des illusions mortelles, qui voudraient nous faire croire à la perspective d'un progrès continu de la démocratie, à l'épanouissement naturel des potentialités de la société moderne.

Loin des mensonges travestis en roses artificielles, le sombre roman d'Orwell, à sa place, sur le terrain littéraire, est irremplaçable pour tous ceux qui comprennent que, plus que jamais, l'humanité est confrontée au dilemme socialisme ou barbarie !

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