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Déclaration de la LCR au Congrès constitutif du Front de libération nationale kanake et socialiste

Critique communiste, n° 35, novembre 1984 · p. 34 · 847 mots

Déclaration de la LCR au Congrès constitutif du Front de Hbération nationale kanaque et socialiste

Le congrès de fondation du Front de libération nationale kanake et socialiste s'est achevé le 24 septembre 1984, jour symbolique puisque correspondant au 131 e anniversaire de la domination française en Nouvellel'évolution du mouvement indépendantiste.

Nous publions ci-dessous la déclaration faite au congrès par Claude

Gabriel au nom de la LCR, le 22 septembre à Nouméa.

Calédonie. La création du FNLKS

« Ceux qui défendent l'indépendance doivent expliquer ce qui sera fait au lendemain de celle-ci. Quelle société sera organisée. » C'est en ces termes que lemoine s'exprimait tout récemment à propos de votre pays dans une interview au journal le Monde.

Lemoine voyez-vous est inquiet. Le pauvre homme est pris d'un doute. Que vont-ils faire de leur indépendance se demande-t-il soudain ? Vont-ils rompre avec les intérêts français ? Vont-ils compromettre la place de la France dans le Pacifique ? Vont-ils chasser les patrons et les profiteurs coloniaux ? Voilà le fond de son interrogation.

Mais comme il n'ose pas poser ouvertement ces questions, comme il n'ose pas révéler le sens profondément mercantile et impérialiste de ses espérances il se contente de dire : « Est-ce que cette société sera pluri-ethnique ? » le gouvernement français connaît pourtant votre position. Il sait que ce pays restera ouvert, selon les vœux même du Front indépendantiste, à ceux qui en accepteront la souveraineté kanake. Il sait tout cela et la question de lemoine, malgré sa fausse ambiguïté, ne porte évidemment pas sur ce point. Le pluri-ethnisme de lemoine c'est le maintien des intérêts impérialistes français dans ce pays. C'est la recherche d'une solution néo-coloniale qui garantisse la permanence des profits réalisés sur cette terre depuis cent trente ans. Voilà pourquoi lemoine se préoccupe tant de pluri-ethnisme en Nouvelle-Calédonie. Ce sont les travailleurs immigrés en France, c'est la seconde génération immigrée qui marque un tournant radical dans aimerait bien entendre le gouvernement français parler de pluri-ethnisme.

Mais, voyez-vous, lemoine appartient à un gouvernement qui, élu grâce aux votes du peuple travailleur, n'a appliqué aucune de ses principales promesses. Elu pour en finir avec l'austérité il a accentué l'austérité. Elu pour en finir avec le chômage il a accentué le chômage. El u pour s'attaquer à l'arrogance patronale, il fait aujourd'hui l'apologie du libéralisme et du profit capitaliste. Le gouvernement français qui n'a pas respecté ses promesses faites aux travailleurs voudrait que les organisations indépendantistes kanakes fassent comme lui et ne respectent pas leur parole. Proposez une politique à votre peuple et ensuite faites-en une autre : voilà la recette que vous propose ce gouvernement. Et croyez bien que ce sont des spécialistes.

Il était donc normal, camarades, que ce gouvernement s'oppose à votre projet. Il était normal que les partis gouvernementaux ne votent pas les propositions de Roch Pidjot à la Chambre des députés. Un régime qui, du Tchad au Liban, est monté en première ligne de défense de l'impérialisme français, un régime qui se couche devant le patronat ne pouvait pas adopter une politique progressiste envers les peuples colonisés. Des partis qui se sont refusés à satisfaire les revendications ouvrières en France ne pouvaient satisfaire celles du peuple kanak. Ils étaient prêts à évoquer l'idée d'indépendance, pour demain, pour plus tard. Mais ils ne vous donnent pas le droit de combattre pour elle.

Il est bien vrai d'ailleurs que pour le colonialisme une indépendance accordée est toujours meilleure qu'une indépendance conquise par la lutte.

Ces partis n'ont rien fait pour que les travailleurs en France puissent comprendre la justesse de votre lutte. Ils ont fait silence sur votre lutte. A tel point que nombre de travailleurs ne savent même pas que la Nouvelle-Calédonie existe.

Si la lutte devait se durcir ici, il faudra ouvrir un second front, celui de la France. Il faudra que là-bas puisse exister et se développer un soutien actif et militant à votre lutte pour l'indépendance. Et ce travail nous allons le faire. Nous vous le promettons. Quelle que soit la forme que vous donnerez à votre combat nous serons là, à vos côtés. Nous essaierons de faire entendre votre voix là-bas au sein de la métropole coloniale. Nous savons d'expérience avec la lutte de libération du peuple algérien que le soutien en France est un facteur important du combat anticolonialiste.

Je vous remercie de nous accueillir ici à votre congrès. Je vous transmets les salutations fraternelles de nos militants et militantes. Je souhaite à votre congrès d'être une étape importante dans votre lutte.

A cette occasion, je dirai un mot supplémentaire sur les autres peuples colonisés par la France : ceux de Polynésie, de Wallis et Futuna, de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de Mayotte et de La Réunion.

Je souhaite que le FLNKS soit un exemple pour la lutte de ces peuples. Je souhaite que l'indépendance kanake et socialiste soit demain un encouragement pour ces peuples. Je souhaite que votre congrès soit aussi le premier congrès de la décomposition et de la crise définitive du colonialisme français. Vive l'indépendance kanake socialiste ! Vive le peuple kanak !

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