La tendance 3 se félicite du fait que la majorité du comité central ait adopté
-----------------------------------, 1 une orientation pour l'alternative. Elle la juge cependant contradictoire, entachée même d'un lourd soupçon : sous un emballage neuf, la majorité ne chercherait-elle pas a prolonger une vieille orientation « conservatrice » et « sectaire " ? Voila au moins deux raisons de tenter de faire la clarté, dont la T 3 se dit si avide.
Pas d'alternative à l'alternative
Il est illusoire de penser, dans les conditions présentes du mouvement ouvrier, qu'un parti révolutionnaire puisse se créer par simple agglutination de forces autour de la LCR : cette appréciation n'est pas nouvelle, puis-
-a: w qu'elle est a l'origine de l'orientation visant a constituer une force (( a gauche
~ z de la gauche », un « parti des travail-
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leurs », adoptée lors de notre précédent lw congrès.
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L'orientation présentée au congrès uo zl-;"
de novembre prochain propose de faire
<t~ a::o de la LCR un agent actif et déterminé
_, LL.o pour l'émergence d'un regroupement unitaire a vocation alternative aux partis traditionnels faillis. Il s'agit de donner une réalité, en termes de capacités d'initiatives et de débats aux forces , courants et militants divers qui sont a la recherche d'une issue pour l'avenir. A peine balbutiant aujourd'hui, ce processus peut se précipiter demain. Il est juste d'y prendre toute notre part, de le faire avancer. Nous savons en effet que les moments de recul et d'attentisme du mouvement ouvrier, consécutifs aux échecs politiques, sont aussi des périodes de réflexion et de mûrissement parmi les minorités qui ne s'abandonnent pas a la démoralisation. C'est ainsi que se prépare l'étape suivante des lut-
N
M tes politiques et sociales.
Voila donc, pour la majorité, la prémisse de la politique d'alternative.
Et la T 3 ne dit pas autre chose : << Comme toutes les crises majeures, la crise actuelle est aussi source de renouveau. » (Denis Berger, Critique communiste n° 44 ).
Si cette prémisse est admise (et si donc est rejetée a nouveau l'idée fausse et dangereusement sectaire selon laquelle la croissance de la LCR peut a elle seule débloquer les conditions de lutte en France), il s'ensuit qu ïl n )' a pas d'alternative, pour la construction d'une force révolutionnaire significative en France, à la politique d 'alternative.
Tel est le débat qui commence dans la LCR, à l'occasion de son VJJ• Congrés. Il s'agit de promouvoir, ici et maintenant, l'action commune en vue d'une remobilisation sociale, le débat sur les objectifs que doivent se donner ceux qui ne renoncent pas au combat contre la société capitaliste et ceux qui s'y engageront, d'aider ainsi à la maturation d'une nouvelle avant-garde. Autant dire que le processus sera long, qu'il ne peut être mesuré et apprécié par les seules possibilités (ou difficultés) de concrétisations immédiates.
Que cette discussion qui commence provoque des hésitations dans la LCR, quoi de plus normal ? Il est pour le moins étrange que la T 3, championne toutes catégories de l'alternative, en prenne argument pour se placer hors du débat, de son enjeu réel, et jeter sur l'orientation présentée au congrès un soupçon de velléité (au mieux) ou de manœuvre (au pire). Nouveau parti ou nouvelle alliance ?
Le procès majeur intenté par la T 3 à la majorité est d'inscrire l'alternative dans la perspective de çonstruction d'un parti des travailleurs. Que dit la T 3 ? Les éléments de l'avant-garde étant aujourd'hui fragmentés et dispersés, le rôle de la LCR est de contribuer a les unifier autour d'une perspective d'af-
frontement avec l'Etat. Comme il se trouve que l'idée même de parti est largement discréditée (par assimilation avec les formations bureaucratiques dominantes), il faut tenir compte de ce sentiment et se contenter de poser les bases d'une convergence.
D 'autre part, laT 3 se tourne vers la majorité pour exiger d'elle qu'elle définisse le contenu, la forme, le fonctionnement d'un futur parti des travailleurs. Elle somme la LCR d'affirmer que ce nouveau parti sera une alliance entre courants politiques et mouvements sociaux, que ce sera un parti «centriste», et qu'il n'en est pas d'autre possible. Si la majorité n'approuve pas cette vision, preuve sera apportée qu'elle ne s'engage que tactiquement, pour la forme, avec le simple espoir d'un bénéfice immédiat, dans l'alternative. C'est en substance ce qu'annonce la T 3 dans ses contributions a Critique communiste!
Cette question peut pourtant être retournée a laT 3. Si le discrédit de la << forme parti » est réel, s'il faut bien sûr en tenir compte, faut-il pour autant nous adapter a un sentiment conjoncturel ? Faut-il l'accompagner, en renonçant a expliquer et convaincre qu'un parti -bien différent des partis traditionnels ! - est nécessaire comme instrument de lutte et pour la révolution sociale? Ce serait la faire preuve d'un opportunisme a courte vue.
Ou bien la T 3 pense-t-elle que la « forme parti » est historiquement dépassée, que la force révolutionnaire nouvelle a construire aura une tout autre configuration ? Si telle est la conception de laT 3, qu'elle l'affirme clairement et la défende comme telle dans la Ligue. Le débat y gagnera en clarté !
Pouvons-nous répondre a cette question : que sera le parti des travailcomment fonctionnera-t-il ? quelle sera sa configuration ? Seuls les développements des luttes sociales et politiques, les décantations politiques et regroupements qui s'opéreront, fourniront une réponse concrète a cette ques-
Nous ne pouvons pas plus prévoir si ce parti des travailleurs se constituera comme parti « centriste » évoluant vers des positions révolutionnaires, ou s'il verra d'emblée le jour sur des bases clairement révolutionnaires . .
La distinction que nous opérons entre l'alternative et le parti des travailleurs ne tient pas en premier lieu à des questions de structure, de formes d'organisation et de fonctionnement. Elle dépend essentiellement de la définition politique, des bases programmatiques sur lesquelles un parti peut se consti-
L'alternative offre aujourd'hui un cadre possible, large, pour l'action et la confrontation. Son nom même est justifié par la recherche d'une voie nouvelle, opposée aux ornières dans lesquelles la social-démocratie et le PC ont une fois de plus jeté la classe ouvrière. Mais l'évolution des composantes présentes et futures de l'alternative n'est pas donnée d'emblée. Les évolutions peuvent être diverses, voire divergentes. Elles dépendent de très nombreux facteurs sociaux et politiques mais aussi, pour partie, de la capacité de la LCR a s'insérer positivement dans ce processus politique, à y défendre concrètement un programme socialiste révolutionnaire et le projet d'un nouveau parti.
La T 3 présente au contraire les efforts développés au stade actuel pour l'alternative comme l'ébauche d'une nouvelle organisation, et cette organisation comme l'aboutissement de l'alternative telle qu'elle se présente aujourd'hui. Ce pari parait bien léger, tant il fait l'impasse sur l'ensemble des tâches politiques impliquées par une réelle recomposition à gauche du mouvement ouvrier.
Pour la majorité, la LCR doit participer à l'alternative et jouer pleinement son rôle dans cette entreprise de rassemblement en restant elle-même, en affirmant l'intégralité de ses positions ; la LCR doit mettre ses capacités d'initiative et d'organisation au service de l'alternative, sans renoncer à se construire comme organisation.
Si la majorité ne conçoit pas le parti à construire comme une projection élargie de la LCR, il est tout aussi clair qu'elle ne renonce pas à défendre, immédiatement et en permanence, certains principes : nous pensons nécessaire un parti délimité politiquement et organisationnellement (ce qui n'exclut pas dans un cadre politique et stratégique commun, des références idéologiques différentes) capable de combiner une démocratie interne, un lien vivant et non manipulatoire aux mouvements de masse, avec une capacité d'unité dans l'action. Pour gagner des secteurs militants à cette idée, il faut une organisation qui la défende en théorie et apporte au moins un début de preuve par sa pratique.
La T 3 reprend par ailleurs, et de façon lapidaire, le débat sur le léninisme. Un tel débat est bien réel. Nous savons, pour notre part, que le parti bolchevik n'est pas un «modèle» ahistorique, et qu'il présente plusieurs visages, différents et fortement contrastés, du vivant même de Lénine. L'expérience du parti bolchevik est une référence qu'il nous faut comprendre et évaluer dans ses spécificités historiques. Cette évaluation permet de mieux poser la question suivante : quel parti est nécessaire, dans les conditions d 'aujourd'hui, pour affronter et renverser l'Etat bourgeois. pour la prise du pouvoir par les travailleurs? C'est d'ailleurs pourquoi nous nous refusons à dissocier la question du projet révolutionnaire et celle de son instrument. Quant à relativiser le léninisme. cela impliquerait pour le moins l'examen de nouveaux éléments (d'ordre théorique et d'expérience) que laT 3, si tel était son objet, n'a pour l'heure pas apportés. Aussi nos camarades pourraient-ils aborder avec plus de rigueur une question qui mérite mieux que quelques phrases, très peu anodines. lâchées ici et là. Changer, mais comment ?
Que la LCR doive changer. l'unanimité existe dans ses rangs pour le souhaiter. Mais dans quel sens et comment? La restructuration capitaliste et la dépression présente du mouvement ouvrier imposent une élaboration concrète et précise d'objectifs de lutte. éclairés par des réponses socialistes d'ensemble. La Ligue doit fonctionner davantage comme « intellectuel collectif>> et apprendre à mener un travail politique suivi. continu. L'engagement de la LCR dans l'alternative ne pourra que l'aiguillonner dans cette direction, encore trop peu prise en compte par la majorité.
Mais laT 3, si on la comprend bien, demande à la LCR de renoncer à être elle-même si elle veut construire réellement l'alternative. Et au nom de quoi s'imposer a nous-mêmes ce que nous nous gardons d'exiger de nos partenaires ! A suivre cette pente, la T 3 concluera-t-elle que la Ligue. sous sa forme actuelle, constitue un obstacle à l'alternative? Qu'elle doit se dissoudre dans ce projet unitaire ?
Ce serait prendre beaucoup de distance avec la réalité, oublier notamment que les obstacles ne sont pas notre fait (mais celui des Verts, par exemple, pour les élections de 1986 ). Ce serait ignorer que la LCR est déjà, dans les villes où elle est présente, un instrument pour que naissent rencontres, collectifs. initiatives. Ce serait plus se payer de mots sur l'alternative qu'œuvrer sérieusement à une recomposition en profondeur du mouvement ouvrier.
Michel Thomas