Alors que le Parti communiste français connaît la crise sans doute la plus grave de son histoire, le Parti communiste italien maintient pour l'essentiel son influence politique et sa force organisationnelle. Constatation élémentaire qui pousse tout naturellement les militants communistes français à voir dans les conceptions, les orientations et le mode de fonctionnement du PCI une source d'inspiration dans leur bataille contre la direction Marchais. Ce qui amène à s'interroger sur les causes des itinéraires différents des deux partis communistes les plus forts des
PCF-PCI
pays capitalistes industrialisés.
L faut tout d'abord rappeler que la différence entre les deux partis s'affirme à la fin des années vingt et surtout lors de la décennie suivante. C'est au cours de cette période, notamment en 1936, que le PCF élargit considérablement son influence et gagne 1 'hégémonie dans les couches les plus importantes du prolétariat industriel. Cela signifie que son groupe dirigeant s'affirme et se consolide, et que ses cadres à tous les niveaux se forment, à une époque où la bureaucratie stalinienne exerce le plus rigidement son contrôle sur le mouvement communiste international. Lors de la libération de la France de l'occupation nazie, ce travail de formation et de consolidation s'est déjà développé pendant une quinzaine d'années, bien qu'à travers des vicissitudes multiples. Il existe donc une charpente suffisamment solide qui permet d'assimiler sans trop de problèmes les nouvelles forces affluant dans les rangs du parti. Un cadre historique différent
Le PCI, lui, a dû agir, après s'être constitué sous la dictature fasciste. A partir de la fin des années vingt, il ne put compter que sur des forces extrêmement réduites qui, globalement, ne pouvaient pas fonctionner comme une véritable organisation et n'avaient que
Livio MAITAN des liens précaires avec le centre à l'étranger. Ce n'est que dans la dernière phase de la guerre et de la résistance antifasciste qu'il commença à se développer massivement. Si, en 1940, il n'y a que quelques milliers de militants, fin 1945 il a distribué plus d'un million et demi de cartes. Il a déjà un poids prédominant dans la classe ouvrière, même s'il obtient un score électoral légèrement inférieur à celui des socialistes aux élections de 1946. Son groupe dirigeant se recompose dans des délais relativement courts. A plus forte raison ses cadres sont nouveaux dans leur écrasante majorité : venus au parti grâce au rôle que celui-ci a joué dans la Résistance, ils sont poussés par les aspirations démocratiques révolutionnaires et socialistes des masses.
Il est vrai que le mythe de 1 'URSS « patrie du socialisme » fait partie de leur bagage idéologique. Il est vrai également que - contrairement à ce qu'affirment les apologistes tardifs, italiens ou non, de Togliatti - le groupe dirigeant fait de son mieux pour inculquer au parti les conceptions staliniennes et imposer des méthodes organisationnelles rigidement bureaucratiques, en s'alignant sans réserve sur la politique de la bureaucratie soviétique. Mais la période qui va de la chute du fascisme à la mort de Staline est, somme toute, trop brève pour que la stalinisation soit parachevée et que les conceptions staliniennes soient réellement assimilées par la
Rencontre Berlinguer-Marchais, le 25 mars 1982, à Paris.
Il était une fois l'« eurocommunisme » ••• grande majorité des cadres et des militants.
Toutes choses qui expliquent pourquoi le PCI dans son ensemble a réagi à l'éclatement de la crise du stalinisme entre 1953 et 1956 beaucoup plus rapidement et avec une sensibilité beaucoup plus grande que d'autres partis frères. C'est sur cette toile de fond que Togliatti et ses collaborateurs les plus proches ont inauguré un cours nouveau : une prise de distance de plus en plus nette par rapport à la bureaucratie soviétique et à l'URSS, qui culminera vingt ans plus tard sous la direction de Berlinguer. A joué aussi en ce sens le souci de ne pas subir la concurrence des socialistes. Ceux-ci avaient immédiatement profité du :xxe Congrès pour rompre avec les conceptions pro-staliniennes qui les avaient marqués pendant une assez longue période, justifier leur intégration plus grande dans les institutions bourgeoises et leurs offres de collaboration gouvernementale à la Démocratie chrétienne.
Ouvrons ici une parenthèse à l'adresse de ceux qui, aujourd'hui, continuent à exprimer des jugements sur Togliatti peu conformes à la vérité historique. Pierre Juquin, par exemple, revenant sur la situation de l'après-guerre, explique que (( les communistes italiens avaient pris de l'avance dans la réflexion)) (par rapport à d'autres partis communistes) et que Togliatti avait en 1914 prononcé un (( discours prophétique 1 )). Il se réfère à ce qui est entré dans l'histoire du PCI comme le ((tournant de Salerno )), c'est-à-dire la décision d'adopter une politique d'union nationale sans exclusive aucune et de participer au gouvernement présidé par le maréchal Badoglio. Or, il est incontestable que la ligne alors adoptée par le PCI était identique à celle des autres partis communistes européens 2• Elle correspondait aux intérêts et aux orientations internationales de la bureaucratie soviétique et, en fait, elle a été imposée par Togliatti immédiatement après son retour de Moscou, malgré de fortes résistances du parti de l'intérieur. Quant aux prétendus mérites de Togliatti dans la bataille pour la déstalinisation, il ne faut pas oublier que ce dernier s'est placé au premier rang des attaques contre Tito et les communistes yougoslaves. Qui plus est, même en 1956, il a condamné de la façon la plus virulente et ignoble tous les mouvements de masse antibureaucratiques, allant jusqu'à reprocher aux dirigeants hongrois d'avoir permis le déroulement des osbèques de Laszlo Raijk ! Le clivage de 1956
Tous ceux qui analysent parallèlement l'itinéraire du PCI et celui du PCF ont, en général, tendance à mettre l'accent sur les différences. Il ne faut pas, toutefois, oublier les convergences et les analogies.
Nous avons déjà fait allusion à l'orientation commune des partis communistes à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, le PCI et le PCF ont mené la même politique d'unité nationale, ont participé à des gouvernements de collaboration avec des partis et des dirigeants bourgeois, y compris bourgeois conservateurs, ont rédigé des programmes analogues dans la perspective de ce qu'on appelait à l'époque (( démocratie progressive )). Ils ont aussi prôné, non seulement l'unité d'action, mais l'unification organisationnelle avec les partis socialistes (si, en ce qui concerne les rapports avec les socialistes, le PCF a parcouru moins de chemin que le PCI, cela était dû au fait que dès le début la SFIO était beaucoup moins disposée que le PSIUP 3 à accepter des ouvertures).
Une convergence importante entre les deux partis s'est également produite au milieu des années soixante-dix, avec l'émergence de l'eurocommunisme. Certes, même alors, des divergences ont existé, notamment sur les rapports , avec les socialistes, la politique d'austérité et l'attitude par rapport à la Communauté économique européenne. Mais celles-ci ne remettaient pas en question l'accord sur le choix stratégique fondamental, caractérisé par un réformisme gradualiste, analogue à celui des partis sociaux-démocrates de l'âge d'or de la II e Internationale.
En 1956, par contre, la ligne de démarcation entre les deux partis est apparue clairement. Pour reprendre une expression courante, le PCF avait (( manqué )) l'occasion du :xxe Congrès du PCUS et des événements qui l'ont suivi pour se différencier de la bureaucratie soviétique et du stalinisme. Le PCI, lui, opérait en temps utile le réajustement nécessaire. Ajoutons que, précisément à la fin de la même année, se déroule une première polémique publique sur l'orientation des deux partis.
Roger Garaudy, l'un des principaux porte-parole du PCF à l'époque, critique ouvertement des positions adoptées par le VIII" Congrès du PCI en soulignant, non sans fondement, faut-il le dire, leur caractère opportuniste. Mais à l'approche générale du PCI, il oppose, d'un côté, de pures et simples revendications immédiates, de l'autre, le rappel stéréotypé de certaines vérités premières (il faut abattre le capitalisme pour résoudre les problèmes de la société, etc.). De surcroît, il n'hésite pas à proclamer que le mouvement ouvrier doit stimuler (( une lutte contre le capitalisme qui met clairement en évidence la loi de la paupérisation absolue et relative de la classe ouvrière 4 )).
C'est Togliatti lui-même qui répond. Il réfute sans problème la théorie de la paupérisation (d'origine thorézienne) fait à juste titre remarquer que Garaudy ignore la nécessité d'un programme qui lie les revendications immédiates aux objectifs généraux. Toutefois, selon lui, le programme de transition est un programme à renvoyer à une phase imaginaire entre le capitalisme et le socialisme, le passage au socialisme se fera sans rupture révolutionnaire, d'une façon graduelle, par approximations successives. Voilà donc un exemple tout à fait significatif de la fausse opposition entre le PCI et le PCF. Le PCI peut à juste titre critiquer des positions erronées du PCF, mais ses
Le 29 mai 1974, à Milan, quatre heures de grève générale et une grande manifestation unitaire pour protester contre l'attentat fasciste de Brescia (6 morts, 94 blessés ... ).
positions sont également erronées, même si c'est dans un sens diamétralement opposé.
Il mérite d'être souligné que, dans les énumérations des (( occasions manquées )) par le PCF, on ne retrouve pas Mai 68. Pourtant, face à une crise qui a ébranlé la société française et son système politique, le PCF, loin de jouer ce rôle d'avant-garde que le rapport de forces et son enracinement dans la classe ouvrière lui auraient permis de jouer, s'est efforcé d'entraver l'essor des nouveaux mouvements de masse et les nouvelles prises de conscience. Il a fait son possible pour canaliser les luttes dans le cadre d'objectifs partiels et leur enlever toute dynamique révolutionnaire. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard que le Parti socialiste, qui précisément en 1968-1969 avait touché le fond, a· presque immédiatement après engagé sa relance. En effet, le PCF avait donné concrètement la preuve aux yeux de tous que, en dépit de proclamations rituelles sur sa nature révolutionnaire, sa stratégie était non pas révolutionnaire, mais réformiste gradualiste, acceptant le cadre du système. Or, si dans ces conditions une telle stratégie était perçue comme la seule praticable par le mouvement ouvrier, le Parti socialiste apparaissait tout naturellement comme l'instrument le plus crédible pour sa réalisation. D'autant que, depuis de longues années, il faisait une cure d'opposition et avait subi, au congrès d'Epinay, une heureuse intervention de chirurgie esthétique.
Le PCI n'a pas eu une réaction qualitativement différente face aux événements de 1968. Des critiques ont de nouveau, été avancées dans ses rangs par rapport au dogmatisme et au sectarisme du PCF, mais, fondamentalement, la politique du PCF a été approuvée, 1 compris dans des textes officiels . Si, somme toute, le PCI a surmonté avec moins de difficultés l'épreuve de la grande montée ouvrière, cela est notamment dû à plusieurs facteurs.
En Italie, la crise a été plus longue et, sous plusieurs aspects, plus profonde qu'en France. Mais elle n'a pas été marquée par une échéance dramatiquement concentrée comme la grève générale de Mai 68. C'est pourquoi le PCI n'a pas été obligé de faire des choix aussi clairs que ceux du PCF, il a disposé de marges de manœuvres plus amples et donc de possibilités plus grandes d'adaptation et de récupération.
Le PCI n'a pas été non plus à l'avant-garde des nouveaux mouvements de masse et il n'a pas favorisé les prises de conscience nouvelles, mais, dans le contexte donné, il a pu agir avec une plus grande souplesse et réajuster progressivement son tir. Ce qui lui a permis, entre autres, de regagner du terrain, même sur sa gauche, et ce, dès 1972- 1973.
Depuis le milieu des années soixante le PSI a presque toujours été au gouvernement, dans des conditions qui l'obligeaient à avaliser les principales décisions prises par les partis bourgeois. Ce facteur a notamment beaucoup aidé le PCI à maintenir et même à faire évoluer davantage en sa faveur le rapport de forces au sein du mouvement ouvrier.
Ce qui s'est passé par la suite est bien connu. Alors que, par ses appréciations ' réticentes et ambiguës, ses retours en arrière, son approbation de la politique de Moscou en Afghanistan et son attitude face aux événements polonais, le PCF faisait même oublier sa critique de l'invasion de la Tchécoslovaquie, le PCI s'éloignait de plus en plus de l'URSS en critiquant systématiquement son régime politique et les méthodes de sa direction. Il réussissait ainsi à rendre plus crédible sa stratégie réformiste et son acceptation de la démocratie bourgeoise, présentée désormais comme une valeur universelle. En d'autres termes, la cohérence de son approche d'ensemble - indépendamment du jugement qu'il faut donner de cette approche d'un point de vue marxiste et révolutionnaire- s'avérait payante et lui permettait de maintenir son influence politique et ses forces organisées. Il faut ajouter que si la présence et les possibilités d'action du PCF au niveau des institutions se sont restreintes après l'avènement de laye République, le PCI, sans interruption pendant une quarantaine d'années, a agi dans le cadre d'une démocratie parlementaire bourgeoise parmi les plus avancées. Il a pu peser de tout son poids dans les communes, les provinces, les régions et au Parlement même.
Les difficultés qu'il a connues et l'impasse où il se trouve à présent, de l'aveu même de certains de ses dirigeants, ne dépendent pas, contrairement à ce que prétendent les dirigeants socialistes et les critiques droitiers de la direction Natta, d'une supposée incapacité de tirer toutes les conséquences des prémisses analytiques et stratégiques qui sont les siennes. Mais, plus concrètement, en ce qui concerne le passé, du fait qu'à l'époque de l'unité nationale (1976-1978) il a été coresponsable d'une politique gouvernementale qui, loin d'adopter des mesures réformistes et démocratiques, visait à faire payer la crise aux travailleurs. Et, dans la phase actuelle, de ce que la stratégie fixée dans les congrès ou dans les résolutions de la direction ne se traduit pas dans la pratique. Le XVIIe Congrès · 1' approfondissement du cours néo-réformiste
Revenons aux spécificités des conceptions et des orientations du PC telles qu'elles apparaissent notamment après son dernier congrès.
Tout d'abord, le congrès s'est efforcé de mieux définir l'idée de l'alternative aussi bien dans une perspective plus générale que face à l'actuelle coalition gouvernementale des cinq partis 6 •
En fait, la perspective de dépassement du capitalisme, même à très long terme, a été encore plus diluée, sinon complètement abandonnée. Le PCI combine des revendications immédiates ou à court terme, dans une perspective de rationalisation et de démocratisation du système, et des formulations vagues, néo-idéalistes ou néo-utopiques, qui rappellent le libéral-socialisme des années trente et quarante 7• Quant aux perspectives sur le terrain gouvernemental, les formules ((alternative démocratique )) et (( gouvernement de programme )) sont loin de faire la clarté, comme le confirme l'existence de différentes interprétations au niveau du groupe dirigeant lui-même 8•
Deuxièmement, le PCI adopte désormais une position d'équidistance entre l'URSS et les Etats-Unis. Il tend à abandonner de plus en plus le concept même d'impérialisme. Qui plus est, dans une interview récente, Giorgio Napolitano, tout en réitérant que son parti est favorable au dépassement des blocs, expliquait en même temps que (( les forces démocratiques en Italie sont deux options fondamentales communes : l'Alliance atlantique et la CEE)) (Corriere della Sera, novembre 1986).
Comme nous l'avons déjà mentionné, l'une des divergences entre le PCI et le PCF concerne l'attitude face à la CEE. Il va de soi que le PCI a raison de souligner l'internationalisation croissante de l'économie et de repousser la philosophie protectionniste qui inspire le mot d'ordre du ((produire français )). Mais il ne rejette pas pour autant la logique du développement capitaliste, et il se place lui aussi du point de vue des impératifs de la concurrence pour l'économie de son pays 9 • Plus généralement, il oppose au protectionnisme national la solution de la construction d'un pôle économique européen, à côté des pôles américain et japonais. Dans cette optique, il soutient, par exemple, le projet Eurêka. Par ce biais, il confirme donc aussi son acceptation du cadre capitaliste, dans lequel il projette le dépassement de la crise et de la stagnation prolongée de l'économie italienne et européenne.
En troisième lieu, le PCI critique justement l'orientation sectaire du PCF envers le PS, qui rappelle, sous plusieurs aspects, la tristement célèbre «troisième période». Pour leur part, les marxistes révolutionnaires sont convaincus qu'une politique de front unique des organisations ouvrières est décisive pour une relance des luttes de masse et, en dernière analyse, pour une recomposition du mouvement ouvrier. Mais l'approche du PCI débouche en réalité sur une identification programmatique et politique de plus en plus grande avec les partis sociaux-démocrates ; en particulier, à l'heure actuelle, avec la social-démocratie allemande. Les affirmations d'un Lama et d'un Natta, selon lesquelles, s'ils étaient allemands, ils adhéreraient au SPD, ne sont pas des boutades. Rappelons que cette identification avec les partis sociaux-démocrates est le véritable sens du slogan (( être partie intégrante de la gauche européenne )) qui a constitué le leitmotiv du dernier congrès.
La social-démocratisation du PCI se reflète aussi dans son fonctionnement interne. Le PCI est incontestablement un parti qui mène des débats sur tous les problèmes, en son sein, dans sa presse, dans la grande presse bourgeoise, dans des réunions publiques. C'est une organisation pluraliste où peuvent coexister des orientations et des conceptions très différentes , qui opère des médiations entre des pressions et des intérêts multiples. Mais ce pluralisme ne saurait être confondu avec une réelle démocratie interne, permettant aux militants de déterminer effectivement les choix de leur parti. Les tendances continuent d'être interdites et la direction utilise tous les moyens pour entraver la formation de simples groupements d'opposition. Ce sont toujours, en dernière analyse, les appareils, les élus dans les différentes institutions, les dirigeants des syndicats et des coopératives qui déterminent les décisions des congrès et les orientations au jour le jour 10 • Cela ne va pas, parfois, sans des conflits entre différentes instances, par exemple entre organismes de direction du parti et représentants des élus. Sur ce terrain aussi le PCI se relie donc à la tradition sociale-démocrate.
Enfin, la CGIL a incontestablement un fonctionnement plus démocratique que la CGT, et sa direction est davantage sensible aux problèmes que la situation actuelle des pays capitalistes industrialisés pose au mouvement syndical. Mais cela ne doit faire oublier que la CGIL, dans laquelle le courant du PCI est toujours largement majoritaire, a renoncé à défendre les acquis les plus importants imposés par la montée ouvrière entre 1968 et 1976, qu'elle accepte désormais des conceptions et des pratiques de cogestion, qu'elle s'oppose de moins en moins aux mesures de rationalisation et de restructuration imposées par la bourgeoisie italienne et qu'elle fait sienne la problématique patronale sur la flexibilité. Sur le terrain européen, elle soutient non seulement le projet Eurêka, mais elle s'engage également à ((favoriser la naissance d'entreprises multinationales européennes en partant des secteurs technologiquement avancés )).
La conclusion qu'on peut tirer des
Compromis historique. Le 8 mars 1978, Enrico Berlinguer et Giulio Andreotti, dirigeant démocrate-chrétien, autour de la même table, apportent leur soutien mutuel à l'•• accord programmatique ,, qui règle la crise gouvernementale.
différenciations et des spécificités que nous venons de rappeler est que, si les critiques du PCI au PCF ont un fondement incontestable et peuvent coïncider avec les critiques que des militants communistes français avancent eux aussi, il n'en découle pas pour autant que l'expérience du PCI indique le chemin d'un renouveau du PCF et encore moins d'une recomposition du mouvement ouvrier français. Le PCI ne donne pas de véritables réponses aux problémes qui se posent au mouvement ouvrier dans cette étape difficile de son histoire et il n'esquisse aucune alternative programmatique valable. Loin de définir ou de redéfinir une identité communiste, il ne fait que relancer, en les revernissant, des conceptions et des pratiques traditionnelles des social-démocraties. « Dépasser » Tours et Livourne?
En France, récemment, et déjà au cours des années soixante en Italie, certains ont posé la question : soixante ans aprés, n'est-il pas nécessaire de réviser le jugement sur les congres de Tours et de Livourne ? Au moins, indépendamment du jugement historique, ne serait-il pas nécessaire d'agir dans la perspective de surmonter la rupture qui s'est produite à l'époque?
L'idée d'une réunification des grands partis ouvriers a été relancée à plusieurs reprises au cours des derniéres cinquante années. Des pourparlers dans ce sens ont eu lieu à l'époque du Front populaire, après le tournant du PCF. Des projets de réunification ont également été avancés, dix ans plus tard, aussi bien en France qu'en Italie. Et, à son premier congrès après la Libération , le PCI avait notamment proposé une fédération entre lui et le PSIUP. En Italie, l'idée a été reprise dans les années soixante et, en juin 1965 , le comité central du PCI a même adopté une plate-forme de base pour l'unification. Nous n'estimons pas que qu'on avancera beaucoup plus sur ce terrain maintenant.
Il s'agit, après tout, d'un faux problème ou d'une fausse approche d'un problème réel. Que les PC et les PS se réunifient ou pas, le mouvement ouvrier ne fera aucun pas en avant réel s'il s'enlise dans une stratégie réformiste gradualiste, dont l'expérience négative a été faite des décennies durant, et si la rupture avec la bureaucratie de 1 'URSS aboutit à l'acceptation du cadre capitaliste de l'Europe occidentale et des alliances politiques et militaires bourgeoises. Le vrai problème est de savoir comment on pourra stimuler et développer une recomposition du mouvement ouvrier, en fonction d'une lutte anticapitaliste consèquente mobilisant la classe ouvrière et toutes les autres couches exploitées. Une telle discussion ne fait pas l'objet de cet article. Mais nous sommes évidemment disposés à la mener avec tous, sans prétendre à aucun monopole des idèes justes, des analyses et des perspectives correctes.
Livio Maitan
1. Voir Pierre Juquin : Autocritiques, page 19.
2. Sauf le cas de la Grèce, qui est différent, pour des raisons sur lesquelles, nous ne pouvons pas revenir ici.
3. PSIUP (Parti socialiste italien d'unité prolétarienne) était le nom du Parti socialiste à la fin de la guerre.
4. La polémique entre Garaudy et Togliatti a étè publiée par la revue du PCI , Rinascita, en décembre 1956. Nous nous appuyons sur le texte italien, y compris en ce qui concerne l'ar· ticle de Garaudy.
S. Voir à ce sujet une interview de Luigi Longo, à l'époque secrétaire gènèral du parti, publiée par Rinascita du 14 juin 1968, et un rapport du même Longo approuvé par le comité central (voir I'Unità du 21 juin 1968).
6. Rappelons que les cinq partis sont la Démocratie chrétienne, le Parti socialiste, le Parti social-démocrate, le Parti républicain et le Parti libéral.
7. Pour une analyse plus générale des conceptions du PCI sur la transition voir, entre autres, notre article « La crise idéologique du mouvement ouvrier italien >> , publié dans le dernier numéro de la revue canadienne Cahiers du socialisme.
8. Voir à ce sujet notre article dans les numéros d' lnprecor du 22 juillet 1985 et du 20 janvier 1986.
9. Un exemple récent, parmi d'autres: I'Unità du 24 octobre dernier titrait: " Pour que l'automobile italienne gagne >> un article sur les négociations d'Alfa Romeo avec Ford et Fiat.
10. Dans un article publié par les Cahiers du communisme, juillet-août 1986, Pierre Laroche, qui développe une analyse critique du dernier congrès du PCI , souligne que « sur 1 091 délégués au congrès, il y avait 187 membres du comité central et de la commission centrale de contrôle, 103 responsables régionaux, 523 responsables fédéraux, 650 parlementaires et élus, 413 permanents 11. Nous n'avons pas eu la possibilité de vérifier ces chiffres. Toujours est-il que dans sa réponse à Laroche, Rinascita (du 27 septembre 1986), Gerardo Chiaromonte ne les conteste pas. La polémique Laroche-Chiaro· monte rappelle, toutes proportions gardées, la polémique Garaudy-Togliatti que nous avons mentionnée dans notre article.