P
OUR faire obstacle au changement. le CNPF s'est transformé en « parti de l'entreprise » : c'est au nom de la « rentabilité des entreprises françaises » qu'il défend les intérêts des capitalistes.
Pourtant, l'état actuel de l'économie devrait amener les défenseurs de la bourgeoisie à se montrer plus discrets : tout en produisant la famine dans une grande partie du monde le système capitaliste accumule dix millions de chômeurs en Europe et neuf millions aux Etats-Unis. Du coup, lorsque ces gens font du chantage à la faillite de l'économie ...
Reprenons cependant leurs divers arguments : pour démonter comment ils sont totalement de mauvaise foi et pour y opposer des réponses qui sortent les travailleurs de l'impasse dans laquelle s'enferment le PS et le PC. En effet, il n'y a de solution au chômage qu'à la condition de ne pas chercher à satisfaire les exigences des patrons. Des faillites série?
D'après les experts de la bourgeoisie, l'application des 35 heures risquerait d'entraîner une masse de faillites dans les petites et moyennes entreprises. Et par là même, argumente Edmond Maire, qui a relayé cette menace des patrons, cela augmenterait de quatre millions le nombre des chômeurs. Le problème est sérieux. Mais la solution n'est pas si mystérieuse.
Tout d'abord, prenons le cas de trois mille petites et moyennes entreprises d'un genre très particulier: les agences de travail intérimaire. Faut-il laisser cette « industrie » qui
P. R. « loue » de la main-d'œuvre en moyenne payée de 20 % à 30 % moins cher que les travailleurs stables des entreprises qui les emploient de façon temporaire ? La réponse est évidente, comme J'était le projet du PS, avant le 10 mai, que l'ANPE, transformée, devienne la seule agence de placement, au niveau national et que tous les travailleurs aient un statut les protégeant vraiment.
D'autres PME, sous une autre forme, sont elles aussi une création du grand patronat : les entreprises de « sous-traitance », dont Gattaz, le nouveau président du CNPF craignait- dans une interview à 1 'Usine nouvelle du 4 février dernier- qu'elles ne soient rapatriées dans les entreprises qui emploient leurs « services ». Beaucoup de multinationales, en effet, utilisent ainsi des salariés en les payant moins cher ou en leur faisant accepter des contraintes énormes (déplacements, horaires saisonniers exorbitants, etc.). II en est ainsi chez Dassault, où 80 % de la production d'avions est assurée par des sous-traitants dont les ouvriers sont payés 1 000 F de moins par mois (sans compter l'ensemble des avantages du personnel Dassault qui ne leur sont pas attribués). Dans le cas de la Thomson, cela représente 30 % de la production. Chez Renault, le nombre de filiales est passé de six en 1945 à plus de six cents en 1977 ; le pourcentage de sous-traitance atteignant, lui, environ 50 % du chiffre d'affaires... Et, dans le cas des sites de production de la chimie, on trouve la moitié des salariés attachés à la production dont le statut est celui de sous-traitants à des titres divers.
Que faire d'autre, dans tous ces cas, si ce n'est de réintégrer les travailleurs dans les entreprises pour lesquelles ils produisent vraiment ? Faudrait-il, parce que Gattaz le réclame, laisser subsister cette division en-
tre travailleurs et finir par accepter le chantage à la faillite des sociétés de sous-traitance ?
Hormis les sous-traitants divers des grandes entreprises, des dizaines de milliers de PME existent. Comment résoudre ce problème de menace de faillite? Dans les faits, il n'y a que deux voies : l'une consiste à soumettre les travailleurs qui y sont salariés aux quatre volontés des patrons ; l'autre voie, en accord avec les intérêts des travailleurs, consiste à imposer un cadre contraignant à ces patrons.
D'ores et déjà, en effet, ils ne peuvent survivre qu'avec l'assistance constante des banques : ne disposant pas de moyens financiers, tout investissement et même leur fonctionnement normal dépendent de l'aide des banques. Celles-ci prêtent en fonction de la « rentabilité » de l'entreprise, c'est-à-dire en tenant compte des conditions d'exploitation, « rentable » ou pas, des travailleurs dans cette entreprise. Si le gouvernement et la majorité PS et PC le veulent, rien de plus simple que d'assurer un contrôle public sur toutes ces PME : en unifiant les banques nationalisées et en les utilisant comme moyen de direction de l'économie, il est possible d'imposer une planification de la production de ces entreprises, en conditionnant les aides publiques au respect de tous les droits des travailleurs. Quant aux patrons qui n'accepteraient pas « un tel contrôle », il serait facile de démontrer à la masse des travailleurs qu'ils en ont accepté bien d'autres, depuis très longtemps au travers des banques. Uni fier les travailleurs, garantir l'emploi de tous, réorganiser la production, telles sont les seules solutions au chantage aux licenciements dans ces entreprises.
La concurrence
étrangère
et les branches
en crise •
On ne peut pas, dit-on, réaliser les 35 heures dans un pays comme la France si la même mesure ne se répand pas partout, au moins en Europe. Pour ne pas être trop mal placé face à « nos concurrents ». Argument capitaliste typique, qui se réduit à une opération de « poudre aux yeux » : en comparant les divers pays européens, il apparaît que la France est parmi ceux qui ont les plus longues durées de temps de travail ; et, pourtant, un patron allemand peut se payer trois travailleurs allemands pour un prix équivalent à celui de quatre travailleurs français ... Au demeurant, il y a aujourd'hui deux millions de chômeurs dans un pays comme l'Allemagne.
Dans son face à face avec Giscard à la télévision, en avril dernier, François Mitterrand avait d'ailleurs eu une excellente réponse : << En se réalisant en France, la semaine de 35 heures se généraliserait en Europe comme une /rainée de poudre ! » Au lieu, en effet, de faire de belles déclarations sur la nécessité d'un « espace social européen », mieux vaudrait s'attaquer au chômage et mobiliser contre l'ensemble du patronat européen au travers de mesures concrètes. L'urgence des 35 heures n'est pas à démontrer après la longue grève des métallos allemands, en décembre 1979, justement pour arracher cette revendication. Et il en est de même en Italie, après les luttes contre les licenciements à la Fiat. Que dire de l'Angleterre avec ses trois millions de chômeurs?
Dans certaines branches, comme le secteur du jouet ou du textile, les travailleurs se voient opposer les arguments contradictoires avec les engagements pris par la majorité du PS et du PC. « Rétablissons d'abord la rentabilité de l'entreprise » en liquidation ou menacées de l'être, affirment invariablement les hauts fonctionnaires des services ministériels (Le CIASI, Comité interministériel d'aménagement des structures industrielles ou l'lOI, Institut de développement industriel). Du coup, au lieu de la bataille contre le chômage, les travailleurs se voient proposer celle du « réalisme économique » qui revient à accepter la politique de restructuration à la sauce de Barre sans Barre.
On ne peut pourtant pas résoudre le problème de branches comme le textile ou le jouet par le système des aides gouvernementales telles qu'elles sont pratiquées. Distribuer ces aides aux patrons, en effet, c'est reculer pour mieux sauter : la question est de savoir si, au nom de la priorité à l'emploi, la majorité actuelle est oui ou non prête à imposer des solutions que les patrons ne veulent pas accepter. Ceux-ci, en effet, sont bien sûr prêts à empocher des milliards et à économiser une grosse part de leurs cotisations de Sécurité sociale ; mais ils maintiennent en même temps leur refus d'embauche sur la base de la semaine de 35 heures sans contre-
Les calculs de Mr
Sauvy
Dans Libération du 13 février, Al -fred Sauvy répétait l'un de ses célèbres arguments opposés au partage du travail : les travailleurs ne sont pas interchangeables, donc il n'est pas possible de diminuer le temps de travail pour embaucher. Autrement dit : 11 Si la forma/ion des générations en àge de travailler correspond moins bien aux offres d'emplois qu'auparavam le chàmage augmentera ».
Que vaut ce raisonnement? A vrai dire. pas grand-chose. 1) Tout d'abord, les travailleurs sont, aujourd'hui, plus interchangeables qu'il n'y paraît. Quoi de plus simple. par exemple que de diminuer radicalement le temps de travail des OS pour intégrer à ces postes une masse de chômeurs ? Quant aux emplois qui paraissent beaucoup plus sophistiqués, comme par exemple des postés de la chimie. il faut les démystifier : la plupart des directeurs d'entreprises embauchent les ouvriers postés avec un BEP (brevet d'enseignement professionnel), sans exiger une spécialité ; ce diplome. le plus simple à obtenir, est demandé comme une simple garantie sur la capacité à comprendre, des consignes.
Au bout de deux mois de pratique en poste, la plupart des ouvriers ont acquis le savoir faire nécessaire ... ) La qualification plus élevée est atteinte, dans la plupart de ces usines. par deux ans de pratique, complétée par une formation professionnelle payée par le patronal. Encore faut-il signaler que ces formations permanentes pourraient avantageusement gagner en efficacité si le souci de conserver les rapports de pouvoir dans J'entreprise en était chassé. 2) Si beaucoup de travailleurs. femmes et jeunes en particulier, n'ont pas la formation adaptée aux emplois actuels, il n'y a rien là d'insoluble. L'Education nationale peut sûrement jouer son rôle ! Et elle pourrait même le faire en fonction d'une prévision sur les emplois qui vont être utiles dans les dix ans qui viennent. A quoi sert sinon la planification industrielle ?
Il faut d'ailleurs critiquer le gouvernement qui va livrer les jeunes de 16 à 18 ans à tous les patrons possibles, dans le seul but de ne pas devoir les compter comme chômeurs. Il serait sans aucun doute préférable de les préparer à des emplois plus durables !
Dès le mois de juin le gouvernement a commencé à distribuer des cadeaux aux patrons " pour ne pas alourdir les charges, a cause de l'augmentation du SMIC, " qui sinon serait préjudiciable à l'emploi "· Le résultat est connu : 4 % de moins sur les cotisations de Sécurité sociale des entreprises employant beaucoup de main-d'œuvre, d'où un déficit complémentaire pour des caisses auxquelles les patrons, souvent, ne versent pas ce qu'ils doivent. Et, par ailleurs, comme si le 10 mai n'avait pas eu lieu, un nombre de chômeurs en progression au rythme d'un par minute .•.
L'efficacité des mesures qui ont suivi n'est pas beaucoup plus grande, pour les travailleurs tout au moins.
Contrats de Solidarité
Cet ensemble de mesures devrait paraît-il amener la ,, création , de 150 000 emplois en 1982.
Les 600 contrats en cours de signature permettent d'embaucher 17 000 chômeurs pour le moment.
Ordonnance des 39 heures
RYTHME PATRONAL)
50 000 embauches si la moitié des salariés acceptent de perdre près de 2 % de leur salaire (selon J.-P. Dumont
DEFINITION 1 1) La préretraite à 55 ans : Tous ceux qui démissionnent à 55 ans auront droit à un revenu correspondant à 70 % de leur salaire brut moyen des douze derniers mois. 2) La mi-retraite à 55 ans : Un salarié de 55 ans décidant de ne plus travailler qu'à mi-temps percevra de son employeur 50 % de son salaire. Les Assedic lui verseront par ailleurs un revenu égal à 30 % de son salaire brut jusqu ' à 65 ans. 3) Baisse du temps de travail avec embauches : Pour une baisse du temps de travail à 36 heures, les entrepr ises bénéficieraient d' une exonération des cotisations de Sécurité sociale. 4) Embauche de chômeurs de longue durée: Les entreprises qui en embaucheront tou -cheront une aide équivalente aux prestations qui auraient été versées par les Assedie. EFFET PRODUIT: (OU LES HEURES AU
DEFINITION 1 39 heures légales : Sans perte de salaire a dit Mitterrand. Mais les patrons de nombreuses entreprises ont refusé de s'y plier. Entre autres la chambre patronale du bâtiment. 38 heu res par la négociation : Dès octobre II}Sz, discussions syndicats-patronat.
EFFET PRODUIT du « Monde ,).
MECANISME
+ C"est l'idée de donner un emploi à un jeune en faisant un retraité de plus. La préretraite en question est à la charge de l'Etat et de l'Unedic.J;l.
+L'entrepr ise est obligée d'embaucher , mais
« dans un délai d'un an "· Et rien ne l'oblige à ce que ce soit dans le même secteur d'activité : elle peut, par exemple. se faire ainsi payer la disparition de milliers de postes de producùon tout en créant des postes commerciaux (ex. de Renault).
+Même idée que la précédente, qui pourait être très intéressante pour les salariés ayant un certain niveau de salaire: travailler à mi-temps payé à
8o% de son salaire antérieur. Pratiquement pas mis en œuvre encore : les patrons attendent d'avoir des garanties sur les règles du travail à temps parti el.
t Il reste à préciser si les embauches seront faites sous la forme de mi-temps ou de plein temps en cumulant les postes. Les pa trons des PME et PMI rèvem d'avoir un travailleurs agé assurer à mi- temps la formation sur le tas de jeunes embauchés à mi-temps.
+Avec plus de trois heures de diminution, 100 % d'exonération la première année et jO% la deuxième. Entre deux et trois heures, 75 % d'exonération la première année et jO % la deuxième.
+ Rien n'oblige à diminuer les horaires de toute l'entreprise pour avoir droit à cet accord : il peut ne porter que sur un secteur ou une partie du personne!.
+ Dans les collectivités locales, cela a déjà pris la forme de la remise en cause des horaires d'ouverture et du congé le week-ends
+ Ceux qui touchent des prestations chômage depuis près de deux ans seront une bonne aubaine pour les patrons qui les sortiront des listes de chômage.
Rien n'est prévu pour les embauches des chômeurs sans aucune ressource (plusieurs centaines de milliers)
MECANISME + Les contreparties exigées par le patronat remettent en cause une cinquantaine d'articles du Code du travail : travail les week-ends, travail de nuit des femmes, jours de congés d'ancienneté, horaires variables sur l'année. + Pour le passage à 38 heures, le patronat tient à imposer le paiement à 6o ou 70 % de la 39< heure ... Certaines directions syndicales s'affirment prêtes à l'accepter.
QUI PAYE QUI? 1
Le déséquilibre prévisible des caisses de retraite sera à la charge de l'Etat. c'est-à-dire du budget. D'où des impôts plus lourds pour les salariés.
. Même mécanisme que précédemment. Complété par une liaison avec le << plan emploi-formation " des jeunes. Et par des incidences sur les cotisations de Sécurité sociale, payées en fonction du mi-temps vraisemblablement.
, La Sécurité sociale paiera. C'est-à-dire les salariés : déjà le rétablissement du 1 % de plus de cotisations. Bientôt le projet d'une « budgétisation " pour faire face au déficit. Et donc un accroissement de la charge des impôts ...
1 Là, le patron est carrément payé pour fai -re travailler un salarié ayant subi long temps le chômage.
Al} U.N.E.D.I.C.: L'Union nationale in tt'rprof~sionndle pour remploi dans l'industrie ('( le commerce a été créée par une convention collective en tl't' syndicats ct pauunat. Des caisses (ASSEDIC) ont ainsi été consti tuées, à l'échelon local, agréés par l'UNEDIC. Le financemen t tst assurt- par des cotisa tions salariales ct patronales : il s'agit donc, comme pour la S«urité sociak d'une part de salaire différé. QUI PAYE QUI ?. 1 + La 40< heure, dans les plus petites entreprises, risque d'être en partie sur le compte des salariés. Partout, c'est une remise en cause des pauses et des divers repos qui donnera « une compensation >> aux patrons. + Ces attaques devraient se poursuivre et s'amplifier s~ la tactique c~oisie par le gouvernement n est pas changee.
parties. Et ils veulent conserver le droit de licencier.
La seule solution, pour défendre le droit à l'emploi dans des branches comme le textile est d'interdire les trente milie licenciements prévus pour les prochains mois alors que près de quarante mille ont déjà été opérés dans les deux dernières années.
Il faut retirer aux patrons la possibilité de nuire ainsi aux travailleurs et annuler les plans patronaux internationaux sur le textile qui devraient entraîner cent cinquante mille suppressions d'emplois dans les deux ans à venir.
Voilà l'essentiel. Quant aux moyens, ils sont connus et les syndicats les ont défendus plus d'une fois, en particulier la fédération HACUITEX-CFDT : un office textile-habillement, rassemblant l'ensemble de la filière de la production textile, autour de gros secteurs nationalisés et en liant le reste des unités de production par l'interdiction de licencier, par un ensemble de mesures sociales et par un plan de production. Au lieu de gaspiller deux milliards de subventions et d'accorder un allègement de cotisations de Sécurité sociale (entre 8 et 12 % ), la majorité du PC et du PS a les moyens de lutter efficacement pour le droit à l'emploi ...
Bien sûr, cela entraînerait la remise en cause des accords internationaux, en particulier européens, négociés sous Giscard.
Ils seraient à rediscuter en fonction d'autres critères que la recherche du profit capitaliste. Et on entend déjà les hurlements du patronat en France et dans les autres pays ! Mais, justement, telle est la voie à prendre ; en rendant public comment les patrons s'entendent entre eux pour faire ensuite du chantage à la concurrence, il y aurait de très puissants moyens pour mobiliser les travailleurs tout d'abord en Europe, à la fois pour les 35 heures et contre les plans patronaux. Si des syndicats ouvriers prenaient l'initiative d'une réunion internationale pour proposer une telle lutte contre le chômage et la crise capitaliste, pourquoi le PC et le PS, en France, ne les soutiendraient-ils pas?
En tournant le dos à de telles solutions, le gouvernement sollicite la bonne volonté des patrons. Il est alors conduit à se détourner des intérêts des travailleurs. L'exemple du textile se retrouve en effet, multiplié par cent, dans les problèmes posés par la direction à donner au secteur nationalisé, ancien et nouveau réunis.
Le secteur nationalisé : des entreprises comme les autres ? Dreyfus, Le Garrec, Mauroy et Mitterrand ont multiplié les discours rassurants pour les patrons : les entreprises nationalisées seront, disent-ils, gérées comme celles du secteur privé. La majorité a aussi nommé des P-DG dont la liste est bien faite pour ne pas froisser le CNPF. Et les radios y sont allées de leurs encouragements: qu'ils combattent bien dans la concurrence internationale ! Faire ce choix, pourtant, c'est se mettre dans une impasse.
Utiliser
le secteur
nationalisé
à de nouvelles fins
Pour être, comme le prétendent le PS et le PC 11 le levier essentiel afin de sortir de la crise », le secteur nationalisé doit se fixer de nouvelles priorités, en rupture avec celles des « multinationales à la française ». Il faut avant tout viser à transformer la vie des travailleurs. Permettre le plein emploi en embauchant. Produire pour satisfaire les besoins collectifs : transports, santé, logement, équipements collectifs, éducation ...
Risque d'augmentation des coûts, diront les capitalistes ? Enquête sur la gestion précédente et sur l'utilisation de ces productions devront répondre les travailleurs. Imagine-t-on, par exemple, le gaspillage des normes de production de l'industrie automobile et d'autres ? Rappelons brièvement que tout a été fait, par le patronat, pour réduire la durée de vie des voitures et des équipements ménagers au point de les ramener de quinze ans environ (norme des années cinquante) à environ cinq ans aujourd'hui !
Ce gaspillage-là, indissociable de la recherche actuelle du profit capitaliste, pourquoi la majorité PC-PS est-elle en train de le maintenir en 11 donnant leur autonomie de gestion à ces vrais patrons que sont les P-DG du secteur nationalisé »?
Pour le droit à l'emploi, il faut rompre avec la logique capitaliste : il faut se fixer de nouvelles normes. Il ne faut donc pas faire, comme pourtant s'y emploie Michel Rocard, une planification « intérimaire » qui conserve, dans ses calculs et ses prévisions, le même taux de chômage dans les deux ans à venir.
Pour changer vraiment, il faut changer le but des entreprises na-
Au fait, qui est
Mr Sauvy?
On peut s'étonner, d'ailleurs, de voir périodiquement ressurgir le personnage de Sauvy, toujours présenté comme 11 un économiste de gauche. expert du temps du Front populaire en !936 ». En realité, Sauvy n'eut qu'un seul rôle « brillant » à cette époque : il rédigea, pour le gouvernement Paul Raynaud (en 1938) les décrets qui remettaient en cause la loi de 40 heures de 1936. Ce gouvernement est justement celui qui marque la fin de Front populaire, et fut investi par la majorité, devenue de droite à l'Assemblée, a prés le revirement politique des radicaux.
Jusqu'à quand des syndicalistes et des journalistes nous présenteront-ils le bon monsieur Sauvy comme un homme de juin 19 36 ?
tionalisées. Dans son article de Critique communiste n° 1, en octobre 1981, Ernest Mandel en donnait un exemple:
« Un premier pas important dans la voie d'une lulle efficace contre le chômage comporterait donc : -la réunion dans un seul ministère du Plan et de l'Emploi de la gestion créatrice d'emplois du secteur public (notamment des investissements dans 1 'ensemble du secteur public); -1 'établissement d'un inventaire des besoins prioritaires non satisfaits de la population laborieuse ; -1 'établissement d'un inventaire des retards et des avances technologiques de la France ; -la légalisation de l'initiative indus -trie/le publique, c'est-à-dire du droit à 1 'Etat de créer de nouvelles entreprises et d'utiliser à cette fin aussi les crédits du secteur bancaire.
Un plan d'établissement d'un mil -lion d'emplois serait ainsi établi, et pourrait, par ses effets sur 1 'ensemble de 1 'économie, résorber totalement le chômage. Il serait axé sur des entreprises nationalisées existantes et nouvelles, sur la satisfaction prioritaire des besoins populaires, sur le développement prioritaire de productions pour lesquelles les entreprises existantes sont insuffisantes ou inopérantes. Au lieu de distribuer des milliards aux capitalistes privés, pour des productions et des techniques souvent en déclin , on les utiliserait en vue de doter la nation d'un réseau d'entreprises nouvelles, dans des secteurs de pointe du point de vue de la consommation et de la technique. >>
Dans les derniers mois, la majorité a tourné le dos à de telles perspectives : la nationalisation a été limitée aux « maisons-mères » ; de grasses indemnités ont été accordées à tous les gros actionnaires, les neuf momies ·réactionnaires du Conseil constitutionnel ont pu dicter leurs conditions et le gouvernement a nommé des PDG dans le souci de plaire au CNPF. Pourtant, la puissance d'ores et déjà rassemblée dans le nouveau secteur public et nationalisé est loin d'être négligeable, à condition que la politique pratiquée rompe nettement avec celle qui, depuis 1945, a systématiquement soumis le secteur public à la recherche du profit privé par les capitalistes .. . !
Pour tourner l'économie vers les besoins des travailleurs, la majorité peut parfaitement élaborer et réaliser un plan, en fonction de tout ce qui manque aujourd'hui aux travailleurs. Elle peut dans ce cadre résoudre les problèmes des branches en crise (textile-habillement, jouet, horlogerie, etc.), réorganiser les entreprises tout en assurant la garantie de J'emploi, sur la base de la semaine des 35 heures pour l'ensemble des salariés. Elle peut aussi s'attaquer efficacement au problème des régions désindustrialisées et sous-équipées du fait de la logique même du développement capitaliste. Avec l'unification des banques nationalisées tous les moyens seraient entre les mains du gouvernement pour agir en ce sens.
Pour tourner l'économie vers les besoins des travailleurs, la majorité peut aussi , très simplement, faire fonctionner autrement une série de services publics. Prenons deux exemples : celui de la télévision et celui des transports.
Dans le cas de la télévision -sans entrer ici dans le détail du rôle qu'elle pourrait jouer pour l'animation de la vie politique du pays - signalons au moins son rôle pour la réorganisation de l'économie. Pourquoi des émissions de télévision ne permettraient -elles pas, afin que le plan soit élaboré à partir de la réalité des besoins collectifs et individuels, de larges présentations des possibilités de production dans telle ou telle branche? Pourquoi ces émissions ne seraient-elles pas réalisées sous le contrôle des travailleurs des entreprises concernées ? Et pourquoi ne donneraient-elles pas lieu à des sondages pour que les quantités de besoins de tel ou tel produit soient définies ? Ce serait, en fait, la transformation et l'utilisation, au service des travailleurs, des techniques « d'étude de marché » dont les capitalistes disposent depuis longtemps à leur profit. De la part de la majorité, cela n'aurait rien d'extrémiste : il n'est en effet pas acceptable que, à la place d'informations véridiques, les travailleurs restent toujours soumis aux manipulations d'une publicité, dont les capitaux sont à 75 % des fonds publics depuis 1946.
Dans le cas des transports, tout le monde sait à quel point le problème des voitures et des transports collectifs dans les villes est devenu crucial. De même que la réorganisation des relations entre l'usage des chemins de fer et de la route pour le transport des marchandises sur grandes distances. Serait-il acceptable que l'ensemble des techniques qui permettent d'économiser du travail et des dépenses inutiles soient méprisées par la nouvelle majorité pour le simple souci de ne pas déplaire aux capitalistes de cette branche?
Lutte pour le droit à l'emploi et prise de contrôle public sur l'économie sont extrêmement liés. La majorité a aujourd'hui des moyens pour réaliser les deux. N'a-t-elle pas assez répété aue << le secteur nationalisé doit ètre un moyen d'impulsion et de mait ri -se en matière d'emplois et d'investissements et un atout majeur dans la mise en place d'une planification effective et cohérente >> ?
« Faire la guerre au chômage )), tel était l'engagement de Mauroy. II ne faut pas accepter son abandon. Les leçons des neuf premiers mois doivent en effet être tirées. Pour que les travailleurs n'aient plus à payer la note du chômage, pour que leurs revendications avancent, que chaque travailleur et travailleuse, chaque jeune, ait un emploi, des solutions socialistes doivent enfin être prises. ARTICLES DE AUXQUELS IL EST UTILE DE SE REPORTER -La véritable histoire des 40 heures, dans le n" 1, octobre 1981. -La politique économique de Mauroy- Delors (par E. Mandel), n" 1. -Banques: pourquoi il faut les nationaliser toutes, n" I -Dossier nationalisation, n" 2, novembre 1981 -Dossier Sécurité sociale, n" 3, décembre 1981. -Dossier nationalisation de l'enseignement, n" 4, janvier 1982.