Depuis le 16 mars 1986, rien n'y fait : le Parti socialiste semble entré en léthargie. A peine réveillé par les mouvements sociaux de l'hiver dernier, il s'est peu passionné pour son congrès de Lille et, depuis, la situation ne s'est pas vraiment améliorée. Certes, P. Joxe a retrouvé un court moment le style «congrès de Valence» pour monter à l'assaut des
« noyaux durs » des privatisations, mais la véhémence du ton masquait
Le débat sur le « programme » est bien vite apparu dans sa véritable l'attente des militants. Car tout est aujourd'hui suspendu à l'annonce de la candidature de F. Mitterrand et au résultat de l'élection présidentielle.
Ce calme apparent ne doit pourtant pas induire en erreur : c'est dès maintenant que se précisent les positionnements, que s'esquissent les reclassements. A bien des égards, l'après-Mitterrand a déjà commencé pour le Parti socialiste, même si la campagne présidentielle et son issue
L mal le flou des perspectives. dimension : un exercice de style, peuvent modifier bien des trajectoires.
A discussion ouverte sur le copieux document intitulé les Propositions des socialistes 1 devrait, en principe, répondre à la question que tout le monde se pose : quel programme pour quel candidat? Il n'en est rien: ni au PS ni ailleurs, personne ne pense sérieusement que l'adoption par le PS d'un tel programme aura la moindre influence sur le contenu de la campagne du candidat socialiste, qu'il se nomme François Mitterrand ou Michel Rocard. C'est même un véritable casse-tête pour le courant majoritaire : comment élaborer des propositions assez floues pour ne pas paraître lier les mains à Mitterrand, mais assez précises pour servir de garde-fou si c'est Rocard ... D'autant que, lorsque l'on discute programme, l'évolution globale à droite du Parti socialiste sous l'impact de l'expérience gouvertementale de 19 81 à 19 8 6 donne objectivement une prime à Rocard : la vérité des faits oblige à reconnaître que la fameuse « culture de gouvernement » emprunte plus aux thèses qu'il défend depuis le congrès de Metz qu'à ceux - courant mitterrandiste et CERES -qui lui opposaient la nécessaire « rupture avec le capitalisme » !
François DUVAL sans enjeu réel, destiné à meubler
Trois interrogations particulièrement brûlantes sont soigneusement esquivées dans les débats actuels : quel sera le candidat socialiste ? Avec qui gouvernera-t-il s'il est élu? Pour appliquer quelle politique ? Questions
, sans reponse
La réponse à la première question est, on s'en doute, entièrement suspendue à la parole élyséenne. Dans l'attente de l'oracle, la campagne de Michel Rocard perd progressivement de sa crédibilité tandis que se multiplient à l'envi les candidatures à la candidature, explicites ou implicites : Chevènement, Eyrault 2, Fabius, sans oublier Bérégovoy, et même Hernu, encore que ce dernier semble quelque peu grillé. Ce qui est le destin tragique des fusibles. Ces candidatures répondent à deux préoccupations. D'abord, occuper le terrain dans les luttes intestines ; le PS est à ce point gangréné par les institutions de la ye République que, pour exister, un courant (ou un sous-cou-
Le gouvernement Mauroy. rant) doit se doter d'un présidentiable. Ensuite, faire pression sur Mitterrand pour qu'il se représente ; au moins pour éviter l'éclatement du Parti socialiste. Autre tactique, celle de Jean-Louis Mélanchon 3 qui vient de susciter un appel à François Mitterrand intitulé « Pour nous, c'est lui » !
Avec qui gouvemer ? Là, le mystère s'épaissit... Le programme en discussion se contente de prendre acte de la rupture de l'Union de la gauche et de rappeler les formulations du congrès de Lille 4 • Manifestement, il est urgent d'attendre ! Ce silence rend inévitables les manœuvres exploratoires : contact des hommes du président avec Giscard d'Estaing, appels du pied aux barristes. Certes, tous les responsables socialistes se sont vertueusement indignés des offres de service de Jacques Delors se déclarant sans vergogne prêt à devenir le Premier ministre de Barre. Delors, il est vrai, n'en est pas à son coup d'essai: conseiller de Chaban-Delmas pour la (( nouvelle société)), ministre « socialiste » (de fraîche date), partisan de la (( pause)) dans les réformes et de l'accélération dans l'austérité, champion de l' (( armistice idéologique )) avec la droite, il n'est vraisemblablement coupable que de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ! Encore son approche est-elle particulièrement maladroite puisqu'il mise sur ... la défaite du candidat socialiste ! D'où l'indignation à bon compte au sein du Parti socialiste, qui permet d'esquiver la véritable question: si Mitterrand est réélu, qui sera le Premier ministre, quels seront les contours de la majorité gouvernementale ? La plupart des dirigeants socialistes semblent miser sans le dire clairement sur une (( recomposition )) au sein de la droite tout en récusant (( une négociation avec tel ou tel parti de l'actuelle coalition de droite )) 5•
Pour sortir de la cohabitation, il existe pourtant une solution : dissoudre l'Assemblée nationale pour reconstituer une majorité de gauche. A l'exception de J. Poperen, les responsables majoritaires du PS se gardent bien d'évoquer ce scénario. Pourtant, seul un engagement clair sur ce point pourrait donner quelque consistance aux déclarations « définitives » -jusqu'à quand?- sur le refus des ouvertures au centre.
Quel programme sera appliqué ? A ce propos, la rédaction actuelle du document en débat dans le PS constitue un véritable exploit : plus de quatre-vingts pages sans qu'il soit possible d'y trouver une mesure un tant soit peu précise ! Quels que soient les sujets abordés - et ils sont nombreux-, le schéma est le même : critique (modérée quant au fond) de la politique de la droite, défense du bilan 19 81-19 8 6 et déclaration d'intention floue pour l'avenir. Pas question de renouveler l'expérience des cent dix propositions de la campagne électorale de 1981 : cette démarche risquerait d'inciter des esprits chagrins à exiger l'application des promesses !
Quelques exemples illustrent aisément la pusillanimité des propositions socialistes. On cherchera en vain l'engagement d'annuler les attaques antisociales du gouvernement Chirac : suppression de l'autorisation administrative de licenciement, lois Séguin sur la flexibilité, mesures antigrèves (amendement Lamassoure). Les socialistes ne sont pas avares de dénonciations contre la
majorité actuelle, mais cela sert surtout à évoquer en contrepoint les temps bénis des gouvernements Mauroy et surtout Fabius. Suivent ensuite de vagues considérations sur la (( citoyenneté dans l'entreprise )), mais c'est pour mieux vanter les lois Delebarre, destinées à (( accroître la durée d'utilisation des équipements )), et se féliciter de ce que (( les cinq années pendant lesquelles la gauche a été au pouvoir aient permis de réhabiliter l'entreprise )) !
A propos de l'immigration, la dénonciation des tentatives de la droite de « réformer » le Code de la nationalité, et l'évocation rituelle de l'apport d' (( artistes comme Yves Montand ou Isabelle Acljani, de sportifs comme Raymond Kopa, Michel Platini ou Yan nick Noah )) à la France éternelle, sont malheureusement contrabalancées par la légitimation du contrôle de l'immigration. Au passage, le document dédouanne la droite en précisant qu' (( il était normal de suspendre l'immigration en 1974 )) et de confirmer cette suspension en 19 81 , avant d'entonner le refrain du (( combat efficace contre l'immigration sauvage )) avec (( reconduite à la frontière sous le contrôle du juge et non soumis à l'arbitraire de l'administration )). L'expulsion propre, en quelque sorte ! Sur le droit de vote, le texte est encore plus en retrait : ((Nous entreprendrons dans les municipalités que les socialistes dirigent des expériences afin de préparer la mise en œuvre de cette réforme. )) L'égalité des droits est renvoyée aux calendes grecques.
Quant aux privatisations, la véhémence verbale de la polémique sur les « noyaux durs » et la mainmise du RPR sur l'économie ne doit pas faire illusion: ce n'est pas dans ces propositions que l'on retrouvera des éléments susceptibles de lever les doutes nés des déclarations contradictoires et embarrassées des dirigeants socialistes. La question est pourtant simple : les entreprises nationalisées par Balladur seront-elles renationalisées? Selon quelles modalités ? A l'inverse, le texte fournit une «justification » des nationalisations plutôt inquiétante ( (( assurer le fonctionnement de complexes industrialo-publics )) ) et met en valeur le principe de (( respiration )) du secteur public 6 • Quant à la proposition de (( venture capital d'Etat )), c'est-à-dire de participation publique au capital des PME, quelle signification cette trouvaille pourrait-elle avoir sinon l'extension du vieux principe : privatisation des profits et nationalisation des pertes?
Notons enfin que, si la proposition de Lionel Jospin d'opérer des renationalisations par OPA était retenue et mise en application, certaines sociétés auraient coûté vraiment très cher au contribuable. Ainsi, dans le domaine de la construction électrique, ce sont les indemnités versées par l'Etat lors de la nationalisation d'EDF à la Libération qui ont permis la création de la CGE, rachetée par l'Etat au prix fort lors de la « nationalisation » de 19 81, puis bradée en 1987. La renationalisation par OPA consisterait pour le contribuable à racheter pour la troisième fois la même entreprise !
Un tel programme, on s'en doute, a suscité peu d'objections de la part des rocardiens. Sa critique est aujourd'hui un trempllin pour Socialisme et République, ainsi que pour la Nouvelle Composante de Jean Poperen, dans leur positionnement politique en prévision des affrontements à venir au sein de la direction du PS, après la présidentielle. CERES, Socialisme et République, aller et retour ?
La transformation du CERES en Socialisme et République a constitué le premier aboutissement du cours droitier imprimé par Jean-Pierre Chevènement à son courant. Cela ne s'est pas fait sans douleur : naissance du CORIAS 7 et, plus généralement, profond malaise militant révélateur d'une perte d'identité politique. La passivité et la dilution de ce courant avaient atteint un tel stade que l'on pouvait y voir une volonté délibérée de la direction du CERES, le maintien d'un courant fortement structuré, minoritaire et, de plus, estampillé comme étant la « gauche du PS » (même si son orientation réelle justifiait de moins en moins de label ! ) apparaissant comme un obstacle aux ambitions nationales de Jean-Pierre Chevènement.
Tout laisse à penser que l'on assiste aujourd'hui à une véritable inflexion de cette stratégie : discours de candidature à la candidature de Jean-Pierre Chevènement, offensive soutenue sur le projet de programme, réorganisation du courant, retour au premier plan de responsables trempés dans les batailles de tendance (Motchane, Guidoni), dénonciation des tentations droitières. Là encore, il s'agit de prendre date et de se positionner dans sa lutte pour le contrôle de l'appareil du PS, quel que soit le résultat de la présidentielle. Les interventions des membres de Socialisme et République des 12 et 13 septembre indiquent assez bien les axes de cette offensive : le PS doit mener son combat sur J'essentiel, c'est-à-dire le terrain économique, et non sur les
« questions de culture et de société )) (conviction partagée par Jean Poperen). Le principal problème, c'est l'emploi : on ne peut se limiter à un traitement social du chômage, il faut un traitement économique, une politique volontariste de relance. Dans la perspective de l'Acte unique de 1992, la construction de l'Europe doit s'articuler autour d'un axe franco-allemand. D'où le marchandage esquissé : pour arracher la RF A aux sirènes du neutralisme, la France doit prendre l'initiative d'une défense commune reposant sur la force de frappe française. En échange, l'AlA la tribune du congrès de Lille. lemagne devra impulser la relance économique. Si un tel scénario s'avérait impraticable, alors la France, pour éviter d'être submergée sur le plan commercial, devrait sortir du Système monétaire européen (SME). On sait que cette proposition constitue une des idées de référence de Socialisme et République, qui semble ainsi renouer avec ce que fut son combat en 1983-1984 pour l'« autre politique)).
On peut donc déjà souligner les limites de l'évolution de Socialisme et République : recentrage sur les questions socio-économiques, mise en sourdine de la phraséologie« républicaine», reconstruction d'un pôle structuré dans le parti dessinent certes un coup d'arrêt au glissement à droite, de même que la reprise de l'exigence de dissolution automatique de l'Assemblée nationale. Mais il ne s'agit pas d'un véritable retour aux s0urces de ce courant. Au-delà de l'éclipse de la participation de Chevénement au gouvernement Mauroy et des désaccords réels qu'elle sanctionnait, l'expérience gouvernementale n'a pas plus épargné le CERES que le reste du Parti socialiste.
Le seul moment fort du congrès de Lille, baignant dans l'unanimisme de commande, avait été J'intervention de Jean Poperen. La Nouvelle Composante
Allait-il enfin répondre à l'attente de nombreux militants de la gauche du PS et constituer un véritable courant, luttant pour l'ancrage à gauche du parti ? La tournée de meetings de Jean Poperen en province, son intervention au «Forum RMC-FR3 » le 27 septembre, le contenu de Synthèse flash alimentent cette hypothèse à travers la référence appuyée à l'émergence d'une Nouvelle Composante au sein du PS, de même que le ralliement des principaux animateurs du CORIAS. Une telle perspective modifierait assurément le débat dans les rangs socialistes et, au-delà, au sein d'un mouvement ouvrier traversé par d'intenses phénomènes de recomposition politique (même s'ils ne sont pas tous spectaculaires aujourd'hui).
Une certaine prudence reste cependant de mise : souvent, par le passé, Jean Poperen a habitué ses partisans à des suspenses éprouvants s'achevant piteusement dans la synthèse retrouvée ... Quant au fond politique, certains des thèmes mis en avant ne sont pas dépourvus d'ambiguïté. Ainsi la propositons de « contrat social » 8 qui constitue l'axe principal de ce combat est justiciable d'une double lecture. Jean Poperen - et son courant ? - assume pleinement le tournant de 1983 vers l'austérité et se targue même d'avoir
contribué, << non sans réussite>> précise-t-il, à «justifier ce choix>>. Mais les contreparties pour les salariés ne sont jamais venues... D'où la volonté de «faire vivre la société mixte par la politique du contrat>>, « le compromis social pour la croissance et l'emploi >>.
Faut-il comprendre négociations interprofessionnelles et nouveau Grenelle à froid ? Les prises de position de ces derniers mois, notamment au comité directeur lors du débat sur le programme, semblent infirmer cette interprétation : l'accent mis sur la brutalité de l'offensive de la droite et du patronat, le constat qu'ils ont profité de l'austérité sans pour autant relancer l'économie, le rappel que seuls la mobilisation et le rapport de forces peuvent contraindre le patronat à négocier, l'affirmation que jamais l' oppositon entre droite et gauche n'a eu autant de sens, la dénonciation des chimères que constituent recherche du consensus et armistice idéologique tracent en pointillé une orientation alternative à celle de la direction du Parti socialiste.
C'est aussi le sens des amendements au projet de programme présentés dans les sections par les militants de la Nouvelle Composante : relance de la demande intérieure par les salaires, affirmation qu'« aucune des privatisations réalisées depuis 1986 n'est irréversible>>, engagement à dissoudre l'Assemblée nationale. La proposition de réforme constitutionnelle (réduction du mandat présidentiel à cinq ans, suppression du droit de dissolution, alignement des élections présidentielle et législatives) est beaucoup plus douteuse: la dénonciation de la « mécanique bonapartiste » de la ye République y côtoie l'affirmation hasardeuse selon laquelle «l'élection présidentielle est un acquis irréversible >>.
En revanche, l'affaire Delors a donné l'occasion à Jean Poperen de réaffirmer que les électeurs hésitants ne penchent à gauche que lorsque la gauche est rassemblée et... clairement positionnée à gauche, autour d'un projet social mobilisateur.
L'avenir de la Nouvelle Composante dépendra pour beaucoup de sa capacité à tourner le dos aux habituels compromis d'appareil pour s'adresser à la masse des militants socialistes et se lier aux mobilisations populaires, de sa volonté de mener les débats de fond et de sa structuration démocratique. Ces phénomènes de recomposition politique appellent à contribuer à de tels débats. Et ce, sans préjugés, et sans taire non plus l'analyse de fond : le développement d'une authentique gauche socialiste s'avérera rapidement contradictoire avec la nature même du Parti socialiste, parti réformiste... sans réforme! Les socialistes face à « l'effet Juquin ))
Il est bien sûr trop tôt pour mesurer sérieusement l'impact de la candidature de Pierre Juquin sur le Parti socialiste. Cependant, d'ores et déjà, elle constitue un sujet d'intérêt et de débats pour de nombreux militants socialistes ainsi qu'un sujet de préoccupation pour la direction du parti !
Dès maintenant, le positionnement des courants et sous-courants du Parti socialiste vis-à-vis de Pierre Juquin et des communistes rénovateurs est bien révélateur. Si Rocard, de même que Socialisme et République, se sont peu exprimés à ce propos, il n 'en va pas de même pour le courant majoritaire. Mauroy a laissé deviner une certaine bienveillance non dépourvue d'ambiguïté : souci tactique de déstabiliser encore un peu plus l'influence du PCF dans le Nord ou reste d'attachement à la stratégie d'Union de la gauche ? A l'inverse, c'est une véritable fm de non-recevoir qu'a formulée Lionel Jospin : l'interlocuteur, c'est, par définition, l'institution, c'est-à-dire le PCF. Rien de bien étonnant d'ailleurs dans cette réaction typique d'une pensée d'appareil.
Les prises de position des petits courants situés à la gauche du Parti socialiste sont, en revanche, beaucoup plus surprenantes puisqu'elles vont de l'extrême réserve à la franche hostilité. Ainsi, un article de Données et arguments 9 s'inquiète du fait que Juquin pourrait bien «prendre plus de voix au candidat socialiste qu'à Lajoinie > > mais, surtout, de la perspective d'un rassemblement politique à la gauche du PS. Et de conclure : « Nous ne pouvons assister béatement à cette opération sauf à renoncer à l'objectif d 'un grand Parti socialiste, parti de toute la gauche. >> Ce sont, sur le fond, les mêmes craintes qui déterminent la position de Questions socialistes 10 lorsque ce bulletin dénonce la candidature Juquin comme une candidature témoignage destinée à « isoler quelques militants, électeurs de gauche, de la masse des gens qui se reconnaî-
traient dans l'affrontement gauchedroite». Mais, là encore, ce sont les projets d'émergence d'une nouvelle force politique qui semblent inquiéter les rédacteurs de Questions socialistes : <<La recomposition actuelle du mouvement ouvrier offre la chance de briser le dilemme réforme gestionnaire ou révolution violente, socialistes gestionnaires ou communistes révolutionnaires. Parce que les rénovateurs veulent enfermer les socialistes dans ce dilemme, ils se vouent à l'impasse politique et privent le mouvement socialiste des richesses dont ils sont porteurs. >> Hors du PS, point de salut? Notons cependant que l'article mentionné est précédé d'un chapeau «prudent», laissant la porte ouverte à une évolution du jugement porté en fonction « du profil que prendra la candidature Juquin >>.
Le moins qu'on puisse dire est que Convergences socialistes ne fait pas preuve de cette prudence salutaire : un numéro spécial 11 de ce bulletin est entièrement consacré à un long pensum au titre évocateur : « Juquin, une candidature d'éparpillement, de dispersion des forces de gauche». La répétition lassante de quelques idées particulièrement caricaturales tient lieu de démonstration : il n'y a pas de crise du PCF mais << effondrement du phénomène communiste >>, les rénovateurs sont à la remorque du déclin du PCF, les débats actuels sont << une tempête dans un verre d'eau et même, de plus en plus, une tempête dans un dé à coudre)), le phénomène Juquin est << une farce grotesque>>; l'important, c'est de prendre acte de « l'effondrement du mythe léniniste du parti révolutionnaire>> et d'effacer le congrès de Tours ... Ajoutons que, pour faire bonne mesure, ces analyses étriquées se doublent - comme pour Questions socialistes - de critiques virulentes vis-à-vis de la démarche ouverte qui est celle de la LCR. Mauvaise conscience ?
Au fond, l'acharnement de Questions socialistes et Convergences socialistes à minimiser le phénomène rénovateur et à lui prédire la trajectoire peu glorieuse de la marginalisation est facile à comprendre: l'écho militant de la candidature Juquin, la possibilité qu'émerge, après mai 1988, une force politique nouvelle clairement située à gauche du PS et du PC constituent un démenti à la prétention du PS d'être le parti de toute la gauche. Et, par là même, une remise en cause cinglante du choix fait tant par Question socialistes que par Convergences socialistes.
Nier cet aspect essentiel de la recomposition à l'œuvre dans le mouvement ouvrier est donc vital pour la cohérence politique de ces groupes. Mais il s'agit là, si cette tendance se confirmait, d'une pente très dangereuse où la volonté d'autojustification engendre la myopie politique ... En un mot, l'exact opposé de ce que serait l'approche d'un authentique courant de gauche socialiste.
Ce tour d'horizon serait incomplet si nous n'évoquions l'attitude de Jean Poperen : Synthèse flash s'attache à fournir à ses lecteurs une analyse attentive (quoique fort discutable, on s'en doute) des rénovateurs et, plus généralement, de la crise du PCF.
François Duval 1. Ce document, issu des travaux de la commission du programme, a été adopté par le comité directeur des 12 et 13 septembre, à l'exception de Socialisme et République. Il sera à nouveau examiné lors du comité directeur des 21 et 22 novembre. Enfin, la convention nationale du 16 janvier se prononcera.
2. Député de Loire-Atlantique, il siège au comité directeur aux côtés de J. Poperen.
3. Sénateur de l'Essonne, il anime dans ce département un regroupement de gauche (au sein du courant majoritaire) et publie le bulletin Données et arguments/A gauche.
4. «Après 1988, il n y aura ni dérive cen· triste ni résurrection de la troisième force. 11
5. Les propositions des socialistes (p. 82). 6. En clair, les privatisations rampantes ... 7. Convergences, recherches, initiatives pour une alternative socialiste.
8. Les partisans de Jean Poperen diffusent actuellement dans le PS une brochure, intitulée Pour un juste partage, pour plus de croissance, le contrat que les socialistes proposent au pays, reprenant les interventions de J. Poperen et Jean·Marc Eyrault au comité directeur sur ce sujet.
9. <<Pierre Juquin candidat>>, G. Dupeyrat etC. Piou, Données et arguments n° 252, 23 octobre 1987.
10. <<A propos de la candidature Juquin >>, F. Boutaric, Questions socialistes n° 18, octobre 1987.
II. << Crise du PCF et déclin du phénomène communiste français >>, F. Boutaric, Convergences socialistes n° 49/50.