Début 1 98 7, ceux qu'on appelait déjà les rénovateurs rendaient public leur manifeste : « La révolution, camarades ! » Nul ne pouvait s'y tromper : c'était la naissance d'un nouveau courant politique rompant avec le PCF, sur sa gauche (cf. Critique communiste n° 61 , mars 1 9 8 7). Début 1988, la première rencontre des Rénovateurs communistes se tenait à Lyon. L'adoption d'un sigle, de cartes d'adhérents et de cotisations symbolisait la naissance officielle du Mouvement. Celui-ci était déjà engagé dans la campagne Juquin. Rendez-vous était alors pris pour des premières « assises » à l'automne 1988. Ce sont celles-ci qui vont se tenir à Vitrolles les 21, 22 et 23 octobre. Les discussions se développent à partir d'un texte « Pour un communisme du xx1e siècle » et de nombreuses contributions, dont une première série est aujourd'hui publiée. Dans quelques jours seront publiés une autre série de contributions ainsi que deux textes d'orientation alternatifs à ceux du bureau national. Le projet est ambitieux puisqu'il s'agit de définir l'identité politique du Mouvement des rénovateurs communistes. Et ce, dans un contexte qui n'est pas des plus aisés. Outre les difficultés de la situation politique et sociale, pèsent le bilan de la campagne Juquin qui apparaît, pour le moins, contrasté, ainsi que les aléas de la crise du PCF. En même temps, une fois la dynamique de la rupture épuisée, les rénovateurs communistes se sont vite trouvés confrontés aux problèmes ardus de l'affirmation et de la construction d'un courant politique indépendant. C'est dire l'importance des assises de Vitrolles et l'ampleur des enjeux. Nous avons demandé à Claude Llabrès et Gilbert Wasserman de nous présenter le débat tel qu'il est engagé. Ce qu'ils font dans l'entretien qui suit et dont nous les remercions. Nous reviendrons dans notre prochain numéro sur les questions qui se trouvent ainsi soulevées.
UNE ETAPE DECISIVE
Entretien avec Claude Llabres et Gilbert Wasserman
Membres de la coordination nationale du Mouvement des communistes rénovateurs
Les assises du Mouvement des rénovateurs communistes Critique communiste - Les premières assises des rénovateurs communistes vont se tenir, à f/itrolles_. les 21-22-23 octobre prochain. Quels en sont les enjeux ? Gilbert Wasserman- Les Assises de Vitrolles sont nos premières vraies assises nationales. A Lyon, l'an passé, c'était notre première rencontre et un lieu où les rénovateurs se réunissaient, mais sans avoir de décisions à prendre. Cette fois-ci, c'est tout à fait différent: il s'agit d'assises, où nous allons devoir prendre des décisions d'orientation pour l'avenir du mouvement et trancher toute une série de débats politiques. Nous allons aussi élire une direction, représentative du mouvement et ayant à charge son animation politique dans la période à venir. Il s'agit incontestablement d'une étape décisive dans l'existence et le dévelopement du mouvement rénovateur, mouvement encore jeune qui doit préciser ce qu'il est et ce à quoi il sert. Claude Llabrès - Je crois que ces assises sont nécessaires non seulement au mouvement lui-même - comme dit Gilbert, à Lyon, tout le monde pouvait dire ce qu'il voulait sans que ça prête à conséquence puisqu'il n'y a avait pas de décision à prendre - mais également nécessaires à nos rapports à l'opinion en général. On a trop entendu pendant la présidentielle, et depuis, " qu'est-ce-que vous voulez ? Quel est votre objectif? ". Il faut donc que les rénovateurs, qui avaient comme seul prestige d'être d'anciens responsables communistes ayant le courage d'essayer de construire autre chose, ne vivent pas sur l'acquis ancien mais dessinent une perspective. Je crois qu'on ne peut plus continuer si l'opinion en général ne sait pas ce que nous voulons - si elle approuvera ou pas, c'est une autre question-, mais nous devons sortir de cette situation. C. C - Quels sont les grands points qui apparaissent en débat? G. W. -Il faut d'abord dire comment nous avons préparé ces assises. En fait, la préparation est engagée, en coordination nationale, depuis le mois d'avril, et dans le mouvement, depuis le mois de mai. Nous avons procédé de la manière suivante : une commission de préparation des assises formée par la coordination nationale a eu en charge la rédaction d'un texte préparatoire pour engager le débat. Ce texte a connu plusieurs moutures qui ont été diffusées dans le mouvement. La discussion a été amorcée sur ces textes et des éléments venus dans la discussion ont été pris en compte pour élaborer une version qui est devenue le texte préparatoire tel qu'il est proposé à toutes les coordinations départementales pour préparer les assises. En même temps des camarades ont commencé à travailler sur des contributions. Celles-ci ont des statuts différents : un certain nombre éclairent un point de vue, donnent un complément, traitent d'une question particulière, d'autres, il y en a deux qui sont dans ce cas, se présentent comme des textes alternatifs, c'est-à-dire développant relativement une autre orientation.
Pour ce qui est du texte préparatoire, nous avons voulu travailler sur un texte qui ne soit pas simplement conjoncturel, ne représente pas simplement des prises de position sur des problèmes politiques immédiats. Il s'agit d'avoir véritablement un travail d'orientation générale, autour de cette question fondamentale : qu'est-ce-que le communisme aujourd'hui, quelle peut bien être l'identité communiste, quel est l'avenir des idées communistes? C'est pourquoi, un peu pompeusement, nous avons intitulé ce texte " Le communisme du xx1•siècle" afin de justement situer la démarche. Ce qui nous a amenés à partir, plutôt que de la situation politique immédiate, des grandes mutations de la société française et du monde contemporain. Et ce, de manière à les analyser le plus sérieusement possible afin de réfléchir, sur la base de cette analyse, à ce que nous appelons une " utopie réaliste ". Nous voulons dire par là à la fois l'affirmation que la société a aujourd'hui besoin du communisme et, en même temps, la nécessité d'un réalisme révolutionnaire ouvrant un véritable chemin pour y parvenir et non pas répétant sempiternellement un certain nombre de dogmes ou de formules révolutionnaires. C. C. - One telle approche pourrait conduire à relativiser les enjeux les plus immédiats, ceux de l'inte!1'ention du Mouvement des rénovateurs communistes. Nl?st-ce pas un risque ? C. L. -Tout à fait. C'est d'ailleurs venu dans le débat lors de la dernière coordination. Un certain nombre de rénovateurs nous ont fait connaître par écrit ou par téléphone, ou dans les pré-assises qui se sont tenues dans une trentaine de départements, une remarque qui rejoint ton interrogation comme quoi ce texte n'est pas
" opéra tif ". Nous avions donc deux solutions. Ou bien introduire dans le texte des éléments conjoncturels : position sur la Kanaky, sur les municipales, sur les cantonales, sur le niveau du SMIG, la protection sociale ... Nous avons préféré garder ce texte comme une tentative de fondement politique et théorique du Mouvement et, les Assises étant souveraines, je suis de ceux qui pensent qu'il faudra soumettre des textes politiques touchant à l'actualité politique immédiate : les alliances, nos rapports aux gens qui se sont rassemblés dans les comités, aux organisations, je pense à la Ugue, au Parti communiste, au Parti socialiste ... Il y aura donc une série de résolutions qui seront adoptées et qui traceront le chemin plus immédiat. On a préféré cela à baisser la barre du texte pour y traiter de la conjoncture. Il y aura donc des positionnements politiques des Assises sur des questions immédiates. Mais nous souhaitons qu'on tranche sur ce texte- ou sur un autre - comme un fondement politique et théorique du Mouvement. C. C. - Pour entrer un peu plus duns le détail du texte_, il nous semble qu'il yu objet à débat_ roire à divergence_, surtout autour du noyau: perspective révolutionnaire ou graduuliSme_, question de l'Etat; on a, y compris, noté l'introduction de la rifforence à leurocommunisme ..• G. W.- Sur l'eurocommunisme on précise nettement de quoi il s'agit. Ce n'est pas un retour à des recettes anciennes et de vieilles formules. Mais la volonté de se situer dans le rassemblement des forces de gauche en Europe, qui est une nécessité impérieuse, en ce sens que la réalité de l'Europe comme terrain de lutte de classe s'impose. Pour qu'il y ait " eurogauche ", il est nécessaire de ne pas renoncer à une force qu'on peut qualifier d'" eurocommuniste " ; comme force qui lutte en Europe pour la transformation de la société. En même temps, pour reprendre cette formule, nous assumons l'héritage de cette période qui avait relevé un certain espoir de redéfinition de l'identité communiste, de liaison avec une démarche démocratique. Ce qui ne veut pas dire qu'il s'agirait là ni d'une reprise des thèses de l'eurocommunisme avorté du PCF du milieu des années soixante-dix, ni non plus des thèses du Parti communiste italien sur le compromis historique ou d'autres thèses de ce type. C'est davantage une référence à la tentative de réamorcer un mouvement en positif. D'ailleurs, l'idée même d'eurogauche doit être élargie à d'autres forces qui ne sont ni social-démocrates ni communistes, je pense aux Verts allemands et aux forces de ce type. C. L. -Le débat était d'ailleurs venu dès Lyon. Dans " l'antidiscours de clôture " que j'avais prononcé on avait opposé au repli hexagonal et nationaliste du PCF l'idée qu'il fallait, avec la transnationalité, avec la nouvelle division internationale du travail, être les animateurs de la recherche des convergences des luttes progressistes, révolutionnaires et communistes en Europe. En introduisant l'idée d'eurocommunisme, on veut rappeler le rôle qu'il a joué, pas comme des antiquaires, pas pour conserver quelque chose qui a fait recette, mais pour essayer de voir aujourd'hui ce qui, dans les luttes en Europe, peut converger avec les objectifs politiques qui sont les nôtres.
C. C. - Ny a-t-il pas un risque d'ambiguïté, du jùit de la confosion entre cette volonté de foire converger les luttes à lëchelle europénme et le souci de lu dimension démocratt: que du communisme_, d'une part; et_ d'autre part; la rifforence à une matrice théorique marquée de gradualisme ? C. L. -S'il y a risque d'ambiguïté, c'est aux Assises de le lever. Ou on se prononcera pour un Acte social unique européen qui tirera vers le bas ou l'inverse. Ce qui a bougé de façon sensible entre l'avant-projet et le projet, et qui je crois bougera encore parce qu'on approchera des européennes, c'est l'affirmation de quelques ambitions pour l'Europe. Je crois que là, effectivement, il faut qu'on soit très ambitieux compte tenu des convergences des luttes en Europe. Il faudra donc lever cette ambiguïté. Je l'ai senti lors des Assises de Toulouse, tu as vu la contribution de Paul Seff qui clignote là-dessus: est-ce qu'on ne réanime pas un risque de dérapage social-démocrate ou du Parti communiste italien, est-ce bien la volonté de transformer les sociétés européennes dans le sens du socialisme ou du communisme ? Oui, il y a un risque d'ambiguïté, mais c'est tout le travail des Assises ... G. W. -Sous l'autre angle, également relié à laquestion de l'eurocommunisme, mais qui est plus la question Etat/révolution, je me doute bien qu'il y a des désaccords. D'ailleurs, ce peut être extrêmement intéressant de mener ce débat, y compris avec les camarades de la LCR. Ce qu'on a surtout voulu marquer là ce n'est pas du tout de nier le problème de l'Etat ou de la nécessaire transformation radicale de la société, au contraire, c'est essayer d'aller jusqu'au bout de la démarche autogestionnaire que nous voulons étre la nôtre. Au fond , c'est ce qu'on explique dans le texte, il nous semble que les thèses, disons " classiques ", de l'extrême gauche, aussi bien que ce qui reste derrière les pratiques du PCF, tout cela reste très lié à la conception traditionnelle qui établit une espèce de couple entre révolution et dictature du prolétariat. C'est-à-dire qu'on fait de la conquête de l'Etat, et du
fait de détenir le pouvoir d'Etat, le moteur du mouvement social. Même si on renonce, comme l'a fait le PCF, à la formule " dictature du prolétariat ", tant qu'on maintient cette idée que la mainmise sur le pouvoir d'Etat est le levier décisif pour faire avancer la société, je crois qu'on reste dans une conception qui s'apparente à la vision de la révolution du x1x• siècle et à cette notion de la dictature du prolétariat.
Nous voulons aller jusqu'au bout de cette démarche où c'est toujours le mouvement social qui est le moteur des transformations dans la société. Et, à partir de là - il ne faut pas se le cacher, même si ça fait débat -, c'est une transformation qualitative par rapport aux conception traditionnelles qui ont été dominantes dans le mouvement révolutionnaire. Reste qu'il faut bien, à un moment donné du processus- même si celui-ci privilégie ce qu'on peut appeler, bien que le terme tende à devenir exécrable, la conquête de la " société civile" -, se poser aussi le problème de l'appareil d'Etat et de sa conquête. C'est tout à fait évident. Cela dit, il nous semble que la démarche est viciée si là est le point de départ. Tel est l'élément théorique dominant dans la démarche que nous proposons. C. L. - Là aussi, comme tout à l'heure , des camarades soulignent l'ambiguïté: est-ce que ne serait pas évacuer le problème de la conquête du pouvoir d'Etat? Non! C'est justement parce que le mouvement social est moteur qu'au bout du compte, quand les contradictions sont poussées jusqu'à leur terme, la question du pouvoir d'Etat se pose. Ce ne sont pas des étapes intermédiaires, le problème est de ne jamais lâcher un terme pour l'autre. Ce sera un des débats importants des Assises. G. W. -On peut, peut-être, s'expliquer sur la notion de "consensus "• puisque je suppose qu'elle va faire débat. Là encore, il ne s'agit pas de reprendre la notion telle qu'elle avait été avancée par Giscard d'Estaing ou telle qu'elle est utilisée de manière dominante ! Reste que, selon notre conception de la lutte des classes, celle-ci n'a pas son but en elle-même. Je dirais même que l'objectif final de la lutte des classes, mais c'est un retour aux sources du marxisme, c'est la disparition des classes, et donc celle de la lutte des classes elle-même. Si ce n'est pas la tentative de réaliser une société consensuelle, j'aimerais qu'on m'explique ! Mais, sans aller jusque là, je crois qu'il est impératif de ne plus toujours penser en termes de fractures, de déchirures dans la société, mais, au contraire , en termes de gagner des consensus nouveaux, aux contenus les plus progressistes possibles. Et c'est précisément là que se situent tous les enjeux de luttes de classes aujourd'hui. S'il fallait donner un exemple qu'une société qui se veut socialiste ne peut pas fonctionner sans consensus, on pourrait parler de la Pologne : sans un minimum de réalisation d'un consensus au sein de la société, et entre la société et ceux qui la gouvernent, il n'y a pas de développement progressiste possible. Le rôle des révolutionnaires est justement d'œuvrer à la réalisation de nouveaux consensus dans notre société. C. L. - On pourrait, dans les mêmes termes, parler de l'Union soviétique: soixante-dix ans après la révolution, quand il y a de tels blocages de la société et qu'on est en train de réviser tout, ça signifie quelque chose ! G. W. - Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'on refuse les contradictions et la nécessité du conflit, à l'évidence ! En même temps, l'objectif est bien de faire naître, y compris du sein même des conflits, quelque chose de nouveau. C. C. - On a donc là un des poit1ts importants du débat? C. L. -Oui, qui est lié à la notion de "réalisme révolutionnaire " et à ce qu'indiquait Gilbert dans sa première intervention. C'est un des points centraux. G. W. -Parmi les choses qui ont été largement retravaillées et ajoutées au texte, il y a notamment tout un développement sur l'Europe. C'est, en effet, un enjeu majeur pour la période. Là encore les deux démarches qui nous sont proposées à gauche actuellement, par le PCF et par le PS, sont aussi innaceptables l'une que l'autre. Le PS, grosso modo, nous dit que dans l'Hexagone rien n'est possible, parce que tout se passe au plan européen, mais ne se fixe jamais d'objectifs de lutte à ce même plan européen. Et le PCF, lui, continue à nous dire que l'essentiel est possible à l'intérieur de l'Hexagone. Il développe même une approche totalement passéiste, nous expliquant que le grand marché de 1992, la généralisation du libéralisme au niveau européen, on va pouvoir l'empêcher par des luttes, maintenant. La réalité est que ce processus est en cours, et que, plutôt que d'essayer d'empêcher un processus qui est en fait réalisé, et qu'on ne pourra pas dans la période à venir inverser, mieux vaut se saisir des réalités nouvelles et regarder dans ces réalités nouvelles où sont les terrains de lutte. Si on veut mener une lutte de classe aujourd'hui, le terrain européen est majeur. Ce qui rend d'autant plus nécessaire d'assurer de nouvelles solidarités, la capacité des travailleurs, des classes ouvrières des différents pays européens à mener des luttes en commun. Par exemple de se battre ensemble pour un espace social européen tirant vers le haut, et non pas vers le bas, les législations et les acquis. Cela veut dire refuser une démarche passéiste, et placer les vrais enjeux actuels. C. L. -Je prends un exemple concret. J'étais à Madrid il y a quinze jours pour Jean-Philippe Casabonne, j'ai donc rencontré l'association des familles des Basques: quand elle m'explique la justice espagnole -il n'y a pas de présomption d'innocence, ce n'est pas un Etat de droit, l'instruction n'est pas contradictoire, les juges professionnels décident sur simple rapport de police ... -, et quand j'explique ce qu'est la justice française, avec toutes ses limites, ils sont preneurs ! L'effort de tirer vers le haut, c'est l'effort de prendre tout ce qui constitue des acquis et des avancées pour se mobiliser autour. C'est une question centrale.
Je me rappelle que le PCF a lutté contre le Marché commun. Trois mois après sa signature, il a commencé à dire : " On ne peut plus y toucher ", " ce sont les cordons ombilicaux de l'économie "• Herzog a écrit vingt fois: "On ne propose pas d'en sortir. " Alors, si on est d'accord avec ça, on est d'accord qu'il faut préparer 1992 par la recherche de convergences des luttes, et pas dans une résistance qui ne sert à rien, parce que tout est transnational, et il y aura marché unique, ça paraît évident.
C. C. - Y a-t-il d'autres grands points en débat? G. W.- Evidemment, toute la dernière partie qui porte sur les modes d'organisation du Mouvement, et son avenir comme mouvement. C. L. - Mouvement ou parti ! G.W.- Oui, encore qu'il n'y a pas vraiment un courant qui propose des formes d'organisation telles que celles d'un parti. Par contre, il y a un débat sur l'autonomie du mouvement rénovateur, y compris par rapport à l'existence des comités d'initiative pour une nouvelle politique à gauche. Certains camarades estiment que c'est là qu'est la priorité. Je pense que la majorité des coordinations départementales, on verra quel sera le choix des délégués, estiment que la présence des communistes rénovateurs dans les comités n'est pas en question, mais qu'en même temps il est tout à fait décisif de construire le mouvement rénovateur. C. L. - A Toulouse, il y a eu débat sur " direction élue ou coordination ", et leurs rôles différents. La quasi unanimité s'est faite sur la proposition d'un camarade qui était de dire : " Je suis pour un état-major, si je peux lui tirer dessus. " C'est un peu l'idée que la coordination, qu'elle le veuille ou non, dirige: la dernière coordination, sur la Kanaky, les municipales, les cantonales, elle a pris des décisions ... Donc, autant qu'elle soit élue, qu'elle ne soit pas un lieu de passage. L'idée d'avoir une direction élue est, je crois, majoritaire. En même temps, l'expérience d'une coordination, où il y a des délégués qui sont à chaque fois désignés par leur département, est une idée qui a fait son chemin. D'où le projet de garder les deux structures. Une coordination où les départements enverraient deux délégués chacun et qui aurait des prérogatives importantes, y compris le fait d'être la seule à pouvoir convoquer un congrès ou de nouvelles assises pour mettre en cause la direction. Et en même temps un " groupe dirigeant ", conçu en positif, qui pourrait prendre, entre deux assises ou deux congrès, des initiatives de caractère politique. Nous sommes sortis d'une expérience où on apprenait par la télévision les changements stratégiques, on est entré dans une expérience où la démocratie poussée à son terme fait qu'en coordination ce ne sont jamais les mêmes ... Il y a donc une espèce de non-légitimité de cette direction, qui n'est pas proportionnelle au nombre d'adhérents, qui n'est pas l'expression de clivages politiques. D'où l'idée de garder les deux. C'est ce vers quoi le document s'oriente. On va en discuter en bureau pour faire des propositions plus précises lors de la dernière coordination début octobre. C. C. - On a envie de dire: un mouvement qui débat de son programme, décide d'axes d'intervention, élit une direction ... Nest-ce pas déjti un parti? G. W.- Dans le terme" mouvement "• il y a l'idée que l'organisation des rénovateurs communistes ne fige pas l'étape où elle en est du processus. Il y a quelque chose qui vient d'un passé donné, qui va vers un avenir qu'on va tenter de définir ... C. L. - Il y avait un petit courant qui voulait appeler les
Assises " premier congrès ", tu as vu qu'à la fin du document on dit : "Lorsque nous ferons un congrès "· On laisse ouverte la possibilité que ce congrès on ne le fasse pas seuls. L'idée que la rénovation communiste n'appartient pas aux seuls rénovateurs reste une idée très forte chez nous, elle demeure pertinente. Ca me fait penser à l'article de Félix Damette sur reconstructeurs et rénovateurs, dans lequel il dit que les uns ont le terrain principal, parce que c'est là qu'il y a le plus grand nombre de communistes organisés, mais les autres sont incontournables .. . Il s'agit de nous, mais aussi vous, Lutte ouvrière, les gens dans les comités ... Je vois mon comité : ces camarades là ne viendront pas à la préparation des Assises des communistes rénovateurs, cela dit il sont ouverts à l'idée du dépassement. Nous avons dit que nous ne voulions pas nous laisser dépasser par un mouvement qui n'aurait pas un caractère révolutionnaire, c'est le cas des comités, ils ne sont pas faits pour ça ... L'idée d'assises et l'idée de mouvement laissent cette question ouverte. C. C. - Et, au-de/ti des Assises, si ce n est pas prématuré, quelles sont les perspectives ? C. L. -J'ai un sentiment que j'ai réaffirmé à l'assemblée de T oui ouse et à la dernière coordination : si Pierre Juquin a eu un mérite dans cette affaire là, - et on connaît, par ailleurs, les critiques qui ont été publiques et tout ce que ça a produit comme tangage, et chez nous et ailleurs -, c'est qu'il a permis que nous nous rassemblions. Incontestablement, on s'est habitué à travailler avec d'autres, ce qu'on ne faisait pas avant. Les comités sont des lieux unitaires, où l'on peut se retrouver sur des actions sur lesquelles on est d'accord, ce ne sera pas le cas sur la Kanaky tel que cela semble se dessiner, ce peut être le cas sur les municipales, parce que je crois que pour les listes d'union la bataille sera compliquée, ce peut être d'autres cas, il y a beaucoup de valeurs qu'on a élaboré ensemble pendant la présidentielle ...
En ce qui concerne l'après-mouvement, il ne faut surtout pas que les premières Assises des rénovateurs soient reçues comme un repli sur des valeurs sûres, ou sur une culture, même en évolution. Si les Assises représentent un acte majeur, ce sera celui de l'ouverture. Ce qui veut dire continuer à tutoyer tout ce qui est à gauche, tout ce qui peut jouer un rôle progressiste dans la société. Ca va de nos rapports aux reconstructeurs, de nos rapports au PCF, que nous souhaitons autres, nos rapports au Parti socialiste, nos rapports à la Ugue .... Je crois que nos Assises réaffirmeront ce que nous avions dit: l'élargissement est légitime s'il n'abandonne pas le socle communiste, garde les principes de transformation de la société. Je crois qu'il faut qu'aux Assises on continue cette orientation. Réaffirmer des principes et une politique qui vont fonder le mouvement, c'est réaffirmer le sens de l'ouverture, le rassemblement de tous ceux qui, à gauche, veulent transformer la société ... Sinon, ce serait, je crois, le suicide du mouvement. Ce sera une question centrale aux Assises. Nous ne sommes pas seuls pour la rénovation communiste, et, à fortiori, pour la rénovation de la gauche, dont la rénovation communiste est un élément. c. c. - Mois n 'orez-rous pas le sentiment qu on est, aujourd'hui_ dons une passe dijfici/e ? Les comitéJ· ont du mol ri dégager des consensus pour agir, on o ru les problèmes par rapport ou PS lors des légis/otires, sur la Kanaky, oree la dijficu/té, me/ne S'if S agit dun désaccord tactique_ J"Ur fa consigne de rote_ les municipales c'est compliqué .•• Et une situation d'ensemble dijfici!e ri maÎtriser. Plus les foin/esses de la compagne_ du score... On le sentiment d'un passage dijfici/e pour le mourenœnt dons son ensemble et pour les direrses composantes de celui-ci G. W. -C'est tout à fait évident. On peut y ajouter la légère remontée du PCF qui, même si elle n'est qu'en trompe-l'oeil, joue un rôle de relatif blocage à l'intérieur du PCF. C'est bien pourquoi nous pensons que, dans les quelques mois qui viennent, se joue beaucoup de l'avenir, en tout cas de celui de notre mouvement. Nous ne pouvons pas manquer cette occasion de nous donner un projet, une identité, de nous affirmer comme porteurs d'une image claire. Et, en même temps, d'être insérés dans un certain nombre des grands enjeux politiques à venir. Il y a les cantonales, oû les rénovateurs présentent un certain nombre de candidats, il y aura la bataille des municipales, qui sera très importante pour notre capacité d'insertion dans la réalité politique française. C. L. - On peut même pousser plus loin ce que vient de dire Gilbert. Les rénovateurs communistes ont une histoire, qu'ils viennent ou non du PCF d'ailleurs. La Ugue a prouvé qu'elle était capable de traverser durant des décennies le désert avec deux mille adhérents, en jouant dans la société le rôle qui était le sien. Je crois que les rénovateurs communistes ne vivront pas cette vie là. Nous pouvons devenir un mouvement politique, c'est-à-dire un mouvement plus large, jouant un rôle dans la société, avec un ancrage local, mais je ne pense pas que le mouvement des rénovateurs communistes durerait dans une forme- ce n'est pas injurieux - groupusculaire. Ou bien notre mouvement deviendra un club, une espèce de conscience révolutionnaire de la gauche, qui dira des choses, qui fera des livres et des textes, ou bien il deviendra un mouvement politique. Les mois qui viennent ou les deux années qui viennent vont avoir un caractère décisif. Je ne vois pas tous ces élus locaux, tous ces militants, tous ces gens qui sentent bien qu'ils ont un rôle à jouer dans la société s'installer durablement dans une organisation ou fermée, ou trop petite ... G. W.- La situation est en même temps compliquée et pleine de possibilités. La crise du PCF va se poursuivre, c'est évident. Il peut y avoir des sursauts, des petits mieux électoraux, ça ne change pas qu'il est dénué de toute perspective réelle et qu'à partir de là sa crise ne peut que durer, quelles qu'en soient les formes et les rythmes. Par ailleurs, sur l'expérience de l'ouverture à droite, qui va se poursuivre et s'intensifier, il y a des choses qui peuvent se décanter. Les dimensions de la situation internationale ne sont pas non plus à négliger : on assiste à une baisse des tensions au niveau international, quels que soient les aspects contradictoires, ce qui au demeurant confirme que l'URSS avait précédemment une part de responsabilité dans la tension. La politique de Gorbatchev est un élément de détente. Si toute une série de conflits régionaux peuvent trouver des éléments d'apaisement c'est aussi du à cela. Sur le communisme, même si la réalité reste contradictoire, avec les dramatiques défauts bureaucratiques et le fait que cela va peser très longtemps, il reste que c'est une source de débats nouveaux. Ce qui se passe à l'Est redonne la possibilité de remettre un certain nombre d'idées en débat. Ce n'est pas aux trotkystes que je vais apprendre cela. Ce sont des faits majeurs qui sont en train de se passer. Et il est très caractéristique qu'en URSS il ne peuvent pas faire l'économie d'un débat sur l'Histoire. Tout cela, ce sont des éléments qui peuvent au moins induire des changements de climat politique et rendre le débat possible. C. C. - Mois n y a-t-il pas un risque de distorsion entre le dére/oppement de ces potentialités qui_ selon toute rroisemb!once_ demandera du temps, et les échéances, ropprocftées_ OttXque//es se trourent confrontées les Or.tfonisotions et structures du mourement? G. W. -Il peut y avoir une difficulté conjoncturelle de cette mouvance qui paye d'une certaine manière le faible résultat des présidentielles. Il va surtout falloir se donner les moyens de le payer le moins longtemps et le moins cher possible. Ce qui ne passe pas par taire les débats politiques, ou faire semblant. C'est pourquoi je ne suis pas très confiant, je parle à titre personnel, sur ce qui pourrait se passer dans les comités si devait continuer le fait de ne pas mener le débat, parce qu'il ne faut pas diviser. Il ne faut pas diviser et, en même temps, il faut mener le débat politique. C. L. -La non-décision est, en effet, dramatique. Lorsque des comités, pour rester ensemble, ne décident rien sur les municipales, rien sur la Kanaky, ça ne peut pas durer. Il faut qu'on soit capable de vivre ensemble un combat politique, et d'exprimer les désaccords. C'est la seule solution. Les désaccords, ils existent, ils vont surgir. Le problème est de les maîtriser.
Propos recueillis par Francis Site!