La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

L'histoire du trotskysme et « la vérité » de l'OCI

· Critique communiste (1re série), n° 25, novembre 1978 · p. 165-178 · 5 765 mots

Jean-François GODCHAU L'histoire du trotskysme et « la vérité » de I'OCI

Lors de leurs «journées d'études » consacrées à l'histoire de la IVe Internationale, tenues à la Mutualité les 21 et 22 octobre, les camarades de l'OCI ont rappelé à plusieurs reprises qu'ils avaient pris l'initiative, dès 1973, de proposer au Secrétariat unifié de la IVe Internationale un ample processus de discussions.

Ce n'est pas, à proprement parler, de ce processus qu'il va s'agir ici; non plus que des motifs de l'OCI, ou de la nature de cette organisation, de l'intérêt qu'il peut y avoir à discuter avec elle de façon privilégiée, etc. On se bornera à traiter un seul aspect du problème : la façon dont les camarades de l'OCI écrivent l'histoire : la leur; la nôtre; celle du mouvement trotskyste, ou même celle, en général, du mouvement ouvrier.

Nous nous servirons de deux exemples récents : le livre de Jean-Jacques Marie, censé être une « histoire du trotskysme », et le tout dernier numéro de la Vérité, véritable « somme » destinée à former, éduquer des centaines de militant(e)s révolutionnaires sur leur propre histoire, sur l'internationalisme, etc. On a le droit de juger le résultat désolant, voire indigne de révolutionnaires conscients de ce qu'a été « l'école stalinienne de falsification », et de penser par là-même que, quel qu'en soit le bien-fondé, les discussions engagées avec l'OCI ne pourront qu'être rudes; tant il serait étrange qu'une telle manière d'écrire l'histoire ne se reflète pas dans le militantisme quotidien ... A Royan, en 1933, de gauche à droite :Rudolf Klement, Trotsky, Yvan Craipeau, Jeanne Martin, Sara Weber; au premier plan Jean Van Heijenoort.

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1. Le trotskysme ... tourné en dérision !

Les éditions Flammarion ont réédité en 1977 un petit livre, signé J.J. Marie, militant connu de l'OCI et de la FEN, d'abord paru en 1970. C'est donc au grand public que s'adresse cette histoire du trotskysme. On était d'autant plus en droit d'attendre des améliorations entre les deux éditions qu'il existe peu de livres sur le trotskysme et la IVe Internationale, autres que ceux écrits par des universitaires bourgeois qui n'y comprennent rien ou par des staliniens dont on devine le propos 1 . Hélas ... Les 6 premiers chapîtres entremêlent, de façon forcément superficielle vus le format et la formule batarde choisie, des éléments de biographie de Trotsky, un exposé des idées d'abord de Trotsky seul puis des trotskystes-opposition de gauche et IVe Internationale et un « historique » des activités des organisations trotskystes qui, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, peut être critiqué mais reste « honnête ».

Les choses changer.t avec les 20 pages du chapître 7 : « Un pas en arrière, deux pas en avant » qui « traite » de la période allant de la guerre à nos jours. L'explication est simple et connue : en 1953 se produit la plus grande scission de l'histoire de la IVe Internationale ; elle dure dix ans jusqu'au congrès de réunification entre le CI (comité international) - et notamment le SWP des USA - et le SI (Secrétariat international), réunification qui ne laisse de côté que deux courants-sectaires : en France, celui auquel appartient J .J. Marie - qui va fonder OCI et AJS- et en Angleterre ce qui s'appelle alors la SLL (Socialiste Labour League). Et dès ce moment, le moindre effort d'explication politique de fond, qu'on attend naturellement d'un marxiste, disparaît pour faire place à une croisade venue du fond des âges : celle des justiciers contre les traîtres, celle des combattants de la lumière contre le peuple des ombres, bref chacun aura compris (notamment le lecteur moyen de Flammarion !) qu'il s'agit du combat- jamais terminé, et pour cause - des « trotskystes » de l'OCI contre les « pablistes » qui se disent trotskystes pour mieux assassiner le trotskysme ... ! Comment expliquer que ces renégats ignobles ont, malgré tout, construit une Internationale, certes beaucoup trop faible encore, mais qui, comme disait Trotsky, «vit et lutte », alors que depuis un quart de siècle maintenant, de « Comité international DE la IVe Internationale » en « Comité international POUR la reconstruction de la IVe Internationale», nos vaillants camarades perdent les uns après les autres les groupes de quelque importance qu'ils avaient 2 , cela reste un mystère complet !

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Un contact, une simple connaissance, un sympathisant vous demande de lui expliquer ce qu'est le trotskysme, vous ne commencez pas par lui dire que l'OCI a déserté les barricades de Mai 68 ou que Lutte ouvrière a grand tort de ne considérer Mao que comme un petit bourgeois - très - radicalisé ! J.J. Marie, lui, va droit à l'essentiel :il dénonce les « pablistes » ! Et il faut voir les exemples qu'il donne de nos «trahisons» : p. 116, nous apprenons, horrifiés, qu'en 1962, Pierre Frank, après avoir déclaré «A présent, il n'y a pas de chômeurs, mais le plein emploi » - ce qui est effectivement assez osé - en conclut qu'il faut donc « adapter le programme aux nouvelles conditions, aux nouveaux sentiments des masses, au nouveau niveau à partir duquel partiront les luttes de demain ... Autrement dit, notre Programme de transition qui contient encore, 25 années après avoir été écrit, tant de choses valables pour les couches les plus défavorisées de la classe ouvrière européenne doit être complété par une série de revendications correspondant à la situation nouvelle résultant des progrès qui sont intervenus entre temps par suite d'une période exceptionnelle de haute conjoncture ».

Commentaire de J.J . Marie : « Révisionnisme, on le voit, au sens strict du terme ... ». On voit... ! Mais, comme toujours, c'est Ernest Mandel qui donne « l'expression la plus achevée » de ce « révisionnisme » : « Le capitalisme est entré dans une troisième étape de son développement aussi différente du capitalisme monopolistique ou de l'impérialisme décrit par Lénine ... que le capitalisme monopolistique l'était du capitalisme classique du laissezfaire du x1xe siècle ». Ce qui semble revenir à dire pour J.J. Marie, que « Mandel substitue à la lutte pour le renversement de l'appareil d'Etat bourgeois centralisé la revendication prioritaire du contrôle ouvrier, le problème essentiel étant désormais non pas la distribution du revenu mais le problème qualitatif : qui devrait commander les machines, qui devrait déterminer les investissements, qui devrait décider ce qu'il faut produire et comment le produire » ! Ben voyons ... Quiconque a lu une brochure de Mandel - pour ne pas parler de ses derniers livres - connaît effectivement par cœur l'insupportable manie de ce « pabliste » enragé de « substituer » le contrôle ouvrier à la destruction de l'appareil d'Etat... on aura noté d'ailleurs la problématique assez riche : OU on est pour le contrôle ouvrier (expression employée fréquemment par ce « pabliste »de Lénine, sauf erreur) OU on est pour le renversement armé de l'Etat bourgeois ... ! (Toute cette riche dialectique, p. 117).

P. 1 08, ce sont nos camarades du SWP américain qui sont pris pour cibles : « En 1956 la crise du PC américain secoué par la

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répression de la révolution hongroise, ne leur apporta à peu près rien. Aussi commencèrent-ils à s'orienter vers les milieux intellectuels plus réceptifs aux "idées" et à la "propagande" et lorsque le mouvement du 26 juillet dirigé par Castro prit le pouvoir à Cuba en 1958, ce fut l'illumination. La révolution attendue en vain en 1946 au cœur des USA éclatait enfin à 250 kilomètres de Miami. Les dirigeants du SWP apportèrent donc longtemps leur soutien non seulement à la révolution cubaine mais au castrisme ... » Evidemment, nos camarades auraient mieux fait de rester aveugles devant l'« illumination » et d'imiter l'OC! qui devant une révolution montante croit que le devoir essentiel d'un trotskyste bien né est de dénoncer le caractère « petit-bourgeois » de sa direction. Le soutien actif du SWP à la révolution cubaine durant la fin des années 50 et le début des années 60, au cœur de la citadelle impérialiste, aura été l'un des actes les plus glorieux de son histoire déjà longue tandis que l'incompréhension totale de cette révolution cubaine par l'OC! peut être considéré comme un signe alarmant quant à sa nature d'organisation révolutionnaire vivante ... Le bruit courait que l'OC! avait fait ou devait faire son autocritique à ce sujet; la réédition telle quelle des inepties de J .J. Marie vient nous ôter ce léger espoir ...

Voilà pour le fond, si l'on peut dire. Mais certains aspects formels du livre sont assez représentatifs de la façon dont J .J . Marie -approuvé par l'OC!? -conçoit l'histoire et la politique.

En tête de l'« ouvrage » on trouve « quelques reperes chronologiques ». On aura une idée de la chose en donnant ici le premier et le dernier de ces « repères » : « 1905 : Trotsky président du soviet de Pétrograd ...

1976 :l'OC! se fixe comme objectif une organisation de 6 000 militants avant l'explosion de la crise révolutionnaire en France » ! Comme qui dirait : «grandeur et décadence» ... Entre les deux on trouve (p. 148) le « deuxième congrès mondial » de la Ive Internationale sans qu'il soit suivi d'un Ille, ni d'un IVe ... Tout comme on apprend qu'en 1966 s'est tenue la « troisième conférence du comité international » sans qu'on sache ni ce qui s'y est fait ou dit, ni quoi que ce soit concernant la ne, l'éventuelle IVe ...

Il y a mieux : nous lisons qu'en 1953 « la IVe Internationale explose» et qu'il y eut donc cette même année« constitution du comité international de la IVe Internationale »; très bien. Et ce n'est qu'en 1963, voyez-vous, 10 longues années plus tard, qu'on peut, en toute objectivité purement chronologique, apprendre la «constitution du Secrétariat unifié ». Voilà une -drôle d'histoire « à trous » : entre 1953 et 1963, la seule continuité politique et

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organisationnelle « trotskyste » aura été le CI formé immédiatement, lui, après la scission - tandis que le SI... motus ! Même chose pour la France où l'on assiste à la proclamation de l'OCI « dissoute en 1968 par le gouvernement Pompidou » 3 sans que l'on sache l'existence de notre organisation le PCI - ni d'ailleurs des prédécesseurs de Lü ... En 1972, est-il précisé, se produit la «constitution du comité d'organisation de la IVe Internationale». Mais il faut atteindre la p. 119 pour comprendre« qu'en 1971 la section anglaise constituée en SLL. .. rompit avec l'OCI », pour quelles raisons, on ne le saura pas en lisant ce livre sinon, aveu fort intéressant, que « cette rupture sanctionnait le fait que le Comité international, en 20 ans, n'avait guère avancé sur la voie qu'il s'était tracé». Cette même rupture explique peut-être également de délicates nuances de vocabulaire :dans l'édition de 1970, il est dit qu'en 1969 « la SLL publie Worker 's Press, premier quotidien trotskyste du monde»; dans la nouvelle édition, Worker's Press n'est plus qualifié que de « premier quotidien se réclamant du trotskysme »;vu ?

Dernier exemple de ces « pratiques » toute bolchéviques : la partie « documents » de l'édition de 1970 s'achevait par un extrait d'article de Balasz Nagy, alors responsable du travail de l'OCI dans les pays de l'Est et membre de son BP. Depuis, en 1974, l'OCI a accusé Balazs Nagy d'être un agent de la CIA, ou du Guépéou, ou des deux. Impossible de prendre position ici sur cette affaire, mais le remplacement, sans autre explication, de l'article précité par un extrait d'éditorial de Informations ouvrières fait quelque peu penser au vide soudain des photos officielles en URSS après 1923 où Lénine demeurait solitaire, sans Trotsky ... toutes proportions gardées ! J'allais oublier la bibliographie incomplète et pédante (revues et livres en russe dans un livre de poche ne sont pas indispensables) mais surtout qui ne craint pas, à propos de la presse des différentes organisations se réclamant du trotskysme, de distinguer les « organes trotskystes» comme la Vérité (revue de l'OCI) des « organes du Secrétariat unifié » dont chacun aura donc compris qu'ils ne sont pas eux, « trotskystes » ...

La conclusion ne consistera même pas à frissonner devant cette sorte rebutante de « trotskysme » là - dont certaines méthodes, il faut bien le dire, font quelque peu penser à celles des staliniens, ce qui est un comble - mais à noter surtout qu'au travers d'un tel livre, le trotskysme est totalement incompréhensible (pourquoi tant d'efforts pour trahir et rater en permanence ?) et dérisoire : les luttes de fractions en arrivent à constituer l'essentiel du combat des militants de la IV Internationale lesquels

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n'avaient pas mérité d'être défigurés comme autant de guignols ...

Nous ne doutons pas qu'il nous faudra compléter le livre de Pierre Frank 4 , mais en attendant un « trotskysme »moins désolant et sans avenir que celui de J.J. Marie, il continuera de nous servir de référence ... 2. La Vérité ? Hélas ...

Mais le numéro 583 (septembre 1978) de la Vérité (organe du comité central de l'OCI) montre encore plus clairement quelles sont - et seront - les difficultés d'un dialogue constructif avec l'OCI. Dans le même temps où ces militants proposent au SU de la Ive Internationale - et à ses sections ou organisations sympathisantes - une série de discussions « de fond », ils publient un recueil d'articles censés porter sur « le 40e anniversaire de la IVe Internationale (et) plus d'un siècle de lutte pour l'internationale ouvrière ». Si la première partie, signée Pierre Fougeyrollas, comporte un certain nombre de généralités, incontestables ou quelque peu sommaires, sur « la continuité et l'héritage du prolétariat révolutionnaire», elle concerne moins notre propos que les 2e et 3e parties respectivement consacrées par Jean-Jacques Marie et Stéphane Just aux « 15 premières années de la Ive Internationale »et à la« reconstruction de la IVe Internationale».

Une première remarque : La « thèse » qui parcourt imperturbablement ces 352 pages, comme elle constitue d'ailleurs l'essentiel du discours de tout militant OCI qui se respecte, est que la Ive Internationale a été « disloquée politiquement et organisationnellement en 1953 par le centre pabliste liquidateur», réalisant par des méthodes organisationnelles bureaucratiques les buts destructeurs de son « révisionnisme » théorique. Ce « révisionnisme » n'a été défait « ni politiquement ni théoriquement » au sein du SU, apprend-on p. 25. Or, alors qu'il a poussé les« usurpateurs» de la IVe Internationale à commettre de véritables « trahisons », pas moins, ne voilà-t-il pas, que l'OCI, sans expliciter les raisons d'un tournant aussi notable, déclare vouloir « discuter» avec les « traîtres » de jadis et d'hier encore ! Allons, des trotskystes « discutent-ils » avec des « traîtres » ? Pour quoi faire ... ?

Seconde remarque : on trouve pêle-mêle, dans les pages de la revue en question, et ce n'est pas la moindre difficulté pour « discuter», des problèmes sérieux, importants, difficiles, parfois décisifs qui mériteraient d'autant plus d'être « discutés » que le temps n'est plus où les militants de l'ex-Comité international et

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de l'ex-Secrétariat international pouvaient prétendre avoir, respectivement, eu raison 1 00 % sur tous les problèmes en litige ayant conduit à la plus grande scission de l'histoire de la IVe Internationale5 et ce qu'il faut bien appeler - les camarades de l'OCI connaissant parfaitement nos positions -de véritables procès d'intention, quand il ne s'agit pas, plus simplement encore, d'usages de faux et de falsifications ... dont nous allons donner quelques exemples caractéristiques. Procès d'intention et falsifications Dès sa troisième page(p.127),J .J. Marie excelle: il parle des militants qui, entre 193 5 et 1940 hésitaient à « proclamer » la IVe Internationale ou même s'y opposaient franchement, tels Victor Serge ou Isaac Deutscher. Il cite donc le tome III du Trotsky de Deutscher : « Trotsky décidait de fonder la nouvelle internationale à un moment où, comme les Polonais l'en avaient averti, cet acte ne pouvait avoir aucune espèce d'impact ». Premier commentaire de J.J. Marie : « Comme si l'impact (sur qui? sur quoi?) était le critère décisif ! ». Second commentaire : « Chose plus étonnante en apparence (souligné par moi, J .F.G.), on trouve aujourd'hui une position au fond (sic) très similaire dans les écrits de la LCR, section française du SU de la IVe Internationale .. . » ... Surprise générale. Comment démontrer pareille révélation ? J.J. Marie argumente : « dans leur brochure Ce qu 'est l'OC!, trois de ses membres affirment en effet :

« Lorsque Léon Trotsky fonde la IVe Internationale, en 1938, il est convaincu que la Seconde Guerre mondiale aura les mêmes effets sur le mouvement ouvrier dominé par le stalinisme que la Première Guerre mondiale sur le mouvement ouvrier contrôlé par la social-démocratie ... Contrairement au pronostic de Trotsky, comparée à la montée révolutionnaire des années 191 7-1923, celle des années 1943-1947 s'avère relativement limitée». Et J.J. Marie de s'indigner d'un crime de lèse-grand homme : «Le pronostic de Trotsky était donc erroné, faux, ou pour le moins exagérément optimiste. Et les conclusions qu'il a tirées l'étaient donc tout autant ! ». On note un premier glissement dans le raisonnement. «A commencer évidemment par la proclamation de la IVe Internationale », poursuit-il sans broncher, avant de raffiner en ces termes : « Les auteurs de la brochure ne le disent pas ouvertement. Mais ils font découler les responsabilités de l'erreur de jugement qu'ils décèlent dans les appréciations et la politique d'alors des dirigeants de la Ive Internationale d'une prétendue erreur de pronostic de Trotsky ». On aura salué au

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passage le pas ouvertement :les auteurs ne le disent pas du tout ... !

Deuxième exemple : pages 15 0-151. Parlant de la situation internationale d'après-guerre, J .J. Marie écrit : « Mais en profondeur, cette vague révolutionnaire ruinait les appareils contre-révolutionnaires. Fondamentalement, elle s'opposait et entrait en conflit avec eux. Le conflit ouvert se déclarait en 1953. L'heure de la IVe Internationale sonnait. Des milliers de prolétaires cherchaient un drapeau, un programme, qui ne pouvaient être que ceux de la Ive Internationale. Mais sa direction d 'alors a trahi son drapeau et son programme ». Qui a trahi quoi? Comment? Qu'est-ce que c'est, exactement, une « trahison », dans la bouche d'un marxiste parlant d'un (ex)camarade de combat ? Le lecteur de la Vérité n'aura pas droit à la moindre explication, au moindre début de preuve ou d'argumentation ... Il est vrai que voilà une façon bien commode d'écrire l'histoire ... ! Mais cette façon tragicoguignolesque - des traîtres interviennent et réussissent à faire rater une révolution montante - contient-elle encore le moindre germe de marxisme ?

Troisième exemple : pages 204-205, J.J. Marie critique les positions exprimées en 1945 par David Rousset sur la bureaucratie soviétique et la nature du parti à construire : « La bureaucratie soviétique · se trouve aujourd'hui contrainte [ ... ] de poser et de réaliser la révolu ti on socialiste à l'étranger [ ... ] en conséquence nous devons taire une partie de nos désaccords avec le stalinisme et le faire délibéremment et à fond ». Commentaire : « On ne saurait mieux annoncer la ruse et la capitulation dont Pablo évoquera la nécessité sept ans plus tard. Et on voit ici s'esquisser la révision fondamentale que le même Pablo tentera d'imposer en 1950-1952 à la Ive Internationale et ses deux axes essentiels :la mission socialiste et révolutionnaire attribuée à la bureaucratie et le rôle décisif de ce que Pablo appellera, lui, les forces matérielles et techniques » .. . A notre tour de commenter le commentateur : d'abord, quelle curieuse façon, pour un historien professionnel de voir dans les positions d'un individu les prémisses de celles d'un autre individu sept ans plus tard ... d'autant que les positions de Pablo, en 1952-1953 n'étaient nullement celles de Rousset de 1945 ni même les siennes propres 10 ou 15 ans plus tard encore ...

Deuxième citation : Rousset (David) propose donc « à la place de l'Internationale, parti mondial de la révolution, des rencontres internationales très larges quant aux plates-formes présentées,

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donc naturellement très lâches dans leurs conceptions organisationnelles ». Commentaire de J .J. Marie : « Cette révision brutale suscita alors une réaction de rejet massif dans le PCI. Dans la Vérité de mai 1949 (n° 223), Pierre Frank la dénonce encore vigoureusement... peu avant de s'y rallier» ... Exemple? Preuve? Citation minimale de cette ènième trahison-révision de ce professionnel du crime es-trotskysme? Pas la moindre ... et pour cause ... Et voilà comment on « forme » des centaines de jeunes attirés par le trotskysme ... !

Quatrième exemple. Il sera bref car il montre clairement qu'au-delà d'un certain seuil de fractionnalisme, il devient difficile de rester intelligent. Citant une partie de la résolution de la conférence d'avril 1946 (à laquelle participaient, notons-le au passage, les futurs dirigeants du Comité international, tout aussi responsables que les« traîtres», donc, des formulations à la« résonnance étrange » fustigées par J .J. Marie) : « La situation internationale est dominée par la puissance que la conjoncture de la guerre a conféré aux Etats-Unis et à l'URSS et par leurs rapports réciproques» , J.M. Marie note finement : « ce n'est déjà plus la lutte mondiale des classes qui conditionne tous les rapports mondiaux ».

Cinquième exemple. Il est assez extraordinaire, dans la mesure où il montre un militant se réclamant du trotskysme, donc de la lutte contre toutes les méthodes staliniennes, faire dire à un autre militant, se réclamant également du trotskysme, exactement le contraire de ce que ce dernier écrit ! Citation d'un article de Pablo de 1949, p. 232. «Il sera possible d'assister dans les années à venir à la débacle du stalinisme sur une très grande échelle ... Il ne s'agit pas (souligné par moi, JFG) d'attendre que le PC yougoslave arrive par ses propres forces à se maintenir sur une plate-forme juste et que la Yougoslavie continue à elle seule à se battre sur un double front ' contre l'impérialisme et contre le Kremlin ». Commentaire de J .J. Marie : « ce "à elle seule" raye d'un trait de plume la IVe Internationale qui manifestement ne compte que pour du beurre (sic) ... Avec l'arrivée du messie yougoslave serait-elle superflue dans la pensée de l'auteur ? » Qu'aurait donc écrit J.J. Marie si Pablo, lui, avait signifié : «il n'y a qu'à attendre que la Yougoslavie, qui en est d'ailleurs capable, combatte- et réussisse à vaincre - à la fois l'impérialisme, le Kremlin et applique le programme marxiste-révolutionnaire global : établir des Etats ouvriers- non déformés ! -dans le monde entier» ... ?

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Sixième exemple : pages 212-213. C'est Yvan Craipeau, secrétaire du PCI en 194 7-1948, exclu avec les « droitiers » en 1948, plus tard membre de la direction nationale du PSU, qui est pris pour cible. Selon lui, les perspectives révolutionnaires de la IVe Internationale et en particulier de sa section française à la Libération se sont révélées «ne pas correspondre à la réalité». Craipeau à bien le droit d'écrire cela ... en 1959 et J.J. Marie a bien le droit de le critiquer en 1978. Mais pourquoi faut-il que J.J. Marie éprouve le besoin d'ajouter : « Craipeau n'exprime pas en fait (souligné par moi, JFG) la seule pensée des droitiers de 19461948, il exprime en réalité (idem) la pensée des Pablo, Frank, dirigeants de la IVe Internationale en 1952 - qui l'avaient combattu en 1948 - et de leurs héritiers d'aujourd'hui (la LCR) ... La condamnation formelle des aspects « extrêmes » des positions de Pablo n'empêche nullement - au contraire elle la couvre - la continuité entre les positions du Secrétariat international de Pablo-Germain hier et du Secrétariat unifié de Germain-Krivine aujourd'hui » ? Le procédé est-il plus grotesque qu'infernal ?

Faut-il consacrer de longues pages pour démontrer que la position de Germain-Pablo de 1952 n'était en rien celle de Craipeau en 1948 (sans parler de celle du SU, de la LCR, de Krivine aujourd'hui) ? Faut-il attirer l'attention sur l'imprudence du procédé polémique bien connu consistant à tirer à toute force la « continuité » entre des positions exprimées à des époques différentes, ou au même moment sur des sujets différents, ou encore par des personnes différentes? Mais là où l'on quitte même le procès d'intention pour tomber dans la méthode de l'inquisition, c'est que même - ou surtout ! - si vous vous démarquez de la position politique d'un tel, ce n'est nullement parce que vous n'êtes pas d'accord avec la position en question, comme des naïfs pourraient le croire, c'est, au contraire, non seulement parce vous êtes profondément d'accord, à votre insu ou non (!), mais en outre, parce que votre « nature » de traître (?) vous a poussé à adopter cette ruse toute en dentelle pour « couvrir » encore plus efficacement l'écrit indigne ou l'action traîtresse. Cela fait penser, toutes proportions gardées, au credo mâle chauvin bien connu : « quand une femme dit non, c'est en réalité, parce qu'elle vous désire follement » ! Mais qui est le voyant extra lucide qui se permet de dire mieux que vous ce que vous même pensez et désirez exprimer ou faire, sinon le détenteur infaillible du programme magique et de la vérité assénée par force sinon par capacité de persuasion ? Et pourquoi encore une fois « discuter » avec d'aussi ignobles personnages? Comment d'ailleurs quelque dialogue que ce soit

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serait-il simplement possible avec des gens dont il faudrait en permanence décrypter le véritable message, puisque leur discours signifie, en réalité, le contraire de ce qu'ils pensent, font et désirent ... ? On le voit, les camarades de l'OCI devront, quant à eux, mettre au clair leurs écrits et leurs propos, leurs analyses et leurs propositions, sans quoi personne, à commencer par leur propre base, n'y retrouvera plus son latin. En particulier, comme l'ont signalé les membres du SU de la IVe Internationale lors des «journées d'études » d'Octobre, il faudra qu'ils nous expliquent ces phénomènes étranges et paradoxaux :

1. Comment le « centre liquidateur » a-t-il réussi à construire un mouvement présent sur les cinq continents et plus important qualitativement et numériquement et au plan de l'implantation sociale qu'au moment de la scission internationale de 1952-1953 d'une part et d'autre part incomparablement plus importante que les divers « comités » de ou pour la reconstruction de la IVe Internationale mis en place, après bien des avatars, par la direction de l'OC! depuis un quart de siècle ?

En vérité, on se demande où sont les « dislocateurs ». Une seule explication serait, bien entendu, satisfaisante pour nos camarades : celle qui leur permettrait de montrer que, selon la démarche centriste traditionnelle, le SU de la IVe Internationale n'a réussi un tel développement qu'au prix de l'affadissement du programme, des références théoriques, etc. Disons que,pour le moins,la démonstration reste totalement à faire.

2. Le «révisionnisme », pour le marxisme, cela a un sens précis. Celui des sociaux-démocrates, comme celui des staliniens peuvent s'expliquer rationnellement, et le prolétariat international n'a que trop pu en mesurer les conséquences tragiques. Quelles sont les bases sociales du « révisionnisme pabliste » (sic) ? Quels intérêts sociaux étaient en jeu ? Quelles couches précises défendaient quoi exactement et que sont-elles devenues? Peut-on donner un seul exemple d'une trahison -nous avons la faiblesse de soigneusement distinguer ce terme de celui d'erreur politique même grave, d'orientation erronée, de tactique fausse, etc. commise par Michel Pablo ou par un quelconque membre de la direction de la IVe Internationale au début des années 50 (ou avant ou après, d'ailleurs)? Non ? Alors, que reste-il de l'indigeste littérature de l'OC! ?

3. Est-il sérieux de « tourner » sans le dire ? Pendant 20 ans l'OC! s'est comportée à l'égard du SI et du SU et des organisations qui s'en réclamaient avec une violence (pas uniquement celle de la plume) que l'on attendrait à l'égard de l'ennemi de classe ou des « traîtres » non supposés, qui ont fait, eux, les preuves de leurs

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trahisons : les dirigeants contre-révolutionnaires du mouvement ouvrier. Depuis 5 ans, l'OC! a décidé qu'il valait mieux «discuter» avec nous ? N'avons-nous donc plus « trahi » ? Il semble que non puisque Stéphane Just, p. 349, est assez aimable pour déclarer qu'« une première remarque s'impose : la vitalité des principes et du programme de la IVe Internationale s'est exprimée, y compris à l'intérieur du Secrétariat unifié ». Mais est-il raisonnable d'affirmer que si « le révisionnisme (?) n'a pu aller jusqu'à supprimer la référence à la IVe Internationale, c'est parce que la lutte contre le révisionnisme et pour la continuité de la IVe Internationale a été menée » ?

Même si ces raisons en restent implicites - impossibles à exprimer rationnellement vu l'attitude aberrante qui le précédait? -le tournant a bel et bien lieu. Que donnera-t-il ? Il est bien trop tôt - et c.e n'est d'ailleurs pas la place - pour le dire. Mais il risque de demeurer singulièrement stérile si, comme dans leurs écrits publiés jusqu'à présent, les militants de l'OC! continuent à : - ré-écrire l'histoire 35 ans après : «à la Libération, ils ont fait ... alors qu'ils auraient dû, etc. » ; - ne pas examiner - pour les critiquer - les positions fondamentales de la I ve Internationale exprimées dans ses documents de congrès, les résolutions de ses instances dirigeantes, etc. mais à commenter telle interview de tel dirigeant : Stéphane Just consacre 4 pages (5 %) de sa contribution à une interview de Mandel à Politique-Hebdo en juin 1976 au lieu de lire sur le même sujet un texte « officiel » de la IVe Internationale. Notons en passant que c'est une habitude chez les dirigeants de l'OC! qui, même dans la brochure diffusée en commun par OCI ef LCR sur la crise du stalinisme, non seulement ne « se mouillent » pas un instant pour donner leur propre analyse fondamentale de l'« eurocommunisme », ce qui eut été bien intéressant, mais ne consentent même pas à critiquer le document du SU qui ouvre la brochure : il est tellement plus commode de s'en prendre à on ne sait quel interview ou article de journal... ! Encore une méthode de « discussion» à changer. Sinon le contenu ne résistera pas longtemps ...

Jean-François Godchau NOTES 1. Voir rubrique bibliographique de Michel Dreyfus et Jean-François Godchau dans le numéro 1 des Cahiers Léon Trotsky (Edi. 1978). 2. Voir les articles de Pierre Frank dans la revue Jve Internationale, n° 2 de

1972 et n° 9-10 de 1973.

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3. Mais « réhabilitée » depuis par le conseil d'Etat pour sa « sagesse » ! 4. Histoire de la JVe Internationale (Poche rouge, Maspero). 5. Parmi œs problèmes politiques sérieux méritant un autre traitement que celui infligé par la Vérité, signalons au moins les suivants : a) Quelle conception avons-nous respectivement de l'Internationale, du centralisme démocratique ? A lire les pages 132 et 222 de leur revue, il semble que les camarades de l'OCI, bien avant les méfaits du « régime Pablo », ne reconnaissent pas la validité, l'autorité du ne Congrès mondial de la IVe Internationale; une sorte de nostalgie centriste se dégage revenant à souhaiter qu'il n'y ait point de « congrès mondial » avant que la IVe Internationale ne soit préalablement majoritaire dans la classe ouvrière. b) Quelle était la situation internationale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ? l'OCI vitupère indistinctement tous les « révisionnistes » pour qui cette situation était « nouvelle » par rapport à l'avant-guerre : les révolutions chinoise et yougoslave, la création d'une douzaine d'Etats ouvriers - déformés certes - ne créent-elles pas un rapport de force inédit, n'ouvrent-elles pas à 1 'échelle internationale la crise du stalinisme (la page 135 reste bien vague sur ces problèmes décisifs) ? c) Les pages 205-206 abordent le problème de la révolution coloniale. Pour l'OCI, cette révolution est « importante » mais elle ne doit surtout pas devenir « décisive » car cela fleure le «révisionnisme ». Si vous dites qu'au lendemain de la guerre la révolution coloniale a été le secteur le plus important de la révolution mondiale, c'est donc que vous n'avez plus confiance dans le prolétariat des pays impérialistes ... que vous vous apprêtez en conséquence à trahir ... ! Logique, non ? On att end de l'OCI une analyse cohérente de la période 1945 -1968 comportant une appréciation en positif, avec arguments à l'appui, de la révolution coloniale. d) Pages 263 et 281 à 287 : on aimerait encore avoir des analyses plutôt que des évocations. L 'OCI est-elle encore prête à soutenir que les « tendances restaurationistes de la bureaucratie soviétique » se sont accrues ? Tous les épisodes de la révolution politique qui se sont succédés de 1953 à nos jours dans les divers « pays de l'Est » ne montrent-ils pas de façon très claire que, face à la montée des masses, la bureaucratie stalinienne ne réagit pas de façon homogène mais que l'ensemble des PC concernés se sont divisés de bas en haut, une partie plus ou moins importante des bureaucrates prenant fait et cause pour les « insurgés », fut-ce provisoirement... ? Et que reconnaître cela ne signifie nullement croire au redressement possible des PC en question ! e) Page 295, l'OCI nous accuse une fois de plus de «saucissonner» la révolution mondiale en tranches : révolution coloniale, politique, et anticapitaliste ... Pourtant, lors des «journées d'études», Gérard Bloch parlait également de «formes spécifiques» et de « stratégies spécifiques» ... Et bien voilà ! Disons-nous autre chose? Y-a-t-ille moindre« révisionnisme» dans le fait de reconnaître que les tâches des marxistes-révolutionnaires en Pologne et en France ne sont pas les mêmes aujourd'hui ? Et notre document fondamental du congrès de réunification ( 1963) ne met-il pas l'accent sur la dialectique, l'articulation liant les 3 secteurs de la révolution mondiale, et non sur l'étanchéité de leurs cours séparé ? Alors, ceci étant précisé, discutons honnêtement. f) Page 300 : révolution cubaine. Nous attendons sereinement l'analyse de l'OCI qui 20 ans après un événement aussi considérable ne nous a

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toujours pas appris comment on doit comprendre cette illustration lumineuse de la « révolution permanente » ; qui, apparemment ne sait toujours pas s'il existe ou non un Etat ouvrier à Cuba. On a le droit d'hésiter

(encore que 20 ans, ça suffit!), d'être approximatif, mais au moins restons modestes et ne lançons pas à autrui des injures ... absurdes et inutiles !

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