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DOSSIER

Système monétaire européen et parlement européen

· Critique communiste (1re série), n° 30, octobre 1979 · p. 89-118 · 13 303 mots

WINFRIED WOLF Système monétaire européen et parlement européen La «riposte européenne » à la crise monétaire internationale et à la récession prochaine n 'est qu'un corps sans vie

Depuis le milieu de l'année 1978, les discussions de politique économique tournent, dans les métropoles impérialistes , autou r de la politique monétaire, c'est-à-dire plus précisément de la nouvelle crise du système monétaire international et des différentes réponses que lui apportent les Etats et blocs impérialistes.

La nouvelle chute - d'abord imperceptible, puis plus rapide -que connut le dollar vers le milieu de 1977 est suivie en 1978 d'une ruée sur les valeurs-or et les valeurs réelles. Le premier novembre de cette même année, le président Carter, empruntant à son prédécesseur Nixon un geste à la fois pompeux et dérisoire, rend public un nouveau programme de soutien du dollar, la monnaie mondiale, bien mal en point, ayant alors atteint le seuil fatidique de 1 dollar= 1, 7285 marks.

La remontée du dollar ne dure que quelquesmois;l'année suivante à peine entamée, il chute de nouveau. La situation en Iran, avec la chute du régime du shah et de Bakhtiar, estunchoc supplémentaire: les banques cen traies interviennent à nouveau pour sou tenir le dollar; le prix de l'or atteint de nouvelles hausses record; pour les milieux boursiers, cela se résume à une « baisse Khomeiny » ou une «hausse Khomeiny ».

Devant une telle situation, l'Europe capitaliste s'efforce de resserrer les rangs, pour mieux prendre ses distances par rapport aux USA : elle concocte le Système monétaire européen (SME), appelé à devenir la première pierre d'un processus d'unification économique de

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l'Europe occidentale.« En fait» , ce SME devait être mis en application le 1er janvier 1977. Mais on renvoya à une date ultérieure cette mise en application; une question banale, celle de la« politique agricole commune », coupa court provisoirement aux envolées lyriques des responsables de la politique monétaire et économique mondiale. On parlait de revaloriser le Parlement européen, tandis que des élections devaient témoigner d'un nouveau progrès dans le processus d'unification politique de l'Europe occidentale. En fait, ces élections étaient prévues depuis longtemps, et il était question qu'elles se déroulent à l'automne 1978. Mais les reports successifs de dates avaient la même origine que les retards pris par le SME : la primauté accordée à la satisfaction des intérêts nationaux de certains Etats :dans le premier cas ceux de la France, dans le second ceux de la Grande-Bretagne.

Ces tentatives des Etats capitalistes d'Europe pour faire avancer le processus d'unification économique et politique, et les tendances adverses, d'orientation étroitement nationale, voire nationaliste, trouvent un fondement commun dans la crise structurelle que traverse l'impérialisme depuis la fin des années 60 : d'un côté , seul un capital européen unifié peut, dans une concurrence désormais de plus en plus âpre, tenir tête à la puissance impérialiste mondiale n° 1 que sont les USA, et seule une Europe capitaliste unifiée pourrait, dans l'éventualité d'une nouvelle récession américaine, « s'en tirer » sans trop de dommages. D'un autre côté, le bacille de la crise capitaliste a depuis longtemps attaqué le capital des différents Etats ouest-européens eux-mêmes (et même la« force » de l'impérialisme ouest-allemand n'est en fait que« relative»). Les risques que fait encourir une unification économique et politique entreprise dans de telles conditions sont : abandon d'une politique économique nationale , propre à chaque Etat; danger de la ruine de certaines activités industrielles nationales, par la concurrence - par exemple dans la sidérurgie; transmission du bacille de la crise économique à des pays relativement « sains» (par exemple, dans le SME, en matière d'inflation); transmission du « bacille de la crise politique» (par exemple, possibilité d'une lutte unitaire de tous les syndicats ouest-européens pour la semaine de 35 heures) 2 . 1. Tendances sur le front monétaire et crise économique

Les efforts des pays capitalistes d'Europe occidentale pour parvenir à une unification, ou pour poser de nouveaux jalons sur cette voie, prennent une importance toute particulière face à la menace d'une nouvelle crise économique mondiale - les tendances qui se

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manifestent sur le front monétaire doivent être interprétées ici comme les prémisses vraisemblables d'une nouvelle crise de cet ordre.

Karl Marx n'a cessé de répéter que les tendances sur le front monétaire ne sont que le reflet des tendances de la sphère de production capitaliste; c'est dire que les causes de ces tendances doivent être recherchées uniquement à la base de la production, et non dans ces mouvements de surface. Cette approche n'a aujourd'hui, cent ans après, rien perdu de sa valeur.

Pour les experts et économistes bourgeois, la discussion se déroule aujourd'hui sur le plan de l'évolution monétaire, et on les voit discuter de nouveaux remèdes -miracle - comme le SME -pour juguler la crise du système monétaire international. Dans ce contexte, la référence à la crise économique de 1974-75 ne manque pas d'intérêt : cette crise économique fut précédée, sous les formes les plus diverses, par des événements analogues sur le plan monétaire à ceux auxquels nous assistons aujourd'hui : de 1972 à 1974, on a aussi discuté de nouveaux « modèles» pour venir à bout de la crise monétaire -et ces modèles excluaient entièrement, ou presque entièrement, la sphère de production.

Il y a toutefois une « petite » différence, qui a son importance : alors que, pendant la p~riode allant de 1972 à 1974, les discussions portaient essentiellement sur la question de la création d'un nouveau système monétaire international stable, cet objectif n'est plus guère formulé aujourd'hui. Au lieu de cela, la discussion tourne autour de solutions régionales, principalement dans le cadre de la CEE mais aussi, partiellement, en relation avec le Japon. On a entre temps largement fait son deuil de la recherche d'une solution globale. Depuis lors, le délabrement de l'économie capitaliste mondiale a considérablement avancé. Au lieu de pouvoir constater un (prudent) essart économique, on ne voit que des crises structurelles, une concurrence accrue au sein même du système impérialiste, un protectionnisme croissant et, une fois encore, une. non-concomitance de plus en plus marquée des évolutions nationales et sectorielles. Mais, avec la nouvelle récession de l'économie américaine, qui se précise de plus en plus, c'est avant tout l'ensemble du monde impérialiste qui se voit menacé d'une nouvelle récession économique. Les premiers indices en sont les taux d'inflation, qui connaissent une nouvelle augmentation depuis le milieu de l'année 1978, et l'agitation dans le secteur monétaire. 2. Un moment de répit entre deux crises

Il importe avant tout de constater que nous nous trouvons entre deux crises économiques; depuis 1976, l'essor économique que nous

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connaissons dans les principaux pays impérialistes est « freiné »; cela provient en premier lieu de l'insuffisance de la demande. Cette insuffisance provient d'un niveau de revenus resté relativement bas, et des difficultés accrues rencontrées à l'exportation. Ce tableau s'accorde parfaitement à la réalité des Etats d'Europe occidentale. Et cela signifie qu'une certaine marge reste ouverte pour de nouvelles initiatives européennes, et principalement pour des efforts visant à accélérer l'unification économique et politique de l'Europe occidentale. Dans cette optique, c'est certainement, d'un point de vue bourgeois, un « mérite » du duo Schmidt-Giscard d'Estaing que d'avoir effectué une percée dans ce sens en proposant le modèle d'un Système monétaire européen (SME), et de s'employer à tirer profit du temps de répit dont ils disposent. Mais ce « mérite » s'explique également, comme on le montrera plus précisément, par les intérêts respectifs des deux Etats, la France et la RFA, et n'est aucunement, ainsi que la presse bourgeoise se plait à l'écrire, à mettre à l'actif d'un génie de l'économie du nom d'Helmut Schmidt, et n'est certainement pas non plus le résultat des« causeries au coin du feu » entre Schmidt et Giscard d'Estaing.

Revenons en arrière. L'un des objectifs principaux du SME, l'interdépendance de toutes les monnaies de la CEE dans une alliance monétaire, a déjà existé une fois par le passé. La première réplique à l'effondrement du système de « Bretton Woods », système instituant des parités fixes et faisant du dollar la monnaie de référence, était le « serpent européen » : la France, la RFA, la Belgique, la Hollande, le Luxembourg et le Danemark formèrent une alliance monétaire stable , le (grand) «serpent». Dès cette époque, le dilemne fondamental d'une telle alliance était apparu : aussi longtemps que les Etats européens ne constituent pas un Etat-nation européen unifié, c'est-à-dire aussi longtemps que subsistent les différents Etats avec leurs inégalités de développement, cette sorte d'alliance porte en elle le germe de sa ruine. La France dut quitter cette alliance dès le début. Il s'avérait que le franc n'était pas suffisamment fort par rapport au mark, et Pompidou n'était pas disposé à suivre son ministre des finances de l'époque, Giscard d'Estaing, et à accepter une vaste action de soutien telle que la lui avait laissée entrevoir le ministre allemand des finances de l'époque, Helmut Schmidt... le «prestige national» l'interdisait. La Norvège se joignit alors aux participants restants. Ce « petit serpent » était dès lors devenu, dans une large mesure, une zone-mark européenne autour de laquelle se regroupaient des Etats de la CEE qui, s'ils étaient petits, étaient néanmoins relativement stables sur le plan économique.

Au cours des quatre années qui suivirent, il n'y eut plus place pour de nouveaux modèles visant à un élargissement de cette petite

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alliance monétaire - la grave récession économique de 1974/75 et ses effets, sensibles jusque dans les années 1976/77, ne le permettaient pas. On considérait au contraire comme un succès que cette alliance ait réussi à se maintenir, et que les six Etats membres fussent parvenus à se faufiler parmi les méandres de la crise économique. 3. La chute du dollar de 1977-78 date de naissance (sur le papier) du SME

L'une des caractéristiques du mode de production capitaliste est que la politique bourgeoise et, a fortiori, la politique économique, s'y pratiquent généralement de manière réactive, et non active . Les rapports véritables se forgent à l'insu des producteurs (supposés et réels) - c'est ici que la politique (économique) bourgeoise exerce sa réaction. Il en va de de même dans le cas du Système monétaire européen. Ce modèle n'est pas autre chose qu'une réplique à la nouvelle chu te - ou « chu te libre » - du dollar, amorcée en 1977.

Depuis la dénonciation unilatérale du système de Bretton Woods par les USA en août 1971 -il existait jusqu'alors un rapport stable entre le dollar et le prix de l'or, et les USA s'engageaient à changer en or les avoirs en dollars, ce qui implique que les monnaies capitalistes se référaient simultanément à l'or et aux dollars - le dollar avait perdu de sa valeur par rapport aux autres devises et par rapport à l'or. En 1971 , un dollar-US valait encore , pour la moyenne annuelle, 3, 45 D-marks. Avec la chute du dollar qui s'amorça alors, les « positions de défenses » du dollar furent constamment déplacées. On obtint d'abord 3 marks pour 1 dollar-US - mais cette position fut pulvérisée en mars 1973. En 1974-1976, il fut établi que le taux de 2,50 D-marks par dollar-US devait marquer la ligne de défense décisive; de fait, pendant cette période, le dollar parvint à se maintenir tant bien que mal, ce qui tenait surtout au fait que les concurrents ouest-européens et japonais étaient eux-aussi atteints de plein fouet par la crise économique, et que les USA connaissaient un essor économique relativement précoce et important.

A partir de 1977, la chute du dollar reprit de plus belle - jusqu'à passer en 1978 la limite, définie comme « frontière magique » par l'économie allemande, de 1 dollar= 2 marks.

Jusqu'au milieu de 1978, le dollar perdit au total, par rapport aux devises impérialistes fortes , environ 40% de la valeur qu'il avait en 1971, avant la nouvelle fixation des taux de change. Cette chute du dollar a de sérieuses conséquences sur l'économie des pays impérialistes :

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1. Les exportations à destination des USA des « pays à monnaie réévaluée» - qu'il s'agisse de ceux qui, tels la RFA, durent effectuer des réévaluations directes, ou bien de ceux que la dévaluation du dollar entraînait indirectement à une réévaluation de leur propre monnaie -se renchérissent. Cela ne signifie pas obligatoirement que les prix augmentent dans une même mesure - les grands pays impérialistes axent naturellement aussi leur politique des prix sur le marché US lui-même, c'est-à-dire que le prix qu'ils établissent doit leur permettre de rester concurrentiels face aux produits américains correspondants. Cependant, le résultat décisif est en tous les cas, soit une diminution des profits réalisés par les pays impérialistes dans la zone-dollar, soit une baisse notable de la compétitivité. Si les grands pays impérialistes ont été en mesure, malgré cette dévaluation massive du dollar, de défendre et même parfois d'affermir leurs positions sur les marchés américain et canadien, ceci n'est qu'un signe de plus de la puissance croissante de l'impérialisme européen et japonais face à l'impérialisme nord-américain .

2. Le prix des produits d'exportation américains et de tous les produits exportés qui sont axés sur le prix du dollar (comme le pétrole et la plupart des matières premières) a tendance à diminuer. Ceci renforce la concurrence sur le marché de la CEE et le marché japonais 3 , et a un effet stabilisateur sur les prix. Le taux peu élevé d'inflation de la RFA en est titulaire, partiellement tout au moins. La position des USA comme pays exportateur s'en trouve renforcée .

3. Au lieu de l'exportation de marchandises, c'est l'exportation de capital des Etats de la CEE et du Japon, la construction de leurs propres unités de production aux USA qui se trouve favorisée. Les investissements directs de la RFA à l'étranger, et en particulier aux USA, ont ici connu un vrai boom. Ce processus est encore accéléré par le fait que le niveau des salaires américains a été progressivement rattrapé par celui des Etats de la CEE et devrait même, entre temps, être dépassé par celui de la RFA. Ceci ne fait que renforcer le manque d'intérêt des trusts pour les investissements dans les Etats de la CEE, et multiplier les suppressions d'emplois.

4. Les avoirs en dollars et, avec eux, les réserves en devises des banques nationales se trouvent dévalués. Le dollar continuant de fonctionner comme premier moyen de paiement international, les banques centrales sont dans l'impossibilité de faire face à ce processus continu de dévaluation. 4

5. Avec la chute du dollar, c'est une désagrégation de la monnaie internationale numéro 1, ou mieux un délabrement du système

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monétaire international qui a lieu :un dollar qui perd constamment de sa valeur, et la perspective de nouvelles baisses du cours du dollar ôtent l'envie d'accepter le dollar comme moyen de paiement et, à fortiori, de placer ses avoirs en dollars. Les fluctuations du cours du dollar remettent en question toute planification économique à long ou à moyen terme; le manque d'intérêt croissant pour le dollar comme moyen de paiement et monnaie de réserve constitue une menace pour un bon fonctionnement du commerce international -tant que ne sera pas créée une monnaie internationale de remplacement.

Ces effets négatifs de la chute du dollar sur les Etats de la CEE et le cours plancher du dollar de février 1978 furent le point de départ de l'initiative prise par Helmut Schmidt de créer un SME, protection contre ces effets, et embryon d'une monnaie européenne de remplacement. 4. Les causes de la chute du dollar

Les spécialistes bourgeois donnent en général deux raisons en ce qui concerne les causes de la crise du dollar : premièrement, le taux d 'inflation élevé des USA, plu s élevé généralement que celu i des autres Etats impérialistes , et , deuxièmement , le déficit de la balance des prestations de services des USA, qui serait lui-même à mettre au compte de l'augmentation des énormes importations américaines de pétrole, ou de l'incapacité des USA à prendre des mesures d'économie . Cette explication en reste au niveau superficiel , en ce qu'elle ne met pas en évidence les causes véritables de cette politique, même si elle en met en lumière les effets.

Le taux d'inflation élevé, et en augmentation croissante, des USA - 6,5% en 1977 et vraisemblablement plus de 8% en 1978 -provient en premier lieu de la tentative entreprise par le gouvernement Carter de réactiver l'économie américaine en créant une augmentation artificielle de la demande (crédits, budget de l'Etat). De fait , cette politique a permis un essor de l'économie américaine- puisque celle-ci a enregistré une hausse effective de 5,6% en 1977, et une hausse analogue en 1978. Le chômage a pû être réduit de 7% à moins de 6 %, et l'afflux massif, sur le marché du travail, d'une main d'œuvre nouvelle, a pû également être résorbé. Et surtout, les profits réalisés par le patronat ont connu un nouvel essor, lequel a duré jusqu'au milieu de l'année 1978.

C'est sur cette toile de fond qu'il faut considérer le récent boom qu'ont connu les exportations des pays impérialistes, et en premier lieu de la CEE et du Japon, sur le marché américain; les exportations

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de la CEE vers les USA ont augmenté de 36% en 1977, tandis que celles du Japon allaient jusqu'à augmenter de 47%.

Les exportations de RFA ont pû augmenter de 26,3% en 1977, et de 12,2% supplémentaires en 1978 -ceci, il convient de le signaler, en dépit de la forte dévaluation du dollar, et donc du renchérissement des exportations impérialistes vers les USA. 5

L'économie américaine est ainsi devenue à son tour le moteur de l'essor économique mondial, pour aussi limité qu'ait été celui-ci. On sait ce qu'a coûté cette politique, due à.l'administration Carter :un taux d'inflation élevé, qui a tout particulièrement augmenté en 1978, entraînant un renchérissement des taux d'intérêt et des crédits, donnant à l'inflation un coup de pouce supplémentaire, et ainsi de suite.

Pour ce qui est du déficit de la balance commerciale et de la balance des prestations de services de l'économie américaine, le rôle des importations de pétrole ne peut être mis en doute. Mais il n'est pas cependant le facteur décisif.

Il convient d'abord de rappeler que, « dans les années 50, aucun impérialiste (ne s'est) plaint du déficit de la balance des paiements des USA ! Car le système de Bretton Woods n'aurait absolument pas pû fonctionner sans ce déficit. L'expansion capitaliste aurait été étouffée par la pénurie de moyens de réglements internationaux.(. .. ) Cette situation ne devint dangereuse que du moment où la baisse du pouvoir d'achat du dollar dépassa celle d'autres monnaies, lorsque les avoirs en dollars du reste du monde augmentèrent dans des proportions énormes, et que , dans le même temps, les réserves d'or des Etats-Unis diminuèrent. » 6 En conséquence, si les concurrents impérialistes des Etats-Unis se lamentent aujourd'hui sur l'« inflation du dollar » et déplorent les déficits américains, il est nécessaire de rappeler ce qu'est le revers de cette médaille : les USA « payent » ces déficits avec des dollars en papier-monnaie, ceux-ci font à leur tour fonction de moyen de réglement international et de base pour l'augmentation de la masse de crédit, qui compte pour beaucoup dans l'essor actuel.

En second lieu, les chiffres bruts du rapport entre importations de pétrole et déficit contredisent le caractère prétendûment indivisible de ce lien :alors que, dans leur balance de prestations de services pour 1975, les USA affichaient encore un solde positif de Il, 7 milliards de dollars, et que leur balance de prestations de services pour 1976 était largement équilibrée, le déficit atteignait rapidement plus de 20 milliards de dollars en 1977, et devrait avoisiner pour 1978 les 25 milliards de dollars. Par contre , la progression des importations américaines de pétrole était beaucoup moins brutale :elles sont pas-

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sées de 18,4 milliards de dollars en 1975 à 25,5 milliards en 1976 et à environ 40 milliards en 1978.

La question fondamentale qui se pose dans ce contexte n'est pas : « pourquoi les Américains ne font-ils pas d'économies d'énergie ? » - ils n'en ont jamais fait et n'ont cependant jamais accusé un tel déficit - mais plutôt celle-ci :pourquoi les USA n'exportent-ils pas dans les mêmes proportions qu'ils importent (pétrole et autres marchandises) ? La réponse à cette question réside uniquement dans un développement de la productivité qui, aux USA, marque le pas face aux concurrents impérialistes, ou, plus crûment, dans la perte par les USA de leur ancienne position de «monopole de la force productive la plus développée » :

« Les taux de croissance de la productivité industrielle (des USA) sont aujourd'hui toujours inférieurs à ceux de leurs principaux concurrents. Si l'on fait exception de l'avance qu'ont conservée les USA dans certains secteurs tels que les gros ordinateurs et 1 'industrie spatiale, ils sont serrés de près dans toutes les branches exportatrices de la production :dans l'industrie automobile, électrique et électronique, dans l'industrie textile et dans la fabrication de tissus synthétiques tout autant que dans la construction navale. Ces dernières années , les USA ont même dû laisser des plumes dans l'industrie nucléaire et l'industrie aéronautique, où ils paraissaient pourtant assurés d'une position de monopole.

« Ces chiffres parlent un langage éloquent ( ... ) Entre 1964 et 1975, l'augmentation de la productivité dans l'industrie de transformation a été de 3% aux USA, tandis qu'elle atteignait 5% en RFA, 6,5% en France et 10,6% au Japon ! » 7

L'explication décisive de ces différences dans l'évolution de la force productrive réside dans la non-concomitance de l'éclatement de la «troisième révolution technologique>>. L'adaptation progressive de la production à des procédés de production semi-automatiques ou entièrement automatisés -commandés électroniquement - permet un bond en avant dans le développement de la force productive. Tant que les USA - favorisés par l'existence d'un vaste marché intérieur, une forte concentration du capital et des charges salariales élevées poussant à l'innovation technologique - conservaient dans ce domaine une petite longueur d'avance, leurs concurrents impérialistes sur les marchés internationaux ne pouvaient constituer pour eux une menace sérieuse -malgré le taux élevé d'évaluation du dollar. Lorsque, vers le milieu des années soixante, et, de manière encore plus accélérée, dans les années soixante-dix, cette révolution s'imposa aussi en Europe occidentale et au Japon, avec l'introduction dans la production des techniques et procédés de fabrication les plus récents, et l'utilisation de plus en plùs massive qui fut faite de ceux-ci, l'avance

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que possédaient les Etats-Unis dans la productivité commença d'être grignotée; les surprofits qu'ils avaient pû enregistrer jusque là sur les marchés mondiaux en raison de ce décalage dans le temps furent petit à petit réduits à zéro; la chute des USA en tant que première puissance commerciale au monde en fut précipitée. 8 Tabl. 1. Part de différents pays impérialistes au commerce mondial,

Men% (total des exportations) 9 année USA RFA Japon France Grande-Bretagne

1937 12,0 6 * 5,0** 5,0 14,0

1950 17,0 4,0 1,5 5,0 12,0

1953 18,0 6,0 1,7 6,0 11,0

1959 16,0 9,0 3,0*** 5,0 10,0

1974 11,9 10,8 6,6 5,6 4 ,7

1977 10,7 11,5 7,2 5,7 5,1

* calculé pour le territoire de l'actuelle RFA. La part de l'ensemble du Deutsche Reich était cette année-là de 9 % ** en 1938 *** en 1958

Les chiffres disponibles à ce jour montrent que, pour la première fois, la RF A a dépassé les USA pour le total des exportations de marchandises, ce fait marquant la chute des USA comme première puissance commerciale au monde - rôle qui était le leur depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale et donc pendant plus de trois décennies. C'est avec des accents chauvinistico-hégémonistes que le BILD am Sonntag, a titré : « Hourrah ! Nous voilà maintenant les premiers ! » pour commenter les tout premiers signes de cette évolution (22.10.1978). 10 5. La ruée sur l'or et les autres métaux précieux

Un phén~mène réapparut en 1978, que beaucoup d'experts bourgeois croyaient définitivement disparu : la classe bourgeoise, qui dispose actuellement d'importantes liquidités et, à cause d'une demande insuffisante, 11 ne trouve pas suffisamment de possibilités

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d'investissement, a de moins en moins confiance dans les monnaiespapier, et se réfugie dans l'or, les diamants et les valeurs réelles. On en arrive ainsi à un processus inversement proportionnel, où le prix de l'or augmente dans les mêmes proportions que chute le dollar. En 19 76, le prix d'une once d'or était encore de 106 dollar; aJJ milieu de 1978, il atteignait, avec 200 dollars, un nouveau cours record. Il en va de même dans le cas de la production diamantaire. Ainsi, les exportations sud-africaines de diamants par exemple pouvaient, dès 1977, atteindre 155 millions de rands, soit une augmentation de 67 % par rapport à l'année précédente; on s'attend même pour 1978 à ce que les exportations atteignent la valeur de 300 millions de rands, soit une nouvelle augmentation de près de 100 % Uournaux « Blick durch die Wirtschaft » du 7.9.1978 et « Wirtschaftswoche » du 4.8.1978).

Ces faits ne font que confirmer l'analyse « orthodoxe » de Karl Marx, selon laquelle la mesure de valeur de toutes les marchandises est le temps de travail réalisé en elles, et, production et consommation ne formant pas une unité dans la production capitaliste, mais étant au contraire séparées, les marchandises demandent un équivalent général du temps de travail réalisé, équivalent qu'elles trouvent dans les métaux précieux. « Le poids spécifique de 1 'or et de l'argent : comparés aux autres métaux, ils ont un poids élevé sous un volume relativement restreint; cette propriété est essentielle dans le monde des valeurs ; une grande valeur (temps de travail) est réalisée sous un volume réduit dans les métaux précieux. Le temps de travail ou valeur d'échange qui est matérialisé en eux représente le poids spécifique des marchandises. C'est ce qui assigne aux métaux précieux leur rôle dans la circulation (car ils permettent d'avoir en poche des sommes importantes de valeurs), ainsi que dans l'accumulation (car on peut mettre en sécurité et amasser de grandes valeurs dans un espace réduit). L'or ne s'altère pas au cours de l'accumulation contrairement au fer, au plomb, etc. Il reste ce qu'il est. (K. Marx, Grundrisse, traduction de Roger Dangeville en 10/ 18)

Il est tout à fait possible, pendant une certaine période - et ceci vaut tout particulièrement pour les deux premières décennies ayant suivi la Seconde Guerre mondiale - que l'or recule toujours plus dans sa fonction de couverture-or de la monnaie. Ceci vaut pour les phases de prospérité capitaliste, à savoir les périodes pendant lesquelles les détenteurs de capitaux n'ont pas à craindre que le processus de production capitaliste entre en crise, que les marchandises produites ne puissent pas réaliser leur valeur et donc que les détenteurs de capitaux ne puissent trouver preneur à leur monnaiepapier. Par contre, dans des périodes de crises graves ou marquées de plus en plus par la perspective d'une crise comme dans la phase

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actuelle, l'or et d'autres réalisations en objets du temps de travail hl)main retrouvent de plus en plus leur fonction première de circulation, d'accumulation et de thésaurisation.

Mais ce processus en cours dans le secteur monétaire - la chute du dollar et la ruée sur l'or et les valeurs réelles- menace également d'étrangler le commerce international. Il en va comme pour l'huile de graissage de quelque gigantesque mécanisme :si l'on met de moins en moins d'huile de graissage, ou si les grandes frictions du mécanisme la portent à ébullition, c'est tout le mécanisme qui menace de s'enrayer, avec toutes ses roues dentelées et ses transmissions. 6. LeSME, projet politique visant à la constitution d'une Europe capitaliste face aux USA et au Japon

Le « paysage » monétaire décrit dans les derniers paragraphes constituait donc la toile de fond sur laquelle s'ouvrit en juillet 1978 le sommet de Brême des neuf chefs d'Etat et de gouvernements européens qui permit à Schmidt de prendre l'initiative en matière européenne. Le Système monétaire européen (SME) dont« le principe » fut retenu lors de ce sommet et qui fut« concrétisé » - c'està-dire vidé de sa substance -pour la fin de 1978, constitue la réponse des états capitalistes d'Europe face à une situation donnée. LeSME se présente comme suit : - Les monnaies des différents états du SME sont liées entre elles; leurs cours respectifs les unes par rapport aux autres auraient dû être« gelés» à la date du 2janvier 1979. - On fixe une marge de fluctuation allant de plus à moins 2,25 %. Si une devise atteint le cours-plafond ou le cours-plancher, les banques centrales sont tenues d'intervenir sur le marché des changes par des achats ou des ventes de la monnaie concernée, soit pour la sou tenir, soit pour relâcher sa pression sur le marché. - Les dévaluations et réévaluations qui pourraient faire suite - en dernier recours - à ces interventions des banques centrales ne pourront se faire qu'en accord avec les autres états du SME. - On crée une « monnaie artificielle » :l'ECU (European Currency Unit). Cette unité de compte servira aux réglements intracommunautaires entre les différentes banques centrales et sera la valeur de référence pour toutes les devises du « panier » monétaire du SME. - Les différents pays participant au SME déposent 20% de leurs réserves de change au Fonds européen de coopération monétaire (FECOM). Ce fonds disposera au début de plus de 60 milliards de DM. Les crédits qu'il accordera pourront être assortis de certaines

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conditions imposées en matière de politique économique - comme cela se passe pour le Fonds monétaire international (FMI).

Les différents élémènts de ce plan n'ont aucun caractère de nouveauté. Certains instruments existent déjà : qu'il s'agisse du fonds monétaire européen, qui voit simplement augmenter le volume de ses dépôts et son impact politique, ou de l'interdépendance des monnaies, déjà effective dans le « petit serpent ».

Il y avait également une Unité de compte européenne (UCE), comparable sur de nombreux points à l'ECU. On reprend aussi en partie des suggestions faites auparavant. L'idée de réserves de change équivalentes pour tous et celle d'une unité de compte européenne vont dans le même sens que l'« Eurofranc » ou la fusion du franc français et de la livre britannique dont il avait été question pendant un temps 12 . L'originalité de ce nouveau projet réside dans son caractère global; d'autre part, le moment choisi pour son lancement est intéressant. Tous les éléments cités proviennent d'un plan d'union économique européenne élaboré en grande partie au cours des années 60; et c'est au plus tard en 1974, que la construction et l'unification européenne semblèrent se retrouver dans une impasse , en particulier avec la crise économique et l'adhésion de la Grande-Bretagne - qui devait nécessairement aggraver les contradictions déjà existantes et favoriser des réponses purement nationales de la part des états. La mise au point du SME, en liaison avec les élections au Parlement européen, venait donc à point nommé pour indiquer que 1979 marquerait un effort et un progrès notoires dans la volonté de créer une Europe capitaliste unie.

Quels sont les intérêts et les raisons qui ont pu pousser Helmut Schmidt et Giscard d'Estaing à proposer leSME, à l'imposer au sein de la Communauté Européenne et à lui donner forme au cours du second semestre de 1978, et ce moyennant de nombreux déplacements et toute une série de contacts bilatéraux et multilatéraux ? • Le projet politique

L'initiative d'Helmut Schmidt s'est d'abord heurtée aux critiques de la grande majorité des milieux capitalistes ouest-allemands, en particulier à celles de la Bundesbank et de son porte-parole le quotidien « Frankfurter Allgemeine Zeitung ». De même les intérêts du capital étranger ne semblent pas forcément compatibles avec le projet de SME défendu par Schmidt. On a tout d'abord eu l'impression que c'était tout à coup le monde à l'envers, que le constructeur du « modèle allemand » (prôné par la devise électorale du SPD en 1976) et l'adepte du pacte atlantique Schmidt était soudain devenu un« Européen» ayant oublié tout intérêt personnel.

En effet, le projet SME de Schmidt es.t incongru par rapport à la

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situation et à la conjoncture actuelles. Mais il correspond tout à fair aux intérêts à moyen terme du capital allemand. On a déjà souligné que la RF A était devenu la première puissance commerciale mondiale . Elle souffre cependant d'un double handicap par rapport à son concurrent direct les USA :elle ne possède pas de marché intérieur important comme les Américains et les exportations jouent un rôle primordial (la part des exportations de la RF A dans son PNB est de 25 %, contre seulement 6 % pour les exportations dans le PNB américain) . Ce double handicap peut devenir un véritable talon d'Achille pour la RFA qui se trouvait encore dans une relative position de force même durant 1a crise économique de 1974/75. Alors qu'en 1974/75, les exportations ouest-allemandes avaient encore nettement rermis de soutenir la conjoncture et de réduire les effets de la crise 1 , la situation risque de se présenter différemment en cas de nouvelle crise : l'apparition simultanée d'une crise économique « nationale », d'une restriction des échanges commerciaux mondiaux et d'un renforcement du protectionnisme y compris au sein de la Communauté, pourraient faire passer la RFA d'une position de « foree relative » à celle d'une « faiblesse absolue ». Schmidt est plus ou moins conscient de cette réalité et ce n'est pas un hasard s'il présente sans relâche « l'économie mondiale » comme son cheval de bataille favori. Seul remède face à cette situation menaçante :la RF A doit s'assurer un marché intérieur stable en Europe Occidentale, zone à l'intérieur de laquelle elle réalise déjà plus de 60% de ses exportations en marchandises et près de 60% de ses exportations de capitaux 14 .

La RFA peut disposer de facilités de cet ordre avec la mise en place du SME ou, de manière plus générale, avec la création progressive d'un Etat national (supranational) unifié à l'échelle de l'Europe occidentale. Au plan économique, la RFA est sûre de pouvoir jouer les premiers rôles dans une Europe occidentale unifiée; au plan politique, c'est seulement lorsqu'elle fait cavalier seul qu'elle doit jouer sur du velours. A partir du moment où elle agit de concert avec la France, les critiques concernant une hégémonie ouest-allemande deviennent dénuées de tout fondement, comme les réactions de la presse l'ont déjà prouvé, en particulier dans Le Monde 15 .

Le projet de Système monétaire européen de Schmidt doit donc être considéré avant tout comme un projet politique - bien plus qu'un projet à caractère économique et conjoncturel - de la RF A (en collaboration avec la France) dont l'objectif est l'accélération du processus d'unification de l'Europe, d'une Europe occidentale où déux états capitalistes en tout et pour tout, à savoir la RFA et la France auront leur mot à dire au plan politique et détiendront le pouvoir économique décisif.

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• La politique monétaire comme instrument de coordination des politiques économiques

Un second objectif du SME vu par la RF A consiste à faire pression par le biais du SME sur les autres états de la CEE afin qu'ils coordonnent plus largement leurs politiques économiques respectives au sein de la CEE et qu'ils freinent les tendances inflationnistes par une politique de stabilité. Il s'agit de tendre une perche en particulier aux gouvernements italien et britannique en les invitant à faire preuve de plus de fermeté et gérer la crise sur le dos des travailleurs, ce qui irait d'ailleurs tout à fait dans le sens du gouvernement italien (voir le dernier passage de cet article). • Le SME comme instrument de stabilisation de la politique monétaire

La construction du SME part - plus ou moins à juste titre - du principe qu'une interdépendance de toutes les monnaies ouest-européennes permet de constituer un rempart plus solide contre la chute du dollar et l'inflation qui s'ensuit, que si chaque monnaie reste isolée en risquant de devenir la cible choisie par les spéculateurs. Dans ce sens, ce seraient surtout à nouveau les monnaies européennes les plus fortes qui seraient les bénéficiaires du système puisqu 'elles sont les plus menacées par la spéculation. L'écart existant entre le dollar en baisse et le taux de la nouvelle unité européenne ECU qui englobe l'ensemble des monnaies européennes sera donc plus faible que celui qui existerait entre les devises fortes de la CEE comme le DM et, dans une moindre mesure, le franc d'une part et le dollar d'autre part 16 . Mais celà signifie également que le SME est : - Un moyen pour la CEE d 'assurer ses exportations

La chute du dollar fait peser une très forte menace sur les exportations de la CEE vers les USA. Le fait que les exportations allemandes et communautaires vers les USA n'aient pas encore connu de difficultés notoires - malgré la dévaluation considérable du dollar - ne contredit en rien cette affirmation. Cette situation est dûe en premier lieu à la relance économique aux USA. Et ceci recoupe également l'explication principale que nous donnons pour la faiblesse du dollar, à savoir la croissance et le développement beaucoup plus lents de la force productive des USA par rapport à celle de la CEE.

Si à la suite de la création d'une alliance monétaire européenne, le taux de réévaluation des monnaies des grands pays exportateurs de la CEE comme la RF A et la France est moins élevé que sans une telle alliance, cette différence permet aux puissances en question d'augmenter d'autant leurs chances d'exporter -dans la mesure où les conditions de départ sont inchangées.

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- Un frein pour les exportations de capitaux de la CEE vers les USA.

Interdépendance accrue des capitaux au sein de la CEE

Le SME constitue également une opération prudente visant à freiner les exportations de plus en plus importantes de capitaux communautaires vers les USA, phénomène particulièrement marquant au cours des cinq dernières années pour la RFA. Le circuit des exportations de capital est donc réorienté au profit des pays de la CEE eux-mêmes. Cette conséquence de l'instauration du SME ne va pas forcément directement dans le sens souhaité par les grands trusts ou par les grandes banques. Mais si le SME ouvre de nouvelles perspectives de placement au plan européen, il ne va pas non plus contre l'intérêt des milieux cités. Ce facteur favorise surtout un renforcement de l'« européanisation» du capital. Plus les capitaux des différents états nationaux d'Europe occidentale s'interpénètrent, et plus les intérêts matériels se font pressants qui plaident en faveur d'une« unification» de l'Europe occidentale 17 . 7. Juillet 1978 à février 1979 : le désordre monétaire s'accentue.

Menace d'une récession économique américaine

La raison officielle qui fut invoquée pour l'ajournement de la mise en place du SME prévue pour le 2 janvier 1979 fut la position de la France par rapport à la politique agricole commune. Mais ceci n'était qu'un prétexte. Plus important était à notre avis le fait que, depuis l'élaboration du SME, les conditions qui devaient permettre sa réalisation, s'étaient passablement dégradées : les tendance~ inflationnistes - partout dans le monde et également aux USA -s'affirmant, l'économie impérialiste mondiale est à nouveau parvenue au point où une politique de restriction et une nouvelle récession économique mondiale sont à l'ordre du jour. Le dollar poursuit sa chute libre et même au sein de la CEE on assiste à des évolutions divergentes au lieu des convergences attendues.

Le Fonds monétaire international (FMI) contribue à gonfler encore un peu plus le volume des crédits disponibles sur le marché mondial. Il a décidé fin septembre 1978 de relever de 50% ses programmes de crédit (pour les cinq prochaines années) pour ses 13 5 différents pays membres. Ajouté à l'augmentation des quote-parts de 1977, ce relèvement permet de doubler la masse financière du fonds (qui passe à 58,5 milliards de droits de tirage spéciaux DTS ou 146 milliards de D-Marks). Cet accroissement considérable -auquel le gouvernement ouest-allemand et d'autres étaient opposés - sera accompagné d'une nouvelle tendance à l'extension du crédit international et, par là même, de nouvelles poussées inflationnistes.

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Le FMI tente évidemment par ce biais de revaloriser son rôle _e n matière de délivrance de crédits face aux grandes banques et aux «pétro-dollars», et essaie de subordonner l'octroi de prêts internationaux à des mesures de politique économique plus rigoureuses (dans le sens de la stabilité) 18 . Vue dans sa globalité, cette .mesure du FMI retient surtout l'attention par le fait qu'elle permeftra une nouvelle expansion du crédit au plan international. C'est à dire que cette mesure monétaire peut devenir une source supplémentaire et dangereuse de conflits dans la perspective d'une nouvelle récession 19 .

Cette évolution n'est pas uniquement le fait du FMI, elle correspond à une tendance générale dans la plupart des pays impérialistes, les Etats-Unis donnant le ton: depuis le début de 1977, le volume du crédit aux USA a augmenté de 14% par an, tandis que la production industrielle ne croissait que de 5,5 %. Les études prospectives les plus récentes sur l'évolution de l'inflation parlent de 9,5% à 10%pour 1979.

Après l'annonce de la création du SME, le dollar a poursuivi sa chute libre jusqu'en octobre 1978. « Le sommet de Bonn n'a pas réussi au dollar » écrivait le Franfurter Allgemeine Zeitung en septembre; et on lisait deux mois plus tard : « Sur les marchés des devises, c'est la panique» ( 1.11.1978). En effet, le 31 octobre 1978, le dollar avait dégringolé jusqu'à un taux minimum record de 1,728 DM.

On est en droit de penser que l'annonce de la création du SME a provoqué une certaine spéculation sur le dollar, dans l'espoir d'éventuelles réévaluations des monnaies de la CEE par rapport au dollar avant la mise en place effective du nouveau système. En fait, les véritables raisons de cette nouvelle chute du dollar sont à rechercher dans l'évolution divergente de la force productive évoquée au paragraphe 4 .

Alors que précéçlemment, le président Carter s'é tait contenté de faire quelques déclarations creuses face à la dégringolade du dollar, il s'est vu contraint le 2 novembre d'annoncer un important programme de soutien pour le ollar : une somme de 30 milliards de dollars composée pour 6 milliards de crédits ouest-allemands, pour 5 milliards de crédits japonais et pour 4 milliards de crédits suisses était désormais disponible pour venir en aide au dollar. Les USA annonçaient en même temps une politique de crédit plus rigoureuse (relèvement du taux d'escompte de 8,5 à 9,5 %; gel de 3 milliards de dollars environ par une augmentation des dépôts de réserve minimum).

En réalité , ces mesures qui avaient été accueillies très favorablement par les autres pays impérialistes et qui semblaient promises à quelque succès , n'ont pas apporté d'amélioration notoire . A peine

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deux mois plus tard, fin décembre 1978, de nouvelles intervention~ de soutien des banques centrales s'avéraient nécessaires. Au début · de février 1979, le dollar oscillait entre 1,80 et 1,90 DM. Comme nous l'avons déjà évoqué il y a eu parallèlement à partir de la mi-janvier une « hausse Khomeiny » sur les marchés de métaux précieux (or, argent, platine). Le 6 février, l'or a atteint à nouveau un prix record avec plus de 250 dollars pour l'once d'or fin . Les agents de change américains de chez Merrill Lynch prévoient pour 1979 un abandon des achats de devises au profit de l'or qui pourrait monter à 300 dollars d'once. Cela signifie que la ruée sur les valeurs-réelles et l'or ou les autres métaux précieux s'est poursuivie, après un bref laps de temps, en tant qu'incarnation du temps de travail humain général; les effets négatifs et les dangers pour le commerce mondial et le système monétaire international, qui s'y rattachaient, réapparaissent au premier plan 20 .

En fait, il semblerait que la « confiance » dans la monnaie américaine ne puisse être rétablie qu'à partir du moment où le gouvernement américain décide de manière claire d'accepter une nouvelle crise - comme l'a dit le chef de la banque centrale Miller (voir ci-dessus) . On se retrouve donc dans une situation qui, si elle est évidemment absurde vue sous l'angle de la production sociale (étant donné qu e la crise impliqu e une destruction massive de biens sociaux et des su ppressions d'emploi), est tout à fait logique du point de vue capitaliste (car cette destruction même permet de stabiliser les profits, de relancer les investissements destinés à la rationalisation et donc d'augmenter la force productive) . 8. Divergences au sein de la CEE :

va-t'on vers une communauté de l'inflation?

Enfin on a assisté au sein même de l'Europe capitaliste à des évolutions divergentes qui ont porté un rude coup au projet de SME.

Un premier événement vint assombrir l'horizon monétaire en octobre 1978, lorsqu'il fallut réévaluer le DM par rapport aux autres devises des pays du « serpent» (Danemark, Norvège, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) et à l'Autriche, de 3% en moyenne (ce qui équivalait également à dévaluer les autres devises de 3 %). En effet la Deutsche Bundesbank avait dû au cours des semaines précédentes dépenser 10 milliards de DM pour soutenir le cours des autres monnaies du «serpent» (c'est à dire acheter des florins, des francs belges, des couronnes danoises et norvégiennes à concurrence de cette somme). Etant donné que la Bundesbank était en droit de redouter

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un gonflement de la masse monétaire en RFA même avec ces 10 milliards de DM supplémentaires et par là même une relance de l'inflation - c'est à dire que le taux d'inflation peu élevé et soigneusement surveillé de moins de 3 % risquait de grimper - elle était contrainte de prendre par rapport à son économie nationale le même type de mesures que Carter en novembre :elle décidait d'augmenter les réserves minimum de 9 %, c'est à dire qu'elle réduisait à nouveau le volume de crédit de la RFA. La Deutsche Bundesbank a tenu à souligner qu'il s'agissait de «mesures prudentes d'assainissement » (après la réévaluation et l'afflux de devises précédant); elle ajoutait qu'il « n'était absolument pas question de modifier notre politique de crédit», c'est à dire que cette démarche n'avait pas d'effet restrictif et ne devait pas servir à freiner la conjoncture (Frankfurter Rundschau du 20.1 0.78).

Les craintes exprimées dans ce contexte, et ce à juste titre , étaient les suivantes : si même dans le cadre du « petit serpent » on assiste déjà à de telles perturbations monétaires - alors qu'il y a redémarrage de l'économie ! - et si la Deutsche Bundesbank est obligée d'intervenir sur une aussi large échelle, bien que les pays concernés pratiquent une politique économique relativement proche de celle de la RFA, qu'adviendra-t-il à la Deutsche Bundesbank et au DM, et éventuellement même à d'autres devises « fortes» , une fois le SME mis en place ? 21

Les divergences les plus graves au sein de la CEE qui constituent aussi un obstacle pour la mise en place du SME, se situent principalement au niveau de la différence dans les taux d'inflation ainsi que dans l'évolution non concomitante de la force productive et de la production des différents états de la CEE .

C'est dans ce contexte qu'il convient d'apprécier les réserves formulées en RF A, principalement par la Deutsche Bundesbank, à l'égard du SME. Ces réserves se résument ainsi :

1. Le SME aboutit à la création d'une « communauté inflationniste» en Europe occidentale. Si la Bundesbank est dans l'obligation d'intervenir à chaque fois que d'autres monnaies (faibles) atteignent la limite inférieure (calculée au plus juste) de la marge de fluctuation admise, cela revient à importer le taux d'inflation plus élevé que connaissent d'autres pays.

2. Une grande part des réserves monétaires du gouvernement fédéral doit être mise à la disposition du Fonds monétaire européen. La République fédérale n'a plus alors la disposition exclusive de ces réserves, et peut être obligée à les engager dans une politique de crédit qui n'a pas son assentiment.

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3. La Bundesbank est ainsi de moins en moins en mesure de mener une politique de stabilité, et dépend toujours plus de l'évolution du SME, sur lequel elle n'exerce aucune influence directe.

Manifestement, le plus grave reproche adressé ici au SME est qu'il puisse aboutir à la formation d'une communauté inflationniste. Le tableau suivant montre en effet combien sont importantes les différences entre les taux d'inflation des différents Etats-membres de la CEE. Tabl. 2. Taux d'inflation dans la CEE 22 pays taux d'inflation période de référence (coût de la vie) (toujours par rapport en% à l'année précédente) RFA 2,4 décembre 78 Pays-Bas 4,0 octobre 78 Belgique 3 ,8 octobre 78 Grande-Bretagne 8,4 décembre 78 France 9,7 décembre 78 Danemark 9,1 septembre 7 8 Italie 1 1 ,9 décembre 78

Les perspectives ouvertes par l'évolution de l'inflation dans les pays de la CEE confirment l'imminence de nouvelles hausses des taux d'inflation . Certes , ceci n'implique pas un élargissement de la fourchette entre les différents taux d'inflation - après tout , avec un écartement allant de 2,4 % à près de 12%, soit cinq fois plus, elle est déjà suffisamment large. Mais l'élévation homogène des taux d'inflation amènera des problèmes supplémentaires, le taux d'inflation pouvant mettre en marche , lorsqu'il a atteint un certain point - comme en Italie - un processus ·pratiquement incontrôlable, et mettre ainsi un «Système Monétaire Européen » à l'épreuve d'une rupture possible 23 :

Pour ce qui est du deuxième point de cette critique, il est un fait que la RFA dispose aujourd'hui d'une part qui est de loin la plus

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importante des réserves en devises de la CEE- et que sa contribution au SME devrait se situer dans des proportions analogues.

Il faut mettre ensemble la Grande-Bretagne, l'Italie et la France pour arriver au niveau des réserves de devises de la RFA. Dans l'actuel modèle du SME, la RF A devrait apporter à ce fonds près de 10 milliards de dollars, ou 20 milliards de marks. Il n'est pas douteux que la RFA, et plus particulièrement la Bundesbank, soit capable de supporter sans trop de mal ce poids financier, et cela d'autant plus que son influence sur ce fonds sera sans nu doute très importante. Il semble que ce soit plutôt une « question de principe», le souci de ne pas « laisser mûrir ce problème », qui fonde ici les critiques adressées au SME. Tabl. 3. Réserves en devises de la CEE (milieu 1978) 24 .

pays en milliards de dollars en% RFA 40,7 mrd. 40,1 Grande-Bretagne 17,3 17,6 1 talie 13,2 13,2 France 11,6 11,4 Pays-Bas 8,0 7,9 Belgique/Luxembourg 5,9 5,8 Danemark 2,7 2,7 Irlande 2,0 2,0 total 101,4 100,0

On considère les réserves de devises comme un trésor national pour les périodes de vaches maigres - une preuve supplémentaire de la persistance d'une dominante nationale, voire nationaliste, dans les systèmes de pensée.

Avec la troisième critique formulée du côté ouest-allemand, on touche à nouveau à une question plus sérieuse (liée d'ailleurs étroitement au premier point). Si l'on n'arrive pas à faire que la CEE

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devienne un Etat, une nation (ce qu'actuellement personne n'envisage sérieusement pour les trois ans à venir), c'est-à-dire si les différences entre les taux d'inflation restent aussi importantes qu'elles le sont aujourd'hui (différences fondées dans une croissance économique et une politique économique différentes selon chaque Etat) , la Deutsche Bank, qui représente la plus forte monnaie de SME, aura un rôle-clé dans l'harmonisation du système SME. La politique qu'elle se verrait alors probablement imposer par leSME, consistant en des achats de devises étrangères et ainsi en un gonflement de la masse monétaire en D-marks, pourrait alors se trouver en contradiction directe avec une politique économique « nationale » (politique de stabilité).

De toute évidence, les auteurs du modèle SME ne s'attendaient pas à ce que cette critique se manifeste avec une telle virulence; il semble surtout que l'on n'ait pas tenu compte des vérités qui se cachaient derrière cette critique. Ainsi, de juillet 1978 à la fin de la même année, le modèle SME originel a subi un nombre assez important de transformations, qui avaient toutes en commun de prévenir cette critique : les « marges de fluctuation » furent élargies (passant des 1 % d'origine à 2,5 % par la suite, soit au total, ces 2,5 %étant aussi bien un plancher qu 'un plafond, 5 % de fluctuation possible du cours sans qu'interviennent les banques centrales); pour certains pays, telle l'Italie , on a eu recours à des solutions d'exception (une fluctuation encore plus importante des cours sans intervention des banques centrales), tandis que d'autres se les voyaient proposer (Grande-Bretagne); on s'est mis finalement d'accord sur une solution dans laquelle la Grande-Bretagne ne participerait pas au SME et suivrait toute l'affaire du banc de touche. En outre, on a réduit le poids politique et économique du Fonds européen prévu, ce qui revenait une nouvelle fois à accorder une importance accrue aux banques centrales nationales -et à la politique économique nationale.

Ce rafistolage entrepris au cours du deuxième semestre 1978 a montré que le modèle SME ne pouvait cacher les contradictions internes de la CEE, contradictions qui ont éclaté au grand jour alors même que ce concept n'existait encore que sur le papier. Enfin, il est apparu que ces tentatives elles-mêmes ne suffisaient pas à permettre que le SME puisse réellement entrer en vigueur à la date du 2janvier 1979. 9. LeSME comme instrument de la lutte des classes

Si l'on part . d'une analyse matérialiste, on retrouve derrière le modèle, apparemment « abstrait » et « sans intérêt » pour le mou-

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vement ouvrier, d'une monnaie européenne et d'un fonds monétaire européen, les lois de la concurrence capitaliste et de la lutte des classes - avec des conséquences négatives pour le mouvement ouvrier : - de la même manière que les mouvements monétaires sont le résultat d'inégalités dans l'évolution capitaliste, le nouveau modèle monétaire accentuera ces inégalités d'évolution. La concurrence intra-impérialiste - non seulement entre les USA et la CEE, mais aussi au sein même de la CEE ! -va aller s'accentuant, et exercer une nouvelle pression d'autant plus forte, visant, par une attaque en règle contre la classe ouvrière, à déserrer l'étau qui amenuise profits et marchés. L'« ouverture » de la CEE à de nouveaux pays (Grèce, Portugal, Espagne) , annoncée en juillet 1978 lors de la conférence au sommet de la CEE à Brême, revient en fait à une tentative d'élargissement de l'« arrière-cour » de la CEE, particulièrement sous-développée et exploitée (et représentée jusque là par l'Irlande et l'Italie méridionale) .

Le Fond monétaire européen (FECOM) remplit lui-même une importante fonction dans la politique de classes : l'octroi implicite de crédits à certains Etats-membres, lorsqu'il a atteint une certaine somme, doit être assorti d'obligations de nature politico-économique (comme dans le cas du Fonds monétaire international). Il s'agit en somme de faire d'une pierre deux coups : d'une part, la « communau té » (impérialiste) fait en sorte, en leur imposant un cours de stabilité (attaques contre le niveau de vie de la classe ouvrière, accroissement du chômage par suite de la « modernisation » de l'économie, etc.), de « stabiliser» les pays « faibles » (qui sont en général ceux où la classe ouvrière est aussi la plus combattive). D'autre part, cette « matraque » employée par la CEE au service de la politique de classes facilite aux gouvernements de ces pays « faibles » la mise en application d'une telle politique, avec l'aval des syndicats : les gouvernements en question ne peuvent être tenus pour directement responsables ... Les mécontents ne peuvent s'en prendre qu'à une institution appelée« Communauté européenne», largement impersonnelle ... Les exemples de l'Italie, où la CEE, non sans un certain succès, a assorti un tel prêt d'obligations politico-économiques, et de la Grande-Bretagne, où l'octroi d'un crédit du Fonds Monétaire International a donné lieu au même procédé, sont particulièrement significatifs de cet état de choses.

Enfin, le SME et les autres modèles d'unification de la CEE, pour peu qu'ils passent dans les faits, sont synonymes du renforcement des puissances impérialistes de la CEE, et de la bourgeoisie européenne. Un tel processus permet surtout aux plus stables parmi les Etats impérialistes, et en premier lieu à la RF A, de raffermir leur

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position et de s'adjuger ainsi , de plus en plus, le rôle de gardiens de la politique de classe en Europe occidentale . Tout ceci signifie en dernier ressort un affaiblissement du mouvement ouvrier européen et suscite la menace d'une bourgeoisie qui avancerait d'un pas sur la voie de la réalisation de son objectif :répondre, par une attaque en règle contre le mouvement ouvrier, aux graves crises qui se préparent. 1 O. SME et parlement européen - un projet chancelant

Jusqu'à présent. Le SME n'est pas entré en vigueur. Les négociations sur les montants compensatoires agricoles, de l'issue desquelles la France, initiatrice du projet, fait dépendre sa participation -et le couple France-RFA est la véritable armature du SME- ont débuté en février 1979. Il n'a encore été fait état d'aucune supposition quant à l'éventualité d'un échec du projet dans son ensemble -trop de prestige politique , dans le cas en particulier du gouvernement de Giscard d'Estaing, est ici en jeu. Il apparaît plus vraisemblable que, après quelques affrontements pour la forme et compromis divers, on s'entendra sur un report de la date de mise en route du SME. Mais n'excluons pas entièrement la possibilité d'un échec complets'il est un lieu où le repli sur des positions nationalistes et les revirements politiques - relativement - irrationnels sont toujours de mise, c'est bien dans la politique façon CEE. 25

Nous ne considérons pas comme prioritaire le fait de savoir si le SME entrera en vigueur et, dans le cas d'une réponse affirmative, à quelle date. Une seule chose est sûre : plus on diffère la mise en route du SME, plus se multiplient les atermoiements de certains Etats de la CEE, et plus sera difficile cette mise en route, ainsi qu 'un fonctionnement tant soit peu satisfaisant de ce système. En effet, les événements sur le front monétaire, la perspective d'u ne nouvelle récession américaine - pouvant entraîner une nouvelle récession internationale -, et le développement des divergences au sein même de l'Europe, tout cela diminue objectivement les possibilités d'une politique d'unification de la CEE, les bâtisseurs et les mentors du SME étant désormais gravement pressés par le temps. S'il est une chose évidente, c'est bien qu 'une unification de la politiqu e monétaire en Europe occidentale ne peut guère aboutir ni durer lorsqu e la récession économique montre le bout de son nez , et moins encore pendant la crise elle-même. La crise de 1974/75 et l'expérience du « grand serpent » l'ont démontré . Enfin , il est permis entre temps de tenir pour sûr le fait que le SME, même s'il devait entrer dès aujourd'hui dans les faits, ne constituerait pas une véritable percée dans le processus d'unification de la CEE et serait donc im-

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propre à faire de la CEE le rempart tant désiré contre les USA et le Japon, dans la concurrence que se livrent entre eux les Etats impérialistes. Les partisans du SME ont mis trop d'eau dans leur vin depuis juillet 1978 pour que le SME puisse encore remplir cette fonction ; et, depuis cette date , la CEE a été le théâtre connu de trop d'évolutions, trop importantes et trop visiblement divergentes. Entre temps, il est un «semblant de fonction que l'on ne peut contester au SME : telle une courroie de transmission, ce modèle transmettra des taux d'inflation élevés et très élevés à des pays où ceux-ci sont plus bas, et en premier lieu à la RFA :en 1979, à une époque où l'on s'attend généralement à une poursuite de l'accroissement des taux d'inflation, la création de taux de change fixes à l'intérieur de la CEE, assortie de l'obligation faite aux banques centrales d'intervenir, ne peut guère avoir d'autre effet - à moins que l'on ne s'accomode d'une succession relativement rapide de réévaluations et de dévaluations, ce qui cependant rendrait absurde, en fin de compte, le SME.

Toutefois, l'aspect décisif est celui-ci : le SME met la charrue avant les bœufs. Au lieu de créer d'abord les instruments d'une politique économique commune, ce qui revient finalement à créer un gouvernement ouest-européen et un Etat ouest-européen, le SME doit uniquement rendre possible une coordination de la politique monétaire de la CEE. A plus ou moins brève échéance, le projet du SME s'expose ainsi au problème de fond , problème auquel les Etats capitalistes d'Europe occidentale, avant même que ne sèche l'encre au bas du Traité de Rome (concernant le Marché commun), étaient déjà confrontés :l'unification de la CEE est du ressort des différents Etats/nations de la CEE et implique le dépassement de la CEE vers un Etat/nation européen; c'est à ce prix qu'elle a des chances d'aboutir et de réaliser son objectif : tenir tête à la puissance économique conjuguée des USA et du « défi japonais ».

Winfried Wolf 18 février 1979 (Traduction de Josiane Mély et Patrick Démerin ) NOTES 1. Lorsque, le 19 décembre 1971, le do.llar fut massivement dévalué par rapport aux autres pays impérialistes et à l'or - de 13 % par rapport au mark - et que fu t mis là provisoirement un point final à l'effondrement du système monétaire international de Bretton

Woods, le président américain Richard Nixon présenta ce compromis, désastreux pour les USA et de courte durée pour tou s, comme « l'accord mo nétaire le plus significatif qui ait été signé dans l'histoire universelle » (Frankfurter Rund schau du 20.12. 71; vo ir dans un contexte plus général : Ernest Mandel, der Sturz des Dollars, Olle & Wolter,

Berlin 1973, en particulier p. 102 et suiv. 2. De même qu 'il ne fa it guère de doute que la capital ouest-allemand doit craindre en premie~ lieu d'importer, avec le SME, les taux élevés d'inflatio n que connaissent la

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Grande-Bretagne, l'Italie ou la France, de même il n'est guère douteux que le « bacille de la lutte des classes » menacera également le capital ouest-allemand. En regard des récents événements, il est toutefois intéressant de constater que la grève de 1978/79 dans la sidérurgie ouest-allemande a pour la première fois enfreint cette règles :la revendication de la semaine de 35 heures et le combat pour celle-ci ont porté la classe ouvrière de RFA à la pointe des luttes de classes qui ont lieu dans ce domaine en Europe occidentale. Il est prouvé que cette lutte a eu des incidences sur les discussions et les luttes de la classe ouvrière d'autres pays - ainsi, par exemple, a-t-elle fait avancer la lutte des sidérurgistes français. 3. On notera dans ce con tex te l'offensive-surprise de l'industrie au toma bile américaine sur le marché de la CEE. On en est arrivé à une situation grotesque où l'on voit les grosses conduites intérieures américaines de General Motors, Ford et bientôt Chrysler, toutes spécialement adaptées aux marchés de la CEE et de la RFA, exportées en Europe occidentale , où elles entrent en une concurrence effrénée avec les meilleurs productions de leurs propres filiales, Adam Ope! AG., Ford et Chrysler-Simca (Matra-Sunbearn). 4 . Ceci concerne également, tout au moin s en partie, les détenteurs privés d'importants avoirs en dollars. « Les détenteurs d'importants avoirs en dollars-papier acceptent de perdre chaque année un peu de leur capital ( ... ), car ils subiraient des pertes encore plus importantes s'ils se débarrassaient d'un coup de leurs dollars : le marché des changes réagit en effet à toute vente massive par des baisses très importantes. »

E. Mandel, Perspektiven der internationalen kapitalistischen Wirtschaft (Perspective s de l'économie capitaliste internationale), in : lnprekor, numéro spécial-économie 96 du 1.2.1979). 5. La part des exportations de la RFA vers les USA par rapport à l'ensemble des expor-

Stations de la RFA se situe donc ici encore à près de 7 %. En 1971 , elle était de 9,7 % et elle fu t ensuite réduite presque de moitié jusqu 'en 1976 par la crise économique mondiale - elle se situait à 5% pendant le premier semestre 1976. Voir ici : Ernest

Mandel/Winfried Wolf, Ende der Krise oder Krise ohne Ende (Fin de la crise ou crise sans fin) , Wagenbach , Berlin 1977, p . 156 ss. Les chiffre s de 1977/78 proviennent des rapports mensuels de la Deutsche Bundesbank. Voir pour de plus amples développements sur la situation de l'économie américaine fin 1978 : E. Mandei ,Perspektiven ... , op. cit.

Il est grotesque d'affirmer, comme le fait , dans son n.142 du 13.11.78, le « Arbeiterkampf », organe du Kommunistischer Bund, dans une longue analyse de la chute du dollar et du SME, que « la situation de l'impérialisme US était caractérisée ces dernières années par une crise grave et persistante (!). Le fort taux de chômage et la croissance du taux d'inflation ont détérioré la condition de la classe ouvrière( ... ) Un recul de la production(?) et un abaissement du profit(!?) des entreprises, en particulier dans l'exportation, en furent une conséquence. » (En corrélation avec cette présentation simpliste des faits, l'article reprend aussi le cliché selon lequel les causes du déficit de la balance commerciale seraient à rechercher dans le seul« accroissement des importations de pétrole du Proche-Orient»).

Ce genre de raisonnement équivaut à mettre sur le même plan la« crise capitaliste » et la « condition de la classe ouvrière » et met ainsi sous le tapis, voire bagatellise le caractère véritable du mode de production capitaliste et le fait que le profit est son but exclusif. 6. Ernest Mandel, der Sturz des Dollars (24.8. 71), op. cit. p. 103. 7. E. Mandel, Der freie Fall des Dolltzrs (La chute libre du dollar), in Inprecor/Intercontinental Press n.26 du 14.4.1978. 8. Pour la non-concommitence de l'évolution technologique, on se reportera pour plus

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de précisions à : Peter Bartelheimer/Winfried Wolf, Neue Techno/ogien und BRDKapiJal (Nouvelles technologies et capital ouest-allemand), in Die Internationale n. 14/15, p. 7;en particulier les pages 50 et suiv. 9. Sources et calculs d'après : J. Kuczynski, die Geschichte der Lage der Arbeiterklasse

(Histoire de la condition ouvrière), Berlin 1963, vol. 7a, p.264 et 527;Etudes statistiques annuelles de RFA 1959, {p.58), 1975 (p.639) et 1978 (p.648). 10. Selon le National 1nstitute Economie Review de nov. 1978, les exportations de la

RFA pour le second quartai 1978 se placent, avec 34,8 mrds. de dollars, avant celles des USA (33,7 mrds. dollars); pour le premier semestre 1978,la RFA a exporté pour 6 7,2 mrds de dollars et les USA pour 64,8 mrds. de dollars. La différence dans l'évolution (réelle) du volume des exportations provient du fait qu'une grande part de la progression nominale des exportations de la RF A est due à la dévaluation du dollar. Il faut rappeler par ailleurs que, pour ce qui est du marché international d'exportation des produits de l'industrie de transformation, la RFA mit, dès 1970, un terme à l'hégémonie des USA; fin 1978, la part de la RFA est ici de près de 21 %, alors que celle des Etats-Unis est de 15,5 %. En un certain sens, ces chiffres en disent plus long sur l'évolution de la force productive dans l'industrie que ceux du total des exportations c'est-à-dire comprenant également les exportations de matières premières et de produits agricoles). Pour les chiffres, se référer à : E. Mandel, Die Perspektiven ... , op. cit. 11. La Wirtschaftswoche a fait de ce sujet son titre principal dans son numéro du 29.1.1979.

On y mentionne, pour le trust Siemens, le chiffre de 9 mrd. de marks en argent liquide et, pour volkswagen, celui de 6 mrd. de marks. Signalons que les trusts sidérurgiques de RFA sont eux aussi dans une situation analogue, eux qui, tout au moins jusqu'à la grève des sidérurgistes, prétendaient être au plus bas de la crise. (W. Wolf, Flaute bei Stahl ? (Stagnation dans l'acier?), in : was tun n.246 du 25.1.1979; voir aussi : Wirtschaftswoche n. 7 du 12.2.1979). 12. Voir Mandel, Der Sturz des Dollars (la chute du dollar) p.l4l. Détails sur leSME dans« Was Tun » 243 du 1.5.79. 13. Voir Mandel-Wolf, Ende der Krise oder Krise ohne Ende? (Fin de la crise ou crise sans fin?) Berlin-Ouest, Wagenbach Verlag pp.141 14. En 1975, à 43 % des exportations de la RFA et 35,4 % de ses investissements à l'étranger ont été réalisés à l'intérieur de la CEE. Si l'on y ajoute les pays de l'AELE, et les pays proches de la CEE comme la Turquie, la Grèce et l'Espagne, - ce qui est tout à fait logique dans le cadre d'une analyse matérialiste étant donné le degré d'interdépendance économique et les accords existants avec la CEE -,on constate que : 62,1% des exportations de marchandises de la RFA restent dans cette zone européenne élargie tandis que la CEE y réalise 58,6% de ses investissements directs. Mandel et Wolf, ibid. p. 158. 15. Voir le Monde du 9.10.1978. 16. Il est évident que les objectifs poursuivis dans ce contexte ne sont pas seulement avantageux et actuels pour les seuls Etats de la CEE. Par exemple, le Japon a l'intention lors de la prochaine réunion au sommet des « Sept » (à savoir les puissances impérialistes les plus importantes) à Tokio en juin prochain de proposer un« serpent » pour toutes les devises impérialistes les plus importantes. Les USA ont déjà donné leur accord de principe pour ce projet, mais pensent que l'heure n'est pas encore venue» et qu'il est d'abord nécessaire d'harmoniser les taux d'inflation jusqu'à présent différents des pays concernés. (Le Japon veut aussi un serpent pour le yen, article du FAZ Frankfurter Allgemeine Zeitung du 12.2.1979.) 17. Les cinq aspects du SME mentionnés ici sont aussi les plus importants. Un autre aspect, aujourd'hui secondaire, réside dans la tentative de se protéger des exigences formulées par les Etats-Unis à l'endroit de la RFA : à l'époque des préparatifs pour leSME de

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juin/juillet 1978, les USA lancèrent des attaques massives contre le gouvernement Schmidt, lui reprochant -:- au contraire des USA - de. ne pas jeter tout son poids économique dans la balance afin de relancer l'économie mondiale, et lui reprochant donc de mener une politique de stabilité par trop restrictive. Cette exigence était bien entendu partagé par les Etats faibles de la CEE. Le concept du SME développé au sommet communautaire de Brême aboutit lors de la conférence internationale au sommet qui eut lieu ensuite à Bonn , à la création d'une phalange unitaire des Etats-membres de la CEE, ce qui mit le gouvernement américain dans l'incapacité d'assurer le succès des revendications qu'il liait à cette critique. Indiquons pour finir que certains secteurs de la CEE ont un tout particulièrement intérêt à ce que se réalise une alliance monétaire dans le cadre de la CEE. Ainsi l'association française de l'industrie chimique déplorait-elle au début février que, « dans la chimie européenne, l'importation de matières premières et d'énergie, de même que l'exportation de produits finis aient lieu principalement sur la base du dollar et soient par là même dépendantes fluctuations importantes et rapides de la monnaie américaine. « Nous ne pouvons donc qu'appeler de nos vœux la création d'une véritable monnaie européenne», précise la fédération française de la chimie » (d'après : Blick durch die Wirtschaft du 9.2.1979). ouest-européens ou aux multinationales dont les activités se concentrent plus particulièrement en Europe : les turbulences que cannait actuellement le secteur monétaire leur posent un certain nombre de problèmes qu'une entente monétaire européenne permettrait de supprimer, ou tout au moins de réduire. Aussi les multinationales placent-elles leurs liquidités en différentes monnaies et selon des poids différents, afin d'être assurées en cas de dévaluation. Pour la même raison, c'est aussi en différentes monnaie s que l'on ouvre des crédits. L'ancien directeur général de l'Institut de Crédit suisse, Heinz R. Wuffli, a établi pour les banques de « nouvelles règles dans les relations avec les multinationales», dans lesquelles, ce référant à cette situation. il constate qu'« il devient désormais de plus en plus difficile pour les banques d'évaluer la solvabilité de leurs clients », car il faut prendre en considération les fluctuations possibles ou vraisemblables des cours, et leurs unplications sur chacune des multinationales. In Wirtschaftswoche, no 4 du 22.1.1979. 18. Les crédits(« droits de tirage») que peut obtenir tout Etat -membre auprès du FMI se répartissent en cinq catégories. Si les deux premières « tranches de crédit » sont pratiquement accordées sans aucune condition préalable, les implications politico-économiques apparaissent plus massivement avec chacune des trois autres tranches, le FMI imposant une politique de stabilité à ces pays, qui va fréquemment jusqu'à préciser les plus petits détails. Les grandes banques, auprès desquelles les pays de l'OPEC, après la «crise du pétrole» , déposeront leurs énormes excédents en devises, intervinrent en octroyant des crédits importants sans obligations. En plus des dangers auxquels, de leur propre chef, les grandes banques s'exposèrent alors - et auxquels elles continuent de s'exposer - (et des réactions en chaîne que provoquerait l'effondrement d'une grande banque), le Frankfurter Allgemeine Zeitung, se faisant le porte-parole de s intérêts de la grande bourgeoisie , résume ainsi la situation : « Il est tout à fait inadmissible que des pays qui gèrent mal leur maison puissent continuer à s'endetter sans être incités à un changement, depuis longtemps nécessaire , du cours de leur politique économique, comme ce serait le cas dans toute utilisation du fonds. » (FAZ du 22.9 .7 8). 19. « Le monde ne souffre pas d'un manque de liquidités, mais bien d'un excédent dangereux de liquidités. On ne peut que mettre expressément en garde contre la délivrance de nouveaux droits de tirage spéciaux, contre la création d'un potentiel inflationniste encore plus important.» (Le Frankfurter Allgemeine zeitung, la veille de la décision du FMI). 20. Avec le prix de l'or, on constata également une hausse spectaculaire du prix de l'argent , lequeL à 7,37 dollar l'once , atteignit lui aussi un prix record , encore jamais atteint; de

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même pour le platine, dont le prix atteignit jusqu'à 414 dollar l'once (chiffres tirés principalement des Blick durch die Wirtschaft du 3.3.1979 et du 12.2.1979, et du F AZ du 8.2.1979) . La personnalisation, jointe à une approche idéaliste de cet abandon du dollar est le prétexte à de véritables morceaux d'anthologie, jusque dans des journeaux bourgeois d'ordinaire plus sérieux : « L'ayatollah fait monter les prix des matières premières : le retour de Khomeiny à Téhéran fait éclater des tumultes dans les Bourses de métaux précieux >> (Wirtschaftswoche du 12.2.1979). De nombreux indices permettent cependant de penser que l'évolution du secteur monétaire en février , telle qu'elle a été décrite ici, n'est nullement due en premier lieu aux événement d'Iran, mais bien plutôt à l'arrêt progressif des effets des mesures de soutien engagées au mois de novembre par le programme de Carter. Un numéro de Blick durch die Wirtschaft tenait pour « remarquable, même si elle devait rester sans suites>>, l'évolution suivante : « Après que l'évolution du prix de l'or n'ai fait pendant des mois que reflé· ter les instabilités de l'évolution de la monnaie américaine sur le marché des changes, il manifeste depuis peu des tendances tout à fait autonomes :pour des variations peu importantes des cours du dollar, le prix (de l'or) a augmenté ces derniers temps de façon très sensible, ce qui a conduit également à une augmentation de la valeur exprimée dans d'autres monnaies. Un investisseur allemand, qui voudrait aujourd'hui acheter un petit lingot d'or de 50 grammes, aurait à débourser, TVA comprise, 806 marks environ. Au milieu de ce mois, il pouvait acheter le même lingot pour 750 ou 760 marks. >> (Blick durch die Wirtschaft, Das Gold hiingt nicht mehr am Dollar (l'or ne dépend plus du dollar), 29.1.1979. Signa!ons que, dix jours plus tard, il fallait encore payer 35 marks de plus pour le même lingot). 21. La décision de la Bundesbank d'octobre 1978 faisait d'ailleurs déjà l'effet d'une mise en garde contre une application plus restrictive, ce que le gouvernement fédéral nia vainement à cette époque. Cela fut clairement confirmé par une nouvelle augmentation des réserves minimum et une augmentation du taux d'escompte en janvier qui fut loin de faire l'unanimité dans le gouvernement fédéral. Vus le taux d'inflation extrêmement bas de la RFA et une croissance économique en légère accélération, il paraît difficile d'admettre que cette évolution serve les intérêts de l'ensemble de la bourgeoisie. C'est qu'elle cache en dernier ressort une politique financière axée jusqu 'à l'extrême sur la stabilité monétaire et un bas taux d'inflation, politique qui s'accomode délibérément d'une mise en veilleuse des intérêts favorables à l'expansion économique . 22. Sources : Wirtschaftswoch e du 12.2.1979; Economist du 18.11.1978; Blick durch die Wirtschaft du 7.1.1979 et du 29.1.1979. 23. Dans un assez long article du FAZ, Karl Jetter, se penchant plus particulièrement sur la divergence dans l'évolution du franc et du mark, constatait : << Le décalage dans l'inflation entre le mark et le franc n'a fait que s'accentuer. Dans les années 60, sous de Gaulle, il était en moyenne de 1,3% (Allemagne : 2,7 %, France :4 %); durant la première moitié des années 70, avec Pompidou, il était de 2,7% (6,1% et 8,8 %). Depuis l'entrée en fonctions de Giscard d'Estaing, on ne peut même plus parler de décalage :le taux d'inflation français a cru jusqu'à atteindre deux fois le taux d'inflation allemand en 1976, puis deux fois et demi en 1 977, puis quatre fois le taux allemand l'année dernière (2,4% et 9,7 %). >> Pour finir, l'auteur met indirectement en cause le décalage dans la productivité lorsqu 'il écrit : « Il est pour le moins significatif que, avec une dévaluation permanente et exagérée du franc, les exportations françaises, malgré la diminution des importations de biens d'investissement d'Allemagne, ne parviennent que difficilement à équilibrer la balance commerciale, tandis que la République Fédérale, malgré la réévaluation du mark, affiche un solde positif de plus de 40 milliards de mark s. >> Le franc peut-il encore être sauvé? (in FAZ du 10.2.1979). 24. D'après Frankfurter Rundschau du 20.10.1978.

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25. Les déclarations faites au début février à Francfort, lors de la « World Business Confe· renee », par des représentants de premier plan du capital et des banques communautaires tendraient plutôt à confirmer l'éventualité d'une rapide mise en application du SME. Le président de la Deutsche Bundesbank, Emminger, le président de la banque centrale britannique, Gordon Richardson, et le vice-président de la CEE, Ortoli, réitérèrent expressément leur attachement au SME (Frankfurter Rundschau et F AZ du 15 .2.1979). Le début des conversations sur les montants compensatoires agricoles va cependant dans le sens opposé, de sorte que le F AZ, dans un éditorial intitulé « Dans l'impasse», constate : «A présent» - depuis qu'il est devenu évident que la discussion sur les montants compensatoires agricoles a mené dans une impasse - « la crédibilité de tout ce projet (SME) est remise en question et J'on peut s'attendre à de graves répercussions. » Le F AZ rend alors responsable d'un éventuel échec et d'ores et déjà de la situation présente Je fait que Je projet du SME ait été conçu « comme une opération ultra-secrète de commando» par Schmidt et Giscard d'Estaing (ce qui n'est en fait, en aucun cas, la raison essentielle) et conclut : « Le danger de la désintégration (de la CEE ; W.W.) n'en est devenu que plus important. Avec la crise iranienne, les prochains mois verront surgir de nouveaux problèmes. On s'attend à Bruxelles à une pression croissante d'intérêts protectionnistes ( ... )Plus personne ne comprend que ce soit précisément les initiateurs de ce projet (la France et la RFA; W. W.) qui mettent à présent toute cette entreprise en danger. Schmidt et Giscard ne peuvent guère espérer rencontrer beaucoup de compréhension. » (FAZ du 19.2.1979)

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