La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

DEBAT AFGHANISTAN

La révolution afghane : ses succès et ses problèmes

Critique communiste (1re série), n° 32, juin 1980 · p. 81-92 · 4 647 mots

Fin décembre 1979, plusieurs dizaines de milliers de soldats soviétiques commencèrent à entrer en Afghanistan. C'était la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que des troupes soviétiques intervenaient dans un pays capitaliste, et cela a profondément ébranlé la politique mondiale. Le président Carter a déclaré de manière agressive dans son discours sur l'état de l'Uni on que l'action de l'URSS «pouvait être la menace la plus sérieuse contre la paix depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale». Il a annoncé les premières mesures destinées à rétablir la conscription aux USA et à réaffirmé ses plans d'augmentation de ventes d'armes.

Pour saisir tout le sens des événements d'Afghanistan, il faut lire entre les lignes des articles de journaux. La situation existant en Afghanistan a peu de choses à voir avec les comptes rendus faits par les médias. Ce qui s'est passé, pour résumer la chose en quelques mots, c'est qu'une révolution populaire a éclaté en avril 78. La vieille dictature a été renversée et un nouveau gouvernement, s'engageant à promouvoir des réformes sociales, fut mis en place. Les changements introduits rencontrèrent la résistance de la part de ceux qui avaient intérêt au maintien du vieil ordre, c'est-à-dire les gros propriétaires fonciers, les marchands et les usuriers, les vendeurs d'opium, et de nombreux chefs religieux. Ils ont organisé une rébellion contre le nouveau gouvernement.

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Ces contre-révolutionnaires étaient protégés, armés et entraînés par la dictature militaire qui gouverne le Pakistan, avec le soutien de Washington, qui s'est opposé aux changements progressistes. Pour lutter contre les éléments de droite, le gouvernement afghan s'est tourné vers l'Union soviétique, lui demandant une aide économique et militaire.

Mais les rebelles se sont renforcés grâce à l'aide du gouvernement pakistanais et américain. Quand il est apparu que les guérillas réactionnaires avaient une chance de renverser le gouvernement et d'imposer un régime de droite hostile à la frontière de l'URSS, Moscou est intervenu par l'envoi de troupes, de manière préventive.

Voilà, brièvement, ce qui s'est passé. Mais pour mieux comprendre les enjeux en cours pour le peuple afghan, examinons de plus près les événements.

La plupart des journaux bourgeois ont présenté la venue au pouvoir du PDPA (Parti démocrat~que du peuple afghan), pro-Moscou, en avril 1978, comme un coup d'Etat, et d'une certaine manière c'en était un. Mais c'était aussi plus que cela. Cette venue au pouvoir a marqué le début d'une révolution sociale provoquée par la misère du peuple et l'inégalité des relations sociales ; c'est une révolution populaire très semblable à celles qui ont éclaté dans de nombreux pays ces dernières années, en Éthiopie en 1974, au Nicaragua et en Iran en 1979.

Néanmoins, contrairement à ce qui s'est passé au Nicaragua et en Iran, le gouvernement du PDPA ne fut pas installé à la suite d'une longue guerre civile ou d'une lutte prolongée. La guerre civile n'a commencé qu'après la prise du pouvoir par le nouveau gouvernement, et elle continue aujourd'hui.

Le nouveau gouvernement a commencé à mettre en application un programme de réformes sociales. Il a balayé les restes de la monarchie. Il a relâché les 13 000 prisonniers politiques et brûlé les fichiers de la police. Il a construit 600 écoles et lancé une campagne d'alphabétisation. Il a réduit le montant de la dot, c'est-à-dire le prix de la mariée, et a interdit le mariage des enfants. Il a garanti certains droits culturels et d'éducation aux Turkmènes, Uzbecks, Baloutches, Nouristans, et d'autres minorités nationales, leur permettant de publier dans leurs langues, d'avoir des émissions de radio. Les syndicats ont été légalisés pour la première fois dans l'histoire de l'Afghanistan. La liberté religieuse a été garantie.

La pierre de touche du programme social a été la réforme agraire, la première dans l'histoire de l'Afghanistan. Environ 250 000 familles ont reçu des parcelles de terre. Toutes les dettes des paysans aux propriétaires fonciers ont été annulées. La réforme agraire a été accompagnée

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d'une vigoureuse campagne menée par la police afghane contre le trafic de drogue. Qui sont les rebelles musulmans?

Comme on pouvait s'y attendre, tous ceux qui profitaient de l'exploitation du peuple afghan, les propriétaires terriens, le haut clergé, les usuriers, les marchands d'opium, etc. s'opposèrent à ces mesures. Ils ont organisé une lutte de guérilla contre-révolutionnaire. Pour l'essentiel, il y a entre dix et douze organisations réactionnaires, y compris des forces qui proposent un retour à la monarchie. Elles sont soutenues et financées par la dictature pakistanaise avec l'aide de Washington. Certaines reçoivent un entraînement dans des bases militaires pakistanaises. Dans leurs opérations en Afghanistan, les guérilleros ont systématiquement assassiné les administrateurs de la réforme agraire, les enseignants, les membres du PDPA et tous ceux qui soutenaient les mesures progressistes du gouvernement.

Les journaux américains et le président Carter ont expliqué que ces forces, les «rebelles musulmans» ou les «patriotes afghans», menaient la lutte contre le «communisme athée ». Mais la vérité est que quasiment tous les Afghans sont musulmans. Des deux côtés la majorité est musulmane. Il n'y a pas une guerre des musulmans contre les athées, mais une guerre de classes entre les forces dirigées par les propriétaires terriens musulmans, les mollahs, les monarchistes, les usuriers et les trafiquants d'opium, contre les chômeurs, les paysans et les ouvriers, toutes les masses opprimées musulmanes. La réponse de Washington

L'impérialisme américain est totalement hostile depuis le début à la révolution afghane. Le 5 mai 1978, quelques jours après la venue du PDPA au pouvoir, le New York Times titrait son éditorial: «Coup communiste en Afghanistan». On pouvait lire:« Un Afghanistan révolutionnaire rendra ses voisins nerveux. Son existence en soi rendra plus fort les sentiments séparatistes parmi les populations tribales baloutches au Pakistan et en Iran.» L'éditorial appelait les pays capitalistes voisins à faire ce qu'ils pouvaient pour accueillir les Afghans fuyant la révolution, et à aider toute opposition qui pourrait se manifester contre le nouveau gouvernement.

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En juin 1978, seulement deux mois après le renversement de Daoud, environ 270 généraux, amiraux, diplomates, officiers, etc. se réunissaient à la base de l'OTAN à Annapolis dans le Maryland, pour débattre des conséquences du soulèvement afghan. Leur conclusion fut qu'il menaçait les intérêts impérialistes dans toute la région.

Washington rompit tous ses accords d'aide ainsi que ses accords commerciaux, demanda le blocage des prêts de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, et commença à aider les guérillas contre-révolutionnaires par le biais de la dictature pakistanaise et à travers tous les organismes américains, comme l'Agence pour la lutte contre la drogue et la Fondation Asie, qui sont toutes deux liées à la CIA.

Après la révolution qui a chassé le Shah d'Iran au début de 1979, les principales puissances impérialistes se sentirent de plus en plus concernées. Elles soutinrent les réactionnaires afghans, espérant que cela aiderait également les éléments contre-révolutionnaires iraniens. Les hésitations de la révolution

Le PDPA a gagné toute sa crédibilité dans la lutte contre Daoud, mais pour avancer et renforcer la révolution afghane il fallait organiser les ouvriers et les paysans, les engager à défendre eux-mêmes leurs intérêts.

La classe ouvrière industrielle, qui est la force sociale la plus importante dans les révolutions de notre époque, est très faible en Afghanistan. Elle ne regroupe que 300 000 personnes sur un total de 20 millions d'habitants. De plus le PDPA regroupait essentiellement des enseignants, des fonctionnaires, et n'avait de base sociale importante ni dans la classe ouvrière urbaine ni dans la paysannerie qui constitue la grande majorité de la population.

Le PDPA, d'une certaine manière, a tenté d'organiser les masses. travailleuses. Des syndicats ont été créés, ainsi que des organisations de femmes, de jeunes, des comités de défense de la révolution. Néanmoins ces organisations étaient totalement contrôlées et l'initiative des masses réduite au minimum.

La nature du PDPA fut un autre facteur négatif. C'est une organisation stalinienne dirigée bureaucratiquement, et qui prenait Moscou comme guide politique. La collaboration de classes est son orientation politique, c'est-à-dire qu'il fait des compromis avec les vieilles classes dominantes, plutôt que de se battre de manière intransigeante pour faire avancer les intérêts des ouvriers et des paysans. Une partie importante du PDPA avait soutenu la dictature de Daoud par exemple avant la cam-

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pagne finale de répression organisée par la dictature. Le parti a toujours craint les mobilisations de masse, que sa direction bureaucratique pouvait avoir du mal à contrôler.

Aussi il n'est pas surprenant que certaines orientations politiques du PDPA aient facilité l'organisation de la contre-révolution. Une des mesures immédiates nécessaires pour défendre la révolution afghane 'était le démantèlement de l'appareil d'État existant afin de briser le pouvoir des vieilles classes dominantes et établir de nouvelles structures de pouvoir politique s'appuyant sur les ouvriers et les paysans. Cela ne fut fait que très partiellement. Les principaux généraux ont été limogés, mais le PDPA a gardé intact l'essentiel du corps des officiers réactionnai-· res. L'armement des masses fut réduit au minimum. Le PDPA était également profondément divisé par le fractionnalisme interne. Longtemps il a été divisé en deux groupes publics séparés, et il ne s'est réunifié qu'un an avant la révolution d'avril 1978. Une profonde hostilité s'est maintenue entre les deux fractions. Noor Mohamed Taraki, dirigeant de la fraction Khalq (masses), devint président quand Daoud fut renversé. Il commença une purge contre la fraction parcham (drapeau) qui comprenait l'actuel président, Babrak Karmal. Plus, la fraction de T araki était elle-même profondément divisée. En septembre 1979 Taraki était tué dans un affrontement et son Premier ministre, Hafizullah Amin, le remplaçait. Au cours de l'intervention soviétique de décembre 1979, Amin étai'. tué et remplacé par Karmal.

Il est impossible de donner une image exacte des machinations internes entre les deux fractions, ou des différences politiques qui les amenaient à utiliser des mesures aussi violentes les uns contre les autres. Mais il est clair que ce fractionnalisme et les purges qui en résultaient ont profondément affaibli la direction de la révolution et cassé la capacité du gouvernement à mobiliser et organiser les masses en défense de la révolution.

L'actuel gouvernement Karma! explique que le gouvernement Amin utilisait des méthodes violentes non seulement contre les gros propriétaires fonciers, mais aussi contre les paysans ordinaires qui résistaient, hésitaient ou ne comprenaient pas la réforme agraire.

Depuis le renversement d'Amin, certaines réformes ont été faites. Des milliers de prisonniers politiques ont été relâchés, la liberté religieuse a été réaffirmée et un nouveau train de mesures de réforme agraire a été annoncé. Il reste à voir comment Karmal réussira à élargir la base sociale de la révolution.

De toute façon, à la fin de 1979, la contre-révolution s'est renforcée. Bien qu'il ne soit pas évident que les réactionnaires aient jamais été sur

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le point de gagner la majorité des Afghans, leurs victoires militaires ont représenté un réel danger pour le gouvernement. Le rôle de l'URSS

C'est à ce moment-là que le gouvernement soviétique a décidé de mettre tout le poids de ses troupes de combat dans la lutte.

Cette aide militaire n'était pas quelque chose de totalement nouveau. L'URSS avait été le principal partenaire commercial et militaire de l'Afghanistan depuis les années 50. Moscou entretenait des relations de coexistence avec la monarchie et plus tard avec la dictature Daoud. Aussi longtemps qu'il n'y avait pas de menaces de la part d'un régime hostile sur son flanc sud, l'URSS était satisfaite du statu quo. Le Kremlin n'était pas partie prenante du début de la révolution en avril 1978. Tandis que Carter essayait de montrer que le renversement de Daoud était une machination soviétique, un officiel du Département d'État admettait: «Nous n'avons aucune preuve d'une participation soviétique dans le coup d'État.» Mais une fois que la révolution avait commencé et que la contre-révolution relevait la tête, Moscou était mis devant les faits accomplis. Elle s'inquiéta de la victoire de la contre-révolution et de l'installation éventuelle d'une tête de pont pro-américaine le long du millier de kilomètres de frontières entre l'URSS et l'Afghanistan. Pour mieux comprendre pourquoi le Kremlin a agi ainsi, il faut regarder de plus près la structure économique et politique de l'URSS. L'URSS n'est pas un pays capitaliste, mais a une économie nationalisée et planifiée, qui a été mise en place par la révolution prolétarienne de 1917. Les ouvriers et les paysans soviétiques ont profité grandement de cette révolution qui les a libérés de l'extrême misère et de l'arriération qu'ils connaissaient sous le capitalisme.

La direction de la révolution russe dans les premières années, avec Lénine et Trotsky, était révolutionnaire, dévouée aux intérêts de tous les opprimés et exploités du monde. Mais la r~volution fut confrontée à la pauvreté de la Russie et aux dévastations de la Première Guerre mondiale. A tout cela il faut ajouter la famine et les pertes provoquées par les invasions organisées par les pays impérialistes en 1918-1921, afin d'écraser la révolution, ainsi que l'échec des révolutions en Allemagne et dans d'autres pays qui auraient pu aider la Russie à briser son isolement international. Le résultat de tout cela fut le remplacement progressif de la direction bolchévique révolutionnaire après la mort de Lénine par la bureaucratie dirigée par Staline.

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La nouvelle couche du bureaucrates qui consolida sa mainmise sur le gouvernement soviétique était faite de gens du même acabit que les bureaucrates syndicaux.

Le principal souci de ces usurpateurs n'est pas de se battre pour les besoins des travailleurs et des opprimés, mais d'augmenter leurs revenus (dans le cas des bureaucrates du Kremlin, d'augmenter leurs privilèges, comme les voitures de luxe, les villas ... ). Quand ils négocient avec les patrons (ou dans des réunions secrètes avec des politiciens capitalistes), c'est en gardant un œil sur les travailleurs pour que ceux-ci restent sous leur contrôle. Pour garder leurs privilèges, ils doivent avant tout ne pas faire couler le bateau.

Parfois, néanmoins, quand les capitalistes s'attaquent durement aux conditions de vie des travailleux ou aux syndicats eux-mêmes, les bureaucrates, même du type de George Meany (George Mean y est le président du puissant syndicat américain AFL-CIO, payé 500 000 F par an ... Note du traducteur) ont été forcés, pour défendre leurs propres intérêts, de prendre des mesures progressistes de défense du syndicat. Car si les patrons réussissaient à écraser les syndicats, ils n'auraient plus besoin de gens comme Meany- c'est là un fait que même les pires bureaucrates comprennent. Et si les dirigeants syndicaux ne prenaient pas les mesures nécessaires à la défense des adhérents, ils risqueraient de se faire jeter et remplacer par des dirigeants combatifs.

Quand les bureaucrates syndicaux sont obligés de se battre contre les patrons, c'est dans l'intérêt des travailleurs. Et le combat contre les patrons crée également de meilleures conditions pour que les travailleurs en arrivent à remplacer les bureaucrates par des dirigeants qui défendront leurs intérêts.

Quand le Kremlin a envoyé des troupes en Afghanistan, il ne l'a pas fait pour des motifs révolutionnaires, mais comme une mesure défensive. Il voyait que les guérillas SOl}tenues par les Américains et les Pakistanais étaient un danger pour l'Etat ouvrier soviétique, qui est la base matérielle de leur pouvoir et de leurs privilèges. Comme dans le cas d'un bureaucrate syndical obligé de défendre le syndicat, l'action de l'URSS a coïncidé avec les intérêts des travailleurs et des paysans afghans : battre la contre-révolution.

Ainsi le caractère de l'intervention soviétique en Afghanistan est totalement différent de l'invasion de la Hongrie en 1956 et de la Tchécoslovaquie en 1968. Ces interventions avaient pour objectif d'empêcher les travailleurs de se battre pour les droits démocratiques et le contrôle de l'économie. Les travailleurs hongrois et tchécoslovaques ne se battaient pas pour restaurer le capitalisme mais pour ce que les Tchécoslovaques

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appelaient «le socialisme à visage humain>>. Les révoltes de Hongri~ et Tchécoslovaquie ne mettaient pas en danger l'URSS ou un autre Etat ouvrier; au contraire, leur objectif était la démocratie et ainsi le renforcement du pouvoir des travailleurs dans ces pays au détriment des bureaucrates. En 1956 et 1968 les actions de Moscou n'étaient provoquées que par la défense des privilèges bureaucratiques. C'étaient des actions contre-révolutionnaires.

Le rôle des troupes soviétiques en Afghanistan est par contre totalement différent. En aidant à battre la contre-révolution, les troupes soviétiques créeront une situation plus favorable pour le développement de la révolution afghane. Cela encouragera les ouvriers et les paysans à mettre en avant leurs propres intérêts, leurs luttes. Cela encouragera les combattants anti-impérialistes partout dans le monde et spécialement en Turquie, au Pakistan, en Inde et en Iran.

Bien plus, l'intervention soviétique aura un impact positif en URSS même. Elle aidera à la politisation des travailleurs soviétiques, plus précisément des troupes et de leurs familles, qui pour une grande part sont turques, uzbeks et tajiks, c'est-à-dire font partie des nationalités opprimées qui parlent la même langue que les peuples d'Afghanistan.

Le nouveau gouvernement Karmal a demandé de l'aide non seulement à l'URSS mais aussi au Vietnam, à Cuba, à l'Angola et aux Palestiniens, ce qui montre sa volonté de se lier aux luttes révolutionnaires. Dans un discours, le 1er janvier 1980, Karmal a déclaré soutenir la révolution «nationale, islamique, anti-impérialiste » en Iran. Plus tard il a envoyé un message à l'ayatollah Khomeiny, lui proposant l'établissement de relations fraternelles. La position de Karmal est progressiste comparée à celle de Taraki et d'Amin qui avaient pris une attitude sectaire face à la révolution en Iran.

Tout cela ne signifie pas que la bureaucratie du Kremlin a changé ou qu'elle remplit maintenant un rôle progressiste. Les dirigeant soviétiques continuent à agir fondamentalement pour défendre leurs intérêts bureaucratiques. Au nom de la construction du socialisme dans un seul pays, les staliniens poursuivent le but d'établir des rapports de statu quo avec l'impérialisme. Mais cet arrangement s'est écroulé en Afghanistan du fait de la volonté de l'impérialisme d'écraser la révolution afghane. Une fois que la guerre civile avait éclaté, Moscou a agi pour se défendre et arrêter les réactionnaires. Cela montre que, même si la bureaucratie veut simplement préserver le statu quo mondial, une telle perspective est utopique. La lutte de libération des ouvriers et des paysans ne peut pas être arrêté, tout comme la volonté de l'impérialisme de défaire ses luttes.

Moscou n'a pas été à l'origine des événements d'Afghanistan. Les ouvriers et les paysans afghans ont commencé la révolution qui est partie

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prenante de la révolution coloniale mondiale. Washington a tout fait pour l'arrêter. Le Kremlin devait décider que faire dans une telle situation. Les arrangements précédents entre Washington et Moscou pour le maintien du statu quo ont encore une fois volé en éclats sous le choc des aspirations à une meilleure vie des ouvriers et des paysans. Les mensonges de la presse

Selon les journaux et les reportages télévisés aux USA et dans les autres pays impérialistes, il y a très peu d'ouvriers et de paysans afghans qui soutiennent les changements révolutionnaires. La lutte en Afghanis: tan est présentée comme une guerre de toute la population contre le envahisseurs soviétiques. On explique même que des unités importantes de l'armée afghane se battent contre les troupes soviétiques. Les principaux services de presse présentaient chaque jour des reportages comme celui-ci, publié le 3 janvier 1980 dans le Washington Post: «On rapporte que les troupes soviétiques, avec des tanks et des hélicoptères de combat perfectionnés, ont été lancées contre des rebelles musulmans dans une bataille féroce à environ 160 km au nord-ouest de la capitale, Kaboul.» Un gros titre du N ew York Post expliquait: «400 soldats soviétiques sont tués tandis que les rebelles s'emparent d'une ville clé.»

Il est apparu ensuite que cette «bataille féroce» n'avait jamais eu lieu, et la nouvelle fut démentie. Le N ew York Times rapporta quelques jours plus tard : «Se référant à des rapports selon lesquels les troupes soviétiques s'étaient b!ittues contre les insurgés afghans, les analystes du Département d'Etat expliquèrent que c'était l'armée afghane affaiblie qui avait été engagée dans les combats. » L'article devait également affirmer qu'il n'était pas établi de manière évidente «d'importantes batailles entre les troupes soviétiques et les insurgés afghans».

Ces mensonges étaient pour une large part de la propagande concoctée par les guérillas réactionnaires basées au Pakistan et présentées aux médias comme des faits sûrs. Là où des combats avaient lieu leur importance était largement exagérée.

Un autre exemple est la manière dont la presse a couvert les événements de Kaboul de la fin février, y compris la grève des commerçants et autres activistes de droite. Le journal de Newart, le Star-Ledger, titra dans son édition du 29 février : << 1 000 Afghans fusillés en représailles. » L'article rapportait que des troupes soviétiques avaient sommairement exécuté des dirigeants shiites musulmans, et d'autres personnes dans un <<climat de terreur» et que de nombreux soldats soviétiques avaient également été tués. Des articles semblables furent faits dans des journaux et à la télévision à travers tout le pays, et présentés comme des faits objectifs.

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Néanmoins, peu de temps après, la CBS (une chaîne de télévision -N.D.T.), le New York Times et d'autres journaux rapportèrent qu'aucun massacre n'avait eu lieu, que les troupes soviétiques n'avaient joué qu'un rôle de soutien dans les événements, et qu'il n'était absolument pas évident que les troupes soviétiques aient eu des pertes.

Comme chacun peut s'en douter, ces rectifications n'eurent en aucun cas toute la publicité que les faux reportages eurent. Très clairement, la presse capitaliste a utilisé la technique du mensonge pour cacher qu'une guerre civile avait lieu en Afghanistan. Et toute cette opération frauduleuse a été encouragée par Washington.

Les commentateurs de la presse ont dit que Moscou intervenait par peur que les guérillas sèment la révolte parmi les minorités nationales en URSS. Cette théorie ne tient pas la mer. De nombreux soldats soviétiques qui ont été envoyés combattre en Afghanistan appartiennent aux mêmes minorités nationales et parlent la même langue que celles qui sont parlées en Afghanistan. C'est le signe que Moscou a confiance dans ses troupes.

Quand elle a envahi la Tchécoslovaquie, Moscou a envoyé des troupes venant de régions lointaines de l'URSS et a essayé d'isoler l'armée d'occupation de la population. Elle avait peur en fait que ses troupes soient atteintes par le virus du «socialisme à visage humain».

Il n'y a aucune raison, néanmoins, pour que les troupes soviétiques se sentent attirées par les idées monarchistes, réactionnaires des dirigeants de la guérilla. Les conditions de vie des nationalités opprimées en Asie centrale soviétique ne sont pas aussi bonnes que celles du reste de la population soviétique, mais elles sont qualitativement meilleures que celles des peuples d'Afghanistan. L'analphabétisme a quasiment disparu des républiques soviétiques qui ont une frontière commune avec l'Afghanistan, tandis qu'en Afghanistan 95 o/o de la population est analphabète. L'espérance de vie en Asie soviétique est de soixante-dix ans, et seulement de quarante ans en Afghanistan. Dans l'Uzbekistan soviétique, il y a un docteur pour 368 personnes environ, approximativement vingt fois plus qu'en Afghanistan. Il n'y a pas de problème de chômage du côté soviétique alors que c'est un problème permanent en Afghanistan. Ces différences reflètent les acquis matériels qui sont le résultat d'un système économique supérieur. Carter prépare la guerre

La réponse de Carter se fait de plus en plus claire. Il n'y a pas eu de tentative d'intervention militaire ou d'envoi de troupes. Carter a augmenté son aide au Pakistan. Selon un responsable important du conseil national

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de sécurité, Carter a donné son approbation à une opération de la CIA d'envois d'armes aux rebelles afghans par l'intermédiaire du Pakistan. Il a bloqué la vente d'ordinateurs et de toute technologie avancée à l'URSS et supprimé la clause de la nation la plus défavorisée. Il a suspendu certains échanges culturels et appelé au boycott des Jeux olympiques d'été à Moscou. Mais l'essentiel de l'effort américain a porté sur la campagne de propagande. Les dirigeants américains espèrent justifier aux yeux du peuple américain leur effort pour augmenter les forces militaires et battre en brèche le sentiment antiguerre qui existe aux USA.

Jouant sur l'impopularité de la guerre du Vietnam parmi les travailleurs américains, les apologistes de la politique de Washington proclament que l'Afghanistan est le «Vietnam de la Russie». Pour fabriquer -~ette analogie, ils nient qu'un soulèvement révolutionnaire ait jamais eu lieu en Afghanistan. Et ils dissimulent le fait que les guérillas réactionnaires sont dirigées par de riches propriétaires fonciers, des monarchistes, des trafiquants d'opium, les transformant en «combattants de la liberté» représentants du peuple afghan.

Washington accuse Moscou d'expansionnisme, de pays tentant d'élargir sa sphère d'influence, et violant le droit à l'autodétermination du peuple afghan.

Examinons ces arguments de plus près. L'intervention soviétique en Afghanistan a-t-elle violé le droit des Afghanistans à l'autodétermination, comme le fit l'intervention américaine au Vietnam?

L'intervention militaire au Vietnam s'est faite contre la volonté du peuple vietnamien, et cela a été largement démontré pendant la guerre. C'est sur cette base qu'on peut dire que les Américains ont violé le droit du Vietnam à l'autodétermination. Dans le cas de l'Afghanistan, contrairement à ce qu'a raconté la presse, il est faux de prétendre que la majorité du peuple afghan est opposée à l'action soviétique. Carter et tous ceux qui proclament que le droit à l'autodétermination du peuple afghan a été violé vont plus loin dans leur argumentation, expliquant que les rebelles représentent la majorité des Afghans. C'est totalement faux.

Le fait est que les troupes soviétiques sont intervenues en Afghanistan du côté des forces qui se battent pour les intérêts des ouvriers et des paysans, qui sont la grande majorité, et contre les classes dominantes réactionnaires, qui représentent les intérêts d'une minorité. Au Vietnam, contrairement à cela, Washington intervint du côté des propriétaires fonciers, des capitalistes et autres riches privilégiés, tandis que la grande partie de la population soutenait les combattants du Front de libération nationale (FLN).

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Ainsi l'analogie avec le Vietnam ne tient pas.

Il y a évidemment de mauvais aspects à l'intervention soviétique (c'est inévitable étant donné la nature antidémocratique et stalinienne du gouvernement soviétique). Avec un dédain typique pour les travailleurs du monde, les bureaucrates du Kremlin n'ont rien fait pour développer un mouvement de solidarité international, ce dont la révolution avait besoin avant l'envoi des troupes soviétiques. Comme ses troupes entraient en Afghanistan, le Kremlin dénonça de manière grossière Amin comme un agent de la CIA (ce qu'il n'avait jamais dit avant) et après sa mort il ont félicité Karmal pour son «élection» à la présidence!

Ces méthodes méprisables qui n'aident en rien la révolution afghane ne doivent évidemment pas nous faire perdre de vue les enjeux : les troupes soviétiques se battent du côté de la révolution populaire qui se défend contre la contre-révolution réactionnaire.

Demander le retrait des troupes soviétiques sur la base d'une comparaison fausse avec le Vietnam signifie rejeter l'aide de l'URSS à une révolution populaire assiégée. Cela signifie prendre le risque d'une défaite pour le peuple afghan, qui serait alors renvoyé à sa misère initiale, avec remise de la terre aux propriétaires fonciers, l'enfermement des femmes à la maison sous le contrôle absolu de leurs parents et mari, la fin du droit de créer des syndicats pour les travailleurs, et la fermeture des écoles. En plus, la population subirait la vengeance meurtrière des propriétaires fonciers et des capitalistes qui n'oublieraient pas facilement les pertes subies. La domination de l'impérialisme sur l'Afghanistan serait rétablie. L'intervention soviétique en Mghanistan nous rapproche-t-elle de la troisième guerre mondiale?

Non. Contrairement à la propagande de Carter, l'intervention soviétique rend la guerre moins probable. En repoussant une contre-révolution soutenue par l'impérialisme, l'aide soviétique à la révolution ouvrière et paysanne afghane renforce le camp des opprimés et des exploités partout. Cela rend plus difficile et non plus facile pour Washington l'organisation de guerres à travers le monde. Une victoire de la contre-révolution en Afghanistan, par contre, encouragerait l'impérialisme à essayer de défaire les luttes de masse au Nicaragua, à Grenade, au Cambodge, en Iran, au Salvador et dans d'autres pays où la révolution a commencé.

Doug J enness (membre du comité national du Socialist Workers Party)

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