Sommaire (d'après RaDAR)
- (Débat et résolutions du 1er congrès de la Ligue communiste) Extraits du débat préparatoire :
- Propositions sur le travail ouvrier parisien
- Rivière et Créach
- Texte sur le travail ouvrier
- Dick
- Travail ouvrier
- Lourson, Rivière, Créach
- Parler du travail ouvrier pour le faire
- Dick, Clélia, Himmel
- Texte de la tendance majoritaire soumis au vote pour l’élection au congrès
- Arsène
- Texte de la tendance majoritaire
- Debard, Paul, David
- Thèses sur la dialectique des secteurs d’intervention
- Dick
- A propos du travail ouvrier
- Clélia
- Texte de la tendance majoritaire
- Delfin
- Texte de la tendance majoritaire
- Paul Résolutions du congrès :
- Formation
- Travail syndical
- Contrôle ouvrier
- Travail d’agitation révolutionnaire
- Sur l’unité des révolutionnaires
- Jeunesse scolarisée
- Organisation du travail enseignant
- Résolution lycéenne
- Sur l’internationale
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Cahiers«rouge»
DANS LES CAHIERS « ROUGE »
DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTTE
. Eléments de théorie économique marxiste . La médecine confisquée
. De la bureaucratie
BE W& ND
. K. MODZELEWSKY, J. KURON : . Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais
5. L'intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ?
Construire le parti Construire l'Internationale !
6-7. I. Théorie et système d'organisation 89. II. De l'internationalisme à l'Internationale
SERIE CLASSIQUES
1. Léon Trotsky, Nature de l'Etat soviétique
2. Léon Trotsky, La révolution permanente en Russie
SERIE « MARX OU CREVE »
1. Marxisme et petite-bourgeoisie
Introduction
Cette troisième brochure sur la préparation et les travaux du Congres de fondation de la Ligue Communiste (section française de la Quatrième Internationale) arrive à publication près de six mois après les séances du Congrès.
Elle contient les principales contributions du débat, les résoluptions ainsi que les statuts de la Ligue.
Certes de nombreux textes sont aujourd'hui dépassés par la pratique même de l'organisation. Ainsi le travail d'agitation et de fropasanse a pris un relief particulier lors de la campagne révoutionnaire du candidat de la Ligue, Alain Krivine, en même temps que l'audience accordée à cette campagne posait de nouvelles questions d'apparition et d'implantation.
Mais la forme pratique que prend ici le débat déjà traité dans les deux précédentes brochures — à savoir la mutation du groupuscule au groupe politique implanté, puis de ce dernier au parti ouvrier — semblera certainement importante aux militants.
Elle l'est sans aucun doute encore aujourd'hui, car la tâche primordiale que constitue pour tout marxiste révolutionnaire,
our tout communiste, la consolidation de son organisation et ’approfondissement de son implantation dans les masses, est abordée en détail dans ces textes.
Les expériences vécues par la Ligue depuis ce Congrès ont apporté bien d'autres éléments pratiques pour la résolution de ce problème, auquel se confrontent aujourd'hui tous les révolutionnaires.
En comparant les résultats récents avec ce débat, on verra le chemin historique parcouru par l'avant-garde depuis mai 1968. On apercevra aussi l'ampleur du travail futur. La situation politique française, comme la montée révolutionnaire mondiale, montre que ce travail est d'envergure, mais surtout qu'il est possible, donc urgent.
I. EXTRAIT DU DÉBAT PRÉPARATOIRE
Propositions sur le travail ouvrier parisien
Extrait du B.D.R. n° 3
Préambule
1. Ce texte n'a d'autre prétention que d'avancer sous forme synthétique quelques conceptions et propositions pour le travail ouvrier. Pour parer au plus pressé, ce texte fait abstraction de
ui devrait le fonder : l'analyse de la conjoncture politique et de la situation dans les entreprises. Ne pas s'attacher, en conséquence, au caractère souvent péremptoire de ses affirmations qui feront l'objet de textes ultérieurs.
2. Ce texte fait référence, explicite ou implicite, à des débats parisiens. Les camarades connaissent la forme souvent ésotérique de ces débats. On espère cependant que les notes qui suivent pourront contribuer à l'éclaircissement de leur propre travail.
INTRODUCTION
1. Depuis la rentrée, l'avant-garde ouvrière issue de mai ne se détermine plus seulement par rapport au mouvement étudiant, capable de fournir sur son propre terrain, par ses formes de lutte ou la symbolique de son intervention, une alternative révolutionnaire à la politique des directions ouvrières.
Les tâches qui attendent les militants ouvriers dans les entreprises ne permettent pas au mouvement étudiant de jouer le rôle d'avant-garde de substitution. Ce qui signifie pratiquement qu'il n'y a pas de substitut possible à la construction d'une avantgarde ouvrière.
2. Sans négliger le rôle que le mouvement étudiant peut jouer comme accélérateur des luïtes et dans l'émergence d'une avantgarde ouvrière, nous devons insister sur le rôle direct dévolu aux
roupes d'avant-garde en tant que tels, confrontés à la tâche de ournir une alternative organisée et des embryons de stratégie
aux travailleurs qui ne cherchent pas seulement des luttes de référence, mais surtout la voie de l'organisation révolutionnaire.
3. En effet, affirmer que la seule solution possible à terme à la crise du gaullisme ne peut être que révolutionnaire signifie d'abord que construire cette alternative et lui donner une expression organisée susceptible d'opposer à l'Etat bourgeois la centralisation des forces révolutionnaires est à l'ordre du jour pratiquement. Cela signifie surtout que cette crise n'est pas soluble sans l'implantation de noyaux d'avant-garde dans les entreprises.
4. Aujourd'hui, l'audience des groupes d'avant-garde constitue un pôle de référence politique, un pôle de rupture dans la classe ouvrière qui pèse de lui-même dans l’évolution du rapport des forces politiques : avec le P.C. notamment, en province surtout. Mais cette audience ne saurait se substituer à l'implantation réelle.
Résoudre cette contradiction, résorber la distance qui sépare le poids politique de notre audience et nos capacités d'organisation par la formation et le recrutement de militants révolutionue implantés dans les entreprises, telle est notre première tâche.
5. Toute tentative de résoudre la contradiction entre l'audience de l'avant-garde et ses capacités d'organisation et d'initiative en dehors ou en deçà de la construction de l'organisation révolutionnaire relève du substitut, du raccourci opportuniste qui remplace l’organisation actuelle soit par son mirage bolchévique (justification du parasitisme sur le mouvement de masse), soit par un mouvement de masse autoproclamé d'avant-garde pour la circonstance (paravent de la dissolution dans le mouvement).
‘ Cf. plus loin.
6. Résoudre la contradiction en dehors de l'organisation signifie : rechercher dans d'autres organisations (M.R., mouvement des C.A., mouvement des étudiants) un pôle alternatif au P.C.
Résoudre la contradiction en deçà de l'organisation signifie construire un secteur ouvrier dans l'organisation actuelle indépendamment des tâches actuelles du mouvement révolutionnaire.
I. LES SUBSTITUTS OU LES DEUX FACES DE L'OPPORTU- NISME
1. Le travail marginal ou le parasitisme du groupuscule :
A) — Le travail d'implantation ouvrière tel qu'il se développe aujourd'hui à Paris est un travail marginal, détaché de toutes considérations stratégiques sur les tâches du mouvement révolutionnaire et posé en dehors du cadre de la construction de l'organisation révolutionnaire. C'est un travail qui se développe en deçà de l'organisation actuelle et en deçà de ses tâches.
B) — La théorisation de cette pratique a été abandonnée par
ceux qui la pratiquent effectivement. Mais la tactique « savonnette » qui consiste à fuir les implications théoriques de son acti-
vité, à protéger une activité féodale par l'affirmation du centralisme, ne dissimule pas :
C) — Les faits : remise en cause périodique des décisions prises, par une politique d'inertie (bulletin décidé en juillet, organisation du travail décidé en octobre, décision du dernier Comité de lecteurs) ;
— refus du contrôle politique théorisé par certains militants depuis mai-juin, au nom de la spécificité de leurs « contacts » ;
— disparition de tout cadre organisé (cf. commissions syndicales, des C.A., ouvrière), au nom de l'autonomie de l'intervention à la base;
— abandon du Bureau parisien au nom de l'autonomie des secteurs d'intervention ;
— etc. etc. etc.
D) — Et leurs conséquences : isolement de chaque militant dans son cercle, de chaque cercle dans son secteur géographique ;
— indépendance des secteurs entre eux, qui interdit de faire jouer l'interdépendance des fronts de lutte ;
— théorisation par chaque militant de son isolement (bricolage, pratiques divergentes, au nom de la spécificité) ;
— théorisation de la place et du rôle de l'organisation par chaque secteur d'intervention; indépendamment de l'existence des autres (ex. : les débats étudiants).
E) — Il est donc légitime de mettre en question les fondements d’une telle pratique même lorsqu'ils demeurent implicites :
F) — Le travail d'implantation ouvrière qui consiste à intégrer individuellement des « cadres» ouvriers, effectifs ou potentiels, dans les structures existantes de l'organisation actuelle, au moyen de la technique du « bouton de veste » prise comme stratégie, est un travail de déclassement des « contacts » ouvriers qui confond l'origine sociale du travailleur et son existence politique.
H) — C’est un travail conçu comme un travail de spécialistes étudiants atomisés chargés de porter la bonne parole à la porte des entreprises pour y recruter des cadres ouvriers porteurs pour l'ensemble de l'organisation de sa future conscience de classe, et de sa lointaine stratégie.
I) — Les méthodes d'implantation sont abandonnées à l'initiative de chacun. Le principe de saine méthode qui consiste à «partir de ce qui existe », aboutit en fait à la conclusion : «et en faire ce qu'on veut ». Il amène en toute logique à déterminer le travail ouvrier en fonction de l'importance numérique de son implantation. Et dans cette mesure les militants étudiants ne sont pas concernés : c'est un travail marginal de l'organisation et parasitaire par rapport au mouvement de masse.
J) — Il s’agit d'une conception additionnelle de l'implantation (qui recouvre une conception de la construction de l'organisation révolutionnaire par un simple gonflement linéaire) :
L'addition progressive de militants ouvriers, la modification périphérique de la composition sociale de Rouge devrait apporter à terme un changement qualitatif. Ce qui signifie :
— penser que ce changement qualitatif est possible s’il affecte comme un secteur marginal et hybride la seule implantation ouvrière de Rouge et non pas l’ensemble des cercles ;
— abandonner toute perspective de lutte révolutionnaire au profit d'un simple travail parasitaire.
K) — Il s'agit, à la limite, d'une conception ouvriériste de l'organisation révolutionnaire qui consiste à faire coïncider la construction d'une organisation révolutionnaire comprise comme avant-garde ouvrière avec la modification marginale de sa composition sociale, sans comprendre qu'il s’agit d'abord d'une modification des relations de l’ensemble de l'organisation avec la lutte des classes, qui doit être formulée en terme de stratégie. C'està-dire assurer au moins l'interdépendance des fronts de lutte des cercles Rouges.
L) — En toute logique, le développement marginal et périphérique de notre travail ouvrier contraint les militants étudiants, confrontés à travers leur propre pratique au problème des luttes ouvrières, à comprendre le mouvement étudiant comme mouvement révolutionnaire se substitutant à l'avant-garde insuffisante : ce qui n'est que la prise de conscience déformée de notre
ropre carence et des limites du parasitisme, de leur isolement F roduit de la marginalité du travail ouvrier), de la théorisation
es rapports de Rouge avec les étudiants comme simple rapport des militants étudiants avec leur milieu : d'où la tentative de substituer à l'addition des secteurs d'intervention de Rouge l'addition des secteurs du « mouvement révolutionnaire ».
2. Du M.R. au mouvement étudiant :
A) — L'impatience à voir le mouvement de masse assumer ses tâches historiques conduit les militants étudiants, faute de pouvoir prendre la responsabilité de lui tracer des perspectives à dissoudre la stratégie dans une soupe éclectique et l'organisation dans un mouvement de masse d'avant-garde conçu à travers le prisme déformant du milieu étudiant. Ce mouvement aurait une «vision globale des tâches révolutionnaires » et de la stratégie, au même titre que les militants Rouge : ce qui contient une parcelle de vérité tant que Rouge additionne ses secteurs et que les militants étudiants en sont réduits à la pure contemplation d'un travail ouvrier marginal. Ce qui est totalement erroné dès lors qu'on admet que le dépassement de la situation présente ne peut s'opérer dans un autre cadre que celui de l'organisation présente et non pas en dehors.
B) — Toute tentative de résoudre la contradiction entre l’audience de l'avant-garde et ses capacités d'organisation et d'initiative en noyant Rouge dans un ensemble plus vaste qu'elle se donne à « animer » revient :
— à se décharger sur lui de ses propres tâches et pour ce
- 1. Cf. dans une certaine mesure, l'expérience du Comité Vietnam National.
faire à le caractériser comme révolutionnaire, en dépit de son incapacité à fournir une alternative organisée aux directions ouvrières ;
— à mettre l'organisation au service d'un mouvement dont les intérêts seraient supérieurs aux siens, sous prétexte qu'il pèserait à court terme face aux appareils d'un poids plus lourd que les groupuscules.
C) — La tentative du MR. procédait de ce type de substitution. Son échec n'était pas dû à une erreur de méthode (créé par le haut.….), mais de graine, c'est pourquoi nous l'avons condamné avant sa création. Sa liquidation ne manifeste pas seulement l’impossibilité de substituer des regroupements centristes aux groupes d'avant-garde, mais aussi les dangers de substituer au Parti révolutionnaire sa caricature, sous prétexte que l'affrontement décisif sans parti révolutionnaire constitué (ce qui est plausible) peut être victorieux : d'où l'on déduit mécaniquement que la construction d'un tel parti doit être abandonné à l'autodéveloppement du mouvement de masse d'avant-garde.
D) — Le MR, du point de vue de sa conception, avait l'avantage de définir une organisation théoriquement capable d'organiser l'avant-garde ouvrière issue de mai. Le mouvement étudiant même proclamé d'avant-garde en est par principe incapable (à développer ; cf. par exemple le S.D.S.).
Conclusion :
A) — Toute tentative d'ériger l'opportunisme politique en analyse de la conjoncture et sa propre impatience en principe théorique aboutit en fait par la substitution du «mouvement de masse d'avant-garde » à l'organisation révolutionnaire — au nom de la catastrophe imminente — à la liquidation du mouvement révolutionnaire.
B) — Le repli sur un empirisme à court terme (cf. ce qui se passe à Paris) noie l'intervention dans la crise présente dans la pure contemplation de l’évolution des contradictions objectives. 11 aboutit à ériger en « travail de longue haleine », méthodique et patient, sa propre incapacité pratique. Il a pour ultime conséquence de dissocier la tactique de construction du Parti (réduite à un gonflement linéaire) de la stratégie révolutionnaire : l'intervention consciente des militants révolutionnaires dans les luttes actuelles.
C) — Abandonner à notre initiative des luttes dans la jeunesse scolarisée le soin de construire une avant-garde ouvrière serait une capitulation devant nos tâches.
Mais : sous-estimer notre audience et privilégier l'implantation directe par la prise de contacts individuels sans l'appuyer sur un travail de masse dans les entreprises, sans combiner les luttes de la jeunesse scolarisée et leur rôle dans l'émergence d'une avant-garde ouvrière avec l'implantation de noyaux d’avantgarde dans les entreprises revient à : construire une organisation ouvrière dans l'organisation actuelle sans inclure cette digestion difficile dans une stratégie unifiée.
D) — Dans les deux cas l'opportunisme culmine dans la fuite en avant et le bricolage.
Æ) — Notre travail doit s'appuyer sur les deux principes suivants :
— penser l'implantation ouvrière en fonction des tâches du mouvement révolutionnaire (jonction étudiants-travailleurs) ;
— construire une avant-garde ouvrière, c'est-à-dire penser les tâches de l'organisation en fonction de son implantation ouvrière, quelle que soit son importance numérique (fusion intellectuelstravailleurs sous l'angle de la stratégie et de la pratique).
II. LES TACHES DE L'ORGANISATION ET LE TRAVAIL OUVRIER
1. Propositions pour la jonction luttes étudiantes - luttes ouvrières :
A) Dans la conjoncture présente, les tâches du mouvement étudiant sont triples :
a) Développer les luttes de masse sur son propre terrain, entre autres :
— en prenant toute revendication étudiante comme thème d'agitation politique ; — en opposant l'organisation du mouvement étudiant à la par- ‘ ticipation ; — en dénaturant l'Université bourgeoise, en mettant son fonctionnement, le contenu et la forme de l'enseignement au service du mouvement révolutionnaire.
Du point de vue des luttes ouvrières, outre son rôle politique propre dans la modification du rapport de force avec la bourgeoisie, le mouvement étudiant par ses luttes autonomes peut jouer un double rôle :
— accélérateur des luttes ouvrières (détonateur de luttes locales ?);
— modification de la conscience de classe des travailleurs et émergence d'une avant-garde ouvrière.
Pour remplir pleinement cette double fonction, le mouvement étudiant doit :
.b) Intervenir dans toute lutte ouvrière pour la décloisonner, faire circuler l'information, contribuer à étendre le mouvement, tracer des perspectives et proposer des formes d'organisation (C.A., comités de grève, assemblée générale, etc.).
c) Jumeler le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier.
| B) — Pour s'acquitter de ces tâches, surtout le jumelage, il est
impossible de s'en remettre à la spontanéité du mouvement ; la mise en pratique et l'efficacité d'une telle stratégie exigent :
a) Des militants formés au travail ouvrier, conscients des tâches générales du mouvement et de l'interdépendance des fronts de lutte, bref, des militants organisés capables :
— d'offrir au jumelage des perspectives d'action liées à la situation dans l’entreprise ;
— de disposer d'embryons de stratégie concernant les C.A. ouvriers, l'activité syndicale, les mots d'ordre à mettre en avant ;
— de définir en conséquence les formes d'organisation les plus adéquates ;
— d'éviter que le jumelage ne s'enlise dans des discussions stériles ou le populisme, conséquence immédiate du travail artisanal désinséré de toute stratégie (cf. Lénine dans Que faire ?).
b) Que soit réalisée, si peu que cela soit, la fusion avant-garde étudiante + avant-garde ouvrière qui seule peut donner son assise politique et organisationnelle à une telle initiative.
C) — A cet égard, deux dangers doivent être évités :
a) Substituer le jumelage C.A. étudiants - C.A. ouvriers à la construction d'une avant-garde ouvrière revient à confondre la jonction étudiants-travailleurs avec la fusion des intellectuels et des travailleurs dans une organisation d'avant-garde. Elle aboutirait à la création d'un mouvement révolutionnaire qui, effaçant les distinctions de classe et donne professionnelle, et se constituant en mouvement d'avant-garde :
— abandonnerait toute lutte revendicative et à la limite toute lutte de masse en milieu étudiant, dissolvant son origine et sa spécificité dans le fameux « mouvement révolutionnaire d'avantgarde » (cf. l'expérience de l'ex-U.J.C.ML. circonscrivant les tâches des étudiants progressistes à des œuvres de secours populaire) ;
— déclasserait (au sens strict) les militants ouvriers en les désinsérant de leur cadre d'intervention (l'entreprise).
b) Substituer l'implantation directe à la jonction étudiantstravailleurs, revient à :
— abandonner la jonction étudiants-travailleurs en la laissant à l'initiative spontanée du mouvement qui ne peut trouver sa voie que dans les périodes de mobilisation massive (cf. ce qui est advenu de la campagne jumelage au premier trimestre) ;
— sous-estimer le rôle du mouvement étudiant dans l'émergence d'une avant-garde ouvrière (abandon de fait de la ligne « Université Rouge » devenue incohérente et inapplicable).
D) — En résumé, si la jonction dans la lutte (occasionnelle ou généralisée) ne fait pas particulièrement problème, le jumelage durable des C.A. étudiants et des C.A. ouvriers suppose des militants d'avant-garde présents pour lui donner des perspectives. Dans cette optique, plusieurs initiatives peuvent être proposées :
— Impulser, par la propagande, l'agitation, en direction des entreprises, l'émergence d’une avant-garde ouvrière s'exprimant par la constitution de C.A. ouvriers à l'initiative des C.A. étudiants.
— Intervenir dans toute lutte ouvrière, ce qui suppose une désectorialisation sur Paris, des perspectives claires du SR. de Rouge, et des moyens organisationnels adaptés (cf. expérience catastrophique de la grève à Renault).
— Jumeler durablement les C.A. en fonction de leurs liaisons socio-professionnelles (C.A. médecine, C.A. hôpitaux, C.A. sociologie, C.A. de boîtes d'enquêtes, C.A. psycho, C.A. hôpitaux psychiatriques, etc.), ce qui permettrait à la fois une ébauche d'intersyndicalisme « vertical » et l'intervention commune dans des milieux différents.
_— Jumeler durablement les C.A. en fonction de leurs complémentarité sur des objectifs communs (C.A. architecture et À. du quartier des Halles, par exemple).
— Jumeler ponctuelement les C.A. en vue de fournir une aide militante aux C.A. d'entreprise et de procéder à une formation commune.
— etc., etc.
Nous reviendrons plus loin sur les moyens organisationnels correspondant à ces tâches. k (à suivre)
Rivière et Creach.
Texte sur le travail ouvrier
(tendance majoritaire) B.DR. n° 6
Notre courant politique a été pour la première fois, en mai, en mesure de participer aux luttes du mouvement ouvrier.
Au travers des comités d'action, de la jonction étudiantsouvriers, il nous a été pour la première fois possible de gagner une influence dans certaines couches de la classe ouvrière, grâce au prestige de la lutte des étudiants.
Alors que pendant plusieurs années, notre lien principal avec le mouvement ouvrier avait été notre programme, une jonction avec le mouvement ouvrier réel s'est effectuée.
Cependant, avec le « retour au calme » (même si celui-ci n'est que temporaire), les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ont repris un poids considérable, tandis que s’effritaient les regroupements « étudiants-ouvriers » et les organisations issues de mai.
Pour définir un «travail ouvrier », il faut partir de la situation actuelle dans la classe ouvrière, ainsi que de l’évolution politique probable.
À. CRISE ET REFLUX
Mai 1968 a été marqué par le débordement des organisations traditionnelles. Ce débordement a deux causes, l’une est durable, elle correspond à la baisse de prestige des directions traditionnelles et d'une influence croissante des « gauchistes »; mais, l'autre est le fait d'une période de crise sociale où éclatent les cadres ordinaires du mouvement ouvrier.
Nous avons caractérisé la période qui a suivi mai, comme période de reflux. Mais sans en tirer toutes les =2nclusions.
Une période révolutionnaire comme celle de mai est marquée avant tout par une métamorphose des masses.
Alors que celles-ci semblaient apathiques, que seule une minorité se regroupait dans les syndicats, qu'une plus faible minorité adhérait à un parti politique, brusquement toutes les couches de la population participent à la lutte. Même les secteurs les plus arriérés se mettent en mouvement, les couches les plus exploitées, qui courbent la tête dans les périodes « de calme », et none dent pas de syndicats passent brusquement à la tête de a lutte.
Les syndicats sont à la fois trop étroits pour contenir les masses et leurs directions bureaucratiques trop conservatrices
pour s'adapter à la nouvelle situation. La brusque élévation du degré de combativité et du niveau politique de la classe ouvrière les laisse dans un premier temps désarmées.
L'entrée en lutte de dix millions de travailleurs en mai, le niveau politique du mouvement étudiant avait d'emblée déplacé la lutte, créant un décalage considérable entre l'état d'esprit de la classe ouvrière et la volonté des bureaucrates d'en rester à un conflit « syndical ». À l'opposé, les idées « gauchistes » étaient en harmonie avec la situation.
Les étudiants avaient d'emblée posé la question du régime et l'avaient fait reculer. Aussi la propagande politique, antiparlementaire qu'ils développaient, au moment où de Gaulle était vacillant, recevait-elle un accueil favorable dans la classe ouvrière.
Par la suite, des illusions se sont créées sur le décalage entre la classe ouvrière et ses directions. On a souvent parlé d'une période «avant mai» où le P.C.F. contrôlait la classe ouvrière, et une période « après mai », où son influence serait extrêmement limitée, sans comprendre que la facilité de la jonction étudiantsouvriers était due en premier lieu à la période de crise et non à une rupture définitive de la classe avec ses organisations.
Il est nécessaire d'apprécier l'importance relative des deux facteurs.
La crise, déjà entamée avant mai, s'est accentuée très fortement dans les organisations staliniennes, majoritaires dans le mouvement ouvrier.
Cette crise s’est traduite à la fois par une perte d'influence de la C.G.T. et du P.C.F. et par une perte de prestige de la direction vis-à-vis des militants des organisations.
Cette perte de prestige est apparue au cours des élections professionnelles dans les grandes entreprises. Partout, et en particulier dans ses « bastions traditionnels » (le cas de Renault est particulièrement significatif), la C.G.T. régresse. Cette régression considérable (10-14 %)}), surtout au profit de la C.FD.T. si elle implique une mystification sur la nature de la direction Descamps, est fondamentalement positive : elle exprime la volonté de soutenir ceux qui (apparemment) en mai voulaient aller plus loin, manifestaient leur solidarité avec le mouvement étudiant contre ceux qui ont, de manière évidente, saboté le mouvement.
Parallèlement, la crise s'est étendue à l'intérieur du P.C.F. et de la C.G.T. (militants C.G.T. quittant le P.C.), cartes déchirées, non reprises, et s'est trouvée renforcée par l'invasion soviétique en Tchécoslovaquie.
Il existe aujourd’hui, dans la base du P.C.F. et de la CGT. une opposition larvée, écœurée par la politique de plus en plus droitière du Parti, ébranlée par l'affaire tchécoslovaque, même numériquement restreinte, cette apparition est pour nous capitale : il en sortira des militants bénéficiant d’un acquis politique que n'ont pas les militants issus de mai.
Enfin, l'échec de la tentative de regrouper les jeunes, malgré les moyens mis en œuvre par la direction de la C.G.T. laisse celleci en mal de jeunesse.
La CFDT. s'est renforcée en influence et en militants, mais son recrutement «gauchiste» et l'absence d'un appareil aussi structuré que celui de la C.G.T., prépare des jours difficiles à la direction Descamps. (Nous manquons à l'heure actuelle d'informations sur cette centrale dont l'étude doit être entreprise rapidement.)
Le prestige des étudiants « qui se sont battus sur les barricades » subsiste encore dans la classe ouvrière. L'intérêt suscité par les premières luttes étudiantes, et surtout l'accueil réservé aux étudiants (malgré leur petit nombre) venus à Billancourt le jour de la grève, montre qu'il ne s’agit pas d'un phénomène conjoncturel. Ceci est confirmé par les réactions très vives des travailleurs quand les membres du P.C.F. veulent interdire des distributions de tracts « gauchistes » à la porte des entreprises.
B — LES ORGANISATIONS TRADITIONNELLES RESTENT LES SEULES CAPABLES D'ORGANISER LA CLASSE OUVRIERE
Si les acquis politiques durables de mai (crise accentuée des directions ouvrières, prestige accru du mouvement étudiant) persistent, le retour à une période de calme relatif a redonné tout leur poids aux organisations traditionnelles et particulièrement aux syndicats.
Ayant à nouveau à faire face à la défense de ses intérêts quotidiens, la classe ouvrière ne peut que se tourner vers les seules organisations existantes, capables d'assurer cette défense.
Si les idées révolutionnaires sont aujourd'hui discutées, seules les organisations réformistes s'avèrent capables en pratique de défendre les travailleurs (même si elles le font mal).
Même si le prestige des organisations traditionnelles est affaibli, il ne sera SGiible de parler de développement d'un secteur ouvrier que quand nous aurons des militants implantés dans les entreprises, capables d'y diriger des luttes quotidiennes.
C — L'EVOLUTION DES CA.
C'est à partir de l'évolution de la situation politique qu'on peut comprendre celle des comités d'action.
Les comités d'action se sont constitués le plus souvent après la grève, regroupant à l'origine, des militants syndiqués ou non, critiquant l'attitude des directions au cours de la grève et décidé à mener un combat plus radical, en jonction avec le mouvement étudiant.
Ces comités d'action se sont progressivement vidés de leurs militants, à l'exception de ceux qui sont organisés dans les « groupuscules ».
Cette évolution s'explique aisément — les militants des C.A. avaient rejoint ceux-ci sur la base de l’action de mai, ils en attendaient des actes et non seulement des paroles, les C.A. étaient trop faibles et n'avaient pas l'audience qui leur aurait permis de lancer un mot d'ordre avec une chance de succès. Quelques expériences furent tentées à Billancourt en mai. Avec le reflux, leur situation devient de plus en plus difficile.
Ceux qui veulent agir se tournent à nouveau vers les seules organisations capables de le faire réellement, les syndicats, ou
1. I1 n'est question que des comités d'action d'entreprise ou interentreprises.
cessent provisoirement de militer. Ceux qui cherchaient un programme politique se tournent vers les « groupuscules ».
De plus, en perdant leur influence et leurs militants, les C.A. sont souvent sujets à la répression du patronat et des bureaucraties.
Les C.A. représentent un acquis dans les entreprises. L'expérience prouve que dès qu'une mobilisation se fait, ils peuvent à nouveau jouer un rôle (cf. le C.A. de Billancourt capable de convoquer un meeting de 350 militants). Il est par conséquent plus correct de les considérer comme «en sommeil» que comme morts. Il est possible qu’à l'occasion de nouvelles luttes, ils resurgiront rapidement. Les C.A. qui subsistent sont en fait des groupes de discussions politiques, où les militants d'avant-garde et les militants déjà politisés se réunissent pour débattre des problèmes tels que la construction du parti, le rôle du mouvement étudiant, etc. .
D— NOS TACHES
L'organisation est en proie à des débats considérables sur le travail ouvrier. Mais la plupart du temps ces débats ne reposent sur aucune analvse réelle des conditions dans la classe ouvrière et de nos possibilités d'implantation.
J1 faut dire clairement ae les conditions d'un travail dans la classe ouvrière n'ont pas été radicalement changées par mai. Il s'agit pour nous encore de regrouper patiemment des militants dans un milieu qui est organisé par le P.C.F. et les syndicats.
Ce travail est facilité par mai, les militants critiques sont plus nombreux, les groupuscules ne présentent plus le même repoussoir. Mais la nature du problème est le fait que nous ne pouvons diriger de luttes réelles dans les entreprises reste la même.
Aussi, nous devons affirmer, comme avant mai, que la construction d’un « secteur ouvrier » passe par les luttes réelles que nous pouvons mener. Or ces luttes seront menées encore pendant longtemps par les milieux où nous sommes implantés : lycéens et étudiants.
L'expérience de la province est en ce sens très significative. Si aujourd'hui nous nous développons beaucoup plus dans la classe ouvrière en province qu’à Paris, c'est en raison de la faiblesse du P.C.F., mais avant tout parce que les luttes menées par les étudiants et les lycéens ont une répercussion directe sur la classe ouvrière.
Les travailleurs se tournent vers nous, parce qu'ils nous voient dans les faits capables de lutter contre la bourgeoisie, de nous opposer à la police, etc.
Nous développer dans la classe ouvrière signifie donc aujourd'hui encore organiser les étudiants et les lycéens, et mener à partir de ces milieux des luttes réelles. Comme avant mai, la manière la plus efficace pour les étudiants de construire une organisation ouvrière est d'organiser, de politiser leur propre milieu de travail, l'intervention à la porte des entreprises n'a pas de sens si ce travail n'est pas fait.
Quant au travail en direction de la classe ouvrière et dans les entreprises, il suit deux axes :
1) Propagande générale
a) journal — au sujet de l'organisation de la rubrique ouvrière, voir Rouge n° 10;
b) les meetings : sur Paris, une campagne de meetings traitant de la situation politique et des tâches des révolutionnaires est prévue sur les quartiers et les banlieues. Des expériences analogues doivent être tentées en province.
2) Travail d'implantation a) travail en direction des entreprises
En fonction de l'importance des entreprises, et des possibilités que nous avons de nous implanter (contacts en mai, etc.), un travail de feuilles politiques distribuées régulièrement et lié à la vente du journal doit être fait sérieusement.
En prenant position soit sur les problèmes politiques du moment, soit en expliquant les raisons de la politique patronale dans l'entreprise (exemple : pourquoi Dreyfus refuse de renouveler les accords d'entreprise, l'affaire Saint-Gobain, etc.), et il nous est possible à la fois de créer une audience à Rouge, et de regrouper un noyau de militants.
Le travail en direction des entreprises demande un petit nombre de militants, suivant sequerenent les problèmes de la boîte, capable de discuter avec les contacts, etc.; d'autre part, des « brigades », constituées de militants étudiants, militant sur leur milieu de travail, mais aidant l'intervention (distributions, etc.).
Il faut à tout prix éviter « l'émigration » excessive d'étudiants vers les quartiers ou les usines.
b) Pour les militants qui se trouvent dans les entreprises, il s'agit avant tout de parvenir à gagner une influence, aussi l'implantation dans le syndicat est-il une tâche absolument nécessaire.
Cela ne signifie pas que les comités d'action là où ils existent doivent être abandonnés, ils permettent le regroupement de militants critiques, et la coordination de l'intervention sur la boîte. Ils ne sont pas un substitut au travail syndical.
Dick.
Travail ouvrier
Texte de la tendance minoritaire soumis au vote pour l’élection des délégués
au congrès B.DR. n° 11 INTRODUCTION
Les camarades coupables de ce texte ont dû l'écrire, pressés par le temps, au bout de la nuit. Il n'est donc pas exempt d'incohérence, d'approximations périlleuses, de blancs, aussi redoutables que ceux que nous dénonçons. Bref, il devrait répondre à son objectif : susciter une polémique constructive. Pour l’essentiel, il poursuit le texte déjà paru dans le Bulletin n° 3, sous le titre : « Propositions pour le travail ouvrier parisien ». Ce texte, dit de propositions et qui n'en faisait pas trop, trop allusif et trop: abstrait, pour pouvoir répondre aux questions urgentes, rencontre, avant d'avoir été terminé (mention à suivre), un nouveau texte (Bulletin n° 6) qui révèle les fondements politiques du travail marginal dont nous n'avions pu que «tirer » les implications théoriques.
I. BONNES INTENTIONS ET MAUVAISE METHODE
Le texte sur le travail ouvrier (B.D.R. n° 6) part d'un certain nombre de bons sentiments, notamment la volonté d'assainir le débat en posant le problème du travail ouvrier dans le cadre d'une « analyse » réelle (p. 4) : « Pour définir le travail ouvrier, il faut partir de la situation actuelle dans la classe ouvrière, ainsi que de l’évolution politique probable. » (p. 1)
Seulement voilà. sous couvert « d'analyses réelles », le texte se borne à une description formelle des rapports entre la classe et les organisations traditionnelles :
a) On raisonne dans le strict cadre des relations de la classe aux appareils.
C'est pourquoi, on produit une analyse politique qui tient dans un dé à coudre :
— En mai, «les idées « gauchistes » étaient en harmonie avec
la situation » (p. 1). C'était le bon temps! — Après mai, on assiste à une reprise en main globale de la
classe par les appareils ; faut pas se faire « d'illusions » sur «le décalage entre la classe ouvrière et ses directions » (p. 2).
— Toutefois, comme lot de consolation, il y a les « bavures », les « miettes » : dans le cadre de la fameuse crise qui n’en finit pas de mürir, tant à la C.G.T. qu'au PC. il y a des militants écœurés qui se sont détachés des directions bureaucratiques et «cherchaient un programme politique ». Ceux-là «se tournent vers les groupuscules ».
Conclusion : Recruter. C.Q.FD.
b) En se cantonnant à cette « analyse » formelle, on escamote les rapports de classe actuels et à venir.
Tout au long du texte, le problème de la situation de la classe ouvrière est posé comme le problème des rapports du prolétariat avec les organisations traditionnelles et non sous l'angle des rapports entre la classe ouvrière et la bourgeoisie du point de vue de l'insertion du prolétariat dans l'ensemble des rapports de classe. Ce qui a pour corollaire le fait de poser Je problème au travail ouvrier en dehors de toute perspective stratégique. Dès lors, de ce point de vue, mai ne peut être perçu que comme une parenthèse. Une parenthèse ouverte d'abord par le débordement des appareils, et fermée par le retour en force des organisations traditionnelles qui ont repris « tout leur poids ». Que reste-t-il, en fin de parenthèse, comme « acquis de mai » ?
De nouveaux rapports sociaux ?
Un nouvel équilibre de forces entre bourgeoisie et prolétariat ?
Non : «la crise accentuée des directions ouvrières ».
Malgré cette crise, les organisations traditionnelles, ayant re-
ris tout leur poids, « elles restent les seules capables d'organiser
classe ouvrière » (p. 3).
Limités à cet angle d'analyse, les grands mouvements sociaux perçus du point de vue des rapports entre la classe et l'appareil apparaissent non comme des phénomènes historiques, mais comme des phénomènes relevant de la nature : vague après vague, au rythme balancé des flux et reflux, l'histoire défile, une vague effaçant l'autre, le reflux défaisant ce que le flux a fait.
C'est pourquoi : «il faut dire clairement que les conditions d'un travail dans la classe ouvrière n'ont pas été radicalement changées par mai » (p. 4).
Une telle vision empêche évidemment totalement de comprendre ce que fut mai. Mai a été, avant tout (c'est une évidence, mais utile), une lutte de classe d’une ampleur extraordinaire entre l'ensemble des couches sociales et d'abord entre prolétariat et bourgeoisie. Mai a été une crise spécifiquement politique, marquant après de longues années l'irruption des masses sur la scène historique. À travers mai, la classe ouvrière a développé de nouvelles formes de lutte et de nouvelles formes d'organisation pour les assumer. À travers mai, la classe ouvrière a réappris, même de façon embryonnaire, les chemins de son organisation autonome : et cela, c'est une rupture fondamentale.
- Voilà quels sont les acquis de mai! et non, le débordement des appareils, la reprise en main par les appareils et, enfin : l'impuissance.
Précisons que nous ne nions ni l'existence, ni l'importance des organisations traditionnelles, mais on ne peut comprendre leur rôle qu’en l'intégrant à l'ensemble des rapports de classe.
Sur sa lancée, le texte ne tient aucun compte des perspectives politiques et se contente de figer la situation actuelle. La période actuelle est une période de crise politique profonde de la bourgeoisie française. relève du gaullisme est une question actuelle, même si on ne peut en fixer la date ni les modalités.
Elle pourra intervenir avant, pendant ou après les conflits sociaux à venir : ce qui importe à noter, c'est que la question de la relève du gaullisme marque de son sceau toutes les autres questions.
Dans une telle perspective, l'objectif des révolutionnaires doit être de faire en sorte que la classe ouvrière intervienne dans le règlement de la question du gaullisme, que la bourgeoisie ne puisse pas tranquillement changer la forme politique de son exploitation. Deux types d'intervention sont exclus :
1) Une intervention du type et de l'ampleur de celle de mai.
2) Une «solution gouvernementale » proposée en notre nom au nom des travailleurs.
L'objectif des révolutionnaires doit être de mettre en avant les formes d'organisation autonome de la classe, d'aider celle-ci à s'organiser pour mener à bien ses luttes politiques. Les objectifs de lutte peuvent être, au départ, de simples revendications économiques : aujourd'hui, de telles revendications ont un sens immédiatement politique. Il s'agit de dégager ce sens, de lui donner un prolongement dans la logique des mots d'ordre de transition (par exemple, lier la revendication du réajustement immédiat des salaires à celle de l'échelle mobile ; lutter pour l'échelle mobile des salaires en réclamant le réajustement immédiat des salaires, voir Rouge n° 7).
Les fonctions de telles propagande et agitation en direction de la classe ouvrière seraient les suivantes :
1) Eduquer politiquement la classe.
2) Poursuivre l'œuvre de mai en aidant à unifier politiquement la classe face à l'Etat bourgeois.
3) Préparer l'intervention de la classe ouvrière dans la période de relève du gaullisme, sur ses propres mots d'ordre avec ses formes d'organisation propre (précisons que ces formes d’organisation peuvent être très diverses : comités de grève, comités de lutte contre le chômage; qu'elles ne recouvrent pas uniquement le C.A. d'entreprise, et qu'il n’est évidemment pas question de substituer le C.A. au syndicat).
Il faut maintenir pour l'essentiel l'analyse produite et les perspectives tracées dans l'éditorial de Rouge n° 7. Même si ces perspectives (mots d'ordre et formes d'organisation) n'ont pour e moment qu'une fonction propagandiste, ils devraient dans l'hypothèse de luttes ouvrières prendre rapidement une si ification pratique, Quoi qu’il advienne, ils répondent en partie à ja période présente, que se produisent ou non des retournements conjoncturels qui pourraient nous amener à les réviser.
Faute de pouvoir poursuivre plus longtemps et développer ce point (ce qui doit être œuvre collective), nous affirmons :
— que nous devons prendre en charge la propagation de ces mots d'ordre, et populariser des forces de lutte répondant à la situation actuelle où ils prennent un sens pratique ;
— qu'il est parfaitement incohérent de les accepter dans le journal et de ne pas les placer au centre de notre activité pratique.
II. COMMENCER PAR ORGANISER LES MILITANTS EXIS- TANTS
a) Critique du texte 6 et considérations politiques :
Partant de la constatation que nous ne pouvons pas mener de luttes « réelles » en milieu ouvrier, le développement du secteur ouvrier est renvoyé aux Calendes grecques. Dans cette perspective, point n’est besoin de cadre organisé, de contrôle politique et d'élaboration (les perspectives viendront d'elles-mêmes, en temps voulu); il suffit, pour combattre l'émiettement, de mettre les miettes en commun : l'échange périodique d'information apparaît comme un remède miracle.
Le texte affirme : «Il ne sera possible de parler de dévelo pement d'un secteur ouvrier, que quand nous aurons des militants implantés dans les entreprises, capables d'y diriger des luttes quotidiennes.» Il ajoute peu après, pour être sûr d'être compris : « Nous ne pouvons diriger de luttes réelles dans les entreprises. »
Qu'est-ce à dire ? Simplement ceci :
— partant d'une donnée réelle (la faiblesse de notre implantation), le texte renvoie à une date ultérieure l'organisation et le contrôle politique du petit nombre de militants implantés (et oui ! ils existent |), capables de mener des luttes quotidiennes dans les entreprises ; ou, plus exactement, disons pour être juste que cette organisation et ce contrôle politique se réduisent à un échange périodique d'expériences isolées entre elles.
Bref, partant d'une évidence, on l'érige en stratégie : l'évidence étant la faiblesse de notre implantation en milieu travailleur, on construit une « stratégie » à partir de cette faiblesse, et non en fonction du but qu'on assigne (construire le Parti Révolutionnaire) en s’efforçant de remplir les tâches qui sont celles de l'avant-garde aujourd'hui,
— en second lieu, tout ce raisonnement est sous-tendu par la conception mystique du «cadre ouvrier» : avant d'arriver à l'image du cadre-ouvrier-qui-dirige-des-luttes-de-masse, il y a tout un travail régulier, il y a des luttes partielles, il y a des positions à prendre sur des problèmes syndicaux de tout ordre. Laisseronsnous nos militants attendre patiemment leur transformation en « cadre ouvrier » ou l'arrivée salvatrice de « cadres » déjà formés
ur commencer enfin à nous préoccuper de l'organisation et de a direction de leur travail ?
— troisièmement, nos militants, qu'ils aient la chance ou non d'être des « cadres » doivent avoir une intervention syndicale uni-
fiée. Il faut en finir avec l'artisanat et le bricolage, qui font que tel militant prend telle position dans une entreprise, et telle autre dans la sienne est exactement le contraire. Face à des problèmes tel que le front syndical commun, l'échelle mobile, la lutte contre la participation sous toutes ses formes, la prise de responsabilité syndicale. l'ensemble des militants ouvriers de l'organisation doit défendre la même position. Ce n'est pas à chaque militant en particulier, d'improviser «sur le tas», une position personnelle (qui pourrait être celle de l'organisation) en se fondant sur sa culture politique et sur sa conscience de classe. Le texte méconnaît complètement les possibilités de notre organisation : telle qu'elle est (avec ses tares et ses limites), elle peut et doit épauler chaque militant dans son travail, tant d'un point de vue strictement technique, que d'un point de vue politique (si tant est que les deux soient séparables). 5
b) Un exemple de proposition concrète : la Commission syndicale :
Voici la conception de l'organisation de notre travail syndical, telle qu'elle a été développée lors d'un stage par certains de nos camarades : il faut que soit mise sur pied (au moment où paraît ce texte, le travail est déjà commencé) une commission syndicale parisienne.
1° Ses buts :
— direction régulière du travail des militants syndicaux sur les boîtes. " Cet aspect du travail de la Commission est extrêmement concret : tour de table, confrontation d'expériences, résolution en commun d'un certain nombre de problèmes locaux épineux.
— formation syndicale :
Tous nos militants sont loin d'avoir toutes les connaissances indispensables à un bon militant syndical, tant sur le plan juridique (droit syndical, législation du travail), que sur le plan historique (histoire de la C.G.T. grandes luttes syndicales, textes de la C.G.T.U. syndicalisme révolutionnaire...), que sur le plan Rap jorgsnisation syndicale (structures, fonctionnement, maillons aibles...).
Cette formation doit être assurée directement : exposés-discussions, stages de travail, mais aussi indirectement : circulation de textes ronéotés (compte rendu d'exposés, brochures de base) pour les nouveaux arrivants, et aussi pour l'ensemble de l'organisation : il est inadmissible de voir des militants étudiants sortir en public des énormités sur ce sujet. On peut aussi concevoir que la Commission convoque des stages de formation élargis pour combler ces lacunes.
— Elaboration en commun des axes de notre intervention syndicale.
Il est évident que nous n'aurons pas avant longtemps de ligne d'intervention syndicale globale, cohérente. Le faible développement de notre organisation, le manque de travail de réflexion en
‘ ce domaine, tout cela restera pour nous assez longtemps un gros handicap.
Mais ce n'est certes pas une raison pour repousser tout simplement à une date ultérieure tout effort de recherches organisées.
AU CONTRAIRE :
Il est d'une nécessité vitale que l'intervention syndicale de nos militants soit unifiée, que nos axes de travail principaux soient les mêmes. Il est possible, dans l'état actuel de nos forces, de déterminer en commun des positions sur des problèmes de fond posés par l'activité syndicale du moment et sur des problèmes généraux qui se posent à tout syndicaliste. S'y refuser, serait tout simplement prolonger un état de fait désastreux, considérer comme « normale » notre carence en ce domaine (à noter que le refus de ce travail d'élaboration est souvent assorti d’une démagogie ouvriériste, dans le genre : « Tu comprends, les ouvriers, ïs s'en foutent des grands discours sur «parti et syndicat » ou sur des trucs théoriques ; ce qu'ils veulent, c'est discuter concrètement de leurs problèmes concrets. »).
Sans méconnaître la nécessité des discussions techniques et concrètes (elles sont placées en premier point des tâches de la Commission), il n’est pas nécessaire de s'étendre sur la dissociation entre abstrait/concret, comprise comme une coupure entre théorique/pratique, intellectuel/manuel, politique/syndicalisme..
— contrôle des articles ouvriers de Rouge :
Chaque fois que possible, il est extrémement important que les articles du journal soient discutés et si nécessaire amendés par la Commission. Dans ce domaine, le journal a montré bien des insuffisances. Quand, par exemple, un article titre « Déjà huit comités d'action à Billancourt » et suggère (en période de reflux paraît-il) la perspective d'une coordination au niveau de l'entreprise, comme embryons des futurs comités de grève, l'enchevétrement des contradictions atteint son point maximum.
Quand doit patte un tel article, même s'il reflète l'avis de militants capables et nombreux, il est bon qu'il soit discuté avant sa parution, car, qu'on le veuille ou non, par les perspectives qu'il propose, il engage l'ensemble de l'organisation.
La Commission devra d'ailleurs travailler à la rédaction collective de certains articles de Rouge.
— discussion des textes de Congrès sur notre intervention dans les syndicats :
Là aussi, il se peut que l'élaboration de ces textes soit confiée par le Secrétariat de Rédaction à un militant responsable, en particulier. Il est normal, d'autre part, que ces textes soient discutés par l'ensemble de l'organisation dans le cadre de la préparation du Congrès. Malgré cela, la discussion dans le cadre de cette Commission (même si elle n’a pas le pouvoir délibératif), offre l'avantage :
-— de penser cette intervention sur la base de données concrètes vs des militants effectifs, sur des entreprises existantes) ;
— de nuancer, ou préciser certains points du texte, grâce à l'expérience syndicale de ses membres.
2° Sa composition :
— militants syndicaux ;
— militants des quartiers ou étudiants qui se trouvent directement et régulièrement confrontés dans leur pratique quotidienne à la nécessité de résoudre des problèmes syndicaux : exemple : animateurs responsables de groupes ouvriers ;
— camarades travaillant en liaison directe avec l’ensemble des sections syndicales.
3 Sa périodicité :
Pour qu'elle puisse fonctionner comme une véritable réunion de travail, il faut qu'elle soit hebdomadaire.
4 Son infrastructure matérielle :
Il est nécessaire de doter cette Commission d'un matériel de travail adéquat : constitution progressive d’une bibliothèque syndicale, abonnement aux journaux syndicaux essentiels, centralisation des parutions locales, centralisation des textes, fiches, comptes rendus d'exposés sur les problèmes syndicaux, consultables à tout moment ; matériel propre de polycopies.
5° Sa liaison avec l'organisation :
La Commission devra diffuser dans l’organisation (y compris la province) les textes et brochures qu'elle pourra produire. Île pourra organiser des stages de formation syndicale élargie à d'autres membres de l'organisation.
Chaque militant participant à cette Commission est tenu de faire des rapports réguliers et complets dans son cercle, voire dans son secteur. Les commissions ouvrières de secteur seront régulièrement informées du travail de la Commission syndicale.
N.B. — L'existence d'une Commission parisienne ainsi définie est possible parce qu'elle correspond à un certain développement de notre travail. Il est clair que des Commissions du même type pourront fonctionner fructueusement (avec des variantes) dans certaines villes de province, là où nos forces le permettent.
III — DEPLACER LE CENTRE DE GRAVITE DE L'ENSEM- BLE DE L'ORGANISATION EN FAISANT PORTER TOUT SON POIDS SUR LE TRAVAIL OUVRIER
a) Critique du texte 6 :
Partant de la constatation que nous ne pouvons pas mener de luttes «réelles» en milieu ouvrier, et que nous le pouvons en milieu étudiant, le texte conclut :
« Nous développer dans la classe ouvrière signifie donc, aujourd’'hui encore, organiser les étudiants et les lycéens, et mener à partir de ces milieux des luttes réelles. Comme avant mai, la manière la plus efficace pour les étudiants de construire une organisation ouvrière est d'organiser, de politiser leur propre mi-
lieu de travail, l'intervention à la porte des entreprises n'a pas de sens si ce travail n'est pas fait. »
Il est évident que dans l'état actuel de notre organisation, il serait dangereux d'abandonner le travail en milieu étudiant, de dégarnir complètement un front où nous avons la possibilité de diriger des luttes. Mais quelqu'un défend-il cette conception ? N'est-ce pas là encore une fois un moulin à vent sur lequel on rompt des lances ?
Il est non moins évident que (dans l'état actuel de notre implantation) une stratégie d'implantation ouvrière doit prendre appui sur des secteurs marginaux (étudiants, lycéens) où nous sommes des forces politiques importantes,
MAIS à aucun moment le texte ne précise ni l'organisation générale de ce travail d'implantation (qui le planifie, qui le dirige, qui le contrôle ?) ni les formes concrètes des rapports étudiants/ ouvriers.
La ligne « Université Rouge» semble être endormie au fond d'un vieux carton à chapeau.
MIEUX, toutes les remarques, un tant soit peu précises, visent à limiter le champ et la portée de ces interventions :
«Le travail en direction des entreprises demande un petit nombre (souligné dans les textes) de militants, suivant régulièrement les problèmes de la boîte, capables de discuter avec les contacts... »
« Il faut à tout prix (souligné par nous) éviter « l'émigration » excessive d'étudiants vers les quartiers ou les usines. »
« Des « brigades » constituées de militants étudiants, militant sur leur milieu de travail, mais aidant l'intervention (distributions)... »
11 y a donc à la fois :
.— volonté de limiter numériquement l'intervention suivie de militants en direction des entreprises ;
— volonté de réduire l’action étudiante à celle de « brigades » assurant des tâches essentiellement d'aide technique.
b) Pour une direction centralisée de l'implantation ouvrière prise en charge par l'ensemble de l'organisation :
Si l'on ne veut pas construire un «secteur ouvrier» comme une chambre à cloisons étanches sans rapport avec les autres parties de l’organisation, si l'on ne veut pas que le travail ouvrier soit réservé à quelques « spécialistes », mais engagent l’ensemble de l'organisation, il est nécessaire de déplacer le centre de gravité de notre travail politique et de faire peser notre effort sur le travail ouvrier, comme tâche essentielle et primordiale de la période.
Pour cela, le travail d'implantation et de propagande politique en direction des boîtes doit être organisé :
Il doit suivre les canaux habituels, avec responsabilité politique à tous les niveaux. Il ne doit ni court-circuiter, ni concurrencer les instances politiques responsables :
Voici donc (en très gros) des modalités logiques d'organisation de ce travail : elles n'apportent apparemment rien de nouveau, mais les tâches élémentaires ne sont pas à ce jour remplies.
— La direction de ville (et notamment la direction parisienne). Elle planifie et organise les campagnes de défrichement (exemple de la banlieue Nord). Elle centralise et répartit les informations et les contacts. Elle organise et contrôle les jumelages. Elle convoque, quand elle le juge nécessaire des assemblées générales de ville de militants ouvriers.
— Les directions de secteur planifient et organisent le travail par secteur.
— Les assemblées générales ouvrières de secteur ou les com missions ouvrières par secteur :
Elles sont placées sous la responsabilité directe des directions de secteur. Elles étudient les modalités très concrètes de l'intervention, Mais ne doivent en aucun cas doubler la Commission
syndicale. Encore une fois ceci est très approximatif et serait à développer.
c) Les jumelages de cercles :
1° Contre une pratique politique erronée, contre un fonctionnement défectueux de l'organisation :
_— Contre le cloisonnement et l'hyper-spécialisation :
Les différents secteurs (lycéens, étudiants, quartiers) sont isolés et manquent de liaison entre eux. Ce cloisonnement n'est d'ailleurs pas étranger à la décision qui avait été prise il y a quelque temps d'immoler la direction parisienne et de confier à des responsables nationaux la direction de chaque secteur.
Cela donne des militants remplis d'un effarant « esprit de chapelle », coupés de toute information sur les luttes et l'état des autres secteurs, en un mot d’affreux « spécialistes ».
Amenés à intervenir dans un autre milieu que le leur, ils se trouvent complètement désarmés.
Les déviations politiques que fait fleurir ce cloisonnement sont
très variées :
ouvriérisme : tendance à considérer les militants du secteur étudiant, non comme des camarades de lutte, mais comme d'affreux petits-bourgeois « abstraits ».
néo-marcusianisme : tendance à penser l'ensemble des questions politiques en fonction des rapports étudiants/Etat bourgeois. Tendance à considérer le mouvement étudiant dans son ensemble comme le substitut à une avant-garde révolutionnaire.
__ Contre l'existence au sein d'une même organisation de « lignes politiques » par secteur sans rapport entre elles.
Toute ligne politique, toute application concrète de cette ligne à un secteur donné doit être déterminée non pas d'une manière parcellaire, en fonction des intérêts spécifiques, ou de l'idéologie dominante de chaque secteur, mais en fonction d'une perspective d'ensemble.
Elle doit tenir compte, notamment des rapports de forces entre bourgeoisie et prolétariat et de l'influence directe de l'action menée dans un milieu sur la totalité des autres milieux de tra-
vail. La conclusion directe de ces remarques est qu'il N'EXISTE PAS DE LIGNE SPECIFIQUEMENT ETUDIANTE élaborée en fonction des rapports étudiants-administration, étudiants-Etat bourgeois, sans tenir compte de ses rapports avec les luttes ouvrières.
— But du jumelage de cercles :
— épauler des secteurs déficients de l'organisation :
les cercles de quartiers connaissent un certain nombre de difficultés : ils sont bâtards, contiennent toutes sortes de militants ayant des secteurs d'intervention différents, et des statuts sociauxprofessionnels divers. Ils ne parviennent pas, le plus souvent, à équilibrer leurs activités entre l'animation politique d'un quartier et l'implantation sur un certain nombre d'entreprises. Ils sont à la fois des regroupements géographiques, mais aussi des relais dans la constitution de cercles d'entreprises. Très souvent, ils manquent de vie politique parce qu'ils sont hétérogènes, que leurs membres manquent de formation politique, et qu'ils ne peuvent pas répondre aux problèmes d'intervention de leurs divers militants.
Un jumelage cercle étudiants/cercle de quartier doit permettre d'épauler le cercle de quartier de deux points de vue :
— aider à assurer la formation politique de ses membres ; ù F aider le cercle à faire face à un certain nombre de ses tâches.
— aider à la constitution de noyaux politiques stables sur les entreprises :
Il est possible, très concrètement, d'aider à naître et se développer de futures cellules d'entreprise. Des expériences de ce type ont été entreprises en lettres, socio et philo.
— Contribuer à assurer une formation politique équilibrée pour les membres de l'ensemble de l'organisation.
— Modalités concrètes :
— travail commun :
des réunions communes entre un cercle de quartier et un cercle étudiant ou un cercle étudiant et un cercle ouvrier peuvent être organisées à intervalles réguliers. Leur périodicité doit être conçue de façon à ne pas gêner le travail propre de chaque cercle (exemple : tous les quinze jours ou trois semaines).
On s'efforcera de mettre à l'ordre du jour de ces réunions, chaque fois que possible, une discussion commune du journal. Des stages de formation politique communs peuvent être organisés : l'expérience montre qu'ils sont très fructueux.
— assistance politique :
il est possible aux militants du cercle étudiant de constituer
e documentation générale sur une branche d'industrie ou une région.
Le cercle étudiant peut contribuer à la formation politique individuelle ou collective des militants du cercle de quartier ou du cercle ouvrier et vice-versa.
Le cercle étudiant peut organiser de brefs meetings devant une
boîte, organiser des conférences ou animer des cercles rouge regroupant des militants d'une entreprise ou d’un quartier.
— assistance technique :
distribution de tracts, collages, vente de journaux à la porte des boîtes. On connaît les raisons de sécurité qui imposent de faire accomplir certaines tâches militantes par des «éléments étrangers » à l'entreprise.
Un seul exemple montrera encore une fois qu'il ne faut pas dissocier tâche technique et tâche politique : c'est bien souvent aux distributeurs extérieurs à la boîte que s'adressent les contacts intéressés.
IV — CONSTRUIRE LE PARTI EN DEVELOPPANT TOUTES SES FORMES DE LIAISON AVEC:LA CLASSE :
a) Critique du texte 6, encore une fois la mystique du programmie :
Une liaison correcte de l'avant-garde à la classe est composée d'un réseau de liens très variés, plus ou moins étroits, qui les unissent (cf. Lénine, Un pas en avant, deux pas en arrière). On peut même affirmer que l'avant-garde n'existe que par ce mode complexe de relations avec les masses.
C'est pourquoi il est faux de réduire cette liaison à une simple adhésion au programme révolutionnaire; nous renvoyons à ce sujet au texte du B.D.R. n° 7 qui dénonce :
«… «l'oubli» que l'organisation d'avant-garde n'existe que dans-son rapport aux masses, et dans sa capacité, si minime soitelle, d'amener les masses à travers leurs propres expériences à la conscience réelle de leur situation de classe.
« Un tel « oubli » crée une façon particulière de poser le problème des rapports avant-garde/masse, avec une « logique interne» que nous décrivons rapidement et forcément de façon schématique. Dans une telle conception, l'avant-garde se réduit à sa seule apparence extérieure, formelle : — «un programme » — «une organisation». Alors que l'organisation d'avant-garde ne se comprend que dans son rapport avec les masses, un « groupe » non lié aux masses est appelé « organisation ». Alors que le programme ne se conçoit que par la possibilité qu'ont Te masses de faire l'expérience pratique de sa justesse, un texte « idéologique » est baptisé programme. »
Il est clair que le texte du B.D.R. n° 6 offre un bel exemple de la conception incriminée :
«… pendant plusieurs années, notre lien principal avec le mouvement ouvrier avait été notre programme...» (p. 1)
« Ceux qui cherchaient un programme politique se tournant vers le groupuscule. » (p. 3)
Il est clair aussi que c'est pour cette raison que les relations
entre les masses et leur direction sont conçues uniquement en terme de « cote de prestige » :
«baisse de prestige des directions traditionnelles » (p. 1). , : perte de prestige de la direction vis-à-vis de ses militants » «le prestige des étudiants qui se sont battus sur les barricades » (p. 2). _. ë : 5 prestige des organisations traditionnelles est affaibli» p. 3).
b) Développer toutes les formes de liaison avec la classe :
Une organisation révolutionnaire doit tisser avec la classe ouvrière les liens les plus variés s'exprimant toujours par et dans des formes d'organisation, d’agitation, et de propagande.
1 — Le rapport entre avant-garde et masses est toujours un rapport qui fait intervenir des formes d'organisation fondées sur une différence fondamentale de nature : entre l'organisation révolutionnaire (homogène sur la base du marxisme, centralisée dans l'action) et les autres formes d'organisation de la classe, expression de son mouvement spontané historiquement déterminé.
Mais à opposer l'organisation des révolutionnaires aux organisations traditionnelles, on s’enferme dans une alternative insurmontable, en raison pour la période historique présente des caractères spécifiques de ces organisations (stalinisme) : organiser ces militants dans l'organisation en parti ou les organiser dans le cadre même des organisations traditionnelles (spécifiquement les syndicats). En dehors de cette alternative, toutes les autres formes d'organisation seraient vouées à l'impuissance, et en dehors de leur capacité de diriger des luttes, tourneraient à vide pour être finalement brisées pas les staliniens.
L'analyse des C.A. actuels, de leurs rapports aux syndicats, confirmerait cette analyse. Ainsi, en dehors d'une audience de masse acquise par le travail syndical, rien ne serait possible.
L'expérience historique confirme cette analyse. Et elle demeure vraie pour l'essentiel.
Mais à transformer en stratégie une photographie qui ne fait intervenir aucun élément spécifique de la situation aboutit à ce que cette analyse, dès le début insuffisante, finit par se transformer en erreur.
A ne raisonner que dans le strict cadre des rapports entre les appareils et la classe, on risque de réduire la spécificité de leurs rapports à des généralités vagues (débordement en mai, puis reprise en main par les appareils).
En dehors de toute analyse concrète de leurs rapports, on risque d'ériger en stratégie la solution concrète à un problème particulier.
Mais d'autre part cette analyse n’est elle-même possible que dans le cadre d’une analyse des rapports sociaux d'ensemble.
Ce travail ne saurait être accompli que par l'ensemble de l'organisation. On peut simplement risquer quelques hypothèses :
2 — La crise du régime est telle que toute revendication immédiate prend d'emblée un caractère politique. Ceci pour deux ordres de raison :
— faible marge de manœuvre de la bourgeoisie, aux prises
À ses propres déchirements et impératifs internes (cf. Rouge n° 7);
— autonomie du facteur politique dans la détermination des travailleurs les plus conscients, c'est-à-dire prendre toute revendication immédiate comme raison d'une bataille politique. Exemple : les jeunes.
Ce second point est précisément l’acquis fondamental de mai, qui se manifeste chez tous les travailleurs, de manière souvent contradictoire. Le problème est de saisir s'il est un résidu rapidement estompé d’une irruption violente, ou s'il comporte, en raison de la crise majeure du système, les germes du développement ultérieur de luttes et des formes organisationnelles qui surgiront de ces luttes.
3 — Faute de l'analyse à entreprendre, on peut risquer sur les simples bases d'expériences sectorielles :
— que les luttes qui viennent feront resurgir les formes de regroupements issues de mai;
— que ces formes d'organisation comme expression de la détermination politique des travailleurs et d’une rupture minoritaire, mais organisée resurgiront ;
— qu’elles ne joueront pas un rôle dirigeant et ne sauraient se substituer aux syndicats et à leurs directions.
De toute façon, c'est à «alimenter » cette rupture que nous devons nous consacrer, par l'agitation et la propagande (cf. par exemple : campagne pour le contrôle ouvrier).
C'est dans ce cadre qu'il est possible d'envisager que les luttes étudiantes autonomes, en approfondissant le déséquilibre du régime et'en contribuant à la modification des rapports de classe, peuvent contribuer à l'émergence organisée d'une avant-garde ouvrière.
C'est dans cette optique, entre autre, que peuvent être envisagés les objectifs du jumelage C.A. étudiants et C.A. ouvriers.
C'est enfin dans ce cadre que nous devons répondre en termes d'organisation aux militants qui, par exemple :
— cherchent la dimension politique de leur travail syndical et par là-même une « autre » ligne syndicale (C.FD.T.);
a en rupture avec les autres syndicats (gauchistes circonstanciels) ;
— les jeunes.
4 — Ces formes d'organisation peuvent (outre les C.A. qui restent encore à définir) être des groupes politiques stables dans les entreprises (entourés d'un vaste réseau d'informateurs) capables de s'exprimer politiquement et de créer (par leur forme d'expression) un rapport de forces réel avec les directions syndicalistes (feuille d'agitation, bulletin).
— de trouver un pôle extérieur qui facilite leur intervention syndicale,
— un lieu de formation et d'éducation politique.
. Placés sous ce contrôle politique explicite ou sous l'influence directe des militants rouges, ces formes d'organisation sont aussi
le lieu adéquat pour sélectionner et recruter des militants ouvriers.
Encore une fois, il ne s'agit pas de chercher une réponse magique à tous les problèmes.
Mais il ne s'agit pas non plus d'une simple « expérience » répondant concrètement à des problèmes spécifiques. Affirmer qu'elle n'est pas généralisable n'interdit pas de penser que comme tentative de trouver des formes de liaison adaptées entre Rouge et les travailleurs (indépendamment du simple rapport Rougesyndicat), elles ne prennent une signification qui dépasse largement son but initial.
A titre d'exemple, nous reproduisons ci-dessous l'éditorial du n° 1 du Bulletin ouvrier parisien :
«Ce bulletin, né de la confrontation et de l'expérience pratique de militants révolutionnaires, diffuseurs ou lecteurs de Rouge, liés ou non à ce journal, syndiqués de toute centrale ouvrière ou non syndiqués.
Né de notre expérience pratique, ce bulletin occupe une place particulière entre ce que mai nous a appris et ce que nous avons appris depuis mai. Tous diront : c'est un bulletin de plus ! C'est vrai! Mais ce n'est :
— Ni un bulletin d'entreprise, simple feuille d'agitation dont le contenu est trop étroitement lié à une boîte et à tous ceux qui le lisent et qui exigent souvent des efforts disproportionnés par rapport à ses résultats.
— Ni un organe de groupuscule, qui précisément se fonde sur la libre adoption d’une ligne politique déterminée.
Or, ce bulletin ne suppose pas pour participer à sa rédaction l'accord avec une ligne politique globale ou avec l'intégralité d'un programme révolutionnaire.
— Instrument de liaison et de regroupement de militants révolutionnaires dans les entreprises, La Taupe Rouge s'efforcera de tirer les leçons des luttes menées dans les entreprises et de permettre par la confrontation d'expériences de faire le bilan et de tracer les perspectives.
— Tribune libre de militants révolutionnaires, sa discussion et son contenu seront la libre expression de groupes constitués ou en voie de constitution dans les entreprises.
— Instrument de réflexion et de formation, aucun sujet, aucun problème du mouvement ouvrier et syndical ne sera exclu de ses préoccupations.
— MAIS SÜRTOUT : instrument d'intervention militante, il s'efforcera d'être lié aux luttes concrètes qui se mènent dans chaque entreprise,
Sous sa forme actuelle, et ce premier numéro en est l'expression, il ne saurait remplir qu'imparfaitement la fonction que nous lui assignons.
Tant que sa liaison avec les luttes réelles, quotidiennes, ne sera l'expression que de quelques groupes, il sera tributaire de leur composition et risque de rester un instrument idéologique, général, abstrait.
Tant qu’il sera le seul organe de ce genre, son rôle sera limité par son isolement.
Pour que sa volonté révolutionnaire dont il est l'expression se généralise, il faut que la Vieille Taupe creuse ses galeries dans tous les secteurs.
Il faut que plusieurs bulletins, semblables ou différents, coordonnant les militants par branches ou par secteur géographique, naissent et se multiplient.
Démultiplions notre regroupement révolutionnaire dans les entreprises ! Creusons les galeries de la Taupe Rouge ! Lourson - Rivière - Créach. Aatu Bebli © Male I. Seshoa
Texte de la tendance majoritaire soumis au vote pour l’élection des délégués au congrès
Parler du travail ouvrier pour le faire B.D.R. n° 12
Ce texte tire les leçons du travail effectué par des camarades à Brest, Aix-La Ciotat, Rouen, Troyes, la banlieu Sud et Ouest de Paris, Renault-Billancourt, les Hôpitaux Lariboisière et Saint- Louis, et dans une certaine mesure le secteur bancaire.
Il développe les conclusions qui ont été tirées par les camarades ayant effectivement participé à ce travail. ;
A ce titre, il revendique une qualité souvent absente dans le débat sur le travail ouvrier, l'analyse concrète d'expériences réelles.
Il se fonde par ailleurs sur l'analyse de la situation politique aujourd'hui faite dans les bulletins 1-2-5-6.
Contrairement à certaines affirmations (incompréhension ou démagogie), nous pensons que le travail ouvrier doit devenir le travail de toute l’organisation. Cette mobilisation suppose une compréhension approfondie des problèmes qui se posent dans les entreprises, ainsi qu'une redéfinition de nos différents secteurs d'intervention (qui fera l'objet d'un texte ultérieur).
C'est pourquoi, entre autres, nous y joignons la contribution d'un camarade, responsable syndical, qui analyse la situation des syndicats aujourd'hui, analyse indispensable à tout travail ouvrier.
REMARQUES PREALABLES
1) Il n'est pas vrai que la compréhension des rapports entre la classe et les organisations traditionnelles ne soit « qu'une description formelle » (Texte 10, p. 1). 11 n'est pe possible d'analyser les rapports entre la bourgeoïsie et le prolétariat indépendament des organisations qui aujourd'hui encore canalisent et organisent les luttes. I] n'y a pas d’une part le rapport de classe entre la
bourgeoisie et le prolétariat, et d'autre part les organisations syndicales.
On peut s'insurger à loisir contre le fait que la lutte de classes passe, même après mai, par l'intermédiaire des organisations aussi bureaucratisées soient-elles ; ceci signifie seulement que, comme le déclare le texte n° 4, «tant que durera l'exploitation capitaliste, durera aussi l’asservissement idéologique du prolétariat par la bourgeoisie. La brusque élévation du niveau de conscience des masses lors des crises révolutionnaires n'est pas exempte de régression ».
2) Cet asservissement idéologique et l'exploitation dont la classe ouvrière est victime nous imposent de comprendre notre activité dans le cadre historiquement conditionné par le stalinisme qui témoigne précisément de cet asservissement du prolétariat, Le problème est de savoir par quel moyen nous pourrons arracher la classe ouvrière aux influences réformistes et staliniennes.
3) La faiblesse de notre implantation actuelle n'est pas le fait de notre mauvaise volonté à élaborer une stratégie d'ensemble. Si nous n'avons pas aujourd'hui de programme à formuler, c'est qu'il existe un rapport dialectique entre la faiblesse de notre implantation et la possibilité de formuler un prograinme.
Si nous ne sommes pas un Parti, c’est que notre implantation ouvrière est trop faible pour nous permettre d'élaborer ce programme, et de diriger des luttes ouvrières.
La constatation de cet état de fait transitoire ne nous dispense pas pe entendu de tracer, et c'est possible, des orientations de travail.
4) Compte tenu de la situation actuelle, il est erroné d'évoquer le développement de «formes d'organisation autonome de la classe » et de croire qu'il est possible de « fournir une alternative organisée » capable de faire le poids face aux organisations en place. Dans une période de répression patronale et de chômage croissant, le syndicat représente la seule protection légale de la classe ouvrière. Il est irresponsable de ne pas comprendre que des militants ouvriers aussi élevé que soit la combativité et quelle que soit la conscience qu'ils ont de la trahison des organisations, ne prendront pas le risque de déclencher des luttes sans couverture légale. Actuellement aucun organisation autonome! ne peut jouer ce rôle.
1. Une organisation autonome de la classe, en fait, ne se crée pas par décret ni par la seule volonté des révolutionnaires. Au cours din mouvement de masse, la classe ouvrière se donne spontanément des organes de combat (soviets, comité de grève, qui sont eux réellement des organisations autonomes de la classe. Les militants révolutionnaires doivent en impulser la formation et y intervenir pour orienter le mouvement brut de la classe. Mais nous croyons comprendre que les camarades Lourson, Rivière et Créach entendent en fait par organisation autonome, des organisations indépendantes du P.C.F. Alors il ne s'agira plus d'organisations autonomes de la classe, mais bien dans le meilleur des cas de regroupement de militants à gauche du P.C.F., par exemple de cercles Rouge.
5) Les remarques qui précèdent ne signifient cependant pas que nous nous enfermions dans un cercle vicieux : pas d'implantation, pas de programme de lutte, pas de programme d'action, donc pas d'implantation.
Il existe une contradiction réelle entre le potentiel militant d'une partie de la classe ouvrière et le fait que cette même minorité n'en déborde pas pour autant le cadre de ses organisations.
Dans cette situation, nous devons apparaître comme « responsables », c'est-à-dire capables de défendre les intérêts immédiats de la classe ouvrière, tout en attaquant, au nom de ses intérêts à long terme, ses directions.
6) S'il est vrai que la construction du parti ne se fera pas à partir de l'addition successive d'individus gagnés par un travail de «bouton de veste », cela implique qu'il est encore nécessaire aujourd'hui de travailler à l'intérieur des organisations syndicales là où sont organisés en masse les militants ouvriers.
Ce n'est qu’à cette condition que nous serons capables de développer des luttes revendicatives et simultanément de mettre au pied du mur et de démasquer (chaque fois que cela est possible, et aussi limités que soient les combats menés) les appareils bureaucratiques.
NE PAS MYSTIFIER LE TRAVAIL OUVRIER
Le travail ouvrier est dans de nombreux cercles rouges le sujet de discussions souvent d'autant plus passionnées qu'abstraites, parce que indépendantes des conditions tant des luttes de la classe ouvrière, que de l'activité des militants révolutionpaires dans les entreprises.
Le texte de Rivière et Creach — B.D.R, n° 3 — est un parfait exemple de ces discussions philosophiques’, qui peuvent être intéressantes, mais qui oublient que la lutte politique ne se fait pas à coup de problématiques, mais à partir d'analyses concrètes de situations concrètes.
Il est clair qu’un ouvrier révolutionnaire ne se pose pas le problème de savoir si son travail est « en dehors » ou «en deçà » de son organisation, mais le problème :
Comment mener la lutte contre le patronat, alors que les organisations staliniennes ou réformistes constituent un barrage puissant tant dans la conscience de mes camarades que dans mes possibilités d'intervention. »
Et c'est de cette façon que les Cercles rouges doivent aborder le problème du travail ouvrier. C'est-à-dire non pas à partir d’une réflexion sur soi-même : «Sommes-nous une avant-garde ou pere car tout travail militant présuppose une volonté proséyte, non pas à partir seulement des nécessités objectives de la lutte de classe; car ce serait une utopie stérile qui les condamnerait à un isolement sectaire, faute de pouvoir appliquer en pratique leurs conclusions, mais essentiellement à partir des condi-
2. Le préambule de ce texte précise qu'il fait abstraction de ce qui devrait le fonder. « pour parer au plus pressé » !
tions concrètes de pénétration des idées révolutionnaires dans la classe ouvrière.
Ces conditions concrètes ont sensiblement évoluées depuis la révolution de mai, et ouvrent à l'ensemble des Cercles rouges des perspectives de travail multiples. Toutefois, la rentabilité de ce travail ne sera pas d'emblée optimum, car elle présuppose une formation sérieuse des militants, tant sur le plan théorique que sur le plan de la connaissance de ce qu'est le mouvement ouvrier organisé, de ce qu'est la réalité de la vie dans les boîtes, de ce qu'est un petit bureaucrate syndical brave et borné, qui n'est pas un ennemi de classe, mais un militant ouvrier trompé, peutêtre irrécupérable, Et cette formation ne s’acquiert par à coup de formule magique, mais demande beaucoup de travail pratique et personnel des militants.
Le B.D.R. n° 6, analyse les changements importants introduits par mai dans les possibilités de pénétration des idées révolutionnaires dans la classe ouvrière : perte de prestige des directions traditionnelles vis-à-vis de leurs militants, perte d'influence du P.C.F. et de la C.G.T.
Ces acquis ne sont pas nécessairement durables : il nous appartient de savoir les utiliser correctement, d'empêcher que la plupart des travailleurs « déçus» versent plus ou moins dans l'apolitisme.
Ces acquis ne sont pas durables à cause des conditions mêmes de la lutte des classes. Si on considère l'ensemble des luttes de la classe ouvrière depuis la rentrée, on voit qu'il s'agit dans la quasi-totalité de luttes défensives et non offensives comme en mai, où les travailleurs se mettaient en grève et les organisations n'avaient plus qu'à suivre. Parce que le niveau de conscience de la classe dans son ensemble n'est plus à ce très haut niveau qui est le propre d'une période révolutionnaire, les travailleurs ne rentrent en lutte que si ils sont couverts par une organisation.
La grève Renault du 5 décembre montre qu'alors que dans de nombreux départements de l'usine une grande majorité de travailleurs avaient voté pour une grève de vingt-quatre heures avec occupation, c'est en définitive le mot d'ordre de grève de cinq heures défendu par la C.G.T. qui a été suivi. Et il n'y a pas eu de débordements malgré l'absurdité de ce mot d'ordre qui à aucun moment n'arrétait l'usine. Pourtant l'attaque patronale était de taille (cf. Rouge, n° 7), et on estime que 10 à 15 % des travailleurs décidés à faire la grève peuvent effectivement arrêter l'usine. Cela montre ce qu'est la réalité de la lutte de classe quotidienne.
Les travailleurs ont besoin d'une couverture légale pour se protéger du patronat. C'est au fond une question de beafsteack, mais il faut la comprendre profondément. Là est la racine de l'attachement, de la confiance placée par les travailleurs dans les syndicats sans lesquels ils sont seuls et atomisés face au patronat.
Reflet et moteur de cet attachement à l’organisation, les bureaucrates staliniens l'ont utilisé à fond : pour les bureaucrates, la défense de l'organisation (de leur propre beafsteack) est substitué à la défense de la classe, et cette substitution, non appa-
rente en période normale, a été perçue en mai par de larges couches de militants. L'audience acquise par les idées « gauchistes » — ou au moins la curiosité envers elles — ne peuvent toutefois que très difficilement se cristalliser sans une forme organisationnelle, précisément parce que les diverses organisations « gauchistes » (par exemple les C.A.), quand bien même elles ont pu donner des preuves pratiques de leur utilité à l'occasion d’action, ne peuvent pas fournir elles-mêmes aux travailleurs cette couverture légale.
De là découle la nécessité pratique d'utiliser en partie le canal des organisations traditionnelles, de là découle le caractère « marginal » des C.A. d'entreprise. Leurs activités se définissent nécessairement par rapport à l'activité des organisations traditionnelles, et toute « organisation autonome de la classe » que les militants Tépolutionnaires mettraient en avant se heurterait au même pro-
ème.
Parler dans ces conditions de « jumeler le mouvement étudiant et le mouvement ouvrier », c'est simplement se payer de mots. Admettons que les C.A. étudiants représentent effectivement le noyau politique du mouvement étudiant. Il est clair que le mouvement ouvrier, même si certains peuvent vouloir restreindre le sens de « mouvement ouvrier » à la minorité par rapport au P.C. et à la CGT, ne se reflète nullement dans les C.A. Cette minorité est maintenant ouverte aux idées « gauchistes », elle n'est pas prête à abandonner un cheval borgne pour un cheval aveugle.
Comme la pratique en fait est en train de le montrer, ce jumelage ne peut se faire qu’au niveau de la fraction la plus consciente du mouvement ouvrier comme du mouvement étudiant, au niveau de l’organisation.
Telle est d’ailleurs la tâche principale de notre courant durant cette période : unifier sur la base du programme de la révolution socialiste, l'avant-garde issue du mouvement étudiant et l'avant-
arde issue du mouvement ouvrier. En effet, le mouvement étuiant n'est pas anticapitaliste par essence : il ne le devient que dans un contexte social, économique et politique déterminé (par exemple : la crise de l'université bourgeoise).
Laissé à ses propres forces, il ne peut aboutir qu’à la négation, à l'anarchisme de la société. La dynamique propre du mouvement ouvrier le conduit en réformisme. Seule l'organisation marxiste-révolutionnaire peut guider ces deux mouvements aux dynamiques divergentes vers le renversement de la société capitaliste et la dictature du prolétariat. Le « mouvement étudiant » a je le rôle d'avant-garde début mai, lorsqu'il a montré que la utte était possible et qu'elle pouvait payer : quelles qu'en soient ses limites, la réforme de l'université est le Me grand bouleversement qu'a connu l'université depuis des décades. Bien qu'il ne puisse jouer une nouvelle fois le même rôle, il ne faut pas négliger le rôle de «phare» qu'il peut jouer en menant certaines actions qui embrayent sur la vie réelle, hors des universités, et ne se perd pas en luttes internes sybillines pour les travailleurs.
.Notre courant doit utiliser la force de frappe de tous les militants rouges quelle que soit leur origine sociale — sur le plan de la propagande et de l'agitation locale, essentiellement, aussi longtemps que nous n'animons pas des luttes réelles de
la classe; tendre à regrouper des militants rouges ouvriers, ce qui n'est pas un « déclassement », mais seulement l'expression
e la conscience de classe ; passer par tous les détours pour que les militants ouvriers critiques par rapport au P.C. parviennent à la conscience Rouge. Telles sont les tâches du travail ouvrier dont nous allons voir maintenant les modalités concrètes d'application.
Le texte de Rivière et Creach pose comme antagoniques deux types de travaux : le travail de « boutons de veste », lent, patient, ans les syndicats, et le travail organisé de l'ensemble de Rouge. Cette opposition n'a pas de sens. L'agitation politique sur les entreprises et le travail d'implantation syndicale sont deux aspects complémentaires de notre intervention et doivent se combiner.
1) — NECESSITE D'UN TRAVAIL D'AGITATION POLITIQUE
Notre implantation ouvrière est aujourd’hui très faible; on peut aisément compter le nombre d'entreprises où nous avons ne serait-ce qu'un militant.
Nous ne pouvons espérer développer cette implantation à partir du seul travail de nos militants déjà dans les entreprises.
L'agitation politique sur des boîtes où nous n'avons que des «contacts » ou des militants peu implantés, ou même où nous n'avons pas de militants, doit nous permettre de réaliser « l'accumulation primitive» sans laquelle nous pourrions longtemps stagner.
Dans ce but, il faut utiliser au maximum les possibilités que mai nous a offert. Alors que l'agitation politique du P.C. a presque totalement disparu, la littérature distribuée par les étudiants à la sortie des entreprises, éveille aujourd'hui un intérêt dans des couches assez larges de travailleurs. Elle suscite la discussion et permet par là aux camarades qui n'ont pas encore une implantation suffisante de procéder à un premier regroupement.
Il s'agit dans cette propagande non de dénoncer le P.C-F. mais de se substituer à lui dans un travail qu'il ne fait plus et que nous avons les movens de faire dès aujourd’hui à sa place.
Il ne s'agit pas de dénoncer les syndicats qui « trahissent » à Renault parce qu'ils ne font que six heures de grève, mais d'’exphquer pourquoi c'est une grève de vingt-quatre heures qui se justifie.
Il ne s'agit pas de dénoncer la C.G.T. qui ne défend même pas ses propres militants licenciés, mais de distribuer, comme ce fut le cas à Cléon, un tract avant elle pour la défense d’un camarade, exigeant ce que ne faisaient pas les syndicats, la réintégration.
3. Texte Rivière-Creach, Bulletin 3.
Ce travail peut être effectué soit au travers de tracts politiques, soit au moyen de bulletins d'agitation (type La taupe rouge, Aix, La lutie continue, Rouen), tissant un réseau de correspondants et créant une sphère d'influence rouge.
Là où il existe un mouvement étudiant et lycéen, nous avons la possibilité de passer de l'agitation écrite, à certaines luttes réelles permettant de concrétiser cette agitation. (Ainsi l’augmentation des tarifs de transports doit être l'occasion d'une campagne sur la gratuité des transports, liée à des actions menées au départ par des étudiants, mais comprise et bénéficiant de la sympathie active de la classe ouvrière.)
Enfin, la campagne sur le contrôle ouvrier doit nous permettre de concrétiser les perspectives. Son but est de préparer l'avantgarde ouvrière aux luttes à venir, en lui permettant non seulement de dénoncer les directions «traitres », maïs aussi de proposer des modalités pratiques (élection de comité d'usine, ouverture des livres de compte, contrôle sur l'embauche et les licenciements) permettant d'entamer réellement le pouvoir patronal, de mobiliser les travailleurs en leur faisant dépasser en pratique les objectifs réformistes des directions syndicales.
Cette campagne devrait se réaliser sous la forme de meetings en banlieue, de meetings de quartier (réalisés si possible avec L.O.) ainsi que sous la forme d'une rubrique du journal, et de
brochures.
2) — L'AGITATION POLITIQUE NE REMPLACE PAS L'IM- PLANTATION
Tout ce travail d'agitation nous permettra de gagner l'avantgarde ouvrière, de la convaincre, de l'éduquer, il ne résoud pas le problème de son implantation dans les masses.
Celles-ci n'apprennent pas dans les livres, elles n'apprennent que sur la base de leur expérience, elles se donnent des directions à partir de cette expérience. Or cette expérience dans les périodes de fonctionnement plus ou moins normal du capitalisme est celle de la lutte économique menée par les syndicats.
Aussi, l'agitation communiste que nous pouvons faire, laisse entier le problème des organisations traditionnelles. Elle nous permet de regrouper des militants d'avant-garde, elle ne leur permet pas de se reconnaître dans les entreprises, elle peut briser l'hégémonie du P.C.F. sur le plan de la propagande, elle laisse intacte sa capacité à organiser la classe.
Même là où un travail de bulletin a été entrepris et nous a permis d'acquérir une audience large, il ne nous a pas été possible de lancer un mot d'ordre de grève quand les délégués syndicaux s'y opposaient.
eule la combinaison de la propagande communiste de l'agitation et du travail d'implantation peut permettre au travail ouvrier de « décoller ».
NOS TACHES
.C'est sur ces bases que nous proposons les perspectives de travail suivantes :
‘À — TRAVAIL SYNDICAL
Il est nécessaire que les militants ouvriers que nous regroupons aujourd'hui soient capables de prendre la direction de luttes ouvrières. Cela implique qu'ils soient reconnus sur leur lieu de travail comme les meilleurs animateurs des combats quotidiens et qu'ils prennent en charge la lutte pour la satisfaction des revendications même partielles ou sectorielles. C'est au cours de telles luttes qu'il sera possible de démasquer les pratiques bureaucratiques en menant simultanément un travail d'explication politique, qui dans le meilleur des cas peut être ouvertement « Rouge » lorsque l'implantation à la base est telle que toute tentative d'exclusion de la part de la direction entraînerait inévitablement la destruction de la section syndicale.
Parce que ce travail est un travail de longue haleine, il est parfois difficile de le faire admettre aux jeunes ouvriers que nous recrutons, qui d'emblée sont maximalistes ‘et traitent souvent avec condescendance les luttes strictement revendicatives.
Compte tenu de ce recrutement, il faut développer les commissions syndicales, les stages syndicaux à l'échelle régionale et nationale (certains auront lieu en février), afin de répondre aux besoins de formation des militants et de coordination de notre travail. Précisons que ces commissions syndicales doivent être composées essentiellement de militants syndiqués. La formation des militants de l'ensemble de l'organisation devant être assurée par les commissions ouvrières (par secteur ou par ville, composées de militants désignés par les cercles et réalisant un travail en direction des entreprises. Les directions de secteurs, ou de villes, et la direction nationale contrôlent et dirigent l'activité de ces commissions.
B — BULLETIN
Il est possible aujourd’hui de réaliser dans certaines conditions un travail qui permette de créer un rapport de force qui nous soit favorable face aux organisations traditionnelles et accroisse notre influence de masse. Ceci a été réalisé dans le midi : à la suite d'activités culturelles (ciné-club, etc.) menées avec succès dans une petite ville, un bulletin d’agitation dont une partie est consacrée à la formation théorique de base a été créé. Ce bulletin se saisit de la moindre occasion pour développer des thèmes d'agitation : accident du travail, intensification des cadences, licenciements, pratiques frauduleuses du patronat, etc. Il est alimenté par des informateurs bénévoles, sa rédaction est assurée par des militants rouges ou sympathisants, et il est placé sous le contrôle politique de Rouge. Par ce biais, il est possible de recruter des jeunes travailleurs, et s'implanter dans une entreprise, de faire des campagnes locales qui ne peuvent être assurées par «rouge» de par son caractère national. Ce qui n'implique en rien que la vente de Rouge ne soit pas effectuée : cette vente peut et doit au contraire être favorisée par une telle activité.
Un tel bulletin suppose réunies les conditions suivantes :
— que le champ politique dans lequel il intervient soit délimité : petite ville, quartier, banlieue, entreprise, ayant des traits similaires ;
— que soit assuré un strict contrôle politique de son orientation par des directions de région ou de ville : ce bulletin ne pouvant faire office de tribune, de discussions de tendances politiques différentes, et n'étant pas un substitut à l'organisation actuelle ;
— que son travail d’agitation à l'extérieur n'oblitère pas le nécessaire travail syndi : les deux orientations pouvant temorairement être contradictoires étant donné l'insuffisance de miitants ouvriers. Dans tous les cas, il est nécessaire de préserver les militants syndiqués encore faiblement implantés des risques que peut leur faire encourir une telle activité. Il faut être conscient que, quelle que soit son influence, le groupe animant le bulletin ne pourra se substituer dans la période actuelle au moment d'une grève, au syndicat.
C — ORGANISATION DU TRAVAIL À COURT ET MOYEN TERME
a) Centraliser notre intervention
La faiblesse des résultats obtenus depuis mai tient en partie à la dispersion et à l'irrégularité du travail fourni. L'état des forces dont nous disposons actuellement ne nous permet pas d'avoir une activité efficace sur plusieurs dizaines d'entreprises. Il nous faut choisir des bastions, sélectionner des entreprisesclés en fonction des contacts existants, des militants disponibles de l'implantation sur la région ou le quartier, et du rôle que joue l’entreprise elle-même; une fois sélectionnées ces entreprises (c'est le rôle des directions régionales, de ville ou de secteur), il faut assurer une intervention régulière : il n'est pas possible dans le travail ouvrier de faire preuve de dilettantisme sous peine d'apparaître comme des farfelus, description que le P.C. se plaît d'ailleurs à développer.
Une fois sélectionnées les entreprises sur lesquelles nous intervenons, il est nécessaire d'opérer un regroupement des militants ouvriers : nous recrutons en effet (notamment par le biais du journal) des militants ouvriers travaillant dans des petites unités dans lesquelles ils sont souvent isolés et sans perspectives : il est possible, après discussion avec ces camarades et avec leur accord, de les faire entrer dans des entreprises plus importantes où leur salaire sera souvent plus élevé et leur travail plus rentable. Ceci suppose qu'une centralisation soit effectuée l'échelle régionale et nationale; une telle pratique aurait en outre l'avantage de donner des perspectives à des militants que l'on risque sinon de perdre.
b) Il ressort des diverses tentatives effectuées que l'entrée d'étudiants dans l'entreprise, PE si on en précise les conditions, favoriser notre intervention. fait que des étudiants aillent travailler en usine n’est pas a priori mal perçu par les travailleurs, si l'étudiant répond à certaines exigences : sérieux dans le travail, compréhension politique et formation syndicale, régularité et discipline militante, etc.; dans certains cas, la présence d’un étudiant peut aider les militants ouvriers de l'organisation à former des cercles rouges, à définir leur intervention par rapport aux autres groupements politiques. Mais il s’agit là d’un choix
qui ne peut être personnel : il doit être effectué après discussion par de instances de direction, les commissions ouvrières et syncales.
Par ailleurs, il ne s’agit nullement de pratique «à la chinoise » qui dégarnirait l'ensemble de l'organisation, et mobiliserait tous les militants indépendamment de leur capacité et de leur utilisation militante dans d’autres secteurs.
c) Les CET. et l'investissement à moyen terme
Il incombe au secteur lycéen de développer le travail jusqu’alors insuffisant en direction des Collèges d'Enseignement Technique. Il y a longtemps qu'a été soulignée la nécessité de développer ce secteur, mais les résultats sont faibles. C'est en priorité au secteur lycéen que revient la tâche d'effectuer la jonction avec ceux qui sont de futurs jeunes travailleurs et qu'il nous est plus facile de toucher avant qu'ils n'entreñt dans la production. Se préoccuper du travail ouvrier, c'est considérer comme impératif l'examen des modalités de cette activité. Il est temps de faire un bilan des CA.E.T. et de leur implantation ; en outre, il est possible d'orienter les membres des C.E.T. que nous recrutons vers telle spécialité, vers telle entreprise ; ceci suppose une connaissance des débouchés possibles en fonction des qualifications professionnelles requises, une appréciation correcte des avantages et des inconvénients de telle ou telle spécialisation ; plus le niveau de conscience militante de ces camarades est élevé et plus il est facile de discuter de ces problèmes avec les futurs travailleurs, discussions qui supposent banni tout comportement de type petit-bourgeois.
Ces propositions sont le résultat du travail effectué et de discussions menées avec les militants ouvriers de la rédaction de Rouge. Elles font état des difficultés, des contradictions rencontrées au cours d’une pratique militante encore fragmentaire mais réelle. C'est en accord avec les camarades ouvriers que nous avons rédigé ce texte. Son application suppose notamment de la part des camarades étudiants et lycéens une mutation profonde ; le travail ouvrier n'a rien à voir avec les bavardages démagogiques, l'éclectisme petit-bourgeoïis, la dispersion et l'irresponsabilité. Il suppose une discipline consciente, une régularité militante, une connaissance concrète des conditions du travail en usine. Il suppose que dans les réunions communes, les étudiants sachent se taire et écouter. Il suppose que ce soit les militants eux-mêmes qui prennent les décisions qui les concernent, et occupent très vite la place qui leur revient à la direction de Rouge. Il ne s’agit pas là d’un ouvriérisme de bas étage : l'homogénéité de l’organisation passe par la transformation de tous ses militants en intellectuels révolutionnaires.
Dick - Clelia - Himmel.
3.C. Lsumourier Sesuuk Hall
Ce)
Texte de la tendance majoritaire soumis au vote pour l'élection des délégués au congrès
Additif. Voir B.D.R. n° 12
INTRODUCTION
Le bulletin numéro 3 des diffuseurs de rouge comporte un texte intitulé « propositions sur le travail ouvrier parisien ». Les auteurs de ce document ont eu le tort de faire « abstraction de ce qui devrait le fonder : l'analyse de la conjoncture politique et de Îa situation dans les entreprises ». L'absence de cette analyse les a conduit a formuler quelques généralités intéressantes, certes, mais bien insuffisantes si l'on envisage un travail réel dans le mouvement ouvrier et particulièrement à l'intérieur des entreprises.
De plus, on ne comprend pas pourquoi les auteurs de ces documents ont adopté un langage curieux ; ils semblent se lancer dans une violente polémique sans préciser contre quoi (organisations) ou qui (hommes) et cela avec des formules très loin de faciliter la lecture du texte. Serait-ce pour une raison de sécurité? Pour un texte qui devrait être politique, ce type d'arguments ne saurait être invoqué. Qu'est-ce qu'un «embryon de stratégie» (pages 9 et 13)? que signifie le remplacement « de l'organisation actuelle soit par son mirage bolchévique (justification du parasitisme sur le mouvement de masse) soit par un mouvement de masse autoproclamé (?) d'avant-garde (?) pour la circonstance » (page 10). Il est inutile de citer tous les passages et toutes les phrases manquant de clarté. Mais nous posons la question suivante : Est-ce que les auteurs de ce texte se sont demandés l'intérêt d'un tel document pour des camarades travaillant dans une organisation syndicale, par exemple ?
Pour ce qui nous concerne, nous estimons donc que ce texte, inutilement polémique, n'apporte pas de réponse aux problèmes nouveaux qui se présentent actuellement dans le mouvement ouvrier et donc dans ses organisations. Nous proposons en conséquence de formuler brièvement ces problèmes et dep orter quelques réponses qui sont le produit direct d'un travail « de longue haleine » (qui, selon Creach et Rivière, serait le reflet d'une incapacité pratique) dans une entreprise et d’une situation nouvelle depuis le mois de mai 1968.
UN VIEUX PROBLEME
Ceux qui mènent une activité permanente dans les entreprises depuis quelques années ont eu à discuter sur le thème suivant : faut-il continuer à construire patiemment un ou plusieurs bastions dont les luttes sont dirigées par des militants révolutionnaires qui ont conquis une influence de masse ou bien faut-il ne pas se consacrer totalement à ce type de tâche, mais regrouper des travailleurs d'avant-garde là où précisément la bureaucratie du P.C.F. a le moins d'influence, c'est-à-dire (la pratique l’a révélé) dans les secteurs marginaux de l'économie ?
En d'autres termes, fallait-il s'en tenir au travail patient « de longue ‘haleine » de conquête d'une base ouvrière dans les entreprises ou bien fallait-il chercher une méthode plus rapide et plus efficace à court terme consistant essentiellement à former à 'éeole révolutionnaire des travailleurs non syndiqués ou syndiqués n'ayant pas de possibilité d'un travail syndical, etc.; en bref, des travailleurs placés à la périphérie du mouvement ouvrier.
À cette époque, nous avions estimé que les tâches devaient être menées de front : ainsi les membres du P.C.I. (aujourd'hui dissous) continuaient de construire ces bastions (il faut cinq à dix ans d'activité pour faire une percée par ce moyen) et entreprenaient la formation de jeunes travailleurs regroupés dans une commission syndicale qui éditait Le Militant. Nous avions, outre les représentants de « bastions », le secrétaire d'un petit syndicat CG.T., les membres d'un bureau national C.GT., des membres de C.E., des animateurs des commissions de jeunes C.G.T. Par ce même travail d'éducation de jeunes travailleurs, une liaison s'établissait durablement avec des camarades et des groupes de province.
Aujourd'hui, après le mois de mai 1968, nous reposons le problème : Existetil des conditions nouvelles permettant d'abandonner l'une ou l’autre de ces deux tâches ou les deux à la fois ? Ou au contraire, pouvons-nous et devons-nous les poursuivre ?
AU SEIN DES ORGANISATIONS SYNDICALES'
Rien actuellement ne nous permet de modifier cette vieille règle d'or, à savoir que dans les entreprises, aucun travail révolutionnaire ne peut être mené efficacement s'il n’a pas de prolongement dans les organisations du mouvement ouvrier. La liaison entre le groupe ou le parti révolutionnaire et le gros du mouvement ouvrier s'opère encore par les organisations syndicales et particulièrement par la C.G.T. Les militants révolutionnaires ne peuvent, dans l'entreprise, être reconnus comme dirigeant des luttes par des travailleurs que dans la mesure où ils ont fait la preuve de leur capacité de dirigeant et cette preuve ne peut être faite qu'au cours d’un travail syndical quotidien (travail qui peut et doit être complété par une activité politique : diffusion de journaux, brochures, etc. ; mobilisation pour le Vietnam, inter-
1. C'est volontairement qu'il ne sera rien dit de F.O. et des syndicats d'enseignants : l'auteur de ce texte estime ne pas avoir une pratique suffisante de ces organismes pour dire autre chose que des généralités.
vention en période électorale, etc.). Il appartiendra aux délégués au Congrès de constitution de la Ligue de savoir si la mise en pratique de cette règle peut être caractérisée comme du « parasitisme » et si le fait de rejeter ce « parasitisme » conduit ou non à l'isolement sectaire et capitulard en dehors des syndicats, en marge du mouvement ouvrier.
À — LA CGT.
Mais si l'on retient la nécessité du travail syndical, il faut alors examiner les conditions dans lesquelles il se développe. Des changements certains se sont produits au sein de la C.G.T. en particulier :
1) À la faveur du mois de mai 1968 s'est développé un courant relativement important dont le caractère essentiel est d'être antibureaucratique et qui se compose de tous les militants critiques tant à l'égard des structures de la C.G.T. qu’à l'égard de la direction confédérale et sa ligne incarnée par Séguy.
2) depuis le mois de mai, et au sein du courant antibureaucratique, on trouve une minorité politique remettant en cause la tactique et la stratégie des directions et ce par rapport à une perspective socialiste. Ce courant ne s'est pas créé à partir des principes, des analyses et des programmes de « l’extrême-gauche », mais principalement à partir d'une assimilation relativement rapide de l'expérience de mai (le pouvoir pouvait être renversé, « élections trahison », etc.).
3) la fraction contrôlée par le P.C.F. ne présente plus l'homogénéité qui la caractérisait avant mai et surtout avant les événements de Tchécoslovaquie. Un courant libéral et droitier en fait semble devoir prendre corps à moyen terme; ce courant existe plus particulièrement parmi les ingénieurs, cadres et chercheurs et s'il doit se développer, il le fera probablement dans les secteurs de pointe de l'industrie qui font appel à une maind'œuvre «intellectuelle ». De plus, le courant «orthodoxe» qui a pu être tenté par une politique répressive à l'égard de ceux qu'il baptise « gauchistes » rencontre des difficultés à appliquer cette politique, non seulement du fait de l'importance numérique des « gauchistes », mais du fait aussi des réticences des cadres Dons des syndicats ou des responsables non membres du
4) entre la fraction du P.C.F. dans la C.G.T. et le courant antibureaucratique se trouve une masse d'adhérents qui fait toujours confiance aux directions établies, mais ne juge pas sans fondement les critiques de ceux qui sont baptisés « gauchistes ». Le troùble règne dans les syndicats où l'on ne peut plus se contenter de la bonne conscience que procure le fait d’avoir la carte en poche. Les violents débats qui ont lieu actuellement provoquent soit un repli prudent derrière les dirigeants, soit une attitude interrogative et toutes sortes d'initiatives.
B — LA CFDT.
Bien que la direction confédérale de la C.F.D.T. ait pris des positions favorables au mouvement dans les usines et les universités en mai 1968, il reste que cette direction a pour perspective :
_— Ja constitution d'une troisième force politique (regroupement de la gauche non communiste) allant, par conséquence, à l'encontre de l'unité syndicale.
— l'intervention au niveau des organismes de planification, commissions, comités, etc., mis en place par les autorités gouvernementales.
Ces perspectives sont à l'opposé de celles ouvertes par les travailleurs et les étudiants en mai 1968. Mais sur l'apparence d'une ligne révolutionnaire, des milliers de travailleurs ont adhéré à la C.FD.T., ne distinguant pas de rupture entre les discours des dirigeants de cette confédération et la lutte menée au niveau des entreprises. Ainsi les syndicats C.F.D.T. se composent maintenant
de deux grands courants :
_ un courant «participationniste» qui comprend à la fois des nostalgiques de la C.F.T.C. et des technocrates de « gauche ».
— un courant « activiste » à la recherche de formes originales de luttes et de perspectives politiques et se situant avant tout à la base des syndicats.
C.— LES RAPPORTS C.G.T-C.FD.T. — L'UNITE SYNDICALE
Les rapports entre la C.G-T. et la CFDT. se sont très nettement relâchés. Si l'accord de sommet du 10 janvier 1966 n'est pas encore dénoncé, il n'en a pas moins perdu toute signification aux yeux des adhérents et militants des syndicats de ces deux confédérations : fréquemment, il faut même constater qu'il a été oublié. Toute une série de facteurs ont joué dans le sens d'un relâchement des rapports C.G.T.-C.F.D.T. :
_ l'attitude ouverte de trahison de la direction confédérale de la C.G.T., attitude que ne pouvait cautionner officiellement la direction C.F.D.T. sans perdre automatiquement le bénéfice de son soutien formel aux luttes des étudiants.
— J'attitude anti-communiste de la direction confédérale C.F. D.T., attitude qui se concrétisait par la prise de responsabilités dans le meeting de Charlety.
__ Ja tentative récente de faire une alliance C.F.D.T-F.O. a certainement fourni la preuve pratique d'un abandon de l'accord confédéral de janvier 1966 au profit d'une alliance anti-C.G.T. et anti-communiste en dernière analyse.
Mais à la base et au niveau des syndicats, dans les usines, le courant unitaire s'est nettement renforcé, Il s'est manifesté de différentes manières : constitutions d'un Comité des fédérations
2. À la date du 21-1-1969.
ouvrières regroupant, sur la base d'une charte, la C.G.T., la CF. D.T. et F.O. dans le centre d'études nucléaires de Cadarache ; réunions de sections communes C.G.T.-C.F.D.T. dans quelques usines ; propositions venant de la base, de listes uniques de délégués du personnel. Mais bien plus que ces expériences, instructives mais limitées, c'est la revendication générale d'une unité syndicale réelle qui monte aujourd'hui des syndiqués et non-syndiqués. Il reste à trouver la possibilité pratique de transformer cette revendication en une réalité.
EN DEHORS DES ORGANISATIONS SYNDICALES
Outre les changements survenus à l'intérieur des organisations syndicales, il faut noter aussi un phénomène de radicalisation qui s’est manifesté en dehors des structures classiques du mouvement ouvrier. Une masse importante de travailleurs a vécu le mois de mai 1968 de manière active, parvenant, au travers de son Sperisnee, à des conclusions politiques d’un niveau relativement élevé.
Dans les secteurs où se sont produites des occupations d'usines, où des piquets de grève furent organisés, de nombreux non syndiqués prirent des fonctions de responsabilités (lorsque les bureaucrates syndicaux le leur permettaient ou lorsqu'ils étaient trop faibles pour s'y opposer). Plus ou moins confusément, une grande masse de travailleurs a formulé des revendications politiques et espéré un changement de régime. Faisant irruption sur la scène politique, ils devaient prendre les initiatives les plus diverses, depuis la simple inscription murale jusqu'à l'organisation en Comité d'action. .
La plupart des organisations spécifiques au combat de mai 1968 ont disparu ; mais, à la reprise du travail, d’autres sont nées, regroupant les éléments les plus politisés. Cette apparition de comités d'action après la reprise du travail correspond à un besoin primordial : celui d'une nouvelle organisation politique. Par leur existence, ils constituent un procès des pratiques bureaucratiques et une mise en accusation des directions traîtres. Ces comités d'action constituent des foyers permettant l'assimilation relativement rapide des expériences faites en mai 1968 et surtout des foyers d’agitation politique.
Sans sous-estimer l'importance des comités d'action et leur signification, il faut néanmoins en montrer les limites et les faiblesses.
— dans la majorité des cas, ils correspondent à un refus gauchiste des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier, et cela indépendamment du fait qu'il y ait ou non des syndiqués en leur sein.
— les travailleurs qui s'y regroupent cherchent en dehors des organisations à lever l'hypothèque bureaucratique et à supplanter les bureaucrates y compris sur leur terrain préféré, à savoir la défense des intérêts moraux et matériels immédiats des travailleurs.
— un bon nombre de travailleurs ont rejoint des comités d'action de quartier : si parmi eux se trouvent des éléments politisés cherchant réellement à construire une organisation de combat, il faut noter néanmoins que trop de membres de ces comités sont des éléments petits-bourgeois ou des travailleurs cherchant à mener une activité politique sans s’exposer à la répression patronale, sans se compromettre sur le lieu de travail.
— en fin de compte, et bien qu'il y ait potentiellement des forces révolutionnaires au sein des comités d'action, l'ensemble de ce mouvement prend aujourd’hui un sens anti-organisationnel général, le mot organisation étant synonyme de bureaucratie.
— cette dernière remarque se traduit dans la pratique par des discussions dites démocratiques, mais interminables, voire stériles en fait, par un refus de toute coordination et la substitution de foyers d'agitation culturelle (université de Vincennes, ateliers populaires, organismes cinématographiques, etc.) à la nécessaire direction élue des comités.
VERS UNE RESTRUCTURATION DU MOUVEMENT SYNDICAL
L'ensemble de la situation dans le mouvement syndical et à sa périphérie permet de prévoir un certain nombre de nouvelles évolutions dans lesquelles les révolutionnaires auront un rôle déterminant à jouer.
L'extension dans la C.G.T. des courants critiques d'une part et le développement d’une aile libérale droitière au sein du P.CF. d'autre part peut contribuer à un desserrement de l'étau bureaucratique dans lequel sont enfermés les syndiqués. De plus, les luttes sociales de mai ont mis en évidence l'insuffisance des perspectives purement syndicalistes et mis à l’ordre du jour la formulation d'objectifs politiques. Indépendamment de toute nouvelle explosion sociale importante, une période de crise s'ouvre au sein de la CGT.
Dans la C.FDIT. l'existence de courants objectivement antagonistes ne peut conduire qu'à l'éclatement d’une nouvelle crise au sein de cette confédération ; il est probable que le jeu d'équilibre joué par la direction confédérale entre l'aile réactionnaire (C.F.T.C.) et l'aile gauche radicalisée au cours des mois de mai et juin, ne pourra durer indéfiniment, surtout si de nouvelles secousses sociales se produisent.
Enfin, les aspirations à une unité réelle du mouvement syndical, aspiration venant de la base, peuvent contribuer à démasquer les bureaucrates syndicaux qui actuellement tentent d'étouffer dans l'œuf tout embryon d'organisation unitaire des syndiqués.
La perspective générale de la situation résultant des luttes de mai 1968 est un regroupement des courants les plus radicalisés du mouvement syndical d'une part et de ceux qui sont prêts à jouer le jeu du système établi d'autre part. Une telle évolution passe probablement par différentes étapes dont l'une pourrait être la conquête du droit de tendance au sein de la C.G.T. et de la CFDT. Il ne fait aucun doute que cette évolution dépendra, quant à ses rythmes, de ce que le mouvement révolutionnaire saura ou non établir des liaisons étroites avec le mouvement ou-
vrier et de ce que les révolutionnaires apparaîtront ou non comme direction de rechange aux appareils bureaucratiques.
NOS TACHES
La première tâche est de répondre à l'exigence assez générale dans le mouvement syndical d'établir une liaison entre le syndicalisme classique (défense des intérêts immédiats des travailleurs) et la lutte politique à finalité socialiste,
Sur le terrain des idées, le moment est propice à faire valoir notre conception de la transition : la défense de l'acquis implique la formulation de revendications plus élevées qu'à l'étape précédente. Mais il est également possible auprès de minorités nettement radicalisées de faire valoir des objectifs transitoires (tel que le contrôle ouvrier) non en jetant des slogans, mais en expliquant le contenu des objectifs.
Dans le domaine du bilan et des perspectives, il appartient aux révolutionnaires d'aborder les questions de stratégie, en opposant notamment la stratégie électoraliste dans le cadre de laquelle les bureaucrates firent cesser le mouvement de grève, à la stratégie extra-parlementaire amorcée par les luttes étudiantes, les occupations d'usines et les tentatives d'autogestion ou de dualité de pouvoir dans les universités et certains secteurs de l'économie (C.S.F., C.N.RS., C.EA. F.I.N.AC. etc.).
Le lien entre syndicalisme et politique implique tout d'abord :
— un travail syndical effectif au sein de l'entreprise ou à la rigueur au sein des commissions jeunes, des unions locales et départementales.
— un travail politique mené autant que possible de l'intérieur de l'entreprise. Quant au travail politique mené à l'extérieur d'une entreprise, il doit trouver son prolongement à l'intérieur de celleci sous peine d’être parfaitement stérile. Sur le plan syndical, si le type d'activité des révolutionnaires reste fondamentalement sans changement, il peut être mené aujourd'hui avec plus de facilité. Il exige évidemment une attitude non sectaire à l'égard des divers éléments critiques. Dans la C.G.T. le rôle des révolutionnaires sera de permettre une synthèse des diverses critiques partielles formulées par les militants et un regroupement des oppositions qui auront non seulement à développer leur propre conception du travail syndical, mais à démasquer le travail fractionnel et anti-unitaire du P.CÆ.
. Dans la C.FD.T, qui apparaît à de nombreux adhérents et militants de cette centrale comme démocratique, il appartient aux révolutionnaires de l'extérieur ou de l'intérieur, et dans la pratique, de montrer que la direction n'entend pas sa base, qu'il y a des rapports antagonistes entre les choix politiques de la direction confédérale et les inspirations des combattants de mai qui ont rejoint cette confédération.
une manière générale, il faut contribuer (comme par le passé) à accélérer l'évolution au sein de ces centrales en exigeant constamment l'application des résolutions et la mise en rapport direct des paroles et des actes. Dans ce sens, il faudra rechercher tous les moyens de réaliser une unité durable, à la base en par-
ticulier, par des réunions communes C.G.T.-C.FD.T.-F.0O. et par l'adoption de résolutions et de textes dépourvus d'anticommunisme qui serviront à pousser vers l'unité ou à démasquer les directions en place.
11 n'est pas du tout impossible que les révolutionnaires soient amenés à prendre l'initiative d'organismes pouvant se situer à mi-chemin entre le parti politique et le syndicat. De tels organismes peuvent être des cercles d'études syndicales ou des comités faisant campagne pour l'unité syndicale (réunions communes, listes uniques aux élections professionnelles, etc.).
En ce qui concerne les comités d'action, ce serait une erreur que de les faire vivre ou survivre en marge du mouvement syndical. Outre l'agitation politique et culturelle qu'ils font, ils doivent autant que possible s'orienter vers une activité syndicale et être composés de syndiqués. Par leur canal doit pouvoir s'établir une liaison entre les luttes syndicales et politiques. Ceci implique entre autres que dans toute mesure du possible leurs membres ne seront pas soustraits au travail dans l'entreprise au profit d’une activité extérieure.
Enfin, l'ensemble de ces tâches ne saurait être conduit correctement sans un travail politique de parti au sein des entreprises, travail qui suppose la création de cercles ou de cellules de la Ligue au sein des entreprises.
On objectera que la future Ligue n'ayant que peu de militants ouvriers, elle ne sera pas en mesure d'investir des forces dans les entreprises. Ceci n'est pas exact : il est du ressort des membres de la Ligue de procéder à un regroupement des militants ouvriers les plus radicalisés, de les former politiquement et de débloquer la situation du communisme révolutionnaire dans les entreprises.
Egalement, il est de la compétence des membres de la future Ligue d'amener les étudiants à faire des choix pour leur avenir professionnel, en accord avec leurs choix politiques. À ceux qui se préparent à une carrière d'ingénieurs, il faut suggérer le travail dans une grande entreprise plutôt que dans un bureau d’études ou un cabinet d'’ingénieur-conseil. À ceux qui se préparent à entrer dans l'enseignement, il faut suggérer la fonction dans un CET. plutôt que dans une sixième de lycée.
Nous opposons l'orientation esquissée dans ce texte à celle qui mise uniquement sur le travail de l'extérieur des entreprises et qui se survit grâce à des « contacts » avec les « nrolos » tous plus intéressants les uns que les autres. Cette politique des « contacts » ne permet aucunement un examen concret des tâches et de la pratique des «prolos» en question et encore moins la constitution de cercles et cellules dans les entreprises. Sur ce point, l'expérience antérieure à mai à été parfaitement concluante.
P.S. — Dans un prochain texte, nous examinerons les rapports entre les luttes du secteur étudiant et celles du mouvement ouvrier.
Arsène.
É
Texte de la tendance majoritaire
B.D.R. n° 23
LA SITUATION ECONOMIQUE FRANÇAISE
1— LE CAPITALISME FRANÇAIS : UN MAILLON FAIBLE DANS LA CHAINE IMPERIALISTE
À — QUELQUES INDICES CONSTATATIFS DE LA SITUATION DU CAPITALISME FRANÇAIS
1. La part de l'industrie dans la production nationale
La contribution de l'industrie à la production intérieure brute est relativement faible en France : 47,5 % contre 48,6 % en Grande- Bretagne et 52,66 % en Allemagne (en 1965).
En chiffres absolus, durant la même année, la production industrielle allemande a dépassé de près de 40 % celle de la France. L'écart est plus important encore si l'on ne considère que le secteur I (moyens de production). En effet, la production des industries mécaniques et électriques, qui fournissent la quasi-totalité des biens d'équipement, a été, en 1965, de près de 80 % supérieure en Allemagne à ce qu'elle était en France.
Les tableaux I et II indiquent d’une part les indices de la production industrielle par branches, classées d'après leur taux de croissance, d'autre part la répartition de la population active entre ces différents secteurs d'activité dans six pays capitalistes industrialisés (voir annexe 1).
2. La place de l'industrie française sur le marché international
“Avec les réductions de barrières douanières liées à la mise en place du Marché commun, puis au Kennedy Round, l'industrie française a subi sur un marché national jusqu'alors fortement protégé, une concurrence étrangère de plus en plus forte.
EVOLUTION DE LA DEMANDÉ EXTERIEURE NETTE PAR PRODUIT
millions de F) Solde 1966- 1959 1966 1959 — Produits de l'agriculture et de la sylisculture .... — 2.037 — 28 + 2.009 — Produits des industries agricoles et alimentaires — 1311 — 2351 — 1.040 — Combustibles minéraux solides, et gaz, électricité, eau et divers .... — 1.587 — 1.642 _— 5 — Gaz naturel et produits DÉTTONETS sucsasessuss -— 2.598 — 4.676 — 2.078 — Matériaux de constructions et verre .......... + 326 : — 106 — Minerai de fer et produits de la sidérurgie* + 2224 + 1.112 — 1.112
— Minerais, métaux et demi-produits en méta non ferreux* See — 820 — 2.235 — 1415
— Produits des industries mécaniques et électri-
ques dont + 5.493 + 4,503 — 990 — Construction automo- Die sance + 3.007 + 2.449 — 558 — Construction navale + 65 + 25 + 210 — Construction aéronautique ................ + 12 + 1315 + 1.143 — Produits chimiques et caoutchouc* ............ + 405 + 600 + 195 dont produits de la chimie organique* ........ = 5 _— 429 _— 44 — Textiles, habillement, CS sésame + 1796 + 1.519 = 1 — Bois, papier et produits des industries diverses + 606 — 905 — 1511
— Autres produits ........ + 245 + 268 + 23
— 3.615 — 6.357
* Secteurs les plus importants — Rapport sur les comptes de la nation 1966, p. 64.
Il apparaît donc que, globalement, la compétitivité de l’industrie française s'est affaiblie depuis 1959. Les avantages naturels qu'elle possédait sur le marché intérieur (proximité, préférences traditionnelles) n’ont pas longtemps suffi à le protéger de la pénétration des produits étrangers. D’après Entreprise (n° 668, 29 juin 1968) : « Dès à présent, les importations couvrent de 15 à 40 % de la consommation française selon les produits : 17 % pour l’automobile, 45 % pour les machines-outils, 36 % pour les fibres synthétiques, etc. »
L'évolution négative du solde commercial extérieur montre que les industries étrangères ont accru leur part relative du marché français plus vite que l'industrie française n’accroissait sa
part relative des marchés étrangers. Même si dans certains secteurs la progression des exportations a été très forte, il est clair que dans l'ensemble, l'industrie française s’est révélée moins apte que ses concurrentes à tirer parti de l'augmentation de la demande globale d'importations.
Afin de déterminer quelle pourra être l'évolution économique et sociale de la France, durant les prochaines années, il est nécessaire de rechercher quelles sont les causes de l'insuffisance des structures industrielles françaises.
Une première explication est fournie par la bourgeoisie française qui insiste sur l'importance des charges qui lui sont imposées et qui comprimeraient ses marges bénéficiaires. Que vaut cette explication ?
B — LES CHARGES FISCALES ET SOCIALES
a) La fiscalité : En ce qui concerne {a fiscalité directe, les entreprises françaises ne sont pas défavorisées par rapport à leurs concurrentes. Le taux de l'impôt sur les sociétés est en France de 50 % alors qu’en Allemagne l'Etat prélève 51 % du revenu non distribué et qu’en Grande-Bretagne l'Income Tax et la Profit Tax en absorbent 53,75 %.
b) Charges salariales :
Certes, la part des salaires dans les biens industriels produits, est plus élevée en France que dans un certain nombre de pays capitalistes développés, notamment l'Allemagne.
Mais cela n'est pas dû, à titre essentiel, à l'évolution des gains salariaux horaires qui, ces dernières années, ont augmenté plus rapidement chez les cinq du Marché commun qu'en France, et ont atteint un niveau supérieur.
Par ailleurs, c'est en France que la durée du travail est la plus longue. Pour l'ensemble de l'industrie, la durée hebdomadaire du travail était en 1966 de 47,3 heures contre 43,99 en Allemagne, 45,9 aux Pays-Bas et 44,2 en Belgique.
Le fait que les entreprises françaises n'aient pas augmenté leur compétitivité en dépit des « avantages » qu'elles possédaient en matière de salaires et de durée du travail, laisse à penser que la croissance de la productivité y a été plus faible que chez leurs homologues étrangers. Les taux moyens annuels d'augmentation de la productivité en France et en Allemagne durant la période 1945-1962 ont été respectivement de 6,5 à 5,1 pour l'ensemble de l'industrie, de 9,7 et 6,4 pour la chimie, de 6,6 et 3,7 pour la première transformation de l'acier, de 8,3 et 4,5 pour l'automobile. Même si pendant les années suivantes l'écart a diminué, il n’y a pas eu renversement des tendances.
Cette croissance insuffisante de la productivité est elle-même due au poids et à l'importance relativement grande des « structures archaïques » du capitalisme français.
C—LES «STRUCTURES ARCHAIQUES » DU CAPITALISME FRANÇAIS
. à) La raison fondamentale de l'insuffisante compétitivité des industries françaises et de la faiblesse relative de leurs marges
bénéficiaires (inférieures à 2,50 % de leurs chiffres d'affaires, contre 4 à 12 % aux Etats-Unis, et 1 à 7 % en Allemagne), réside, de toute évidence, dans la taille insuffisante des entreprises.
Sur les 500 plus grandes Sociétés mondiales, 300 sont américaines, et 23 seulement sont françaises. Pour les entreprises de construction électrique et électronique, les 4 plus grandes Sociétés mondiales sont américaines, pour l'automobile les 3 premières; pour la chimie, la prédominance américaine est très nette, avec celle de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. Dans presque aucun secteur-clé, la taille des entreprises françaises n'est comparable à celle des entreprises des autres pays capitalistes développés.
— taux de concentration, dans l'industrie française, est plus faible qu'en Allemagne. Certes, il semblerait que la taille des petites et moyennes pere soit plus élevée en France qu'en Allemagne, mais les P.M.E. allemandes sont beaucoup plus intégrées aux grandes entreprises (travail de sous-traitance, etc.), qu'en France, et sont donc beaucoup moins le reflet de structures industrielles archaïques ;
b) Par ailleurs, une autre manifestation du caractère archaïque des structures du capitalisme français, est la part relative de l'agriculture dans la production totale (20 % de la population active travaille dans l'agriculture, chiffre très largement supérieur à ceux des autres pays capitalistes développés), et à l'intérieur même du secteur agricole, la part relativement importante du secteur non capitaliste (la moitié de la population rurale ne produit que 1/5 de la production agricole totale) : ce dernier phénomène explique d'ailleurs la très forte inégalité dans la répartition des revenus, inégalité accentuée par le fait que tout en représentant 20 % de la population active, la population agricole ne reçoit que 9 % du revenu national.
— Pour plus de détails, cf. Annexe 2.
L'existence, de nos jours, plus importante de « structures archaïques » dans le capitalisme français, par rapport aux autres pays capitalistes développés, qui fait du capitalisme français un maillon faible de la chaîne impérialiste, ne doit pas masquer le fait suivant : depuis 1958, une partie du patronat français (le grand capital), a essayé de réagir, d'accroître la taille des entreprises notamment.
La nécessité historique de bouleverser les structures en faveur du grand capital, s'est faite de plus en plus pressante pour le régime gaulliste. Mais la spécificité de la situation économique française (« structures archaïques »), les tentatives de surmonter ces difficultés ont exacerbé les contradictions.
II — LES EFFORTS DU GRAND CAPITAL ET LES INTERVEN- TIONS DE L'ETAT GAULLISTE
A — Les efforts du patronat pour «concentrer » l’industrie française, et pour augmenter la taille des entreprises, se reflètent dans l'évolution des structures et de la politique du C.N.P.F. : centralisation accrue qui tend :
1° À une diminution du poids politico-économique des petites et moyennes entreprises ;
et 2° À la constitution d'un « gouvernement » patronal, susceptible d'élaborer, face aux échéances décisives qui se posent à l'industrie française (accroissement de la productivité, devenu plus impérieux encore, en raison des moindres possibilités de hausses de prix), une stratégie plus cohérente du grand capital.
Cf. Annexe 3, pour plus de détails.
B — L'Etat gaulliste a joué un rôle important dans le processus de transformation des structures industrielles.
Le développement de l'industrie française a été historiquement caractérisé par un goût marqué pour le protectionnisme. Au xIx° siècle, tandis que les entreprises allemandes et anglaises se trouvaient déjà fortement engagées dans le commerce international, la bourgeoisie française obtenait la mise en place de protections douanières difficilement franchissables, consacrées par la loi Méline de 1892. Du traité de commerce avec l'Angleterre qui ne fut appliqué que de 1860 à 1870, jusqu’à l'ouverture du Marché commun, le 1% janvier 1959, la bourgeoisie française ne fut jamais « libre-échangiste ». Ainsi protégées, les entreprises purent subsister en n'évoluant qu'à un rythme moins rapide que leurs homologues étrangères. Entre les deux guerres, elles étaient largement marginales et leur retard s'aggravait.
Durant les quinze années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale, on put observer que toute reprise de l'expansion s'accompagnant d’un déficit extérieur élevé et d'une dégradation de la monnaie, aboutissait à la nécessité de mettre en œuvre une politique déflationniste. La cause en était claire : trop long: temps protégée de la concurrence extérieure, l'industrie française était composée d'unités de production de taille insuffisante et de faible compétitivité.
Durant la même période, une série de plans avait conduit à la rénovation des industries de base et tenté d'orienter l'économie vers les marchés mondiaux. Mais la structure même de la IV* République ne permettait guère d'aller loin en ce sens.
Il revint au gaullisme d'impulser les transformations nécessaires pour permettre aux secteurs les plus dynamiques du capitalisme français de «rejoindre la tête du peloton» à l'échelle internationale.
Le plan Pinay-Rueff fut la première même en ce sens. En écrasant les salaires, il devait permettre de dégager les profits nécessaires à une accélération de l'investissement, en limitant le crédit il contraignait les entreprises retardataires à la disparition ou à la concentration.
En matière commerciale, de Gaulle joua résolument la carte du Marché commun, face à un C.N.P.F. au début hostile, puis hésitant, puis favorable, il ne s’opposa pas et même se montra favo-
rable à une réduction des tarifs douaniers plus rapide que celle * qui avait été prévue par le traité de Rome. De même en ce qui concerne le Kennedy Round, il accepta une réduction de 20 % au 1e juillet 1968 du fait extérieur commun de la C.E.E.
Les conséquences, comme nous le verrons, ne se feront pas attendre et le processus de concentration s’accélérera. L'Etat lui-
même y contribua par un grand nombre d'interventions directes, notamment avec la mise en œuvre du V* Plan.
Le V- Plan préconisait la constitution ou le renforcement dans chaque secteur d’un petit nombre d'entreprises ou de groupes de taille internationale. En 1966, était créé un « Comité de Développement Industriel» chargé de préparer les mesures permettant de réduire les obstacles aux « restructurations » et d'étudier les grandes opérations, auxquelles l'Etat est particulièrement intéressé. Au vu de ses travaux, l'Etat apporte son aide aux secteurs qu'il juge prioritaires. Cette aide peut être directe : facilités financières exceptionnelles, ou indirectes : contrats de recherche, passation de commandes publiques.
En 1966, également, était lancée la « Convention Etat-sidérurgie». Aux termes de cet accord, l'Etat participait pour un montant de 27 milliards de francs à un prêt de 4,5 milliards à la sidérurgie sous réserve que celle-ci procède. à sa restructuration. Les conséquences immédiates en furent la fusion Usinor-Lorraine- Escaut et les accords Sidelor-de Wendel.
De même en 1967 était mis en place le « plan-calcul ». Dans le cadre de ce plan et avec l'aide de l'Etat, la S.E.A., filiale du groupe Schneider et la G.A.E. filiale commune de la C.G.E. et de la CS. En fusionnaient pour donner naissance à la Compagnie internationale de l'Informatique.
L'Etat intervint également de manière plus directe par l'intermédiaire du secteur nationalisé : accords Renault-Peugeot dans l'automobile, Charbonnages de France-Auby et Potasse d'Alsace- Office de l’Âzote dans la chimie, réorganisation des entreprises nationalisées de construction aéronautique.
Enfin, les réformes fiscales visent à alléger la fiscalité des Sociétés et à favoriser les regroupements se sont multipliées : amortissements dégressifs, diminution des droits d'enregistrement frappant le capital lors de ses mutations, régime des Sociétés immobilières d'investissement, prorogation de l'autorisation de déduire un dividende de 5 % en rémunération des émissions nouvelles et augmentations du capital, etc.
Cependant, une partie de ces prélévements a également servi à subventionner des activités retardataires. Il apparaît aujourd'hui que le secteur le plus dynamique du capitalisme français commence à s'opposer vivement à ces transferts qui aboutissaient à pénaliser les productions les plus rentables. D'où une tendance à cesser de vouloir à tout prix sauver tous les secteurs d'activité et à laisser jouer plus librement le mécanisme de la spécialisation internationale.
Parallèlement, des efforts ont été mis en œuvre pour débudgétiser une partie des investissements publics aboutissant à retirer toute signification aux services publics (cf. S.N.C.F, EDF, etc.), et conduisant à une augmentation substantielle du prix de ceuxci (problème de la rentabilisation capitaliste).
L'ensemble des dépenses publiques a évolué de manière conforme aux nécessités de la concentration et de la «nationalisation ». Les équipements collectifs, la recherche, la formation professionnelle sous le signe desquels Massé plaçait l'action de l'Etat durant le V° Plan, visaient directement ou indirectement à améliorer la position de l’industrie française par rapport à ses concurrentes étrangères. Les premiers en créant l'infrastructure nécessaire à l'insertion dans un cadre européen, la seconde en
ralliant les carences de l'industrie française en ce domaine, le troisième en adaptant le « marché du travail » aux nouveaux besoins du patronat.
C — Les efforts du grand Capital, et les interventions de l'Etat gaulliste ont, en définitive, abouti à un développement très important de la concentration, mais qui se révèle encore insuffisant, par rapport aux autres pays capitalistes développés (cf. en ce point, la première partie).
La création d’un vaste marché suscite des concentrations de capitaux de plus en plus intenses. Ces concentrations obéissent à la logique interne du système capitaliste. Elles sont le reflet des contradictions auxquelles doivent faire face les capitalistes occidentaux et de leur tentative pour les surmonter.
La création du Marché commun a mis sur rail une dynamique telle qu'aujourd'hui la concurrence oligopolistique s'avive et bouleverse les anciennes structures. « Accumulez pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d'ordre... et elle (la Bourgeoisie) ne s'est pas fait un instant illusion sur les douleurs d'enfantement de la richesse» (Marx). C'est à nous de les déceler, de les prévoir. Une compréhension approfondie des contradictions du système capitaliste est nécessaire si on veut l’abattre.
Marx déjà soulignait l'importance de la loi de la concentration croissante et montrait combien cette tendance découlait : a) de la concurrence impitoyable que se faisaient les capitalistes.
b) du développement même du mode de production capitaliste. Plus celui-ci se développe, disait-il « plus augmente le minimum des avances nécessaires pour exploiter une industrie dans ses conditions nouvelles ». C'est dire que les entreprises capitalistes secrètent des améliorations technologiques pour abaisser leur coût, mais que l'application d'une technique plus efficiente impose des capacités de production plus élevées.
La création d’un marché de plus de 200 millions d'habitants, encore dominé de façon parcellaire, relance la concurrence. La course au « nouveau partage du monde » s'accélère. Mais pour une entreprise, placée devant ces nouvelles conditions d’environnement, le problème est double : a) face à une demande potentielle beaucoup plus importante, il lui est nécessaire d'agrandir ses capacités de production. Pour cela, elle doit accroître son accumulation. Pour augmenter l'accumulation du captial, elle peut capitaliser intégralement la plus-value, chercher à l'agrandir. Mais cela ne suffisant généralement pas, elle est placée devant la contradiction suivante : ou fusionner avec un concurrent et risquer de perdre en partie le contrôle du capital, ou refuser la fusion et se voir éliminer peu à peu par des concurrents qui, plus tard, lorsqu'elle sera suffisamment faible, l'absorberont.
D) Pour s’accaparer les marchés, l'entreprise doit posséder des coûts minimum, donc accroître la productivité du travail. Mais pour accroître celle-ci, il est nécessaire d’avoir de très grandes dimensions. Or, les dimensions des unités de production française a encore très faibles (cf. chiffres donnés dans la première partie).
La nécessité d'accroître les dimensions des capacités de production est donc très contraignante pour les entreprises européennes a fortiori françaises depuis l'ouverture des frontières. L'accumulation interne (autofinancement), étant insuffisante tant les écarts sont importants, exige la concentration externe par
fusion absorption. Les fusions absorptions s'accélèrent effectivement depuis 1962-1963 pour les grandes entreprises. Le nombre d'opérations de concentration réalisées en France pour 310 Sociétés appartenant aux 500 plus grandes entreprises françaises ont été de 2,6 opérations par entreprise de 1950 à 1963 et de 3,7 de 1950 à 1967. Ces concentrations ont principalement lieu dans la pharmacie (les premiers groupes Rhône-Poulenc et Roussel-Uclaf, contrôlent aujourd'hui 40 % de la production), dans la chimie (pour les engrais Kulhmann-Ugine-Progil; O.N.I.A-Potasse d'Alsace; Pechiney-Saint-Gobain; Ugine-Kulhmann pour les productions organiques, etc.), pour le verre, les fusions de Boussois- Souchon-Neuvecel, puis les tentatives de fusion entre ceux-ci et Saint-Gobain ; les fusions entre Péchiney-Cegedur-Tréfimétaux.
Dans la sidérurgie : Usinor avec Lorraine-Escault, Wendel avec Sidelor. Ces deux nouvelles entreprises contrôlent 65 à 70 % de la capacité nationale de production. .
Dans l'électronique, le marché des calculateurs est contrôlé à 85 % par deux entreprises étrangères, etc.
Mais, si le rythme des fusions-absorptions est relativement élevé, il est, malgré tout, insuffisant :
1° Cette insuffisance a de lourdes conséquences pour l'industrie française, que nous ne ferons que souligner.
En ce qui concerne la gestion, la taille financière des entreprises les empêche généralement d'utiliser les calculateurs qui, en permettant une étude plus précise des programmes d'investissement et une planification des prix de revient, accroîtrait leur rentabilité globale.
En ce qui concerne la recherche, les dépenses financées par les entreprises sont plus faibles en France que dans tous les autres pays capitalistes avancés et de manière générale l'industrie française occupe une place d'autant plus faible dans le commerce international que le produit considéré est issu d'un secteur à taux d'innovation plus élevée.
En ce qui concerne les investissements, la faiblesse des moyens financiers propres et la peur de s’'endetter aboutit parfois à différer aussi longtemps que possible le remplacement d'un équipement techniquement dépassé : 36 % des machines-outils utilisées en France sont vieilles de plus de vingt ans, contre 20 % en Allemagne et 18 % aux U.S.A.
2 Il est très faible entre entreprises européennes de nationalité différente. En 1967, 86 Sociétés européennes ont fait l'objet de prises de participation par des concurrents étrangers, mais si 17 d’entre elles ont été effectuées par des Sociétés européennes, 48 l'ont été par des firmes US.
3% Il est insuffisant face à la pénétration de capitaux U.S. en France, comme dans les autres pays du Marché commun. Si l'on se réfère à l'Allemagne, par exemple, les exportations sont six fois plus importantes que la fabrication de produits allemands à l'étranger. À l'inverse, la production des marchandises U.S. dans des entreprises U.S. situées hors des U.S.A. est quatre fois plus importante que le volume de leurs exportations.
La pénétration U.S. semble prendre de vitesse les fusionsabsorptions strictement européennes.
Les firmes qui investissent sont celles qui ont su faire preuve dans leur pays d'origine, de leur puissance, qui ont su établir des stratégies telles qu'elles ont réussi à élaborer une concurrence répondant à leurs besoins, c'est-à-dire maximisant leurs profits. Remarquons que 60 % du total des investissements directs américains en Europe se répartissent entre les 59 plus grandes firmes, et que surtout 40 % de ces investisseurs connaissent aux U.S.A. des taux de concentration de plus de 75 %. Ces firmes hautement concentrées essayent d'imposer une concurrence contrôlée par elles en Europe.
En conclusion, on peut dire que, même si la concentration a connu un grand développement en France, depuis dix ans, même si quelques groupes ont su acquérir la taille internationale (notamment dans les secteurs du pétrole, des métaux non ferreux et de la chimie), il n'en reste pas moins que, dans l’ensemble, et en termes relatifs, la structure de l'industrie française reste moins concentrée, non seulement que celle des Etats-Unis, mais aussi que celle de la plupart des pays capitalistes développés européens.
Cette oduble caractéristique de la situation économique française (développement de la concentration, mais développement insuffisant par rapport aux autres pays capitalistes développés), explique qu'en voulant surmonter les contradictions fondamentales du capitalisme français, le régime gaulliste ait, en définitive, exacerbé des contradictions, conduisant à l'épreuve de force avec la classe ouvrière.
III — L'EXACERBATION DES CONTRADICTIONS
Le bouleversement, à la fois rapide et insuffisant, des structures du capitalisme français, se traduit par :
1° Un développement important du nombre de techniciens et de cadres moyens, en même temps que leur prolétarisation.
2° Un développement du chômage structurel, et la nécessité de procéder à des attaques directes contre la classe ouvrière.
A — LA PROLETARISATION
Le bouleversement rapide des structures industrielles, en faveur des secteurs de pointe a introduit une parcellisation accrue des tâches, voir une automatisation.
Les O.S. classiques tendent à disparaître.
Par contre, apparaissent des ouvriers de faible qualification technique; simples surveillants des ateliers automatiques, ils ont de très lourdes responsabilités, mais pratiquement aucune action sur le processus de fabrication. On constate là à la fois une déqualification individuelle (on ne demande pas une formation professionnelle et des connaissances techniques précises) et une. qualification sociale plus poussée (qualités requises faisant appel à un niveau d'instruction générale).
. Parallèlement, les O.P. d'équipement continuent à jouer un rôle important qui requiert de leur part une qualification plus poussée les rendant capables de s'adapter à une évolution tech-
nologique très rapide. Leur travail est de plus en plus intégré à un travail d'équipe où ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs collaborent étroitement.
De façon générale, l'importance relative des ouvriers qualifiés par rapport à l'ensemble des ouvriers de chaque branche s'accroît, y compris dans les secteurs en régression.
Les secteurs de pointe où l'automatisation est la plus développée sont les industries du pétrole, de la chimie, les centrales thermiques, les industries de construction électriques et mécaniques.
Par ailleurs, nous avons vu que ces secteurs de pointe étaient ceux qui avaient connu la concentration la plus forte, et qui voyaient leur part dans la production totale s'accroître sensiblement. Or, le nombre de techniciens et d'ingénieurs représente 12 % en moyenne des salariés de l'industrie, mais atteint 60 % dans les secteurs de pointe que sont l'électronique, la chimie et le pétrole.
Dès lors, il n'est pas étonnant de constater un accroissement très sensible du nombre de techniciens et d'ingénieurs.
Les nécessités d'ordre technologique font qu'un nombre croissant de techniciens et de cadres moyens s'intègrent dans le processus de production, abandonnant Les fonctions de direction et de surveillance et se prolétarisent donc, peu à peu.
La participation à des grèves importantes et dures (Rhodiacéta, mensuels de Saint-Nazaire, Sud-Aviation, Neyrpic, Bull), avant ou en mai-juin, de cette couche sociale, s'est accompagnée parfois d'une remise en question des solutions proposées par les a de type P.S.U., et a révélé la radicalisation de leurs uttes.
B — LE DEVELOPPEMENT DU CHOMAGE STRUCTUREL, ET LES ATTAQUES CONTRE LA CLASSE OUVRIERE
Avec l'accentuation du phénomène de concentration, «les investissements de nationalisation » (réduction des coûts en salaires par unité de bien produite), prennent de plus en plus d'importance. Dans la mesure où l'on a assisté à une faible expansion de la production industrielle, liée à des difficultés dans le processus d'accumulation, le chômage s'est accru : le nombre de salariés travaillant dans l'industrie a ainsi diminué de 6 %, ces quatre dernières années !
Si ces six derniers mois, le chômage a semblé baisser, c'est grâce à une augmentation de la production, suscitée par un accroissement préalable de la demande et permise par une utilisation plus intensive des capacités de production jusque-là en partie oisives. Mais le problème fondamental demeure toujours le même :
_ ou bien les luttes de classes s’affaiblissant, les capitalistes auront la possibilité d'accroître la productivité du travail de façon très intensive, grâce à un développement nouveau et important de la concentration ; dans ces conditions le chômage croîtra, les mêmes contradictions qu'avant mai réapparaîtront de façon exacerbée ;
- — ou bien, les luttes de classe se poursuivent de façon relativement intensive, engendrant une situation politique instable pour la bourgeoisie. Dès lors, les capitalistes ne seront pas incités à investir de façon substantielle : l'accroissement de productivité ne sera pas suffisant, face aux exigences internationales, le chômage se développera peu ou régressera lentement, mais les structures relativement inadaptées du capitalisme français évolueront peu et cela risquera d'aggraver l'insuffisante compétitivité de la France. Le capitalisme, loin de surmonter ses contradictions, les aura simplement repoussées à plus tard.
En raison de l'absence de défaite de la classe ouvrière, en maijuin, cette seconde solution nous semble plus probable. Les contraintes économiques et sociales déjà analysées, ne peuvent aboutir qu'à une nécessité objective du bouleversement politique pour la bourgeoisie. Ce bouleversement, rendu difficile par la nature bonapartiste du régime, devrait nous permettre de nous immiscer de façon plus importante dans le développement des luttes.
Par ailleurs, n'ayant pas la possibilité d'accumuler suffisamment, pour augmenter de facon substantielle la productivité, la bourgeoisie est CONTRAINTE d'accorder les plus faibles augmentations de salaires possible : l'impossibilité d'intégrer aussi facilement qu'auparavant les hausses de salaires dans les prix, du fait de l'ouverture des frontières, et de maintenir ainsi les taux de profit, a contraint la bourgeoisie, déjà avant mai (ordonnances, limitation du droit de grève, etc.), et surtout depuis mai (répression dans les usines, tentative d'intégration de la classe ouvrière par la participation, création de syndicats jaunes, etc.) à limiter le plus possible les augmentations de salaires. À cet égard, la poursuite probable de la lutte des classes de façon relativement intensive risque là aussi de compromettre les plans de la bourgeoisie.
Déjà, avant mai, les marges de manœuvre de la bourgeoisie étaient étroites. Depuis, elles se sont encore considérablement rétrécies (cf. les déclarations Giscard d'Estaing, Couve de Murville..). Les capitalistes, en tant que classe, se trouvent devant une contradiction difficile à résoudre. Les capitalistes, en tant qu'individus, essayent de s’en sortir par une spéculation sur le franc. Mais, en agissant ainsi, ils aggravent la situation de l'économie française et de leur situation en tant que classe : d'où, pour eux, la nécessité d'autant plus forte, de se donner un système politique susceptible de résoudre, au moins en partie, les contradictions auxquelles ils sont soumis.
La spéculation sur le franc peut être d'autant plus dangereuse pour les capitalistes, qu’elle se situe dans le cadre d’un système monétaire international en crise (maintien d'un système favorisant l'impérialisme U.S.) et ne Fo pondane plus au développepen inégal des forces productives. Cf. Annexe 4 et Documents
ouge.
Il serait erroné de penser que le capitalisme français, miné par les difficultés dont nous avons parlé, soit pour autant suffi. samment malade pour pouvoir être détruit par une légère secousse. N'oublions pas que le capitalisme a pu surmonter, même
s'il les a payés très cher, de graves crises, comme celle de 1929, n'oublions pas que la classe ouvrière peut encore être très largement sous l'emprise de l'idéologie bourgeoise, et que seule une organisation internationale, formée de révolutionnaires suffisamment trempés, sera capable de mener des luttes ouvrières à leur
terme.
ANNEXE I
TABLEAU I : INDICES DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE
(Base 100 en 1959)
Indices bruts 1967 Rang — Électricité osseuses Sisiatare 173 5. — Gaz d'usine (distribution) . 206 3 — Pétrole et carburants ......... : 244 1 — Combustibles minéraux solides ...... 85 20 — Extraction de minerais métalliques .. 88 19 — Extraction de matériaux de cons- ÉUCHIOR immense 178 4 — Extraction et préparation de minéraux 15 AIVETS suspecte sue 123 13 — Production des métaux 131 10 — Transformation des métaux . ; 154 78 — Industrie du verre ..............:..... 162 6 — Céramique et fabrication de matériaux de construction ........................ 170 2 — Industries chimiques . 22 12 — Caoutchouc ......... 148 14 — Tabacs et allumettes . 129 18 — Corps gras ......... 104 16 — Industrie textile 121 17 — Cuirs ........... 115 il — Papiers-cartons 152 9 — Presse - Editions ........... 161 Ensemble (Bât. et T.P. exclus) . 154 — Bâtiment et Travaux Publics . 162 7-8 Ensemble (Bât. et T.P. exclus) 156 dont Industries énergétiques . < 150 Industries extractives ........ 104
Bulletin mensuel de Statistique, décembre 1968, p. 11.
TABLEAU II : IMPORTANCE DES SECTEURS DANS L'INDUSRIE M ANUFACTURIERE PAR PAYS
(mesure en % par le rapport des effectifs du secteur aux effectifs totaux)
RFA.
France
Italie
Pays-Bas
Belgique
Etats- Unis
Japon
Industrie manufacturière
— Industries agricoles et alimentaires — Industrie textile — Fabrication de chaussures, d'articles billement et de literie ............. ue — Industries du bois et du liège ..... . — Industrie du meuble en bois ... — Industrie du papier et du carton et fabri. cation des articles en papier .............. — Imprimerie, éditions et industries annexes - Industrie du Cuir :..ovsesseecseseessass — Industries du caoutchouc et des matières plastiques .. — Industrie chimique uistae — Industrie des produits minéraux non mé talliques ............. serais — Industrie du verre . — Production et première transformation es métaux ferreux et non ferreux .......... — Fabrication d'ouvrages en métaux ...... — Construction de machines non électriques — Construction électrique .................. — Construction navale, réparation et entretien de navires .... — Construction d'automobiles et de pièces détachées — Industrie des instruments le précision -
Structures industrielles et concentrations - Essai de comparaisons inter nationales. . J.-P. Nioche.
Mémoire pour le D.E.S. de Sc. Eco. soutenu (11/68), par
ANNEXE 2
ON PEUT «EN GROS » DISTINGUER TROIS SECTEURS :
À. — Une agriculture capitaliste (qui commença à apparaître dès les débuts de la mécanisation). Elle utilise des moyens très modernes, elle s'est implantée de façon définitive et jouit d'un haut niveau productif (aussi bien par rapport à la main-d'œuvre que par rapport à la surface utilisée. Ce secteur met en œuvre un important capital productif et ne présente aucune résistance à l'implantation de nouvelles techniques. Ce secteur s'étend au bassin parisien (céréales), à la riziculture de Camargue et à la viticulture du Languedoc. Ce secteur fournit l'essentiel des productions végétales. L'élevage industriel commence à s'y introduire (veaux par exemple), l'utilisation de main-d'œuvre y est limitée.
B. — Un deuxième secteur où l'adoption de nouvelles techniques fut difficile du fait de la permanence de modes de production désuets (manque de capitaux, sous-encadrement technique, et surtout faibles dimensions). Les problèmes n’ont pu commencer à être surmontés que par l'adoption de nouveaux procédés de production parallèlement à une évolution de la structure foncière. Tout ceci n'a pu se concrétiser que par l'apport de capitaux extérieurs. Ce second secteur assure parfois des cultures spécialisées : primeurs, tabac. C'est une zone privilégiée pour les productions animales intensives (lait). Elle accueille déjà des élevages industriels (aviculture, porc) et accepte le contrôle des industries alimentaires ES bien que s'octroyant une partie de PI sur le dos des agriculteurs et s’aliénant en grande partie leur indépendance, leur assure cependant un revenu fixe, les soustrayant par là aux aléas du marché. Ce secteur est très marqué par les velléités coopérativistes. Il hésite entre ces dernières et le statut de salarié à domicile du trust d'aliments pour bétail. Un nombre important d'agriculteurs de ce secteur semble susceptible de rejoindre les rangs de la classe ouvrière (1). Les coopératives elles-mêmes, pour conserver leur autonomie, doivent prendre l'aspect de véritables trusts où l'agriculteur ne sera qu'un salarié, sa participation aux décisions ne pouvant être que formelle (cf. supra sur l'échec des coopératives). Les agriculteurs de ce secteur ont généralement une formation et sont en contact avec les salariés para agricoles, facteurs qui ne peuvent que renforcer la propension à se rapprocher de la classe ouvrière. Ce second secteur s'étend aux franges ouest et sud du bassin parisien aux plaines du sud-ouest et à la vallée du Rhône.
C. — Un troisième secteur enfin regroupant la moitié de la population rurale, mi ne produisant qu'un cinquième de la production agricole totale.
L'entrée du capitalisme et de ses techniques ne a été freinée par les données naturelles et par le manque de rentabilité (empêchant les investissements de réadaptation structurelle qui permettraient une uti sation optimale des ressources au sens capitaliste du terme, c'est-à-dire en fonction du profit). Quelques zones subsisteront sans doute s'orientant vers la satisfaction des besoins gastronomiques. Pour le moment le secteur s'étend à des régions que l'on considère comme vouées au tourisme et au reboisement (ainsi recommence-t-on à créer des parcs nationaux, parcs où demeureront quelques paysans âgés pour les nécessités du folklore. et de l'impératif de profit des entreprises de tourisme) comme les Alpes et le ssif Central.
« L'incapacité à suivre le rythme du progrès», c'est-à-dire la non rentabilité de l'intégration de ce secteur dans la sphère capitaliste (du moins dans le secteur agricole) entraîne les paysans de ce secteur, face à la détérioration de leurs revenus (cf. supra), à une révolte, mais celle-ci se borne à une lutte de revendication du statu-quo. À défaut d'intervention des monopoles, les paysans se tournent vers l'Etat pour
revendiquer le statut d'assisté social. Ces couches sociales sont elles
aussi victimes de la politique des monopoles (bien que n'étant pas directement confrontées à leur pratique), elles doivent prendre conscience de ce qu'est la véritable nature de l'Etat et de leurs véritables
intérêts.
Nous avons distingué trois secteurs dans l'infrastructure productive, voyons maintenant comment se traduit l'évolution au niveau des couches sociales.
La bourgeoisie, pour rendre son industrie compétitive, doit moderniser son agriculture (l'intégrer) pour ne plus avoir à soutenir les prix sur les marchés, ce qui lui permettra, en « contenant » mieux les prix de mieux « contenir » les salaires, cette tendance étant d’ailleurs renforcée par le dégagement de main-d'œuvre rurale qui par son poids sur le marché du travail ne manquera pas de peser sur les salaires. Le soutien des prix et les aides n'ont servi qu'aux gros agriculteurs, le résultat pour les autres n'a été que l'endettement. Les diffuseurs du progrès quant à eux ont Lésérué leurs soins aux agriculteurs présumés « dynamiques ».
On peut distinguer :
a) Une bourgeoisie (I et II) formée d'exploitants employant un pe de main-d'œuvre. Ils profitent de l'exode rural pour augmenter leur propriété foncière. Gros adhérents des coopératives, ils imposent aux petits adhérents leurs décisions, ils exploitent d'autre part la maind'œuvre salariée des coopératives. Ils utilisent leur mainmise sur les organisations syndicales pour demander des subventions à leur profit ;
b) Les exploitants moyens (S IL surtout), s’endettent, Ja bourgeoisie se sert d'eux pour canaliser la colère paysanne (idéologie moderniste, C.N.J.A.) Souvent criblés de dettes, ils ont parfois montré (cf. Loire- Atlantique en mai), qu'ils sont prêts à participer à un mouvement
populaire ;
c) Les exploitants en cours de pores (S Ill). Ils produisent essentiellement pour nourrir leur famille et commercialisent les excédents pour obtenir un peu d'argent. Ils cherchent par ailleurs à s'employer chez d'autres exploitants ou dans les entreprises de leur région. mesures d'aide accordées jusqu'ici ne sauraient leur profiter (Pisani, Faure). Condamnés à la ruine, leur intérêt objectif se situe indéniablement du côté de la classe ouvrière. Ceux qui sont obligés de trouver un emploi sont de surcroît exploités au titre d'ouvrier. Comme ils sont obligés de trouver à tout prix du travail, on en profite pour les engager à bon compte. On voit aisément le rôle de cette couche dans l'unité paysans-ouvriers ;
d) Les ouvriers agricoles : Peu nombreux, isolés, inorganisés, ils sont faciles à exploiter. Il faut distinguer les ouvriers permanents menacés par le chômage qui seront remplacés par une machine dès que l'opération sera rentable. Ce travail sert parfois d'appoint à des paysans ruinés. Il faut distinguer d'autre part les travailleurs saisonniers employés dans les grosses exploitations pour les gros travaux. Surveillés, sous-payés, logés comme du bétail, ce sont sans doute les plus exploités de tous les travailleurs agricoles.
D'un point de vue général, la seule perspective qui s'offre au travailleur agricole, c'est la prolétarisation sur place ou l'exode rural faisant de lui un ouvrier de l'industrie (80 %). Le transfert n'est pe condamnable en soi (dû à l'évolution des forces productives). Il faut cependant voir qu'il n'a lieu qu'au profit des capitalistes et que les formes qu’il revêt ne font qu'accentuer les différences de condition “sociale. Ce sont principalement les jeunes Fu quittent la terre (cf. les graphiques) ainsi, entre 1959 et 1964, 115. «moins de 30 ans» ont qune l'agriculture contre 89.400 dans la tranche « 30-45 ans » et 43.600
ans les « plus de 46 ans » (partiellement dû d'ailleurs à la plus grande difficulté de reconversion et d'adaptation de ces couches d'âge). Parmi
ces travailleurs, 14 % seulement ont un C.A.P. et 56 % sont sans diplôme. Ils vont devenir la base d'une main-d'œuvre non qualifiée, très appréciée des industriels qui pourront les employer à des tâches peu rémunérées d'autant plus qu'ils doivent quitter la terre et trouver à tout prix un emploi (cf. la politique de décentralisation). On vit (conséquemment à une telle situation), les agriculteurs de certaines régions se joindre aux ouvriers dans la lutte contre le chômage (cf. les mots d'ordre dans les manifestations (8 mai) : « A bas les accapareurs de terre », « ouvriers-paysans solidaires pour défendre le droit au travail »).
L'agriculture capitaliste accélère encore la crise du monde rural, elle s'intéresse principalement aux productions et aux cultures qui permettent les gains de productivité les plus rapides, les plus faciles, draine vers elles les investissements au détriment des autres activités agricoles. Si elle développe en priorité les productions les plus rentables, il faut bien voir que ce ne sont pas pour autant les plus nécessaires. La politique des industries dominantes ne fait que pousser la concentration de la production agricole dans les zones où le recours aux techniques « rentabilisantes » est possible.(c'est-à-dire là où il est rentable de rentabiliser) ; elle ne fait aussi que pousser la réduction de la population agricole et la mise en tutelle croissante de l'agriculture par le capitalisme industriel et commercial (devenant le fournisseur et le client de celle-ci, cf. supra), en attendant de la remplacer peutêtre entièrement à plus long terme. Les suites d'une telle situation ne sont pas limitées aux travailleurs, le capital foncier voit sa part baisser dans le capital total, ce qui ne fait qu’accentuer la domination de l'industrie sur l’agriculture quel que soit le type d'exploitation.
L'accroissement de la productivité nécessite une qualification plus grande du travailleur agricole, ce qui ne peut que l'aider (en dépit des mystifications de l'enseignement) à prendre conscience des réalités économiques.
Le fait majeur reste cependant la baisse de population (tend rapidement vers les 10 %) se traduisant d'après certains économistes par «l'abandon de régions entières au-delà du «seuil de viabilité », tout cela n'étant dû comme nous n'avons cessé de le voir ie une politique de «laisser faire» ou de soutien aux monopoles (c! , supra, les politiques successives depuis 1960).
Nous pouvons déjà avancer ce qui va nous apparaître encore plus clairement dans notre deuxième partie : L'agriculture est en passe de devenir une simple pourvoyeuse de matières premières à l'industrie. Celle-ci devant les transformer et les commercialiser avec bénéfice.
ANNEXE 3 La place des petites entreprises
Le Patronat des années 1945 était marqué par le poids important — sur le plan économique et sur le plan politique — des petites entreprises. La part de la production industrielle et du chiffre d'affaires commercial imputable aux entreprises de faible taille et de structure familiale était plus importante qu'aujourd'hui. Sur le plan politique, petits industriels et petits commerçants se signalaient par leur anticommunisme agressif et leur hostilité à l'administration — ce qui pouvait être le gage d'alliances intéressantes pour les grands patrons — mais aussi par leur hostilité aux grandes entreprises. Aussi convenaitil de les rallier pour neutraliser ce deuxième aspect. Aussi des conditions intéressantes furent-elles avancées au C.G.P.M.E. de Gingembre (organisation créée avant le C.N.P.F.), afin de remporter son adhésion. C'est ainsi que 75 sièges sur les 500 (effectif théorique) de l'Assemblée sont réservés à la C.G.P.M.E., représentant les entreprises de moins de 300 salariés. Il faut voir que cela revient à attribuer — dans une certaine mesure — une double représentation aux petites entreprises. Par exemple, le commerce, par l'intermédiaire du C.N.C. (Conseil National du Commerce), dispose encore de 75 sièges au C.N.P.F, alors
œil est constitué essentiellement de petites et moyennes entreprises. e même dans le secteur du transport, du bâtiment, de la transformation des métaux.
CONCLUSION Impuissance du C.N.P.F. due à son organisation
Dans la mesure où le C.N.P.F. a conservé l'organisation qu'il s'était donné en 1947, il apparaît marqué fortement par le rôle définitif auquel il se limitait alors. Conçu comme un organisme de liaison très souple, il est efficace, en cas de crise politique pates pour rallier en son sein le plus grand nombre d'adhérents.
ar contre, dans la mesure de l'initiative et l'offensive sur le plan économique et social, apparaît de plus en plus comme son rôle d'avenir, le C.N.P.F. s'avère impuissant, paralysé par une « démocratie excessive » (jusqu'au niveau de l'exécutif), entre syndicats professionnels, encombré par la place accordée aux petites et moyennes entreprises.
Ainsi, le C.N.P.F. a été incapable de définir une politique économique globale par rapport aux instances politiques ; les exemples ne manquent pas, qu'il s'agisse des premiers plans ou de la C.E.C.A. et du Marché commun, où le C.N.PF. ne put définir une position patronale, condamné à rappeler seulement quelques grands principes et obligé par ailleurs de laisser les intérêts patronaux divergents se médiatiser directement au niveau politique ou de faire confiance aux hommes politiques pour résoudre les problèmes concernant l'ensemble du patronat.
De même, le C.N.P.F. est impuissant à définir ce qui peut être concédé « raisonnablement », aux salariés. Quelques semaines avant la peensn de la quatrième semaine de congés payés, le C.N.P.F. votait des résolutions à la quasi-unanimité pour la dénoncer comme impossible. C'est que, pour promouvoir une politique sociale qui soit respectée, il faudrait au C.N.P.F. des structures plus fortes, des statuts de la discipline exigée des adhérents serait mieux précisée...
Ainsi, on peut dire qu'avec les structures héritées de 1947, le C.N.PF. est incapable de définir et de faire valoir la politique économique et sociale du patronat. Incapable donc d'initiatives, le C.N.P.F. est obligé de s'en remettre dans le domaine économique à des solutions imaginées en dehors de son sein par les étatsmajors politiques (ce qui peut comporter certains dangers pour lui, même si ces états-majors sont en fait dévoués au capitalisme). Dans ses rapports avec les syndicats ouvriers, son attitude consiste seulement à ne pas trop s'éloigner du statu quo.
Février 1969. Debard-Paul-David.
(1) Ce qui ne signifie pas, bien sûr, qu'il n'y eut pas de pressions patronales. Seulement, les intérêts patronaux ne se manifestaient par rapport aux instances politiques qu'au niveau d'entreprises ou de branches professionnelles.
Texte de la tendance majoritaire soumis au vote pour l’élection des délégués au congrès
Thèses sur la dialectique des secteurs d’intervention
B.D.R. n° 25
AVERTISSEMENT
Nous avons essayé de synthétiser dans un texte unique une vue d'ensemble de la dialectique actuelle des secteurs d'intervention dans la construction du parti révolutionnaire. Il en résulte des formules parfois lapidaires et peu exploitées. Nous présentons donc ce texte complémenté par des annexes développant les rubriques principales (travail ouvrier, travail étudiant, travail lycéen, intervention dans la jeunesse, situation politique française, situation économique). C'est l'ensemble de ces textes qui constitue le dossier sur les secteurs d'intervention. Par ailleurs, ce texte est indissociable du texte sur les problèmes d'organisation et la mutation de notre système ogranisationnel, ils constituent les éléments principaux d'une même orientation politique.
À — LA PORTEE HISTORIQUE DU STALINISME ET LE RE- TOUR A L'INTERNATIONALISME
1) Le stalinisme n’est pas un simple avatar du mouvement ouvrier, enclos dans les limites de ses organisations. Il signifie la castration organisée du mouvement ouvrier international à une époque où la bourgeoisie ayant épuisé ses tâches historiques se survit, et où seul le prolétariat est la classe créatrice, et le moteur de l'histoire. En conséquence, la faillite des directions ouvrières dévoyées par le stalinisme et pourtant investies des dépouilles d'octobre, détermine non seulement les difficultés du mouvement ouvrier lui-même, mais encore l'ensemble du champ politique; c'est-à-dire la marge de manœuvre inespérée où la bour-
geoisie puise de nouvelles ressources ; le vide idéologique, l'absence de perspectives révolutionnaires grâce auxquels des idéologies — réformistes, anarchistes — dérivées de l'idéologie bourgeoise reprennent vigueur.
2) Ce gigantesque avortement du mouvement ouvrier international, ponctué pendant quarante années de douleurs et de soubresauts, conditionne tant à l'échelle nationale qu'internationale le déroulement des luttes révolutionnaires, le nouvel essor de la révolution mondiale, le mal qu'ont les nouvelles avant-gardes à retrouver les fils qui, par-delà le stalinisme, les relient à la révolution russe, à la lutte de l'opposition de gauche, au marxisme révolutionnaire. Sur le plan national, ces avant-gardes doivent reprendre pied dans la classe ouvrière souvent organisée par le stalinisme, ce qui ne veut pas dire seulement la présence de partis puissants, mais encore du réseau par lequel il a mystifié la conscience de classe (foyers de vieux, syndicats, mouvements de jeunesse, municipalités, associations d'anciens combattants, etc.). Sur le plan international, elles doivent jeter bas la caricature d'internationalisme dont s'est paré le stalinisme, dressant autour des défroques d'Octobre et au service de la bureaucratie ouvrière, une garde d'honneur internationale de bureaucraties ouvrières ravies de trouver dans la défense de la patrie du socialisme un alibi à leurs propres capitulations.
3) Au demeurant le stalinisme a chancelé au niveau où il trouvait sa cohésion, au niveau international. Incapable d'endiguer plus longtemps la poussée de la révolution mondiale, il a dû subir ou tolérer successivement la victoire yougoslave, la révolution chinoise, la révolution cubaine et l'essor de la révolution coloniale dans son ensemble. Dans ce processus international, la révolution vietnamienne lui est apparue comme un fléau à partir duquel le rapport de force risquait de définitivement basculer. Toute une génération de militants est née sous le signe de cette révolution victorieuse faisant la preuve pratique de la possibilité de lutter. Reconnaissante envers cette révolution qui lui donnait espoir, cette génération, plus ou moins confusément, plus ou moins consciemment s'est consacrée au soutien politique à la révolution vietnamienne, faisant là l'apprentissage d'une solidarité internationale où germait la conscience internationaliste.
4) À cet internationalisme de fait, par son exemple combattant, par son mot d'ordre pour la création de plusieurs Vietnam, le Che a apporté un début de dimension stratégique. Ainsi le stalinisme trébuche-t-il par où il avait triomphé. Ayant nié toute stratégie internationale au profit de la défense inconditionnelle et prioritaire de l'U.RSS. ayant substitué à l'internationalisme prolétarien une vague charité humanitaire et parfois intéressée envers les nations martyres, miné par ses contradictions, il a fini par abandonner les tâches les plus élémentaires de solidarité internationale dont ont pu se saisir les quelques militants internationalistes ayant politiquement survécu au laminage stalinien. Ils-ont fait des luttes anti-impérialistes le creuset où se sont formées les nouvelles avant-gardes à l'échelle internationale.
5) Aujourd'hui plus que jamais la menée de ces luttes, la redécouverte pratique, théorique et organisationnelle de l’interna-
tionalisme prolétarien est la tâche première des militants d'avantgarde. Dans la lutte contre l'impérialisme elle permet le déploiement d’une stratégie embryonnaire d'attaque sur plusieurs fronts, l'utilisation sans cesse plus consciente et plus efficace de l'interdépendance des fronts de luttes qui affaiblissent toujours davantage l'impérialisme. Dans la lutte contre le stalinisme, elles font pâlir son prestige usurpé à mesure qu'elles ravivent les couleurs de l'internationalisme, elles ruinent le statu-quo international dont il se nourrit, elles favorisent le développement de luttes révolutionnaires dans les Etats ouvriers dégénérés ou déformés euxmêmes. Dans la lutte contre l'impérialisme et le stalinisme qui ont tissé de façon complémentaire une chaîne internationale d'intégration et de muselage politique, elles permettent l'émergence sur le point le plus faible de cette chaîne, celui de l'anti-impérialisme et de l'internationalisme, de nouvelles avant-gardes jeunes et combatives qui menacent leur avenir.
6) Aujourd'hui il importe de considérer cette percée par des luttes anti-impérialistes, non comme une première brèche tactique, mais comme un point décisif pour l'avenir des luttes révolutionnaires. À l'époque de l'effondrement de l'impérialisme et de l'effritement du stalinisme, à l'époque de la première poussée révolutionnaire généralisée à l'échelle mondiale, le problème d'une stratégie internationale développant la théorie de la révolution permanente est à l'ordre du jour. Pratiquement, le problème du soutien accru à la révolution coloniale (Vietnam, Palestine, Bolivie), de l'intensification des luttes antibureaucratiques (Pologne, Tchécoslovaquie), et des développements des luttes anticapitalistes (France), se trouve posé. Stratégiquement, le problème de la construction d'une Internationale révolutionnaire implantée dans les masses devient une urgence. La réponse à ces problèmes signifierait la ruine définitive du stalinisme.
B — LES CONDITIONS GENERALES DE CONSTRUCTION DU PARTI REVOLUTIONNAIRE
7) Le développement et l'implantation de nouvelles avantgardes met à l'ordre du jour la possibilité et l'actualité de la construction de partis révolutionnaires. Toutefois les conditions de construction de ces partis restent essentiellement déterminées par les conditions de lutte contre Je stalinisme, par l'appréciation de ses points faibles et de ses ressources. En particulier, il convient de ne pas avoir une vision statique et figée de ce que l'on groupe sous la catégorie de petite bourgeoisie. L’accumulation du capital, la concentration monopoliste tendent à désintégrer certaines couches intermédiaires et à les rejeter dans les rangs du prolétariat. Ainsi des couches que l'on hésite à caractériser socialement, sinon hâtivement comme marginales, sont parfois déjà des alliées quasi organiques du prolétariat. Par ailleurs, il convient de ne pas avoir du prolétariat lui-même une image trop légendaire et trop peu politique : « de même que les divers pays capitalistes représentent les stades les plus divers de l'évolution, de même, à l'intérieur de chaque pays, les diverses couches d'une même classe ouvrière » (Rosa Luxemburg, grève de masse, p. 71). Cela veut dire que, de même qu'il y a un dévelop-
pement inégal et combiné du système mondial, de même il y a un développement inégal et combiné du prolétariat, Certaines couches du prolétariat classique (textile traditionnel) peuvent être devenues retardataires, etc. Il en résulte que l'on doit s'efforcer de définir les secteurs stratégiquement déterminants pour la construction du parti, en raison de plusieurs critères : dynamisme (métallurgie), implantation du P.C, forte tradition de lutte, etc.
8) Alors que la sociologie américaine et le professeur Marcuse s'interrogent sur le rôle joué à l'époque actuelle par certains milieux marginaux et cherchent à le théoriser, l'analyse du stalinisme nous permet de comprendre pourqui ces milieux sont en fait les maillons faibles — souvent idéologiquement — du stalinisme. Ainsi pour comprendre le rôle spécifique et conjoncturel des mouvements étudiants dans les pays capitalistes avancés, de même que pour comprendre le rôle des révolutions coloniales, point n'est besoin d'un système sociologique sur la marginalité. Il suffit de comprendre quelles voies, dans les milieux le moins organisés de façon permanente par les appareils politiques, la remise en cause du stalinisme pouvait se frayer selon une ligne de moindre résistance. En conséquence, dans la stratégie de construction des partis, une juste appréciation de ces maïllons, et de leur importance, entre comme un élément fondamental.
9) En conséquence, la stratégie de construction du parti ne se réduit pas en une bonne volonté et un dévouement, orthodoxes aux yeux de la théorie marxiste, mais sans grande portée tactique : « s'implanter dans la classe ». Elle doit, au contraire, concevoir la complémentarité et l'interaction des secteurs d'’intervention leur dialectique. L'implantation de noyaux révolutionnaires dans la classe demeure l'objectif principal, mais il implique que simultanément on conquière des point d'appuis, on fasse reculer le stalinisme en ses points faibles. Ainsi le travail chez les étudiants et les enseignants favorise par ses succès, par les initiatives qu'il libère, par l'écho qu'il reçoit, la popularité des idées révolutionnaires au sein de a classe ellemême. Les luttes de masses étudiantes peuvent être un phare pour les luttes ouvrières (mai en France, Pakistan). De plus, la crise de l’ouvriérisme stalinien, le regroupement objectif de certaines couches sociales autour du prolétariat, le prestige acquis par les luttes de masse dans ces secteurs périphériques fait que les militants révolutionnaires ne sont plus tout à fait perçus comme des étrangers et des intrus aux portes des boîtes (Renault). Il en résulte que la stratégie de construction du parti révolutionnaire doit combiner un
ort prioritaire d'implantation dans la classe commandant toutes les options politiques, et une continuation du développement concentrique dans certaines couches marginales ou périphériques afin d’affaiblir les partis staliniens et d'utiliser au maximum la complémentarité subjective et objective des secteurs d'intervention.
C — LES RAPPORTS AVANT-GARDE/MASSES
10) Le stalinisme a légué une vision manipulatoire des rapports entre l'avant-garde et les masses. En réaction contre cette
pratique, les courants libéraux au sein du mouvement ouvrier (italiens) ont réaffirmé l'autonomie de l'organisation de masse par rapport à l'organisation d'avant-garde. (Trentin, Magri, Gorz). En fait, il ne s'agissait pas d'une simple réaction sentimentale. Le rôle d'élaboration politique, de gestion, d'option économique proposé au syndicat revient à lui faire jouer de façon permanente le rôle d’une structure de double pouvoir. Du coup son autonomie est légitimée, mais elle s’insère dans une stratégie ouvertement réformiste, celle du «réformisme révolutionnaire» qui exclut toute perspective de crise révolutionnaire et de renversement violent du pouvoir bourgeois. En fait, à la déformation stalinienne des rapports avant-garde/masse répond une déformation réformiste.
11) « La division entre la lutte politique et la lutte économique et leur séparation n'est qu'un produit artificiel, quoique historiquement explicable, de la période parlementaire.» Cette division arbitraire est le mécanisme par lequel la social-démocratie puis le stalinisme maintiennent leur emprise sur le mouvement ouvrier. En alternant les luttes revendicatives, syndicales, de pression et des mesures parlementaires (motions de censure, etc.), ils délimitent de façon réciproque un terrain économique et un terrain politique, qui n'interfèrent jamais; ce qui permet de maintenir l'éclatement et la discontinuité des luttes ouvrières, de faire en sorte que chaque lutte doive trouver sa sanction et sa conclusion que sur le terrain au seuil duquel il est convenu qu'elle cesse.
12) Ce mécanisme a toujours été compris par les révolutionnaires comme un obstacle aux luttes ouvrières : « L'économique et la politique ont toujours été indissolublement liés l'une et l’autre. Ce lien est particulièrement indissoluble à des époques comme celle que nous traversons. Il n'est pas une seule question de la vie politique qui ne doive intéresser à la fois le syndicat et le parti ouvrier. Inversement, il n'est pas une seule question économique importante qui puisse intéresser le syndicat sans intéresser à la fois le parti ouvrier » (Congrès de l'I.C.). Toutefois, le problème ne devient aujourd'hui si aigu, que parce que une conception strictement économique de la lutte syndicale devient un obstacle absolu à toute victoire ouvrière. Ce n'est pas parce que la conscience des ouvriers se serait développée et haussée à une compréhension des luttes supérieures que l'idéologie syndicaliste représente un frein important. C’est pour une raison objective. À l'époque du capitalisme libéral, il était possible au syndicat, mettant à profit la concurrence intercapitaliste, d'arracher quelques concessions économiques à la bourgeoisie, certes tôt remises en question et condamnant le syndicat à «un travail de Sisyphe ». À l'époque du capitalisme monopoliste, la moindre revendication économique se heurte au mur des prévisions, des graphiques, de la planification patronale et de l'Etat bourgeois qui veille à leur application. Dans ce cas, toute victoire strictement économique devient une impossiblité, à moins de passer par une victoire politique ou à moins d'accepter une concertation préventive avec la bourgeoisie sur le partage pacifique des richesses futures sans risque de renverser l'ordre établi. Ainsi le syndicalisme, s'il veut rester revendicatif et économique, glisse nécessairement au syndicalisme contractuel. Ce dont les accords sur l'emploi donnent en France un vague avant-goût.
13) De cet aperçu des rapports entre l'avant-garde et les masses dans la période d'actualité de la révolution, il résulte qu'on ne saurait se contenter d'énumérer les formes d'organisation de la classe. Et de relever parmi elles l'une, spécifique, le Parti. Le parti n'est pas seulement la seule structure à représenter les intérêts de classe du prolétariat dans son ensemble. À partir du moment où il existe les militants révolutionnaires, ne saurait défendre « l'autonomie » des autres structures (pour quoi faire ?); elles doivent lui être strictement subordonnées : «Les syndicats qui se placent sur le terrain du communisme et qui forment des
oupes internationaux sous le contrôle du Comité exécutif de FInternationale communiste, constituent une section syndicale de l’Internationale communiste » (Statuts de l’I.C.). Ou encore : «les communistes doivent tendre à réaliser une union parfaite entre les syndicats et le Parti communiste en les subordonnant à ce dernier avant-garde de la Révolution ». Et enfin : « Du point de vue de l'économie des forces et de la concentration des camps, la situation idéale serait la constitution d'une Internationale prolétarienne unique, groupant à la fois les partis politiques et toutes les autres formes d'organisation ouvrière. I1 ne fait pas de doute que l'avenir appartient à ce type d'organisation. Mais au moment actuel de transition, avec la variété et la diversité des syndicats dans les différents pays, il faudrait constituer une union autonome des syndicats rouges acceptant dans l'ensemble le programme de l’Internationale communiste... »
14) L'exemple du syndicalisme montre quelle vision mystifiée le stalinisme a instauré des rapports avant-garde/masse. Cette mystification ne s'arrête pas au problème des syndicats, elle touche la plupart des organisations de masse qui ont de plus en plus de mal à se survivre (petits commerçants, petits paysans, femmes françaises, etc.). Dans la continuité de sa ligne front-populaire, le P.CF. s'est créé des alliés politiques de toute pièce en conférant une homogénéité d'intérêts et une autonomie politique à des groupes qui en étaient totalement dépourvus. Ainsi il a contribué à dresser le mythe d'un mouvement étudiant de masse. Faute de remettre en cause ces cadres organisationnels eux-mêmes, plus unitaristes qu'unitaires, les militants révolutionnaires tentent de s'emparer et de faire vivre des structures dont la viabilité même est théoriquement douteuse.
15) Ainsi dans la période d'actualité de la révolution, il n'y a pas de structures autonomes de la classe. Toutes sont subordonnées au Parti révolutionnaire qui leur donne un sens. Sous son influence et son contrôle elles participent à la lutte devant déboucher sur une crise révolutionnaire. C’est lors de cette crise seulement qu'apparaissent les structures autonomes, de pouvoir, de la classe, fondant dès l’abord dans les pays capitalistes avancés le pouvoir économique et politique dans les Conseils d'usine.
D — LA SITUATION POLITIQUE
du pouvoir politique confiné aux structures périmées du par mentarisme, aux mains de la fraction économiquement domi-
16) L'avènement de de Gaulle au pouvoir permet le pesage e-
nante de la bourgeoisie : le grand capital monopoliste. Le pouvoir s'exerce dorénavant en dehors des murs officiels où il est censé résider (Parlement, Sénat). Cette opération réajuste le pouvoir politique de la bourgeoisie au centre de gravité de son pouvoir économique. Néanmoins, le caractère bonapartiste qui affecte dès l'origine le pouvoir gaulliste situe aussi sa vulnérabilité : la marge d'autonomie du pouvoir lui autorise des prises de position qui parfois hérissent la bourgeoisie ; sa dépendance par rapport à un certain équilibre des luttes sociales réclame un faible degré de mobilisation ouvrière. Si la crise pré-révolutionnaire de mai a marqué «l'irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées », la crise monétaire de novembre a symbolisé la fuite massive du capital de confiance bourgeois, qui servait de ciment au régime gaulliste. La divergence de ces deux trajectoires trace l'espace dans lequel se débat le gaullisme.
17) Les difficultés du gaullisme illustrant de plus en plus ses limites, le problème de la relève se pose avec de plus en plus d'acuité pour la bourgeoisie. Elle sait que le pouvoir ne peut paraître vacant, c'est pourquoi Pompidou pose dès maintenant sa candidature. Mais au-delà du problème de succession, la forme de domination politique est en cause. Or aujourd'hui la bourgeoisie ne paraît pas en mesure de s'offrir une solution social-démocrate à la Wilson. Le discrédit des formations politiques traditionnelles, leur débâcle électorale rend une telle solution invraisemblable ; à moins d'y inclure le P.C., ce à quoi la bourgeoisie ne semble pas disposée compte tenu des relents de guerre froide ravivés par la Tchécoslovaquie. De même une solution de type fasciste ne semble pas non plus très praticable pour la bourgeoisie : l'écrasement et l’atomisation de la classe ouvrière organisée supposerait
. un tout autre rapport de force. Et surtout le repli autarcique de l'économie, l'arrachant aux lois de la division internationale du travail n'est pas aujourd'hui une voie évidente. Aujourd'hui, vu l’entrelac de plus en plus serré des intérêts capitalistes internationaux, c’est la bourgeoisie internationale qui s'efforce de régler les problèmes des bourgeoisies nationales. Plus qu'à des Etats fascistes, la bourgeoisie acculée au désespoir a aujourd'hui recours à des Etats fantoches directement soutenus par l'impérialisme mondial. La bureaucratie administrative et militaire, la pègre gaulliste regroupée dans les S.A.C. et les C.D.R. pourraient servir d'appui à une telle issue; mais encore faudrait-il préciser le rapport de force : la France n'est pas la Grèce. Dans l'immédiat, que l'homme de rechange se nomme Pompidou ou E. Faure, Marcellin ou Mendès, aucun ne dispose d’autres possibilités que celles dont le régime actuel dispose. Aucun n’apportera d’autres solutions sauf si l’apathie politique et sociale de la classe ouvrière lui laisse les mains libres.
18) Or les plaies de mai ne sont pas cicatrisées et l'effet à retardement commence à se manifester. Les expériences de mai, les révélations, la redécouverte de la lutte fermentent dans la classe ouvrière. Les grèves de Renault, la manifestation du 11 mars témoignent de sa fermeté alors que de Gaulle, il y a quelques mois, annonçait « la fin des cortèges et des tumultes ». La petite bourgeoisie, les P.M.E., la boutique traditionnelle, ayant fait les frais de mai sont prêts à se retourner contre le régime; ayant perdu leurs formations politiques classiques, laminés par dix ans de
gaullisme, livrées à elles-mêmes, instables sur le plan idéologique, elles peuvent constituer un facteur d'irrationalité sur l’échiquier politique et contribuer à l'approfondissement de la crise. Dans cette situation, l'alternative pour le pouvoir est claire : ou le rétablissement rapide de l'Etat fort, ou la poursuite d'une politique de concessions contradictoires envers les couches moyennes restaurées dans leur rôle de groupes de pression comme à l'époque de la démocratie parlementaire.
19) Dans cette situation, les travailleurs, ayant vu s'évanouir en juin le mirage électoral promis depuis des années par le P.C.F. sont livrés au désarroi. Leur combativité réelle reste suspendue à l'existence d’une perspective en termes de pouvoir politique. Le problème de la construction d'un parti révolutionnaire capable de réarmer idéologiquement la classe ouvrière, de déclencher des luttes, de préparer l'ouverture d'une crise révolutionnaire, se trouve placée au centre des préoccupations. De plus, l’aggravation après mai et l'affaire tchécoslovaque de la crise chronique au P.C.F, le fait qu'il n'apparaît plus comme le parti incontesté de la classe ouvrière, qu’au sein même des syndicats il rencontre des résistances « gauchistes» actualise la réalisation de cette tâche essentielle.
E — L'AXE FONDAMENTAL, LA TACHE DETERMINANTE : LE TRAVAIL OUVRIER
20) Réaffirmer la priorité du travail ouvrier, c'est aussi réaffirmer une donnée élémentaire, et fondamentale du marxisme : le rôle historique de la classe ouvrière. Ce n'est nullement superflu après une période où les premières contestations idéologiques du stalinisme ont mis à la mode les théories sociologiques sur la nouvelle classe ouvrière, la disparition du prolétariat, le bien-être
énéralisé. Notre intervention politique, notre lutte idéologique, a leçon de mai confirmant celle des grèves belges ont mis un cran d'arrêt à ces dissertations. Aujourd'hui, l'exploitation de la classe ouvrière est redevenue une réalité quotidienne reconnue. Donc tant pour des raisons objectives que subjectives (transformation des mœurs organisationnelles, adaptation aux rythmes, aux exigences, et à la rigueur du travail ouvrier), nous devons réaffirmer en premier point la priorité des priorités politiques au travail ouvrier.
21) Aujourd'hui, la condition d'une implanation réelle et fructueuse dans la classe n'est pas seulement l'assiduité et la bonne volonté des militants, mais aussi et surtout une question de perspectives politiques. Eduquée dans le schéma de la dualité des programmes, maximum et minimum, la classe ouvrière se trouve désarmée devant la faillite des perspectives parlementaires. Les militants ouvriers oscillent entre la défense quotidienne, souvent désordonnée, de leurs intérêts immédiats et de vagues proclamatiens phraséologiques sur leur volonté de lutter pour le socialisme. Ils parviennent rarement à trouver une issue à la situation différente d'un simple changement d'équipe gouvernementale, n'ayant pas été éduqués sur les notions de crise révolutionnaire, de dualité de pouvoir, etc. Pour répondre à la politique
d'emploi, de salaires, de productivité (cadence du patronat, pour refaire l'unité de la classe ouvrière en lutte, pour Fi donner une perspective en terme de pouvoir, l'élaboration d'un programme de transition articulé autour des thèmes de contrôle ouvrier est à l'ordre du jour ; déjà des luttes spontanées, sporadiques de certains secteurs ouvriers, portent essentiellement sur les conditions de travail, perpétuant les formes de lutte de mai, esquissent l'actualité pratique de ces thèmes. Le paradoxe de l’entreprise capitaliste où une poignée d'ouvriers occupant un poste névralgique euvent paralvser l’ensemble de l'entreprise, donne une idée de eur efficacité possible.
22) L'implantation dans la classe ne peut se faire de façon conséquente que sur des bases politiques claires. À ce propos, magnifier «les organisations autonomes de la classe» (CA, CL.E.O, etc.), c'est entériner un état de fait, stabiliser les préjugés unitaristes des militants ouvriers en rupture de stalinisme au lieu de les dépasser. Il ne saurait, en dehors des périodes de crise révolutionnaire, exister de structures autonomes par rapport à l'avant-garde. Le faible regroupement de l'avant-garde face à l'ébranlement du P.C.F. le rapport de force encore limité qui en résulte, les critères encore trop idéologiques de l'avant-garde, peuvent expliquer le temps de décantation nécessaire aux groupes ouvriers qui quittent le P.C.F. Ils ne nous autorisent en aucun cas à le théoriser pour y installer des groupes autonomes qui ne pourront réellement survivre qu'en maîtrisant leurs problèmes par une vue nationale de la lutte des classes et par une insertion organisationnelle nationale.
23) Les syndicats demeurent la plus puissante organisation de lutte de la classe. En période de répression patronale, leur couverture légale apparaît comme la garantie sans laquelle les travailleurs hésitent à se risquer dans la lutte. Pour toutes ces raisons, le travail au sein des syndicats demeure une tâche principale des ouvriers révolutionnaires, non pour se contenter d'y regrouper une tendance « syndicale » durcissant les mots d'ordres officiels, maïs pour tenter d'y impulser une pratique différente reposant sur l'action directe et la contestation de fait de la légalité patronale, restituant la portée et le sens politique des moindres luttes, préfigurant ce que pourrait être une organisation de masse ouvrière débarrassée de l'idéologie « syndicaliste » léguée par la social-démocratie et le stalinisme.
24) Par l'implantation ouvrière, nous modifions le rapport de force entre l'avant-garde et le P.C.F. Ce rapport de force ne saurait être conçu de façon morcelée, comme l'addition des forces au sein de chaque entreprise. L'emprise du P.C.F. sur la classe combine diverses formes, elle dessine des unités politiques (villes de province, quartiers, banlieues). L'expérience de bulletins tels que la Taupe rouge aixoise illustre la rentabilité de telles pratiques. Cette conception permet une plus juste articulation des cercles de quartiers par rapport au travail ouvrier. Soit qu'ils s'investissent spécialement sur certaines entreprises choisies avec précision, soit qu’ils interviennent sur certains grands ensembles par une agitation sur tous les problèmes extraprofessionnels des travailleurs (politique, logement, transports, animation sportive et culturelle où P.C.F. et gouvernement développent des pratiques
parallèles). Une telle intervention est parfois complémentaire au travail d'entreprise dans la mesure où elle permet de recueillir ailleurs les fruits de la présence assidue aux usines où il n'est pas toujours possible d'obtenir et de trouver les contacts.
F — LE MOUVEMENT ETUDIANT ET LYCEEN
25) Il serait trop hâtif et trop peu opératoire de caractériser globalement le milieu étudiant par son origine petite bourgeoise. En fait, la croissance rapide des besoins en main-d'œuvre qualifiée a eu pour conséquence une diversification du recrutement social des étudiants. De même, la transformation de la fonction sociale de l’Université, de fonction culturelle (autorecrutement des élites bourgeoises) en fonction de formation professionnelle, promet la pupart des étudiants à un avenir professionnel à la fois précis et incertain, celui de cadres, d'enseignants et de techniciens, menacés de chômage, soumis aux impératifs du recyclage, subissant parfois aux côtés du prolétariat l'exploitation patronale. En fait, pour comprendre la sensibilité politique du milieu étudiant, il est plus intéressant de le concevoir comme un carrefour de contradictions superstructurelles, cumulant la crise idéologique qui affecte l'ensemble de la jeunesse, les conséquences de la crise institutionnelle de l'université, les problèmes propres aux cadres et aux techniciens. Ainsi peut-on comprendre qu’il soit une plaque sensible entre toutes.
26) La crise de l'institution universitaire trace le cadre de mobilisation du mouvement étudiant. Contrainte de répondre au développement des forces productives par l'élèvement global du niveau de qualification tout en maintenant, grâce à une sérië de mesures (orientation forcée, spécialisation hâtive, parcellarisation du savoir, formation en miettes), une conscience mystifiée des rapports de production, l'Université est au cœur de la contradiction principale du capitalisme. La bourgeoisie ne peut que tenter par des mesures de rationnalisation forcément bâtardes (réformes Fouchet et Faure) de faire face à cette contradiction. Il en résulte une crise chronique de l'Université qui ne pourrait trouver de solution que par une réorganisation globale du système d'enseignement et d'emploi. En conséquence, le mouvement étudiant est incapable de faire front de façon autonome à la politique de la bourgeoisie. Il ne peut y apporter de riposte qu'aux côtés de la classe ouvrière, autour de thèmes de contrôle ouvrier sur l’enseignement, la formation, et l'emploi. Il est incapable de toute autonomie programmatique à l'égard de la classe ouvrière.
27) La nature du milieu étudiant, le caractère de masse du mouvement étudiant, son absence d'autonomie stratégique situent ses limites en tant que mouvement. Par ailleurs, sa spécificité historique, son expérience de lutte acquise pendant la guerre d'Algérie, le développement en son sein de militants d'avant-garde, conjugués avec la faiblesse extrême de l'avant-garde face au P.C-F., lui a conféré un rôle conjoncturel de substitut d’avantgarde, d'avant-garde tactique. Par sa résolution, son dynamisme propre, alimenté par la disponibilité du milieu, il a pu en mai rompre le statu-quo de la lutte de classe. Ce rôle, sous d’autres
formes, avec des ambitions plus limitées, il peut être appelé à le rejouer, mais dans des conditions politiques qui, chaque fois, devront être spécifiées.
28) Cette situation fait que le mouvement étudiant doit en permanence surmonter la contradiction réelle entre son caractère de masse et sa vocation révolutionnaire, entre ses limites objectives et sa fonction d'avant-garde tactique (qui peut durer aussi longtemps qu'une avant-garde réelle, implantée, stratégique, n’assumant pas pleinement ses tâches historiques). Il ne peut y parvenir qu'en redéfinissant, en fonction de l'évolution de la conjoncture, en permanence, les initiatives politiques tactiques qui Le permettent de résorber la contradiction sans pour autant ‘abolir.”
29) Mais ces initiatives politiques tactiques ne peuvent être précisées qu'à partir d’une vision d'ensemble du champ de la lutte des classes, de l'état de la mobilisation ouvrière. Cela signifie que seuls les militants d'avant-garde peuvent définir de façon pertinente les objectifs stratégiques du mouvement étudiant. Ainsi s'explique le caractère spécifique des structures unitaires constatées tant en milieu lycéen (C.A.L.. cf. texte) qu'étudiant, et la crise chronique de l'U.N.E.F. Les structures unitaires n'ont en fait de vitalité que dans les périodes de mobilisation et d'action du mouvement. Comme structures unitaires, elles périclitent et dépérissent. Seules peuvent avec la compréhension politique nécessaire à une activité permanente les structures directement animées par des militants d'avant-garde dans une perspective politique suffisamment claire et homogène. Au demeurant, les travailleurs, dans les manifestations, perçoivent dans le cortège StudianE le cortège révolutionnaire davantage que le mouvement étudiant.
F — LES MAILLONS FAIBLES
30) Parmi les secteurs d'intervention non ouvriers où l'influence du P.C. peut être rapidement battue en brèche, le secteur enseignant occupe une place privilégiée. Participant de la crise générale de l'Université, grâce à la trame des militants révolutionnaires, il peut s’articuler avec les mouvements lycéens et étudiants de façon directe. Constituant un réseau de contacts aux multiples ramifications, il permet la pénétration des militants d'avant-garde dans les petites villes et les campagnes. La situation d'enseignant constituant l'horizon professionnel de la majorité des étudiants qui aujourd'hui forment le gros des effectifs de l'avant-garde, le mouvement enseignant peut devenir dans un proche avenir un bastion pour les militants révolutionnaires. Ce qu'on ne saurait sous-estimer compte tenu de la place spécifique de la F.EN. dans les structures du syndicalisme français, et compte tenu surtout de la présence en son sein d'une tendance révolutionnaire organisée dans l'E.E. Un tel phénomène, s'il se traduit par des luttes réelles, peut servir d'exemple stimulant pour le syndicalisme ouvrier privé du droit de tendance depuis plusieurs décades.
31) Dans un autre ordre d'idée, la jonction organique entre des étudiants encore caractérisés par les réactions politiques du mouvement étudiant, et leur milieu professionnel d'avenir, peut donner des mélanges politiques explosifs. Ainsi le côtoiement quotidien dans les C.H.U. des étudiants en médecine, des médecins en exercice, des infirmières et du personnel hospitalier permet dès à présent d’'entrevoir l'Assistance Publique comme un secteur où l'avant-garde peut à très courte échéance damer le pion au P.C. et prendre l'initiative des luttes.
32) Enfin, et dans une optique encore différente, les C.ET. peuvent devenir très vite un secteur particulièrement combatif et de première importance sur le plan politique. Les contradictions propres à la jeunesse et celles spécifiques à un milieu préouvrier (cadences, travail non rémunéré, conscience de classe embryonnaire, racines familiales) s'y cumulent. La C.G.T. a saisi le danger, qui lance une campagne de « présyndicalisation ». Mais le milieu lycéen technique, sans traditions d'organisation, est loin d'être fermé aux influences révolutionnaires. Chaque année, il peut envoyer dans la classe ouvrière un fort contingent de militants éduqués et trempés à une école militante autre que celle du stalinisme.
33) Selon des modalités différentes, ces secteurs constituent des maillons faibles pour le P.C.F., des points par lesquels son emprise sur la classe peut être entamée. Dans le processus de construction du parti révolutionnaire, il est de notre devoir d’analyser ces secteurs, d'en découvrir d'autres, d'utiliser au mieux la complémentarité des secteurs d'intervention pour donner le maximum d'atouts à notre pénétration en milieu ouvrier.
G — L'AGITATION ET LA PROPAGANDE SOCIALISTES
34) Dans la lutte contre le capitalisme et le stalinisme, nous devons savoir utiliser la lutte politique dans toute sa richesse. L'émiettement et l'éclatement des pratiques sociales est l'une des formes fondamentales de domination de la bourgeoisie sur le prolétariat : séparation du travail et de loisirs, du travail intellectuel et du travail manuel, de l’économique et du politique, de la vie publique et de la vie privée. Le stalinisme nous a légué une conception appauvrissante de la lutte politique qui limite son champ d'application aux limites que lui assigne la bourgeoisie : il s’agit d'une pratique parmi d'autres qui ne doit pas outrepasser ses droits. Ainsi le P.C.F. et les partis staliniens limitent la lutte politique à ses formes parlementaires, électorales ; c'est-à-dire à l'aspect même que lui accorde la bourgeoisie. Pour le reste, le théâtre, la littérature, la culture, les mœurs affectives et familiales, les partis staliniens s'efforcent de ne pas être au-dessous de la bourgeoisie, de prouver qu'ils savent apprécier les mêmes arts, se conformer à la même morale. Ainsi Fe partis staliniens et la bourgeoisie se heurtent sur un terrain politique soigneusement délimité, isolé et codifié, selon des lois et un fair-play établis ; ils donnent ainsi une image poussiéreuse et revêche de la politique régie par le sérieux parlementaire. En dehors de cette joute sportive, ils s'efforcent de se conformer au mieux aux mémes normes culturelles et morales. Avec la circonstance aggra-
vante pour les partis staliniens, qu'ils s'efforcent, dans leur microcosme, d'emprunter les pantoufles morales et culturelles de la bourgeoisie avec la gaucherie et la disgrâce d'un parvenu de la promotion sociale, Pour nous la lutte contre le capitalisme et le stalinisme, contre leurs idéologies complémentaires, signifie aussi rendre à la politique sa fonction totalisatrice de toutes les pratiques, de faire en sorte que tous les domaines de la vie sociale en seront pénétrés, et lui rendre par là son pouvoir corrosif.
35) Cela veut dire qu'au lieu de se conformer au bourgeoisétalon, l'organisation révolutionnaire doit préfigurer l'ordre nouveau. Il ne s’agit pas de faire de l'organisation révolutionnaire un microcosme socialiste en société bourgeoise. Toutes les expériences de type phalanstère ont été catastrophiques. Mais il ne faut pas céder un pouce de terrain au stalinisme qui par bien des aspects comme une rallonge d'un demi-siècle à deux millénaires d’idéologie chrétienne. Il importe de voir que la lutte idéologique n'est pas affaire de francs-tireurs ; l'individu isolé qui conteste l'idéologie bourgeoise ne fait que la reproduire ; seuis des militants organisés autour d’un projet révolutionnaire peuvent tendre à la dépasser.
36) C'est pourquoi la lutte politique, agitatoire et propagandiste, contre l'idéologie bourgeoise vient à l’ordre du jour. Pendant uarante ans, la stagnation de la révolution mondiale, l'absence ‘organisations révolutionnaires implantées, colmatée par les mausolées et les fanfares dédiés au souvenir d'Octobre, ont désamorcé cette lutte. La littérature a marqué le pas après les derniers grands écrivains de la décadence bourgeoïse (Proust, Kafka, Faulkner) et l'avortement de la littérature révolutionnaire sevrée de révolutions (Dos Passos). Au-delà, la littérature ne fait plus que réchauffer les valeurs bourgeoises d'humanisme en sursis (Malraux, Camus), qui incarne la mauvaise conscience impuissante du mouvement ouvrier failli, ou que proclamer la fin de la littérature. Au simple niveau de l'édition, l'aridité des Editions Sociales, permet le bourgeonnement de coteries et de cénacles intellectuels, de revues de compilateurs avisés. Le développement de nouvelles avant-gardes doit permettre de rendre son visage à la politique telle que la comprenait Lénine, d'en investir tous les pores de la société ; par une politique systématique d'édition, par une lutte idéologique sur tous les fronts, elles doivent remettre à l'ordre du jour la propagande socialiste générale que la presse stalinienne a depuis longtemps abandonnée au profit du commentaire journalistique. Se refuser dès maintenant d'accepter la peau de chagrin à laquelle le P.C.F. a réduit la notion de politique, rendre d'emblée à la lutte politique toutes ses dimensions, c'est aussi la condition pour dresser un pôle, une force dans la société qui ne soit pas seulement plus radicale et plus résolue que les autres, mais qui, dès maintenant, incarne les promesses du projet socialiste.
37) La lutte idéologique ne doit pas rester une proclamation ur la forme. Dès maintenant elle a des conséquences pratiques.
n particulier en ce qui concerne la jeunesse. Alors qu'elle subit de façon particulièrement aiguë la crise des valeurs bourgeoises, le gouvernement et le P.C.F. ont compris de la même façon la nécessité de son embrigadement ; en particulier par le sport de
compétition et la vision idéologique qu'il véhicule. La politique d'embrigadement sportif et culturel de la jeunesse, élaborée par les Herzog, Missofile, Borotra, Comiti est strictement Darsilèle à celle pratiquée dans les banlieues ouvrières par les municipalités communistes. L'avant-garde doit aussi prouver ses capacités en organisant la résistance à cet embrigadement, en utilisant le canal des organismes de loisir et vacance (C.L.A.J., C.E.M.E.A.) en quadrillant notamment les camps de vacances, camps d'adolescents, colonies, stages de skis des grandes entreprises. Le travail politique des moniteurs auprès de cette jeunesse peut aujourd'hui se prolonger au-delà du temps des vacances grâce à la présence de plus en plus importante des groupes d'avant-garde, grâce à un Féeau de plus en plus dense de structures politiques ‘accueil.
H — L'ARMÉE
38) Mai 1968 a rappelé l'importance de la propagande révolutionnaire aux armées, tâche que les partis staliniens ont également abandonnée. Après mai, cette propagande devient une tâche fondamentale dans la perspective de nouvelles crises. Elle est facilitée par la réceptivité des soldats du contingent : sursitaires sortant des facultés, jeunes travailleurs, jeunes chômeurs, tous ont vécu mai et s'en souviennent. Ils font pénétrer dans l’armée les thèmes anti-autoritaires, la lutte contre la hiérarchie, la résistance à toutes les humiliations. Il est du devoir des militants d'avant-garde de coordonner, systématiser et préparer cette agitation aux armées, parfois spontanée, parfois due à l'initiative personnelle, mais isolée de militants politiques.
39) Le travail de l'avant-garde dans l'armée doit se doubler de sa propre préparation aux problèmes militaires.
40) L'intervention aux armées n’a pas pour seul but d'introdure dans l’armée des noyaux révolutionnaires, de contribuer à sa désagrégation, de retourner certains régiments en cas de crise révolutionnaire. Le fait même de remettre cette intervention à l'ordre du jour et de renouer par là avec la tradition du mouvement ouvrier révolutionnaire, contribue à souligner l'actualité de la révolution et à mettre sa préparation pratique à l'ordre du jour. Ainsi se dissolvent les mythes de l'invulnérabilité bourgeoise nourris par la veulerie et l'immobilisme du mouvement stalinien.
1 — L'ORGANISATION
41) La récapitulation synthétique des tâches de l'heure, des conditions de lutte met à l’ordre du jour le problème du système d'organisation à se donner. L'heure est venue des choix à opérer, des priorités à définir, de la subordination des secteurs de travail à l'axe du travail ouvrier. L'heure est aussi venue de la centralisation, non pas artificielle, mais nécessaire à notre intervention. Enfin l'heure est venue où se pose le problème du travail illégal. La simple prospection empirique de nos tâches indique combien est périmé, historiquement daté le système organisationnel de
l'ex-J.CR. ; la simple énumération de nos besoins (utilisation rationnelle des forces, politique de formation, assise matérielle) esquisse l'urgence d'un nouveau système.
42) Il s'agit en fait de rompre envers le traumatisme démocratiste hérité du passage à l'U.E.C. de corriger l'hétérogénéité interne, le style militant débridé ou dilettante, l'insuffisance pratique de nos critères politiques de regroupement, de répartir nos forces en fonction de priorités. L'ensemble de ces tâches met à l’ordre du jour et au premier rang, le problème de la centralisation. Le développement de nos propres besoins, la confrontation aux idéologies « mouvement » et à leur confusion fait de la référence à la théorie léniniste de l'organisation une urgence et un besoin réel. Il en résute que les principes implicites qui furent les nôtres, vers lesquels on tendait, sans trop savoir pourquoi, faute de les avoir explicités, doivent être clarifiés et avec eux leurs sens avec le système organisationnel que nous devons nous
onner.
43) La montée de la révolution à l'échelle internationale, la confusion politique au sein d'un mouvement ouvrier qui n'a pas liquidé l'héritage stalinien, le rôle de l'internationalisme dans la crise du stalinisme mettent également à l'ordre du jour la caractérisation de tout système d'organisation comme organisation internationaliste. À cet égard, la IV* Internationale opère par ses bases programmatiques (révolution permanente, critique du stalinisme) et leur actualisation des clivages actuellement fondamentaux au sein du mouvement ouvrier international. Ainsi se pose de façon urgente le problème de notre rattachement à cette organisation, tant pour donner dès maintenant une sanction pratique à notre internationalisme, que pour contribuer par notre apport à la transcroissance de cette organisation.
Jebracq. Mars 1969.
Annexe
I
Le gaullisme est entré dans sa période de décomposition définitive avec sa onzième année d'existence.
Ceci doit nous donner l'occasion de faire un rapide bilan de ses dix ans de pouvoir, de cerner les problèmes insolubles qu'il affronte au sortir de cette décade, qui sera sans doute sa première et dernière. De voir aussi, au niveau de l'organisation révolutionnaire que nous construisons, les moyens dont nous disposons pour précipiter sa chute.
À priori, les solutions « gaullistes » ne sont pas idéales pour la bourgeoisie. En même temps qu'elles liquident les formes retardataires de l'exploitation bourgeoise et de sa domination politique parlementaire, elles instituent en effet un rapport de forces entre la grande bourgeoisie et le « chef de l'Etat », qui n'est pas toujours favorable à la bourgeoisie, qui tend même à la gêner lorsque les conditions sont modifiées.
Loin de considérer le gaullisme comme un pe pur d'exercice du pouvoir, il faut tenter d'analyser à la fois la fonction et l'organe : la nouvelle prérogative de la domination de la classe bourgeoise (ou d’une Faction de celle-ci) et les formes qu'a prises le pouvoir.
1 — DE GAULLE ET LA BOURGEOISIE
1) Les impératifs de l'Etat fort
Si la bourgeoisie française a été contrainte de porter de Gaulle au pouvoir, c'est essentiellement en fonction de deux type d'impératifs.
a) Donner au pouvoir économique la place politique qui lui revenait
A la période libérale et concurrentielle du capitalisme a correspondu la démocratie bourgeoise parlementaire : la Chambre, lieu de négociation et de discussion des différents représentants des diverses fractions bourgeoises, a pu parfois servir aussi à officialiser un certain rapport des forces entre la classe ouvrière et le capital, à monnayer par l'adoption de décrets-lois plus ou moins progressistes une situation nouvelle créée par les mouve- -ments répétés des masses ouvrières.
La monopolisation croissante des entreprises capitalistes contrecarre ces deux fonctions.
Il n’y a nul besoin de négociations inter-bougeoises pour partager lé revenu national et exercer le pouvoir : seule la domina-
tion économique des monopoles a les moyens de sa politique. Elle correspond donc à la société bourgeoise de 1958.
b) Se donner un pouvoir fort contre le mouvement ouvrier
Les bases objectives de cent années de pratiques social-démocrates sont rognées par la nouvelle structuration du capital. Les luttes ouvrières ne peuvent plus trouver de sanctions parlementaires par la voie de la représentation des Partis ouvriers à l'Assemblée. Les premières années du gaullisme verront pourtant quelques miettes encore distribuées. Elles verront cependant surtout s'accentuer cette tendance inhérente au stade monopoliste. La marge de manœuvre des concessions possibles, sur laquelle se retrouvaient traditionnellement députés bougeoïis et réformistes (en 1936, en 1945) rétrécit tellement qu'elle disparaît pratiquement de 1958 à 1968. Ceci impose à la: bourgeoisie une fermeté sue vis-à-vis des revendications ouvrières : il faut un pouvoir ort.
La venue de de Gaulle au pouvoir marque donc ce passage du pouvoir politique confiné aux structures vétustes du parlementarisme, aux mains de la fraction économique dominante de la bourgeoisie : le grand capital monopoliste et exportateur.
Le pouvoir s'exercera dorénavant en dehors des urnes officielles où il est encore censé résider. Il ne s'agit pas d’une révolution sociale (d'une partie de la bourgeoisie contre les autres !), mais simplement d'une remise en ordre de données déjà bien établies. Les anciennes formes : Parlement, Sénat, etc. demeurene donc, provisoirement au moins, vidées de tout contenu exécutif.
2) De Bonaparte à Napoléon
Mais pour que la bourgeoisie monopoliste s'approprie ellemême le pouvoir politique, il faudrait qu'elle soit organisée, qu'elle ait une claire conscience de ses intérêts de fraction dominante de la classe bourgeoise. Ceci lui est précisément impossible.
D'abord en raison de sa place propre à la tête de la production : couche non pas homogène, mais concurrente en son seinmême, ensuite à cause de la forme d'organisation politique que lui donne cette situation économique : elle ne dispose d'aucun levier politique qui lui permette de former ses propres cadres, ses propres représentants, ses leaders.
La solution lui vient donc obligatoirement du dehors de ses propres limites de couche monopoliste : de Gaulle n'est ni un PDG. ni un grand industriel, mais un ferment politique qui permettra à la grande bourgeoisie de réaliser son opération contre la petite et moyenne bourgeoisie, et évidemment aussi contre la classe ouvrière.
Les débuts du pautieme marquent cette étape transitoire et nécessaire aux conflits inter-bourgeois. Ils permettent à cette partie du capitalisme de se regrouper autour de lui, de se reconnaître. Finalement, de donner un contenu social précis au bonapartisme gaulliste. Dix ans marquent cette appropriation définitive du gaullisme par la grande bourgeoisie sur le plan de ses intérêts directs.
a) L'autonomie politique relative du gaullisme
De Gaulle, en tant que « personnage » historique de la bourgeoisie, a pris le pouvoir à la faveur de ses difficultés. Mais cette indépendance par rapport aux intérêts immédiats de la bourgeoisie monopoliste définit en même temps la double fonction du Bonaparte.
e Entretenir avec la bourgeoisie dans son ensemble un certain rapport de force personnel qui soit cependant favorable à la fraction bourgeoise qui lui a ouvert le chemin du pouvoir.
e Tenter d’estomper les conflits de classes prolétariat-bourgeoisie en instituant une relation aux masses qui dupe pendant un temps les travailleurs sur la nature réelle du pouvoir économique que représente indirectement le Bonaparte, qui puisse aussi, à l’occasion, les « mater ».
« Si l’on plante symétriquement deux fourchettes dans un bouchon, celui-ci après avoir fortement oscillé, finira par tenir en équilibre même sur la tête d'une épingle : nous avons là le modèle mécanique du suprême arbitre bonapartiste » (Léon Trotsky, Histoire de la Révolution russe).
b) Une autonomie en forme de tête d'épingle
Sous le gaullisme, l'exploitation capitaliste s’incarne donc politiquement sous une forme spécifique : elle permet à un « homme providentiel » d'imposer à la tête de l'Etat des vues qui, pour être particulières, n'en représentent pas moins les intérêts de la couche qui l'a porté au pouvoir. Elle secrète aussi un système politique particulier — représentant des intérêts du grand capital, mais souvent d'une manière relativement autonome par rapport aux conceptions classiques de la bourgeoisie atlantiste.
Mais ce système porte également dans sa nature toutes les contradictions qui sont en train de le faire succomber :
— Un vide politique créé non par l'exercice trop « personnel » du pouvoir, mais par des initiatives extrémistes par rapport à la conscience moyenne de la bourgeoisie, initiatives qui ruinent son ascendant momentané sur diverses fractions.
— Une dépendance totale par rapport à un certain équilibre des luttes sociales, à un degré faible de la mobilisation ouvrière. En tout cas une incapacité à être le représentant normal et légal de la bourgeoisie. La surface de l'autonomie du régime gaulliste n'excède pas, en effet, une tête d'épingle.
Aux premières inquiétudes de la bourgeoisie (45 % de voix pour Mitterrand aux présidentielles) aux premiers remous sociaux d'envergure (1968 : Rodiaceta, Saviem, manifestations paysannes), le bouchon et les fourchettes perdront leur stabilité lé gendaire.
Ne remplissant plus ses fonctions politiques : permettre à la grande bourgeoisie monopoliste de réaliser à son profit le transfert du pouvoir politique; ne remplissant pas sa fonction sociale : désamorcer les luttes ouvrières ou les mater ; la solution
miraculeuse perd ses avantages pour la bourgeoisie. Pire, ses inconvénients l'empêchent même d'envisager la relève de sa créature.
Mai 1968, sera le Waterloo de ce Napoléon Bonaparte, achevant de lui enlever la confiance de la bourgeoisie, et le « calme » des travailleurs.
II — LES PROBLEMES DE LA BOURGEOISIE FRANÇAISE APRES NOVEMBRE
Si la crise pré-révolutionnaire de mai a marqué « l'irruption violente des masses dans le domaine où se règlent leurs propres destinées », la crise monétaire de novembre a symbolisé la fuite massive du capital de confiance bourgeois, qui servait de ciment au régime gaulliste. .
La divergence de ces deux trajectoires trace en même temps l'espace dans lequel se débat le gaullisme. Elle indique la nature des contrats que la fraction au pouvoir, la grande bourgeoisie monopoliste, aurait dû remplir pour stabiliser la situation après mai et novembre, pour rétablir sa domination politique et économique dans la société française, c'est-à-dire sur ses trois couches
essentielles. 1) Le rapport de force entre grande et moyenne bourgeoisie
Les diverses mesures décidées par la première rectification du budget 1969 (août-septembre 1968) prévoyaient une distribution relativement large de crédit bon marché, une augmentation des prêts du Fonds de développement économique et social, une réduction sur la taxe des salaires et de la taxe complémentaire.
Toutes ces modifications, favorisant essentiellement les PME. sont destinées à restructurer une nouvelle alliance de classe interbourgeoise. Elles visent à associer plus étroitement au régime les couches jusque-là plus ou moins négligées sinon ouvertement brimées, du moyen capital.
En fait, caresses à rebrousse-poil, destinées à ceux que le gaullisme a éliminé du pouvoir (les radicaux, les René Coty), elles se doublent rapidement d'un favoritisme accentué pour les concentrations d'entreprises, pour la rationalisation capitaliste qui élimine historiquement les P.M.E.
2) Le rapport de force entre grande et petite bourgeoisie
L'élimination économique de la petite bourgeoisie reste l'objectif essentiel du grand capital. Mais l'urgence du moment contraint à des concessions : l'importance de la part agricole du budget 1969, surtout de ses prestations sociales, est porté à 1,7 milliard. Elle doit permettre de réintégrer dans le circuit gaulliste des couches dont l'aigreur a monté avec l'offensive du grand capital, coïncidant précisément avec le pouvoir gaulliste.
Cette attitude, tournée vers la paysannerie et les commerçants, est, elle aussi, totalement en contradiction avec le passé du gaullisme, grand chantre de la « modernisation ».
Elle recherche une nouvelle alliance au prix d'un compromis momentané, avec des couches dont les luttes politiques ont tou-
ours été en opposition directe avec le pouvoir de de Gaulle (cf. JUDCA. de Pierre Poujade).
Elle vise en outre à les maintenir dans la neutralité bienveillante où les a placé leur vote pro-gouvernemental de juin 1968.
3) Le rapport de forces entre bourgeoisie et prolétariat
La nouvelle politique se marque d'abord indirectement par un certain nombre de mesures prises contre les possédants : augmentation des droits de succession (qui devait provoquer un véritable scandale chez les députés gaullistes); des droits de bail ; des droits de mutation de fonds de commerce ; des droits d’enregistrement ; croissance du taux d'imposition pour les hauts revenus.
Directement, le gouvernement tente de se donner un nouveau visage aux yeux de la classe ouvrière en augmentant le budget de l'Education nationale et des Affaires sociales, en dégrévant les petits contribuables.
À l'instar de la volonté « réformiste» d'Edgar Faure à l’université, la politique de Couve de Murville prendra au début une tournure « sociale », tentant de séduire ainsi les couches plus arriérées de la classe ouvrière, les catégories les moins politisées des travailleurs.
Mais, parallèlement, les usines les plus en pointe en mai (celles de la métallurgie, Renault) sont soumises à une intense offensive patronale : accélération des cadences et licenciements massifs tendent ainsi à briser le potentiel combatif de l'avant-garde ouvrière. Dans le projet gouvernemental, elle doit permettre ensuite la mise en place du système de participation, c'est-à-dire d'intégration, qu’on espère définitive.
En paroles les « spéculateurs » de novembre doivent être « punis »; dans les faits les travailleurs assument la totalité des charges nouvelles créées par la crise monétaire.
4) Les conditions de l'échec
C'est cette contradiction entre la volonté subjective du gouvernement gaulliste de restructurer de nouvelles alliances de classe — inter ou extra bourgeoise — et la dépendance absolue par rapvort à la fraction monopoliste de la bourgeoisie dans la passe difficile qu’elle traverse, qui l’oblige à pratiquer une poliie en opposition avec les premiers pas du budget renouvelé
août.
Mieux, la contradiction est double :
— cette politique d'ouverture, exprimée par les mesures du budget modifié d'août-septembre 1968, ajoutée au projet de décrets sur les droits syndicaux dans l’entreprise et sur la participation, rencontrera l'hostilité déclarée du patronat (placant les intérêts capitalistes individuels avant ceux de la classe bourgeoise en son entier). Elle achèvera d'entamer la confiance de la bourgévisie déjà bien ébranlée après mai et le déficit budgétaire que provoque le « réformisme ». À quoi donc lui sert ce régime qu'elle a installé pour être fort, et qui se révèle si faible ?
— l'autre aspect de la politique gaulliste, lié directement au
grand capital dans son offensive pour la rationalisation, profitant des failles provoquées par la crise sociale de mai-juin, alliénera au régime toutes les couches qu'il a précédemment essayé de satisfaire. Par la grève de Renault, la classe ouvrière manifeste sa résistance à l'offensive. La petite bourgeoisie, loin d'être amadouée, se retrouve victime des hausses de prix et de la pseudo dévaluation. Son hostilité tend à se concrétiser directement contre le régime. Les P.M.E. font l'expérience pratique de la rentabilisation amorcée par le grand capital, et en rendent également responsable le régime qui le soutient.
Cet écart entre ce que le gaullisme aurait dû faire dans l'intérêt de toute la bourgeoisie et ce qu'il a fait dans l'intérêt de sa fraction monopoliste, crée la condition de la situation politique et sociale de mars.
III — L'ECHEC PATENT DE SES SOLUTIONS
1) La petite et la moyenne bourgeoisie mobilisée contre le gaullisme
a) Action autonome sans politique autonome
Les dernières grèves de commerçants ont manifesté avec éclat l'échec d'un des axes essentiels de la politique gaulliste d'après mai. Par là même, elles indiquent avec force le degré de décomposition de la base sociale du gaullisme. Pourtant la petite bourgeoisie ne peut se mobiliser pour des objectifs politiques propres, avec ses propres forces politiques, ses partis.
En perpétuelle oscillation entre la grande bourgeoisie, qui dans les périodes de calme social, lui ristourne quelques parts du profit — et le prolétariat qui l'aimante en période de crise pré-révolutionnaire, lorsque les solutions bourgeoises ont fait la preuve de leur inefficacité, les couches petites bourgeoises sont incapables dans tous les cas de se donner des objectifs à remplir, des organisations et des leaders qui les assument.
Lorsque ces organisations existent, elles reflètent toujours la marque d'une autre influence, celle de la grande bourgeoisie. Le radicalisme n'est rien d'autre que la politique de la grande bourgeoisie à l'usage de la petite, comme le réformisme est la politique bourgeoise à destination du mouvement ouvrier.
Mais aujourd'hui les masses petites bourgeoises sont tout à fait coupées de la politique du gaullisme, contre laquelle elles se sont ouvertement mobilisées par deux fois : en mai-juin et en mars. Elles agissent également hors de l'orbite du mouvement ouvrier.
En fait, à l'heure actuelle, elles ne manifestent qu'une hostilité au régime, sans aucun objectif politique, si ce n'est la lutte contre la politique du gaullisme à leur égard.
Aucune force politique n'est même capable de parler en leur nom. Ses anciens chefs, comme Poujade, ont perdu toute influence en décrivant la trajectoire traditionnelle des arrivistes petits-bourgeois, c'est-à-dire en se ralliant à de Gaulle.
Ceci signifie que sans objectifs politiques : — les siens (ce qui
est historiquement impossible) ou ceux des autres (ceux de la bourgeoisie semblent avoir du mal à s'imposer, ceux du prolétariat devraient pour le faire être incarnés par les options claires d'un parti révolutionnaire) — la petite bourgeoisie peut pourtant, pendant une période qui coïncide avec la crise politique actuelle du régime, évoluer d'une façon autonome. Non par sa politique, mais par ses actions.
A terme, elle est une force de décomposition très active de l'Etat bourgeois, avec laquelle une organisation révolutionnaire doit compter. Sa sensibilité actuelle l'ouvre aux solutions politiques venues d’ailleurs ; mais pendant un laps de temps assez long, elle peut être parfaitement incontrôlée, que ce soit par la grande bourgeoisie, ou par le prolétariat organisé.
«La nouvelle caste moyenne», qui selon les réformistes, représentait le centre des forces conservatrices, devient plutôt, pendant l’époque de transition, un facteur révolutionnaire (3° Congrès de l’Internationale Communiste).
b) Est-ce le fascisme ?
Mais un schématisme qui a la peau dure veut que la mobilisation indépendante des masses petites bourgeoises marque la nériode de préparation du fascisme.
I1 faut récuser cette assertion sous peine de se condamner à l'impuissance politique la plus paralysante.
« Le fascisme n'est pas simplement un système de répression, d'actes de force ou de terreur policières. Le fascisme est un système particulier d'Etat, fondé sur l'extermination de tous les éléments de la démocratie prolétarienne dans la société bourgeoise. La tâche du fascisme ne consiste pas seulement à briser l'avant-garde prolétarienne, mais aussi à maintenir toute la classe dans un état de fragmentation forcée. Pour cela, l'extermination physique de la couche ouvrière la plus révolutionnaire est insuffisante. Il faut détruire toutes les organisations indépendantes et libres, anéantir tous les points d'appui du prolétariat et exterminer les résultats du travail des trois quarts de siècle de la social-démocratie et des syndicats. Car sur ce travail s'appuie aussi, en dernière instance, le parti communiste. » (Trotsky, Et maintenant, 1932.)
c) La préparation n'est même pas entamée.
En effet, s’il existe bien une agitation diffuse de toute la petite bourgeoisie, aucun des critères d'une préparation du fascisme (sans parler de son installation) n'est en quoi que ce soit réuni.
e Pour le moment, les petits bourgeois portent essentiellement leurs coups contre le pouvoir et non contre la classe ouvrière, bien que la propagande officielle rende les grèves de mai responsables de la situation de mars.
e La classe ouvrière n'a pas connu la longue suite de défaites physiques et morales qui préparent la désintégration sous les coups de la petite bourgeoisie mobilisée contre elle. Les travailleurs sont loin d’être démoralisés par l'année de luttes qui s'écoule. Elle les confirme au contraire dans leur volonté de lutter.
e Les travailleurs les plus avancés, les plus politisés, loin d'être isolés de leur classe, s'affirment au contraire de jour en jour comme les chefs potentiels de celle-ci. Les jeunes ouvriers, dont mai fut la première expérience d'envergure, n'ont pas oublié la voie de la lutte extra-parlementaire, et lors des grèves sectorielles actuelles prennent la tête de la mobilisation politique directe contre l'exploitation capitaliste dans l'entreprise et dans le pays.
e Les organisations d'avant-garde, et en particulier la nôtre, ne sont pas isolées de la classe, mais y trouvent des racines de plus en plus solides. Une répression massive contre elles est toujours possible, mais les conséquences politiques dépasseraient largement ses rangs. L'influence acquise a permis de tisser des liens, parfois ténus, toujours présents, avec les éléments les plus avancés de la classe ouvrière. .
e Une solution fasciste n'apporterait même pas, aujourd’hui, à la bourgeoisie le soutien de ses propres éléments. De plus, elle déclencherait une mobilisation d'au moins la majorité de la classe ouvrière, si ce n'est de la plupart des travailleurs, qui mettrait à l'ordre du jour la solution socialiste dans des délais plus brefs qu'en mai dernier.
d) Le fascisme est-il économiquement possible pour la bourgeoisie actuelle ?
Sur le plan économique, les fascismes italiens et allemands ont mis en vase clos leur économie et leur monnaie nationale, ne faisant par là que donner de fausses solutions à un état de fait tendanciel de l'économie d’avant-guerre.
« Le fascisme ne fait, sur le plan international, qu'aggraver la tendance de l'ensemble du système capitaliste au repliement national, à l'autarcie. En arrachant l'économie à la division internationale du travail, en adaptant les forces productives au lit de Procuste de l'Etat national, il introduit le chaos dans les relations mondiales. » (Léon Trotsky, La IV* Internationale et l'U.R.S.S. — cité par Daniel Guérin — Fascisme et grand capital.)
La modification essentielle, qui s'est largement confirmée dans les années du boom d'après-guerre, c'est précisément la tendance à l'imbrication internationale du capital, sa monopolisation croissante par quelques trusts internationalement liés sous l'influence dominante de l'impérialisme nord-américain.
Le fascisme, à l’heure actuelle, ne serait même pas un semblant de solution pour les économies capitalistes. Au contraire, chaque fois que les difficultés pointent à l'horizon des comptes bancaires, c'est la bourgeoisie internationale qui tente de régler les problèmes nationaux, et par-là même les problèmes des autres économies nationales qui en dépendent.
L'exemple des dernières crises de la Livre et du Franc est très parlant de ce point de vue.
De plus, il ne semble pas exister à l'heure actuelle d'Etat fasciste, répondant à la description classique de l'économie autarcique. Ce sont bien plus souvent des Etats fantôches, dont l'économie et la politique sont entièrement dépendantes de l'impérialisme U.S. (la Grèce, par exemple), en tout cas très loin de l’autarcie.
Même les Etats fascistes « classiques » (l'Espagne, le Portugal) ont évolué dans ce sens. Aujourd’hui se pose même à leur bourgeoisie le problème de l'inadéquation de leur système politique fasciste et de leur économie monopolisée. Les formes de domination fascistes sont mêmes principalement critiquées par ceux auxquels elles avaient pourtant profité dans les premiers temps.
Ainsi, dans l'hypothèse d'un glissement très à droite du régime, c'est plutôt vers une solution atlantiste, resserrant ses liens avec les Etats-Unis, que la bourgeoisie française inclinerait.
Elle y est d'ailleurs déjà contrainte — ses difficultés intérieures sont les difficultés de tout le capitalisme international. Ses solutions en dépendent étroitement.
2) Les travailleurs en lutte contre le capitalisme
L'acuité passée et à venir des luttes ouvrières dépend, dans le contexte présent, de deux possibilités. Celle de la bourgeoisie de stabiliser sa position réciproque par rapport à la classe ouvrière ; celle de la classe ouvrière de donner une expression politique stratégique à son affrontement actuel avec le capital.
a) un rapport de forces difficilement stabilisable.
Les grandes crises révolutionnaires de la société française (1936, 1945) se sont à chaque fois conclues par une victoire sans bavure de la bourgeoisie.
Dans les deux cas, les capitalistes n'ont pas seulement remportés des élections au détour de la crise (coalition des radicaux et de la droite après le Front Populaire par exemple), mais ont inversé nettement le rapport des forces issu du soulèvement révolutionnaire. En bref, la volonté de combat, les possibilités de la classe ouvrière et des travailleurs furent brisées, matées pendant une période non négligeable. Les années 1938-1940 et celles de la guerre remplirent cet office. Le réinvestissement de l'appareil d'Etat par la bourgeoisie lors des années 1950 est marqué par une offensive violente des forces de répression contre les travailleurs à chacune de leurs tentatives.
En 1969, au sortir de la révolution de mai, la situation est considérablement différente.
e Bien que les élections législatives de juin aient donné la victoire au parti de la bourgeoisie, cette dernière n'est pas encore parvenue à désintégrer le potentiel de lutte des travailleurs. Bien plus, chacune des contradictions d'ordre économique ou politique, qu'affronte le régime renforce la détermination des travailleurs contre lui.
e Certaines parties de la bourgeoisie commençant même à que le navire en difficulté, la détresse s'accroît au vu et au su e tous.
e La bourgeoisie n'offre pas un bloc uni. Elle ne peut politiquement assumer ses projets, à savoir « maintenir l'ordre », c'estsaone stabiliser une fois pour toutes le rapport de force en sa aveur.,
e Si elle ne le fait pas, ce n'est pas qu'elle manque de CDR, de S.A.C. de CRS. Elle peut en lever quelques dizaines de mil-
liers, mais serait incapable, dans l'état actuel de la mobilisation ouvrière et de la tension sociale ambiante, d'assumer les conséquences politiques d'une répression massive.
De Gaulle n'a pas envoyé ses C.RS. contre les 300 grévistes du Mans, comme il ne les envoie pas contre toutes les grèves partielles qui paralysent des usines entières (Sochaux, Saviem, CF. etc.) parce qu'il sait que 2.000 C.R-S. bouclant Le Mans auraient provoqué la levée en masse de tous les travailleurs de la Régie, voir de la métallurgie.
Les manifestations sont officiellement interdites depuis le 12 juin et pourtant elles se succèdent à un rythme accéléré. Les préavis sont obligatoires et pourtant les grèves ne préviennent pas, elles fusent même dans toutes les grandes régions industrielles.
Ceci ne signifie pas que la bourgeoisie n'aurait pas les moyens de sa politique, mais bien plutôt qu'elle n’a pas de politique applicable avec ses moyens.
Le critère essentiel de sa liberté de manœuvre étant dans ce domaine l’apathie politique et sociale, elle ne peut ni l'installer par la répression, car les conséquences dépasseraient l'acte; ni compter pour cela sur ses complices objectifs d'antan : les directions ouvrères réformistes ou staliniennes. La chappe de plomb qui pesait sur les épaules du mouvement ouvrier s'est sou- Jevée. Une brèche a été introduite dans l'influence traditionnelle de ses directions. Les travailleurs d'avant-garde de plus en plus nombreux lui échappent et lui échapperont encore.
Il ne manque qu'un cristallisateur à leurs possibilités.
b) La politisation des luttes
De même que le parlementarisme a été relégué au musée de la République, de même les luttes « revendicatives », purement « alimentaires » devraient appartenir aux stratégies du temps de la marine à voile.
Le socle de bronze sur lequel tenait le réformisme s'est transformé en sable. Le capitalisme monopoliste d'Etat a donné, au fil de dix ans de pouvoir gaulliste, aux luttes ouvrières, une physionomie qui le détruira.
Tout combat aussi partiel, aussi sectoriel soit-il, est aujourd'hui un combat livré plus ou moins directement contre l'Etat capitaliste et non simplement contre le patron de l'usine.
L'attitude de choc du patronat et de l'Etat (« l'heure n'est plus aux négociations» a récemment déclaré Dreyfus), déterminera de plus en plus des luttes de « choc » de la classe ouvrière.
La dichotomie que la social-démocratie avait introduite, et le stalinisme reprise à son compte (les grèves aux syndicats, les votes aux partis ouvriers), a définitivement perdu la base objective que la période passée du capitalisme lui avait offerte.
Le patronat et l'Etat n'ont pas grand chose à concéder, les travailleurs n'ont rien à attendre.
Dans l'impasse actuelle du régime, toute lutte prend le caractère d'une préparation à l'affrontement avec la bourgeoisie dans son ensemble.
La vision syndicaliste — «revendicative» — que le P.C-F. s'obstine à imposer à la C.G.T. ne colle même plus à la réalité sociale : toutes les grèves du Mans, de Sochaux. de Renault, se
déclenchent sans l'avis des centrales syndicales ; et à chaque fois à partir de «revendications » qui n'en sont pas : la condition ouvrière, les conditions de vie que le capital fait aux travailleurs.
Toutes ces caractéristiques signent à coup sûr une période d'actualité de la révolution, sans précédent dans l’histoire de cette société. D'autant que cette actualité trouve son aliment dans les contradictions internationalement insurmontables de tout le capitalisme international.
C'est sur ce plan qu'il faut chercher la certitude de l'influence de la révolution à notre époque. C'est aussi sur ce terrain qu'il faudra en partie résoudre les problèmes que cela pose.
IV — LA SITUATION OBJECTIVE DE LA BOURGEOISIE DANS LE CONTEXTE MONDIAL
La monopolisation croissante du capitalisme mondial a donné naissance à des déséquilibres structurels nouveaux qui nourriront des crises sociales intenses. En retour, les bouleversements sociaux se multiplient et ruinent de manière décisive les possibilités de résolution des crises capitalistes par la bourgeoisie.
1) Les facteurs structurels de la crise internationale du système
Ils sont essentiellement au nombre de deux : — la nouvelle forme que prennent les classiques crises périodiques de surproduction du capitalisme non monopoliste; — et la crise des grandes monnaies internationales.
a) Les capacités de production excédentaires
Ce phénomène s'était d'abord spectaculairement illustré en fran par la fermeture d'un très grand nombre de chantiers navals.
À l'heure actuelle, il s'étend à l'industrie charbonnière, sidérurgique, textile, et frappe également l'automobile et l’aéronautique.
Cette nouvelle forme des anciennes crises cycliques de Surproduction dans les conditions de marché monopolisé et programmé par les gros monopoles a eu pour résultat premier une concurrence exacerbée.
Elle se marque par des concentrations accélérées dans les principales branches de l'industrie capitaliste (automobile, chimie, électronique). Ces concentrations nationales ou internationales déterminant elles-mêmes un certain nombre de «rationalisations » au sein des entreprises concentrées :
e Sur le plan du personnel, les compressions accroissent Je chômage dont la double résultante dessert en fin de compte les intérêts à long terme du capital que celui-ci est incapable de percevoir : — elles constituent un ferment puissant à l'élévation des luttes sociales — elles freinent en même temps la consommation intérieure des pays capitalistes.
, © Sur le plar du système, elles tendent à freiner le rythme d'accroissement des investissement globaux, même si les firmes
qui sortent victorieuses de la lutte de concurrence accroissent leurs investissement de manière notable.
La capacité excédentaire de production liée à la structure monopoliste du capitalisme actuel constitue donc une contradiction inestompable, tant sur le plan des intérêts à terme du capital que du ferment social qu'elles constituent dans sa difficile situation.
b) La crise du système monétaire international
Les mouvements de spéculation qui se portent sur le franc, la livre, le dollar, ont pour effet total de soustraire au fond annuel de capitaux à accumuler plusieurs milliards de dollars.
Ils réduisent d'autant le volume de la plus-value mondialement produite et sont encore à terme un facteur sûr de ralentissement de l'expansion capitaliste.
2) l'incidence des crises sociales sur les possibilités de stabilisation
Les facteurs structurels qui se sont accumulés et amplifiés depuis les années 1960 ont pour effet des explosions sociales qui compromettent justement la stabilité économique du système.
En dernière analyse, les expédients comme ceux que de Gaulle employait en France pour ne pas dévaluer, les succédanés de solutions, ne sont un mirage pour personne.
Car la bourgeoisie sait, elle aussi, la précarité de leur efficacité en présence d'une situation sociale mondialement révolutionnaire.
La stabilisation temporaire des sauts de température du dollar, du franc, sont avant tout fonction de l'apathie des masses. Or, celle-ci est précisément quasiment impossible en raison des attaques continuelles que lui prodigue le capital.
La contradiction étant réelle, ceci ne veut pas dire que la situation s’achemine vers un krach économique semblable à celui de 1929 (d’ailleurs unique dans les annales du capitalisme), mais à des crises d’instabilité nourries par les propres mesures paliatives que pourra prendre la bourgeoisie internationale. Les so!utions radicales lui étant interdites du fait de la réceptivité des masses à la mobilisation.
Ainsi s'explique la formidable montée et l'expansion dans le temps et dans l’espace, que connaissent les batailles et les victoires révolutionnaires.
La bourgeoisie française, soumise comme ses collègues à ces impératifs, ne pourrait les surmonter que dans un climat de paix sociale. Ce qui n'est pas le cas et a peu de chance de l'être. Les possédants, français et autres, s'en rendent parfaitement compte qui réagencent la gamme de leurs investissements en fonction des situations politiques chaudes ou bouillantes. Hélas pour eux, le nombre des notes tend à diminuer : après la France, le mal gagne l'Espagne, le Portugal, l'Italie, peut-être la Belgique, sûrement les États-Unis. Bien d'autres pays deviennent peu propices aux «bonnes affaires », le capitalisme est, à terme, à la merci d'une révolution.
V — SE PREPARER
En France, le faisceau des contradictions capitalistes internationales et des problèmes politiques nationaux se traduit actuellement sous la forme d'une impasse infranchissable pour le
régime. 1) Où en sommes-nous ?
Si mai a marqué la crise sociale de la bourgeoisie, si novembre a prouvé la crise économique du capitalisme, mars a inauguré une période de crise politique. :
Ces trois composantes ne sont pas successives dans le temps, l'une après l’autre. Elles s’additionnent aujourd'hui, les résultats de l'une déterminant les causes de l’autre. :
Le grand capital s'était donné en 1958 un système de pouvoir favorable à ses intérêts immédiats, nuisible à ses intérêts à long terme. Aujourd'hui la preuve est faite que le gaullisme a fait le vide autour de lui, qu'il ne laisse à personne la possibilité de lui succéder.
Les paris vont bon train, les candidatures s'alignent et disparaissent, mais aucun bourgeois ne voit aujourd’hui qui pourrait résoudre ses problèmes.
e À droite, les solutions « fortes », « énergiques », capables de mater la combativité des travailleurs, se sont risquées à apparaître avec Pompidou. Mais les garanties sont peu sûres pour la bourgeoisie. Elle connaît trop ses faiblesses structurelles. La prose financière et économique internationale pullulent de sombres pronostics et de prévisions catastrophiques.
e À gauche, le «réformisme» n'a aucune chance d'aboutir. Sinon en s'appuyant sur la violence de l'Etat comme le tenta Edgar Faure. Là aussi les résultats furent peu probants. La classe ouvrière n'est pas du tout entrée dans le jeu de la participation. Les étudiants s'y prêtent peu. C'est au contraire l'effervescence sociale qui est la composante essentielle de la situation.
Au point de vue stratégique, peu nous importe d'ailleurs quel bourgeois remplacera tel autre. Qu'il se nomme Pompidou, Marcellin, Edgar Faure, Mendès-France, aucun ne dispose d'autres possibilités que celles dont le régime actuel dispose. Aucun n'apportera d'autres solutions.
Dans sa phase de décadence, le gaullisme peut bien accoucher de quelque avorton politicard de la bourgeoisie. Pour les travailleurs, il aura à chaque fois le même visage, la même politique, celle du capital.
2) Où allons-nous ?
La caractéristique des situations prérévolutionnaires véritables, lorsque n'existe pas une force révolutionnaire capable de débloquer le rapport de force en faveur du prolétariat, c'est que la crise politique se prolonge, plus ou moins vivace, plus ou moins larvée.
Des crises politiques semblables sévissent en ce moment, sous cette forme, en Italie ou en Inde par exemple.
Elles ne sont pas éternelles, mais suffisamment prolongées (et prolongeables par les luttes sociales) pour permettre à une organisation de se construire en tissant ses réseaux dans la classe ouvrière et dans les autres couches de la société.
Eduquer des dizaines de milliers de travailleurs d'avant-garde à partir de leur expérience extra-légale de mai, à partir aussi de leurs luttes quotidiennes, en leur donnant une claire formulation de leurs intérêts de classe : voilà l'objectif fondamental de la période qui s'ouvre.
«On ne peut pas formuler les intérêts de classe autrement que sous forme de programme : on ne peut défendre le programme autrement qu'en créant un parti.» (Trotsky, Et maintenant ?)
Cette situation politique détermine des axes politiques et organisationnels précis. Ne pas prendre toutes les occasions pour l'occasion, ne pas attendre éternellement que celles-ci surviennent spontanément, profiter de tous les événements pour marquer l'existence d'une solution : celle du pouvoir des travailleurs.
À LA BATAILLE GENERALE, IL FAUT SE PREPARER PAR LE DEVELOPPEMENT, L'EXTENSION ET L'EXASPERATION DES BATAILLES PARTIELLES.
Volodar. Mars 1969.
Il
LE TRAVAIL LYCEEN
Toute analyse de deux ans d'intervention dans les lycées, de même que toute tentative de dresser des perspectives pour un secteur considéré, souvent à tort, comme marginal à l'organisation, ne peut se faire sans référence à l'analyse plus générale de la nature et du rôle de la jeunesse scolarisée dans la société capitaliste; sur ce point, nous renvoyons à l'analyse qui est faite du milieu étudiant, et nous nous efforçons, au long du texte, de dégager les spécificités du milieu lycéen, et du milieu de l'enseignement technique. De même que les perspectives que nous essaierons de fixer en fin de texte ne se comprennent que dans le cadre de l'analyse politique générale qui coiffe le texte sur la dialectique des secteurs d'intervention.
Le plan suivi sera le suivant :
1. La création du secteur lycéen et plus généralement les conditions qui ont permis l'apparition d'un courant d’extrême-gauche dans les lycées.
2. Une analyse détaillée de l'expérience des C.A.L. débouchant sur la problématique des comités d'action dans la jeunesse scolarisée.
3. Les perspectives dans les mois qui suivent dans les lycées,
les C.E.T., et dans la jeunesse en général. Les conclusions organisationnelles : nature et rôle des cercles rouges, problème des organisations de masse et de l'organisation de la jeunesse.
1 — LA CREATION DU SECTEUR LYCEEN DE L'ORGANISA- TION ET L'APPARITION D'UN COURANT D'EXTREME- GAUCHE DANS LES LYCEES
Avec un certain retard sur le milieu étudiant, la création du secteur lycéen de l'organisation procède également de la crise du stalinisme dans la jeunesse scolarisée, telle qu'elle a pu se cristalliser autour de la Révolution vietnamienne.
Avec le développement de la Révolution vietnamienne, et l'attrait qu'elle pouvait exercer sur la petite frange politisée dans les lycées, la crise larvée que connaissait la Jeunesse Communiste (aucune intervention depuis la guerre d'Algérie ; sous-politisation des cercles) s'est transformée en crise ouverte, qui s'est concrétisée par l'exclusion d'un cercle J.C. à Cannes, et par l'exclusion d'une série de cercles lycéens à Paris. Et autour de la question vietnamienne se sont constitués les Comités Vietnam Lycéens, qui, légèrement avant les comités étudiants, introduisaient dans les lycées un pôle de regroupement extérieur à l'organisation de jeunesse du P.C. et permettaient de débloquer les rapports figés que celle-ci pouvait entretenir avec le milieu.
Et c'est dans ce contexte de déverrouillage de l'emprise stalinienne sur la jeunesse autour d'une question bien précise, la Révolution vietnamienne, qu'ont pu apparaître les prémisses d'implantation d'avant-garde dans les lycées. Il faut souligner que contrairement à l'apparition de l’organisation dans le milieu étudiant, consécutive à une bataille de fraction au sein de l'U.E.C. qui trempa une série de militants, l'apparition d'un secteur lycéen se faisait dans un milieu vierge politiquement, et que la création du secteur lycéen, liée au développement des Comités Vietnam (non par des rapports de « pêche à la ligne », mais dans le cadre, autour de la question vietnamienne, de la cristallisation de la crise de l'intervention jeune du P.C.), s'est faite sans «concurrence» avec d'autres groupes, ce qui explique une hégémonie quasi-totale sur le milieu. Cela expliquera le fait que l'organisation se heurtera très vite à des problèmes directs d'intervention, plus qu'à une délimitation avec d’autres groupes, et que cela aura des conséquences sur sa rigueur et sa fermeté politique (certaine tendance à l'activisme).
II — L'EXPERIENCE DES CAL.
Il est utile de tenter une analyse de l’évolution des C.AL., car, à l'inverse des C.A. étudiants et ouvriers, les C.A.L. sont apparus bien avant la crise de mai, et bien que procédant d'un certain mimétisme sur les formes d'organisation étudiantes, ils ont été une expérience nouvelle et inédite.
L'analyse que nous faisions du milieu lycéen insistait sur le développement sans précédent des effectifs scolaires, sur l'élargissement social du recrutement et sur le fait que peut-être plus qu'ailleurs la contradiction existant entre la nécessité pour la
bourgeoisie d'accroître les forces productives tout en maintenant et en figeant les rapports de production dans le cadre d'un enseignement et d'une discipline vétuste, à la fonction sociale précise, laissait prévoir des explosions soudaines (dont la grève du 13 décembre ou l'affaire Condorcet ont été les prémisses).
Mais, constatant le caractère fluctuant et cyclique de la mobilisation lycéenne, et la grande hétérogénéité du milieu, nous excluions la perspective d'un syndicat lycéen.
A — On peut, schématiquement, distinguer trois étapes dans l'évolution des C.A.L. :
1. La première est celle du développement dans les lycées possédant une certaine tradition politique (C.V.N.), des C.AL. de nous soulignions dès le début le caractère épisodique, ponctuel (niant ainsi toute permanence à leur apparition) et sur lesquels nous entretenions cependant des visées « syndicalistes ». Nous refusant à toute «politisation» des C.AL., nous maintenions la dualité de structures avec les Comités Vietnam (qui devenaient très vite des structures vides et sans perspective, et dont les militants se transformaient indifféremment en militants des C.A.L.), et nous maintenions leur action sur le strict plan universitaire et revendicatif. Mais on verra que la dynamique enclenchée par de simples mots d'ordre comme «lycée caserne » ou «liberté d'expression » avaient, dans le contexte lycéen, une dynamique plus importante que nous ne le soupçonnions.
2. En mai, les C.AL., structures préexistantes à la crise, étaient donc les pôles naturels de regroupement des lycéens en lutte, assumant ainsi le rôle de « soviets », et se confondant souvent avec l'assemblée générale, et l’ensemble des lycéens occupant le lycée. Avec la généralisation du mouvement à la France entière, le développement des C.AL., jusqu'ici surtout confiné à la région parisienne, a pris une ampleur nationale, atteignant des lycées où n'avaient jamais existé ni Comités Vietnam, ni organisations politiques, et la reconnaissance nationale du sigle C.AL. a permis de capitaliser par la suite cette percée.
3. Nous abordions la rentrée de septembre avec le projet de l’organisation politique de masse, et c'est dans ce sens que nous nous sommes efforcés au congrès des C.A.L. de novembre de structurer nationalement les C.A.L., de les homogénéiser politiquement, de tenter de transformer la mosaïque des C.A.L. née de mai en une organisation politique nationale (notons en passant la confusion que nous entretenions dans le premier projet de textes de référence des C.A.L., où nous écrivions : «(en mai) l'absence de charte et d'élément unificateur (tel un journal) se traduit par un éclectisme considérable entre les différents comités, les C.AL. apparaissant pour certains lycéens comme un simple organisme de défense. Ainsi s'explique la confusion de mai-juin ; les C.AL. étant la seule organisation lycéenne connue à l'échelon national, ils ont parfois perdu leur vocation d'animation des luttes pour devenir l'expression d'une lutte». C'était là ne pas comprendre la spécificité de la période révolutionnaire, mais cela posait le problème, sur lequel nous reviendrons plus loin, des conditions d'existence de structures comme les C.A.L.).
Le projet de l'organisation politique de masse, compris dans le cadre de l'Université Rouge, se justifiait par la nécessité d'assumer la continuité politique et organisationnelle du mouvement issu de mai, et par la nécessité d'en assurer l'encadrement et la politisation dans un cadre plus large que les organisations politiques existantes. La résolution lycéenne du Comité de lecteurs de Rouge d'août indiquait : « En fonction de ces objectifs, il importe qu'existe une organisation nationale de masse, axée principalement sur la lutte, et dans laquelle les débats n'ont pas de raison d'être que s'ils débouchent sur la mobilisation d'un secteur. Il s'agit, dans le cadre des C.AL., de former des militants capables d’encadrer politiquement ce secteur...» L'objectif était donc clair et répondait aux conditions politiques de la rentrée : il s'agissait d'organiser l'ensemble du mouvement, en vue d'une intervention dans le milieu.
B — OU EN SONT LES C.AL. AUJOURD'HUI ?
Le projet de l'organisation politique de masse et de l'université rouge, s'il répondit aux nécessités d'après mai, entretenait cependant un certain nombre d'illusions sur les capacités et les limites du milieu étudiant et lycéen (cf. analyse générale). Comment cela s'est-il traduit dans les C.AL. ?
1. Le projet d'organisation politique de masse, capable de penser sa stratégie en fonction d'une compréhension de la situation politique générale, capable d'assurer la jonction avec la classe ouvrière, avait pour base implicite la possibilité d'existence d'une organisation vivant et intervenant en permanence, capable d'assurer une continuité politique entre ses différentes interventions et actions, et surtout capable de progresser politiquement et linéairement, en un mot d'une organisation jouant un rôle d'avant-garde tout en gardant un caractère de masse. De plus, une telle organisation devait pouvoir s'autonomiser par rapport aux organisations d'avant-garde qui y intervenaient.
On voit ainsi les limites et les contradictions d’un tel projet, qui, encore une fois, se justifiait, mais passait sous silence le rôle autonome des organisations d'avant-garde, et surtout présentait le « mouvement » comme statique, délimité, sans voir son éventuelle évolution.
Cette confusion dans le rôle et la nature assignée à une telle organisation s'est vue jusque dans son fonctionnement : nous proposions la circulation de textes internes politiques, un fonctionnement quasiment fondé sur le centralisme démocratique (directions intermédiaires, rôle des structures de base par rapport à ces directions, etc.), et qui en fait n’a pu donner, dans un pre mier temps, l'illusion d'être adéquate que par la présence à tous les niveaux d'une « trame rouge ».
2. Aujourd'hui, il est évident, surtout à Paris, que les C.AL. se sont en grande partie vidés de contenu, soit que les militants aient adhéré à des organisations politiques d'avant-garde (ce qui est l’évolution logique), soit que le dénouement spontanéiste et le développement anarchiste traduisent justement cette incapacité pour les CAL. d'avoir un réel projet révolutionnaire autonome autre que verbal. De plus, et dans la même lignée, on assiste à une
certaine cartellisation des C.AL, partagés entre notre courant, et le courant anarchiste, et une tentation réformiste (MR.) pabliste.
3. En entretenant le mythe des C.AL., comme organisation politique permanente, avec sa propre stratégie, nous avons introduit une concurrence entre Rouge et les C.A.L., non sur le plan du recrutement (constatation qui relèverait du fétichisme d'organisation !), mais sur le plan de la fonction : aux militants des C.AL. qui demandaient partout qu'ait lieu dans les comités une formation politique, nous répondions que ce n'était pas le cadre pour la faire, sans offrir, par ailleurs, le lieu où elle pourrait s'opérer. Et ainsi, on pouvait assister à une confusion extrême entre les cercles rouges et les C.A.L., on ne répondait pas à la demande qui était faite de formation politique, d'encadrement, militant, et on ne pouvait comprendre l'essor important qu'ont connu les cercles rouges à leur création. :
4. En résumé sur cette question, il ne s’agit pas de dresser un tableau pessimiste, noir, qui finalement permettrait de douter de l'action que nous avons pu mener. La mobilisation de mai, son prolongement à la rentrée, la capacité de répondre aux offensives de la bourgeoisie pour intégrer le mouvement, la mise en pièce de la participation, l'introduction de la vie politique dans les lycées, sont à l'actif des C.A.L., et de notre intervention. Mais il allait tenter surtout de détacher ce qui a fait la limite du mouvement lycéen, de montrer et de mettre à jour ce qui caractérise fondamentalement les C.AL. comme les CA. étudiants; ce ne sont pas des structures introduites objectivement par l'existence du système capitaliste, mais greffées sur un milieu qui, contrairement à la classe ouvrière, ne peut pas se contenter de calquer ses formes d'organisation sur les structures économiques. En conséquence, elles laissent la voie libre aux dégénérescences activistes, anarchistes et réformistes si le poids de l'organisation d'avant-garde ne se fait pas sentir sur le milieu d'une façon autonome.
III — LES PERSPECTIVES
Au terme de deux ans d'intervention, la question qui se pose maintenant à nous est la suivante :
Comment, à partir de notre implantation dans les lycées, et de la poursuite d’une intervention qu'il reste à définir précisément, organiser systématiquement l'intervention dans les C.ET. dans la jeunesse ? Quels cadres organisationnels devons-nous donner pour pallier les insuffisances des C.AL., et pour répondre à nos nouvelles tâches ?
Il est important de préciser, au préalable, le contexte politique dans lequel nous nous situons. Ce contexte peut être caractérisé par : — la crise chronique de la bourgeoisie et du régime, qui se traduit par son incapacité à intégrer totalement les forces issues de mai, aussi bien dans la classe ouvrière que dans la jeunesse : — l'existence aujourd’hui d'une frange importante de militants dans les lycées, qui bénéficient de l'expérience d'une crise révolutionnaire et d’une lutte d'escarmouches avec la bourgeoisie, mais pour qui souvent se pose le problème de la dimension organisationnelle ; — une expérience de lutte dans les C.E.T. qui s’est
marquée par un début d'organisation nationale (les C.A.E.T.), et surtout par la subsistance d'un fort esprit combatif, que des grèves dures et fréquentes attestent ; — le caractère exemplaire que les luttes étudiantes et lycéennes ont sur toute une partie de la jeunesse ; — enfin, la possibilité d'une crise sociale ouverte, avec son pendant dans la jeunesse scolarisée, crise que nous pouvons dès maintenant préparer politiquement.
À. LES LYCEES
Plus que jamais, le problème auquel nous allons être confrontés est celui de l'organisation de ce milieu, dans la perspective de luttes importantes ; mais cet encadrement doit avant tout se présenter comme une réponse à la demande générale d'une stratégie cohérente, et non plus seulement d'une politique au jour le jour basée sur une mythique jonction avec les luttes ouvrières.
1. Le rôle des cercles rouges
Déjà amorcée par la création d'une tendance rouge des C.AL. visant à développer nos analyses politiques et nos perspectives et à regrouper des militants des C.AL., la délimitation politique entre les cercles rouges et les C.A.L. va se poser avec d'autant plus d'acuité que nous allons, à court terme, devoir expliquer publiquement les limites et les erreurs des C.AL.
Si nous nous fixons, en effet, comme perspective, pour la création de la Ligue, de constituer des cellules de base dans les différents secteurs à même de concevoir leur stratégie dans ces secteurs en liaison étroite avec une intervention ouvrière, cela nécessite et le raffermissement des cellules lycéennes, et le développement plus large des cercles rouges, avec une fonction bien précise : offrir un cadre de regroupement aux militants révolutionnaires qui sont apparus dans les lycées, et pour qui les C.AL. sont des structures transitoires et parfois frustrantes.
Il faut bien souligner qu'il n'y a pas de contradiction entre le développement des CAL. et des cercles rouges, que promouvoir la constitution de cercles rouges partout et en masse ne signifie nullement signer l'arrêt de mort des C.A.L. Il s'agit simplement de comprendre les tâches et la fonction précise de chacune des structures :
a) Après l'analyse faite plus haut des CAL. nous devons plus de jamais souligner que leur rôle est essentiellement d'être les pôles de regroupement des lycéens en lutte, de pouvoir dans des périodes précises (manifestation à préparer, lutte antifasciste à mener, campagne sur des renvendications lycéennes...) être les structures larges et unitaires axées sur la mobilisation du milieu. Mais, en aucun cas, nous ne devons cautionner le mythe des CAL. conçus comme le lieu permanent et continu de réflexion politique et d'intervention «tous azimuths ». Nous devons nous attendre à des hauts et des bas dans la vie des CAL. liés à la fluctuation des luttes, et au lieu de tenter de faire vivre à bout de bras et artificiellement des structures parfois sans fonction pendant toute une période, admettre, et surtout expliquer le caractère limité et ponctuel de telles structures.
Il ne s'agit pas, encore une fois, de distinguer schématiquement des périodes où tout marche bien dans les CAL, alternant
avec des périodes de léthargie, mais comprendre que suivant les circonstances locales, dans un lycée, une ville, l’activité du C.A.L. est directement liée aux conditions objectives de mobilisation du milieu, et aux nécessités politiques de l'heure, mais qu’il n'y a pas synchronie entre la mobilisation «permanente» du « mouvement » et celle du milieu.
b) Les cercles rouges :
Assumant eux la continuité entre les différentes actions menées, pouvant, parce que sous-tendus directement par la Ligue, concevoir une stratégie en fonction de la situation politique générale, les cercles rouges sont les lieux de regroupement, d'organisation et d'intervention de la partie avancée du mouvement. Comme cela se fait déjà dans certains cercles rouges lycéens de Paris et de province, les militants des cercles rouges sont associés au travail ouvrier et C.E.T. de l'organisation, et trouvent dans les cercles rouges la dimension organisationnelle qui fait défaut aux CAL.
Dans une période où l'apparition autonome des militants d'avant-garde par rapport au P.C. devient une nécessité, le développement des cercles rouges dans les différents secteurs permet la mobilisation, non plus seulement du mouvement étudiant et lycéen, mais de l'avant-garde en gestation, et permet de présenter à la classe ouvrière un pôle extérieur clairement délimité par rapport aux manifestations anarchiques et provocatrices d'une partie du mouvement étudiant.
Pour terminer avec cette question, nous tenons à préciser deux dangers, ou du moins à soulever deux problèmes :
Le. problème de l'organisation de jeunesse, s’il se pose, ne se pose pas dans des termes « physiologiques », mais le réel problème qui se pose pour l'organisation, à tous les niveaux, est plutôt sa capacité de s'entourer d'un «halo» large (les cercles rouges) capables de pallier les insuffisances des organisations autonomes conjoncturelles, et de se fixer un projet politique cohérent et à long terme capable d'offrir des perspectives et surtout d'organiser les militants lassés de l'action répétitive et activiste.
Il ne s’agit pas d'en revenir aux conceptions staliniennes des organisations de masse, qui, soit conjoncturelles (Comité national d'action pour le Vietnam), soit permanentes (U.N.C.AL.), ont en commun le fait qu'elles reproduisent, à un niveau plus large et plus confus, la politique et la stratégie réformistes du P.C. et en aucun cas ne permettent la mobilisation militante. C'est au contraire en passant par une clarification politique de nos structures que l'on pourra donner des garanties d'autonomie politique et d'efficacité aux structures de luttes telles les C.A. qui, dans des périodes précises, ont pour tâche de regrouper une partie du milieu en lutte.
Pour terminer, disons qu'un texte précisera ultérieurement les axes précis d'intervention dans les lycées, mais que cette intervention doit se faire aussi bien sur les problèmes de l'enseignement (lutte contre l'offensive participationiste, contre le contenu de l'enseignement, en faveur des libertés politiques, et pour une ouverture de l'enseignement et des activités extrascolaires sur la politique) que sur des problèmes non lycéens
(lutte anti-impérialiste, soutien matériel et politique aux luttes sociales, organisation de l'auto-défense contre une éventuelle remontée de l'extrême-droite..).
B — LES CET. ET L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE
Là, il nous faut sortir du cercle vicieux : « nous n'avons pas d'expériences, donc pas de perspectives claires, donc nous ne pouvons pas encore intervenir». Même si cela peut paraître volontariste, il s'agit maintenant de commencer une intervention systématique dans les C.E.T. qui si elle est pragmatique du début, pourra déboucher rapidement sur une intervention cohérente et concertée. De plus, il faut souligner qu'il y a déjà des expériences (L'apprenti enchaîné à Rouen, la liaison avec les CET. à Toulouse, où l'expérience du cercle Voltaire à Paris), et que les élèves de C.E.T. continuent à manifester une combativité importante (grèves récentes de Strasbourg et Bordeaux).
Sur le type d'intervention à avoir, il faut là aussi sortir du dilemme métaphysique « doit-on développer d'abord une organisation de masse, ou faut-il au contraire implanter une avant-garde » ? mais comprendre le lien dialectique entre le développement de luttes de masse et l'apparition d'une avant-garde, colonne vertébrale de ces luttes.
1. Les axes d'intervention et les formes organisationnelles :
Un texte sortira plus complet, mais nous pouvons, à la lumière de quelques expériences, dégager plusieurs axes d’intervention :
— lutte contre la mainmise du patronat non seulement sur l’enseignement, mais surtout sur les débouchés ;
— lutte pour la valorisation des diplômes délivrés et pour la garantie de l'emploi au niveau de qualification acquis ;
— lutte contre une discipline destinée à donner un avant-goût du travail en usine ;
— lutte contre la pré-exploitation : travail aux pièces, stages en usine non rémunérés ;
— intervention sur la question de l’armée, des loisirs, sur l'actualité politique.
Comme base de cette intervention, nous devrons nous servir du relatif prestige qu'a le mouvement lycéen, mais offrir le minimum de sérieux et de rigueur, car déclencher par exemple une grève-dans un C.E.T. implique avant tout l'assurance de pouvoir garantir la sécurité des grévistes (on exclut plus facilement un élève de C.E.T. qu'un lycéen).
Sur les formes d'organisation à mettre en place, il ne s'agit pas de raisonner in abstracto, indépendamment des formes d'or-
ganisation du mouvement ouvrier. Si l'expérience des C.A.E.T. a été bénéfique parce qu'elle introduisait, pour la première fois, des organisations de lutte à la base, elle n'aura pas moins échoué parce que trop calquée sur les formes d'organisation du mouvement lycéen, sans établir de distinction entre les deux milieux (« dilettantisme » lycéen, conscience de classe larvée dans les CET.). Ainsi, il ne faut pas a priori rejeter les formes d'organisations syndicales, ni hésiter à promouvoir la création de syndicats C.G.T. jeunes (création prônée par la C.G.T. à sa conférence de la jeunesse de novembre, mais jusqu'ici restée lettre morte) qui, par la suite, permettront l'arrivée dans les syndicats C.G.T. d'entreprises de militants rompus à la lutte révolutionnaire,
De toute façon, les conditions existent maintenant autorisant l'organisation d’un milieu dont les luttes ont été, sauf en mai, et restent parcellarisées et « sauvages ».
2. Le rôle des cercles rouges
Nous avons déjà insisté sur le fait que les seules expériences de liaison entre les luttes lycéennes et Les luttes dans les CET. si elles se faisaient sur la base du prestige du mouvement lycéen, ne passaient pas par les organisations de lutte de celui-ci (C.A.L.), mais se faisaient par l'intervention de Rouge.
Cela signifie que dans les mois qui viennent, une des tâches essentielles des cercles rouges lycéens va être de prendre à leur compte l'intervention dans fs CET. afin d'intégrer des militants de CET. tout en développant systématiquement des organisations de lutte plus larges, par le biais de bulletins type L'apprenti enchaîné ou L'Etincelle.
Cette conception des cercles rouges, conçus comme Je lienjonction entre le mouvement lycéen et l’enseignement technique, impliquera une répartition des tâches en leur sein, déjà commencée à Paris : certains militants se consacrant uniquement, pendant un certain temps, à l'intervention dans les C.E.T. sous contrôle direct du cercle, et des militants de la cellule.
C — L'INTERVENTION DANS LA JEUNESSE
S'il y a deux ans les perspectives d'intervention dans la jeunesse en général relevaient des bons sentiments et des vœux pieux parce que nous ne bénéficions ni d'une implantation, ni surtout d'une expérience concrète d'intervention dans ce milieu, aujourd'hui la question se pose légitimement d'« utiliser » l'impact de la jeunesse scolarisée sur d’autres couches de la jeunesse, en vue d’une intervention plus large. On a pu voir en mai, et dans les prolongements de mai, à quel point il y avait communauté de vue entre plusieurs couches de la jeunesse : jeunes travailleurs, lycéens, jeunes appartenant à des bandes. Il serait faux de théoriser cette situation en définissant la jeunesse comme une couche homogène, voire une classe, mais il faut comprendre qu'audelà des différences sociales, des barrières de classe, un dénominateur commun rassemble une frange importante de la jeunesse : l'incertitude et l’appréhension de la vie active, le chômage, la recherche de loisirs, hors du contrôle de la bourgeoisie. Le phénomène de bandes d'adolescents est à la limite de cette volonté des jeunes d'échapper non seulement aux formes d'apprentissage du
travail (caporalisme des C.E.T.), mais aux formes d'apprentissage de la reproduction de la force de travail (loisirs téléguidés, activités « culturelles » factices). Le développement du capitalisme monopoliste ne laisse plus place à la cellule familiale et à son idéologie ; la bande d'adolescents se constitue par le contact d'un mythe de la société capitaliste difficilement perpétué (fonction contradictoire de l'utilisation « publicitaire » de l'érotisme) et par le refus de la détermination par la société capitaliste non seulement des normes de travail, mais de l’ensemble de la vie des individus qui en est l'annexe. Le phénomène limite, dans lequel le refus de travail doit préparer le futur chômeur au sentiment de culpabilité, horizon de tout jeune issu de couches prolétariennes, est un des pôles de tension du champ dans lequel le destin capitaliste de la jeunesse s'inscrit. L'autre étant constitué par J’ap-
rentissage par les fils de la moyenne et petite bourgeoisie des onctions de sur-consommation. Les deux pôles ne s'excluent pas, mais la disponibilité des jeunes à l'un trouve des arguments de justification à l’autre : l'effondrement de pans entiers de l'idéologie impérialiste oblige le système capitaliste à s'assurer le contrôle politique de la jeunesse. L'insistance mise par le gouvernement gaulliste sur Îa politique d'équipement socio-culturel du pays répond à ce besoin : encadrer la jeunesse dans toutes ses manifestations. De la plage où le C.RS. se fait maître-nageur, à la salle de sport où le professeur détaché de l'enseignement supérieur et relevant directement du Ministère des Sports apprendra à l'enfant ou à l'adolescent à sublimer ses «instincts de révolte », au service militaire, dernier lieu à sonder les velléités de contestation des jeunes avant l’entreprise, le jeune, étudiant, travailleur, apprenti, fait l'apprentissage à travers la « vie culturelle» moderne d'une longue soumission à l'ordre bourgeois. La lutte contre cet embrigadement de la jeunesse est susceptible de donner des axes unificateurs fondamentaux à un mouvement de la jeunesse dirigée par la Ligue. Cette lutte est indissociable de la lutte à mener contre le redoublement de cet embrigadement par la social-démocratie et les municipalités communistes. L’importance que le P.C.F. accorde sur sa banlieu parisienne notamment aux fonctions de « divertissement » de la jeunesse est proportionnelle à la diminution des activités politiques des mouvements de jeunesse communistes. L'organisation de la jeunesse par la Ligue passe par la capacité des militants révolutionnaires à briser le double embrigadement dont la jeunesse se trouve victime.
C'est donc dans la perspective de l'élargissement de l'impact politique de la jeunesse scolarisée que nous devons penser notre intervention dans la jeunesse en général. Il n'est pas question de s'orienter vers une activité similaire à celle de la J.C. qui, en dépolitisant totalement son intervention, et en la ramenant à pee « gadgets », parvient à mobiliser une frange importante
e la jeunesse ; en cela, elle réussit mieux que le gouvernement la politique que celui-ci se propose de réaliser.
L'intervention dans un tel secteur est si vaste qu'elle demande à être commencée sur le terrain le plus favorable. Une intervention dans les colonies de vacances d'entreprise (ce qui nécessite de planifier les vacances des militants), et éventuellement dans les C.L.A.J. (dont on assiste, depuis mai, à une évolution de plus en plus marquée vers la lutte anti-capitaliste), doit, à la différence
de la J.C., apporter une réponse politique et organisationnelle aux problèmes d'embrigadement de la jeunesse.
En résumé, une intervention dans la jeunesse n'a de sens que si elle se situe directement par rapport à une référence politique d'avant-garde, la Ligue, et non par rapport à une organisation située à un «niveau supérieur » dont le rôle et la fonction échapperaient à ceux que l'on vise à regrouper (rapports P.C.-J.C.).
CONCLUSION
Lorsque l’on parle de dialectique des secteurs d'intervention, il ne s’agit pas seulement d'une formule agréable à l'oreille.
Après avoir connu un développement presque uniquement dans la jeunesse scolarisée, notre organisation a franchi un pas important à intervenir dans la classe ouvrière, sur la base d'une hégémonie dans ce milieu qui lui avait permis d'acquérir l'expérience concrète non seulement de la démarcation par rapport au stalinisme, mais surtout de la lutte anticapitaliste, et de ce qu'elle impliquait comme responsabilités. Aujourd'hui, les possibilités d'intervention dans d’autres secteurs (C.E.T., jeunesse) sont directement liées à la poursuite d'une intervention dans les secteurs d'où nous venons; car la lutte contre le gaullisme, et mai l'a montré, se fait sur tous les fronts.
Mais au lieu d'intervenir comme une organisation où coexisteraient, sans lien entre eux, plusieurs secteurs, il s’agit maintenant de se donner les moyens d'élaborer des stratégies, s’appuyant sur l'expérience de la lutte de plusieurs secteurs de la cote C'est là la tâche d’une organisation d'avant-garde, de la
gue.
: Et à la question «doit-on maintenir l'existence d'un secteur lycéen », plutôt qu'une organisation de jeunesse, ou doit-on intégrer les militants lycéens à des structures plus larges ? », nous pouvons répondre, à la lumière des nouvelles tâches que nous nous assignons, que la survivance d'une action concentrée des militants lycéens dans ce milieu, conçue dans le cadre d'une stratégie générale, implique pour eux le rattachement à la Ligue, et à la vie d'une organisation dont l'intervention ouvrière est l'axe essentiel.
ANNEXE I. Spécificité du milieu lycéen
Contrairement à ce qui se passe chez les étudiants, il est plus difficile de parler d’un milieu lycéen, ou d'un mouvement lycéen, du fait du morcellement extrême et du nombre très important de lycées. Cet éparpillement de lycées contribue ainsi à rendre plus
ifficile encore les tentatives d'homogénéisation politique et organisationnelle du milieu (ainsi, une des raisons pour lesquelles nous avons renoncé au mot d'ordre de boycott des élections est que nous n'étions pas sûrs de pouvoir le généraliser à l'ensemble des lycées).
A souligner également que la vie dans un lycée peut parfois se rapprocher d'une « vie communautaire » (faible concentration des élèves) permettant plus facilement l'intervention.
II. Rôle des C.A.L. en province
Il se peut que l'analyse que nous avons faite plus haut des CAL. semble trop « parisienne ». En effet, en province, les C.A.L. ont parfois gardé une vitalité et une structuration assez grande. Cela s'explique par deux raisons :
— le fait que, plus qu'à Paris encore, nous sommes le seul groupe intervenant dans les C.A.L. et que ceux-ci sont moins divisés ;
— le fait que la vie politique d'une ville de province, étant plus ramassée et que l'interaction des différents secteurs étant une réalité, les dévoiements anarchiques sont interdits, ou du moins atténués par le poids que les luttes ouvrières introduisent dans la vie politique.
A souligner cependant un fait significatif : le fait qu'à sa création Je cercle rouge du lycée Berthelot à Toulouse a rassemblé trente-cinq militants, vidant ainsi en partie les C.AL.
III. Liaison C.A.L.-C.ET.
L'impossibilité pour les C.AL., en tant que tels, de penser leur intervention en direction des C.E.T., s'est traduite concrètement par le fait que le mot d'ordre « ouverture des lycées » sur l'extérieur est resté lettre morte.
Ludovic. Mars 1969.
III
TEXTE SUR LE TRAVAIL OUVRIER
PREAMBULE
Le «travail ouvrier », c’est-à-dire, la construction de l’organisation révolutionnaire dans la classe ouvrière, a été actualisé par mai.
Jusqu'alors, le lien principal qu’entretenaient les militants révolutionnaires avec la classe ouvrière était celui de leur programme.
En outre, quelques militants ouvriers, peu nombreux, mais extrêmement précieux, développaient un travail dans les syndicats, et tentaient de saisir l'évolution du mouvement ouvrier.
Avant mai, certains signes (en particulier en province) avaient prouvé qu'une partie de la classe ouvrière, surtout dans la jeunesse, critiquait ou refusait les directions traditionnelles.
Depuis mai, ce courant « gauchiste » s'est largement développé dans la classe ouvrière.
Notre courant politique a été le mieux armé pour affronter
cette situation. Notre compréhension du capitalisme contemporain, de ce qu'était la condition ouvrière aujourd’hui, de la stratégie et des mots d'ordre de transition, nous ont permis de comprendre les événements, et d'y intervenir. Notre compréhension du P.C.F. et de la nature des bureaucraties ouvrières, nous a permis de ne pas tomber dans des erreurs irréparables (dénonciation de la C.G.T. comme syndicat « jaune », etc.).
Ceci nous a permis, à partir d'une implantation extrêmement faible, d'élaborer une ligne de travail et de mettre en pratique une intervention beaucoup plus efficace que celles des groupes pourtant beaucoup plus forts dans la classe ouvrière (C.A.O., L.O.)'.
L'obstacle essentiel a été l'incompréhension des problèmes posés par une telle intervention. Un travail dans la classe ouvrière ne nécessite pas seulement une compréhension politique correcte, il requiert des qualités pratiques, fort peu développées dans une organisation à composition sociale essentiellement étudiante : régularité du travail, connaissance effective de la vie dans les entreprises...
s responsabilités des militants de la Ligue sont considérables. Nous sommes à l'heure actuelle le seul courant capable de développer un travail de masse dans la classe ouvrière. Notre influence devient très importante dans certains secteurs, mais, si nous voulons devenir capables de faire un véritable travail d'organisation, il faudra rompre avec le dilettantisme passé et actuel.
CAPITALISME MONOPOLISTE ET MOUVEMENT OUVRIER
Le mouvement ouvrier des pays capitalistes avancés, le mouvement ouvrier français en particulier, ont été profondément marqués par l'évolution de ces pays depuis la deuxième guerre mondiale.
Contrairement à ce qu'avaient pu prévoir les économistes (marxiste ou non), le capitalisme n'a pas connu une série de convulsions de plus en plus graves. Au contraire, après la période de stagnation des forces productives, de crises économiques qui avaient marqué «l'entre deux guerres », les pays avancés ont connu une période d'expansion économique sans précédent. L'introduction dans l'industrie de techniques de plus en plus élaborées, la centralisation administrative décuplée qu'implique leur usage, en un mot la « socialisation » accélérée de la production en régime capitaliste, entraîne la bourgeoisie dans son ensemble à ne plus s'en remettre aux seules lois du marché comme régulateur de l'économie. Les techniques « anticrises » (planification souple, développement de fabrications non-consommables, intervention de l'Etat) ont pu ainsi éviter de graves crises ou les limiter à quelques récessions.
Cette structuration nouvelle du capitalisme a amené la bourgeoisie à modifier sensiblement sa politique vis-à-vis du mouvement ouvrier.
Avant guerre, les périodes de fortes tensions sociales apparaissaient comme conséquences plus ou moins directes de la marche cyclique de l'économie. Suivant la radicalisation du mouvement ouvrier, la bourgeoisie n'avait d'autre choix que de l'écra-
(1) Comités d’Alliance ouvrière (lambertistes) Lutte ouvrière.
ser physiquement (fascisme) lorsque son pouvoir d'Etat était directement menacé, ou de composer avec lui par le biais de ses dirigeants réformistes (politique de Front Populaire). La politique de Front Populaire, sous couvert d'une participation ouvrière aux instruments légaux du pouvoir, permettait à la bourgeoisie de conserver de fait son pouvoir d'Etat en échange d'améliorations du sort de la classe ouvrière.
Après la guerre, au travers de la période de restructuration du capitalisme et d'expansion sensiblement continue de l'économie, le problème s’est posé en termes différents. La bourgeoisie était capable de faire un certain nombre de concessions au mouvement ouvrier, notamment dans le domaine du pouvoir d'achat. Par contre, la nécessité de planifier de façon rigoureuse les investissements de plus en plus coûteux, le développement de capacités excédentaires de production faisant baisser la rentabilité du capital, impose à la bourgeoisie des prévisions à long terme qui ne peuvent être remises en cause sans de graves perturbations, elles-mêmes conditionnées tant par la recherche du profit maximum que par nécessité politique face à la montée révolutionnaire mondiale.
Aussi, l'objectif essentiel de la bourgeoisie est la stabilité, la « paix sociale ». En même temps qu'elle cherche à rendre le pouvoir central de moins en moins sensible aux à-coups sociaux (tendance à l'Etat fort), elle est prête à céder quelques avantages à la classe ouvrière (augmentation des salaires, diminution du temps de travail) à condition qu'ils soient prévus, planifiés. Suivant les colorations, cela s'appelle politique des revenus, participation, juste répartition des fruits du travail, mais cela vise essentiellement une chose : éviter les chocs, les augmentations de salaires «trop importantes», les arrêts de travail «intempestifs », tout ce qui peut déséquilibrer ses prévisions.
Tel est le sens de la politique d'intégration du mouvement syndical, tentée avec plus ou moins de succès par toutes les bourgeoisies européennes depuis vingt ans. Afin d'obtenir la paix sociale, elle cherche à négocier avec les organisations syndicales reconnues par les travailleurs, elle accepte de leur céder un certain nombre d'avantages qu’elle prévoit, les syndicats s'engageant de leur côté à ne pas déclencher de mouvements « inconsidérés » pouvant paralyser la production, et rentrer en conflit avec les plans capitalistes.
Avant d'aborder les rapports spécifiques du gaullisme et du mouvement ouvrier, nous voulons insister sur le fait que faute d'avoir su comprendre cette réalité nouvelle du capitalisme contemporain, toutes les organisations réformistes se trouvent prisonnières de leur propre réformisme. À tout ouvrier conscient, il apparaît en effet au moins contradictoire que la grève de mai-juin, englobant trois ou quatre fois plus de travailleurs que la grève de juin 1936 n'ait abouti qu'à des résulats bien moindres que les accords Matignon. La logique des réformismes présuppose que lorsque la classe ouvrière «fait pression» sur la bourgeoisie, celle-ci peut céder tant sur le plan politique que sur le plan économique. Et cette logique a pu remporter quelques succès en 1936 ou en 1945, à tel point que les acquis durables obtenus alors par la classe ouvrière ont pu longtemps servir de paravent à la trahison politique des dirigeants staliniens, et de justification à leur politique présente.
Mais l'impuissance de cette politique depuis la guerre est lourde de conséquences. Si durant toute la période d'expansion qui a suivi la guerre, alors que le niveau de vie augmentait sensiblement, la conscience ouvrière s'est facilement reconnue dans cette politique, il n’en va plus de même lorsque les travailleurs se radicalisent à la suite de crises sociales, politiques, ou économiques. Les traditions d'organisation de la classe ouvrière s’alimentent un tant soit peu d'épreuves pratiques de l'efficacité de l'orientation même réformiste de ses organisations. Et c'est précisément en grande partie par l'inadéquation totale de cette politique à la situation nouvelle que s'explique le détachement progressif d'abord de milieux périphériques de la classe ouvrière, puis de jeunes ouvriers, si ce n'est encore l'ensemble de la classe ouvrières, de ses organisations traditionnelles. En France, depuis plus de vingt années, le P.C.F. n'a gagné aucune victoire pour la classe ouvrière, et il y a là, indépendamment de la crise mondiale du stalinisme, un facteur décisif dans la décomposition de l'hégémonie stalinienne.
Par là également peut s'expliquer en retour la déliquescence organisationnelle croissante du P.C.F. Les cellules d'entreprises ne vivent plus, en dehors parfois de l'animation du travail syndical, parce qu'elles ne servent plus à rien. La politique se réfugie au sommet, le syndicalisme a tendance à suivre la même voie : seuls comptent les négociations au sommet, sinon les syndicats déviennent des organismes qui ne peuvent plus intervenir qu’au niveau le plus élémentaire. Les hésitations de la C.G.T. à s'engager dans une politique contractuelle l'enferment dans une contradiction insoluble. C’est la seule porte ouverte par le capitalisme, et son incapacité à promouvoir d’autres types de luttes la réduit à l'impuissance. Quant au fond, c'est là, la même impuissance que celle du Parti Communiste : la bourgeoisie ne peut plus accepter le maintien de la démocratie parlementaire prônée par le PC. et ce dernier ne peut pour des raisons qui tiennent tant à sa nature bureaucratique qu'à ses attaches internationales offrir d’autres perspectives.
Cette impuissance se traduit au niveau élémentaire par une désaffection croissante des travailleurs vis-à-vis des mots d'ordre de leurs syndicats. Les refus des grèves de quelques heures, déjà fréquents avant mai, la hargne même que l'on rencontre dans certaines grosses entreprises envers les responsables syndicaux, sont révélateurs d'une classe ouvrière relativement consciente de l'impuissance du réformisme — et qui reste pourtant prisonnière du cadre de pensée stalinien : soit la politique actuelle du syndicat, soit l'insurrection tout de suite,
EN FRANCE : LE MOUVEMENT OUVRIER FACE AU GAULLISME
En France, cette politique d'intégration, esquissée sous la TV° République, a surtout été appliquée après l'instauration de l'Etat fort en 1958.
La politique gaulliste a consisté en un mélange de menaces et de séduction pour tenter de la faire accepter par les syndicats. Des atteintes étaient portées au droit de grève (préavis, réquisition), en même temps que l'on tentait de faire accepter aux di-
rections syndicales des procédures (type procédure Toutée) visant à répartir la masse salariale. h
Cette politique se poursuit aujourd'hui avec la réforme régionale et la réforme du Sénat qui visent à associer les syndicats à la politique gouvernementale, de même qu'avec la loi sur les droits syndicaux et les accords sur l'emploi. . :
Jusqu'à présent cette politique n’a rencontré qu’un demi-succès, les organisations syndicales ayant réussi à préserver leur autonomie. Cependant, dans la mesure où elles n'avaient pas de stratégie anticapitaliste, elles n'ont fait que reculer, n'engageant jamais des batailles décisives face aux attaques de la bourgeoisie.
L'incurie des directions réformistes est apparue avec beaucoup plus de netteté quand le capitalisme français, dans la période d’essoufflement du «boom » d'après guerre a commencé à lancer des attaques relativement sérieuses contre le niveau de vie des travailleurs avec les ordonnances.
Après la journée du 17 mai 1967, la lutte fut transférée dans l'enceinte parlementaire, alors que de Gaulle lui-même ôtait tout pouvoir au Parlement en la matière, et se termina par de lugu-
res enterrements de la « Sécu » en automne 1967.
Au même moment, les grèves dures se multipliaient : pendant tout le printemps 1967 des mouvements avaient eu lieu, avec pour la première fois depuis longtemps, à Rhodiacéta, l'occupation de l'usine. Au Mans, à Mulhouse, à Caen, à Redon des affrontements très durs avaient lieu entre ouvriers et C.R.S. Pour la première fois apparaissaient sur la scène politique, en tête de ces manifestations, des milliers de jeunes qui débordaient les organisations réformistes et ne s'y reconnaissaient pas. C'est avec mai 1968 que cette génération entre sur la scène politique.
LE CAPITALISME FRANÇAIS EST RENTRE DANS UNE PERIODE INSTABLE
Les vingt ans de stabilité obtenus par le néo-capitalisme sont maintenant révolus. Depuis mai 1968, la preuve a été faite que la révolution socialiste était à l'ordre du jour. L'actuelle situation en Espagne, en Italie, en Angleterre, sans parler de la France, prouve que l'ère de « l’opulence », de la société « abondante », « audessus des classes », est à jamais révolue.
En France, la bourgeoisie ne s'est pas remise de mai 1968. La crise financière de novembre, les difficultés économiques actuelles en témoignent. Quant au régime gaulliste, son incapacité de trou- Fee une solution bourgeoise au problème de mai, prépare sa chute.
Incapable de résoudre la crise de l'université, incapable de museler la classe ouvrière, incapable de « maintenir l'ordre », il se survit, faute d'un remplaçant bourgeois capable de prendre en main la situation.
La seule solution viable à terme pour la bourgeoisie serait une solution de droite, s'appuyant sur l'armée, et éventuellement les groupes fascistes (à la grecque). Mais son instauration ne pourra se faire qu'après une défaite ouvrière. Elle présente aujourd’hui le gros risque de provoquer une riposte de masse de la classe ouvrière qui n’a pas été démobilisée,
L'hypothèse la plus probable pour l'avenir est donc la chute de de Gaulle à plus ou moins long terme, et son remplacement
par une équipe sans grande autorité, provoquant un affaiblissement du pouvoir d'Etat. (Ce qui ne veut pas dire qu'une certaine répression ne s’abattra pas sur l'avant-garde.)
Cette situation ne pourra que faciliter l'essor des luttes ouvrières que la bourgeoisie aura du mal à mater.
qe REVOLUTIONNAIRE, REFLUX, PERIODE TRANSI-
Il faut caractériser clairement la période dans laquelle nous nous trouvons.
La période précédant mai peut être qualifiée de non-révolutionnaire. Depuis plusieurs années (guerre d'Algérie) les conflits ES étaient limités, ne débordaient pas le cadre de l'ordre
tabli.
Mai 1968 a constitué une période révolutionnaire-type : toutes les couches de la population sont entrées dans la lutte, le pouvoir n'avait plus aucune autorité.
Après mai, nous avons qualifié avec justesse la période de reflux, cela signifie que la situation avait cessé d'être révolutionnaire, un fonctionnement à peu près «normal» du capitalisme avait repris. Les tensions sociales étaient maintenues dans un cadre « acceptable » par la bourgeoisie.
Mais cela ne signifie pas que nous soyons à nouveau dans une période semblable à celle qui a précédé mai. Les difficultés économiques de la bourgeoisie, l’affaiblissement du pouvoir rendent la situation beaucoup plus instable. Nous ne sommes plus dans une période révolutionnaire (les tensions sociales ne sont pas exacerbées au point de paralyser le système bourgeois). Mais nous ne sommes pas dans une période non-révolutionnaire (la tension entre les classes ne peut être entièrement contenue).
« Dans le processus de l’histoire on rencontre des situations stables tout à fait non-révolutionnaires. On rencontre aussi des situations notoirement révolutionnaires. Il existe aussi des situations contre-révolutionnaires, il ne faut pas l'oublier. Mais ce qui existe surtout, à notre époque de capitalisme pourrissant, ce sont des situations intermédiaires, transitoires : entre une situation non-révolutionnaire, et une situation pré-révolutionnaire, entre une situation pré-révolutionnaire, et une situation révolutionnaire ou. contre-révolutionnaire. C'est précisément ces états transitoires qui ont une importance décisive du point de vue de la stratégie politique. » (Trotsky, Où va la France, pp. 50-51.)
La France se trouve aujourd'hui dans une telle période. Cette situation est due avant tout à l'incapacité d’une des classes fondamentales de la société à apporter une issue à la situation.
D'une part la bourgeoisie est affaiblie et ne peut résoudre ses contradictions, de l'autre le prolétariat, sans direction, mais encore mobilisé depuis mai, est capable d'imposer un rapport de force à la bourgeoisie. Faute de direction, il ne peut engager l'épreuve de force tendant à la prise du pouvoir.
Entre les deux les couches moyennes oscillent.
La situation ne restera pas bien sûr indéfiniment ainsi en équilibre. Toutefois ce témps peut être relativement long, car aucune issue n'existe de part et d'autre.
PROGRAMME DE TRANSITION, CONTROLE OUVRIER
Les difficultés économiques du capitalisme français, l'affaiblissement du pouvoir, entraînent une politisation de toutes les luttes ouvrières. Même les revendications dites immédiates, ne peuvent être satisfaites dans le cadre du résine bourgeois. Toute lutte partielle, sur des mots d'ordre revendicatifs prend un sens politique, car elles se heurtent à un patronat et un gouvernement décidés à ne pas céder et que toute concession risque d'ébranler.
Alors que le problème du renversement du gaullisme est posé, la C.G.T. se borne à mener des luttes « revendicatives » ; quant au Parti, incapable d'apporter une solution politique, il ne peut que proposer d'attendre les prochaines élections, dans trois ans et derni (!).
Face à cette politique, ou absence de politique, un grand nombre de militants cherchent une solution, mais tout en comprenant le caractère politique des grèves, ne voient pas comment de tels mouvements pourraient déboucher sur la prise du pouvoir. Il est nécessaire de montrer comment l'enchaînement des luttes partielles sur des thèmes revendicatifs peut déboucher sur la prise du pouvoir au travers de luttes pour des revendications transitoires.
Il est peu probable que se reproduise d'emblée une situation de crise révolutionnaire analogue à celle de mai. Mais il serait possible, par l'extension des grèves à une série d'entreprises avec des mots d'ordre unifiant, d'aller vers une crise volitonneire. Contrairement à mai, ceci supposerait une organisation révolutionnaire, politique, et intervenant dans les syndicats, capable de généraliser le mouvement.
Avec nos faibles moyens, nous devons nous efforcer de travailler dans ce sens.
1° En aidant au développement du mouvement de grève, en expliquant leur sens politique, en essayant de déborder les directions (élections de comités de grève..).
2° En essayant d'éviter l'isolement de chacun de ces mouvements.
Dans cette tâche, l'agitation et la propagande autour du contrôle ouvrier, jouent un rôle essentiel.
QU'EST-CE QUE LE CONTROLE OUVRIER ?
Le contrôle ouvrier a été souvent présenté de manière abstraite, sans qu'on voie clairement ce qu'il est (différence entre contrôle ouvrier, autogestion, etc.), à quoi il sert, quand il peut s'appliquer.
Le contrôle ouvrier n'est pas un « mot d'ordre », pas plus que ne l'est la «contestation», il consiste, dans une période où le rapport de force le permet, à limiter l'arbitraire patronal sur les moyens de production et la force de travail, cette limitation pose rapidement la question du double pouvoir dans l'entreprise.
Dans la société capitaliste, les travailleurs ne peuvent accepter aucune responsabilité dans la gestion des entreprises. Que les augmentations de salaires soient « incompatibles » avec la bonne marche de l'entreprise, que le patron soit «contraint de licen-
cier », cela ne fait que refléter l'incompatibilité entre les revendications des travailleurs et le système qui les exploite.
Le but du contrôle ouvrier consiste à imposer à un moment donné le contrôle des travailleurs sur la gestion patronale, et à contraindre le patronat à prendre des mesures contradictoires avec la bonne marche de l'entreprise selon les critères patronaux, de la branche d'industrie de l'économie, mais que les travailleurs peuvent imposer, car ils sont les plus forts.
Le contrôle ouvrier n'est pas à l'heure actuelle « plaqué » sur les luttes ouvrières. Au contraire, la situation politique, les formes de lutte et la volonté de combat de la classe ouvrière, les revendications mises en avant, vont dans le sens du contrôle ouvrier.
La mise en place du contrôle ouvrier implique que la bourgeoisie n’ait pas la possibilité de réagir au niveau de l'usine et à celui de toute la société, sans risquer de produire un conflit encore plus grave — il suppose donc non seulement la mobilisation des travailleurs de l'entreprise ou de la branche d'industrie concernée, mais un affaiblissement du pouvoir central, et une mobilisation de toute la classe ouvrière.
Cette situation peut très bien se produire dans les semaines ou les mois à venir en France.
Le contrôle ouvrier, marque aussi la volonté de la classe ouvrière de prendre en main son propre sort, elle s'oppose à toutes les négociations au sommet pratiquées par les bureaucraties syndicales. Les travailleurs ne « quémandent » plus rien au patron, ils prennent leurs droits, ils ralentissent les cadences..
Ces formes de lutte correspondent précisément aux formes de lutte nouvelles mises en avant par les travailleurs en mai et depuis, à cette volonté de ne plus passer par l'intermédiaire de négociations qui se font dans le dos des travailleurs, mais d'imposer soi-même directement ce dont on a envie.
Spontanément (cf. les travailleurs montant sur les chaînes pour les bloquer à Sochaux, les ouvriers de Renault affichant eux-mêmes les « taux de postes » sur les machines après mai, etc.) la volonté de lutte des travailleurs va dans ce sens.
Enfin, la plupart des luttes ouvrières s'engagent aujourd’hui non seulement sur les questions de revendications de salaires, mais essentiellement sur les conditions de travail (cadences, heures abrutissantes) sur le mode de répartition des salaires (cf. grève Renault), etc.
Toutes ces questions peuvent difficilement faire l'occasion de négociations. Nous l'avons dit au départ, le capitalisme contemporain a besoin de maintenir et renforcer l'arbitraire patronal, il ne peut accepter de voir remises en cause ses prévisions, aussi est-ce seulement la mobilisation et le contrôle des travailleurs qui pourront lui imposer de reculer.
De même le contrôle ouvrier est la réponse à la lutte contre les structures hiérarchiques de l'entreprise qui apparaissent de plus en plus arbitraires au fur et à mesure que la qualification des travailleurs s'élève et qu'ils sont bien plus à même de prendre des décisions que les cadres qui les dirigent.
Le contrôle ouvrier doit naître des nécessités de la lutte.
A l'occasion des licenciements, de fermetures d'usines, les travailleurs répondent par l'exigence de l'ouverture des livres de comptes, et du veto ouvrier sur les licenciements.
Face à tous les problèmes de l'organisation du travail, il ré-
pond par le contrôle ouvrier sur les conditions de travail ; il va de soi qu'une telle perspective nécessite un travail de préparation considérable : pendant des années, le stalinisme a éduqué la classe ouvrière dans le respect des négociations et de la légalité patronale et bourgeoise, le contrôle aussi doit être au centre de l’agitation et de la propagande dans les entreprises.
LES REVENDICATIONS TRANSITOIRES, LES ORGANISA- TIONS DE LA CLASSE OUVRIERE ET LA PRISE DU POUVOIR
Le contrôle ouvrier, pas plus que les autres revendications transitoires, n'est pas un but en soi; ou il se généralise et pose le problème du pouvoir, ou il est écrasé, le patronat reprenant tous ses droits.
11 n'existe aujourd'hui aucune solution gouvernementale révolutionnaire pour la prise du pouvoir, ceci signifie que nous devons œuvrer dans le sens de l'organisation de la classe ouvrière. Que ce soit à l'occasion des grèves, par l'élection des comités de grève, si le contrôle ouvrier peut être constitué dans une entreprise par l'élection de délégués élus par tous les travailleurs et révocables à tout moment.
Quant au pouvoir central, il ne pourrait être que l'émanation des comités de grève d'usine, de quartier, chaque organisation ouvrière pouvant se battre, dans le cadre du système des comités, pour prendre le pouvoir.
L'APPARITION D'UNE NOUVELLE GENERATION REVOLU- TIONNAIRE
Si l'on a remarqué en mai, et depuis, un «conflit de générations » au sein de la classe ouvrière, ce conflit n'est pas le fait d'une situation historique précise. Il a deux causes essentielles :
1° Les caractéristiques nouvelles de la classe ouvrière dans la société capitaliste contemporaine.
2° Le fait que le stalinisme a peu marqué cette nouvelle génération.
1°) Pour les travailleurs qui ont connu les années 1945-1950, la
« prospérité » économique, l'accession à la consommation de biens
nouveaux, l'acquisition d'avantages sociaux dans la société capi-
taliste actuelle constitue un progrès considérable. A l'inverse, es
june ont toujours connu cette situation et toute attaque contre
e niveau de vie apparaît comme une régression et non un retour à une situation antérieure.
Ce qui apparaît clairement à la nouvelle génération ouvrière, c'est que la société reste fondamentalement une société d’exploitation — que la vie à l'usine est intolérable, que le chômage me-
_nace et que le niveau de vie stagne.
La bourgeoisie a été contrainte de donner une fonction de plus en plus précise à ceux qu'elle exploite, mais le haut niveau culturel permet précisément au prolétariat de mieux prendre conscience de sa situation. S'il est vrai que les travailleurs n'ont
plus rien à perdre, ils sont d'autant plus conscients du monde à gagner. Ils ne se révoltent peut-être plus contre la misère la plus immédiate, la faim. mais ils sont d'autant plus conscients que la condition qui est la leur peut changer radicalement.
La possibilité de voyages (pays de l'Est, Cuba) éduque aussi le prolétariat dans une conscience de plus en plus claire de ce que peut être (ou ne pas être) le socialisme.
2°) Le stalinisme et cette nouvelle génération
Pour un grand nombre de jeunes, le Parti Communiste a cessé d'être le «parti de la classe ouvrière », ils y rentrent souvent, mais le quittent rapidement.
Pour eux, le prestige de l'U.R.SS., élément déterminant de l'autorité de la direction du P.C.F. est aujourd'hui bien terni. L'UR.S.S. ne représente plus le seul modèle du socialisme ni même le meilleur, la Chine, Cuba, la Tchécoslovaquie (de 1968) sont tout aussi bien une référence. Cette génération qui n'a pas suivi les défaites du passé, ni les désillusions (20° Congrès, Affaire Khrouchtchev, conflit sino-soviétique, échec de 1945, Coup d'Etat de 1958) ne se reconnaît pas dans Waldeck-Rochet ni Séguy. Elle vit à l'époque de la révolution vietnamienne, du Che, de l'extension de la révolution à tous les continents, elle n'a guère d'enthousiasme pour les appareils sclérosés dont les échecs sont patents.
MAI 1968 ET APRES
La crise de mai a éduqué en quelques semaines des dizaines de milliers de ces travailleurs.
— Elle leur a prouvé par la pratique ce que valaient ses direccontre la bourgeoisie que ceux des organisations traditionnelles, et que ces moyens pouvaient être payants.
. — Elle leur a prouvé par la pratique ce que valait ses directions face à une telle crise. Grenelle et la « reprise victorieuse du travail », ont porté un jugement sur Séguy.
— Elle leur a enfin révélé qu'il existait une force politique à la gauche du P.C. encore faible, sans implantation dans la classe ouvrière, mais capable d'offrir des perspectives et de se battre effectivement contre le capitalisme.
Ces leçons ont été d'autant mieux tirées que la crise du régime s'est accentuée. Car, alors que les acquis de mai étaient repris, que le gaullisme était en difficulté, les directions réformistes revenaient à leur stratégie d'avant mai. Alors que la classe ouvrière avait tiré les conclusions de mai, les directions, elles, s’avéraient incapables d'apprendre quoi que ce soit.
Elles recommençaient leurs pétitions, leurs négociations auxquelles personne ne croit, pour organiser finalement une manifestation République-Bastille, symbole de la routine bureaucratique.
Alors que l'heure est à l'action politique, on reparle de négociations.
CONCLUSION
La crise de la société française, l'incapacité des directions réformistes à répondre de manière un tant soit peu sérieuse à la situation, ont accéléré la maturation d'un courant potentiellement révolutionnaire dans la classe ouvrière. C'est essentiellement à partir de ce courant que se bâtira le futur Parti Révolutionnaire.
La tâche immédiate et urgente de la Ligue, est d'en organiser les éléments les plus conscients.
ANNEXE : TACHE DES MILITANTS REVOLUTIONNAIRES
Sans militants ouvriers, pas d'intervention effective dans la classe ouvrière. Le but immédiat du «travail ouvrier » est d'organiser le courant révolutionnaire qui se dégage dans les entreprises. Nous devons faire comprendre la nécessité de l’organisation et démontrer en pratique que la Ligue est l'organisation capable de mener au Parti Révolutionnaire.
Pour l'essentiel, nous orientons notre activité vers l'avantgarde jeune apparue en mai. Il faut toutefois être conscient que ces militants, de même que ceux de la Ligue à sa constitution (à quelques exceptions près), n'ont qu'une faible expérience militante. Aussi est-il capital de regrouper également, ne serait-ce que quelques dizaines de «vieux» militants, bénéficiant d'une expérience syndicale dans le mouvement ouvrier traditionnel. Mais c'est au travers de notre capacité d'organiser un travail jeune que nous les convaincrons.
Ce que recherchent aujourd'hui toutes les avant-gardes ouvrières, c'est une perspective politique claire. Elles demandent des réponses précises aux questions précises qu'a posées mai.
— Comment lutter pour le socialisme ? — Quelle organisation construire, comment le faire ? — Quel socialisme ?
. Aussi est-ce par un travail politique et non de tendance syndicale que nous regrouperons ces militants.
, Il ne nous est pes encore possible de faire la preuve en pratique de la validité d'une conception syndicaliste révolutionnaire, à côté des conceptions réformistes.
* Mais nous pouvons, au contraire, apporter beaucoup quant à l'analyse de la situation, aux perspectives, etc.
Nous devons reprendre à notre compte le travail de capitali-
SE politique sur les entreprises, totalement abandonné par
1 — L'AGITATION REVOLUTIONNAIRE L'agitation révolutionnaire comporte deux facteurs
— développer les idées révolutionnaires dans les masses pour les organiser.
— organiser l'avant-garde.
L'émergence d'une avant-garde dans les entreprises sera COnSidérablement facilitée par le développement de l'agitation sur les mots d'ordre de transition, le contrôle ouvrier, etc. à partir des problèmes précis qui se posent dans les entreprises.
I1 serait dérisoire de laisser à des militants ouvriers isolés, le soin de développer ces idées. Il faut, au contraire, que la diffusion soit amorcée dès maintenant sous forme de propagande écrite.
La conscience du mouvement ouvrier n'est pas une donnée éternelle. Elle est le produit historique de l'éducation qu'ont donné telle ou telle organisation. La spontanéité révolutionnaire du prolétariat dans une période de crise sociale, dépend de tout le travail effectué par l'avant-garde antérieurement.
Si en mai, la « spontanéité » du mouvement étudiant a été aussi révolutionnaire, cela est dû à certaines conditions particulières au milieu étudiant, mais aussi au travail d'agitation qu'avaient mené les groupes d'avant-garde dant plusieurs années.
Au contraire, la « spontanéité » réformiste du mouvement ouvrier était le produit de trente ans de stalinisme.
Le stalinisme a détruit dans la conscience du mouvement ouvrier un certain nombre de notions fondamentales. Il lui a inculqué des conceptions pacifistes, économiques, chauvines… C'est
lement en entreprenant un travail de formation, en développant pendant des années les conceptions révolutionnaires, qu'il sera possible de réarmer le mouvement ouvrier.
Fonction organisationnelle
C'est aussi en développant ce travail d’agitation qu'on dégagera une avant-garde en l'associant à ce travail.
Ce travail permettra une clarification beaucoup plus aisée visà-vis des autres camarades (L.O., Chinois), car les divergences n'apparaissent plus seulement comme des débats abstraits sur des problèmes difficiles à trancher (Cuba, Chine, etc.), mais c'est au travers de l'orientation qui se manifeste à l’état pratique, dans le matériel d'agitation (pas se systématiques contre la C.GT., mots d'ordre précis, contrôle ouvrier, etc.) que les militants pourront trancher.
Feuilles, bulletins, journaux
Ce travail d’agitation a pris plusieurs formes : feuilles d’entreprises (Renault Rouge), bulletin sur plusieurs entreprises (La lutte continue, Rouen), journal vendu (La Taupe rouge, Aix-Marseille-La Ciotat).
11 semble que dans lés grandes villes, là où aucun travail n'a été entrepris, il soit d'abord nécessaire de se faire connaître avant de sortir un journal vendu.
Sur les grosses entreprises, une feuille particulière est souhaitable dès que possible.
A terme, on devra arriver à combiner un travail d'agitation de masse (tracts, feuilles) et des journaux (Taupe).
Dans tous les cas, il est nécessaire d'associer dès que possible les militants ouvriers à la rédaction (à la fois pour améliorer le contenu et la forme du journal et pour donner une perspective organisationnelle).
Rapports avec Rouge
Les feuilles, bulletins, journaux, doivent être impulsés par les militants Rouge. Les militants Rouge doivent être la direction politique de fait, ce qui ne signifie pas qu'ils doivent avoir une attitude ultimatiste, ordonnant aux militants associés de reconnaître la direction de Rouge s'ils veulent participer au journal.
Les militants Rouge doivent s'imposer par leur capacité à donner une vue politique d'ensemble, à organiser le travail.
Par contre, il apparaît impossible de mener un travail de ce type en liaison avec d'autres groupes, avec des militants ayant une ligne politique globale divergente. .
L'organisation du travail d’agitation doit être prise en main par des cellules ou des groupes étudiants, comportant au moins un militant assez informé, se fixant pour but l'intervention exclusive sur une ou plusieurs entreprises.
Ces militants doivent être capables d'assurer une présence quasi-quotidienne à l'usine : distribution de tracts, vente régulière du journal, sortie de tout le matériel d'agitation, discussions régulières avec les travailleurs, etc.
Ce groupe doit se fixer comme objectif rapide le recrutement de militants de l’entreprise, puis la constitution de cellules d’entreprises ; ce qui ne veut pas dire que les étudiants doivent alors « déserter ».
II — LE TRAVAIL DANS LE SYNDICATS
Le but des militants révolutionnaires est de conquérir la direction de la classe ouvrière.
Pour y parvenir, la propagande seule ne peut suffire. Elle peut permettre de Le l'avant-garde, de s'attirer la sympathie de couches larges de la classe ouvrière. Mais elle ne permet pas d'obtenir la direction des luttes.
Même si de nombreux travailleurs ont une sympathie pour les idées révolutionnaires, ils ne suivront au combat que des militants ayant fait leurs preuves.
C'est seulement dans la mesure où les militants révolutionnaires seront capables de prendre la direction des organisations de masse de la classe ouvrière qu'une lutte pour le socialisme deviendra possible.
Mais sur ce chemin les militants ouvriers rencontrent ce qui reste aujourd’hui comme avant mai, la réalité fondamentale du mouvement ouvrier : les bureaucraties réformistes à la tête des syndicats.
Or il est impossible à la classe ouvrière de mener des luttes sans ces organisations, elles sont la seule couverture légale per-
mettant les luttes. Pour les travailleurs, le choix n'est pas entre organisations révolutionnaires et organisations réformistes.
Il n'existe aujourd'hui aucune organisation révolutionnaire de masse capable de défendre en pratique les intérêts des travailleurs, actuellement le choix est entre organisations réformistes et pas d'organisation du tout.
En dehors des syndicats réformistes, il n'est possible que de faire face individuellement, c'est-à-dire de la manière la plus défavorable, au patronat.
C'est pourquoi ces organisations, quelles que soient les critiques qui leur sont faites, quels que soient les camarades qui s'en
égageraient, conservent la confiance des travailleurs.
Les. bureaucrates le savent qui assimilent la C.G.T. à Séguy, Krazucki, etc.
Rester hors de ces syndicats équivaudrait pour les militants révolutionnaires, en dehors des dangers immédiats de répression patronale, à s'isoler et se couper de l’action dans la classe ouvrière.
Il importe, au contraire, de se faire connaître comme les véritables dirigeants syndicaux, ceux qui sont capables de se faire les interprètes de la volonté des travailleurs, de s'opposer à toute attaque patronale, de prendre l'initiative de l'action; c'est ainsi qu'il sera possible aux révolutionnaires de commencer à faire évoluer le mouvement ouvrier.
A une étape ultérieure, il sera indispensable de proposer une autre orientation pour les syndicats. Le Congrès doit mandater le C.C. pour préparer dans les plus brefs délais un texte sur le s: pécalsme révolutionnaire, les rapports Parti-syndicats aujour-
"hui, etc.
Il est prévisible que la bureaucratie de la C.G.T. et à terme celle de la C.F.D.T. ne voyant plus seulement dans le « gauchisme » un vague danger que l'on combat (C.G.T.) ou que l'on essaie d'intégrer (C.F.D.T.) vont opposer une politique d'exculsions systématiques à la tentative d'implantation des militants révolutionnaires.
Dans la C.G.T. un durcissement très net a déjà commencé. C'est pourquoi il est nécessaire de préserver pendant toute la période d'implantation les militants contre les dangers d'exclusion.
Ceci implique qu'ils n'apparaissent que graduellement comme militants gauchistes ; au cas où, malgré tout, de telles exclusions auraient lieu, l'adhésion à la C.F.D.T. doit être envisagée (sauf dans le cas où il s'agit délibérément d'un syndicat jaune).
Il est prévisible par ailleurs que les syndicats à la tête desquels se trouvent des militants révolutionnaires, comme cela a déjà été le cas, seront dissous.
Dans ces cas particuliers, si des camarades sont véritablement reconnus par les travailleurs, si la scission est comprise par ceuxci, et seulement dans ces cas, il est nécessaire de regrouper les exclus et d'appeler à constituer un syndicat révolutionnaire se battant pour sa réintégration à l'intérieur de la C.G.T.
Dans quels syndicats militer ?
Il n'est plus possible d'affirmer aujourd'hui que la C.GT. constitue dans tous les cas le syndicat de classe, la C.F.D.T. regroupant les moins avancés.
Ceci reste encore vrai dans la majorité des cas, mais dans certains secteurs où la C.G.T. est extrêmement faible et bureaucratisée (secteurs de pointe), la C.F.D.T. apparaît comme le syndicat le plus combatif et a opéré depuis mai un recrutement « gauchiste » (cf. le récent congrès confédéral jeune C.F.D.T.).
On peut donc maintenir comme règle générale l'intervention dans la C.G.T.; le travail dans la C.F.D.T. doit être décidé après ao avec les directions du secteur ou de région sous le contrôle
u C.C.
Du fait de la faiblesse de l'appareil C.F.D.T., les courants très divers qui s'opposent dans cette centrale, il est possible d'engager de manière coordonnée un débat et de discuter sérieusement de son orientation ; le C.C. est chargé d'élaborer un texte à cet effet et de coordonner l'intervention.
Le travail syndical ne peut remplacer l'agitation politique Le travail syndical, surtout au niveau embryonnaire où il en
est, ne peut en aucun Cas se suffir à lui-même, il doit toujours être combiné à un travail d'agitation politique. Dis,
a
À propos du travail ouvrier B.D.R. n° 27 (quater)
L'organisation comme fer de lance et armée dirigeante du prolétariat
L'issue que nous avons été contraints de donner à Paris à la manifestation du 11 mars (dispersion de milliers de travailleurs ar absence de perspectives et d'objectifs immédiats à donner à manifestation) à mis en évidence les carences de notre organisation actuelle et la nécessité de construire une Ligue qui soit un fer de lance pour la classe ouvrière. Quelle que soit aujourd’hui l'audience que nous rencontrons dans la classe ouvrière, notre implantation organisée dans les entreprises ne pourra se développer que si nous sommes capables de prendre en pratique la direction des luttes, et, tout en clarifiant nos perspectives (ce qui implique à court terme l'élaboration d'une ébauche de programme de transition et de programme d’action), de montrer notre force combative et notre capacité à assumer un processus révolutionnaire jusqu'à son terme, à mener l'assaut contre la société capitaliste.
Centraliser et coordonner les activités à tous les échelons
Quelle que soit la faiblesse de notre implantation ouvrière, il faut aujourd’hui être capables à l'occasion de grèves et de luttes ouvrières de mener une propagande systématique, coordonnée et unifiée. Cette centralisation doit nous permettre de disposer d'une force de frappe organisée et cohérente, d'assumer au minimum les mots d'ordre que nous lançons, de mordre même partiellement sur les luttes, d'apparaître aux yeux de la classe ouvrière comme une force capable d'agir. C'est aussi le moyen de créer avec le P.C. un ppp de forces favorable lorsqu'en donnant un sens unifiant à des luttes partielles nous démasquons ses pratiques sectorielles et la parcellisation des luttes qu'il impose.
Aujourd’hui nous sommes confrontés, pour le «travail ouvrier » à la difficulté suivante : notre audience et notre influence dépassent largement nos capacités actuelles d'organisation. Nous disposons d’un courant de sympathie dans une partie de la classe ouvrière que nous n'arrivons pas à capitaliser' si nous nous
(1) « Par rapport à une iode on peut dresser les cadres programmatiques objectivement nécessairement, indépendamment de nos ca-
contentons d'interventions ponctuelles et isolées. Nous assistons à l'heure actuelle au déclenchement d'une série de grèves sectorielles dures, sabotées par les organisations syndicales qui les confinent dans leur isolement (Renault-Le Mans, Sochaux, S.N. CF. Paris-Austerlitz, Caillol, etc.). I1 faut tenter à chaque occasion de briser cet isolement, dans la mesure de nos possibilités, ce qui ne peut se faire pour nous que par l'intermédiaire de l'organisation, en mobilisant ses différents échelons, aussi bien en province qu'à Paris.
La manière dont nous sommes intervenus sur l'ensemble de la Régie Renault à l'occasion de la grève du Mans représente à cet égard un saut qualitatif de l'organisation qui s’est montrée capable d'intervenir en vingt-quatre heures simultanément sur Flins, Le Mans, Cléon, Sandouville et Billancourt, avec des mots d'ordre communs et en mobilisant les instances organisationnelles concernées : cercles, directions de villes et de secteurs. Ce qui, par contre, n'a pas été réalisé — en partie, mais en partie seulement à cause de la préparation du Congrès — avec la grève de la S.N.C-F. alors qu'il était possible de mobiliser plusieurs villes de province et le secteur parisien concerné.
Îl s'agissait là d'une tentative pour concentrer des luttes éco-
nomiques isolées en les transformant en une lutte unique concernant l'ensemble de la Régie et visant à désectorialiser les actions. Pour la première fois nous avons essayé de généraliser, d'élar- Fe d'intensifier ces luttes en ayant conscience que « la tâche de ‘organisation consiste à faire ressortir partout ce qu'il y a de commun entre tout et ces différentes luttes pour pouvoir arriver en cas de besoin à une lutte générale par des moyens politiques » (quatrième Congrès I.C. p. 117).
Cette capacité à faire converger des luttes partielles en une lutte unique est liée à une politique d'implantation ouvrière : il faut freiner la dispersion actuelle de nos interventions et, en analysant les caractéristiques des différentes entreprises, opérer une sélection en ayant pour but de créer des bastions dans des entreprises-clés, « de faire de chaque usine une forteresse », susceptibles à un moment donné de prendre en charge et de mener des luttes exemplaires pour le reste de la classe ouvrière et pouvant permettre leur généralisation. Ceci implique qu'on mette un terme aux pratiques dispersées qui règnent à l'heure actuelle dans l'organisation et qui visent à étendre le réseau de notre implantation partout à la fois, aboutissant de fait à une déperdition d'énergie et à une inefficacité souvent aberrantes.
LE ROLE DES DIFFERENTES INSTANCES DE L'ORGANISATION
a) Les Cercles actuels et la propagande «tous azimuts »
Cette non-rentabilité est particulièrement frappante à Paris
pacités subjectives à les remplir. Mais on ne traduit ce cadre program- Matique en termes de mots d'ordre de lutte que si on peut les assurer grâce à une implantation et une insertion politiques réelles, grâce à un rapport de force face à la bourgeoisie et au P.C.F. qui ne soit pas la simple addition de groupes locaux, mais d'une organisation se situant nationalement. » (BDR n° 22, p. 5.)
dans les cercles de quartiers : de par leur composition hétérogène (étudiants, enseignants, lycéens, travailleurs isolés) et l'absence d'orientation précise de travail en direction d'un objectif déterminé, assigné par les directions de secteurs et de villes, ils multiplient les interventions (ventes de journal, distribution de tracts, etc.) dans tous les sens ; ce style de propagande « tous azimuts » aboutit de fait à des résultats faibles ; pas ou peu d'intervention régulière, systématique et pensée en direction des entreprises, des CET. ou du quartier lui-même qui peut représenter une entité à condition de réfléchir sur les possibilités d'intervention sur des questions telles que le logement, les loisirs ou les sports (voir à ce sujet l'expérience de Nanterre), l'équipement, etc. (possibilité plus grande d’ailleurs en banlieue qu'à Paris même). Alors qu'on pourrait concevoir des ventes régulières du journal sur les HL.M. ouvriers par exemple, comme support de l'intervention directe sur une entreprise, ce travail qui permet pourtant une capitalisation plus grande que la vente'publique de rue, n'est pas réalisé. Pas plus qu'on ne réfléchit à partir des expériences telles que celles de Clermont, où a été créée une permanence juridique assurée par des étudiants, où les travailleurs peuvent venir pour discuter de ces problèmes.
Sans proposer encore de formes définitives de structuration des cellules de base dont il faudra discuter, il faut s'orienter d'ores et déjà vers la création de cellules qui même si elles ne sont pas composées dans un premier temps de travailleurs, doivent être orientées vers un travail prioritaire en direction d'une entreprise et assurer la rédaction d'un tract, son ronéotypage, sa distribution, etc.
Dans le meilleur des cas, l'intégration ouvriers-étudiants se fait autour d'un lieu de travail commun comme c'est le cas dans le secteur santé avec les hôpitaux.
Mais même lorsque les travailleurs et les étudiants de la cellule ne sont pas dans des conditions semblables, la cellule peut, grâce à la présence d'étudiants, assurer le travail d'agitation extérieur à l'entreprise que ne peuvent faire les travailleurs de l'intérieur. Le but est de créer, partout où nous avons ne serait-ce qu’un travailleur dans une entreprise, une cellule dont l’activité est centrée, avec son aide sur cette entreprise (exemple du cercle intervenant à Paris sur Billancourt).
b) Donner un statut aux directions de secteurs, de villes, de régions
Dans la période qui a précédé la Ligue, nous avons eu les difficultés les plus grandes à construire des structures de direction intermédiaires, ce qui explique en grande partie le caractère encore fédéraliste et non centralisé de l'organisation. Dans la mesure où nous n'étions qu’une organisation essentiellement étudiante, implantée dans quelques villes, ce type de fonctionnement — un B.N. couvrant à la fois ces tâches parisiennes et nationales d'une part et d'autre part des cercles de ville — était possible. Aujourd'hui, compte tenu de la multiplication des villes qui par ailleurs sont entourées de nébuleuses éparses, et du nombre des cercles sur Paris, la direction nationale doit s'appuyer sur des instances intermédiaires, structurées et responsables; de plus, le travail ouvrier concerne toute l’organisation et il est le pivot
indispensable à sa construction et suppose une centralisation étroite entre la province et Paris, cela signifie qu'il est nris en charge par les directions régulières de l'organisation et non par des appendices de ces directions.
Ces directions intermédiaires ont pour tâche de recenser, de sélectionner, de déterminer les axes d'intervention prioritaires. En ce qui concerne le «travail ouvrier », cela suppose d'opérer des choïx en fonction des possibilités de coordination, de recoupement à l'échelle nationale, de la place qu'occupe dans le pers telle ou telle branche d'industrie : exemple, l'aéronautique (Sud- Aviation, Nord-Aviation, Snecma), les P.T.T., les banques, assurances, les hôpitaux, Renault, etc.
C'est à ces mêmes directions qu'il appartient de déterminer et de diriger en fonction des conditions locales et dans le cadre des orientations globales définies ci-dessus, les conditions du travail syndical, les choix à opérer entre C.G.T. et C.FD.T., les responsabilités assumées par les militants, qui sont soumises au contrôle de l'ensemble de l'organisation.
De la même façon, le développement des bulletins, des feuilles de boîte, des journaux de type Taupe Rouge qui tendent à se généraliser souvent sur une base régionale ou par groupe d’entreprises, avec la participation active de sympathisants Rouge, supposent un contrôle politique, concernant tant l'orientation que le cadre dans lequel elles s'inscrivent.
Enfin, c'est également en fonction des conditions régionales et locales que doivent être adaptées les perspectives données nationalement concernant les rapports entre secteur lycéen, étudiant, CET. (voir les thèses sur la dialectique des secteurs d’intervention).
Tout ceci revient à dire qu'il faut désormais constituer et mettre sur pied des directions intermédiaires qui soient des directions politiques et non simplement des instances de coordination, de sorte que s'effectue au sein des instances régulières de l'organisation la synthèse politique des différentes interventions.
Pour Paris, compte tenu de l'importance de la ville, ce rôle de direction politique incombe à la direction parisienne à laquelle doivent être subordonnées les différentes directions de secteurs. C'est l'existence d'une telle direction qui doit permettre de diriger l’ensemble des activités sur les entreprises et de mobiliser, lors de grèves comme à Renault qui ont d'emblée un impact considérable sur les autres entreprises, l'ensemble des militants parisiens.
Pour la province, où les villes essaiment, apparaissent des entités régionales de fait (exemple de Aix, Marseille, La Ciotat, Aubagne) où l'intervention de l'organisation tend à avoir autant
our les bulletins que pour le travail syndical une dimension poitique unifiée face au P.C.F. Les directions régionales qui en pratique n'existent pas aujourd'hui doivent se constituer en tant que direction politique étroitement liée au Comité central. Elles ne sauraient donc être de simples instances de coordination et n'impliquent pas nécessairement que chaque ville de la région y soit représentée : les membres de la direction régionale doivent être choisis en fonction de critères politiques, en favorisant l’émergence de cadres ouvriers. Cette direction régionale ne saurait être non plus une direction composée de « personnalités » et de potiches locales parachutées parce qu'étant plus disponibles sous peine de stériliser immédiatement ses fonctions.
LES COMMISSIONS OUVRIERES, LES COMMISSIONS SYN- DICALES ET LA FORMATION OUVRIERE
La non-préparation de l'organisation face au type d'intervention politique qu'elle doit avoir aujourd’hui, sa composition essentiellement étudiante ont conduit à Paris à la mise en place de Commissions ouvrières par secteurs, composées de militants (travailleurs et étudiants) délégués par leurs cercles, effectuant un travail en direction des entreprises. Ces Commissions ouvrières, dont l'existence est transitoire, répondaient aux nécessités suivantes : 1) Assurer un minimum de liaison entre le travail ouvrier effectué par les différents cercles et suppléer en cela aux carences des directions régulières de secteur. Ft Donner un minimum d'éducation aux militants étudiants travaillant en direction des entreprises, résoudre les difficultés du travail initial. 3) Alléger la Commission syndicale parisienne pour qu'il n'y ait pas plé-
thore étudiante et étouffement des militants ouvriers.
Deux Commissions ouvrières ont été créées : une dans l'Ouest, une dans le Sud.
À terme, ces Commissions doivent disparaître dans la mesure où elles sont une structure « bouche-trou », comblant les insuffisances des bureaux de secteurs ; elles font partie de ces appendices, de ces greffes artificielles qui ont tendance à fleurir, reflet de l'impuissance des directions régulières. Provisoirement, tant que ces directions ne jouent pas leur rôle, elles sont un palliatif, mais elles ne peuvent en aucun cas être autre chose qu'une coordination.
Il en va autrement de la Commission syndicale parisienne qui regroupe des militants ouvriers syndiqués, plus quelques étudiants nommés et qui doit permettre — tant que les travailleurs sont peu nombreux dans l'organisation — de résoudre des problèmes spécifiques au travail dans les syndicats. Elle peut également assurer un début de formation, aider à la rédaction du journal et des tracts, travailler en liaison avec la Commission économique sur la conjoncture sociale et l'évolution salariale, la productivité, l'emploi, etc. De surcroît, elle sauvegarde les militants ouvriers en leur permettant de discuter des difficultés auxquelles ils se heurtent, de les résoudre avec des camarades plus expérimentés, ce que souvent ils ne peuvent faire dans leurs cercles. La Commission n'est pas une direction politique et reste subordonnée à la direction parisienne.
La formation des militants ouvriers suppose aussi la tenue de stages syndicaux et ouvriers à l'échelle régionale ou nationale, y compris des écoles ouvrières (cf. l'exemple de Rouen) et la publication de brochures telles que celles sur le chômage, l'inflation (en préparation). Cette formation (qui doit faire partie d'une politique d'ensemble de formation : voir le texte «de quelle organisation avons-nous besoin ») est une condition nécessaire à l'émergence de cadres ouvriers qui doivent peu à peu être représentés dans les tendances dirigeantes de l'organisation, en évitant cependant le parachutage hâtif de militants et en veillant à ce AUS ne soient pas progressivement désinsérés de leur lieu de travail.
LE BOND EN AVANT NECESSAIRE
En l'état actuel de l'organisation, la direction politique de l'ensemble du travail implique une centralisation beaucoup plus poussée qu'auparavant et impose de donner une importance accrue à la direction nationale, à qui il revient de prendre les initiatives mobilisant l'ensemble de l'organisation lors de journées telles que le 12 février ou le 11 mars, ou de grèves telles que Renault ou la S.N.C.F. qui impliquent la mobilisation d'une partie de la province, la préparation de tracts nationaux, de circulaires régulières, etc.
Ce qui veut dire qu'il faut définir des responsabilités ; pour le «travail ouvrier», il est déterminant d'exercer un contrôle strict sur l'application des décisions prises et rompre avec l'irresponsabilité actuelle qui s'exerce à tous les ÉCHAGES, où personne ne s’aventure à demander des comptes, à faire un contrôle des tâches, parce qu'on n'enregistre pas les décisions prises, parce qu'on ne sait pas qui est chargé de les mettre en pratique et à quel niveau et qui il faut sanctionner. On suppose que la magie du verbe suffira à résoudre les problèmes et que parler, c'est agir, sans se préoccuper un seul instant de mettre en pratique les analyses faites.
« Pour que le centre puisse non seulement conseiller, convaincre, discuter (comme cela se faisait jusqu'à présent), mais effectivement diriger l'orchestre, il est nécessaire que l'on sache exactement qui conduit les violons, à quel endroit, qui a appris et apprend chacun des instruments, où et comment il le fait, qui (lorsque la musique commence à détonner) est responsable des canards et qui il faut déplacer, etc. pour corriger des dissonnances. » (Lénine, tome 6, p. 252.)
Pour élaborer aujourd’hui un programme d'action et un programme de transition (dont une ébauche devra être rédigée rapidement et mise en circulation dans toute l'organisation afin qu’elle soit amendée et enrichie), il faut développer et systématiser notre implantation ; ceci est possible sur la base des acquis théoriques qui sont les nôtres, à condition de changer qualitativement les mœurs actuelles de l'organisation : irrégularité, manque de ri-
eur, inefficacité des bonnes volontés militantes recrutées au sard, etc.
C'est en fonction de ce saut qualitatif qu'il faut effectuer, que l'on doit concevoir le futur système d'organisation fondé sur une centralisation poussée.
Clelia. Mars 1969.
5. Habel
IL CONTRIBUTIONS ANNEXES
Ces trois textes ne s'appliquent pas, à proprement parler, à la discussion sur la dialectique des secteurs d'intervention.
Mais leur portée générale nous les fait publier en annexe au débat.
Texte de la tendance majoritaire B.D.R. n° 19
Nous publions ici un texte présenté par les camarades de Saint-Cloud-Suresnes à l'AG. Ouest préparatoire au Comité de Lecteurs, le 26 janvier. Ce texte est à bien des égards dépassé, mais peut-être a-t-il au moins le mérite de donner une image de la façon dont le débat était à cette époque formulé à la base, à Paris. Ce texte eut un premier prolongement dans la publication du B.DR. n° 15 (Abrahamovici et Stein)’. D'autres textes suivront, reflétant l'évolution du débat... à la base.
SUR LE B.DR. N° 4
Le cercle Saint-Cloud avait, à l'origine, l'intention de présenter un texte intégralement de son cru. La parution du Bulletin n° 4 nous à incités à une autre attitude. Ce texte nous semble en effet — et ce pour la première fois dans le débat — poser les problèmes essentiels à leur niveau de résolution : au niveau politique, c'est-à-dire dans le cadre dynamique d'une stratégie d'ensemble, stratégie que par ailleurs nous considérons comme satisfaisante. Dès lors, la présentation en vue du C.L. d'un texte intégralement neuf ne nous semblait plus s'imposer.
ous tenons toutefois à formuler un certain nombre de critiques d'ordres divers, portant sur des points que le texte, étant donné sa nature et sa fonction, ne pouvait aborder ; mais aussi sur le texte lui-même. Nous estimons, d'autre part, que ce texte doit parfois être développé et explicité.
Les principales critiques externes au texte, et qu'il peut contribuer à rendre sans objet à l'avenir dans la mesure où il permettra l’éclaircissement du débat, ont trait à la façon maladroite et tardive dont on a posé les problèmes, ce en quoi le Secrétariat de Rédaction a quelques responsabilités, même si l'on tient compte des circonstances objectives difficiles. Maladroïts par exemple les premiers articles sur «De quelle organisation avons-nous besoin ?», par leur formulation dogmatique, ainsi que les « plans » du B.I. n° 2, véritables fourre-tout potentiels, absolument inadaptés au lancement du débat. Tardif. le débat sur l’Internationale et notre éventuelle affiliation, qui s'avère pourtant une des lignes de force essentielle dans la dynamique de développement de notre courant. Ces deux facteurs ont souvent eu pour conséquence la polarisation du militant de base, mal informé de surcroît, sur des positions passionnelles (ou pires). Cela peut avoir des conséquences graves : toute carence, tout incident (certains étant par eux-
1. Cf. le cahier rouge : Théorie et système d'organisation.
mêmes extrêmement regrettables, voire inadmissibles), tout bruit de chiotte donnent lieu à des réactions épidermiques, et à des blocages entravant tout débat réel, la critique de la liquidation étant à la limite taxée de liquidation de la critique, et gênant, à terme, l’activité militante. En d'autres termes : plus ça va, plus le débat se vérole ou s'étouffe. Cela a déjà eu des conséquences négatives déplorables, dans la mesure où a été retardée de ce fait l'homogénéisation de l'organisation, et notamment la solution de la «question des générations » et d'une éventuelle « promotion Lénine ». On peut distinguer grossièrement trois générations dans notre courant :
— La « fraction » de l'U.E.C. et avant, plus un certain nombre « d'anciens » amalgamés par la suite venant parfois d'horizons divers, mais syant pour l'essentiel une expérience et des thèmes de référence théoriques communs.
— «Ceux d'avant mai», organisationnellement intégrés sans être politiquement homogènes.
— Les militants récents. Cette dernière catégorie est à tous égards la plus hétérogène, et se caractérise par sa faible formation théorique et pratique. (Il ne faudrait certes pas sous-estimer cette faiblesse. I1 ne faut surtout pas la surestimer, comme pourrait inciter à le faire l'expression « promotion Lénine » employée sans tenir compte des limites de toute métaphore historique, des connotations affectives, et sans références à notre contexte : avonsnous un Staline, avons-nous même une Géorgie potentielle ? Et nous n'avons pas fait la Révolution...). Cette couche de militants a ceci de positif qu'elle pose aux « anciens » les problèmes pratiques d'intervention sous un jour nouveau, alors que les «anciens » pouvaient avoir parfois tendance à se borner au ronronnement immuable des « a priori » confortables. Ces militants peuvent, de ce fait, contribuer largement à la réorientation et au dépassement de notre intervention antérieure. Mais ils sont, d'autre part, rarement en état de se déterminer politiquement dans un débat de tendance (qui, rappelons-le, était pour Lénine la forme la plus haute de la lutte politique), et peuvent ainsi, à terme, fournir la base d'un courant «suiviste» avec tous les risques que cela comporte, ou sombrer dans des formes variées d'éclectisme et/ou d'opportunisme. De ce point de vue, leur participation à un réel débat politique de fond, abordant les questions de principe par le biais de la stratégie et des problèmes pratiques de l'élaboration programmatique, constituait pour eux (et pour les autres accessoirement) la meilleure occasion de formation marxiste révolutionnaire et, pour le «courant », une possibilité fort opportune d'homogénéisation, corollaire à la clarification des tendances. Il est urgent de situer correctement le débat; les camarades doivent présenter des textes clairs, éliminer les références plus ou moins implicites à des événements peu ou mal connus, voire ésotériques, ainsi que les sous-entendus et les «a priori» non éclaircis. C'est seulement ainsi que l'on peut éviter les cristallisations et les amalgames (pas forcément délibérés). De ce point de vue, les contributions de Rivière et Creach, par leurs lacunes et leur manque de logique interne (au moins explicite) ne facilitent pas le débat.
Les critiques internes que nous adressons au texte n° 4 ont trait à sa dernière partie (B : Comment la Ligue). I] nous semble peu justifié de dire que l'actuel « courant » soit « la fusion de tait » des cercles Rouges et de la IV° Internationale « par accord programmatique et pratique intégral », dans la mesure au moins où Rouge n'a jamais eu de « programme », et où surtout sa plateforme était bien plus réduite au niveau des analyses de détail (elle n'a par exemple jamais produit d'analyse de fond sur la Yougoslavie, ni même à vrai dire sur la Chine). Il faudrait, dans la même optique, développer ce que l'on entend par « expérience commune », si toutefois la question se posait à ce niveau. Or, et c’est là que se si tue la principale critique, le problème n'est pas du tout au niveau des divergences ou convergences sur des détails programmatiques, pratiques, ou expérimentaux (les lignes de clivage éventuelles n'étant pas analogues, d’ailleurs, aux anciennes délimitations organisationnelles), mais au niveau des principes fondamentaux du marxisme révolutionnaire (théorie léniniste de l'organisation, théorie de la Révolution permanente, analyse des bureaucraties ouvrières.) et des éléments de stratégie qu'ils impliquent, niveau auquel se place, d’ailleurs, le reste du texte. Si nous nous prononçons pour un Congrès, ce n'est pas seulement par souci de légalisme organisationnel, mais c'est en fonction de la nécessité de réaffirmation de ces principes et de la préparation de leur sanction organisationnelle, sans préjuger les divergences d'analyse pouvant par ailleurs exister, et étant bien entendu que toute information doit être donnée par les membres de la Quatrième à ceux de Rouge, dans toutes les instances légales du courant, sur les « détails» présents et passés, qu'il ne saurait être question de passer sous silence, mais qui, répétons-le, sont, à l'étape actuelle, secondaires.
Compte tenu de ces réserves, ce texte nous paraît satisfaisant, certains points nous semblant cependant nécessiter d'être explicités, ainsi que les raisons de notre soutien.
Il aurait fallu insister sur la nature de notre courant et les facteurs qui nous ont permis de «bien» passer l'épreuve révolutionnaire. Dans « Mai 1968 : Répétition générale », déjà, il n'était pas satisfaisant de dissocier absolument les critères de détermination du caractère opportuniste et petit-bourgeoïis d'une organisation. Peut-on vraiment admettre que l’opportunisme organisationnel immanent n'ait pas impliqué la moindre conséquence sur l'idéologie ayant cours dans l'organisation, ni surtout sur sa pratique politique, conséquence qui peut seule expliquer la dégénérescence politique effarante de certains camarades sous la pression du milieu étudiant ? Il serait dangereux de séparer des éléments liés organiquement dans la totalité concrète, d'accorder une réalité pratique à des traits formels. Mais il serait tout aussi dangereux de figer l'organisation sous une fatalité petite-bourgeoise aussi temporelle que sociologique. Si un camarade pouvait dire à juste titre, en mai 1967, en parlant de Nanterre : « Nous n'avons su que suivre le mouvement « spontanément » déclenché par des éléments anarchisants, inorganisés et irresponsables », il nous semble qu’il n’en allait plus précisément de même un an plus tard. Dès mai 68, par la perte dans la nature des éléments les moins conscients et les moins militants, a été amorcée la transformation qualitative qui doit se poursuivre dans et après l'édification de la Ligue. Dans cette dynamique, une stricte délimitation principielle, organisationnellement sanctionnée par la Ligue, nous
semble être le préalable indispensable au « saut qualitatif », délimitation essentiellement par rapport aux courants spontanéistes et éclectiques propagés dans l'ensemble du mouvement de masse. La réaffirmation des principes léninistes d'organisation est particulièrement nécessaire devant le foisonnement des analyses spontanéistes qui opposent de façon mécaniste le mouvement de masse à la secte stérile que représenterait (certains disent «aujourd'hui ») l'organisation léniniste. Opposition dénuée de toute pertinence d'un point de vue marxiste, ne serait-ce que parce que, par évanouissement de la dialectique, le rôle spécifique et l'autonomie relative du politique sont absolument ignorés. (Notons au passage que la principale faille des positions de Rivière et Creach nous semble résider dans une identique évacuation du politique. Nous y reviendrons:.)
La pseudo-nouveauté théorique de «l'avant-garde de masse », opposée à une très métaphysique essence léniniste et maléfique, ou trotskyste, de « conservatisme d'organisation », désespérément sectaire, ne fait que reprendre une vieillerie paléo-trotskyste à juste titre oubliée : les thèses sociologisantes de « Nos tâches politiques ».
De même, l'opposition abstraite et prémarxiste des catégories « autoritaire », « anti-autoritaire », qui fonde implicitement l'idéolo-
is de la coordination privilégiée au détriment de l'organisation centralisée, renvoie au-delà des résonances moralisatrices à la même typologie métaphysique. Noir et blanc, voilà toute la palette de la petite bourgeoisie daltonienne et brouillonne. Toutes ces théori- Sations hâtives renvoient par ailleurs, implicitement ou explicitement, à l'idée que l'organisation a seulement un rôle de médiation entre la conscience de classe et la pratique de classe. À su] poser que tel soit le cas, elles seraient pourtant erronées, dans la mesure où ce passage de la conscience à l'action suppose plus qu'une simple coordination : précisément une visée stratégique et les moyens de sa réalisation, de son monnayage tactique. Et pour aller au fond des choses, l'organisation d'avant-garde intervient dans la constitution de la conscience du prolétariat, Si l'on ne comprend pas le rôle du Parti dans la constitution ef le maintien de la conscience de classe, on a beau jeu de se gausser de «l'idéalisme» trotskyste dans ses manifestations multiformes (que par ailleurs on atomise en les séparant de leur contexte historique), telles que la « surestimation du programme » ou le « parachutage» de la IV*, ou d’une avant-garde dite « auto-proclamée », qui a quand même fait ses preuves pratiques en mai. Et dès avant mai, la mobilisation qui a permis mai n'était pas compréhensible sans référence à la façon somme toute satisfaisante dont notre courant a «traversé le désert », si relative qu'en ait été l'aridité. On peut se demander si ceux qui opposent à «l'autoproclamation» de l'avant-garde, «l'auto-éducation» et «l'autodéveloppement » du «mouvement révolutionnaire», pas tellement évidents, font preuve d’idéalisme ou de démagogie ou les deux. Quand la brochure des C.A. sur «Le putsch monétaire » qui donnait dans cette idéologie’, fait état des « idées révolution-
2. Cf. Aussi le texte d'Abrahamovici et Stein, B.I, n° 15.
3. Cette idéologie s'exprime de RQ plus limpide encore — ou plus déliquescente — dans la deuxième brochure des C.A. : Après Mai 68, les plans de la bourgeoisie et le mouvement révolutionnaire, parue ultérieurement.
naires » qui imprégneraient les masses, on peut penser qu'il s'agit d'une simple incertitude de vocabulaire. Mais quand le caractère révolutionnaire du mouvement est défini par l’anticapitalisme plus la violence, il s'avère qu'il y a là une divergence de fond avec le courant marxiste révolutionnaire dont nous nous réclamons : à la limite, une telle définition pourrait convenir à un mouvement fasciste, à moins que l'on ne précise qu'il s'agit d'un anti-capitalisme conséquent, ce qui poserait la question à un tout autre niveau. Le caractère révolutionnaire d'un mouvement suppose — c'est là tout le problème du passage (ou, comme dit l’autre, du saut qualitatif) de la révolte à la révolution — la détermination d'une stratégie, c'est-à-dire des fondements théoriques mis en pratique par une médiation organisationnelle appropriée. Pas plus que les concepts, il n'est évident que la stratégie réponde à la convocation quand les intellectuels coordinateurs de l'avant-garde de masse auront besoin d’elle. La diffusion de l'idéologie qui s'exprime ici ne fait que souligner l'urgence de la reprise en charge de la théorie marxiste révolutionnaire, et la nécessité d'une prise en charge organisationnelle est accrue par un autre facteur : l'état des organisations dites staliniennes. On peut estimer que les organisations du type stalinien traditionnel maintenaient, si oblitérée et dévoyée que ce soit, la conscience de classe du prolétariat. On peut se demander si la social-démocratisation de ces organisations, accélérée par l'effondrement des formations socialdémocrates classiques, créant une place vide à la droite du PC. leur permettra longtemps de tenir ce rôle.
Comment concevoir, de ce point de vue, notre intervention, en tant qu'organisation, en direction des éléments d'avant-garde de ne classe ? Il s'agit de leur offrir des perspectives de luttes poitiques :
— Perspectives de luttes contre la démoralisation, par le maintien du niveau de combativité, sinon de la classe; du moins de larges secteurs. Cela suppose entre autres l'initiative politique autonome du mouvement étudiant, dont n'est pas capable, comme l'a montré une fois de plus l'Assemblée générale des Comités d'Action Etudiants‘, le mouvement en tant que tel, tant qu'il n'est pas travaillé par une organisation capable de proposer de telles initiatives, d'en impulser la réalisation, voire de la prendre en charge.
— Perspectives politiques et stratégiques, mais aussi organisationnelles, les éléments d'avant-garde ouvrière ayant tout autant que la nature et la politique horreur du vide. L'urgence de la création d’un tel pôle attractif est régulièrement soulignée par les éléments oppositionnels que nous rencontrons, et semble devoir accélérer la crise latente du P.C. en évitant par ailleurs le phénomène jusqu'ici traditionnel d'écœurement et d'inactivité de l'oppositionnel en rupture d'organisation.
. Une telle action ne peut être l'œuvre ni d'un mouvement indifférencié, conglomérat vague de masses sans théorie, de dirigeants sans base et de théories sans pratique, ni de spécialistes
.4. Il s'agit du premier stage des C.A... depuis, le deuxième stage n'a fait évidemment que nous renforcer dans cette conviction en février 69.
« formés au travail ouvrier », mais du courant que nous sommes, dans son ensemble, défini politiquement comme marxiste-révolutionnaire, et non sociologiquement comme petit-bourgeois. Nous renvoyons sur ce point aux analyses jusqu'ici inégalées que Gramsci fait du Parti comme «prince moderne » et «intellectuel collectif », qui s'édifie au fur et à mesure que tous ses membres, quelle que soit leur origine de classe, deviennent des intellectuels du type nouveau. Une telle évolution suppose pour nous l'orientation globale de l'organisation selon un axe ouvrier déterminant l'ensemble de la stratégie et modifiant, au cours d'une mutation dont la Ligue est une étape, la nature de notre courant par des moyens politiques et organisationnels fondés sur la théorie dont il est le porteur.
C'est donc en dernière analyse la théorie qui est, à l'étape actuelle, l'instance déterminante pour le développement de notre courant et, par suite, de l'ensemble du mouvement, étant bien entendu que l'affirmation des principes est inséparable de sa sanction organisationnelle. Ce qui fait la supériorité de Lénine sur le jeune Trotsky et Rosa, c'est qu’il rompt non seulement théoriquement, mais organisationnellement avec l'opportunisme : en d'autres termes, qu'il se donne les moyens de sa politique.
Une telle délimitation n’a rien de sectaire dans la mesure où elle apparaît comme indispensable au développement du mouvement de masse. Par ailleurs, nous nous opposons à tout sectarisme ; par exemple à l'égard des C.A. : il est pour nous évident qu'il faut continuer à travailler dans les C.A. effectivement milifants, que nous n'avons pas à porter à bout de bras, sans essayer notamment d'y faire passer l'intégralité de notre ligne.
Nous connaissons des conditions qui permettent la réactivation des principes du marxisme révolutionnaire, qui définissent politiquement notre courant, par dépassement de notre actuelle situation. Mais la régression risquerait de remplacer le dépassement si :
1. On négligeait de dégager toutes les implications, notamment organisationnelles, du fait que la IV* Internationale, en dépit des oblitérations, des lacunes, ou des éventuelles régressions, que l'on doit rattacher aux failles de la pratique, à l'isolement, et, en dernière analyse, au stalinisme, a conservé les principes dont nous nous réclamons, et les a conservés de façon militante dans la mesure de ses faibles forces.
2. Si on oubliait qu'un dépassement dialectiquement conçu suppose la conservation des acquis. En d'autres termes, qu'il s'agit de dépasser le courant tel qu’il est, et pas de faire n'importe quoi ou quelque chose de tout à fait différent avec des morceaux «formés pour » de ce que l'on a, croit avoir ou voudrait avoir.
3. Si on en venait, pour reprendre une expression de Trotskv, à « couvrir du drapeau de la gauche communiste cette espèce de confusion idéologique qui ne demeurait souvent dans l'opposition au communisme officiel que parce qu’au fond elle lui était encore inférieure ».
Niemetz-Abrahamovici-Jederman.
Texte de la tendance majoritaire Quelques points d'histoire a propos du débat actuel
B.D.R, n° 21
NOTA : Prière d'excuser la rédaction du texte, qui a été écrit très vite, dans des conditions déplorables indépendamment de l'évolution présente du débat.
Le débat qui s'est ouvert dans notre courant est d'une extrême importance pour trois raisons essentielles. D'abord parce qu'il se situe après la première grande expérience révolutionnaire d’un pays capitaliste avancé, ce qui devrait permettre une discussion très riche dépassant le cadre des généralités. Ensuite parce qu'il se déroule dans une période de remontée des luttes où l'actualité de la révolution n'est plus une perspective lointaine mais devient une réalité concrète, ce qui implique une responsabilité de nos prises de position sans commune mesure avec le passé. Enfin parce que nous sommes à la veille de la construction d'une organisation, c'est-à-dire d'un outil dont l'efficacité peut être grande, mais dont les défauts de naissance peuvent être tragiques pour les années à venir si nous n'y prenons pas garde.
Avant de rentrer dans le fond des problèmes, je crois qu'il est utile de situer le contexte de ce débat pour en voir les implications. Chacun sait que les militants révolutionnaires, à la différence des militants des sectes ne sont pas imperméables aux différentes pressions de la conjoncture politique, ce qui explique la nature des préoccupations que nous avions avant mai, en mai et maintenant. La période actuelle se caractérise dans l’avantgarde par une volonté de faire un bilan politique des « événements» et par une recherche passionnée se donner tous les moyens pour ne plus «louper le coche » une seconde fois. D'autres textes ont montré que si nous nous trouvions désormais dans un rapport de forces beaucoup plus favorable à la bourgeoisie, nous n'étions pas cependant dans une situation de reflux ou d'écrasement analogue à celle consécutive à presque toutes les montées révolutionnaires. La bourgeoisie, de plus en plus inquiète des échecs et des dangers de la forme bonapartiste de l'Etat, s'efforce de trouver une nouvelle formule pour être prête au nouvel affrontement que beaucoup pressentent. La classe ouvrière connaît encore un haut degré de combativité, mais s’il est vrai que rien ne sera plus comme avant Mai, sa partie Ja plus consciente et le mouvement étudiant se rendent compte que ça ne devra plus
être comme en mai. C’est fondamentalement cette absence de nouvelle perspective qui paralyse aujourd’hui le mouvement ouvrier et qui aboutit en milieu étudiant à un harcèlement qui témoigne d'une grande mobilisation, mais qui ne s'inscrit dans aucune stratégie politique et qui risque par conséquent de s'essouffler et d'isoler l'avant-garde. Dans une telle période l'avantgarde est soumise aux feux roulants de la bourgeoisie et des réformistes sur le thème «légalisons les acquis de mai» et d'un courant étudiant assez important de caractère spontanéiste. «Tous les partis ont échoué, ce sont les organisations quelles qu'elles soient qui paralysent l'action révolutionnaire. » En fait, ce qui domine la situation politique, c'est la contradiction suivante : les conditions objectives pour de nouvelles explosions révolutionnaires existent, des dizaines de milliers de militants le comprennent, mais malgré son grand développement, aucune avant-garde organisée n’a encore les possibilités politiques, programmatiques et organisationnelles pour donner une issue victorieuse aux prochaines luttes, et ceci non seulement à cause du poids du P.C. et de la C.G.T., mais aussi, ce qui est lié, et ce qui nous rend la tâche difficile à cause de toute l'éducation politique de la classe ouvrière dispensée depuis des années par le P.C. et qui pèse encore lourdement y compris chez les militants ouvriers les plus avancés. Il est clair que la vitesse avec laquelle l'avant-garde organisée s’est développée et le fait qu'elle est née à partir du milieu étudiant aboutit à un décalage entre ce qui est demandé à cette avant-garde et les réponses qu'elle est capable d'offrir. Ce qui s'exprime chez nous par un appel désespéré à la « ligue » ou inversement par la tendance à reporter sur «une maison mère » dont on n'a pas compris la fonction et qu'on aurait voulu voir donner cette ligne immédiate d'intervention dans tous les secteurs, c'est-à-dire la responsabilité de nos insuffisances, en dernier atout l'absence de la ligne ; nous y reviendrons.
Enfin, pour terminer ce tableau, il faut dire très franchement que pour les raisons précédentes notre courant doit absolument répondre à toutes les questions, mais il n'en a pas tous les moyens. Ici comme ailleurs la démagogie n'est pas acceptable. Il faut comprendre l'hétérogénéité extraordinaire de notre tendance désormais : des militants très «formés» mais qui n'ont pas fait leur preuve en mai, d’autres qui n'ont pas perdu les pédales, et un nombre considérable de militants qui ont fait leur preuve (et dans une telle période cela passe avant) mais qui n'ont aucune éducation politique. C’est un fait qui changera, mais c’est un fait. Or pour tous les militants révolutionnaires, y compris d'ailleurs pour ces camarades, la tactique et la stratégie ne peuvent s'élaborer à coups de sensations et avec empirisme. Cela si-
ifie très clairement que dans ce débat qui touche à des pro-
lèmes politiques des plus complexes, il n'y a pas et il n'y aura pas pendant toute une période d'élaboration vraiment démocratique et si nous devons tout faire pour y approcher, il ne faut cependant pas le cacher. En fonction de cela, les dirigeants qui mènent le débat de tendance se doivent de le faire avec une extrême responsabilité de façon à ce que la discussion soit un des moyens d'éducation de l'ensemble du courant. Sinon on aboutira très vite à un débat pour initiés avec la constitution de clientèles suivistes qui feraient passer leurs positions avant l'intérêt général de l'organisation. Il est des luttes de fractions dans
le mouvement ouvrier où la constitution même de la fraction signifie que les clivages sont tels que les courants en présence estiment que la scission est préférable pour le but révolutionnaire qu'on se fixe et bien sûr dans ce cas la lutte interne prend forcément une autre tournure. Nous avons agi ainsi à la fin de l'UE.C. d'autres ont pratiqué de la sorte avant nous. J'enfonce puise des portes ouvertes, car personne n’en est là, mais tout e monde doit être conscient de la dynamique des luttes de tendances, dans une organisation mal armée pour les mener.
Vu les conditions de notre courant, il importe que les responsables des différentes tendances fassent un effort pour susciter un véritable débat politique. Ce qui implique en premier lieu la nécessité de ne regrouper éventuellement des camarades que sur des positions politiques. Le danger inhérent à tout regroupense ne peut être contrebalancé que par la clarté, ce qui signi-
e qu'on ne crée pas de tendance sur des ‘points mineurs, des problèmes de méthodes ou des procès d'intention. Par contre, tout affrontement de ligne ne peut être qu'éducatif à condition de garder toujours à l'esprit qu'il s’agit d’un débat entre militants révolutionnaires et non pas entre adversaires de classe ou débiles mentaux.
Cette introduction me semble nécessaire vu la tournure de certains textes parus et l'absence totale de responsabilité de certains camarades qui en arrivent dans la passion du débat à laisser par exemple choir la vente du journal sous prétexte qu'il ne leur convient pas. Réaction certes la plus extrême et la plus inacceptable, mais qui montre que là l'intérêt de l’organisation est devenu secondaire.
Dans ce premier texte, je voudrais intervenir sur le débat général à partir du document qui me semble le plus révélateur des discussions en cours : le texte de Rivière et Creach B.D.R. n° 7.
D'emblée, j'estime que ce texte, malgré son titre prometteur, passe complètement à côté des problèmes auxquels nous sommes confrontés, car il attaque une série de conceptions qui n'ont jamais été celles de la majorité. Et de ce fait il n’est pas étonnant de ne voir dans un texte sur la relation avant-garde - masse, aucune des principales expériences de notre courant mentionnée. Pas un mot sur la fraction à l'U.E.C., pas un mot sur la création de l'ex- J.CR., pas un mot sur le C.V.N., pas un mot sur notre pratique en mai, mais quinze pages pour dénoncer les adeptes de la « dialectique formelle ». Malgré cette méthode incorrecte, le texte révèle un désaccord profond, qui pour les raisons indiquées plus haut ne fait pas encore apparaître les désaccords sur les grands problèmes politiques, désaccord portant sur la conception de ce que doit être une avant-garde révolutionnaire.
À — LA FONCTION DE L'AVANT-GARDE
Pour les camarades Rivière et Creach, ce qui fait la « spécificité» de l'organisation d'avant-garde, «c’est de produire le marxisme en tant que stratégie », la jonction avec les organisations de masse se faisant sur le terrain de la lutte politique.
Deuxième point, l'organisation d'avant-garde n'existe que par l'acte «d'insertion dans les masses », laquelle insertion signifie que les masses apprennent à travers la lutte la justesse de la ligne de l'avant-garde.
Ces thèses nous paraissent confuses et dangereuses.
La nécessité de la constitution d'une avant-garde révolutionnaire découle d'une série de facteurs qu'il nous semble utile de rappeler brièvement dans la mesure où le préambule du texte y fait allusion. Elle part de la constatation que l'idéologie dominante bourgeoise liée au mécanisme d'exploitation subi par les travailleurs les empêche spontanément d'acquérir une prise de conscience révolutionnaire, d'élaborer scientifiquement une stratégie révolutionnaire et de se donner matériellement les outils pour préparer la révolution. En ce sens, la fonction de l'avantgarde consiste à organiser la plus grande minorité des travailleurs, c'est-à-dire les plus conscients, avec pour tâche essentielle de donner au prolétariat par un effort personnel (temps, éducation, finances) tous les moyens d'émancipation que lui refuse la classe dominante. Ce qui implique parallèlement et « dialectiquement » un travail d'élaboration et d'organisation. Sur le plan théorique, la spécificité de cette avant-garde, c’est de saisir la totalitté du phénomène de la lutte des classes pour l'organiser. Réduire sa fonction spécifique à la « production du marxisme », c'est entretenir une confusion (la formule elle-même ne veut rien dire) en escamotant le deuxième terme essentiel d'organisation, non seulement en ce qui concerne la lutte, mais en ce qui concerne l'outil d'élaboration qu'est l'organisation d'avant-garde et l'instrument d'organisation de la lutte des masses qu'est aussi cette organisation, Et dans ce domaine la création de cette avant-garde structurée devient une condition indispensable que le texte a tendance à sousestimer. Ce qui ne veut pas dire que les formes d'organisation et d'élaboration elle-même soient indépendantes du mouvement spontané des masses et des expériences des luttes. Marx n'a pas écrit le Manifeste dans une tour d'ivoire, mais on peut ajouter que depuis Marx il n'v a pas que des décennies de luttes spontanées, mais des décennies de traditions organisationnelles dans la classe ouvrière. Poussant sa logique un peu plus loin, le texte ajoute que l'avant-garde n'existe et ne peut se proclamer telle que dans la mesure où elle est reconnue par les masses. LA encore on est sur le même terrain glissant où l'on confond existence de cette avant-garde et succès de celle-ci. Dire aue dans une période révolutionnaire une avant-garde peut s'écrouler ou dégénérer, perdre son «titre» en n'étant pas reconnue par les masses révolutionnaires, c'est une vérité première, mais il est des périodes où pour des raisons objectives d’authentiques avant-gardes restent coupées des masses sans pour autant « faillir», ce fut le cas par exemple de l'opposition de gauche en U.R.S.S. ou des novaux d'avant-garde en France. Le critère des « masses » (mot à la mode aui tend à devenir un fourre-tout commode) n'est valable qu’en denrière analvse et historiquement. Faire apnel uniquement dans n'importe quelle conjoncture à ce critère pour déterminer l'existence ou non d'une avant-garde, c'est laisser libre cours à tout opportunisme en raison même des idées bien connues exposées dans le préambule. On parle beaucoup de « dialectique formelle »
_en enfonçant des portes ouvertes, mais on n'hésite pas dans ce texte à se montrer d'un mécanisme absolu. La différence entre noyaux et parti d'avant-garde ne réside que dans l'ampleur du mouvement et ses capacités d'organiser les masses, mais ce n’est pas une différence politique, ici sont déterminantes les conditions politiques et historiques de développement de cette avant-
garde. Alors que la trahison d'une « avant-garde » petite ou grande relève d'une dégénérescence politique (cf. la troisième Internationale Communiste). Accepter la position de Rivière, c'est en fait ne pas voir d'avant-garde révolutionnaire sans son succès et laisser libre cours à tout opportunisme politique et organisationnel tant que les masses n'ont pas tranché.
Le jugement peut paraître excessif, mais nous verrons que pratiquement et à un niveau plus terre-à-terre cela amène des camarades à créer une tendance non pas sur des oppositions de ligne politique, mais sur des points d’interrogations, sans jamais offrir l'ébauche d'une ébauche de réponse aux pratiques qu'ils condamnent si ce n'est « Pas de réponses magiques à nos problèmes, intervenons dans toutes les couches de la population, etc. »
Nous en arrivons au second point qui est justement celui où l'on devrait pouvoir juger de l'actualité de leurs critiques et de leur position, celui de l'expérience vécu par notre courant.
B — LES FETICHISMES
La majorité aurait tendance à s'axer sur l’auto-développement de l'organisation après s'être laissé corrompre dans un entrisme d'appareil. À lire le texte, on a l'impression que le bilan de la IV Internationale pour les dernières années n'a donc été qu'un travail de fraction parmi les bureaucrates et la constitution du MR. !. Que des camarades mal informés ne retiennent que cela, passe encore, mais que Rivière et Creach en viennent à juger la pratique de la IV‘ Internationale sans aucune mention de toute l'expérience politique vécue montre la faiblesse de leur texte.
Plutôt que de bavarder sur les méfaits de la « dialectique formelle », il nous semble préférable de voir concrètement quelles ont été en France les périodes objectivement plus favorables pour une avant-garde révolutionnaire et de voir alors comment s'est comportée la IV‘ Internationale et ses « poussins ». Ce court rappel est d'autant plus important que trop souvent les camarades jugent le passé avec des yeux de militants de 1969 sans se rendre compte du contexte complètement différent des décennies précédentes.
Deux périodes sont à considérer : celle où malgré de profondes luttes de classes et quelques débordements, le poids de l'URSS. et du stalinisme était tel qu'aucune issue ne pouvait apparaître en dehors du P.C. Ce qui explique partiellement le rôle de carpettes du P.C. joué par bon nombre « d'intellectuels de gauche ». Il faut bien se rendre compte que jusqu'au 20° Congrès et surtout pendant la « guerre froide », à l'exception de quelques poignées de militants, trotskistes pour la majorité, la popert des antistaliniens ont basculé dans l'anticommunisme ; ‘autre période après le 20 Congrès où désormais des courants plus larges vont chercher des perspectives révolutionnaires en dehors du P.C.
La différence essentielle pour nous entre ces deux périodes est que dans la première l'avant-garde organisée, très faible numériquement, ne pouvait escompter profiter à long terme d'une période de montée des luttes de classes, généralement capitalisées par le P.C., surtout au moment de la répression.
Nous aborderons dans ce texte les activités de la IV‘ Internationale dans la seconde période, celle que plusieurs d'entre nous ont vécu à ses débuts et que la plupart des cadres Rouges ont connu dans les dernières années. C'est à travers quelques exemples précis qu'on peut juger de la faillite ou non de l'organisation et de son apport réel pour les militants révolutionnaires.
C'est à partir des années 1954-1956 qu'apparaît en France un mouvement de radicalisation concentré dans les milieux universitaires et encore assez faible numériquement.
La campagne de solidarité avec le F.L.N. algérien, la lutte anti- O.AS., puis la guerre du Vietnam, seront trois étapes décisives dans le développement et la politisation de cette nouvelle avantgarde jusqu'en mai 1968. Quel a été le rôle de la IV‘ durant toute cette période ?
La guerre d'Algérie
Dès 1954, la IV° Internationale proclame son soutien au F.L.N. sur le seul fait qu'après une énorme période de confusion dans le mouvement nationaliste algérien, le F.L.N. était le seul a être passé aux actes avec l'appui du peuple. Passant des paroles aux actes, la IV* organise ce soutien concrètement dès cette année. Ses militants sont arrêtés, certains doivent s'exiler. L'aide de toute l'infrastructure de la IV* devient décisive. La bourgeoisie n’accuse-t-elle pas la IV d'avoir fabriqué dans un pays une usine de mortiers pour le front et d'en avoir construit quelques milliers. En France, c'est le début d’une petite radicalisation dans la jeunesse étudiante, mais où sentimentalisme et internationalisme sont souvent liés. Les militants « trotskistes » prennent en main Jeune Résistance, mouvement clandestin de jeunes qui ira jusqu’à en regrouper près de 900 pendant que d’autres militants du P.C. organisent des réseaux. La J.R. multiplie la propagande de soutien au Front et aux déserteurs.
A la fin de la guerre, ils éditent dans l'armée un journal imprimé Le Contingent et organisent le blocage d'une dizaine de convois militaires partant en Algérie. Les trains stoppent à des endroits où ont été jetés des milliers de tracts expliquant aux soldats le sens de la guerre. La presse, la radio donnent de la publicité à ces actions directes de « défaitisme ». Du fait de leur très petit nombre et du degré encore très confus de politisation, les militants IV* ne réussissent à garder de J.R. que quelques noyaux qui seront gagnés au marxisme révolutionnaire. Mais c’est avec eux que commença le travail dans l'U.E.C.
Durant toutes ces luttes, malgré leur nombre encore très restreint, les militants trotskystes se sont efforcés de politiser le mouvement et de dépasser l'aspect sentimentaliste ou baroudeur qui imprégnait bon nombre de militants pour qui l'aide au F.L.N. représentait leur premier acte politique indépendant du P.C. Faire la liaison entre le soutien à la révolution algérienne et la lutte anticapitaliste en France n'était pas une donnée évidente germant spontanément de la pratique de ses militants. La solidarité avec un peuple martyre constitue souvent la première motivation, la plus facile. Pour d'autres, y compris certains trotskystes, la participation à ce combat résultait d'une fuite en avant ; d'une démoralisation quant aux possibilités de lutte en Europe. À la fin de la guerre, bon nombre de jeunes, soit partiront s'installer en Algérie, soit abandonneront toute activité politique en France. Ce-
pendant, les militants les plus formés comprendront que l'Algérie n'était qu'un terrain de lutte et qu'il fallait dans des conditions moins enthousiasmantes continuer le combat révolutionnaire.
A cette époque, du fait de sa participation aux manifestations « radicales » contre la guerre d'Algérie sur des positions plus à gauche que celle du P.C. l'U.E.C. était devenu une organisation
ynamique (près de 4000 adhérents) dirigée par une équipe libérale (pro-P.C. italien) qui avait plus ou moins admis une certaine démocratie interne, d'autant plus qu'elle se trouvait en opposition avec la direction du P.C.
Les militants trotskystes et les noyaux sympathisants issus de la J.R. décident d'y entrer pour ne pas se couper des couches les plus poisse du milieu étudiant qui se reconnaissaient dans V'U.EC. et pour s'efforcer, dans la confusion idéologique qui y régnait, de construire une tendance révolutionnaire.
La crise de l'U.E.C. et le F.U.A.
De par sa propre expérience, l'U.E.C. n'allait pas très loin dans sa critique du P.C. qui pouvait se résumer ainsi :
— Opposition à la ligne officielle sur le problème algérien. L'U.E.C. reprochait au P.C. son mot d'ordre de « Paix en Algérie » et sa passivité générale quant à l'action, de même que sa condamnation de ceux qui aidaient.
— Opposition aux méthodes bureaucratiques de l'appareil éprouvées concrètement dans le débat qui s'était installé. Un des plus gros « scandales » fut la gifle administrée dans une réunion à un membre du B.N. de l’U.Ë.C. par un permanent du Comité central.
— Critique du stalinisme en tant que système ayant abouti à des camps de concentration. La direction de J'U.E.C. réclamait du P.C. qu'il applique réellement les «enseignements » du 20° Congrès da P.C.US.
Comme on peut le voir, il y avait là une maturation tout à fait nouvelle pour une organisation communiste, mais dont les limites politiques étaient justement liées au fait qu'elles ne provenaient que des expériences vécues.
Durant cette période 1960-1961 le rôle des militants trotskystes va s'axer autour de plusieurs thèmes.
(1) D'abord s'intégrer au mouvement et se faire reconnaître dans la pratique comme des organisateurs de masse capables de proposer des initiatives correspondant aux nécessités politiques du moment et au niveau de conscience des étudiants politisés. Ce fut la création du F.U.A. Face à l'O.AS. le P.C. multipliait sans les coordonner des comités du mouvement de la Paix. Les étudiants se refusaient à y entrer, mais l'U.E.C. n'osait pas et ne savait pas proposer d'autres alternatives. Dans une situation politique aussi favorable il a suffi d’une dizaine de militants trotskvystes pour transformer la situation. Après avoir pris la tête de quelques comités indépendants de la Sorbonne, ces camarades proposèrent leur fusion dans un F.E.A. (Front Etudiant Antifasciste)
et parallèlement à cette initiative, qui rencontre l'enthousiasme des militants desdits comités, ils organisèrent une première action directe — qui donna le ton au nouveau mouvement — cinq jours après sa création, par un système de rendez-vous clandestins, plus de 500 étudiants de la Sorbonne « vidaient » un meeting fasciste dans le % arrondissement. Dès lors, le mouvement était lancé malgré l'opposition de l’'U.N.E.F', de l'U.E.C. inquiète de ne pas contrôler le mouvement, du P.S.U. et du PC.Le FE A:se transformera en F.U.A. (Front Universitaire Antifasciste) et après une bataille interne très âpre, entraînera le soutien officiel de l'U.E.C. et du P.S.U, de la gauche U.NEF.
C'est à cette occasion que les militants de la IV° créerait la fraction de gauche de l'U.E.C. avec comme double but de regrouper et de politiser les militants U.E.C. favorables au F.UÀ. et d'entraîner la majorité de cette organisation dans le F.U.A. Les activités du Front marqueront toute une génération de militants et seront un acquis précieux pour le mouvement étudiant. Par son audience (plus de 6000 adhérents à Paris), par ses activités de propagande et ses actions directes’ le F.U.A. était devenu une force politique à la gauche du P.C. par des militants communistes. Pour la première fois depuis fort longtemps des militants d'avant-
arde se trouvaient à la tête d'un mouvement de masse. Ce fut Ë première école irremplaçable pour la formation de cadres ré volutionnaires.
L'expérience du F.U.A. a permis de radicaliser la crise dans l'U.E.C. Par dizaines, des militants suivistes du P.C. passaient dans l'opposition sur la base de l'expérience concrète qu’ils venaient de vivre et s'interrogeant sur le pourquoi de la condamnation du F.U.A. par le P.C.
Le F.U.A. terminé, la fraction de gauche de l'U.E.C. élargit son champ d'intervention politique et entama dans l'U.E-C. la lutte sur les grands problèmes politiques. La critique trostskyste, du stalinisme et la théorie de la coexistence pacifique, c'est sur la base d'un texte politique relatif à ce dernier point que la fraction de gauche emporta la majorité au secteur Sorbonne de V'U.E.C. et le transforma en un bastion révolutionnaire qui peu à peu devint le chef de file d’une tendance révolutionnaire nationale, base de la future J.CR.
Ce texte n'a pas pour but de retracer ce combat mené pendant pes de cinq ans dans l'U.E.C., mais de comprendre l'apport
e la IV°.
Son but est de voir comment à chaque étape de radicalisation du mouvement, les militants trotskistes ont pu faire progresser la conscience de dizaines de militants sur des questions que la seule pratique révolutionnaire à l’'U.E.C. empéchait de résoudre, mais pour lesquelles l’histoire, le programme, l'expérience et la politique internationale de la IV* étaient indispensables : problèmes du stalinisme, de la révolution coloniale, de l'internationalisme, du rôle des grandes organisations comme le P.C. et la CGT. Il y eut à cet égard de multiples luttes de fractions au
1. La direction de la F.G.E.L. passera à gauche à l'issue du vote d’une motion pour le F.U.A.
2. Après deux semaines de bagarres de rue, parfaitement organisées, plus un seul fasciste n'osait s’aventurer au quatier latin en pleine période O.A.S. !..
sein de la majorité de gauche du secteur Sorbonne. À chaque fois, nous nous sommes heurtés à des courants révolutionnaires qui développaient des lignes et des tactiques directement issus des « impressions » retirées de l'expérience U.E.C. et qui généralement tendaient soit à nous faire exclure trop vite ÉS J'U.E.C, alors qu'aucune alternative organisationnelle n'était possible soit à théoriser de façon générale ce qui ne touchait que le mouvement étudiant. Toutes ces fractions se sont dispersées et ne sont restées de cette expérience que notre courant et les pro-Chinois, c'està-dire les deux courants rattachés à des courants internationaux du mouvement ouvrier, ce qui est assez révélateur. Le problème que l'on peut poser à Rivière et Creach est le suivant : Avec cette politique qui a abouti à la création de la J.CR., la « dialectique formelle » et le « fétichisme d'organisation » de la IV* Internationale l'ont-ils empêché de comprendre la radicalisation naissante de la jeunesse et d'y jouer un rôle d'avant-garde révolutionnaire. Y avait-il une autre orientation et quel courant l'a pratiquée ?
Quant à nous, malgré toute une série d'erreurs commises, mais qui somme toute apparaissent comme secondaires, nous pensons que cette orientation a été juste et n’a été possible que
âce au support de la IV°. Si l'on voulait reprendre l'activité sur FR Vieinam et le C.V.N., on retrouverait les mêmes données, mais certainement pas si l’on songe au C.V.N. le fameux « fétichisme d'organisation » dont on nous rabat les oreilles. La IV* a été, il faut le reconnaître, la première organisation à comprendre les conséquences considérables qu'auraient dans la jeunesse euro-
éenne et américaine notamment, la révolution vietnamienne. La utte pour la victoire du F.NL. et l'organisation d'actions de masse sur cette base devint l'axe prioritaire de toutes les sections. Et sans aucun bluff, on peut s’apercevoir qu'en France, aux U.S.A., en Angleterre ou au Japon, c'est grâce à ce travail que des centaines de milliers de gens ont pu être mobilisés dans des organisations ad hoc. L'exemple est encore plus direct pour les deux mobilisations internationales réalisées à Liège et à Berlin. Aucune organisation « nationale » ne pouvait être en mesure d’assumer de telles initiatives.
Oui, mais le MR. ?
LE MR.
Sur ce point, je serai bref, car n'en déplaise aux deux camarades sus-mentionnés, cette initiative n’a rien à voir avec la pratique de la IV* Internationale vu tout ce qui précède.
Il faut le dire clairement : la participation au MR. a été une faute politique totale. C'est sans doute l'erreur politique la plus importante commise par Delfin pendant les événements. (Heureusement qu'en fin de coMPTe, les conséquences en sont faibles si ce n'est dans le B.D.R.) Quand je dis commise par Delfin, c'est qu'il s'agit bien d’une erreur personnelle étant donné la réticence de l'organisation, voire même son hostilité ou son incompréhension.
. Ce qui est important, c'est que Delfin ait pu entraîner la décision pendant quelques jours, ce qui pose le problème d'un contrôle
trop faible de l'organisation et à cette époque d'un suivisme condamnable.
Maintenant d'où vient l'erreur de Delfin ? Et bien justement d’avoir cédé à une pression du « mouvement » (volonté de s'organiser tous ensemble, etc.) sans bien comprendre la logique d'un regroupement conçu de la sorte, sans programme, si ce n'est quelques slogans. Le fait n'est pas tant que la direction était bureaucratique, non reconnue des masses (ceci était d'ailleurs vrai), mais que dans une telle période et maintenant aussi ce qui compte avant tout ce n'est pas le regroupement pour être plus nombreux, mais la clarté politique. C'était en quelque sorte vouloir aller trop vite et sauter les étapes, ce qui se passe par exemple maintenant, mais il faut le reconnaître avec des partenaires
lus sains, avec les camarades qui ne comprennent pas que la
sion L.O.-Rouge n'ait pas lieu. Du reste, le caractère personnel de cette initiative est attesté par le fait qu'il n'y eut aucune bataille de fond à la J.CR. pour l'adhésion au MR. et pour le faire fonctionner. On rend à César ce qui lui appartient, la IV* Internationale n’a rien à voir avec le MR, le dos de Delfin est assez large pour prendre sur lui la responsabilité de cette faute politique liée à une mauvaise compréhension du rôle des «organisations autonomes » des masses.
EN GUISE DE CONCLUSION PROVISOIRE
Il est certain que dans un contexte politique plus «calme », nous aurions plus de temps avant de déterminer notre devenir, mais aujourd’hui, à la veille de nouvelles luttes, alors que le problème de l’Internationale révolutionnaire est partout présent, nous ne pouvons nous permettre de reculer. Personne n'a jamais dit que l'adhésion allait régler tous les problème et nous empécher de sombrer dans toutes les hérésies, mais ce qui est certain, c'est qu'ainsi nous bénéficions d’un outil de lutte bien supérieur. En y entrant, c'est avec la perspective d'acquérir une éducation et une pratique internationaliste, ce qui prendra bien sûr du temps, mais ce qui évitera les discussions « irresponsables » de groupes nationaux très à l'aise pour lancer la révolution à Bruxelles ou en Bolivie sans savoir de quoi ils parlent et surtout sans risque ni critère de validité parce que dans ces pays personne ne les écoute pour appliquer leurs consignes.
C'est aussi pour nous une nécessité pour aider au développement des avant-gardes en Europe. Lorsqu'on voit l'état de Ésagrégation du S.D.S. ou la force terrible quant aux conséquences que cela risque d’avoir de l'anarcho-spontanéiste en Italie. L'avantgarde française, de par l'expérience de mai et de par le fait qu'elle est la moins touchée par la vague spontanéiste (résultat direct de la présence de la J.C.R.) a un rôle déterminant à jouer sur le plan international.
En adhérant à la IV* Internationale on veut aider à construire une Internationale communiste de masse, que ce soit la IV: ou la V, de même qu’en adhérant à la Ligue on veut participer à la construction d'un futur parti révolutionnaire. Les deux choses sont liées et personne d'autre ne viendra nous les servir sur un plateau. Dans cette optique de la nécessité d'une Internationale, la véritable question qui se pose est donc de comprendre pourquoi la
IV n'a pu avoir à une époque qu'un rôle essentiellement propagandiste et si aujourd'hui dans le développement des nouvelles avant-gardes, elle joue un rôle d'éducation et d'organisation ou si elle est passée à côté du phénomène. Tout le reste n’est que verbiage permettant d'éluder les questions de fond.
Delfin. et
Texte de la tendance majoritaire
B.DR. n° 30
NOTES BREVES SUR L'ECONOMIE MONDIALE ET L'INTER- NATIONALE
Par rapport au début du texte 28, il nous semble qu'il est nécessaire de ne pas se contenter de banalités habituelles, même si celles-ci sont exposées dans un jargon très « moderne » (...), mais d'essayer de préciser pourquoi les marchés extérieurs sont, plus que jamais, une nécessité objective pour le capitalisme.
Justifier la nécessité d’une Internationale en disant que la domination du capital est internationale est correct mais insuffisant. Cela peut suffire à l'époque de la création de la I"° Internationale, cela ne peut pas suffire à l'époque de la II‘ et début de la III°, la meilleure preuve étant que Lénine et Rosa Luxemburg ont élaboré chacun une théorie de l'impérialisme. Cela peut paraître totalement insuffisant à notre époque qui se caractérise par une complexification croissante du capitalisme mondial. Ne pas penser à analyser la période actuelle, se référer uniquement à des textes sans les lier à l'époque où ils ont été écrits et raisonner par extension nous semble curieux pour des marxistes.
ous n'avons pas le temps pour des raisons très compréhensibles, de faire cette analyse, mais nous aimerions jeter quelques notes brèves, premièrement sur les problématiques de Lénine et de Rosa Luxemburg. Deuxièmement sur l'époque actuelle.
1) Quelques précisions sur les arguments léninistes. / Pour Lénine
a) Le problème du rôle du commerce extérieur dans le développement du système capitaliste doit être appréhendé au travers d'une étude Historique et concrète des conditions de l’accumulation du capital et du développement des forces productives et non pas en se situant au niveau élevé d'abstraction des équations de reproduction élargie qui ont pour fonction de montrer quelles sont les conditions d'équilibre et l'instabilité de celui-ci.
b) « La loi de la production capitaliste, c'est la transformation constante des modes de production et l'accroissement illimité de l'échelle de la production. » (Lénine, Le développement du capitalisme en Russie.) La création de valeur supplémentaire est liée à la concurrence entre capitalistes (y compris à la concurrence oligopolistique de notre époque). Autrement dit, les capitalistes sont forcés d'accumuler ou de disparaître. (Pour un exemple concret de cette obligation, cf. texte sur la situation économique française.)
c) Les marchés extérieurs sont nécessaires pour réaliser une partie de ce qui a été accumulé, pour réaliser une partie de la valeur supplémentaire créée, et cette nécessité découle du développement inégal des branches. « Les différents secteurs de l'industrie qui se servent mutuellement de marché ne se développent pas d'une manière uniforme, mais se dépassent mutuellement et, l'industrie la plus développée, cherche un marché extérieur » (Lénine). C'est donc dans la nature même du système capitaliste que de chercher à s'étendre à l'extérieur. Le commerce extérieur est une nécessité de plus en plus objective pour le mode de production capitaliste. Celui-ci s’est toujours étendu aux dépens de systèmes précapitalistes : «Le capitalisme surgit et se développe historiquement au milieu d’une société non capitaliste » (RL, l'accumulation du capital). Cette nécessité de l'environnement non. capitaliste est lié, comme l'a montré Lénine (et aperçu Rosa Luxemburg), au développement inégal des branches de production et non pas à une impossibilité totale de réaliser la valeur supplémentaire créée à l'intérieur comme essaie de le démontrer de façon contestable Rosa en utilisant les schémas de Reproduction élargie de Marx. Cette approche de Lénine nous permet de mieux comprendre que les phénomènes de l'impérialisme ont pu et peuvent se développer non seulement aux dépens de pays dits sous-développés, mais encore entre pays capitalistes développés, mais situés à des stades de développement différents. Ceci s'est concrétisé, dans son essai de vulgarisation (l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme) par son analyse de la nécessité pour les monopoles d'exporter des capitaux (cf. à ce sujet, les analyses sur l’internationalisation croissante du capital).
Une fois précisé pourquoi et en quoi le commerce extérieur et l'exportation de capitaux sont une nécessité objective pour le capitalisme, il reste à noter que cela est peut-être encore plus vrai de nos jours.
2) Notes sur l’évolution économique
Le développement des forces productives n'a pu se faire qu’au prix de multiples crises. Il ne s'agit pas ici de les analyser, mais de constater que ces crises ont pris progressivement un aspect de plus en plus international. L'internationalisation du capital, le mouvement de concentration international (cf. la situation économique, bul. 23), la nécessité d'avoir des débouchés extérieurs, obéissent à la logique interne du mode de production capitaliste et sont le reflet des contradictions auxquelles doivent faire face les capitalistes et de leurs tentatives pour les surmonter.
On assiste à une complexification internationale croissante du capitalisme, rendue nécessaire pour et par le développement des forces productives. Mais cette complexification, si elle est le fruit du développement capitaliste, est également sa faiblesse. Cette faiblesse s'est concrétisée par la grande crise de 1929 et par les répercussions qu'elle a pu avoir dans les autres pays (cf. crises en chaînes). Pour employer une image : si un outil simple se casse, il est facile de le réparer. Il n'en est pas de même pour une machine très perfectionnée. De la même façon, on pourrait reprendre le cas d'un atelier d'une usine du Mans en grève entraînant une impossibilité de fonctionnement à Billancourt.
Les capitalistes ont pris assez vite conscience du danger que
uvait représenter la complexification de leurs relations et dès
retton Woods (1944), ils se sont efforcés d'établir une coopération monétaire et financière aussi large que possible pour éviter les crises, ou du moins les atténuer.
Que déduire de tout cela ? si ce n'est de constater que par rapport au siècle passé ou au début du siècle présent, des tentatives de rationalisation par la coopération se sont fait jour chez les capitalistes.
L'intervention de l'Etat dans le développement des forces productives, ses tentatives pour «atténuer » les contradictions (on n'a Re connu de crise économique majeure depuis celle de 1929- 1937) se complètent par des essais d'organiser le capital à l'échelon international. En reprenant le texte 17, nous pouvons dire que parler de domination du capital international « dans l’abstrait, sans tenir compte de cette interprétation internationale des capitaux à notre époque, dans les circonstances concrètes d'aujourd'hui, c'est se fourvoyer », c'est ne pas voir les véritables pro-
lèmes, car c'est raisonner par extension à partir de ce qu'ont pu dire les auteurs, si illustres soient-ils, il y a cinquante ans. de rejeter tout faux débat, nous ne disons pas qu'il ne faille pas lire ces auteurs, mais ce que nous disons, c'est qu'il faut situer leurs œuvres par rapport à leur époque et voir en quoi elles peuvent nous aider à comprendre la nôtre.
Nous pensons qu'on ne peut pas discuter sérieusement de Pope portunité d'une Internationale sans analyse approfondie de la nature de l'impérialisme, de ses maillons faibles actuels. Or nous observons deux faits :
1°) d'un côté l'internationalisation croissante du capital, la nécessité de débouchés extérieurs se fait de plus en plus presne, et à défaut est susceptible d'entraîner des crises de type mondial.
2°) de l'autre côté une prise de conscience de cette nécessité par le capitalisme mondial et un essai conséquent « d'organiser » l'échelon international l'exploitation du capital.
La problématique nous semble donc la suivante : il ne s'agit plus de s'en tenir uniquement à l'analyse selon laquelle la domination du capital ne peut être qu'internationale et qu'une solidarité internationale des travailleurs doit en découler (cf, pp. 3 et suivantes, texte 28). Dire que ceci est insuffisant, car cela ne peut qu'aboutir à cette banalité appauvrissante (même si elle est masquée par des termes savants et agrémentée des plus belles citations) : une Internationale est toujours nécessaire du fait de l'existence même du mode de production capitaliste, alors, pourquoi adhérer maintenant ?...
Nous disons que l'Internationale est plus que jamais nécessaire du fait même du développement des forces productives, de la complexification croissante des liaisons intercapitalistes, de la tendance des capitalistes à résoudre les contradictions qui s'ensuivent par une organisation du capital à l'échelon international. Ce n'est pas faire du fétichisme d'organisation que de dire cela, c'est tout simplement constater l'évolution du capitalisme mondial et tenter d'y répondre.
Paul.
III. RÉSOLUTIONS DU CONGRÈS
SALUT
Le premier Congrès de la Ligue Communiste adresse son salut internationaliste au camarade Hugo: Blanco, dirigeant du F.IR. (section péruvienne de la IV*° Internationale), condamné à la détention et menacé de mort par la junte militaire pour avoir organisé et dirigé la lutte acharnée et sanglante de la paysannerie armée pour conquérir son droit à posséder la terre qu'elle travaille, contre le pouvoir des propriétaires fonciers parasites et contre la réaction civile et militaire du Pérou, à la solde de l'impérialisme américain.
Le sup adresse son salut internationaliste aux camarades Karol M lewski et Jacek Kuron, militants communistes polonais, exclus du parti, traînés devant les tribunaux et condamnés une première fois à la prison pour avoir exprimée dans leur lettre ouverte au Parti Ouvrier Polonais « la perspective marxiste révolutionnaire de la lutte antibureaucratique pour établir la démocratie ouvrière appuyée sur les conseils ouvriers»; arrêtés et condamnés une nouvelle fois à la prison pour avoir animé les luttes’ étudiantes du printemps 1968 contre l'oppression bureaucratique pour que la classe ouvrière brise ses chaînes et fasse passer entre ses mains le pouvoir qui est le sien.
A l'heure où l'intervention planétaire de l'impérialisme américain pose le problème de la riposte généralisée à son agression, à l'heure où, intervenant en Tchécoslovaquie, « au nom du camp socialiste dans son ensemble », l'U.R.S.S. donne les dimensions internationales de la révolution antibureaucratique, les révolutionnaires français affirment leur solidarité fraternelle et leur soutien militant à ceux qui par leur lutte font progesser le combat révolutionnaire vers la victoire sur la bureaucratie et la bourgeoisie à l'échelle mondiale.
I. RESOLUTION DU CONGRES SUR LA FORMATION
— Une des tâches essentielles de la Ligue est d'assurer la formation politique de ses militants.
. — La formation a pour but d'armer les militants dans leur intervention.
— Mais la formation a pour objet aussi d'assurer les conditions pour que s'exerce le centralisme démocratique, c'est-à-dire pour que l'organisation fonctionne comme un intellectuel collectif dans lequel chaque militant participe consciemment à l'éla-
boration de la ligne politique de l'organisation et au contrôle de ses directions.
— Les conditions dans lesquelles surgit la Ligue, son rôle actuellement déterminant pour la construction du Parti Révolutionnaire, demandent qu'on rappelle quelques notions de base sur le sens que prend la formation dans une organisation communiste, ainsi que le cadre organisationnel qui devrait permettre à la Ligue, dans la période actuelle de mutation continue, de remplir ces tâches dans le domaine de la formation politique.
— Pour une organisation communiste, le critère de validité de sa politique de formation ne peut être que l'épreuve pratique de l'intervention militante de chacun de ses membres dans la lutte de classes, ainsi que son aptitude à jouer son rôle d'avantgarde de la classe ouvrière.
— La formation communiste ne doit pas être envisagée comme une initiation à une doctrine rigide et achevée, mais comme un processus de formation permanente. La formation communiste n'est pas une simple transmission du savoir, fût-ce un savoir prolétarien, mais apprentissage et systématisation de l'expérience de la lutte de classes.
— C'est pourquoi on ne peut pas envisager la formation communiste en termes strictement agogiques, mais bien en termes politiques et organisationnels.
— La théorie marxiste, les conceptions léninistes, etc. sont pour les communistes des guides pour l'action. Une formation communiste doit pouvoir être immédiatement réinvestie dans la pratique révolutionnaire, afin que ce qui n'était jusque-là qu'idée devienne force matérielle.
— Pour des communistes, il ne saurait y avoir de pratique de la théorie envisageable que si celle-ci est théorie de la pratique.
— En ce sens, la principale préoccupation présidant au choix des méthodes de formation doit être d'assurer l'unité de la théorie et de la pratique.
— Le problème de la formation communiste étant un problème politique et organisationnel avant d'être un problème pédagogique, la formation devra être assurée par les camarades dirigeants politiques et non par des camarades ayant une prétendue spécialisation dans tel ou tel domaine.
— Le but à poursuivre est de donner aux militants le moyen pour qu'ils puissent acquérir les capacités d'initiative, de réflexion, d'analyse et d'organisation requises pour des militants d'avantgarde. L'habitude et la méthode du travail collectif, du travail d'organisation, c'est ce qu'il s'agit de promouvoir.
— La formation permanente doit avoir lieu dans les cellules.
— Mais en accord avec le système d'organisation centralisée
de la Ligue, les tâches de formation, de par leur importance primordiale pour la transcroissance et le renouvellement de l'organisation dans cette période de mutation continue dans la perspective de construction du Parti Révolutionnaire, sont placées sous la direction du C.C.
— Le CC. doit élaborer, éventuellement à l’aide d'une commission permanente de travail, désignée en son sein, une politique nationale de formation et veiller à son application correcte à l'échelon national par le biais des structures organisationnelles de formation mises en place (réseau d'écoles, stages, etc.).
— Le travail d'implantation dans les entreprises étant notre tâche principale à l'étape actuelle, il en découle des conséquences pour la formation à entreprendre. En effet, la politique nationale de formation à adopter par la Ligue doit être fonction d'une part des tâches à remplir dans le moment présent et d'autre part de l'état actuel de l'organisation et du type de militants que nous voulons former.
— Aucun travail révolutionnaire ne peut être mené efficacement dans les entreprises s’il n'a pas de prolongement dans les organisations du mouvement ouvrier. Les camarades ne pourront diriger les luttes et avoir la confiance de leurs camarades de travail que s'ils ont fait la preuve de leur capacité de dirigeants. Cette preuve ne peut être donnée qu'au cours d’un travail syndical quotidien, évidemment appuyé par un travail politique à l'intérieur de l'entreprise et un travail d'agitation révolutionnaire à l'extérieur. Si ce travail politique arrive généralement à être entrepris, l'implantation de nos camarades ouvriers dans les organisations syndicales reste faible, étant donné notre recrutement jeune. Il est donc fondamental pour nous de donner à ces militants n'ayant pas de pratique sn icale, les éléments pour intervenir dans ces organisations. Il est aussi évident que cette formation présuppose la présence de cadres ouvriers capables de donner en même temps une explication du rôle du syndicat dans la société capitaliste à l'âge de l'impérialisme, des éléments concrets pour une lutte contre la bureaucratie syndicale, des axes de lutte comme la démocratie syndicale, du droit de tendance à la C.G.T., des mots d'ordre de transition...
Cette formation syndicale permettra aussi de former des sympathisants de l'organisation, de même que ceux qui sont prêts à militer sur nos positions dans les sydicats. Si l'on considère ge le but de notre travail dans les syndicats est la création d'une raction rouge, l'existence d'une formation syndicale est indispensable pour donner à nos militants les outils nécessaires à ce travail.
— Dans les villes ou régions qui disposent de ces cadres expérimentés, capables de diriger une telle formation syndicale, des écoles ouvrières syndicales devraient être créées sous contrôle des directions correspondantes. Là où une telle école ouvrière syndicale ne peut être entreprise, la formation syndicale devra être assurée par des stages régionaux ou nationaux.
— Les stagiaires, pendant la période de six à dix-huit mois
qui précède leur élection comme membre, devraient acquérir les principes de base du marxisme révolutionnaire et une connaissance des positions et idées contenues dans la plateforme de la Ligue. La formation de base est naturellement assurée par les cellules, mais dans toutes les villes ou secteurs où il a plus d'une dizaine de stagiaires, des écoles de formation pour stagiaires, obligatoires, devraient être créées, sous contrôle des directions correspondantes.
— Les villes comptant plus de quatre cellules devraient se doter une école de formation placée sous la direction du bureau e ville.
— Les stages nationaux sont préparés et organisés par le C.C. ou par une commission désignée par lui.
— Ces stages nationaux doivent assurer des tâches de formation qui dépassent les capacités des directions de ville ou régionale.
— Les stages nationaux seront sélectifs, selon des critères LORD pro esentes (par exemple : ensei ts, travailleurs de la métallurgie, etc.) ou selon des critère de secteurs d'intervention (par exemple : université, C.G.T., MJC, etc.).
— La parcipatIon des militants aux stages nationaux est décidée par le C.C., selon les critères qui président à la tenue et l'objet du stage.
— Une école nationale de cadres est créée qui a pour but la formation des dirigeants politiques dont la Ligue a besoin.
— L'école nationale de cadres a son programme, sa tenue et son organisation assurées directement par le C.C.
— La participation de tout militant de l'organisation à l'école nationale de cadres est soumise à l'approbation du C.C.
. — Le premier critère différentiel de l'école nationale de cadres vis-à-vis de toutes les autres instances de formation est la sélection rigoureuse des militants qui y participent.
— La candidature d'un militant pour participer à l’école nationale de cadres doit être posée par une cellule, par une direction de ville ou régionale ou par le C.C. lui-même.
— Dès qu'un militant est accepté par le C.C. pour participer à l'école nationale des cadres, la Ligue doit lui assurer les moyens matériels et autres pour lui permettre de suivre régulièrement les activités de l'école.
— Le C.C. doit envisager la mise sur pied de commissions d'études (commission économique, commission d'histoire du mouvement syndical) visant à lui fournir les éléments théoriques nécessaires à l'élaboration de la politique de l'organisation.
Résolution adoptée par le Congrès.
Votée à l'unanimité — 2 abstentions — 1 N.P.P.V.
PROPOSITIONS DE LA COMMISSION « FORMATION » DU CONGRES AUX VILLES, REGIONS ET AU COMITE CENTRAL AU SUJET DE LA FORMATION POLITIQUE
I1 découle de la résolution générale sur la formation, adoptée par le Congrès, la nécessité de placer l'élaboration de la politique de formation de l'organisation sous la direction d'une Commission formation issue du C.C. et contrôlée par lui et dont les principales fonctions semblent être les suivantes :
1°) Fournir une armature aux diverses instances prenant en charge la formation de l'organisation sous forme de :
— plans d'exposés de base ;
— bibliographies commentées qui n'ont pas pour but de fournir sur un sujet donné la liste exhaustive des ouvrages parus, mais qui s'efforcent de fournir une trame de lecture permettant d'aider à dégager les points essentiels des principaux livres se rapprochant à ce sujet.
2°) Constituer un service de documentation réunissant en particulier les études qui peuvent être faites sur des sujets précis par des cellules, lors de stages, par des commissions ad hoc, etc.
3°) Impulser le travail de recherche théorique : a) utilisation des intellectuels :
L'organisation comporte un certain nombre de militants habitués professionnellement au travail théorique, dans lequel ils disposent d'une certaine liberté. Plutôt que de redisperser dans tous les sens et de réserver leurs produits à la bourgeoisie, il serait possible d'organiser collectivement des travaux intellectuels, universitaires ou autres, qui serviraient l’organisation.
Exemple : des étudiants en sociologie peuvent centrer leur diplôme sur un secteur susceptible d'une intervention militante : grands ensembles, transports, usines. Dans une discipline ou plusieurs, des étudiants ou chercheurs peuvent convenir d'un travail de recherche sur un thème; ainsi des économistes, sociologues,
éographes et historiens peuvent étudier l'histoire récente de la hine, et leurs travaux réunis peuvent donner naissance à une brochure.
Le C.C. pourrait décider, en fonction de nécessités politiques, de thèmes de recherche que les militants pourraient explorer en fonction de leurs possibilités. Exemple : un secteur industriel, le concept d'Etat fantôche...
b) Deux, trois plusieurs Marx ou crève!
Il y a actuellement un besoin théorique de l'organisation qui n'est pas rempli. C'est celui de la recherche ; elle est actuellement
(1) Marx ou crève était la revue de la cellule rouge de l'Ecole Normale Supérieure de Saint-Cloud. C'est maintenant le titre d'une série de Cahiers Rouges, de polémiques et de débats.
mal satisfaite, soit par des individus disposant de loisirs, soit par les nécessités politiques directes qui limitent le caractère théorique de la recherche. Ni dans le journal, ni dans le bulletin intérieur ne peuvent trouver lieu des textes qui n'ont pas de conséquences politiques directes et qui gardent un caractère inachevé, mais qui concernent des problèmes sérieux : nature des P.C. aujourd'hui, évolution du milieu étudiant, notion d’acquis théorique.
D'autre part, si on en reste à la situation actuelle, au mieux des groupes de camarades peuvent se livrer à ces travaux, avec tous les dangers de déviation théoricistes et toutes les limites dues à leur position marginale. Il faut que ces recherches fondamentales soient prises en charge par l'organisation. Pour ce faire, il faudrait envisager la confection d'un organe de recherche qui, sous le contrôle du C.C., lancerait des thèmes de recherche qui seraient pris en charge par toute l'organisation, sur une problématique politique claire qui soit celle de l'organisation : thèmes de recherche déjà proposés et partiellement mis en œuvre :
petite bourgeoisie,
nature des P.C. aujourd'hui,
la régression théorique apportée par le stalinisme,
la notion de lutte idéologique et les idéologies de « gauche » actuelles.
Cet organe serait sous le contrôle du C.C., à charge pour tous les militants de contribuer à cet organe.
4) Elaboration d'une politique d'édition — Stages et écoles
Divers types d'écoles sont proposés, qui ont des fonctions différentes, en plus des écoles et stages nationaux dont parle la résolution générale :
a) école de stagiaire, obligatoire, organisée au niveau de la ville (ou par secteurs pour les grosses Villes) par la direction correspondante : elle a pour fonction de donner aux militants les cadres théoriques généraux qui fondent notre ligne politique et une formation pratique en un cycle relativement court (six mois) :
— conception marxiste de l’histoire, lutte des classes,
— histoire du mouvement ouvrier : bureaucratie, stalinisme, les Internationales,
— théorie de l’organisation, stratégie et tactique, parti et syndicat, programme de transition, l'internationalisme, agitation-propagande, formation technique, questions de sécurité, autodéfense, travail illégal et clandestin.
b) stages de cellule, de ville, de région : l’école de stagiaire est une école élémentaire. Pour tout a] profondissement, l’expérience montre que le mode « école de formation » n'est pas rentable. II demande un gros travail pour celui qui l'anime et ne donne généralement pas lieu à des discussions intéressantes. En ce qui concerne les problèmes économiques en particulier, il semble que l'exposé d’une heure sur la plus-value est sans aucun intérêt ; que la discussion ne permet pas de montrer en quoi «ça sert à quelque chose». Au contraire, sous forme de stage d'un week-end, il est possible de déboucher sur la question de la crise
monétaire, ou des crises, bref, de mettre en œuvre les concepts de l'économie marxiste, dans l'analyse de problèmes qui sont directement perceptibles, qui touchent à l'intervention militante. Il est donc nécessaire de compléter l'école de stagiaire par des stages traitant en enfilade plusieurs thèmes centrés sur un sujet particulier (impérialisme — révolution permanente — valeur, monnaie, crise monétaire — néo-capitalisme — programme de transition, etc.), en particulier lié aux campagnes de l'organisation.
c) écoles de villes : au-delà de quatre ou cinq cellules, il est intéressant d'organiser une école de ville, ouverte aux sympathisants, ayant pour but d'expliciter la ligne politique de l'organisation au travers d'analyses de problèmes politiques précis, abordant les thèmes théoriques généraux sans les traiter en tant que tels. Exemple : la Tchécoslovaquie (mais non la bureaucratie, à traiter en école de stagiaires) — le gaullisme (et non l'Etat) — capitalisme et socialisme (et non la valeur).
— La formation dans les cellules
La cellule, comme instance politique fondamentale, doit assurer l'essentiel de la formation. Cette formation va dans plusieurs directions. Il y a des nécessités politiques pratiques que les militants doivent être en mesure d'assurer : écrire un article, un tract — faire une affiche — faire un plan d'exposé — dresser le bilan d'une grève — faire une analyse politique de la situation par la lecture de la presse bourgeoise et ouvrière — faire une enquête.
Cette formation politique pratique doit évidemment aller de pair avec une formation sous forme d'exposés, qui seraient liés à l'intervention des militants et qui permettraient de saisir la stratégie de l'organisation dans les secteurs concernés : exemple : en matière d'intervention syndicale :
la campagne sur le contrôle ouvrier implique des exposés sur la politique des revenus, la gestion de l'entreprise, l'intégration des syndicats, le rôle économique de l'Etat.
II. RESOLUTION SUR LE TRAVAIL SYNDICAL
La période de déclin du capitalisme a détruit toute base objective pour une stratégie réformiste. La classe ouvrière ne peut plus espérer sous le régime des monopoles obtenir des conquêtes importantes par pre sur sa bourgeoisie.
La nécessité de prévoir précisément les objectifs de production, les coûts. pique pour la bourgeoisie l'impossibilité de céder aux luttes revendicatives.
Aujourd'hui, les pays avancés, et en particulier la France, connaissent des difficultés économiques croissantes ; la crise du gaullisme rend la situation encore plus instable.
Dans ces conditions, la nécessité d’une stratégie anticapitaliste d'objectifs transitoires, prend toute sa signification. Les revendications immédiates des masses, tendent à dépasser le cadre de l'ordre existant.
Aussi l'une des tâches essentielles du travail dans les syndicats est de rétablir l'unité existant entre les luttes syndicales et les
luttes politiques du mouvement ouvrier. Ceci implique que les luttes du mouvement syndical aient des perspectives politiques et s'inscrivent dans une stratégie révolutionnaire.
Pour cela le programme de transition n'a pas à être développé en bloc. Mais c'est aux militants révolutionnaires de savoir à chaque étape avancer les mots d'ordre correspondant au niveau de conscience des travailleurs.
La mise en œuvre d'une stratégie anticapitaliste doit nécessairement tenir compte de la situation du mouvement ouvrier et en particulier de ce qu'il reste encore sous l'emprise des directions réformistes et bureaucratiques. . .
L'explosion de mai a cependant apporté des modifications importantes dans le mouvement syndical.
1) DANS LA CGT.
La situation dans cette confédération s'est trouvée modifiée par un élargissement incontestable des courants critiques de gauche à l'intérieur des syndicats, provoquant contre les « gauchistes » une répression de la part de la bureaucratie de cette centrale. Les courants critiques, malgré leur élargissement, ne constituent pee encore une force décisive contre la bureaucratie du fait de eur manque de cohésion ou, si l'on préfère, du fait du caractère très partiel des critiques formulées.
Parallèlement à l'élargissement des courants critiques depuis mai 1968, des fissures sont apparues au sein de la bureaucratie, notamment depuis l'invasion de la Tchécoslovaquie par les forces du pacte de Varsovie. Collaborant avec la fraction la plus acharnée à la répression, un courant libéral se manifeste qui joue principalement le rôle de modérateur au cours des affrontements entre la bureaucratie et les éléments critiques.
Mais la fissure entre courants répressifs et libéraux disparaît dès lors qu'il est question des perspectiges générales des luttes ouvrières. Pour les deux courants de la bureaucratie, les luttes qu'ils organisent s'inscrivent dans le cadre d'une stratégie politique électoraliste, telle qu'elle est contenue dans la stratégie de démocratie avancée formulée par la direction du P.CF.
Il en découle, en ce qui concerne les luttes sociales du mouvement ouvrier, le refus, par les deux courants de la bureaucratie, d'envisager un affrontement nécessairement violent et décisif avec le régime. Au contraire, la bureaucratie de la C.G.T. n’envisage les luttes que comme un moyen de pression pour obtenir des négociations avec le C.N.P.F. et le gouvernement. Bien qu'elle se défende d'accepter la participation et l'intégration du mouvement ouvrier, la direction confédérale de la C.G.T. pratique ouvertement une politique de collaboration de classe (accord interprofessionnel sur la garantie de l'emploi) conduisant à l'intégration du mouvement ouvrier. Une situation contradictoire et conflictuelle apparaît au sein de la C.G.T. : le refus de l'intégration implique le développement des luttes, mais le développement
des luttes sort totalement du cadre des préoccupations électoralistes de la direction de la CGT.
La contradiction entre les perspectives électoralistes et la nécessité d’une généralisation des luttes ne peut que s'exacerber avec le développement des grèves et des actions anticapitalistes d'une part, avec le refus de toute négociation des capitalistes d'autre part.
II) DANS LA CFDT.
La direction de la C.F.D.T. n'a pas cessé, depuis qu'elle existe, de pratiquer une politique de collaboration de classe, masquée par l'emploi permanent de la démagogie et de la surenchère. Cette pratique et son déguisement reflète la situation interne de cette confédération composée à la fois d'éléments et de courants réactionnaires (ex. C.F.T.C.) et d'éléments ou de courants relativement radicalisés. La direction de la C.F.D.T. est ainsi amenée à couvrir sa politique et celle de son aile droite par une démagogie verbale destinée à apaiser ou satisfaire les courants de gauche.
Par suite d’un renforcement de cette confédération en éléments adhérant sur la base des luttes de mai 1968 et des discours démagogiques des responsables, la contradiction existant entre la pratique réformiste de la direction et les aspirations révolutionnaires d’une fraction croissante de la base ne peut manquer de se développer.
La faiblesse principale des courants les plus radicalisés de la CFDT. réside dans l'absence d'un appui idéologique et dans le manque de perspectives politiques générales.
III) NOS TACHES
Le but des militants révolutionnaires est de conquérir la direction de la classe ouvrière.
Pour y parvenir, la propagande seule ne peut suffire. Elle peut permettre de gagner l'avant-garde, de s'attirer la sympathie de couches larges de la classe ouvrière. Mais elle ne permet pas d'obtenir la direction des luttes.
Même si de nombreux travailleurs ont une sympathie pour les idées révolutionnaires, ils ne suivront au combat que des militants ayant fait leurs preuves. C'est seulement dans la mesure où les militants révolutionnaires seront capables de prendre la direction des organisations de masse de la classe ouvrière qu'une lutte pour le socialisme deviendra possible. :
Mais sur ce chemin, les militants ouvriers rencontrent ce qui reste aujourd'hui comme avant mai la réalité fondamentale du mouvement ouvrier : les bureaucrates réformistes à la tête des syndicats.
Or il est impossible à la classe ouvrière de mener des luttes sans ces organisations, elles sont la seule couverture légale permettant les luttes. Pour les travailleurs le choix n'est pas entre organisations révolutionnaires et organisations réformistes. Il n'existe aujourd’hui aucune organisation révolutionnaire de masse capable de défendre en pratique les intérêts des travailleurs, actuellement le choix est entre organisations réformistes et pas d'organisation du tout.
En dehors des syndicats réformistes, il n'est possible que de faire face individuellement, c'est-à-dire de la manière la plus défavorable, au patronat.
C'est pourquoi ces organisations, quelles que soient les critiques qui leur sont faites, quels que soient les camarades qui s’en dégageraient, conservent la confiance des travailleurs. Les bureaucrates le savent qui assimilent la C.G.T. à Séguy, Krazucki, etc:
Rester hors de ces syndicats équivaudrait pour les militants révolutionnaires, en dehors des dangers immédiats de répression patronale, à s'isoler et se couper de toute action réelle dans la classe ouvrière.
Il importe au contraire de se faire reconnaître comme les véritables dirigeants syndicaux, ceux qui sont capables de se faire les interprètes de la volonté des travailleurs, de s'opposer à toute attaque patronale, de prendre l'initiative de l'action; c'est ainsi qu'il sera possible aux révolutionnaires de commencer à faire évoluer le mouvement ouvrier.
Notre perspective à long terme doit être de prendre en main la direction des syndicats, sur la base d'un soutien des travailleurs. Mais cet objectif ne peut pas être envisagé de manière linéaire. La résistance des bureaucraties à un courant qui s’attaque à leur pouvoir sera acharnée. Elles n'hésiteront pas à détruire ue syndicats, plutôt que de se laisser déborder par les « gauchistes ».
Dans les secteurs marginaux du mouvement ouvrier, où il nous est dès maintenant possible de prendre la tête de certains jpdicans, la répression a été et sera extrêmement dure. Des syn-
icats seront dissous.
Dans ces conditions, si la bureaucratie préfère casser le syndicat plutôt que de laisser à sa tête des militants révolutionnaires, si la scission est comprise et acceptée par la grande majorité des sal ués, la constitution d'un syndicat révolutionnaire (exemple
le la C.G.T.U. à Havas) peut être envisagée.
Mais toute la responsabilité de la scission doit retomber sur les directions, et les exclus doivent mener la bataille pour la réintégration dans la C.GT.
Dans les entreprises plus importantes, la création de syndicats rouges, qui ne seraient en fait que des sectes isolant les militants révolutionnaires de la masse des travailleurs, doit être totalement proscrite.
Dans ces entreprises un travail de regroupement et de politisation des éléments critiques et oppositionnels doit être envisagé d'une manière souple; ce travail consistera, à partir des critiques très diverses formulées par les militants syndicaux, sur la base de leur expérience, de tenter de faire une synthèse, et de leur donner une logique politique.
Ce travail doit être mené de pair avec la constitution de cercles rouges, regroupant les militants cherchant une ligne politique révolutionnaire, une formation, une organisation.
Dans les grandes entreprises, en particulier, l’action de camarades isolés doit être soutenue en permanence par une intervention extérieure développant par tracts, feuilles, bulletins, les perspectives de lutte et les mots d'ordre appropriés.
IV) DANS QUEL SYNDICAT MILITER
Si l'axe général de notre travail est l'intervention dans la C.GT., dans un certain nombre de secteurs, la C.F.D.T. est aujourd'hui le plus fort et regroupe des militants combatifs, alors que la C.G.T. est très minoritaire et bureaucratisée.
Dans ces cas, un travail syndical peut être engagé dans la C.F.D.T. après accord avec la direction de ville et le C.C.
D'autre part, la préparation du congrès de 1970 donne lieu à un débat important dans la C.F.D.T.; des textes et une intervention centralisée devraient permettre de développer un travail de fraction et de regrouper les militants sur des bases de classe, et des perspectives politiques révolutionnaires.
Amendement :
Le militantisme dans la C.FD.T., lorsqu'il sera pratiqué (sections combatives et implantées) se heurtera aux Éfficuités suivantes, issues notamment de la composition sociale particulière de ces sections (importance des techniciens, dessinateurs, etc.) :
1 — au niveau de la pratique syndicale, on rencontre d'une part, même chez les « gauchistes », un refus de critique radicale de l'appareil, dont l'opportunisme est perçu comme un travers mineur, et d'autre part, une tendance à tomber dans la logique du « tout ou rien » (ou la grève illimitée ou l’absentéisme).
2 — au niveau idéologique, la plus grande confusion règne, par exemple sur la question du parti, entre ceux qui s'orientent vers un syndicalisme révolutionnaire en refusant le Parti, et ceux ‘qui acceptent formellement la nécessité du parti sans en tirer de conséquence dans leur travail syndical.
Le militantisme dans la C.F.D.T. devra donc s'efforcer de révéler la nature SRpornEte de l'appareil, de fournir des perspectives permettant de briser la logique du tout ou rien, de tendre à une clarification politique.
L'ampleur de ces questions et leur actualité, la variété des expériences, exigent qu'un débat s'instaure au plus vite à leur sujet dans l'organisation. Le C.C. est chargé de lancer ce débat dans les plus brefs délais, et de sanctionner la discussion par des thèses publiques.
Unanimité (moins un : ne prend pas part au vote).
V) L'UNITE SYNDICALE
À mesure que se développent les affrontements avec le capitalisme, des clivages nouveaux, des mutations et des regroupements s'opèrent au sein du mouvement syndical. Dès maintenant la montée et la radicalisation des luttes inquiètent les capitalistes qui suscitent des regroupements réactionnaires (syndicats maison, syndicats fascistes). Parallèlement, les travailleurs ressentent plus que jamais la nécessité d'une réunification du mouve-
ment syndical : la réalisation de l'unité se heurte à la résistance des bureaucraties qui entretiennent volontiers un patriotisme d’organisation. Par-dessus les frontières placées entre les organisations, les révolutionnaires ont a enclencher un processus unitaire à pee des éléments les plus radicalisés se trouvant dans la C.G.T. et la C.FD.T.
Sur ce terrain, il ne s’agit pas de proclamer l'unité syndicale d'utilité publique, mais d'ouvrir partout les discussions les plus larges sur le thème « l'unité pourquoi faire ? », d'où peut sortir, dans un premier temps, une plateforme d'unité d'action.
III. RESOLUTION SUR LE CONTROLE OUVRIER
Le contrôle ouvrier fait partie intégrante d'une stratégie de transition. Il en est un élément fondamental, mais ne saurait se substituer à un programme.
Les caractéristiques de la situation française lui donnent une importance particulière :
1) Caractérisation de la période
— la crise du capitalisme français et la crise du régime gaulliste font de la période qui s'est ouverte une période d'instabilité sociale. L'impossibilité de la bourgeoisie de céder sur le plan économique amène à la transformation de toute lutte économique en lutte politique.
— la classe ouvrière manifeste, du moins dans les secteurs en pointe, une combativité se traduisant par des luttes partielles dures.
. — les revendications mises en avant dans ces luttes mettent directement en cause la condition ouvrière et l'organisation capitaliste du travail.
— la possibilité pour quelques centaines de travailleurs de passer totalement une usine, ou une branche d'industrie, mais ’isolement de leur combat par les bureaucraties ouvrières a amené l'échec de tous les mouvements.
Ceux-ci, pour aboutir, supposent la généralisation de la lutte et la mise en avant de mots d'ordre unificateurs.
Les mots d'ordre de contrôle ouvrier constituent une réponse à cette situation.
2) Le contrôle ouvrier
Si de nombreux travailleurs comprennent aujourd'hui que les luttes ouvrières ont une portée politique, ils restent encore pri- _ sonniers de l'opposition réformiste reprise par le P.C-F. entre le programme minimum (revendications restant dans le cadre du capitalisme) et programme maximum (la prise du pouvoir). Il est vrai que la majorité de la classe ouvrière ne sera jamais convaincue par la seule agitation et la propage de la nécessité du socialisme. C'est seulement si elle peut être convaincue
pe l'expérience que le pouvoir des travailleurs est la seule possiilité de satisfaire ses aspirations que la lutte pour le socialisme devient possible.
Les mots d'ordre de contrôle ouvrier permettent précisément de faire la part entre les renvendications immédiates et la lutte pour le pouvoir.
Le contrôle ouvrier ne peut être avancé pour lui-même. Mais c'est à l'occasion de luttes contre les licenciements, les cadences, que peuvent être formulés des mots d'ordre de contrôle ouvrier : contrôle ouvrier sur les licenciements, contrôle ouvrier sur les conditions de travail, etc.
Le contrôle ouvrier se pratique à partir d'un point précis, mais il implique une urgence dans les affaires patronales qui débouche sur une épreuve de force avec la bourgeoisie, non seulemerñt au niveau d'une catégorie ou d'une branche d'industrie, mais de toute la société.
L'instauration du contrôle ouvrier aboutit donc rapidement à un affrontement politique avec la bourgeoisie.
L'instauration du contrôle ouvrier suppose l'existence de forces organisationnelles (comités d'usines), capables de devenir l'embryon d’un double pouvoir permettant l'épreuve de force finale avec la bourgeoisie.
En mettant à jour les mécanismes de l'exploitation capitaliste et en s'opposant au « fonctionnement normal » de l'entreprise ou de la branche d'industrie, le contrôle ouvrier vient à aggraver la crise du système en même temps qu'il éduque la classe ouvrière dans un esprit de méfiance à l'égard du patronat et de la bourgeoisie et dans la compréhension qu'ils doivent prendre en main leur propre sort.
Le contrôle ouvrier est la seule réponse aux luttes dures qui se mènent à l'heure actuelle contre les conditions de travail, les licenciements, les fermetures d'usines.
Mais sa mise en avant suppose un travail considérable de préparation dans le mouvement ouvrier.
Aussi le Congres décide-t-il d'engager une campagne sur le thème du contrôle ouvrier et mandate le C.C. pour organiser cette campagne.
a) Propagande et agitation
Cette campagne doit être une campagne de propagande et d'agitation. Elle doit à la fois être claire sur le plan politique et ne pas laisser subsister la moindre illusion réformiste, elle doit par ailleurs partir d'exemples précis de luttes, pour montrer comment celles-ci pourraient déboucher sur le contrôle ouvrier.
Cette campagne sera menée tant à partir du journal que des feuilles d'agitation qui se saisiront de toute occasion, pour intervenir dans la perspective du contrôle ouvrier.
b) Centralisation
L'organisation d’une telle campagne nécessite une centralisation de toutes les informations. C'est seulement si la rubrique ouvrière du journal peut être alimentée régulièrement en articles sur le thème du contrôle ouvrier que la campagne prendra toute son efficacité.
c) Le lancement d'une telle campagne implique la formation de toute l'organisation sur le problème des revendications transitoires et du contrôle ouvrier.
Votée à l'unanimité — 4 abstentions — 1 N.P.P.V.
IV. RESOLUTION SUR LE TRAVAIL D'AGITATION REVOLU- TIONNAIRE
1) Parler du «travail ouvrier» est le reflet de la situation organisationnelle que nous traversons. Le «travail ouvrier » est l'activité d'un groupe d'avant-garde non implanté dans la classe, en direction des travailleurs dns les entreprises. Sa finalité est la transcroissance du groupe en parti, c'est-à-dire de gagner à l'organisation un certain nombre de «cadres ouvriers », de dirigeants de la classe, sans lesquels il est impossible de faire la démonstration pratique, aux yeux de l'ensemble de la classe, que militer sur notre ligne est plus efficace que militer à partir de toute ligne réformiste ou ultra-gauche.
2) Si nous voulons réussir cette transcroissance au travers de la période de haute activité du prolétariat que nous traversons, nous ne pouvons seulement attendre qu'émerge la nouvelle avantgarde ouvrière qui apparaît maintenant dans les usines, de nouveaux dirigeants. Nous ne pouvons pas plus substituer à la génération de cadres qui maintenant restent sous l'emprise idéolo-
ique ou organisationnelle des staliniens, des dirigeants venus e l'extérieur. Ces deux solutions signifieraient un processus très long d'implantation — et auraient pour conséquence la destruction d’une génération de dirigeants ouvriers.
3) Parmi les travailleurs qui actuellement se détachent de l'influence stalinienne, se distinguent en première analyse deux courants : un courant jeune politiquement et pratiquement, relativement ample, composé pour l'essentiel de militants de mai et un courant beaucoup plus restreint de militants formés au travail dans les entreprises. Dans un premier stade « les jeunes » se tournent sans réticence de critères vers les organisations d'avantgarde et attendent d'elles de façon confuse ce qu'ils attendraient d'un véritable parti révolutionnaire. D'un autre côté, une série de militants formés sont à des degrés divers ébranlés par l'échec du stalinisme. Ils ne sont pas pour autant prêts à rompre organisationnellement avec le P.C.F. (que ces militants soient ou non membres du parti), aussi longtemps que les groupes d'avantgarde n'apparaissent pas comme une force ouvrière organisée nationalement et localement.
Nous devons avoir pour buts à la fois de gagner ces cadres qui seuls sont capables de former la nouvelle avant-garde de jeunes à ses tâches militantes, et à terme de l'attacher à notre courant, et en même temps d'organiser autant que faire se peut les travailleurs plus jeunes, de jouer vis-à-vis d'eux un tant soit peu le rôle de parti qu’ils attendent de nous. C'est dans une grande mesure par notre capacité à organiser et à diriger le travail militant de ces jeunes travailleurs que nous pourrons gagner ces cadres indispensables à tout travail ultérieur. Trouver, développer
: les voies concrètes de cette progression dialectique, telle est la tâche principale du « travail ouvrier » de l'organisation.
4) En ce sens, et en dehors de travail syndical (voir résolution), l’activité de l’organisation ne peut se limiter à la vente du journal et à la distribution de tracts généraux, mais doit être centrée autour d'un travail d’agitation révolutionnaire.
L'agitation révolutionnaire comporte deux facteurs :
— développer des idées révolutionnaires dans les masses, — former et organiser l'avant-garde.
Elle doit être menée en premier lieu au travers de bulletins locaux, journaux d'entreprise, feuilles de toute sorte qui, à partir d'événements locaux ou nationaux, de luttes circonstancielles ou plus générales, de faits divers mêmes, amèneront des explications politiques claires, amèneront le contrepoison révolutionnaire aux idées et explications conservatrices de la bourgeoisie et du P.C.F. I1 faut chercher à associer à la rédaction, confection, distribution si possible, de tels bulletins, des groupes de militants ouvriers, tout en comprenant que ce ne sera pas de ces groupes que peut venir l'éclairage politique, mais qu'au contraire ces groupes attendent implicitement de nous la direction politique de leur travail.
5) Notre perspective est la construction de cellules d’entrepie et dans ce but il ne faut pas hésiter à mettre en place ocalement des structures organisationnelles transitoires (exemple : Taupe Rouge, Comité interentreprise, etc.), structures qui peuvent permettre le démarrage de cette agitation révolutionnaire.
Ces structures militantes ne sont pas l'ébauche d'une organisation parallèle, mais quelle que soit la compréhension des travailleurs qui y participent, doivent être comprises comme, d'une part, une espèce d’antichambre de l'organisation, d'autre part comme un moyen d’aguerrir à l'épreuve d'une pratique de masse différente l'organisation et ses militants.
La fonction de ces structures est double : à la fois offrir aux militants ouvriers un cadre organisateur qui n'implique pas immédiatement un choix décisif vis-à-vis de tel ou tel groupement politique et à la fois permettre à nos militants de faire la preuve concrète de leurs capacités politiques et organisationnelles. La condition du succès de telles structures est dans l’hégémonie politique de fait de notre courant en leur sein, et dans leur capacité à réaliser une série de tâches militantes qui dépassent ce que l'organisation pourrait faire à elle seule.
En dernière analyse, l'existence de telles structures est une conséquence de notre faible implantation ouvrière, du fait que nous n'apparaissons pas, dans la plupart des villes, comme une organisation ouvrière, mais comme un groupe d'étudiants révolutionnaires. C'est donc avec une certaine méfiance que les travailleurs d'avant-garde se tournent vers nous. Ces structures transitoires atteignent leur but lorsque les travailleurs y participent, de sympathisants de nos idées deviennent des militants qui construisent une organisation et en compren-
il
nent les faiblesses actuelles. Lorsque l'organisation aura perdu localement son caractère essentiellement étudiant, et cela doit se traduire notamment dans l'amélioration sensible de sa presse et de ses tracts, ses structures transitoires perdant probablement de leur actualité.
6) Sans vouloir définir a priori une forme précise du bulletin ou feuille d’agitation, toutes ces feuilles doivent viser à combiner un travail d'explication politique avec des informations d'entreprise.
La circulation de ces informations au sein d'un même trust à l'intérieur d'une ville ou d'un secteur formant une certaine unité géographico-politique, permet de briser la structuration verticale que donne à la classe ouvrière tant les appareils syndicaux que l'organisation patronale, et va à l'encontre de la politique de fractionnement des luttes des réformistes.
Pour une part les explications politiques doivent partir des mille et une choses qui font la vie quotidienne du travailleur, aussi bien les événements politiques importants, que les menson- Fe de la presse locale, aussi bien le licenciement d'un travaileur, qu'un accident de travail.
Par ailleurs ces feuilles doivent véhiculer au moins sous une forme élémentaire nos idées sur tous les problèmes de la transition. C'est par eux que doit passer toute une part de la campagne sur le contrôle ouvrier, qui fondamentalement vise à armer les travailleurs en vue des crises et soubresauts que nous rencontrerons probablement dans les mois et les années à venir. C'est par eux également que doit passer toute une propagande en faveur du socialisme; de notre compréhension du socialisme et de la démocratie soviétique, c'est-à-dire assurer un rôle de formation communiste.
7) L'organisation de la solidarité matérielle à toute grève laissée pour compte par les syndicats est une tâche qui doit être mise au premier plan dans toutes les villes ou secteurs où elles se produisent. pornsaton de la solidarité est le plus sûr moyen de montrer à une échelle large qu'il n'y a pas de coupure de classe entre les groupes d'étudiants révolutionnaires et les travailleurs, facteur décisif dans la méfiance « naturelle » des travailleurs envers les groupes d'avant-garde.
8) Le sérieux et la régularité du travail, de l'apparition des camarades aux portes des entreprises est une condition décisive de succès. En particulier les périodes de vacances universitaires ne doivent pas se traduire par la disparition des militants.
Vote — unanimité — 1 N.P.P.V.
V. RESOLUTION SUR L'UNITE DES REVOLUTIONNAIRES
L'unification des courants révolutionnaires constitue un objectif politique important de la Ligue. Cette unification ne peut tre conçue comme une tentative de fusion des multiples goupes locaux et nationaux sur la base de concessions mutuelles et de synthèse politique. Elle ne dépend pas de la « bonne volonté » ou
de la «largesse d'esprit» des divers groupes révolutionnaires. Parmi les groupes existants, certains sont de pures sectes (A.J.S., HR. LO. etc.), d'autres formalisent l'idéologie révolutionnariste du milieu étudiant (anarcho-maoïste).
L'unification des révolutionnaires ne peut se réaliser que sur les bases programmatiques du marxisme révolutionnaire. Elle doit être conçue comme une bataille politique de l'organisation. À cette bataille, notre organisation doit se préparer sérieusement en développant sa propre élaboration et sa pratique politique. Il ne saurait être question d'engager des initiatives unitaires dont, en raison de notre impréparation ou de notre faiblesse, nous ne pourrions en assumer les conséquences.
Ce préalable admis, le Congrès mandate le C.C. de la Ligue afin qu'il engage une politique de front unique circonstanciel avec les groupes révolutionnaires chaque fois que l'unité d'action s'avère possible et souhaitable. L'action menée en commun se justifie en premier lieu par des critères d'efficacité politique de l'intervention révolutionnaire dans la lutte des classes. Mais elle crée également les conditions favorables aux discussions, à l'échange d'expériences, à la confrontation entre divers courants.
Les conférences des groupes révolutionnaires, nationales ou par secteurs d'interventions, constituent une arme parmi d'autres dans la bataille pour l'unification.
Le Congrès mandate le C.C. pour organiser de telles conférences dans les conditions définies ci-dessus.
VI. RESOLUTION SUR LA JEUNESSE SCOLARISEE
I — NATURE, FONCTION ET LIMITES DU MOUVEMENT ETUDIANT
1) La sensibilité politique accrue du milieu étudiant repose sur le cumul des contradictions superstructurelles : la crise idéologique de l'ensemble de la jeunesse, la crise institutionnelle de l'université, les problèmes de la structure de l'emploi concernant les travailleurs intellectuels.
2) Ainsi, plaque sensible entre toutes, peu docile à l'emprise des organisations staliniennes, le milieu étudiant constitue la première Tigne de faillite où se concrétise la crise du stalinisme par le surgissement de nouvelles avant-gardes renouant avec l'internationalisme. Ces avant-gardes ont permis la structuration politique d'un mouvement étudiant de masse.
3) Néanmoins ce mouvement étudiant se débat dans une contradiction qu'il peut s'efforcer de surmonter mais non de résoudre. La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste, entre le développement des forces productives et le maintien des rapports de production affecte l'université qui doit répondre en même temps :
— d'une part au développement des forces productives par la
hausse globale du niveau de qualification au prix d'une hausse des coûts sociaux de formation ;
— d'autre part au maintien des rapports de production par la parcellisation des connaissances et le maintien des profits privés de chaque capitaliste.
La bourgeoisie tente de répondre à cette contradiction par des mesures elles-mêmes bâtardes et contradictoires. Le mouvement étudiant alimenté conjointement par la crise de l'idéologie bourgeoïise et celle des structures de formation ne peut pas davantage répondre seule à cette contradiction qui concerne les fondements mêmes du capitalisme. Il est incapable d'une autonomie politique et programmatique à l'égard de la classe ouvrière.
4) Il en résulte que le mouvement étudiant est écartelé entre Sa vocation révolutionnaire et les limites objectives du milieu étudiant, entre son caractère de masse et sa fonction de substitut d'avant-garde, d'avant-garde tactique, à une époque où, maillon faible du système politique, à la fois envers la bourgeoisie et sue le mouvement stalinien, il se trouve placé à l'avant-garde
es luttes.
II — TRAJECTOIRE DU MOUVEMENT ETUDIANT
1) L'histoire récente du mouvement étudiant français porte la marque de ce dilemne. Après la guerre d'Algérie, en période d'accalmie relative des luttes ouvrières, le mouvement étudiant s'érige en mauvaise conscience du mouvement ouvrier. À la rationalité bâtarde de la bourgeoisie, il oppose sa propre rationalité programmatique. Il compte sur l'efficacité de la raison du verbe pour dévoiler les contradictions du capitalisme et les voies du socialisme sans avoir à compter sur un rapport de force auquel fait défaut la mobilisation ouvrière.
2) En période de remontée des luttes révolutionnaires marquée notamment par la grève de Rhodia, les manifestations du Mans et de Caen, le mouvement étudiant animé par les groupes révolutionnaires issus de l'U.E.C. redécouvre la réalité du mouvement ouvrier et la possibilité de jonction avec lui. Il se constitue dans cette période en groupe de pression sur le mouvement ouvrier au travers de liaisons intersyndicales sur les problèmes communs : formation, Sécurité sociale. Pendant ces années le mouvement étudiant qui se développe se coule dans les structures préexistantes du corporatisme étudiant où il trouve un cadre d'élaboration idéologique et une enseigne vaguement syndicale qui légitime ses prétentions face au mouvement ouvrier.
3) Le mouvement étudiant ne pouvait demeurer éternellement sur cette corde raide, dans le sillage du mouvement ouvrier sous hégémonie stalinienne. Il devait soit se soumettre en réintégrant le giron des forces démocratiques, soit s'appuyer sur la disponibilité du milieu pour prendre seul l'initiative des luttes et tenter de rompre le statu-quo de la lutte des classes. À cet égard, la grande grève de novembre 1967 à Nanterre marque une charnière
où le mouvement étudiant éprouve ses limites et son impuissance en tant que groupe de pression syndical. Dès lors les structures classiques de lutte héritées du corporatisme apparaissent comme un carcan, avec le 22 Mars ce sont les groupes d’avantgardes qui prennent l'initiative de fondre les pratiques politiques éclatées du mouvement étudiant dans un courant anticapitaliste, antibureaucratique, anti-impérialiste. À partir de ce tournant, le mouvement étudiant n'évolue plus dans des cadres qu’il subit; il est structuré par des groupes d’avant-gardes, en fonction de projets politiques qui lui viennent du dehors. Le mouvement étudiant acquiert dans cette mutation le moyen de jouer le rôle spécifique d'avant-garde tactique, de détonateur et d'accélérateur de la lutte des classes, plus par ses formes de luttes exemplaires que par leur contenu programmatique.
4) Aujourd'hui, les formes de luttes ne suffisent plus pour que le mouvement étudiant joue un rôle d'avant-garde tactique. Après mai, pour que ces actions aient un sens pour les travailleurs, elles doivent présenter des éléments de stratégies alternatives au P.C.F., ayant un contenu programmatique. Tel qu'il est, le mouvement ne peut jouer ce rBle, Il n'en a ni les capacités politiques, ni les moyens organisationnels. Sur le plan politique, les mots d'ordre ne peuvent être élaborés à partir du mouvement étudiant lui-même, mais à partir d’une compréhension globale de la lutte des classes, de l'état de la mobilisation ouvrière. Sur le plan organisationnel des structures unitaires classiques, telles que l'UN.E.F, partout en crise, ne peuvent plus répondre à ces tâches. Elles incarnent une représentation mystifiée de l’homogénéité et de l'autonomie politique du mouvement étudiant. L'U. N.E.F. n'est plus qu'une enveloppe unitaire formelle pour arlequnade de courants révolutionnaires d'orientations stratégiques
ifférentes. L'éclatement du mouvement étudiant en courant polique et leur polarisation autour des groupes d’avant-gardes s'accélèrent.
5) Les C.A. sont issus de la reconversion du mouvement étudiant en mouvement politique animé par les avant-gardes. En tant que structures unitaires de mobilisation du mouvement, ils n'ont de permanence que dans le sigle; politiquement leur existence demeure intermittente et sporadique, liée à des actions, des campagnes et des échéances précises. Dans la période de creux des luttes, eux se polarisent autour des avant-gardes pour y trouver des réponses stratégiques. Le démembrement de l'université, l'atomisation du milieu étudiant par la réforme E. Faure contribue à l'éclatement organisationnel du mouvement étudiant.
6) Il en résulte que le mouvement étudiant aura de plus en plus de difficulté à assumer un rôle de substitut d'avant-garde. Dès maintenant, il doit s'effacer au fur et à mesure que le développement de l'avant-garde stratégique lui permet de jouer pleinement son rôle en milieu étudiant.
III — NOS TACHES 1) Notre tâche prioritaire dans la période qui s'ouvre est l'af-
firmation organisationnelle autonome de la Ligue dans la jeunesse scolarisée.
Pour mettre un cran d'arrêt aux tentations et dégénérescences spontanées du mouvement étudiant face à ses contradictions : le réformisme et le révolutionnarisme. Il importe à cet égard que la Ligue n’apparaisse pas comme une avant-garde étudiante, mais comme une organisation d'avant-garde intervenant dans le milieu étudiant. En particulier, la Ligue doit structurer sous son contrôle une trame rouge qui intervienne à la fois au sein et hors de l'université (sur les grands ensembles et les entreprises) pour donner une alternative au populisme latent du mouvement étudiant et investir les forces militantes nécessaires au développement prioritaire de l'implantation ouvrière.
2) Les cercles rouges et les cellules de la Ligue doivent définir pour le mouvement étudiant des initiatives politiques tactiques à partir de la situation politique d'ensemble, nationale et internationale. Dans cette perspective, il importe d'être capable de proposer des initiatives tactiques portant sur des problèmes universitaires, même si la conscience politique du mouvement étudiant est déterminée avant tout par la lutte des classes dans son ensemble, et les forces extra-universitaires. À cet effet, l'analyse actuelle de l'institution universitaire constitue une urgence dans la mesure où seule une connaissance précise de sa réalité actuelle en mutation permet de définir de façon précise les structures de mobilisation du mouvement (C.A. brigade d'intervention) et leur fonction.
3) En conséquence, l'intervention dans le milieu universitaire suppose la combinaison de trois structures :
— les cellules de la Ligue et les cercles rouges qui assureront une permanence politique au sein du mouvement et introduisent un point de vue politique qui domine le cadre universitaire au lieu d'en être le simple produit.
— les structures de mobilisation du mouvement qui vivent de façon intermittente et sporadique et dont la permanence politique ne peut reposer que sur notre ne monie politique. Cela signifie que les structures unitaires, U.N.E.F. ou C.A. peuvent encore jouer un rôle, à condition que nous les animions, la conquête des À.G.E. demeure un objectif important, à spécifier selon les cas.
— les camarades de la Ligue doivent distinguer entre les structures intermittentes de mobilisation du mouvement et les structures conjoncturelles de lutte du milieu : comité de grève, de département, etc.
Le C.C. est mandaté pour répondre aux tâches qui découlent de ce qui précède : brochure sur l'historique et le rôle actuel du mouvement étudiant, analyse de la réalité actuelle de l'université, propositions précises tactiques pour intervenir dans la décomposition des structures unitaires (U.N.E.F.) qui ne disparaissent pas pour autant de but en blanc. Dans cette période où l'intervention étudiante doit subordonner aux priorités du travail ouvrier, et où les problèmes tactiques dans le mouvement supposent une direction réelle du travail étudiant, elle est placée sous la direc-
tion de la direction de ville ou de Congrès, sous le contrôle politique de la commission étudiante du C.C. Cette commission doit organiser régulièrement des conférences nationales sur la Ligue en milieu étudiant et sur des problèmes précis dans les plus brefs délais : U.N.E.F. M.N.E-F, situation actuelle de l'université, la lutte contre l'embrigadement de la jeunesse, stages communs, santé-étudiants.
Votée : pour unanimité — 1 N.P.P.V.
Amendements à la résolution sur la jeunesse scolarisée acceptés par le rédacteur, vote bloqué avec le texte principal.
— La trame rouge doit permettre d'assumer les initiatives mises en avant par la Ligue.
— Jes mots d'ordre universitaires mis en avant, de même que la prise des structures U.N.E.F. doit s'inscrire dans le cadre de la lutte contre les mécanismes d'intégration et les courants réformistes.
VII. RESOLUTION SUR L'ORGANISATION DU TRAVAIL ENSEIGNANT
Les tâches militantes des enseignants de la Ligue ne se limitent pas à leur intervention syndicale : ils participent à l'ensemble des tâches de la Ligue.
1) Tout enseignant de la Ligue est syndiqué, en règle générale, à la F.E.N. (pour certaines catégories, le travail à la FE.N-CGT. doit être envisagé).
2) Tout enseignant de la Ligue est «ami de l'Ecole émancipée ».
3) Les militants enseignants participent à la vie de leur syndicat et militent dans le groupe Ecole Emancipée de leur département.
4) Les militants enseignants luttent dans l'E.E., en respectant ses règles de fonctionnement, pour que leur orientation politique soit adoptée.
5) Comme dans tous les secteurs d'intervention de la Ligue, le travail enseignant sera organisé systématiquement aux niveaux national, régional et local sous le contrôle direct des instances dirigeantes correspondantes. La Commission Nationale Enseipans sera représentée à la Commission Jeunesse Scolarisée (et
chacune de ses sous-commissions), à la Commission Ouvrière Syndicale et à la Commission Presse-Propagande.
6) Sous contrôle du CC. la Commission Nationale, en liaison avec les directions régionales, doit organiser des stages régionaux
et nationaux dans le but de former l'ensemble des camarades enseignants, et d'assurer leur contribution à l'élaboration de la ligne dans leur secteur.
Dans l'immédiat :
7) Le Congrès mandate le C.C. pour organiser un stage natio nal Enseignant, chargé de mettre sur pied :
— un programme de travail pour l'élaboration de nos positions, — la politique de formation dans ce secteur.
Ce qui suppose que chaque ville envoie son ou ses représentants les plus qualifiés.
Ce stage prévoira l'organisation d'un premier stage de formation dans chaque région, auquel tous les enseignants de la Ligue devront participer. .
Ces stages régionaux auront lieu avant la fin de l'année scolaire.
8) Le Congrès mandate le C.C. pour qu'il mène, avant la prochaine rentrée scolaire, une discussion politique de fond sur le travail enseignant et sa place dans la dialectique des secteurs d'intervention de l'année. Cette discussion devra être sanctionnée par une résolution d'ensemble transmise immédiatement aux villes.
9) Un travail d'implantation doit être organisé dans toutes les Ecoles Normales, le minimum dans ce domaine étant la vente systématique de Rouge. La coordination des normaliens de la Ligue doit être amorcée dès maintenant dans la Commission Nationale Enseignante. L
10) En liaison avec la Commission Jeunesse Scolarisée, la Commission Enseignante devra définir une position précise sur :
— la formation professionnelle des enseignants ;
— les questions pédagogiques et, en particulier, le problème des examens.
Votée à l'unanimité — 1. N.P.P.V.
VIII. RESOLUTION LYCEENNE
1) Le projet de l'organisation politique de masse, compris dans
le cadre de l'Université Rouge, se justifiait par la nécessité d’as- - sumer la continuité politique et organisationnelle du mouvement issu de mai, et par la nécessité d'en assurer l'encadrement et la politisation dans un cadre plus large que les organisations politiques existantes. La résolution lycéenne du C.L. d'août indi-
quait : « En fonction de ces objectifs, il importe qu'existe une organisation nationale de masse, axée principalement sur la lutte, et dans laquelle les débats n'ont de raison d'être que s'ils débouchent sur la mobilisation d'un secteur. Il s’agit, dans le cadre des C.AL., de former des militants capables d'encadrer politiquement ce secteur...» L'objectif est donc clair et répondait aux conditions politiques de la rentrée : il s'agissait d'organiser l'ensemble du mouvement, en vue d’une intervention dans le milieu.
Mais le projet d'organisation politique de masse, capable de percer sa stratégie en fonction d'une compréhension de la situation politique générale, capable d'assurer la jonction avec la classe ouvrière, avait pour base implicite la possibilité d'existence d'une organisation vivant et intervenant en permanence, capable d'assurer une continuité politique entre ses différentes interventions et actions, et surtout cabeblé de progresser politiquement et linéairement, en un mot, d'une organisation jouant un rôle d'avantgarde tout en gardant un caractère de masse. De plus, une telle organisation devait pouvoir s'autonomiser par rapport aux organisations d'avant-garde qui y intervenaient.
2) Si nous nous fixons comme perspective, pour la création de la Ligue, de constituer des cellules de base dans les différents secteurs à même de concevoir leur stratégie dans ces secteurs en liaison étroite avec une intervention ouvrière, cela nécessite et le raffermissement des cellules lycéennes, et le développement plus large des cercles rouges, avec une fonction bien précise : offrir un cadre de regroupement aux militants révolutionnaires qui sont apparus dans les lycées, et pour qui les C.A.L. sont des structures transitoires et parfois frustrantes.
Il faut bien souligner qu'il n'y a pas de contradiction entre le développement des CAL. et des cercles rouges, que promouvoir la constitution des cercles rouges partout et en masse ne signifie nullement signer l'arrêt de mort des C.A.L. Il s'agit simplement de comprendre les tâches et la fonction précise de chacune des structures :
a) Après l'analyse faite plus haut des C.AL., nous devons plus que jamais souligner que leur rôle est essentiellement d'être les pôles de regroupement des lycéens en lutte, de pouvoir dans les périodes précises (manifestation à préparer, lutte antifasciste à mener, campagne sur des revendications lycéennes…) être les structures larges et unitaires axées sur la mobilisation du milieu. Mais en aucun cas, nous ne devons cautionner le mythe des C.AL. conçus comme le lieu permanent et continu de réflexion politique et d'intervention « tous azimuths ». Nous devons nous attendre à des hauts et des bas dans la vie des C.AL. liés à la fluctuation des luttes, et au lieu de tenter de faire vivre à bout de bras et artificiellement des structures parfois sans fonction pendant toute une période, admettre, et surtout expliquer le caractère limité et ponctuel de telles structures.
Il ne s’agit pas, encore une fois, de distinguer schématiquement des périodes où tout marche bien dans les CAL. alternant avec des périodes de léthargie, mais comprendre que suivant les
circonstances locales, dans un lycée, une ville, l’activité du C.AL. est directement liée aux conditions objectives de mobilisation du milieu, et aux nécessités politiques de l'heure, mais qu'il n'y a pas synchronie entre la mobilisation «permanente» du « mouvement » et celle du milieu.
b) Les cercles rouges
Assumant aux Iycéens la continuité entre les différentes actions menées, pouvant, parce que sous-tendus directement par la Ligue, concevoir une stratégie en fonction de la situation politique générale, les cercles rouges sont les lieux de regroupement, d'organisation et d'intervention de la partie avancée du mouvement. Comme cela se fait déjà dans certains cercles rouges lycéens de Paris et de province, les militants sont associés dans les cercles rouges à la dimension organisationnelle qui fait défaut aux CAL.
Dans une période où l'apparition autonome des militants d'avant-garde par rapport au P.C. devient une nécessité, le développement des cercles rouges dans les différents secteurs permet la mobilisation non plus seulement du mouvement étudiant et lycéen, mais de l'avant-garde en gestation, et permet de présenter à la classe ouvrière un pôle extérieur clairement délimité par rapport aux manifestations anarchiques et provocatrices d’une partie du mouvement étudiant (cf. manifestation du 12).
c) La trame Rouge
La notion de trame rouge caractérise en fait l'existence d'une organisation nationale implantée dans les lycées à même de fixer des perspectives d'intervention dans tel ou tel lycée, suivant les conditions locales.
Si dans un premier temps «la trame rouge» se confondait avec l'appareil et la ligne politique des C.A.L., nous devons maintenant manifester l'autonomie de position et d'intervention des militants rouges, quitte à faire réapparaître occasionnellement le sigle C.AL. Aïnsi un bulletin de la tendance rouge des C.AL. ne se justifie pas dans la mesure où rien que le titre envisage la posibilité d'élaboration politique permanente des CAL. par contre la publication d'un bulletin de liaison interne des cercles rouges lycéens s'ajoutant à une rubrique lycéenne de Rouge servirait de cadre à notre intervention.
Votée à l'unanimité — Un ne prend pas part au vote.
COMMISSION CET.
La commission C.E.T. du Congrès de constitution de la Ligue s'est réunie en une première séance de travail. Il en ressort la direction de travail qui suit :
1) Développer au niveau de chaque ville où il sera possible, une feuille agitatoire type Apprenti enchaîné qui, partant de pro-
blèmes concrets et locaux, développera une explication politique.
2) Le travail C.E.T. devra être coordonné au niveau national, centralisé, n'étant plus laissé au hasard des régions et des villes.
3) Dans la place des C.E.T. dans le processus général d'exploitation capitaliste, le travail C.E.T. se distingue totalement du travail en milieu lycéen et il est en rapport direct avec le secteur ouvrier. Aussi, la commission demande au C.C. de former une commission C.E.T. qui aura pour tâche de centraliser le travail et de préparer une conférence nationale C.E.T.
IX. RESOLUTION SUR L'INTERNATIONALE
Considérant la nécessité d’une Internationale répondant au caractère international de la lutte des classes,
Considérant l'urgence de la construction d'une telle Internationale dans la période de déclin du stalinisme, d'ébranlement de l'impérialisme, manifestée par une montée révolutionnaire sans précédent dans l'histoire de l'humanité,
Considérant le rôle historique de la IV° Internationale dans le maintien et le développement dans la période d'apogée du stalinisme du programme marxiste-révolutionnaire,
Considérant le rôle actuel de ses sections et de son programme (Congrès mondial de réunification notamment) dans la compréhension stratégique de la période, dans l'émergence et l'éducation de nouvelles générations révolutionnaires,
Considérant que la IV‘ Internationale constitue le cadre organisé à partir duquel peuvent être posés et résolus les nombreux problèmes stratégiques de la période,
Considérant que l'adhésion de la Ligue Communiste à la IV* Internationale contribue à renforcer son rôle dans la perspective d'édification d’une Internationale Marxiste Révolutionnaire implantée dans les masses :
LE PREMIER CONGRES DE LA LIGUE COMMUNISTE DE- MONDE SON ADHESION A LA QUATRIEME INTERNA-
Votée par : 203 pour — 46 contre — 1 abstention — 1 N.P.P.V.
Le Congrès mandate le C.C. pour élire les délégués de la Ligue au 9 Congrès Mondial qui demanderont la reconnaissance de la Ligue comme section française de la IV‘ Internationale. L'article I sera alors inclus aux statuts.
Statuts de la Ligue communiste
La Ligue est composée des militants révolutionnaires qui acceptent sa plateforme et ses statuts.
Article 1. — La Ligue est affiliée à la Quatrième Internationale dont elle est la section française.
1 — CONDITIONS D'ADHESION
Article 2. — Chaque militant adhère à l'organisation de base qui en réfère au bureau de ville pour ratification.
Article 3. — Le militant est soumis au contrôle et aux décisions de son organisation de base.
Article 4. — Tout nouvel adhérent est d'abord stagiaire.
Article 5. — Statut du stagiaire : a) L'admission d'un stagiaire doit être Repree par les deux tiers des membres de la cellule par un vote à bulletin secret. b) Le stagiaire est soumis à la discipline de l'organisation. Il vote à titre indicatif et n'est pas éligible. Il ne participe pas aux divers Congrès, sauf dérogations accordées par les directions correspondantes. c) Aucun militant ne peut rester stagiaire plus de 18 mois.
Article 6. — Satut du membre : Après un minimum de six mois d'activité dans sa cellule, le stagiaire peut devenir membre par décision des deux tiers des membres de sa cellule par vote à bulletin secret, sur les critères suivants : compréhension de la plateforme de la Ligue ; participation régulière à ses activités. Ce vote doit être ratifié par le bureau de ville, ou à défaut par l'instance supérieure.
Article 7. — La demande d'adhésion de responsables provenant d'autres organisations, ainsi que l'adhésion de groupes, est soumise à l'approbation du Comité Central à la majorité des deux tiers. Il en va de même pour la demande de réadhésion d'anciens membres de l'organisation.
Article 8. — L'adhérent qui change de lieu de travail ou de
domicile doit en informer le bureau de ville, ou à défaut l'instance supérieure, qui assure sa mutation de cellule.
II — STRUCTURES DE LA LIGUE Article 9. — La structure de base de la Ligue est la CELLULE.
a) Il existe des cellules d'entreprise, des cellules de quartier, des cellules rurales. Les militants sont organisés en priorité dans les cellules d'entreprises. Leur affectation se fait sous le contrôle du bureau de ville.
b) La cellule a pour fonction d'appliquer la politique de l'organisation et de participer à son élaboration.
c) La cellule élit à bulletin secret au moins : un trésorier, un secrétaire.
d) Les nouvelles cellules se constituent avec l'accord du bureau de ville ou à défaut de l'instance supérieure.
Article 10. — Le bureau de ville est élu à bulletin secret par un congrès de ville composé de délégués mandatés par les cellules. a) Il est chargé de diriger l’activité des cellules et d'assurer la liaison avec les instances supérieures. b) Des directions par secteur d'activité peuvent être mises en place sous son contrôle.
Article 11. — Le congrès de ville est convoqué par le bureau de ville. Il se réunit au moins deux fois par an ou sur demande d'un tiers du bureau de ville.
Article 12. — Sur la base de régions, des Directions régionales peuvent être constituées sous contrôle du Comité Central. Ces directions sont élues par des congrès régionaux mandatés.
Article 13. — Le Comité central est élu à bulletin secret par le Congrès.
a) Tout membre titularisé depuis au moins un an peut faire acte de candidature.
b) Le C.C. qui se réunit au moins quatre fois par an, est l'instance suprême de l'organisation entre deux congrès.
c) Le C.C. est convoqué par le Bureau politique en session régulière-ou sur demande d'un tiers des membres du C.C.
Article 14. — Le Bureau politique est élu par le Comité Central en son sein. Le B.P. est l'organe exécutif qui dirige le travail de l'organisation entre deux sessions du Comité Central. Il est responsable devant le C.C.
Article 15. — Le Congrès est l'instance souveraine de l'organisation. Il se réunit au moins une fois tous les deux ans. Sa préparation et sa convocation sont assurées par le C.C. Il est annoncé dans l'organisation au moins trois mois à l'avance.
Article 16. — Entre deux Congrès, le C.C. peut convoquer des onérences nationales, dont les décisions doivent être ratifiées par le C.C.
Article 17. — Une Commission de contrôle est élue par le Congrès. a) Les membres de la Commission de contrôle ne peuvent pas être membres du Comité Central. b) La Commission de contrôle est chargée de veiller à l'application des statuts. c) Elle participe aux travaux du Comité Central, avec voix consultative. d) Elle présente devant les organismes de direction ses conclusions sur les cas litigieux qui lui sont soumis. Tout membre ou tout organisme de l'organisation peut faire appel à elle. e) Elle peut rendre publique ses conclusions.
III — FONCTIONNEMENT
Article 18. — Les instances dirigeantes élues doivent rendre compte régulièrement de leurs activités à leurs mandants devant lesquels elles sont responsables.
Article 19. — Tout organisme est tenu d'appliquer les décisions de l'instance supérieure.
Article 20. — En dehors des discussions préparatoires au Congrès, une discussion est ouverte dans toutes les cellules de l'organisation relative à des problèmes d'importance nationale ou internationale, sur demande d’un tiers du Comité Central.
Article 21. — La Ligue reconnaît le droit de tendance : ce qui signifie que, lorsqu'une discussion est ouverte, plusieurs camarades de cellules différentes peuvent écrire un texte et se faire représenter aux divers congrès à la proportionnelle.
La diffusion des textes de tendance, de même que la circulation des porte-parole de tendance, sont soumises au contrôle de la direction nationale.
Article 22. — En aucun cas il ne peut exister de mandats impératifs.
Article 23. — Les questions sont débattues jusqu'à ce qu'une décision soit prise par les instances régulières, décision qui est alors obligatoire pour tous.
Article 24. — Tout militant ou tout organisme de la Ligue peut faire appel aux instances supérieures.
Article 25. — Le Bureau politique est chargé d'éditer un Bulletin intérieur national, notamment après chaque Comité Central. Ce bulletin est placé sous contrôle du C.C. Le bulletin intérieur précise la politique de l'organisation et publie des contributions émanant de militants ou d'instances de la Ligue.
Article 26. — Tout militant désigné pour travailler au service de l'organisation recevra un salaire fixé par le Comité Central. En aucun cas ce salaire ne pourra être supérieur à celui d’un ouvrier professionnel.
Article 27. — En cas d'empêchement de fonctionnement régulier de l'organisation. la nomination des organismes dirigeants, ainsi que des cooptations ratifiées par les instances supérieures sont possibles.
. Article 28. — Le quorum des diverses instances de l'organisation est fixé à la moitié des membres plus un. Lors des votes, la majorité requise est la majorité simple, sauf indication contraire.
Article 29. — Les statuts ne peuvent être modifiés que par le Congrès, à la majorité des deux tiers.
Article 30. — L'application des présents statuts est régie par un règlement intérieur élaboré par le Comité Central.
IV. — DISCIPLINE
Article 31. — Toute violation des statuts peut entraîner des sanctions de la part des organismes de la Ligue.
. à) En ce qui concerne les organismes, les sanctions peuvent être : — le blâme; — la destitution d'une direction remplacée par une direction provisoire chargée de convoquer au plus tard dans les deux mois un Congrès correspondant ; — la dissolution d'une cellule. Ces sanctions sont prises par les instances supérieures. Dans les deux derniers cas, elles sont applicables immédiatement, et doivent être approuvées par le Comité Central. Ces sanctions peuvent être rendues publiques.
b) En ce qui concerne les membres de la Ligue, les sanctions peuvent être : — le blâme ; — la rétrogradation au rang de stagiaire ; — l'exclusion. Ces sanctions sont rises par la cellule à la majorité des deux tiers, et ratifiées par le bureau de ville ou à défaut par l'instance supérieure. L'exclusion doit être ratifiée par
le Comité Central.
Ces sanctions peuvent être rendues publiques. Dès qu'une cellule a voté l'exclusion d'un camarade, celui-ci est tenu à l'écart de l'organisation en attendant la ratification.
c) Tout organisme ou tout membre susceptible d'être sanctionné doit être informé suffisamment à l'avance et avoir la possibilité de préparer sa défense. Dans tous les cas un recours aux instances supérieures est possible.
V — FINANCES
Article 32. — Tout adhérent doit payer une cotisation mensuelle à sa cellule dans les délais et suivant le barème fixé.
Article 33. — Le barème des cotisations est fixé par le Comité Central.
Article 34. — Chaque instance dirigeante est tenue d'élire un se Elle doit rendre compte régulièrement de l'état de son udget.
VI — PRESSE
Article 35. — La presse et les publications, nationales et régionales, sont sous le contrôle des directions correspondantes.
VII — FORMATION
Article 36. — Le Comité Central, les directions régionales, les bureaux de ville, sont tenus d’assurer la formation des militants. À cet effet, ils organisent de façon régulière des écoles et des stages. L'école de formation est obligatoire pour tous les nouveaux adhérents.
Table
1. EXTRAIT DU DEBAT PREPARATOIRE ..............
. Propositions sur le travail ouvrier .. . Texte sur le travail ouvrier
$| Travail Ouvrier sassuemenmormenee ve
4, Parler du travail ouvrier pour le f:
5. Texte de la tendance majoritaire soumis âu vote pour
l'élection au congrès . Texte de la tendance majoritaire .. . Thèses sur la dialectique des secteurs . À propos du travail ouvrier ........................
II. CONTRIBUTIONS ANNEXES ........................
Texte de la tendance majoritaire Texte de la tendance majoritaire .
III. RESOLUTIONS DU CONGRES .................s....
I. Sur la formation username IL. Sur le travail syndical .. III. Sur le contrôle ouvrier IV. Sur le travail d'agitation révolutionnaire . V. Sur l'unité des révolutionnaires ........... VI. Sur la jeunesse scolarisée ............... VII. Sur l'organisation du travail enseignant . VIII. Résolution lycéenne IX. Sur l'internationale
STATUTS DE LA LIGUE COMMUNISTE ..................
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Achevé d'imprimer en novembre 1969 pour le compte de François Maspero, éditeur . sur les presses de l'Imprimerie Ch. Corlet, à 14 - Condé-sur-Noireau Dépôt légal : 4 trimestre 1969 — N° d'Imprimeur : 7745 N° d’Editeur : 311 — Premier tirage : 5.000 exemplaires