La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges

Construire le Parti, construire l’internationale. N° 2, de l’internationalisme à l’internationale

Cahiers rouges, n° 8, avril 1969 · 50 451 mots

Sommaire (d'après RaDAR)

PLAN DU TEXTE SUR L’INTERNATIONALISME ET L’INTERNATIONALE 1. TEXTE DE LA TROISIEME TENDANCE : « POUR UNE CONSTRUCTION DU PARTI PAR UNE PRATIQUE DE MASSES » 2. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 17) 3. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES. CONSTRUIRE L’INTERNATIONALE (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 18) 4. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR L’ELECTION AU CONGRES. DE L’INTERNATIONALISME A L’INTERNATIONALE (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 24) 5. TEXTE DE LA TENDANCE MINORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 28)

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construire

le parti construire linternationale

cahiers«rouge »

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Cahiers Rouge» N° 8 /9

Construire le Parti

construite l’Internationale

IT. De linternationalisme

à l’Internationale

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - 5° PARIS

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DANS LA MEME COLLECTION

Eléments de théorie économique marxiste La médecine confisquée De la bureaucratie

K. MopZELEWSKI, J. KURON : . Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais

L'intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ?

Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale !

I. Théorie et système d'organisation IL. De l’internationalisme à l'Internationale

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Avertissement

Conformément aux décisions du Congrès de la « Ligue Communiste» nous publions dans les Cahiers rouges, les principaux textes qui ont marqué le débat. Sous le titre général « Construire le Parti, construire l'Internationale », nous avons regroupé ces textes selon trois centres d'intérêt. Le cahier n° 6/7 relate la discussion sur la tactique de construction du Parti Révolutionnaire ; le cahier n° 8/9 retrace le débat sur l'Internationale. Le cahier n° 10 rassemble les textes portant sur l'orientation des militants dans les divers secteurs d'intervention.

Nous invitons les militants à diffuser massivement ces brochures, afin que nos débats profitent à l'ensemble du mouvement et qu'ils suscitent en son sein de nouvelles prises de position et d'éventuelles réponses.

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Ne pas escamoter le débat... Extrait du B.D.R. n° 2

Introduction à la discussion sur le texte-plan n° 5 L'INTERNATIONALISME PROLETARIEN

Cinq points fondamentaux sont soumis à la discussion du Congrès de la Ligue. Sur ces cinq points, il en est déjà un qui se trouve au centre des débats de certains cercles, notamment parisiens. Il s’agit du point sur l'INTERNATIONALE. Sur ce point, la discussion s’est immédiatement cristallisée sur la question de la QUATRIEME INTERNATIONALE, en terme de pour ou contre. Nous pensons que cette démarche n'est pas correcte. Elle risque d’escamoter le problème central en embourbant la discussion dans le marais des appréciations plus ou moins gratuites et invérifiables, portant sur quarante ans d'histoire de l'opposition de gauche au stalinisme.

Les militants qui veulent aborder de façon responsable la question de l’Internationale doivent s'opposer à cet escamotage. La discussion sur l’Internationale n’a pas pour objet premier de porter tel ou tel jugement sur tel ou tel courant international. La discussion sur l'Internationale a fondamentalement pour objet de définir les voies de la construction d’une Internationale révolutionnaire de masse. Elle est partie intégrante du débat sur la construction du Parti Révolutionnaire. En tant que telle, elle exige des réponses positives que nul ne peut élucider.

Ce texte se donne précisément pour but de POSER correctement le problème et de définir ainsi le cadre de la discussion.

I. QU'EST-CE QUE L'INTERNATIONALISME PROLETARIEN ?

De tous les principes du marxisme révolutionnaire, le principe

1. Ce texte n’est nullement un texte de fond de la majorité. C'est un texte conjoncturel, dont la fonction consistait à bloquer la tournure que prenait le débat en novembre 1%8 et à le ramener sur son véritable terrain. À cette époque circulait en effet un long texte (jamais déposé pour impression au B.D.R.) qui recensait interminablement toutes les tares du trotskysme depuis 1905. À un moment où la plupart des militants n'avaient qu'une conscience très vague des fondements de l'internationalisme prolétarien, un tel «centre d'intérêt » prenait toutes les allures extérieures d’un faux-fuyant. Ce texte s'est d'ailleurs parfaitement acquitté de sa fonction rectificatrice. Il a suscité une série de réponses — dont celle, immédiate, publiée dans le B.DR. n° 9 —. Les positions indiquées dans le texte 2 sont amplement développées dans les 3 textes de la majorité. Nous publions néanmoins cette « mise en demeure » en raison des attaques dont elle est l'objet dans les textes minoritaires.

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de l'INTERNATIONALISME PROLETARIEN est sans doute celui qui fut le plus dévoyé par la pratique social-démocrate et stalinienne. À des titres divers, la dégénérescence des partis sociauxdémocrates et staliniens s'est d'emblée manifestée par leur Tupture avec l'optique internationaliste et l'adoption d'un point de vue national étriqué (qu'il s'agisse du « point de vue » de la bourgeoisie « nationale », puis de la bourgeoisie nord-américaine pour les sociaux-démocrates, ou du point de vue de grande puissance de l'Etat soviétique pour les P.C.).

De ce fait, le mouvement ouvrier organisé véhicule depuis plus d’un demi-siècle une conception vague et sentimentale de l’Internationalisme, qui n’a pas grand chose à voir avec la théorie marxiste. Cette conception, profondément ancrée y compris parmi nous, réduit l’Internationalisme prolétarien à la solidarité nécessaire des opprimés. Les exploités de tous les pays doivent soutenir moralement, financièrement et politiquement, leurs frères d’infortune aux prises avec l'ennemi de classe. Les travailleurs doivent s'entraider les uns les autres…., etc.

Pour Marx et Lénine, l'INTERNATIONALISME PROLETA-: RIEN a un contenu beaucoup plus précis. Il ne se fonde pas sur des bonnes intentions moralisantes, mais sur une certaine conception de la nature de la lutte de classe : le système capitaliste est un système international, même si à un certain degré du développement des forces productives, il se développe dans le cadre d'Etats nationaux. La bourgeoisie capitaliste est une réalité internationale même si des contradictions inter-impérialistes se développent en son sein. La classe ouvrière est une réalité internationale même si des différenciations importantes ont été historiquement introduites entre ses différents secteurs.

La lutte des classes est fondamentalement une réalité internationale, même si formellement elle se déroule en premier lieu dans le cadre des Etats nationaux.

Cette thèse revêt à tout égard une importance décisive. Elle détermine l’appréhension marxiste-révolutionnaire de la lutte des classes. Elle implique un certain nombre de conséquences politiques et organisationnelles.

Sur le plan politique, dire que la lutte des classes est fondamentalement une réalité internationale, détermine un certain point de vue et une certaine démarche dans l'analyse : on ne peut pas fournir une quelconque analyse de la situation politique en France, si on ne dispose pas, au préalable, d'une analyse fouillée de la situation politique à l'échelle internationale. C’est la compréhension du tout qui permet de comprendre la partie. Pratiquement, cela signifie que les marxistes-révolutionnaires doivent se fixer impérativement pour tâche (et se donner les moyens) de suivre le cours des luttes de classe à l'échelle internationale aussi minutieusement qu'ils le font dans leur propre pays.

Sur le plan organisationnel (qui comme chacun sait, est un plan politique au second degré), dire que la lutte des classes est fondamentalement une réalité internationale, cela signifie que le sujet historique qui, à l'avant-garde du prolétariat, dirige cette lutte, doit être lui-même une réalité internationale. Pour Marx, pour Lénine, pour Trotsky, un parti révolutionnaire national est un non-sens, une contradiction dans les termes. Le Parti Révolutionnaire est par définition un parti international. Il doit s'édifier en poussant ses ramifications dans tous les pays où règne le capital. Il doit élaborer collectivement sa ligne, au cours de

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Congrès internationaux réguliers. I1 doit se donner une direction internationale centralisée. Seul un tel « Parti Mondial de la Révolution » est capable d'assumer au mieux les tâches révolutionnaires. Sur le plan de l'élaboration, un tel Parti, par sa structure même, appréhende la lutte des classes dans sa réalité internationale. Sur le plan de l'intervention, il peut concentrer ses forces, diversifier son champ d'action, frapper l'ennemi en ses points faibles, etc.

C’est un tel Parti que Marx s’est efforcé de construire, à partir de « pose » dans le cadre de la Ir° Internationale. C'est un tel Parti que Lénine a mis pour quelque temps sur pied, en fondant la III° Internationale.

C'est un tel Parti, que Léon Trotsky s'est efforcé de bâtir en regroupant les fractions de «l’Opposition de gauche », au stalinisme dans le cadre de la IV° Internationale.

IT. CONSTRUIRE UNE ORGANISATION NATIONALE OÙ CONS- TRUIRE UNE ORGANISATION D'EMBLEE PARTIE PRE- NANTE DE L’EDIFICATION D'UNE INTERNATIONALE RE- VOLUTIONNAIRE DE MASSE ?

(A)

Après la Révolution de Mai, la situation de l'avant-garde révolutionnaire en France s’est qualitativement modifiée. De courant marginal, sans audience, isolé, confiné à un travail de propagande parmi la jeunesse étudiante, l'avant-garde révolutionnaire est devenue une force politique, capable de peser sur le cours des luttes de classe en France. Elle est à court terme en position d’'encadrer et d'orienter la lutte de la jeunesse scolarisée. Elle est à moyen terme en position de s'implanter sérieusement dans certains secteurs ouvriers importants. Son champ d'activité s'est étendu et diversifié et ses possibilités d'implantation sont sans commune mesure avec ce qu'elles étaient au cours des décennies précédentes.

Après mai, l'avant-garde révolutionnaire est entrée dans une phase nouvelle dans le processus de construction du Parti Révolutionnaire. Elle est passée définitivement de la phase de conservation et de la propagation de l’acquis politique du marxisme révolutionnaire, à la phase de la lutte pour la conquête de positions dirigeantes dans le mouvement de masse et d'implantation dans toutes les couches de la popHsson (même si cette implana s'avère plus ou moins difficile selon les couches en question).

Pour cette raison, la question de la nature de l’organisation révolutionnaire que nous constituons se pose en termes beaucoup plus précis et beaucoup plus contraignants que précédemment. Nous devons considérer cette question avec la plus vive attention.

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Car les réponses que nous apporterons seront lourdes de conséquences. Une organisation révolutionnaire n'est pas seulement un instrument politique capable de fourmuler et de réaliser la volonté révolutionnaire collective des militants qu’elle regroupe. Elle est également un instrument de production de militants. En fonction de sa nature politique, elle produit et façonne un certain type de militant.

Placée devant des choix organisationnels, toute direction politique doit prendre en considération, non seulement des critères d'efficacité pratique immédiate, mais aussi et surtout, les conséquences à long terme de telle ou telle décision modifiant la nature de l’organisation...

Jusqu'à ce jour, notre courant se structurait en fait dans une optique nationale. La filiation internationaliste était tacitement assurée par les liens politiques et organisationnels qui nous attachaient au mouvement trostskyste international par l’intermédiaire de nombreux cadres de notre tendance, membres de l’ex- P.C.I. Cette situation de fait était profondément malsaine et dangereuse. Elle pouvait toutefois fonctionner sans risque de catastrophe, tant que nous formions un courant propagandiste d’envergure familiale.

Il en va autrement aujourd’hui. Dans la nouvelle phase de construction du parti révolutionnaire dans laquelle Mai nous a propulsé, nous ne pouvons plus traiter par la bande le problème de l’internationalisme. Nous sommes désormais engagés concrètement dans la construction d’une organisation révolutionnaire implantée et agissante. La question de la nature de cette organisation se pose objectivement (et avec acuité) en ces termes :

Construisons-nous une organisation « révolutionnaire-nationale » ou construisons- nous une organisation d'avant-garde, d'emblée partie prenante de l'édification d’une internationale révolutionnaire de masse ?

(C)

Cette alternative n’est nullement abstraite. Elle commande notre avenir. Car c’est construire quelque chose de qualitativement différent que de s'engager sur l’une ou l’autre voie.

Si nous continuons comme par le passé, si nous nous engageons sur la voie de la construction d’une organisation nationale, inévitabelment, à terme, notre conscience et notre orientation politique se trouveront déterminées par notre réalité organisationnelle : Nous aborderons l’évolution des luttes de classe à l'échelle du point de vue étriqué de nos préoccupations « françaises », ou dans le meilleur des cas « européennes ». Le « point de vue national », dont l'impact a déjà produit dans nos rangs certaines « déviations », finira inévitablement par triompher. Notre internationalisme ne sera plus fondamentalement l'angle d’attaque sous lequel nous analysons toute situation politique et en premier lieu la nôtre. Il sera relégué au rang de bon sentiment. Or le triomphe du «point de vue national» est lourd de dégénérescence politique. Car il jette sur toute lutte des classes un éclairage profondément déformant. Il comporte une démarche et une attitude qui sont des obstacles objectifs à la compréhension des luttes en cours. Il est générateur de monstruosités politiques

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et d'erreurs d'orientation aux conséquences catastrophiques. Pour ne citer que des « produits » français de ces aberrations, que les camarades considèrent les analyses de L.O. et des lambertistes, purs produits du « point de vue national ».

Inversement, se poser le problème de la construction du parti révolutionnaire à l'échelle internationale, est non seulement conforme à la théorie marxiste et aux exigences de la situation internationale, mais encore implique que soit mis sur pied un système d'organisation qui inculque profondément aux militants l'optique internationaliste.

C'est dans le cadre de cette problématique que doit se dérouler la discussion sur l’'Internationale.

Pour nous, il doit être acquis que le système d'organisation qu'il nous faut élaborer doit poser (et résoudre) concrètement le problème de l'internationalisme en constituant la future Ligue en section d’un regroupement international se fixant pour but la construction d’une Internationale révolutionnaire de masse.

Le texte soumis à la discussion du congrès de la Ligue sur ce point, devra comporter, d’une part, une analyse politique des divers courants et pôles de regroupements internationaux existants (Chine, Cuba, Quatrième Internationale, « mouvements étudiants », etc.), d'autre part, une analyse du développement et de la nature politique des nouvelles avant-gardes et du rôle spécifique que les courants comme le nôtre peuvent jouer dans l'accélération du processus de leur maturation politique.

En bref, le texte doit comporter une analyse de la structure politique de la nouvelle avant-garde qui se constitue à l'échelle internationale et la définition d'une tactique de construction de l'Internationale Révolutionnaire de masse. C'est dans ce cadre, (et dans ce cadre seulement), que se pose le problème du statut d’observateur à la IV° Internationale et, d'une façon générale, les rapports de notre courant avec les divers courants internationaux.

Le Secrétariat de Rédaction (S.R.) de Rouge insiste auprès des Cercles Rouges pour que la discussion ait lieu sur ce terrain. L'esquive du débat dans les termes où nous le posons constitue précisément la manifestation, dans les conditions présentes, de l'esprit national étriqué. Certains camarades préfèrerons faire le procès du mouvement trotskyste plutôt que de répondre euxmêmes aux questions que ce mouvement s’est efforcé de résoudre.

Ces camarades doivent comprendre que cette attitude constitue, par elle-même, une réponse implicite à l'alternative devant laquelle nous nous trouvons placés. Eludant toute réponse positive concernant l'analyse de la nouvelle avant-garde et la tactique de construction de l’Internationale. Elle revient à choisir dans les faits la voie du parti révolutionnaire national.

Refuser, d’une façon ou d’une autre, de s'attaquer au problème sur le fond, ce n’est pas simplement adopter une position purement négative. C'est également opter pour la continuation de l'état de fait antérieur. C’est choisir dans le maximum de confusion, la première branche de l'alternative.

Le plan du texte « L'INTERNATIONALISME ET L'INTERNA- TIONALE » définit à nos yeux très correctement le cadre de la

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discussion. Tout texte divergeant devrait suivre la même démarche :

1) Commencer par expliciter ses principes fondamentaux.

2) Comporter une analyse politique des divers constitutants des courants d'avant-garde.

3) Définir une tactique alternative de la construction de l’Internationale.

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Plan du texte sur l’internationalisme et l’Internationale

1. LES FONDEMENTS DE L'INTERNATIONALISME. 1) L'impérialisme comme système mondial. 2) Nécessité d'une stratégie globale de risposte à l'impérialisme.

3) Le sujet de cette stratégie : l'Internationale, organisation et non simple coordination.

II. L'INTERNATIONALISME AUJOURD'HUI.

1) Limites de l’internationalisme « de fait » : solidarité avec ceux qui se battent. L'expérience Falcemartello.

2) L'internationalisme livresque : L.O.

3) La montée internationale de la révolution et l'actualité — l'urgence — d’une Internationale. Dépassement de la juxtaposition des fronts.

III. LES TENTATIVES ACTUELLES. 1) Les pôles internationaux :

A. La Chine. — Rôle international de la révolution chinoise. — La Révolution culturelle et ses lendemains. — La politique étrangère de la Chine.

B. « La troisième tendance » .

— Rôle de la révolution vietnamienne, sa position internationale, ses limites (éducation des directions, dépendance de l’U.R.SS.).

— Evolution de la révolution cubaine : volontarisme économique et démocratie politique ?

2) Les courants internationaux comme véhicule de construction d’une Internationale :

A. L'OLAS. — Importance de la réaffirmation des principes.

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— Limites d'un <«internationalisme » continental : li. mites subjectives et difficultés objectives. — Le castrisme et le debrayisme en Amérique latine.

B. Le courant chinois.

— La pensée de Mao, marxisme de notre époque ?

— La Chine, épicentre de rechange d’une Internationale ?

— Les organisations prochinoises dans le monde : rôle et signification.

IV. LA QUATRIEME INTERNATIONALE ET NOUS. 1) Le programme de la Quatrième Internationale.

2) L'existence effective et le rôle actuel de la Quatrième Internationale.

3) L'histoire de la Quatrième Internationale.

4) Nos rapports historiques avec la Quatrième Internationale.

5) Le statut de la Ligue à l'égard de la Quatrième Internationale.

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«Pour une construction du Parti pat une pratique de masse »

Texte de la troisième tendance Extrait du B.D.R. n° 9

INTERNATIONALISME ET INTERNATIONALE

Le texte suivant se compose de deux parties distinctes.

Une partie critique la méthode du projet contenu dans le B.DR. n° 2 : une partie vise à fixer une autre méthode permettant de dégager la nécessité d'une Internationale, la forme et le caractère de celle-ci.

Notre critique tente de fixer le débat, qui nous paraît essentiel, d’une manière plus juste et plus démocratique.

Avertissement : . destiné à couper court aux discussions vaseuses.

1) Nous sommes internationalistes. Nous sommes conscients de l'importance qu’aurait une Internationale. Le problème ne porte pas sur ces deux points, il surgit dès qu’on cherche à préciser quelle Internationale — dans quelles circonstances, avec qui, quelles sont les phases de sa construction.

C'est précisément parce que nous sommes conscients du rôle immense qu'on joué les Internationales, et que pourrait jouer une nouvelle Internationale, que, refusant de jouer avec elle, nous pensons que sa condition doit faire l'objet d’une analyse plus sérieuse que celle proposée dans le plan (l'analyse des analystes n'est pas l'analyse d’une situation concrète). Sans cette dernière, en partant d’oppositions dites théoriques (opposition nationalinternational), nous risquons de construire ou de participer à la construction d’un organisme bureaucratique, sectaire et de rester dans le cadre de l’«organisation familial» mentionné dans le projet.

2) C'est pourquoi il est nécessaire de préciser dès le début que les analyses de la IV* n'étant pas supposées être les nôtres (le principe de cette fusion étant précisément ce qui sera discuté au congrès), nous pensons que ces textes constituent un aperçu entre d’autres émanant de formations se réclamant du marxisme

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et de la Révolution, et ne peuvent être, au préalable, privilégiés.

Il faut que nous déterminions nous même notre ligne internationale. Le fait que certains de nos camarades ont double appartenance ne change rien à la valeur ou à la non-valeur desdits textes. C’est la ligne que nous saurons déterminer, en prenant le temps de le faire, qui jugera.

Rappel :

« Ce qui est. la substance même, l'âme vivante du marxisme : l'analyse concrète d’une situation concrète. » Lénine, Le Communiste.

1) Critique de la méthode du texte

Nota : nous critiquons ici l'introduction comme le plan, ayant constaté que la première justifiait parfaitement la seconde. Séparer les critiques nous paraît inopérant.

— Principe de notre critique

Nous sommes en face d'un point de vue strictement organisationnel (voir notre réponse au premier article sur « spontanéité et organisation »), qui se détermine par la façon même de poser la question de l'internationalisme.

À) Cela se vérifie dans les omissions du projet

— abandon du point de vue de l'expérience et de la pratique, qui est, pour nous, en premier lieu notre expérience et notre pratique.

— négligence du point de vue de l'analyse théorique. Etant donné qu'il s'agit au congrès de décider du «statut de la Ligue à l'égard de la IV*», qui peut prétendre avoir le temps d'ici là de terminer l'analyse d’un certain nombre de points jamais abordés ou étudiés chez nous : l'expérience Falcemartello, la politique étrangère de la Chine, la pensée de Mao, l'évolution économique de Cuba, l’histoire de la IV°, et « nos rapports historique » avec la IV:.

Il est à remarquer que si la discussion chez nous s'est immédiatement cristallisée sur la question de la IV°, «en termes de pour ou contre », c'est parce que cette discussion est née de l’expérience même, de la vie du courant, en particulier, depuis août. Cette question qui se pose dans les faits, mérite d'être discutée. Elle était inévitable pour des raisons organisationnelles, que par ailleurs nous estimons malheureuses (nous concentrant sur des problèmes « d'envergure familiale » alors que d’autres tâches — stratégie après mai — auraient dû réclamer tout notre temps).

Mais il est parfaitement bureaucratique de prétendre que nous trancherons en quelques paires de semaines toutes les questions abordées dans le plan pêle-mêle. Cette prétendue façon de « poser correctement le problème et de définir ainsi le cadre de la discus-

1. Rouge, n° 3.

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sion » n’est qu'un artifice : comme la plupart des problèmes n’ont jamais été abordés parmi nous, comme chaque cercle, livré à lui-même, ne pourra élaborer sur chaque point proposé une position müûürement réfléchie, il ne restera à l'ensemble qu’à gober toutes crues les thèses que lui administreront les auteurs desdites plateformes.

2) Ce point de vue ultra-organisationnel se vérifie dans les postulats méthodologiques du projet, dans sa façon de poser le problème.

A) Dans le plan, les seules thèses examinées sont les thèses des organisations et groupes existants : L.O., Falcemartello, OL.AS., Chine et IV°. C'est immédiatement identifier internationalisme et organisations internationales existantes, ou opposer internationalisme et organisations nationales.

Qui nous dit qu'il ny a pas d'autre point de vue possible ? Pourquoi demain une autre révolution n’introdurait-elle pas une autre perspective ? Pourquoi une autre perspective aujourd'hui n'introduirait-elle pas une autre organisation, une autre révolution demain ?

Tout le projet et le préambule sont empreints d’un fétichisme organisationnel qui postule qu'il n'y a pas de thèse juste sans qu’une organisation juste soit déjà là pour la soutenir. Rappelons que longtemps Marx et Lénine ont eu des théories justes sans organisation puisque précisément ces organisations ont été construites à partir de ces théories’,

Lénine a dit «pas d'organisation d'avant-garde sans théorie d'avant-garde », « pas de parti révolutionnaire sans théorie révolutionnaire », mais il n’a jamais enseigné que la réciprocité était nécessairement vraie, toujours.

B) Dans l'introduction, le nœud de l’argumentation réside dans l'opposition entre «point de vue national étriqué » et «optique internationaliste ». La page 1 précise avec justesse que le point de vue national étriqué est un point de vue de classe (bourgeoisie nationale, point de vue de grande puissance de l'URSS.), jusqu'ici nous sommes d'accord. Mais un glissement se produit où se marque une nouvelle fois le fétichisme organisationnel : J’alternative devient celle d’une organisation «révolutionnaire nationale » ou celle d’une organisation d'avant-garde partie prenante d'une Internationale. (En fait le projet joue sur les mots en identifiant internationalisme et appartenance à une organisation internationale caractérisée comme «parti mondial», centralisé, etc.)

Désormais c'est la seule justesse du point de vue organisationnel qui détermine la justesse du point de vue de classe, comme si ce n'était pas à partir du point de vue de classe (et de l'analyse, de l’expérience qu'il implique) qu’il fallait déterminer la justesse du point de vue organisationnel.

. 2. Cf. dans le B.DR. n° 4 «la simple appartenance à une organisa-

tion constitue Re une supériorité théorique sur toute individualité inorganisée, fut-elle la plus brillante». Comme quoi Kautsky possédait une indiscutable supériorité théorique sur Lénine et Staline sur Trotsky exclu.

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Conclusion de cette première partie : la polémique tout à coup soulevée contre un point de vue national étriqué nous semble couvrir une marchandise de mauvaise qualité et masquer deux manques fondamentaux :

— celui d’une réflexion sur notre expérience pratique — celui d'une analyse théorique sérieuse. Trotsky remarquait que dans les déviations de la III° Internationale : « Au nationalisme messianique s'ajoute un internationalisme bureaucratiquement abstrait.» À ne voir que les dangers du nationalisme messianique, ce projet ne se défend nullement contre un internationalisme bureaucratiquement abstrait, et pour être plus précis, il reflète un internationalisme bureaucratiquement messianique. Ce que nous démontrons.

II. Les principes de l’internationalisme

1) Le principe de la Ligue doit être celui de l'internationalisme prolétarien

Du fait même que la lutte des classes se déroule à l'échelle internationale. Sur ce point fondamental, nous sommes d'accord.

« Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points :

1) Dans les différentes luttes nationales de prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat.

2) Dans les différentes phases Ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.» Les communistes sont internationalistes.

Il reste que l'opposition faite par Marx n'est pas l'opposition entre le point de vue national et le point de vue international, mais entre le point de vue bourgeois (qui est toujours étriqué et quelquefois nationaliste) et d'autre part, les positions du prolétariat dont le combat est toujours international dans son contenu (ce qui ne contredit nullement qu’ils doivent mener une révolution nationale dans sa forme et s'ériger en nation) : « Les ouvriers n'ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu'ils n'ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s'ériger en classe nationale, devenir lui-même la nation, il est encore par là national, quoique nullement au sens bourgeois du terme.» (Marx, Le Manifeste.)

« Il n’y a pas de muraille de Chine entre la révolution prolétarienne à l'échelle nationale et la communauté de combat à l'échelle internationale. » « La révolution socialiste commence sur le terrain national, mais elle ne peut en rester là, elle est en tant que «révolution nationale » l'acte initial de la révolution mondiale Dre chaque peuple.» (Trotsky, De la révolution permanente.

En opposant abstraitement organisation «révolutionnaire nationale » (comme non-sens) et organisation internationale, le projet risque de sauter par-dessus les caractères spécifiques de cet

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acte initial. En identifiant internationalisme et organisation internationale, le projet non seulement se risque mais saute pardessus les caractéristiques spécifiquement nationales de chaque révolution. Ce que nous allons voir. 5

2) Il faut distinguer internationalisme et organisation internationale :

En identifiant internationalisme et organisation internationale, en ramenant tous les problèmes de la lutte de classe internationale au problème de la construction d'une Internationale, le projet cultive la myopie du fétichisme organisationnel.

— le projet confond le moyen et le but : — le moyen, c'est l’organisation, — Je but, c’est la révolution.

Les classiques du marxisme nous ont appris que les conditions nationales de chaque révolution étaient spécifiques et que les circonstances et les voies de la révolution mondiale en différentes époques étaient différenciées spécifiquement elles aussi. L'instrument doit être adapté au but. Les circonstances variant à l'échelle nationale et aux différentes époques, à l'échelle internationale, les voies de la révolution varient et par conséquent, l'instrument de cette révolution varie. Ce qui est clair signifie que répéter «il faut une organisation internationale » ne fait pas avancer la question d'un seul pouce. Le besoin qu'ont les révolutionnaires d'une Internationale est fonction des tâches qu'ils s’assignent. On ne pourra déterminer la structure et le mode de construction de cette organisation qu'à partir de l'analyse des différentes tâches des révolutionnaires à l'heure présente. Les révolutionnaires ne pourront construire cette Internationale qu'à partir des exigences de leur pratique. C’est ce qu’enseigne l'expérience historique du mouvement ouvrier international (voir plus loin, le paragraphe C). Qu'on ne tente donc pas de nous présenter comme un acquis du marxisme telle ou telle idée figée, prétendument éternelle, de l’organisation révolutionnaire ! Seuls les petits-bourgeois pensent que la révolution est affaire de technique abstraite (L'erreur de Blanqui au xix° siècle). C’est au contraire un acquis du marxisme qu'à des circonstances et des révolutions prolétariennes de types différents, il faut des organisations différentes :

« Le bolchévisme fut toujours fort parce qu'il était concret du point de vue historique lorsqu'il élaborait ses formes d'organisation. Pas de schémas arides. En passant d'une étape à l'autre, les bolchéviques modifiaient radicalement la structure de leur organisation. Pourtant, à présent, le seul et même principe de «lordre révolutionnaire » est appliqué à la fois : au puissant parti de la dictature du prolétariat, au parti communiste allemand qui constituait une force politique sérieuse, au jeune parti chinois qui se trouva brusquement entraîné dans le tourbillon de la lutte révolutionnaire, à la petite société de propagandiste qu'est le parti aux Etats-Unis. Un jeune parti, qui est un organisme politique tout à fait embryonnaire, sans liaison véritable avec les masses, sans expérience de direction révolutionnaire, sans entraînement au point de vue théorique est déjà entièrement affublé de tous les attributs de l'ordre révolutionnaire qui

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lui vont comme l'armure du père va à son fils de six ans.» (Trotsky, L'Internationale après Lénine.)

Au contraire, les chevaliers errants du parti-mondial-sujet-del'histoire ne connaissent qu’une seule armure. Pas question des peuples ! Pas question des circonstances, un parti est un parti, son armure, non, sa structure, est éternelle, et le projet nous l'annonce : «C'est un tel parti que Marx s'est efforcé de construire, à partir de « groupuscules » (voyez le clin d'œil) dans le cadre de la 1° Internationale. C'est un tel parti que Lénine a mis pour quelque temps sur pied en fondant la IIf° Internationale. C’est un tel parti que Léon Trotsky s’est efforcé de bâtir... IV° In- Denon (Pauvre Engels qui n’a pas droit à la légende

orée !

3) L'expérience marxiste :

L'internationalisme est une condition permanente de toute position révolutionnaire conséquente. L’Internationale change de caractère selon les époques, et même elle existe ou n'existe pas, toujours en fonction de l'analyse théorique des traits dominants de l’époque, en fonction du développement et de l'unification des jiss prolétariennes de tous les pays. À titre informatif, rappelons :

a) que Marx, de 1850 à 1864 et, à partir de 1876, ne faisait plus partie d'une Internationale ;

que Engels, de 1876 à 1889, se refusa d’en construire une;

que Lénine, de 1914 à 1919, aussi. Auparavant, tous avaient participé à une Internationale pourrissante. Ils n’en étaient pas moins internationalistes tout le temps. L’Internationale n'est pas le critère de l’internationalisme.

b) Que les différentes Internationales du mouvement ouvrier étaient différentes tant par leurs formes d'organisation (centralisées ou non) que par leurs principes théoriques et pratiques, que par le caractère des courants qu’elles rassemblaient. La première réunissait : trade-unionistes, chartistes, owenistes, proudhomiens, religieux et peu de marxistes. C'était une Internationale fondée par «en haut» — voir la critique de Lénine à Marx quant à sa fondation (Congrès de Stuttgart, 1907).

— ja seconde (ignorée du préambule) : sans organisme centralisateur, réunissait les « grands partis nationaux » très peu homogènes.

—- la troisième : organisée centralement à Moscou rassemble les fractions scissionistes de la deuxième autour de la révolution

soviétique.

Non, le parti de Marx, le parti de Lénine ne furent pas un seul et même parti. Seule l'analyse d’une situation donnée permet de définir le caractère de l'organisation mondiale qui y correspond et avec qui il faut s'unir.

c) En fonction des circonstances, les théoriciens marxistes,

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guides du prolétariat, ont jugé nécessaire ou pas de créer ou de perpétuer une Internationale.

— Marx dissout en 1850 la Ligue des communistes, en 1876 la première Internationale. 5

— Engels juge dans les premières années de 1880 qu'une seconde Internationale est inopportune et prématurée.

— Lénine scissionne de la deuxième Internationale sans juger nécessaire d’en créer immédiatement une troisième (cf. « Premier Congrès de l’Internationale »).

Seules les conquêtes véritables des masses méritent d'être enregistrées.. « Il y a à peine quatre mois, on ne pouvait encore dire que le pouvoir des soviets, que la forme soviétique d'Etat soit une conquête internationale. »

La création de la troisième Internationale en 1919 a pour foudements (outre le triomphe de la révolution dans un pays européen et sa fonction de base rouge internationale) :

a) une expérience politique commune à tous les travailleurs du monde : guerre de 1914;

b) une expérience idéologique et organisationnelle semblable : faillite de la deuxième Internationale ;

c) une parenté de conditions économiques et sociales, armées, chômage, inflation, misère... ;

d) des tâches communes immédiates : la troisième Internationale s'est constituée autour d'une stratégie d'attaque frontale de la bourgeoisie européenne. La révolution était affaire de mois.

Pour l’anecdote, on se souviendra que Trotsky a longtemps hésité avant de créer la quatrième et ne la créa qu'en fonction d'une urgence très circonstanciée : fascisme ou socialisme (le monde, selon lui, basculait entre le fascisme et le socialisme : le choix était l'affaire de mois). Il est permis de supposer que dans la grande tradition marxiste, les circonstances ayant changé, et devant les maigres résultats de celle-ci, il l'eut dissoute.

Toutes les Internationales sont nées donc :

a) soit devant l'urgence d’une situation internationale immédiatement révolutionnaire (1848, 1919) ;

b) soit de l'exigence d'unité qui rapprochaient les uns des autres des mouvements ouvriers déjà organisés sur le plan national (1864, 1889).

Toutes les Internationales sont mortes, soit :

a) parce qu’elles ont dégénéré bureaucratiquement (deuxième et troisième) ;

b) parce qu'elles ont été dissoutes suffisamment tôt pour éviter cette dégénérescence (première).

Non seulement les Internationales sont différentes entre elles, non seulement il s’agit d'en fonder à chaque époque la nécessité, mais, d'autre part, il est permis de constater (à des fins d’études) que toutes les révolutions réussies se sont faites sans, contre ou à côté d'elles :

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— la Commune se fait à côté de la première Internationale « trop faible » (cf. Marx).

— 1917 — Octobre : se fit contre et sans la deuxième Internationale ;

— la révolution chinoise dut biaiser et passer outre la troisième ;

— et en extrapolant on trouverait Cuba, le Vietnam...

4) Abandonnez la métaphysique ! Vive la lutte des classes !

Le projet du B.D.R. développe une métaphysique du parti mondial conçu comme « sujet historique » (souligné dans le texte). Ce faisant, il administre la preuve magistrale de son fétichisme. Faut-il rappeler que pour Marx, Lénine, Engels, les sujets de l'histoire ce sont les classes et non les partis qui n’en sont que les instruments ? Dire que la classe est le sujet de l’histoire, ce n’est jamais prétendre définir le parti révolutionnaire en dehors de Son rapport à telle classe ouvrière et à telles organisations de masses. La spontanéité varie historiquement et, en même temps, le type d'organisation nécessaire change.

Le projet répète « avant-garde », « rassemblement des avantgardes », En somme, jusqu'ici, notre organisation révolutionnaire est «l'avant-garde nationale» et l’Internationale, sera l’avantgarde des avant-gardes. Dire que l'organisation est le sujet de l'histoire, c’est justement faire oublier la question du rapport entre organisations et classes révolutionnaires, Avant-garde oui, mais avant-garde de quoi ? Lénine dit : « En avant des masses, mais d’un demi-pas seulement. » Ce qui compte, c’est la définition précise du rapport de l'avant-garde aux masses avec ses différences spécifiques, nationales ou historiques. Dire du parti qu'il est « le sujet historique » n’est pas un détail et tout le texte s’y enferme. Il développe une curieuse mystique des « structures » organisationnelles, postulant que ce n’est pas la théorie de l’avantgarde qui permet de construire le parti d'avant-garde, mais que ce serait le parti (mondial) d'avant-garde qui, comme par magie, secrète la théorie d'avant-garde. Le texte dit en toute lettre que c'est la structure de l'organisation qui produit la vision juste de la situation. « Sur le plan de l'élaboration (des tâches révolutionnaires) un tel parti, par sa structure même, appréhende la lutte de classe dans sa réalité internationale.» Ainsi, la bonne structure secrète la bonne pensée, comme d'ailleurs la mauvaise structure organisationnelle secrète la mauvaise pensée : «Si nous continuons comme par le passé, si nous nous engageons sur la voie de la construction d’une organisation nationale, inévitablement, à terme, notre conscience et notre orientation politique se trouveront déterminées par notre réalité organisationnelle. »

Jamais dans toute l’histoire du marxisme (sauf peut-être Staline) : «l'organisation décide de tout » et encore il disait : une fois la ligne fixée, on n’a ainsi surestimé la pure technique d'organisation et par contrecoup sous-estimé la pratique politique révolutionnaire des masses et la théorie (analyse concrète).

En conclusion : la construction d'une Internationale ne se justifie pas à partir de :

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— opposition formelle de national et international. Seule l’expérience des masses et l'analyse théorique des circonstances et de cette expérience peut déterminer l'urgence ou la non urgence, ainsi que les étapes de formation et le type d'organisation internationale nécessaire. Ne pas faire ce travail préalable, c'est donner une solution bureaucratique à un problème réel à la fois pratique et théorique. Parler d’une Internationale en l'air, c'est se donner des airs importants en jonglant avec des abstractions creuses du type « sujet historique », « structures », etc.

5) Pour prolonger la discussion :

Le projet nous dit, ne discutons pas de la IV°, posons correctement le problème. Nous estimons après discussion que le problème est posé incorrectement par le texte (fétichisme organisationnel) précisément parce qu’il reflète la manière habituelle qu'a la IV Internationale de donner une solution au problème de l'internationalisme par un internationalisme bureaucratique messianique.

Bureaucratiquement : sous-estimation du mouvement révolutionnaire des masses et de leur expérience : dans l'état actuel de la diversité des luttes anti-impérialistes (F.N.L., Pouvoir Noir, Castrisme, Luttes étudiantes, Grèves de masses, Révolution culturelle..) l'idée de les coiffer tout à coup d'un état-major capable de « concentrer ses forces, diversifier son champ d'action, frapper l'ennemi en ses points faibles, etc. (sic)» paraît non seulement irréaliste, mais en plus erroné : que signifie «concentrer ses forces » sur le plan mondial, « diversifier son champ d'action », de qui cela dépend-il ? S'il s'agit de l’idée étrange de faire une révolution dans tel pays plutôt que dans tel autre, de décider du lieu, du jour, du mois de l'offensive, il s’agit d’un blanquisme planétaire. Et cela se passe de commentaires ! (cf. Marx). Mais sinon à quoi servent ces métaphores militaires qui font supposer que les masses révolutionnaires du monde entier se manœuvrent comme des bataillons à Austerlitz ? Nous estimons que ces images camouflent mal ce qu'elles recouvrent : la sous-estimation de l'initiative des masses et des conditions nationales ou continentales qui donnent aux révolutions leurs rythmes, c’est-à-dire leurs stratégies spécifiques. Cela ne fait que reproduire les errements de la troisième Internationale après Lénine. C'est substituer au «mauvais stalinisme » un bon stalinisme imaginaire.

Messianique : le messianisme (parti mondial-sujet-historique) naît de cette sous-estimation des différences nationales ou continentales des stratégies justes de la révolution. Symptomatiquement, le texte confond forme et formel. Le projet dit : la lutte est fondamentalement une réalité internationale, même si formellement elle se déroule en premier lieu dans le cadre des états nationaux ». Quand Marx dit que la lutte est nationale dans sa forme, il ne veut pas dire que ce caractère est formel. « Le prolétariat doit en finir avant tout avec sa propre bourgeoisie. » Nous soulignons avant tout. Que les bourgeoisies soient dans des situations différentes implique que les moyens de les renverser soient aussi différents.

La proposition : «La bourgeoisie capitaliste est une réalité

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internationale, même si des contradictions inter-impérialistes se développent en son sein » marque que le texte sous-estime gravement ces contradictions et, par ailleurs, l'inégal développement des forces productives dont le projet ne parle pas.

En effet, si on qualifie la bourgeoisie capitaliste de « réalité» internationale, on ne voit pas pourquoi ces contradictions ne seraient pas aussi une réalité internationale. Pourquoi alors cette proposition ambiguë, sinon parce qu'on estime que l'unité de la bourgeoisie (son sein) est plus importante que la contradiction qu'elle développe. On rappelle que cette thèse fut celle de Berstein et de Kautskÿ — c'est précisément la thèse de « l’ultra impérialisme » que Lénine critiqua.

Parce que le système d'exploitation bourgeois, c’est le Système de ses contradictions, parce que le système impérialiste est un champ de luttes permanentes pour le partage du monde (marché mondial), chaque révolution a ses conditions spécifiques et éclate dans des conditions particulières (cf. le « maillon le plus faible ») d’où l'importance du «avant tout» dans la phrase de Marx.

On remarquera que ce n’est qu’en faisant de la bourgeoisie un sujet unitaire (réalité internationale) que le projet peut justifier de l’absolue nécessité d’un parti mondial conçu comme un sujet historique : l'ennemi global implique une arme centralisée comme le diable implique le bon dieu et comme la thèse révision. niste d'ultra-impérialisme implique la thèse prémarxiste du blanquisme planétaire.

En résumé :

Pour nous, fétichisme organisationnel : glissement illégitime qui va d’un point de départ juste (la lutte des classes nécessairement internationale à notre époque capitaliste et impérialiste) à une abstraction techniciste et a-historique (le parti mondial de la révolution). Ce glissement dans le projet même est indiqué comme une logique. « Le parti révolutionnaire est par définition un parti international », c’est-à-dire que toutes les analyses concrètes ne sont évoquées par le projet que pour illustrer une vérité éternelle (cf. «par définition»). Comme toute vérité éternelle, c'est un dogme, non un guide pour l’action.

En conséquence, nous proposons trois thèses qui selon nous doivent guider le travail des marxistes sur cette question :

— primat de l’internationalisme sur toute question de l'organisation internationale : nous devons dès maintenant nous poser les questions qui sont déterminantes pour l'ensemble du mouvement international; ces questions ne jaillissent pas de notre tête, elles se posent concrètement à travers les scissions et les lignes de clivage du mouvement ouvrier mondial ; elles sont déterminantes aussi bien pour la conduite de la lutte nationale qu'à l'échelle européenne.

De même que Lénine a pris en 1914 position dans le débat qui déchirait la IT° Internationale (marxisme contre opportunisme) et cela sans que Lénine reconstruise alors une organisation internationale, de même, il est absolument nécessaire que nous tirions les leçons des nouveaux clivages théoriques et pratiques spécifiques de notre époque.

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L'internationalisme est d’abord une prise de position sur tous les problèmes (voir le plan que nous proposons. Autrement dit, il n'y aura jamais de problèmes théoriques marxistes purement nationaux.

— primat de l'analyse de la situation mondiale sur tout projet structurel technique de construction d'une organisation interna- RÉ (cf. Lénine). «Pas d'avant-garde sans théorie d’avantgarde. »

Le lien entre la révolution mondiale et l’organisation mondiale n'est ni un lien logique abstrait ni un lien moral. La nécessité d’une organisation internationale n’est pas une nécessité abstraite. Elle doit être pensée : 1) en fonction de la situation mondiale ; 2) expérimentée non par des bureaux internationaux, mais par les mouvements révolutionaires existant effectivement dans le monde. Un exemple : s’il s'agit de rassembler des avant-gardes, compterons-nous — qui nous — au nombre de ces avant-gardes ? Le F.N.L. ou le parti populaire du Sud-Vietnam ? Sinon, la création d’un appareil international qui se donne pour justification la création d'une Internationale de masse et pour but une efficaci accrue a-t-elle un sens ?

Si sous prétexte de construire une organisation, nous procédons à une cascade d'exclusions préalable (voulue ou involontaire), nous nous couperons du mouvement révolutionnaire international tel qu'il existe aujourd’hui. Le principe « qui est pour qui est contre » une nouvelle Internationale nous paraît un principe sélectif purement formel tant qu'on n’a pas procédé à l’analyse théorique et à l'échange des expériences préalables.

Le discriminant objectif n’est pas une alternative organisationnelle, il doit être extrait de la situation réelle et de l'expérience concrète de la révolution dans le monde.

— pas de sous-estimation de la spécificité des différentes luttes révolutionnaires «en aucun cas l'absence plus ou moins prolongées d’une organisation internationale authentique ne signifie pas que l’on est obligé de s'enfermer dans un point de vue national et étriqué. Ce qui s'oppose au point de vue national étriqué, c'est tout de suite l'internationalisme. Conclure que l'absence d'un appareil international entraîne ipso facto le point de vue national étriqué, c'est sous-estimer gravement l'expérience révolutionnaire propre de chaque mouvement national ou continental (et par là même la portée internationale qui a chaque fois cette expérience propre : exemple, Vietnam).

« Nous ne tenons nullement la doctrine de Marx pour quelque chose d’achevé et d'intangible : au contraire, nous sommes persuadés qu’elle a seulement posé les pierres angulaires de la science que les socialistes doivent faire progresser dans toutes les directions s'ils ne veulent pas retarder sur la vie. Nous pensons que les socialistes russes doivent absolument développer par eux-mêmes la théorie de Marx, car celle-ci n'indique que des principes directeurs généraux qui s'appliquent dans chaque cas particulier à l'Angleterre autrement qu'à la France, à la France autrement qu'à l'Allemagne, à l'Allemagne autrement qu'à la Russie. » (Lénine, Notre programme.)

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Notre plan de travail :

1 — Analyse de la situation mondiale suivant quatre axes : recherche des clivages.

. — Sur le plan économique : contradictions économiques interrenalste et intervention de l'U.R.S.S. dans le jeu des contraictions.

— Sur le plan militaire : les problèmes de la guerre et de la paix, armement atomique, guerres populaires, questions soulevées par la politique de coexistence pacifique.

— Sur le plan politique : les différentes formes de révolutions à l'heure actuelle, guerres de libérations nationales, lutte de classes dans les pays capitalistes avancés, lutte anti-autoritaire, (telles qu'elles sont apparues depuis quelques années chez les étudiants en particulier); questions soulevées par le passage pacifique au socialisme, dictature du prolétariat et démocratie prolétarienne.

— Sur le plan idéologique : la lutte contre le marxisme soviétique ou le révisionnisme.

2 — Comparaison de notre ligne aux autres :

À partir du point 1 qui permettrait de spécifier les discriminants et les clivages (qui est révolutionnaire, qui ne l'est pas dans le monde actuel), il convient dès lors d'examiner le point de vue des organisations internationales qui se réclament du marxisme révolutionnaire (O.L.A.S., la Chine, la IV* Internationale) ; ou d’autres déterminées par la précédente analyse.

3 — Le choix d’une de ces formations comme une «autre Internationale », nécessite avant d’être fait de repenser très précisément l'expérience historique du mouvement révolutionnaire international, en particulier étudier la Ifl° Internationale, sa construction, sa dégénérescence (par là même nous étudierons le modèle auquel la IV° Internationale se référait et que le projet du B.DR. semble proposer comme exemple définitif.

4 — L'autocritique du travail de notre organisation en matière d'internationalisme : nous paraît être un bon point de départ pour l'examen des trois points précédents car :

contradictions sur Cuba,

flottement sur le Vietnam (programme du F.N.L.),

négligence sur la Chine...

haut et bas du guévarisme, cela nous montrera que le problème de l'Internationale n’est pas actuellement résolu pour notre organisation et qu'il ne peut nous être importé de l'extérieur que bureaucratiquement.

Les conditions démocratiques du choix que nous avons à faire exigent que la ligne future, au lieu de s’autoproclamer section d'un regroupement international ou observateur à la IV° Internationale, prenne en charge la décision d’une analyse conséquente qui éviterait toute erreur organisationnelle et embourbement « familial ». On ne fait pas joujou avec les Internationales comme avec les mots. La Révolution est une chose sérieuse.

Le Cercle, 1-2-3-4. Décembre 1968.

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Texte de la tendance majoritaire soumis au vote pour les élections

au Congrès B.D.R. n° 17

REPONSE AUX CAMARADES DU CERCLE 12.34

Le texte « Internationalisme et Internationale » des camarades du cercle 34 (voir Bulletin n° 9) part en guerre contre le fétichisme organisationnel qui consiste en particulier, selon ces camarades, à «identifier internationalisme et organisation internationale ». C'est en vérité un grave péché que de vouloir mettre en harmonie notre analyse, nos conceptions avec notre action et nos formes d'organisations. L'intérêt du débat pour l’Internationale n’a pas besoin d'être démontré. Il ne s’agit pas, au demeurant, de faire des professions de foi d’un internationalisme vibrant (même les pires sociaux-démocrates ou les staliniens y sacrifient volontiers), mais de s'attacher à résoudre le problème de la construction de l’Internationale en partant des conditions actuelles telles qu’elles sont. Mais ce débat est aussi important parce qu'il éclaire également notre conception de la construction d’un parti révolutionnaire qui ne peut être séparée de la question de l’Internationale.

SPECIFICITE NATIONALE ET REVOLUTION MONDIALE

Partant d’une phrase de Marx et enjambant vingt années de contribution de Lénine et de Trotsky — sans oublier Rosa Luxemburg et bien d’autres — le texte « Internationalisme et Internationale », reproche à certains camarades de sous-estimer la « spécificité nationale» de la révolution. Celle-ci commencerait dans un pays pour s'étendre internationalement. «Les classiques du marxisme nous ont appris que les conditions nationales de chaque révolution étaient spécifiques.» Pour certains, au contraire,

1. Les textes n°° 17, 18 et 24 exposent les positions de la tendance majoritaire sur la question de l’Internationale.,

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il ne serait ni question de peuples, ni de circonstances, mais seulement du « fétichisme » de l’Internationale.

Comme le texte se plaît à répéter que «l'âme vivante du marxisme c’est l'analyse concrète d’une situation concrète », voyons si nous pouvons, par une telle analyse, concrétiser les rapports entre la spécificité nationale de la révolution et la nature internationale de la révolution à notre époque :

1 — La spécificité nationale de la révolution, à l'époque impérialiste est elle-même, au moins partiellement, fonction du contexte international. Les pays sous-développés le sont par rapport aux pays industrialisés (et non dans l’abstrait ou dans l'absolu). La monoculture est littéralement «importée » de l'étranger, Les « chaînons les plus faibles de la chaîne impérialiste » (Russie, Chine), l'ont été en fonction de la manière dont ils ont été insérés dans le marché mondial. La spécificité nationale «pure» de la Russie, c'était le moujik qui, à lui seul, n'aurait jamais fait une révolution russe. La spécificité nationale « concrète » combine ce moujik avec le prolétariat, produit de l'entrée de capitaux étrangers en Russie, avec l’affaiblissement du tsarisme. fonction de ses défaites internationales devant le Japon, l'Allemagne, etc. avec le rôle de la social-démocratie internationale, produit du développement de toute l’Europe, etc.

2 — La spécificité nationale de chaque révolution n'est que relative, partielle, et non absolue. Sinon, aucune règle stratégique, aucune loi historique, ne pourrait être formulée, et tout le marxisme deviendrait inutile. Les héraults de la « spécificité nationale » absolue de la révolution russe, c'étaient les populistes et leurs héritiers les socialistes-révolutionnaires, qui niaient le développement capitaliste de la Russie et le rôle dirigeant du prolétariat dans la révolution russe à venir, et croyaient qu'on sauterait de la commune paysanne primitive au communisme moderne. Détacher la « spécificité nationale » du contexte historique plus large, cela devient l'excuse classique de tous les opportunistes pour rejeter des enseignements stratégiques du marxisme. Sous prétexte de « spécificité » de la révolution chinoise, Staline-Boukarine soumettaient les communistes chinois au commandement du Kuo- Ming-Tang en 1925-1927 avec le résultat qu'on sait. Sous prétexte de « spécificité », Aïdit affirma en Indonésie jusqu’à la veille du coup d'Etat des généraux (et avec l'approbation de Mao), que l'Etat indonésien était un Etat « spécial » : mi-bourgeois mi-populaire. On connaît le résultat désastreux auquel tout cela a abouti.

3 — Si chaque révolution socialiste commence sur le plan national, le rythme avec lequel elle se répercute internationalement est extrêmement rapide. Un an après Octobre, la Russie soviétique est en guerre avec une douzaine d’armées d'’intervention étrangères. Moins d’un an après la victoire de la révolution chinoise, elle affronte l'impérialisme américain en Corée. Tout laisse supposer qu'il en sera de même demain.

4 — L'internationalisation du capital, qui a de nouveau progressé de manière très prononcée par rapport à l’époque d'avant la deuxième guerre mondiale, confronte les révolutionnaires avec des complexes de « spécificité nationale » et de « spécificité internationale »» qu'on ne peut pas aussi facilement dénouer que le

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prétendent les camarades du 3*4. La France a un Etat impérialiste spécifique, dans le cadre du Marché commun (qui limite fortement cette indépendance économique et commerciale, et la limitera peut-être demain sur le plan monétaire et budgétaire éga-

lement), dans le cadre de l'Alliance Atlantique (qui limite de même cette indépendance sur le plan militaire, quoi qu’en disent les gaullistes). Parler de concurrence inter-impérialiste dans l’abstrait, sans tenir compte de cette inter-pénétration internationale des capitaux à notre époque, dans les circonstances concrètes d'aujourd'hui, c'est se fourvoyer. Il n'y a pas de «superimpérialisme », certes ; la concurrence inter-impérialiste joue toujours, et s’accentue même. Mais elle joue dans un contexte mondial concret différent qualitativement de celui d'avant la première et la deuxième guerre mondiale. Il n'y a plus de grande guerre inter-impérialiste concevable dans ce nouveau contexte global. C’est une concurrence dans le cadre d’une alliance. Pour ne pas l'avoir compris, le P.C.F. s’est brûlé les doigts dans l'affaire de la C.E.D. Les prochinois ont failli en faire autant lors du flirt de Gaulle-Pékin.

Quand le texte avance que l’internationalisme est d’abord une prise de position sur tous les problèmes (qui sont déterminants pour l’ensemble du mouvement international) ; quand il ajoute qu'il y a un «primat de l'analyse de la situation mondiale sur tout projet structurel technique de construction d'une organisation internationale », il sous-entend en réalité un clivage entre une pratique immédiate nationale de la lutte de classe, et une dimension internationale de cette lutte qui s'ajouterait « par l'analyse ». Cette distinction est incomplète, donc fausse, mécaniste et abstraite. Dans le monde impérialiste, toute luttte révolutionnaire, même si elle commence dans un cadre national, a immédiatement une dimension internationale. La résistance armée au Sud-Vietnam n'était pas plus « purement » vietnamienne que la révolution de mai n'était « purement » française. Il n’a pas fallu longtemps pour s’en apercevoir dans les faits, tant dans le camp des ennemis que dans celui des révolutionnaires.

Dès lors, il faut conclure que le caractère international de la lutte de classe et de la révolution à notre époque a des racines objectives dans la structure de l'économie mondiale et de la politique mondiale (y compris la «politique militaire»). L'internationalisme est donc d’abord la prise de conscience de cette réalité objective. L'analyse se fait en fonction de cette réalité, c'està-dire en fonction d'une intervention plus efficace pour la modifier.

Etre internationaliste, cela signifie comprendre qu'il est impossible de renverser le capitalisme en France sans bouleverser le Marché commun et l'Alliance Atlantique, c'est-à-dire sans se heurter à la bourgeoisie internationale. Il n’y a pas de lutte révolutionnaire en France « qui se prolonge » par une analyse internationale. 11 y a une lutte révolutionnaire en France qui possède immédiatement et inévitablement une dimension internationale. Cette dimension existe indépendamment de notre volonté.

Les rapports de forces nationales s’insèrent dans un contexte international, ce contexte international (les rapports de force à l'échelle internationale), réagit sur les rapports de force nationaux. Toute action révolutionnaire a toujours des implications internationales, qu'on en soit conscient où non. Toute la question est de savoir s’il ne vaut pas mieux en être conscient, s’il ne vaut

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pas mieux orienter, du moins partiellement, les implications internationales dans un sens voulu, vers les objectifs désirés. Autrement dit, toute la question est de savoir s’il est bon de s’abandonner en ce domaine à la spontanéité des « répercussions », ou s’il n’est pas préférable de préparer celles-ci, même avec des moyens limités.

INTERNATIONALE REVOLUTIONNAIRE DE MASSE ET AVANT-GARDE INTERNATIONALE ORGANISEE

Les camarades du 3-4 ironisent sur l'illusion de « coiffer » ou de diriger d'un point central «le F.NL. le Pouvoir Noir, le castrisme, les luttes étudiantes (partout dans le monde), les grèves de masse (partout dans le monde), la révolution culturelle en Chine », etc. Ce que cette représentation caricaturale est supposée démontrer, c'est l'impossibilité de créer une « Internationale révolutionnaire de masse » tout de suite, à l'étape présente, du processus de révolution mondiale. Notre proposition de rejoindre la Quatrième Internationale ne provient évidemment pas de cette illusion grotesque de « coiffer » tous ces mouvements de masse ; elle soulève plus modestement, la question de savoir si les marxistes révolutionnaires qui ont des vues programmatiques communes sur des problèmes stratégiques centraux de notre époque, devraient associer leurs efforts à l'échelle internationale.

Mais la logique de nos camarades risque de les conduire fort loin. 11 y a aujourd'hui de par le monde, un enchevêtrement des plus complexes, des plus touffus, des plus contradictoires et des plus inégaux de mouvements de masse qui tous, objectivement et à l'échelle historique, sont « progressistes », c’est-à-dire favorisent en définitive l'avènement de la révolution socialiste mondiale. Mais précisément à cause de ce caractère inégal, enchevêtré, contradictoire, complexe du «mouvement réel», les marxistes révolutionnaires peuvent-ils se contenter, chacun dans son pays, de s'y adapter ?

Fallait:l, en France, n'être qu'un bon militant de la révolution de mai, sans perspectives critiques, sans avis sur la manière dont ce mouvement spontané pouvait déboucher sur l’avènement d’une dualité de pouvoir, sur le renversement du capitalisme français, sans efforts de corriger le manque d'organisation, la conscience insuffisante, etc.

Un marxiste chinois doit-il se contenter d’être un bon « Garde- Rouge» sans avoir d'avis sur la question de l'alliance avec la bourgeoisie nationale, sans avoir d’avis sur le problème de savoir comment on peut institutionnellement freiner la bureaucratisation, si c'est par la sélection ou plutôt par l'élection des organismes dirigeants, sans avoir un avis sur le culte de Mao et la liberté de tendance pour tous les camarades du mouvement ouvrier ?

Un révolutionnaire américain, doit-il se contenter d'appuyer le Pouvoir Noir, sans se poser la question de savoir comment des forces sociales majoritaires pourraient être mobilisées contre le pouvoir du grand capital des Etats-Unis, sans se poser la question d'un programme socialiste révolutionnaire pour tous les travailleurs ?

Le passage du Manifeste Communiste que nos camarades mettent en évidence, proclame que dans tous les mouvements réels d'émancipation de par le monde, les communistes « mettent en

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avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat » et qu'ils « représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité ».

En réexaminant la liste qu'ils nous présentent, on remarquera qu'on peut difficilement re que l'orientation idéologique prédominante du F.N.L., du Black Power, de la « révolution culturelle », du castrisme, du mouvement anti-autoritaire des étudiants, des grèves économiques de masse, « mettent en avant et font valoir les intérêts. communs à tout le prolétariat », ou « représentent les intérêts du mouvement dans sa totalité ».

Les marxistes révolutionnaires n'ont-ils pas le devoir de remplir précisément cette tâche que ces mouvements de masse, à l'étape présente, ne sont pas encore capables de remplir ? Et ne pourront-ils pas le faire avec d'autant plus d'efficacité qu’ils s’organisent internationalement ?

Il ne s'agit pas d'une Internationale révolutionnaire de masse ; il s’agit, plus modestement, d'une organisation internationale de l'avant-garde, telle qu'elle est aujourd’hui : faible, trop faible par rapport à ses tâches, mais plus forte que son nombre l'indique, et par la force de son programme, et par sa cohésion organisationnelle. Supprimez cette cohésion, et vous modifiez la situation seulement dans un seul sens précis : en affaiblissant l'avantgarde. On ne voit pas en quoi cet affaiblissement contribuerait au progrès de la révolution socialiste.

Mais voici qu'après le rappel des bons principes, un bout d'oreille opportuniste apparaît : « Si sous prétexte de construire une organisation, nous procédons à une cascade d’exclusions préalables (voulue ou invilontaire), nous nous couperons du mouvement révolutionnaire international tel qu'il existe aujourd'hui. » Cela veut dire en clair : si tout ceux qui, tout en appuyant le caractère objectivement progressitse de la lutte du « E.L.N. de Castro, des Gardes Rouges, du Black Power, des révoltes étudiantes, des grèves économiques », essayant d'en dépasser les limites, et défendent au sein de ces mouvements partiels les intérêts communs à tout le prolétariat et « représentent toujours les intérêts du mou- Jens dans sa totalité », ils se couperaient de ce mouvement réel !

Dès lors, la seule voie ouverte serait celle de l'adaptation au « mouvement réel » avec toutes ses imperfections, c’est-à-dire l'opportunisme et le suivisme vulgaires. Il va sans dire que ce raisonnement pour être cohérent ne peut se cantonner exclusivement dans le domaine international. Ses implications sur le plan national auraient incontestablement un effet liquidateur. Il importe, au contraire, de participer au mouvement de masse réel, en y défendant le programme, la stratégie et l’organisation marxiste révolutionnaire, et cette défense est le meilleur moyen d'assurer la victoire globale du mouvement. Dès lors, il n’y a aucune contradiction entre le regroupement immédiat national et international, de l'avant-garde révolutionnaire, et la participation au mouvement de masse réel.

Nous sommes parfaitement d'accord avec nos camarades quand ils proclament la primauté du programme sur l'organisation : «Nous devons dès maintenant nous poser les questions qui sont déterminantes pour l’ensemble du mouvement international ; ces questions ne jaillissent pas de nos têtes, elles se posent concrètement à travers les scissions et les lignes de clivage du mouvement ouvrier mondial. »

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Mais pourquoi la forme exhortative de la question ? Ces questions se posent-elles maintenant seulement ? Notre courant seraitil dénué de toute référence, de tout passé, de toute expérience ? N'a-t-il pas fourni de réponse sur des « questions déterminantes » telles celle du social-patriotisme et de l'impérialisme, des « voies pacifiques vers le socialisme » ou la révolution prolétarienne, de la «révolution par étapes » dans les pays sous-développés ou de la révolution permanente, du régime uni-parti, du dogme de l'infaillibilité du secrétaire général ou de la démocratie socialiste, de l’auto-gestion et du droit de tendance et à la pluralité des partis ouvriers en régime socialiste ?

Sur toutes ces «questions déterminantes », les positions défendues sont conformes à celle de la IV° Internationale ; elles sont en tout ou en partie différentes de tous les autres grands courants (réformistes, khrouchtchéviens, maoïstes, castristes, anarchistes), du mouvement ouvrier international. Le problème n'est-il pas dès lors de s'associer avec ceux qui partagent les mémes options pour mener un combat plus efficace au sein d’un courant révolutionnaire international ?

Quand nos camarades parlent d’un «primat de l'analyse de la situation mondiale sur tout projet structurel technique de construction d’une organisation internationale », ils commettent une double erreur de méthode.

« L'analyse » de la situation mondiale comporte des éléments de valeur différente : des éléments structurels, qui ont trait aux tâches historiques de la révolution mondiale (dans chacun des trois secteurs de la révolution mondiale : pays impérialistes, pays semi-coloniaux, Etats ouvriers bureaucratiquement déformés ou dégénérés) ; et des éléments conjoncturels qui entraînent des appréciations tactiques. Refuser l'association avec ceux qui partagent nos vues stratégiques, sous prétexte de divergences sur des problèmes conjoncturels ou simplement de la possibilité de telles divergences, c'est faire preuve d’un « fétichisme » organisationnel évident.

« L'analyse » de la situation mondiale est détachée de la pratique révolutionnaire à l'échelle internationale. Qu'est-ce donc que cette analyse ? Un exercice de style littéraire ? La lecture commentée des journaux ? Nos camarades ne veulent pas comprendre que lorsqu'on affirme qu'une analyse révolutionnaire est fonction d’une organisation internationale, cela ne veut pas dire que «la bonne structure sécrète la bonne pensée », mais cela signifie simplement qu'une analyse théorique correcte ne peut se vérifier qu'en pratique.

Or, comment veut-on pratiquer une analyse internationale sans pratique internationale ? Comment veut-on analyser concrètement les problèmes de la révolution d'Amérique latine sans que cette analyse soit appliquée par des révolutionnaires d'Amérique latine et résulte en partie de cette pratique; analyser le Black Power sans que cette analyse soit appliquée par des révolutionnaires d'Amérique du Nord, analyser les grèves de masse en Grande-Bretagne sans que cette analyse soit vérifiée par l'action des révolutionnaires britanniques ? Et comment veut-on vérifier une analyse internationale, sans contacts permanents, discussions, échanges d'expériences, coordinations internationales, c'est-à-dire sans organisation internationale ?

Les camarades du 34° ajoutent un argument bizarre : « Pourquoi demain, une autre révolution n’introduirait-elle pas une au-

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tre perspective ? Pourquoi cette autre perspective aujourd’hui n'introduirait-elle pas une autre organisation, une autre révolution demain ? »

A moins qu'il ne s'agisse d’un simple jeu de mots, cela revient à dire : ne nous regroupons pas internationalement avec la Quatrième Internationale, car ce faisant nous nous couperions d’organisations futures (c'est-à-dire aujourd'hui inexistantes !) qu'il serait plus difficile de rejoindre de ce fait. C'est remplacer la construction de l'avant-garde par l'attente de la génération spontanée, c'est attendre la venue du messie. Et quelle est donc cette nouvelle perspective qui fera surgir une « autre » organisation et une «autre» révolution ? Qu’attend-on pour nous révéler cette solution miracle qui doit nous ouvrir tant de nouvelles portes ? Nos camarades tiennent-ils en réserve cette perspective où ont-ils l'espoir de la découvrir au terme d'un long travail d'analyse en se creusant fortement les méninges ? De toute façon, il s’agit encore d’une hypothèse gratuite et la seule alternative qu’ils offrent consiste en une pyramide d’hypothèses. Il est curieux qu'alors ces camarades abandonnent ici totalement le point de vue « réaliste » qu’ils prétendaient défendre.

Le regroupement actuel de l'avant-garde marxiste révolutionnaire à l'échelle internationale, répétons-le, n’est pas une Internationale révolutionnaire de masse. Nul ne prétend prévoir les formes et étapes précises par lesquelles on passera du premier à la seconde pas plus que l’on ne peut préjuger de toutes les phases de la construction du parti révolutionnaire. Si les données du problème se trouvaient modifiées — par des réalités nouvelles, et de masse, non par des hypothèses — il faudra réexaminer la question.

Nous ne sommes pas des fétichistes des formes d’organisation. Si demain des partis de masse marxistes révolutionnaires surgissent dans un ou plusieurs pays, en dehors de la Quatrième Internationale, on ne pourra que s’en féliciter et examiner quelles conclusions organisationnelles il faut en tirer. Mais aujourd'hui, ces partis n’existent point. Refuser de regrouper aujourd'hui internationnalement les forces révolutionnaires existantes, n'est assurément pas le meilleur moyen d'en hâter la naissance.

Ne jouons pas aux faux naïfs. D'infinies « analyses » ne révèleront pas aux camarades l'existence de courants ou de partis révolutionnaires inexistants. C'est précisément en donnant la primauté à la solidarité programmatique, que l'on doit conclure logiquement à la nécessité du regroupement avec tous ceux qui partagent ce programme. Cette solidarité programmatique n'existe avec aucun autre courant international.

Il existe sans doute des groupes nationaux qui n’ont pas de di. vergences profondes programmatique avec la IV° Internationale, mais qui n’en font pas partie. Sans vouloir examiner dans chaque cas concret les origines de cette situation regrettable, nous devons la considérer comme un mal à guérir et considérer notre propre association avec la Quatrième Internationale comme une étape du combat de construction de l'organisation internationale de l'avant-garde marxiste révolutionnaire.

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LA FORME SPECIFIQUE DE L'ORGANISATION INTERNA TIONALE

« En fonction des circonstances, les théoriciens marxistes, guides du prolétariat, ont jugé nécessaire ou pas de créer ou de perpétuer une Internationale », écrivent les camarades du 3°-4°. Le passage et d’autres donnent à penser que l’Internationale remplit une fonction conjoncturelle, épisodique, qu'elle n'est pas une nécessité permanente et que l’on parvient somme toute à s'en passer allègrement. Bien plus, on retire l'impression — et cela est confirmé par certains commentaires oraux — que dans l'esprit des camarades les Internationales «qui toutes sont mortes », ont rempli un rôle plutôt négatif et on comprend qu'il faille être circonspect dans _ conditions quant à la création d'une nouvelle Internationale.

Ce qui est singulier dans les développements de nos camarades, c'est que tout en prônant la vertu des analyses concrètes, ils se cantonnent dans les abstractions et arrivent à dégager des lois générales indépendantes des périodes historiques, indépendantes du stade de développement du capitalisme et indépendantes de la situation du prolétariat.

En effet, dans l'aperçu historique qu'on nous présente sur l'attitude de Marx, Engels, Lénine et Trotsky par rapport au problème de l'organisation internationale, il est fait totalement abstraction de la ligne de clivage historique, concrète et fondamentale : celle de l'ère impérialiste.

Que Marx ait pu vivre sans Internationale entre 1850 et 1864 ; qu'Engels ait tardé, de 1876 à 1889, à reconstituer l’Internationale, c'est une chose qui n’a rien à voir avec l’époque actuelle. Que l’on puisse valablement imiter ce comportement à l'époque impérialiste, et surtout à l'époque contemporaine, où la lutte de classe à acquis un caractère plus directement international que jamais auparavant, c'est une conclusion proprement ahurissante.

Pour pouvoir utiliser leur aperçu historique de manière à rendre le lecteur sceptique quant à la nécessité d’une organisation internationale dans l'immédiat, les camarades ne craignent pas de commetre deux accrocs à la vérité historique :

1) Ils affirment que Lénine « se refusa » de construire une nouvelle Internationale de 1914 à 1919.

2) Ils affirment que Trotsky a longtemps hésité avant de créer la IV: Internationale de 1933 à 1938.

La réalité est différente. Dès que l'effondrement politique de la Il: Internationale est devenu apparent, Lénine a proclamé : « La IF Internationale est morte, vive la IlI° Internationale » (article du i* novembre 1914). Dès que l'effondrement politique de la III: Internationale était devenu apparent, par la capitulation du K.PD. devant Hitler, Trotsky proclama : «La III° Internationale est morte, vive la IV° Internationale. »

Et dès que Lénine et Trotsky firent ces déclarations, n'ayant pas l'habitude d’opposer leur pratique à leur théorie, ils se mirent à organiser l’Internationale nouvelle. Si on lit les articles et lettres de Lénine de 1914 à 1918, on verra avec quelle patience, quelle minutie, quelle passion, il suit les luttes fractionnelles dans la social-démocratie de chaque pays, dans le but de séparer les internationalistes des sociaux-patriotes, et les partisans de la

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révolution («de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile ») des pacifistes centristes. Sa fraction internationale organisée verra le jour à la conférence de Zimmerwald : ce sera la « gauche de Zimmerwald ».

Trotsky n'agit pas autrement. Il commença par organiser à l'échelle internationale les partisans de la IV* Internationale qui avaient un large accord programmatique avec lui.

Nos camarades confondent manifestement organisation internationale et « proclamation officielle » de l’Internationale ou « titre» de celle-ci. Il est vrai que Lénine et Trotsky attendirent cing ans avant de «proclamer» l'Internationale (certains ont d’ailleurs cru — dont Rosa Luxemburg — que la proclamation a été prématurée. Mais ils n'attendirent pas un jour pour organiser internationalement leurs camarades de combat qui partageaient leurs thèses programmatiques.

Or, c'est de cela qu'il s’agit aujourd’hui. On peut croire que la proclamation de l’'Internationale a été « prématurée ». Il est vrai qu'elle n’est pas une Internationale de masse ; celle-ci reste à construire. Mais la Quatrième Internationale est une réalité : elle a des cadres, des organisations, une activité dans une cinquantaine de pays. Notre orientation programmatique est identique à la sienne. Faut-il ou non, dans ces conditions, s'associer à elle pour mener en commun le combat pour l’Internationale révolutionnaire de masse ? Si l’on veut se référer au comportement de Lénine et de Trotsky, la réponse est évidente.

Il est d’ailleurs intéressant de constater la permanence des arguments centristes contre la nécessité d'une nouvelle organisation révolutionnaire internationale. A la conférence de Zimmerwald, Lénine se vante d’avoir rassemblé autour du parti bolchévik «les marxistes conséquents de Russie, de Pologne, de Lettonie, d'Allemagne, de Suède, de Norvège, de Suisse et des Pays- Bas » (c'est-à-dire d’avoir créé l'embryon d’une organisation internationale : une fraction internationale). (« Les marxistes révolutionnaires à la Conférence internationale du 5-8 septembre 1915 », article du 1% octobre 1915.)

Or, à cette même conférence, les délégués français hésitent à approuver sa ligne. «Nous ne sommes pas venus ici en vue de trouver une formule pour la III° Internationale », disent-ils. (Lénine leur répond : mais dans le manifeste de compromis que vous avez approuvé, une telle formule de III° Internationale est déjà contenue!) «En France, les travailleurs sont différents. » Voici ce que Lénine répond aux centristes français qui hésitaient en 1915 sur la question de la nouvelle Internationale :

« Mais de ce fait (que la situation en France est « différente ») on ne pourrait dégager que ceci, que les socialistes français arriveront peut-être plus lentement à des actions révolutionnaires générales européennes du prolétariat, mais nullement que ces actions sont inutiles. La question de savoir à quel rythme, par quelle voie et sous quelles formes le prolétariat des divers pays est capable de réaliser la transition vers des actions révolutionnaires, cette question n'a même pas été posée à la conférence, et ne pouvait pas y être posée. Pour cela, les données font défaut. Notre affaire, c'est pour le moment de propager la tactique juste, et alors les événements indiqueront le rythme du mouvement commun, et les modifications (nationales, locales, syndicales). »

On le voit : Lénine ne dit pas : puisqu'il n’y a pas encore de mouvement de masse partout à coordonner, attendons de mettre

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en pratique l'organisation, l'Internationale. Non : il dit, en attendant que ces mouvements se produisent, afin d’en accélérer le müûrissement et le niveau de conscience, organisons-nous tout de suite internationalement pour propager ces actions.

Revenons encore un instant aux fameuses « tâches que les révolutionnaires s’assignent » et dont «les besoins qu'ont les révolutionnaires d’une Internationale » seraient fonction. Il faut préciser ces tâches à deux niveaux :

a) Au niveau des nécessités objectives historiques, il est clair que le caractère mondial de la lutte de classe, que la centralisation de l'action contre-révolutionnaire de l'impérialisme, réclament une coordination internationale des actions révolutionnaires, dont l'absence renforce considérablement l'adversaire. C'est ce que Che Guevara exprimait dans sa fameuse proclamation sur la guerre du Vietnam : «Créons deux, trois, de multiples Vietnam.» L'expérience du stalinisme suscite sans doute pas mal de méfiance de gens qui, craignant la manipulation, ont tendance à identifier centralisation et bureaucratisation. Mais c'est vrai ment faire preuve de très peu.de compréhension du caractère immédiatement et concrètement international des luttes dans le monde que d’ironiser lourdement au sujet de cette « centralisation, voire de la condamner péremptoirement, comme contraire à l'initiative des masses ».

Sans doute, l’Internationale des masses, qui correspond à une nécessité urgente et permanente en fonction de la réalité quotidienne de la lutte de classe à notre époque n'est-elle pas encore réalisable aujourd'hui en raison de l'écart qui subsiste entre cette nécessité historique et la maturité insuffisante de la conscience des masses et la faiblesse de l’organisation de l'avant-garde. Mais il faut savoir que c'est un mal, que l'humanité paye et payera sans doute d’un prix très lourd — les Vietnamiens, les Indonésiens, les Brésiliens, ont déjà payé lourdement au cours des dernières années — ce retard. Pour le moment, nous ne pouvons pas, avec les forces trop restreintes de l'avant-garde, modifier de fond en comble cette situation.

b) Mais ce que nous pouvons faire, c'est de regrouper tout de suite, internationalement, l'avant-garde qui partage nos vues programmatiques et stratégiques. Ce regroupement, en fonction de nos tâches, permet à la fois une meilleure prise sur la réalité internationale (une théorie internationale vérifiée par une pratique internationale), et de ce fait une action plus efficace sur le plan national, une action continue sur le plan international; donc le renforcement accéléré de l'avant-garde et la réduction du délai qui nous sépare de l'avènement de l’Internationale révolutionnaire de masse.

Ajoutons que la nécessité de cette organisation internationale de l'avant-garde se dégage même de tâches pratiques immédiates : coordination d'actions spécifiques en milieu étudiant, ouvrier, anti-impérialiste ; mouvements de préparation et de soutien d'initiatives révolutionnaires dans certains pays (Amérique latine, Afrique), solidarité dépassant le stade financier ou de manifestations platoniques ; accélération du mûrissement de conscience par la communication critique et l'assimilation d'expériences d'avant-garde d’autres pays. Nous ne pouvons réaliser cela qu'imparfaitement, en fonction de notre re limitée. Mais ce n'est

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certainement pas une raison de s’y refuser sous prétexte que cela ne peut pas encore se faire « parfaitement », pas plus que nous ne nous refusons de construire une organisation politique tout en sachant parfaitement qu'il ne s’agit pas d'un parti révolutionnaire de masse.

FETICHISME ORGANISATIONNEL ET MESSIANISME BU- REAUCRATIQUE ?

Faire découler la nécessité d'une organisation internationale de la nature internationale de la lutte de classe, c’est faire preuve, paraît-il, de « fétichisme organisationnel ». Mais déduire des « spécificités nationales » de la révolution la nécessité de l’organisation «pour le moment » nationale, n'est-ce pas succomber au même « fétichisme » ?

« Le lien entre la révolution mondiale et l'organisation mondiale n'est ni un lien politique abstrait ni un lien moral.» Sans doute. « La nécessité d'une organisation internationale n’est pas une nécessité abstraite.» Toujours d'accord. « Elle doit être pensée : 1° en fonction de la situation mondiale; 2° expérimentée non par des bureaux internationaux, mais par les mouvements révolutionnaires existant effectivement dans le monde.» Ici le non sequitur (ou plus exactement : l'accumulation des non sequitur) est effarant.

Si nous comprenons bien, tout ce qui n’est pas « pensée en fonction de la situation mondiale et expérimentée par les mouvements révolutionnaires existants » serait « abstrait ». C’est une définition pour le moins étriquée et arbitraire du « concret ».

Pourquoi la situation mondiale serait-elle plus concrète que la structure du marché mondial ou la stratégie militaire de li périalisme. Et pourquoi ne serait «concret» que ce qui a déj été expérimenté par tous les mouvements révolutionnaires « effectifs », et non pas ce qui l’a été par un tiers ou même un dixième d’entre eux ? La guérilla n'était-elle pas « concrète » quand Fidel était seul à l'appliquer en Amérique latine ? Les manifestations du Zengakuren n’avaient-elles pas leur valeur internationale aussi longtemps que les étudiants allemands et français ne les avaient pas encore imitées ? La lutte pour cette transplantation internationale d'expériences ne serait-elle pas « concrète » ?

La lutte pour un programme non encore appliqué par les masses est-elle « abstraite » ? Karl Liebknecht était-il « abstrait » tout seul, quand il distribua des tracts en pleine guerre impérialiste avec le slogan « l’Ennemi est dans notre pays », alors que ce slogan programmatique n’avait encore été « expérimenté » par aucun «mouvement de masse», dans aucun pays ? Lénine n'invita-til pas tous les socialistes d'en faire autant, en partant de son « bureau », et avant d’avoir laissé « expérimenter » les masses ? Mais il était à coup sûr un grand « fétichiste » de l'organisation. Pour pouvoir mener jusqu'au bout leur bataille contre le « fétichisme organisationnel», nos camarades doivent élever le suivisme au niveau d’un principe.

La glorification du «mouvement réel » et de la « spontanéité des masses » en tant qu’antidote de l’organisation internationale condamner nos camarades à utiliser les arguments de tous les partisans du «communisme national » en faveur des «voies nationales » vers le socialisme : « Nous estimons que ces images

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camouflent mal, écrivent-ils, ce qu’elles recouvrent : la sous-estimation de l'initiative des masses et des conditions nationales où continentales qui donnent aux révolutions leurs rythmes et leurs formes, c'est-à-dire leurs stratégies spécifiques. »

Puisque c'est de la IV° Internationale qu’il est question, il eut mieux valu préciser ou et quand elle « sous-estime les conditions nationales ou continentales » qui donnent aux révolutions leurs stratégies spécifiques ? En Amérique latine? En Amérique du Nord ? En Âfrique ? En Europe occidentale ? En Europe orienee Dans les pays arabes ? La discussion y aurait gagné en clarté.

En réduisant tout le problème à deux facteurs : la « situation mondiale » et «l'expérience de mouvements réels», les camarades éliminent le facteur-clé, c'est-à-dire le rôle conscient de l'avant-garde et son programme. Pensent-ils que l'initiative des masses, aussi héroïque soit-elle, puisse par elle-même, spontanément arriver au niveau de conscience et d'organisation nécessaire pour le renversement du capitalisme mondial. Pensent-ils que ces masses sont capables de reproduire spontanément les leçons d’un siècle d'expériences de luttes révolutionnaires prolétariennes, c’est-à-dire le programme de la révolution mondiale ? Ceux qui ont assimilé le programme ne doivent-ils pas s'organiser pour le faire assimiler par d’autres (certes pas uniquement par la propagande mais aussi par l’action) ?

Nos camarades soutiennent que Lénine n'aurait jamais enseigné qu'il est impossible d’avoir une théorie et une pratique révolutionnaire sans organisation révolutionnaire d'avant-garde, ils montrent par là une méconnaissance de ce qu'est l'essence même de la théorie léniniste du parti. Dans le chapitre I de Que faire ?, dans le même chapitre d) intitulé « Engels et l'importance de la lutte théorique », où l'on trouve la fameuse phrase « Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire », il y a également la phrase soulignée par l’auteur : « Seul un parti guidé par une théorie d'avant-garde peut remplir le rôle de combattant d'avant-garde. » Tout le Que Faire ? de Lénine est centré sur l’idée qu'en dehors d’une organisation révolutionnaire, l’ouvrier ou l’intellectuel, même le mieux intentionné, risque de tomber sous l’influence de l'idéologie petite-bourgeoïse et bourgeoise ; et qu'entre la cohésion organisationnelle, la pratique révolutionnaire et la théorie révolutionnaire, il y a une interaction dialectique indissoluble. Dans le même texte, écrit en 1902 (!), Lénine mentionne l'essence internationale du mouvement et non seulement de l'analyse. Mais en 1969, la «spécificité nationale » doit reprendre le dessus.

SPONTANEITE ET ORGANISATION

Chemin faisant, nous avons dégagé quelques conclusions qu'il suffit maintenant de mettre en lumière. L'argumentation des camarades contre l’organisation internationale est en réalité une argumentation de spontanéistes. Elle ne s'oppose pas seulement à l'organisation internationale ; elle s'oppose à l’organisation tout court, c’est-à-dire tant à l’organisation nationale qu'à l'organisation internationale.

Si les camarades minoritaires voulaient être logiques avec eux-mêmes, ils devraient refuser la construction d’une organisa-

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tion d'avant-garde en France avec les mêmes arguments avec lesquels ils tentent de démontrer qu'il n’est pas nécessaire de construire une organisation internationale ou que, pour le moins, les conditions de sa construction ne sont pas réunies.

L'acte d'accusation contre les Internationales dressé par nos camarades, grands amateurs du «concret», pêche par un petit détail. D'où vient la faillite de ces Internationales ? Élle n’est pas tombé du ciel. Elle ne provient pas d’une sorte de péché originel qui s'attache aux Internationales. Elle est très simplement et très directement la conséquence de la dégénérescence des principaux partis ou dans le cas de la III° Internationale, du principal parti, le parti bolchévik et de l'Etat soviétique. C’est une vérité élémentaire qui a échappé à nos camarades. Mais dès lors l'acte d'accusation doit être étendu et dirigé au premier chef contre les partis qui sont à la source de la faillite des Il° et IIIe Internationales. Il est en tout cas impossible de dissocier la faillite des Internationales de la faillite des partis. On aimerait connaître les conclusions qui s'en dégagent pour nos camarades,

Que nous proposent finalement nos camarades ? C'est de repartir à zéro en faisant abstraction des références qui ont guidé notre action par le passé et qui ont subi avec succès l'épreuve des événements. Ils feignent d'ignorer que ces références coïncident largement avec le programme de la Quatrième Internationale qui ne doit pas être « privilégiée » à leurs yeux, par rapport aux positions exprimées par les autres courants. C’est une certaine rupture avec le passé qu’ils proposent sans avancer encore une prespective de rechange en dehors d'un spontanéisme balbutiant. Il faut être clair et ne pas jouer à chache-cache avec les débats de méthodologie : leur hostilité à la Qautrième Internationale porte sur le programme. Il vaudrait mieux pour la clarté de la discussion que le débat se déroule franchement sur ce terrain.

André. Février 1969.

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Construire l’Internationale

Texte de la tendance majoritaire soumis au vote

pour les élections au congrès Bulletin des diffuseurs de Rouge, n° 18

INTRODUCTION

À moins de réduire son action à un activisme stérile (qui ne peut pas durer longtemps), toute organisation révolutionnaire se doit d’avoir une conception stratégique de la lutte qu’elle mène pour l'instauration de la société socialiste: comme nous le verrons, cette stratégie n’a de sens qu'inscrite d'emblée dans la lutte des classes au niveau international. Qu'on le veuille ou non, le point de vue internationaliste n’est pas un luxe qui s’acquiert dès que la lutte révolutionnaire à dépassé un certain seuil, il est une condition de son développement historique. (Bien entendu, cela ne signifie pas que ce soit une condition du démarrage des luttes : le point de vue internationaliste n’est pas une donnée immédiate.)

L'internationalisme n’est pas seulement une attitude d'esprit qui permet de produire de meilleures analyses; ce n’est pas seulement le point de vue international ; c'est la compréhension pour des marxistes, c'est-à-dire la traduction en termes pratiques, de l'interaction objective des différents secteurs de la révolution mondiale. Il n’y a évidemment aucune conception «en soi» de ‘internationalisme prolétarien : toutes sont rattachées à des grands courants du mouvement ouvrier.

Nous avouons donc tout de suite que nous sommes incapables de nous livrer à une analyse « objective » de l'internationalisme prolétarien, pour en arriver ensuite « naturellement » à la conclusion qu'il faut adhérer à la IV* Internationale. En un certain sens donc, bien des conclusions seront présentes dans nos hypothèses : nous développerons la conception trotskyste de l’internationalisme prolétarien et ses implications militantes. En d’autres termes, nous ne craignons pas d'avoir des « a priori » (c’est la condition de toute démarche scientifique), la question n’est pas de savoir s'ils existent, mais s'ils sont vrais ou faux, non pas en fonc-

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tion d'une logique abstraite, mais au moyen de leur vérification historique.

Le but de ce texte est limité : il est de montrer la fonction actuelle de l’Internationale comme outil indispensable pour la construction d’une Internationale révolutionnaire «de masse ». Plutôt que de nous livrer à des micro-analyses nécessairement caricaturales sur la situation et les forces révolutionnaires internationales, nous préférons renvoyer les camarades à des textes plus consistants (thèses des précédents Congrès Mondiaux, projets de thèses du prochain); nous nous sommes délibérément limités à l'aspect organisationnel (au sens large) du problème de l'Internationale.

Comme nous sommes de bons matérialistes, nous sommes intimement convaincus que les formes d'organisation (façon dont les hommes coordonnent leur action dans un but déterminé) sont très fortement liées aux conditions objectives dans lesquelles ils opèrent.

Mais le léninisme nous enseigne que les hommes ne sont pas passifs dans le processus historique : une situation déterminée a souvent plusieurs « possibles » (cas de crise révolutionnaire) ; donc, dans certaines limites, objectivement fixées, la question de l’organisation est tout à fait déterminante.

omme toute, le but unique de ce texte est d'étudier les implications théoriques et organisationnelles qui découlent pour nous de cette idée fondamentale : ce texte n'illustre alors qu'une seule idée, qui est loin d’être originale : c'est que, y compris du point de vue de l’organisation, à terme, « c’est l'existence qui détermine la conscience ».

I. — L'INTERNATIONALISME PROLETARIEN

Il est impossible, dans le cadre limité de ce texte, de traiter de façon complète ce problème. Nous nous bornerons à rappeler la conception stalinienne et, par certains aspects, réformiste, qui a largement dominé le mouvement ouvrier pendant plus de quarante années (et qui est loin d’avoir disparu) ; sans nous intéresser ici à ses causes — il ne s’agit évidemment pas d’une « erreur » théorique — nous en montrerons quelques conséquences ; nous montrerons ensuite en quoi la conception marxiste révolutionnaire s'oppose à cette vision; enfin, nous dirons quelques mots des facteurs nouveaux depuis la Seconde Guerre mondiale et de leur incidence sur notre conception actuelle de l'internationalisme prolétarien.

À. — La conception stalinienne

Cette conception « fonde » l'internationalisme sur deux affirmations :

1. Dans tous les pays capitalistes, il y a des bourgeois (exploiteurs) et des prolétaires (exploités). Dans tous les cas, au-delà des situations spécifiques, l’internationalisme se fonde sur l'identité d'existence de tous les exploités face aux exploiteurs. Laissons parler Staline (6 mai 1929) :

« Il serait erroné de ne pas tenir compte des traits spécifiques

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du capitalisme américain. Le Parti Communiste doit en tenir compte dans son activité. Maïs il serait encore plus erroné de fonder l’activité du Parti sur ces traits spécifiques, car l’activité de tout Parti Communiste, y compris le Parti américain, doit se fonder non sur les traits du capitalisme propres à un pays particulier, mais bien sur les traits généraux du capitalisme qui, dans l'ensemble, sont toujours les mêmes dans tous les pays. C'est en cela que réside l’internationalisme des Partis Communistes. Les traits particuliers ne constituent qu'un supplément aux traits généraux. »

Depuis 1917, un facteur nouveau est apparu à la surface du globe, «l'existence du premier Etat socialiste : l’'U.R.S.S.» Il s’agit là, pour le prolétariat international, de son premier bastion « socialiste », qu’il lui importe de défendre en soi, avant toute chose. Laissons encore la parole à Staline (1° août 1927) :

« L'internationaliste est celui qui est prêt à défendre l’U.R.S.S., sans réserve, sans hésitation, sans condition, parce que l'U.R.S.S. est la base du mouvement révolutionnaire mondial et qu'il est impossible de défendre, de faire progresser le mouvement révolutionnaire sans défendre l’'U.R.S.$., car celui qui pense défendre le mouvement révolutionnaire mondial sans et contre l'URSS. celui-là va contre la révolution et roule inévitablement dans le camp des ennemis de la révolution. »

EE Maurice Thorez ajoute (XII° Congrès du P.C.F. le 26 avril 1950) :

« N'est-ce pas ce qui est arrivé à Tito et à sa clique d’aventuriers, passés au service des impérialistes fauteurs de guerre et devenus les pires ennemis de leur peuple, du mouvement ouvrier international, les pires ennemis de l’Union Soviétique ! »

En 1930, Trotsky résume cette conception à deux têtes de l'internationalisme en écrivant «qu’au nationalisme messianique (L'U.R.SSS. sauveur suprême) s'ajoute un internationalisme bureaucratique abstrait.» En fait, il n'y a pas dans la conception stalinienne de fondement objectif à l'internationalisme ; il en reste donc une idée morale assez floue sur le thème : si tous les opprimés du monde se donnaient la main, ils seraient plus forts contre tous les oppresseurs.

La réalité révolutionnaire internationale est alors complètement faussée par une conception gradualiste : si la révolution chinoise de 1927 réussit, tant mieux; elle a échoué, tant pis. La même chose pour la lutte du prolétariat allemand contre le fascisme en 1933 ou la révolution espagnole en 1936. La même chose encore en ce qui concerne la révolution vietnamienne actuellement (cf. le style de la campagne du P.C.F. sur le mode chrétien de gauche). Sauf en ce qui regarde la défense inconditionnelle de l'URSS. l'interaction objective des différents secteurs de la révolution mondiale est ignorée.

À cette « morale » internationaliste, il arrive donc ce qui arrive à toute morale privée de fondement objectif : sous le coup

2. On peut ne pas être d'accord avec la position « majoritaire » du S.R., on peut même estimer qui si Trotsky était vivant, il voterait « minoritaire » (page 5 du B.D.R. n°° 9), maïs on ne peut quand même pas utiliser cefte citation de Trotsky (même page) contre la position majoritaire : où et quand avons-nous développé la notion de « patrie rs Il semble qu’il y ait là un contre-sens politique évident.

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de nécessités impérieuses, on remet à plus tard l'application de ses principes. Prenons deux exemples :

1. La guerre d'Espagne. Le Gouvernement, bourgeois, de Front populaire, était pour la politique « de non-intervention », ce qui, en pratique, signifiait la seule intervention des puissances fascistes (Allemagne et, surtout, Italie). Le P.C.F. était contre (il y avait les brigades internationales), mais il voulait soutenir le Gouvernement de Front populaire. Ecartelé entre sa « morale » internationaliste et l'opportunité politique nationale, il a délibérément décidé de ne pas faire de cette « divergence » un point de rupture de son soutien. En fait, ce point était décisif : la même cause qui a fait adopter une politique « de non-intervention » fera ensuite échouer « nationalement » le gouvernement de Front populaire, préparant la route au pétainisme ; il n’est pas possible de lutter contre le fascisme en s'appuyant sur une union sacrée avec la bourgeoisie.

2. Le soutien à Mitterrand et la guerre du Vietnam. Le P.CF. a soutenu la candidature de Mitterrand, bien que celui-ci se soit refusé à condamner de façon nette l'impérialisme US. C'est rerettable, a affirmé la direction du P.C.F.,, mais il faut être réaiste ; sur les problèmes concrets qui sont les problèmes français, nous sommes en gros d'accord (démocratie, politique sociale audacieuse, relèvement des pensions, paix et coexistence pacifique, etc.). On a donc crié : « Vive Mitterrand » et « Paix au Vietnam » (.…. et exclu quelques « gauchistes » à l’U.E.C.). L'affaire a évidemment fait long feu : il est inutile d'expliquer longuement que les positions de Mitterrand sur le Vietnam ne sont pas le fruit du hasard, que «la pression des masses » pourra modifier, mais révèle la fonction sociale du bonhomme, un aventurier offrant ses services à une partie de la bourgeoisie atlantiste.

En bref, la logique de la conception stalinienne « oublie » que la réussite ou l'échec du mouvement révolutionnaire dans un pays conditionne à son tour et de façon durable le succès d'autres mouvements révolutionnaires (cf. toute l’histoire révolutionnaire depuis 1914) ; elle « oublie » également que la réussite ou l'échec du mouvement révolutionnaire dans un pays est largement conditionnée par l’aide internationale. Pire, elle en arrive à oublier que la politique extérieure n'est « que le prolongement de la politique intérieure par d’autres moyens ».

La conception de l'internationalisme prolétarien des P.C. actuels n’a plus le vernis révolutionnaire des années 30. Elle se présente même formellement comme son contraire : «les traits généraux du capitalisme ont été oubliés (ils n’ont d’ailleurs jamais rien impliqué); les voies nationales spécifiques au socialisme sont seules mises en avant. C'est sous cette forme qu'on peut dire que la conception stalinienne domine encore largement le mouvement ouvrier.

Mais si on a pu si facilement passer de la conception des an nées 30 à la conception actuelle, c'est parce que, dans les deux cas, cet internationalisme n'était jamais fondé sur la compréhension révolutionnaire des rapports économiques et politiques au niveau mondial.

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B. — La conception marxiste révolutionnaire

Ce qui, pour nous, fonde objectivement l’internationalisme prolétarien, c'est l'existence du marché mondial.

«Le marxisme procède de l’économie mondiale, considérée non comme la simple addition de ses unités nationales, mais comme une puissante réalité indépendante créée par la division internationale du travail et par le marché mondial qui, à notre époque, domine tous les marchés nationaux. Les forces productives de la société capitaliste ont depuis longtemps dépassé les frontières nationales...

» Il n’est pas vrai que l’économie mondiale ne représente que la simple somme de fractions nationales similaires. Il n’est pas vrai que les traits spécifiques ne soient «qu'un supplément aux frais généraux », une sorte de verrue sur la figure. En réalité, les particularités nationales forment l'originalité des traits fondamentaux de l’évolution mondiale, Cette originalité peut déterminer la stratégie révolutionnaire pour de longues années. Il suffit de rappeler que le prolétariat d'un pays arriéré a conquis le pouvoir bien avant ceux des pays avancés. Cette simple leçon historique démontre que, contrairement aux affirmations de Staline, il serait tout à fait erroné de fonder l’activité des partis communistes sur quelques traits généraux, c'est-à-dire sur un type abstrait de capitalisme national. Ï1 n’est pas du tout vrai que l’internationalisme des partis communistes se fonde sur cela. En réalité, il repose sur la faillite de l'Etat national qui est une sur: vivance qui freine le développement des forces productives. On ne peut ni réorganiser ni même comprendre le capitalisme national si on ne l’envisage pas comme une partie de l'économie mondiale. Les particularités économiques de différents pays n'ont pas une importance secondaire. Il suffit de comparer l'Angleterre et l'Inde, les Etats-Unis et le Brésil. Les traits spécifiques de l'économie nationale, si importants qu’ils soient, constituent, à un degré croissant, les éléments d'une plus haute unité qui s'appelle l'économie mondiale et sur laquelle, en fin de compte, repose l’internationalisme des partis communistes.

»Si on examine la Grande-Bretagne et l'Inde comme deux variétés extrêmes du type capitaliste, on arrive à la conclusion que l'internationalisme des prolétariats anglais et indien se fonde sur l'interdépendance des conditions, des buts et des méthodes, et non sur leur identité. Les succès du mouvement de Libération en Inde déclenchent le mouvement révolutionnaire en Angleterre et vice versa. Une société socialiste autonome ne peut être construite ni en Inde, ni en Angleterre. Les deux pays devront faire partie d’une unité plus élevée. C’est en cela, et en cela seulement, que réside la base inébranlable de l’internationalisme marxiste. »

(L. Trotsky, Préface de l'édition française à la Révolution permanente, 1930.)

Pour les marxistes révolutionnaires, il ne s’agit donc en aucune façon, de nier l'autonomie et la spécificité des luttes de classes « nationales »; il s’agit d'en comprendre les tenants, les aboutissants et les limites.

Deux facteurs nouveaux sont intervenus depuis l'époque où Trotsky écrivait ces lignes : l'extrême centralisation par l'impérialisme U.S. de la lutte contrerévolutionnaire et la révolution antibureaucratique dans les Etats ouvriers.

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a) La centralisation nord-américaine de la répression

Si les contradictions interimpérialistes n’ont pas disparu (cf. la crise monétaire internationale), il est maintenant peu probable qu’elles puissent être à l'origine de guerres mondiales (type 14-18 ou 39-45). Devant l'actualité de la révolution prolétarienne à l'échelle mondiale, le monde capitaliste dispose maintenant d’un « gendarme international » : les Etats-Unis. Il ne s’agit évidemment pas d'une décision démocratiquement prise par les différentes bourgeoisies nationales, mais ceci correspond à l’exceptionnelle importance de la pénétration des intérêts du capitalisme US. dans les diverses régions du monde.

L'impérialisme américain a, quant à lui, compris la signification de la «révolution permanente» (grâce à l'expérience cubaine, notamment) ; il sait que dans les conditions actuelles de décadence de l'impérialisme, tout mouvement révolutionnaire d'une certaine ampleur pose objectivement la question du socialismes.

On doit alors être persuadé que, quels que soient ses intérêts économiques locaux, l'impérialisme Ü.S. interviendra avec toute la violence possible. L'Amérique latine est peut-être l'exemple le plus parlant ; cela signifie que miser à court terme sur le succès d’un second Cuba (par exemple en Bolivie où la situation nationale est «plus que révolutionnaire») est utopique. Il serait irresponsable, voire criminel, d'attendre que la «pratique» des masses le prouve. Très concrètement et sans vouloir faire de «blanquisme planétaire», il s'agit, pour les révolutionnaires latino-américains, de préparer les conditions d’une guerre civile continentale prolongée (cf. à ce propos le Bulletin intérieur du Secrétariat Unifié de la IV° Internationale sur l'Amérique latine).

b) Les nécessités de la révolution politique

. Dans les Etats ouvriers, l’internationalisme se manifeste à deux niveaux :

1. En ce qui concerne la solidarité objective qui lie les travailleurs et l'intelligentsia russes, tchèques, slovaques, polonais, etc., c'est évident. Intervenant en Tchécoslovaquie de façon militairement écrasante, «au nom du camp socialiste dans son ensemble », l'U.R.S.S. a en même temps donné les dimensions internationales de la révolution antibureaucratique. Les révolution naires de ces pays comprennent que les Soviétiques ne quitteront pas la Tchécoslovaquie sous la seule poussée des masses tchécoslovaques, mais qu'il faut que ces troupes soient appelées simultanément dans d’autres pays (y compris en U.R.S.S.). De ce point de vue, la coordination des luttes antibureaucratiques n'est nullement une perspective abstraite, elle est au contraire une condi-

3. Ceci n'est évidemment pas l'opinion des khrouchtchéviens qui croient encore à la réalité de la démocratie véritable dans les pays capitalistes avancés ou au bloc des 4 classes, pour les pays sousdéveloppés. Il n’y a donc aucune contradiction entre leur conception réformiste et droitière et le fait qu'ils se refusent à poser le problème de l'Internationale.

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tion nécessaire de développement de tout mouvement national tant soit peu responsable.

2. Le deuxième point concerne les rapports qui existent entre la lutte antibureaucratique et la lutte anticapitaliste. S'il est facile, pour nous, de comprendre que toute lutte anticapitaliste qui n’est pas en même temps une lutte antibureaucratique est vouée à l'échec (ne serait-ce que parce que le principal support de l'idéologie bourgeoise actuelle est le repoussoir stalinien), la réciproque est tout à fait vraie : la bureaucratie craint peu l’attaque seulement «antibureaucratique » au nom de la liberté en général. L'exemple de ce qui s’est passé en Pologne est de ce point de vue intéressant. Il y a quelques années, un petit groupe a rompu avec Modzelewski et Kuron sur le thème «du réalisme »; en substance, il disait : l’anticapitalisme et le marxisme sont des choses très importantes. Ceci étant, partons des forces réelles qui existent en Pologne et qui sont opposées à la bureaucratie; elles ne peuvent pas comprendre la signification de la lutte anti-impérialiste, et le mot même de « marxisme » leur fait horreur (comment en serait-il autrement ?); donc, oublions provisoirement ce qui nous divise (références au marxisme) et faisons l'union de tous les bons Polonais contre la bureaucratie.

Très pratiquement, ceci a signifié des tentatives d'alliance sans principe avec des forces cléricales réactionnaires (ce qui était facile à prévoir) et, sur le plan même du réalisme, l'affaire a échoué : la bureaucratie polonaise étant tout à fait capable, si la nécessité s’en fait sentir, de faire des compromis bien plus avantageux pour ces forces réactionnaires.

Par contre, cette même bureaucratie est tout à fait désarmée devant une critique marxiste, il ne lui reste que la répression policière, Mais ce n'est pas par leur seule «pratique» que les masses des Etats ouvriers peuvent acquérir une claire conscience de la nécessité de la lutte contre le capitalisme et l'impérialisme : l'existence dans les pays capitalistes de courants révolutionnaires nettement antibureaucratiques et la liaison organique quand elle est possible est un facteur capital de leur maturation.

En conclusion, il faut bien voir que ce qui résulte de la conception générale que nous avons de l’internationalisme prolétarien, tenant compte du fait que la révolution prolétarienne à l'échelle mondiale a suivi une voie beaucoup plus détournée que ne l’avaient pensé Marx et Lénine, peut se résumer ainsi : comprendre la réalité révolutionnaire d'aujourd'hui, c’est comprendre les rapports réciproques (dialectiques) qui existent objectivement entre la révolution anticapitaliste, la révolution coloniale et la révolution politique (antibureaucratique) ; la conscience que peuvent en avoir «les masses » à un moment donné est loin d’être indifférente, mais n’est qu'un moment de cette analyse.

II. — POUR UNE INTERNATIONALE REVOLUTIONNAIRE

«DE MASSE »

Personne ne nie la nécessité d'une Internationale révolutionnaire de masse qui, seule, serait capable de traduire en actes le

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mot d'ordre du Che : «Créer deux, trois, plusieurs Vietnam »!, qui condense au mieux les tâches stratégiques du mouvement révolutionnaire ; personne ne nie qu'une telle Internationale devrait évidemment rassembler les principales forces révolutionnaires qui existent (révolutions vietnamienne, cubaine, chinoise, arabe...)

Malheureusement, si l’on veut sortir du « journalisme », si l’on veut éviter de rester perplexe et impuissant devant le gigantesque fossé qui sépare cette conception «idéale » et la réalité de 1969, on ne peut en rester là.

Affirmer que la construction d'une telle Internationale est l'objectif n° 1 des marxistes révolutionnaires n'est pas faire du « fétichisme d'organisation », mais traduit sur ce plan le fait que la crise de l'humanité, aujourd’hui, à l'époque de décadence de l'impérialisme, c’est la crise de sa direction révolutionnaire.

Ceci étant, une telle Internationale, aujourd'hui, n'existe pas. Et donc, le problème qui se pose pour les révolutionnaires, c’est de voir comment, concrètement, ils peuvent œuvrer dans le sens de sa création.

Se contenter d'attendre que «les masses» en aient compris la nécessité ou même que les mouvements révolutionnaires l’aient écrit dans leur programme, par suite de « leur pratique », découle d'un raisonnement aussi naïf que le suivant : en France, la principale force révolutionnaire est la classe ouvrière; or, aujourd'hui, il est manifestement impossible d'en organiser des fractions importantes sur un programme révolutionnaire; conclusion, la création d’une organisation révolutionnaire nationale est volontariste, prématurée et bureaucratique.

Théoriquement, une telle position peut bien apparaître comme «réaliste» (elle part des forces qui existent), pratiquement, c’est une démission pure et simple dissimulée derrière un bavardage général. Nous avons déjà montré que « le spontanéisme national » rejoint le réformisme révolutionnaire quand il laisse entendre que «le but n'est rien : le mouvement tout ».

Il n’est pas question d'étendre mécaniquement notre critique du spontanéisme national au niveau international (« les frontières, on s’en fout ! ») : on ne peut nier les traits spécifiques nationaux (voir pages précédentes). Mais, précisément, si on veut les comprendre et ne pas être dominé par eux, c'est nécessairement du point de vue international qu'on doit partir. Là-dessus, tout le monde est d'accord! Mais il ne faut pas avoir là une démarche intellectualiste naïve : à moins qu'on ne limite son «action» à écrire d'excellents ouvrages en chambre (et encore !), le fait que, pour l'analyse et pour l’action, on décide de partir du point de vue international n'est pas seulement une question subjective (bonne volonté) : les individus et les organisations ne sont pas des abstractions qui évoluent éternellement de façon indépendante de leur existence et de leur pratique, et ce pour deux raisons :

1° Il n'est pas vrai, pour des marxistes, que le point de vue

4. Ce mot d'ordre a été attaqué par tous les réformistes de la création comme aventuriste, volontariste, etc. Il est donc bien clair qu'avant toute discussion sur l’Internationale, il faut se mettre d’accord sur ce point, sinon les discussions sur l'organisation risquent de masquer des divergences politiques profondes.

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international puisse être à terme séparé de l'action consciente menée à ce même niveau.

2° Il n'est pas vrai que, de façon générale (en dehors de crises révolutionnaires), les luttes de classes quotidiennes nationales entretiennent le point de vue internationaliste, c'est même plutôt l'inverse qui est vrai.

III. — LA DIALECTIQUE DU TOIT ET DES MURS

Pour nous, l’Internationale ne saurait être conçue comme l'aboutissement final nécessaire du processus de développement et d'implantation des différentes organisations révolutionnaires nationales. Il est faux de croire que la première tâche est la construction d'organisations révolutionnaires nationales (les murs) et qu'ensuite seulement se trouvera posé dans les faits le problème de la direction internationale (le toit). En vérité, ces deux processus sont dialectiquement liés : le point de vue internationaliste ne naît pas spontanément de l'existence nationale. Il doit nécessairement, dans une certaine mesure, lui être apporté du dehors. Toute la question est de savoir comment, et d'éviter, tant que faire se peut, que cet apport extérieur ne soit qu’idéologique. Aujourd’hui, la IV* Internationale est le seul regroupement révolutionnaire qui poursuit le même combat que le nôtre. Elle représente le seul instrument nous permettant d'atteindre et de conserver ce fameux «point de vue international » théorique et pratique. Elle a objectivement joué ce rôle en France, il s’agit maintenant de l’assumer de façon responsable, ce qui n'est pas seulement une nécessité nationale mais aussi une nécessité internationale.

Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de faire de jeu de mots en disant : il y a eu la I, puis, la IF°, puis la IIF. La III est morte, mais nous sommes internationalistes, heureusement il y a la IV‘! Il s’agit de comprendre le rôle actuel de la IV° en fonction des nécessités stratégiques de l'heure. Se contenter de dire : entre les diverses Internationales, il y a eu des trous ; pourquoi n'y en aurait-il pas aujourd’hui ? est un raisonnement par analogie superficiel qui, sous couvert de réalisme, ne tient compte ni de la réalité passée, ni de la situation concrète actuelle ; il oublie un problème capital : la continuité de la pensée (et donc de l’action) internationaliste. Effectivement, entre la II° et la III° Internationale, quelques individus (et pas n'importe lesquels Lénine, Trotsky, Rosa...) ont pu assurer cette continuité théorique et pratique sans organisation internationale constituée, leur but étant, depuis 1914, d'y parvenir. Mais aujourd'hui, la réalité révolutionnaire mondiale est infiniment plus complexe qu’à l'époque de Lénine (voir Thèses des Congrès Mondiaux). Elle englobe dans leurs interactions réciproques les crises du capitalisme, du néocolonialisme et du stalinisme. Qui peut croire que la continuité de la pensée marxiste révolutionnaire (qui n'est pas la mise au frigidaire de plats cuisinés par nos maîtres à des fins de conservation, mais qui implique l'analyse concrète de la situation concrète) puisse être le fait de quelques individualités sans un minimum d'organisation internationale centralisée et démocra-

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tique impliquant un minimum de responsabilités à l'issue (et à l'origine) de ses analyses ?

La IV:° Internationale n'est pas l'Internationale révolutionnaire de masse dont nous avons besoin, mais elle n'en a pas moins le rôle essentiel d'assurer la continuité vivante du marxisme révolutionnaire. De ce point de vue, il est hors de doute pour nous que son existence en tant qu'organisation internationale en est une condition nécessaire. Qu'elle ne soit pas suffisante, c'est certain (notamment parce qu'une série de ses sections sont encore très faibles). Mais si on veut contester de façon convaincante ce rôle essentiel de la IV° Internationale, il faut en finir avec les querelles byzantines et philosophiques, prendre ses analyses théoriques et politiques essentielles, prouver qu'elle se trompe et proposer une ébauche de programme distinct, en bref, placer la discussion sur le terrain politique.

Jusqu'à maintenant, nous avons surtout développé dans ce texte des idées assez générales fondées sur l'application du matérialisme historique, sur les rapports dialectiques entre idées, actions, programme, etc.

Nous allons maintenant prendre quelques exemples « concrets », à l'appui de nos thèses, et ceci de deux façons différentes :

1. Les exemples « négatifs » : Falcemartello et Voix ouvrière.

Il ne s'agira évidemment pas de faire ici une analyse exhaustive de ces groupes; il ne s'agira pas non plus de raisonner par « analogie » sur le thème : ces groupes dégénèrent ef ils ne sont pas à la IV, pour en déduire par un glissement continu : ils dégénèrent parce qu’ils ne sont pas à la IV“, hors de l'Eglise point de salut !

Par contre, ce que nous allons essayer de montrer sur ces exemples, c'est comment ce type de dégénérescence est provoqué par des erreurs fondamentales, qui sont une conséquence directe de leur non appartenance à une organisation internationale.

2. Les exemples « positifs » : l'exemple français nous permettra de voir comment, dans une situation que nous connaissons tous, la IV° a joué un rôle déterminant, grâce à son existence en tant qu'organisation internationale.

1. Les exemples «négatifs » :

Nous allons prendre l'exemple de quelques organisations révolutionnaires « nationales » qui se réclament ou se réclamaient du marxisme révolutionnaire. Toutes n’ont pas totalement dégénéré, mais aucune n’a avancé d’un pas vers la construction d'une Internationale révolutionnaire, ce qui ne les a pas, pour autant, liées davantage à la « réalité» des forces révolutionnaires actuelles, bien au contraire.

5. Nous ne parlerons pas ici de l’O.C.I. qui se caractérise, en plus, par une position ultra-sectaire et des problèmes graves au niveau psychologique (1).

6. Il existe des sections qui ne « marchent pas» et qui sont à la invtes sommes convaincus que ce n'est pas parce qu'elles sont à la LE

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a) L'expérience Falce Martello

C'est, au départ, un noyau de militants révolutionnaires à Milan, travaillant essentiellement dans les organisations communistes de jeunes (étudiants) et animées par des camarades de la section italienne de la IV° Internationale. Abstraction faite des différences entre le P.C.I. et le P.C.F. c'est une expérience assez analogue à celle de la fraction de gauche dans l’U.E.C. (possibilité même de sortir un journal public Falce Martello), Ces camarades étaient parmi les meilleurs dirigeants de masse du mouvement étudiant; ils ont rompu il y a un an et demi environ avec la Section italienne estimant que la IV*° Internationale était non seulement sclérosée mais sclérosante. Nous reviendrons sur leur argumentation, mais le point qui nous intéresse est de comprendre comment des militants relativement formés et qui nous ont quittés sans désaccord majeur avec nos analyses ont pu crier quelques mois plus tard : « Vive Ho-Chi-Minh! Vive Mao! Vive Staline! Vive Beria ! » (sic). Voyons d’abord leur argumentation sur la « sclérose » de la IV°, en substance, ils disaient ceci : que nous soyons ou pas membres de l’Internationale, nous devons être capables de la juger avec des critères objectifs (attention au fétichisme de sa propre organisation !) et, comme toute organisation politique, la IV* Internationale n'échappe pas au fait qu'elle est un produit de l'histoire. Qu'on le veuille ou non, l’histoire qu'a traversée la IV° Internationale depuis sa création — et malgré elle — c'est l’histoire du reflux de la révolution internationale. Elle a peut-être joué un rôle positif pendant toute cette période (ne serait-ce que pour transmettre «l'héritage idéologique », mais son organisation, son programme et ses hommes restent le produit de ce passé. Aujourd’hui, la situation est radicalement nouvelle (luttes étudiantes, Cuba, Corée, Vietnam, voire la révolution culturelle, sait-on jamais) ; il ne s’agit plus de préserver un quelconque acquis idéologique, mais de faire la preuve pratique qu'on sait diriger des mouvements de masse; de ce point de vue, la IV° Internationale paraît aujourd’hui un outil dépassé.

I] y a eu, bien entendu, de longues discussions avec ces camarades, leur expliquant qu'il y avait là une fort jolie démonstration philosophique permettant de comprendre éventuellement comment la IV*° se serait sclérosée, mais qu’il manquait un maillon logique indispensable, à savoir la démonstration effective de cette sclérose. Que cette démonstration n'était pas faite, et que pour la faire, il fallait avoir l'audace de discuter politique. Comment ? Il fallait prendre depuis la Libération tous les phénomènes nouveaux non prévus par les maîtres et critiquer si possible les analyses et l'intervention de la IV*; ces phénomènes nouveaux étant essentiellement :

— la forme actuelle de la domination capitaliste : le « néocapitalisme » et ses contradictions.

7. Il est symptomatique que les premières discussions avec ces camarades aient eu lieu à propos d'un titre : «Vive Ho-Chi-Minh! Vive Castro! Vive Mao!» On leur a reproché leur opportunisme (suivisme du mouvement de masse), ils refusaient cette accusation comme sectaire.

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— la crise du stalinisme qui n’était pas exactement celle prévue par Trotsky.

— la signification de la révolution coloniale.

— la signification et le rôle propre de la radicalisation de la jeunesse (liée au néo-capitalisme).

De plus, ces camarades faisaient une confusion entre la façon dont l’acquis du marxisme révolutionnaire leur avait été transmis (textes, conférences, écoles) et la façon concrète dont il avait été élaboré historiquement qui, elle, est inséparable des luttes qu'avait menées la IV* Internationale. S'il est vrai qu’actuellement une nouvelle période s'ouvre, qui nous donne des possibilités d'action inconnues jusque-là, il n'en est pas moins superficiel d'opposer la période passée à la période actuelle comme celle de l'idéologie à celle de la pratique.

Ces camarades ont néanmoins quitté la IV* en disant que leur appartenance actuelle à l’Internationale, non seulement ne leur apportait plus rien de concret, mais encore constituait un frein pour leur développement en divisant artificiellement «le mouvement» sur une question purement idéologique, stalinisme ou trotskysme, Le danger principal était actuellement « de plaquer de l'idéologie sur du réel» (sic). À la question, pourtant essentielle : comment allez-vous pouvoir vous déterminer sur les problèmes internationaux ? ils ont répondu qu'il n'était pas utile d'être membre de la IV*° pour pouvoir lire d'excellentes revues (Monthly Review, Pensiamento critico, Les Temps Modernes et, bien entendu, la revue de la IV°, etc.). Ce qui est exact. Mais malheureusement toutes ces revues ne disent pas la même chose sur le même sujet. Alors, de deux choses l’une : ou bien on estime qu'il n’est pas utile de choisir, et alors on condamne son mouvement à n'être qu'un regroupement spontanéiste oscillant au gré des circonstances, ou bien on estime que l'internationalisme prolétarien a un sens et qu'il faut choisir. Comment faire ce choix? Par la discussion, certes, c'est-à-dire, en fait, par la lucidité et les connaissances plus ou moins grandes de quelques camarades milanais. On se trouve alors dans une situation paradoxale : on a voulu chasser l'idéologie par la porte, elle rentre, et à flots, par la fenêtre.

Que s'est-il passé après la rupture ? Ces camarades ont eu deux volontés louables :

1. Développer leur organisation chez les étudiants milanais et, si possible, l’étendre.

2. Conserver une certaine pureté idéologique (le fameux point de vue international), c’est-à-dire maintenir l'essentiel de l'acquis trotskyste, mais pas son « passif », l'organisation et l'étiquette.

Le drame, c'est que dans le milieu politique où travaillaient ces camarades (les étudiants), l'idéologie largement dominante était l’anarcho-maoïsme. Ces deux volontés étaient donc contradictoires. Il est alors parfaitement compréhensible que ces deux désirs n’ont pas pesé longtemps le même poids dans les plateaux de la balance : plutôt que de conserver (et au nom de quoi ?) la « pureté » idéologique avec ses inconvénients (grise mine devant la révolution culturelle, désaccord avec le programme du

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FNL, etc.) on a préféré tenter étendre le mouvement au prix de compromis successifs apparemment payants. L'affaire s'est terminée par un fiasco lamentable et étonnamment rapide, et le «Vive Beria» n'aura été que la logique ultime d’une dégénérescence qui aura affaibli l’audience de la section italienne (ce qui est négatif, y compris pour le « mouvement ») et donné naissance à quelques groupuscules maoïstes divisés et ultra-sectaires (ce qui n'est guère plus positif).

b) L'exemple d'une organisation dissoute, Voix Ouvrière

Nous avons là un cas d'organisation « trotskyste-nationale ». Elle a été dissoute, mais ça n'est pas un procès d'intention de dire qu'une organisation conservant aujourd’hui ses analyses devrait en même temps, et malgré sa volonté, renoncer à construire une organisation révolutionnaire internationale. Après près de trente ans d'existence, V.O. n'a d'ailleurs jamais concrètement avancé dans ce sens, malgré plusieurs tentatives « non sectaires ».

Essayons de comprendre pourquoi. Essentiellement parce que V.O. procédait sur toutes les questions internationales à une analyse dogmatique (ce qui n'est pas sans conséquences sur le plan national, évidemment). La démarche est la suivante : elle juge de la signification de tel ou tel événement international par la seule comparaison de ce qu’elle en sait avec ce qu'ont écrit (et à propos d'événements différents), d'excellents auteurs (Marx, Lénine, Rosa et surtout Trotsky). Ainsi pêle-mêle, la Chine, la Yougoslavie, la Tchécoslovaquie, Cuba et le Vietnam ne sont pas des Etats ouvriers, et puisqu'il faut bien qu'ils soient quelque chose, ce seront donc des États bourgeois (d'un genre particulier cela va sans dire). En effet, pour abattre le capitalisme et instaurer un Etat ouvrier il faut, tous les maîtres l'ont écrit, l’intervention révolutionnaire du prolétariat dirigé par un parti marxiste-léniniste. Or, on n’a rien vu de tel dans les pays précités, donc...

En ce qui concerne la Tchécoslovaquie, les camarades de V.O. étaient sur le plan de l'analyse concrète, dans une situation intenable : accepter la classification entre l'Etat ouvrier et l'Etat bourgeois comme ayant un sens, placer l’U.R.S.S. dans la première, la Tchécoslovaquie et la France dans la seconde, c'est se livrer à une gymnastique ridicule dont la seule fonction est de perpétuer la tradition de l'organisation. Mais il est évidemment impossible qu'avec une telle «théorie», on puisse comprendre et a fortiori agir.

Mais peu importe, les positions sur la Tchécoslovaquie avaient surtout une vertu interne.

L'attitude de V.O. sur la Révolution cubaine était encore dictée par les mêmes considérants. Ces camarades ont été jusqu'à

8. Le fait d’avoir des renseignements de sections si faibles soientelles mais parties prenantes de la lutte des classes nationale peut quelquefois être source d'informations irremplaçables (certains points échappent complètement, même aux journaux bourgeois les mieux informés) mais ça n’est pas toujours le cas et de toute façon, ce n’est pas à cause de cette carence que l'internationalisme de V.O. est resté aussi dogmatique, comme nous allons le montrer.

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écrire que «le Che est un représentant typique (sic) de la petite bourgeoisie ». Venant de Latino-américains, une telle affirmation ne pourrait être que le fait de contre-révolutionnaires conscients. Venant de la part de camarades de V.O. elle n’exprime rien de plus que leur irresponsabilité au sens strict’.

Donc, aussi bien sur la Tchécoslovaquie que sur Cuba, les camarades de V.O. défendaient une position aberrante; mais le plus grave n’est pas là", il est qu’on voit mal pourquoi ils auraient pu évoluer, les limites étroitement nationales de leur action ne leur donnaient ni cette possibilité, ni cette nécessité. Répétons-le encore une fois : «Le point de vue international» ne naît pas spontanément du cadre national. La conscience de l'organisation n'est pas, à terme, indépendante de son existence nationale ou internationale.

La très légère évolution des camarades de V.O. sur la révolution vietnamienne est de ce point de vue révélatrice. Il s’agissait pour eux d'une révolution nationale bourgeoise sans parti prolétarien indépendant, ne pouvant donc mener à terme qu'à la trahison. La logique de cette position était donc de se limiter à la dénomination des crimes de l'impérialisme U.S. et de ne pas participer à la mobilisation qui luttait pour la victoire du F.NL. Ceci étant, ils ont été amenés à faire deux constatations empiriques, à un niveau purement national :

— les travailleurs à qui ils diffusaient leurs bulletins « de boîtes » comprenaient de plus en plus difficilement (en fait sur ce point leur conscience internationaliste était plus grande que celle de V.O.).

— dans le C.V.N. ils voyaient arriver des militants intéressants, à la gauche du P.C. avec même quelques ouvriers.

Alors, pour ne pas être en reste, ils ont décidé de s'associer à certaines manifestations du C.V.N. Quand on connaît l'importance qu'a joué l'affaire vietnamienne (et cubaine dans une moindre mesure) dans la radicalisation de la jeunesse en France — radicalisation qui montrera son importance en mai — on doit considérer que sur ce point-là V.O. était à la traîne.

Toute «trotskyste» qu'elle était, en tant qu'organisation nationale, V.O. subissait la réalité internationale, s'y adaptait peu ou prou, mais ne pouvait que renoncer à la comprendre et à la transformer. Son internationalisme est toujours resté un internationalisme de principe (ce qui n’est évidemment pas négatif) qui n'a pratiquement eu aucune influence ni sur la révolution mondiale, ni sur sa propre organisation",

On pourrait multiplier les exemples à l'infini : il n’a pas manqué dans l’histoire du mouvement ouvrier d'organisations se ré-

9. Il est clairement impossible de travailler de façon un tant soit peu conséquente en Amérique latine, en maintenant une telle conception « théorique ».

10. La IV*, toute internationale qu'elle est, s'est déjà lourdement trompée, notamment en ce qui concerne l'appréciation de la Révolution chinoise (pendant quelques mois en 1949).

11. Sur la question du Moyen-Orient cependant, les camarades de V.O. ont adopté une position assez voisine de la nôtre, ce n'est à notre avis pas sans rapport avec le fait qu'ils sont en contact avec le seul groupe marxiste-révolutionnaire qui existe en Israël : l'O S.I.

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clamant du marxisme révolutionnaire ayant rompu avec la IV: ou indépendantes d'elle et même disposant de moyens matériels et humains nettement supérieurs. Si la plupart ont fait faillite, toutes, tôt ou tard, ont été victimes de « déviations nationales » (ce qui démontre, une fois de plus, qu'on auraït tort d'ignorer le poids du facteur national dans la lutte des classes !}°.

A moins que l’on ne décide délibérément de s'isoler dans une tour d'ivoire, pour y préserver la pureté de l’organisation (sectarisme), une certaine « déviation nationale » est inévitable sous le poids des conditions objectives. Seul un élément subjectif : la conscience politique internationaliste de l’organisation peut permettre d'éviter que ces déviations ne se transforment en dégénérescence. Mais pour que cet élément subjectif ait le maximum de consistance, il faut qu’il repose sur une réalité objective distincte. Dire que cette réalité objective, c'est la révolution mondiale, c'est supposer le problème résolu et donner une réponse correcte mais abstraite à une contradiction bien réelle, Cette réalité de la révolution mondiale n’est pas vécue à chaque instant au niveau national, elle ne peut l'être qu’au niveau international, dans l’organisation internationale.

Ceci étant, il serait faux d'en déduire que l’appartenance à la IV: est une condition suffisante pour empêcher une tentative de voie nationale vers le socialisme et l'exemple de Ceylan prouve que le poids de facteurs nationaux peut largement l'emporter sur le poids de l’Internationale et faire basculer la majorité d’une Section. Ceci ne prouve qu'une chose, c'est que le poids de l’Internationale actuelle est trop faible : si la majorité du L.S.S.P. a basculé ce n'est pas à cause de l’Internationale, mais malgré elle. Que l’Internationale ne soit pas une garantie absolue, c'est certain, mais à notre connaissance c’est à terme la seule.

2. Les exemples « positifs » :

Nous avons jusqu'ici pris des exemples « négatifs »; il est in téressant de voir comment, dans une situation que nous connaissons bien, la IV* Internationale a joué son rôle : c'est l'exemple français. Ce point est examiné dans un bulletin intérieur. Nous voulons seulement insister sur quelques points qui nous paraissent essentiels et ce, dans un passé relativement récent et qui concerne l’histoire d'organisations malheureusement dissoutes.

Si l'U.E.C. a éclaté (organisation que nul n’a pensé à dissoudre) et donné naissance à divers groupes ou tendances révolutionnaires «italiens », J.C.R.,, UJ.C.M.L., etc., ça n'est évidemment pas grâce à l'action de la IV* Internationale ; par contre, le fait que parmi tous ces groupes se soit constituée la J.CR,, avec son programme, n’est pas explicable à l’aide des seules conditions objectives. Il n’est pas vrai qu'une pratique des luttes limitée aux seuls étudiants français (voir idéologie « italienne »), et historiquement datée entre 1960 et 1966 pouvait permettre d'élaborer un tel programme. La IV° Internationale a évidemment joué un rôle déterminant. Penser qu'il s’agit alors « d’idéologie plaquée sur du réel», c'est penser que la J.CR. s’est développée non pas à

12. Mais cette constatation milite en faveur de l’Internationale, et non pas contre.

al

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l’aide, mais malgré son programme, ce qui est contredit par les faits. Sans même mentionner les manifestations de Liège et de Berlin ou la Conférence de Bruxelles qui n’ont été possibles que par l'activité théorique et pratique de la IV* et qui ont joué un rôle important dans le développement de l'organisation, essayons de voir quelles ont été les conséquences dans les faits de ce programme :

— Nous avons combattu l'idéologie tiers-mondiste qui privilégiait l'importance de la révolution coloniale; nous avons développé l'actualité d'un programme de transition pour les pays capitalistes développés. Nous avons, dans la mesure de nos moyens, capitalisé l'expérience des grèves belges de 1960-61, en expliquant que ce n'était pas un accident de parcours malheureux d’un capitalisme particulier.

— Inversement, nous avons combattu les tendances primaires qui ne comprenaient la lutte des classes qu’en termes de luttes de la classe ouvrière nationale contre sa propre bourgeoisie, Sans nous transformer en annexe de l'agence de presse de la R.D.V”, nous avons impulsé le C.V.N. brisant par là pour la première fois et sur une échelle relativement large, le monopole stalinien d'organisation de luttes.

— Ayant compris les fondements du stalinisme et de la bureaucratie ouvrière, nous ne sommes pas tombés dans le piège de la dénonciation pure et simple des organisations traditionnelles, et précisément parce que nous avions une compréhension générale des tenants et aboutissants de l'emprise du P.C.F, nous avons compris ses limites : comme nous le suggéraient déjà d’autres expériences internationales, nous avons saisi l'autonomie relative et l'importance politique tout à fait considérable que pouvait acquérir un secteur particulier et apparemment marginal, celui de la jeunesse scolarisée ; toutes les autres organisations d'extrême-gauche s'étant efforcées y compris pendant Mai et chacune avec un vocabulaire qui lui est propre, de « mettre les étudiants au service des travailleurs ».

C’est ainsi qu’on ne peut pas considérer le programme de la J.CR. (texte de référence politique, en vente chez F. Maspero) comme un reliquat idéologique, mais bel et bien comme un acquis du marxisme révolutionnaire.

Inversement, le rôle considérable qu’a joué la IV° Internationale dans le soutien politique et pratique des luttes de Mai“ donne la garantie que les acquis de Mai constitueront également un capital pour d’autres pays.

13. Nous avons compris que la réalité de la révolution vietnamienne dépassait largement le cadre de ses textes « officiels ». Nous avons par exemple, critiqué l'insuffisance de l’aide soviétique. Nous n'avons pas fétichisé le programme du F.N.L. comme les maoïstes, l'expérience de la Révolution chinoise et du Vietminh nous ayant fait comprendre l'importance seulement relative de ce programme. Ceci étant, nous pouvons prétendre que nous étions davantage liés à la réalité de la Révolution vietnamienne, que les C.V.B. qui, se sont trouvés désarmés devant le télégramme de Pham-Van-Dong, puis ensuite par les négociations.

14. Il n'est pas question de développer ici largement ce point, mais il faut souligner qu'au niveau international, seule la [V* a pu, ar l'activité de ses sections, réussir à capitaliser de façon réelle es acquis du mai français (campagnes de propagande aux U.SA., Canada, Allemagne, etc., campagnes financières de solidarités...)

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IV. — ET MAINTENANT ?

Nous avons examiné jusque-là le rôle de la IV Internationale en tant qu'assumant la continuité du «point de vue internationaliste»; nous avons également essayé de montrer que ceci n'était possible en « théorie » que parce qu'à chaque fois que les circonstances le permettaient, la IV° l'avait traduit en pratique.

L'histoire ne connaît malheureusement pas de réfrigérateurs permettant de conserver pour la consommation les « acquis » du marxisme révolutionnaire, Ceux qui croient cela aujourd’hui ne sont capables de sortir que des inepties politiques",

Cela dit, la crise que traverse la situation mondiale actuelle dans tous ses secteurs modifie de façon radicale les possibilités d'action des marxistes révolutionnaires. Aujourd'hui, de «nouvelles avant-gardes » sont apparues aussi bien dans les pays capitalistes développés que dans les pays sous-développés et dans les Etats ouvriers. Comprendre le sens profond — non conjoncturel — de l'émergence de ces «nouvelles avant-gardes » présuppose une analyse des facteurs objectifs de la situation actuelle (et encore une fois d'emblée à son niveau international)", ce que nous ne pouvons pas faire dans ce texte.

Qu’entendons-nous, à ce niveau, par « nouvelles avant-gardes » ?

— Dans les pays capitalistes développés, les mouvements rassemblant de façon plus ou moins structurée «la jeunesse radicalisée » et tout particulièrement les étudiants.

— Dans les pays sous-développés, les nouveaux mouvements se fixant comme stratégie (ou faisant déjà) la lutte armée.

— Dans les Etats ouvriers, la partie de l'intelligentsia et même une petite fraction de la classe ouvrière (Pologne, Tchécoslovaquie) en lutte ouverte avec la bureaucratie.

Cette description ultra-schématique suffit à montrer qu'il s’agit là d'avant-gardes à des titres tout à fait divers. Il ne faut pas être prisonnier de généralisations journalistiques : si nous appelons ces mouvements extraordinairement hétérogènes « nouvelles avant-gardes », c'est :

1. Parce que leur existence est liée à des contradictions insurmontables des vieilles formes de domination.

2. Parce qu'elles représentent maintenant, dans bien des cas, une force politique (sinon sociale) capable d’agir sur les choses, dans un sens révolutionnaire.

3. Parce qu'elles échappent largement à la domination stalinienne ou réformiste.

15. I1 est symbolique de constater que pour V.O. qui n'a jamais appartenu à l’Internationale, seule l'U.R.S.S. est un Etat ouvrier (ce qui était évidemment l'opinion de Trotsky), quant à l'O.C.I, elle en est restée à la conception de 1963 de l’Internationale sur le nombre d'Etats ouvriers (Cuba ne fait pas partie de la liste).

16. C'est, somme toute, un tout petit nombre d'événements internationaux qui ont joué un rôle décisif dans l'émergence de ces nouveaux courants : essentiellement la révolution vietnamienne et la victoire de la révolution cubaine et à un degré moindre (pour les pays arabes) le développement de la résistance paiestinienne,

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Ces nouvelles avant-gardes ont apporté, chacune dans leur secteur, une confirmation éclatante des principales analyses trotskystes (sur le stalinisme, la révolution permanente, la stabilité du néo-capitalisme). Et dans chacun de ces secteurs, les sections de la IV* Internationale étaient parties prenantes.

Le point qu'il faut maintenant souligner, c'est que ces nouvelles avant-gardes ne rassemblent pas une classe sociale déterminée et ne sont donc pas capables d’avoir une idéologie propre et ce point est particulièrement vrai pour les divers mouvements étudiants, qui se définissent plutôt négativement par rapport aux classes en présence.

Que ce soit en Italie, en Allemagne, aux U.S.A. les idées dominantes sont de type «anti-autoritaire » (anarcho-maoïsme, spontanéisme, etc.). Quand des idées politiques structurées existent, elles renvoient à une réalité extérieure au « mouvement » (prochinois, staliniens ou trotskystes), Le «mouvement» étudiant n'est donc pas capable en tant que tel de surmonter les grandes divisions du mouvement ouvrier ; il les exprime à son tour, mais sur une autre échelle et avec une acuité toute autre.

Si l'on estime que ces divisions ne sont pas artificielles, et qu'il faut prendre parti, il est clair que le rôle de la IV° Internationale ne se trouve pas amoindri par le développement de ces mouvements, mais au contraire démultiplié. Personne n’a nié qu’actuellement, vu l'état de décomposition idéologique avancée (tout particulièrement en Allemagne et en Italie), des « mouvements » étudiants, les seules rencontres internationales que l’on puisse faire en pratique soient celles des groupes trotskystes militant dans ce secteur ; ce qui s’est fait”. Ceci n’est pas une attitude « sectaire» visant à privilégier les intérêts d’une chapelle, c’est bien au contraire la condition donnant au mouvement luimême des perspectives permettant d'augmenter sa maturation politique etd ‘éviter son essoufflement. De ce point de vue encore, personne ne pourra contester que le développement d’une puissante Section française de la IV° n'aura que des effets positifs face à la confusion qui règne dans les avant-gardes étudiantes étrangères (pour ne pas parler du « mouvement » français).

En ce qui concerne les pays sous-développés, la lutte la plus décisive se joue au Vietnam. On ne peut pas exactement placer le Parti vietnamien qui dirige cette lutte dans la catégorie des «nouvelles avant-gardes ». Il y avait en Indochine une implantation trotskyste assez forte, mais les coups on de l’impérialisme et des staliniens ont détruit la section. Ceci étant, dans tous les pays du monde, nos sections ont toujours été à l'avantgarde de la lutte théorique et pratique pour la défense de la Révolution vietnamienne. Les militants de la IV° Internationale ont joué un rôle important, si ce n’est déterminant, dans des mobilisations de plusieurs dizaines de milliers de personnes en France, en Angleterre, aux U.S.A. au Japon, etc.

En ce qui concerne la révolution en Amérique latine, outre les actions en faveur de la défense de la Révolution cubaine dont nous avons eu le quasi monopole aux Etats-Unis et au Canada, se pose pour nous, en alliance avec d’autres forces révolutionnaires, des problèmes qui ne sont pas seulement liés à la défense d’autres révolutions. Nous ignorons quelle sera la place subjec-

17. Des textes sortiront à ce sujet.

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tive du drapeau de la IV° Internationale dans la Révolution latinoaméricaine, ce dont, par contre, nous sommes sûrs, c'est que nos différentes Sections y ont un rôle capital à jouer : l’internationalisme prolétarien réduit aux seules dimensions pourtant colossales de l'Amérique latine ne permet pourtant pas de comprendre tous les tenants et aboutissants de la lutte révolutionnaire. Sur le plan idéologique, c’est évident (cf. le jugement porté par Fidel et d'autres mouvements révolutionnaires sur la Tchécoslovaquie", cf. également la sous-estimation du Mouvement de Mai). Mais ceci s’est concrétisé quelquefois de façon dramatique sur le plan pratique : généralisation de l'exemple cubain dans des situations nationales distinctes et surtout dans un contexte international modifié ; de plus, l'incompréhension du stalinisme (saisi seulement à travers l'expérience latino-américaine) a conduit à l'illusion qu'on pourrait, dans certaines conditions, contraindre les partis staliniens à entamer un processus révolutionnaire (Bolivie).

Nous serons très brefs en ce qui concerne les Etats ouvriers (voir le début de ce texte). Les conditions de travail politique y sont extraordinairement difficiles — encore qu’à des titres divers de l'URSS. et la Pologne jusqu’à la Yougoslavie. Mais les difficultés considérables que rencontre le travail marxiste-révolutionnaire sont à la hauteur du danger qu'il fait courir à la bureaucratie, danger dont elle est, malheureusement, tout à fait consciente. Outre le fait que la IV* Internationale représente la continuité du bolchevisme en U.R.S.S. (tout militant qui.cherche à comprendre l’histoire de son propre pays retombe nécessairement sur les luttes de l’'Opposition de gauche; voilà pourquoi c'est encore un sujet tabou en U.RS.S.), elle est la seule organisation capable d'intégrer la lutte antibureaucratique à la lutte anticapitaliste”, Personne ne croira que les hommes du Kremlin, qui sont de solides « réalistes », s'amusent à lutter contre des fantômes.

18. Les diverses Sections de la IV° Internationale ont bien, évidemment défendu notre position et condamné l'agression soviétique. Il ne s’agit pas là d’une position tirée de la « pratique» des mineurs boliviens ou des paysans péruviens. L'idée «naturelle» de tout révolutionnaire peu concerné directement par ces problèmes est, dans le doute, d'adopter la position de Fidel. Il est possible (mais peu probable), que cette divergence retarde certaines formes d'unité d'action. Toute la question est alors de savoir s'il était utile, y compris pour le mouvement révolutionnaire latino-américain que nos camarades prennent cette position. Penser que non, c'est mettre en doute l'actualité de l’internationalisme prolétarien.

19. Depuis quelques années les Chinois (de Chine) se sont efforcés de créer de nouveaux partis communistes (m.l.) dans les « démocraties populaires », De façon générale, l'affaire s'est toujours soldée par un fiasco total, alors qu’il y a 6 ou 7 ans, le P.C.C. était vu avec beaucoup de sympathie dans des milieux relativement larges (prestige d'une révolution authentique affirmant son indépendance par rapport à l'U.RSS.). Il n’y a là aucune surprise : continuant à identifier léninisme et stalinisme et quelque soit par ailleurs leur intention, les Chinois s’identifient à un passé honni; ils n’aident en rien à la clarification politique en continuant à répéter, avec un vocabulaire qui leur est propre, un refrain, qui n’est — surtout actuellement — pas si loin des rengaines officielles. Quant à la révolution cubaine, elle n’est connue qu'à travers la propagande officielle (ce qui n’aide pas...) et il est certain que la prise de position de Fidel sur la Tchécoslovaquie n'augmentera pas son prestige.

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Pour conclure, nous devons avouer que nous ignorons et quelles seront les voies concrètes que prendra la révolution socialiste mondiale” et quel sera le processus concret qui verra naître l’Internationale révolutionnaire de masse. Mais ce dont nous sommes sûrs, c'est que leur développement est lié et cela (dans les deux sens !).

Quelle sera la place future de la IV Internationale dans ce processus ? Y aura-t-il un développement linéaire de la IV° lui permettant de devenir cette Internationale de masse, ou bien y aura-til jonction avec d'autres mouvements révolutionnaires ? Personne ne peut raisonnablement répondre à une telle question. En tous cas, ce regroupement des forces révolutionnaires ne doit pas être conçu comme un but en soi, mais comme multiplicateur de l’action des forces révolutionnaires. En ce sens, la question du programme sur lequel se feront les regroupements éventuels n'est pas seulement une condition de leur efficacité, mais c’est encore une condition de leur possibilité. Là, le rôle actuel de la IV: est irremplaçable, dès lors qu'on est persuadé de l'actualité des thèses marxistes-révolutionnaires.

Rejoindre la IV° Internationale, en fonction des tâches des révolutionnaires, dans les conditions concrètes actuelles, c'est traduire en pratique la compréhension que l’on a des rapports qui existent entre les idées et l'action, le programme et l'organisation.

De ce point de vue, l'adhésion à la IV* ne saurait être considérée comme la simple légalisation d’un état de fait, une reconnaissance de paternité en quelque sorte (quelle en serait d'ailleurs l'utilité ?): il ne faut donc pas considérer cette adhésion comme quelque chose de passif, en fonction seulement de ce qu'elle peut nous «apporter», mais voir également l'importance de ce que cette adhésion peut, à son tour, apporter à l'Internationale.

La IV° Internationale ne représente pour personne une fin en soi, donnée une fois pour toutes et indépendante de sa réalité militante. Quelles que soient ses limites, qui tiennent non pas à son existence, mais au contraire à son trop faible développement, elle n’en est pas moins le seul outil organisationnel nous permettant d'œuvrer concrètement à la construction de l’Internationale révolutionnaire «de masse» dont la nécessité ne résulte pas d'un vœu pieux, mais qui est imposée par la réalité mondiale actuelle. Notre participation à son combat est une participation militante qui renforcera et notre organisation et l’Internationale, en nous associant davantage, en pratique, c'est-à-dire de façon responsable à la réalité révolutionnaire internationale.

SANDOR. Mars 1969.

20. À la Libération, aucun groupe, aucun marxiste n'avait prévu ni l'importance décisive que prendrait la révolution coloniale — avec notamment le poids colossal de la révolution chinoïse — ni la stabilité relative que pourrait acquérir le capitalisme pendant près de 20 années.

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PEL

Texte de la tendance majoritaire soumis au vote

pour l'élection au congrès Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 24

DE L'INTERNATIONALISME A L'INTERNATIONALE

(Pourquoi nous avons adhéré...)

a) Le débat sur l’Internationale est trop souvent fait d’esquives et de regards entendus. Tout élément nouveau y est interprété comme un assaut tactique longuement mûri. En particulier, certains camarades ont perçu les adhésions individuelles à la IVe survenues en cours de débat comme des manœuvres de pression et d’intimidation. C’est pourquoi, il nous semble nécessaire devant le congrès de nous expliquer publiquement sur nos décisions.

b) Le climat qui entoure ce débat n’est pas toujours aussi serein qu'on pourrait l’espérer. Certains militants qui piaffent autant d’impuissance que d’impatience l’abordent comme un grand spectacle de cirque. Combien d'amertumes, de frustrations, de cachotteries passées entrent dans les ricanements actuels ? Difficile à évaluer. Nombre de militants qui se sont jadis satisfaits de voir les camarades de la IV° leur transmettre les acquis «positifs » tout en assumant seuls le passif et le «poids» du trotskysme, se sentent peut-être un peu coupables de démission. La culpabilité retournée en agressivité n’est qu'un vieux mécanisme psychologique. Nous demanderons néanmoins, au seuil de ce débat, à tous les camarades, de laisser leur affectivité sous le paillasson..

c) Enfin, il nous a paru utile de situer notre prise de position politique et sa sanction organisationnelle par rapport à une certaine compréhension du problème. À cet effet nous avons puisé dans «les bonnes librairies » de longues citations des classiques du marxisme. Non pour les asséner comme une série de lois mises bout à bout, mais pour montrer comment une lecture «orientée » les éclaire et les relie, et comment, en retour, elles donnent un cadre pour résoudre le problème.

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À) FONDEMENTS DE L'INTERNATIONALISME

Trop souvent passés sous silence au prix de quelques pétitions de principe, les fondements théoriques de l’internationalisme sont curieusement absents de l’'amorce de débat. La querelle historique l'emporte vite sur l'analyse politique. C'est pourquoi il est utile, même à grands traits, de rappeler les sources.

1) Les conditions naturelles et géographiques favorisent la plupart du temps la spécialisation des régions ou des nations dans certains types de productions particulières (élevage, culture de céréales, extraction de minerais ou de pétrole, etc.). Ces conditions naturelles sont modifiées ou accentuées par les conditions sociales et historiques de développement des nations. Il en résulte, à côté d'autres formes de division sociale du travail, une division du travail entre économies nationales : une division internationale du travail.

2) Cette division internationale du travail fait que pour satisfaire leurs besoins, les nations doivent échanger les produits qu'elles détiennent en surabondance contre ceux qui leur font défaut. Elles doivent recourir à un échange international.

Mais cet échange international ne reproduit pas à l'échelle mondiale un système de troc analogue à celui de l'économie féodale, et par lequel chaque nation échangerait ses surplus contre les surplus de la nation voisine. Cet échange international repose sur la division internationale du travail. Mais il ne faut pas croire qu’il ne s'effectue que dans les limites que lui assigne cette division. Les pays n'échangent pas seulement des produits de nature différente, mais aussi des produits similaires. Tel pays par exemple, peut exporter dans tel autre pays non seulement des marchandises que celui-ci ne produit pas ou produit en quantité infime, mais il peut encore exporter ses marchandises en faisant concurrence à la production étrangère. Dans ce cas, l'échange international a son fondement non plus seulement dans la division du travail qui implique la production de valeurs marchandes de diverses natures, mais surtout « dans la différence de frais de production, dans la différence de valeurs individuelles (pour chaque pays) qui, dans l'échange international se résument

lans le temps de travail socialement nécessaire dans le monde »!, établi par la confrontation des marchandises sur le marché mondial.

Enfin cet échange international ne se limite pas à la circulation et à l'échange de produits. Il affecte aussi la force de travail et le capital. « De même que dans les limites d’une économie nationale, la répartition de la force de travail est réglée par le taux du salaire qui tend à un niveau identique, de même dans le cadre de l’économie mondiale, le nivellement des différents taux de salaire s'opère au moyen des migrations de main-d'œuvre. La circulation de la force de travail, considérée comme un des pôles du régime de production capitaliste, a son pendant dans la circulation du capital qui représente l'autre pôle. De même que les migrations tendent à niveler les différences nationales dans le salaire, de même la circulation du capital tend à égaliser les taux nationaux du profit, et n’est pas autre chose qu'une des lois gé-

1. Boukharine : l'Economie mondiale et l'impérialisme, p. 16.

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nérales du mode de production capitaliste dans son ampleur mondiale. » (Boukharine, pp. 31, 32, 37.)

3) « La division mondiale du travail et l'échange international impliquent la création et l'existence d'un marché mondial. » (Boukharine, p. 14). De la même façon que se forme dans la sphère de la circulation marchande, le marché mondial des marchandises, se forme le marché mondial du capital-argent qui trouve son expression dans l'égalisation du taux d'intérêt et du taux d'escompte. « Ainsi le facteur financier tend, lui aussi, à contribuer au remplacement de la conjoncture économique de tout pays isolé, par la conjoncture mondiale » (Boukharine, p. 16). Boukharine en conclut que l’« économie mondiale n’est pas une simple somme arithmétique d'économies nationales. L'économie mondiale est définie comme un système de rapports de production et de rapports d'échange correspondants embrassant la totalité du monde » (p. 17).

4) En conséquence, la lutte des classes est une lutte internationale. Par la circulation des marchandises, de la main-d'œuvre, des capitaux et des intérêts, une liaison s'établit entre les ouvriers ainsi qu'entre les capitalistes des différents pays. « Tout le processus de la vie mondiale économique de nos jours consiste à produire de la plus-value et à la répartir entre les divers groupements de la bourgeoisie sur la base d'une reproduction sans cesse accrue des rapports entre deux classes : le prolétariat mondial et la bourgeoisie mondiale » (Boukharine, p. 18).

Il en résulte que la solidarité qui cimente le prolétariat international n'est pas la solidarité sentimentale de ceux qui affrontent un adversaire de même nature (un patronat aussi cupide et féroce aux Indes qu’au Pérou), mais la solidarité vitale de ceux affrontant le même adversaire : la bourgeoisie mondiale en tant que classe. Le lien qui unit les prolétaires de tous les pays n'est pas un lien analogique, tenant au fait que de par le monde les ouvriers mènent des luttes semblables contre des patrons qui se ressemblent, mais un lien organique dressant une classe en lutte contre son adversaire et oppresseur international. C'est ce que soulignait Lénine dès 1895 : « La domination du capital est internationale. Aussi la lutte des ouvriers de tous les pays pour leur émancipation ne peut-elle aussi être couronnée de succès que si les ouvriers combattent ensemble le capital international » (projet de programme).

Et dès le projet de programme de 1902, il synthétise vigoureusement cette compréhension : « Le développement des échanges internationaux et de la production pour le marché mondial a créé entre tous les peuples du monde des liens si étroits que le mouvement ouvrier contemporain devait devenir international et l’est devenu depuis longtemps déjà. La social-démocratie russe se considère comme un des détachements de l’armée mondiale du prolétariat comme une partie de la social-démocratie internationale » (tome 6, p. 22.)

B) UNE STRATEGIE INTERNATIONALE 1) Le développement inégal et combiné, et ses conséquences.

a) L'idée que l’économie capitaliste est mondialement struc-

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turée et trouve sa cohésion au niveau international, ne signifie pas une simplification des contradictions de l'impérialisme, leur réduction à une contradiction fondamentale. Au sein de cette réalité organisée internationalement qu'est l’impérialisme, subsistent des parties différenciées qui se développent de façon inégale et combinée. Ainsi la lutte des classes internationale ne se résume pas à l'affrontement dépouillé d’abstractions internationales. Les conditions sont spécifiées nationalement : «Il n’est pas vrai que l'économie mondiale ne représente que la simple somme de fractions nationales similaires. Il n’est pas vrai que les traits spécifiques ne soient qu'un supplément aux traits généraux, une sorte de verrue sur la figure. En réalité les particularités nationales forment l'originalité des traits fondamentaux de l’évolution mondiale. Cette originalité peut déterminer la stratégie révolution naire pour de longues années : l'originalité nationale représente le produit final et le plus général de l'inégalité du développement historique » (Trotsky, La Révolution permanente, pp. 12-13).

b) Les contradictions intercapitalistes. L'internationalisation de la vie économique ne signifie pas l’internationalisation des intérêts de la bourgeoisie, Au contraire, le mouvement de libération nationale consécutif à la seconde guerre mondiale a aiguisé les contradictions entre pays capitalistes. Leur concurrence pour la conquête de marchés fut pendant toute une période évacuée sous forme de luttes sauvages et sanglantes pour la conquête de colonies. Ces affrontements étouffés par les brousses et les savanes étaient tus comme des maladies honteuses, ce qui permettait aux métropoles de préserver un semblant de dignité. La poussée de la révolution coloniale rejette la concurrence intercapitaliste au cœur même des métropoles, pour une nouvelle répartition des marchés. Cette perspective implique une forte centralisation nationale du capital à des fins concurrentielles. De sorte qu'à l'internationalisation de l'économie répond une concentration nationale du capital sans garantie de l’État national, et permettant à chaque bourgeoisie nationale de préserver au mieux sa position dans la compétition mondiale.

c) Contradiction interprolétariennes. De la surexploitation des peuples coloniaux, les bourgeoisies des pays capitalistes avancés tirent d'importants surprofits. Elles peuvent ainsi accorder aux couches les plus avancées et les plus combatives de leur prolétariat national, quelques miettes de leurs pillages coloniaux. Ainsi se constitue une aristocratie ouvrière qui peut concevoir ses intérêts comme liés à ceux de sa bourgeoisie nationale, au détriment des intérêts internationaux et historiques du prolétariat; elle conçoit une solidarité relative et momentanée avec sa bourgeoisie. Là réside le fondement de l'idéologie participationniste de la collaboration capital-travail qui lie, dans la compétition internationale, une fraction du prolétariat national à la bourgeoisie qui lui accorde sur le dos du prolétariat colonial quelques gratifications perçues comme autant de privilèges à préserver. Ainsi s’expliquent les coalitions nationales, lors de la guerre impérialiste de 1914 par exemple, par lesquelles les bureaucraties ouvrières appuyées sur les aristocraties ouvrières, abandonnent les intérêts internationaux du prolétariat pour défendre la position internationale de leur bourgeoisie et les privilèges pourtant maigres qu'ils en reçoivent. Là réside la source du chauvinisme.

2) La négation de toute perspective stratégique

La loi du développement inégal et combiné implique que les fronts de lutte du prolétariat contre la bourgeoisie ne sont pas uniformes, ne reproduisant pas comme de simples subdivisions l'affrontement international du prolétariat et de la bourgeoisie. Ces fronts sont diversifiés. Mais cette diversité ne signifie pas non plus la juxtaposition géographique de fronts spécifiques étrangers les uns aux autres. Ées fronts sont au contraire en interaction complexe, interdépendants les uns des autres, à plusieurs égards. Un exemple élémentaire l'illustre, celui de la révolution vietnamienne. Elle occupe une place dans la lutte internationale qui dépasse largement celui d'un conflit enfermé dans les frontières du Vietnam. Sur le plan objectif, elle fixe au Vietnam un fort contingent des forces militaires impérialistes, de sorte par exemple qu'il eût été difficile aux Etats-Unis d'investir des forces en Palestine lors de la guerre des six jours ou en France en mai; de plus, la guerre du Vietnam affaiblit intérieurement l'impérialisme U.S. (mouvement antiguerre, lutte des Noirs); enfin, sur le plan subjectif, la révolution vietnamienne place toute une génération de militants sous le signe de la révolution victorieuse, elle leur prouve que la lutte est possible et les encourage à entrer en lutte (cf. le rôle de la révolution vietnamienne dans le développement des nouvelles avant-gardes).

On ne peut pas se contenter de constater l'interdépendance des fronts de lutte à l'échelle internationale et de se dire en conséquence que tout influe sur tout, que toute poussée révolutionnaire en Europe aide en quelque façon le développement et la lutte des avant-gardes patagones ou eskimos. L'utilisation maximum du jeu de cette interdépendance des fronts, l'exploitation des maillons faibles de l'impérialisme réclame une stratégie internationale qui apprécie les contradictions principales, permette une répartition consciente des forces, au dosage des efforts.

Contrairement à cette nécessité de stratégie internationale, plusieurs conceptions de la lutte de classe internationale reviennent en fait à abolir tout embryon de stratégie.

a) Une première conception revient à la négation de toute stratégie par uniformisation des luttes, par l'abolition des composantes de la totalité structurée qu'est la lutte de classe internationale. Il n'y aurait plus qu’une lutte, partout la même, entre exploiteurs et exploités. Les luttes de libération nationale ne seraïient que des rêves nostalgiques ou des concessions à l'esprit petit-bourgeois. C’est la position de Rosa Luxemburg sur la Pologne et sur l'Ukraine dans « la Révolution Russe ». Elle surestime les traits généraux de l’évolution de l'impérialisme, la polarisation croissante à l'échelle internationale entre prolétariat et bourgeoisie, au détriment des cadres nationaux des luttes de classe. Üne telle compréhension, même si elle s'accompagne d'une attitude réellement révolutionnaire, part des mêmes racines que la théorie réformiste du super-impérialisme de Kautsky, selon laquelle les richesses et les moyens de productions se concentrent, à l'échelle internationale, dans les mains d’une poignée de bourgeois tandis que les rangs du prolétariat s’enflent régulièrement par la décomposition des couches moyennes. À tel point que la perspective de lutte violente devient superflue. Mieux vaut accélérer le processus «naturel» en pensant que l’évolution du rap-

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port de force numérique permettra une expropriation pacifique de la poignée de bourgeois privée d'assises sociales. Une telle conception réduit la lutte des classes internationale à une vision théorique sans stratégie ni tactique.

b) Une seconde conception anéantit toute possibilité de stratégie en décomposant la totalité en segments juxtaposés. Ainsi procèdent les courants chinois, qui à côté d'un embryon de stratégie (théorie de la zone des tempêtes) désintègrent le tissu de la lutte internationale par la théorie de la révolution par étapes. A l'image des coureurs à pied rangés dans leurs couloirs respectifs, les nations doivent accomplir le même parcours historique. De même que tout coureur doit passer aux 25 mètres, aux 50 et aux 75 avant de couper le fil, de même chaque nation doit passer par la révolution démocratique bourgeoise avant de pouvoir prétendre au socialisme. Dans une telle conception, l'interaction des fronts de lutte n’a quasiment plus de conséquences. L'existence de révolutions victorieuses ne change pas fondamentalement les conditions de lutte, elles ont seulement valeur d'exemple, elles permettent par leurs enseignements d'éviter les embüûches et les faux-pas. Ainsi la lutte internationale se ramène à la compétition de segments juxtaposés, linéaires, répétant le même parcours. L'inspiration vient de l'exemple des luttes passées, ce qui fait l'économie d'une stratégie. La seule stratégie consiste à donner la copie la meilleure du modèle révolutionnaire, non à avoir une compréhension d'ensemble du champ de luttes.

3) Un cadre stratégique : la théorie de la révolution permanente

a) «La théorie de la révolution permanente démontre qu'à notre époque l'accomplissement des tâches démocratiques que se proposent les pays bourgeois arriérés, les mène directement à la dictature du prolétariat, et que celle-ci met les tâches socialistes à l'ordre du jour.» (Trotsky, p. 42.) Cela signifie en particulier que le développement des révolutions ne se fait pas selon une loi de répétition historique. À l'époque de l'impérialisme, il n'y a pas de place pour le développement de bourgeoisies nationales indépendantes politiquement et économiquement. Les bourgeoisies compradores sont liées vitalement à leurs appuis internationaux (fantoches asiatiques ou latino-américains). Il en résulte que la révolution dans les pays coloniaux ne peut faire halte à des étapes intermédiaires sans courir de graves dangers de contre-révolution éventuellement exportée par l'impérialisme. Le seul moyen de garantir la révolution, c'est de détruire l'appareil d'Etat bourgeois avant même qu'il se soit affermi. La révolution doit être socialiste ou ne pas être. Ce qui ne veut pas dire qu’elle sera inévitablement socialiste. Mais qu’elle doit tendre à la révolution socialiste, comprendre que le renversement de la bourgeoisie est son objectif, sans quoi elle est à la merci de contrecoups réactionnaires. La révolution socialiste n’est pas inévitable, mais l'avant-garde en lutte définit les médiations et les perspectives stratégiques en fonction de cet objectif.

. b) Après la prise du pouvoir politique, « la révolution socialiste elle-même» se caractérise par une période de «lutte inté-

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rieure continuelle ». « Les événements qui se déroulent gardent par nécessité un caractère politique, parce qu'ils prennent la forme de chocs entre les différents groupements de la société en transformation. Les explosions de la guerre civile et des guerres extérieures alternent avec les périodes de réformes pacifiques. Les bouleversements dans l'économie, la technique, la science, la famille, les mœurs et les coutumes forment, en s’accomplissant, des combinaisons et des rapports réciproques tellement complexes que la société ne peut pas arriver à un état d'équilibre. En cela se révèle le caractère permanent de la révolution socialiste elle-même. » (Trotsky, p. 43.) Après la prise du pouvoir, tant que subsiste un système capitaliste international, la révolution reste menacée par la réaction de l’intérieur et de l'extérieur. La tâche principale consiste à maintenir le politique au poste de commandement, c'est-à-dire à ne pas céder aux tentations de la compétition économique, à continuer de conduire la révolution en fonction des intérêts internationaux du prolétariat.

c) « La révolution nationale ne constitue pas un but en soi; elle ne représente qu'un maillon de la chaîne internationale. La révolution internationale, malgré ses reculs et ses reflux, représente un processus permanent.» (Trotsky, p. 44.) Il n’y a pas de révolution socialiste définitivement victorieuse dans ses propres limites nationales, capable de vivre comme une enclave dans le système capitaliste international. L'exemple de l'URSS. qui, après une période de relative autarcie, est entrée en compétition, sur les marchés mondiaux, avec les puissances impérialistes, a tissé des liens, avec les entreprises capitalistes, l'illustre. Si la révolution peut dans un premier temps triompher dans le cadre national, par le renversement de l'Etat bourgeois, elle n'échappe pas à terme à la toile du système international : « La loi du développement inégal ne remplace ni n'annule les lois de l'économie mondiale : elle s'incline devant elles et s'y soumet.» (Trotsky, p. 14.) Ce qui veut dire que la révolution ne sera réellement victorieuse que lorsque les lois du capitalisme auront été abolies à l'échelle internationale par la destruction du système impérialiste dans son ensemble. C'est pourquoi les intérêts de toute révolution victorieuse demeurent subordonnés aux intérêts internationaux du prolétariat mondial.

d) Cette théorie de la révolution permanente qui insiste sur le développement inégal et combiné, sur le caractère organique de la lutte des classes internationale, sur l'interaction complète des fronts, permet une lecture et une compréhension stratégiques des phénomènes nouveaux. Ce que les sociologues ou les univèrsitaires à la Marcuse interprètent comme des phénomènes marginaux, s'éclaire autrement si l'on conçoit la structuration internationale des forces impérialistes, du stalinisme, leur complémentarité et leurs maillons faibles communs. Ainsi le Black Power ou le mouvement étudiant qui seront pour un dogmatique des accidents résiduels et des luttes d’arrière-garde prennent une autre signification et une autre densité politique. De même pour la révolution coloniale dans son ensemble et la révolution vietnamienne en particulier comprise comme la clef de voûte de la situation mondiale à un moment donné. Surtout, il n'y a pas de lecture neutre, journalistique, des événements politiques, il n’y a qu'une lecture stratégique et la théorie de la révolution perma-

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nente nous fournit cette grille. L'importance du Vietnam ne tenait pas pour nous de la place que lui accordait à la une la presse bourgeoise, ni de l’indignation humanitaire qui pouvait en résulter. Les maoïstes quant à eux y voyaient la plus éclatante illustration de la théorie de la zone des tempêtes ; ce qui est déjà une lecture stratégique rudimentaire. Quant à nous, nous y lisions un processus de révolution permanente, une remise en route de la révolution mondiale, minant le statu quo, affaiblissant l’impérialisme, et menaçant l’immobilisme nécessaire à la survie du stalinisme ; nous y voyions le point de bascule de la situation internationale. Ce qui permettait une lecture et une compréhension de Le Duan autres que celle des maoïstes, ce qui permettait une compréhension du soutien à la révolution vietnamienne, de son importance, de sa fonction dans le dégagement de nouvelles avantgardes autre que celle de l’ex-Voix Ouvrière ou de l'ex-F.ER.; ce qui permettait une conception des comités Vietnam autre que celle de l’ex-U.J.C.ML., une appréciation des interférences autre que celle des tiers-mondistes, des fanonistes ou des Vigier.

En fait, seul le cadre de la révolution permanente permettait une lecture stratégique et non pas anecdotique des principaux événements internationaux de ces dernières années.

C) CONSTRUIRE UNE INTERNATIONALE 1) Pas de stratégie sans organisation

Il ne suffit pas de constater qu’il y a interaction entre les divers fronts de lutte à l'échelle internationale et d’en déduire qu'il y a une dimension stratégique de la lutte de classe internationale. Une stratégie de fait n’en est pas une. Il n'y a stratégie qu’à partir du moment où l’interdépendance des fronts est consciemment utilisée et exploitée par une force organisée à l'échelle internationale, capable d'élaborer et d'assumer cette stratégie.

a) Le propre de cette organisation internationale est de représenter organisationnellement les intérêts historiques généraux, internationaux du prolétariat. C’est ce qui permet de comprendre qu’au deuxième congrès des peuples d'Orient, Lénine reconnaisse à une poignée d'intellectuels mongols le droit de se parer du titre de parti communiste. Alors que le prolétariat mongol est quasi inexistant, que l'insertion des intellectuels dans les masses est dérisoire, ils sont néanmoins le P.C. mongol, parce que, de par leur appartenance à l’Internationale, ils sont les militants du parti mondial de la révolution, par leur référence à la stratégie de l'Internationale, ils représentent les intérêts historiques du prolétariat mondial. Il importe dès à présent de souligner à propos de cet exemple précis que la caractérisation de l'avant-garde mongole n’est pas descriptive (degré d'insertion dans les masses), mais programmatique (ligne de l'I.C.), c'est-à-dire stratégique.

b) L’Internationale n’est pas seulement le « brain trust » de la révolution, elle ne se contente pas de divulguer une stratégie révolutionnaire, elle la pratique. Ce qui veut dire des choïx stratégiques à opérer en matière d'investissement financier, militant, de répartition des cadres, de répartition des tâches à l’intérieur de l’organisation, etc. Ce qui veut dire aussi la capacité de déve-

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lopper cette stratégie, de la spécifier tactiquement, par exemple par l'estimation concrète des alliés possibles (rôle du castrisme en Amérique latine, les courants chinois) par des prises de positions qui ne ferment pas par dogmatisme toute possibilité militante.

c) C'est-à-dire que l’Internationale, parce qu'elle n’est pas un meuble qui perpétue à travers l’histoire un recueil de paroles révolutionnaires, mais les passe en permanence au critérium de la pratique, permet d'éviter les réductions de l’internationalisme. La réduction livresque et dogmatique qui confronte la réalité vivante de la lutte des classes avec les « écrits classiques » qui fixeraient une fois pour toutes l'étalon d’internationalisme déposé au pavillon de Breteuil. La réduction spontanéiste comme celle de Falce Martello qui accepte de mettre en sourdine, « tactiquement » et pour un temps, tout acquis stratégique et organisationnel, pour ne pas élever de barrières artificielles entre l'avant-garde délimitée et l'avant-garde potentielle. Cette concession d’abord conçue comme temporaire, devant permettre de développer une « pédagogie politique », de partir du même pied que l'avant-garde potentielle encore confuse pour lui faire refaire le chemin en la guidant par la main. Ainsi on renonce à tout internationalisme stratégique pour s'adresser à la fibre internationaliste sentimentale, en appelant à la solidarité de fait avec tous ceux qui luttent les armes à la main. Mais le renoncement provisoire à toute délimitation politique et organisationnelle a une dynamique, celle de la dissolution.

d) Enfin, compte tenu du phénomène de bureaucratisation des directions ouvrières appuyées sur les aristocraties ouvrières, on voit apparaître des partis politiques qui représentent les intérêts de ces couches. Ils restent ouvriers par leur composition sociale, mais bourgeois par leur position de classe. Ils défendent leurs privilèges indissociables de la place conquise par leur bourgeoisie sur le marché mondial. Autrement dit, ils sont prêts dans un conflit international à défendre leur bourgeoisie y compris au prix d’une boucherie avec le prolétariat des pays voisins, pour préserver leurs propres avantages : «le parti ouvrier bourgeois est typique et inévitable pour fous les pays impérialistes » (Lénine, tome 23, p. 128).

C'est pourquoi il ajoute qu'«un programme et une tactique strictement prolétariens sont le programme et la tactique de la social-démocratie révolutionnaire internationale ».

2. Actualité et urgence du problème

a) Les contradictions du capitalisme s'aiguisent. L'accent se déplace de la concurrence coloniale à la concurrence intercapitaliste incluant la métropole. Il en résulte une marge de manœuvre restreinte pour les bourgeoisies.

b) La poussée révolutionnaire que nous connaissons est la plus généralisée qui ait jamais existé. Dans toutes les parties du monde, l'affrontement direct est à l'ordre du jour. C'est une vague révolutionnaire sans précédent historique, qui dépasse de loin celle des années 1918-20 limitée à l’Europe occidentale. Cette poussée met à l'ordre du jour l'actualité et l'urgence d’une inter-

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nationale permettant l'intervention consciente et calculée des révolutionnaires dans cette période d’effondrement de l’impérialisme. De plus, son ampleur permet pour la première fois peutêtre d'envisager une Internationale qui soit réellement une organisation d'élaboration collective et non l’agrégat de groupes révolutionnaires autour d’un épicentre hégémonique (Angleterre, pour la première, Allemagne pour la deuxième, U.R.S.S. pour la troisième).

c) Enfin, la crise du stalinisme corrélative à cette poussée ré volutionnaire et à l'ébranlement de l'impérialisme, libère le surgissement de nouvelles avant-gardes et dégage les éléments militants d’une nouvelle Internationale.

3) Principe et systèmes d'organisation internationale

a) L'existence d’une Internationale n'est pas une nécessité conjoncturelle liée à des tâches précises, mais un objectif et une nécessité permanente répondant aux principes stratégiques de l’internationalisme dans la période d'actualité de la révolution.

C'est pourquoi Lénine s'efforce en permanence de définir un système d'organisation qui tende à l'application des principes : «La II° Internationale est morte, vaincue par l’opportunisme. A bas l’opportunisme, et vive la IIT° Internationale débarrassée non seulement des transfuges, mais aussi de l’opportunisme ! La Il° Internationale a accompli, pour sa part, un utile travail préparatoire d'organisation des masses prolétariennes, pendant une longue époque pacifique qui a été celle de l'esclavage capitaliste le plus cruel et du progrès capitaliste le plus rapide : le dernier quart du XIX:° et le début du XX°. A la III Internationale revient la tâche d'organiser les forces du prolétariat en vue de l'assaut révolutionnaire contre les gouvernements capitalistes, de la guerre civile contre la bourgeoisie de tous les pays pour le pouvoir politique, pour la victoire du socialisme ! » (Lénine, tome 21, p. 35). Ainsi, dès la faillite de la II° Internationale, la ITT° est proclamée et le projet lancé, même si sa réalisation n’est pas immédiatement possible. L'intérim sera néanmoins assuré par un regroupement international que Lénine va même jusqu'à gratifier du titre d’Internationale : L'Internationale de Zimmerwald. De même, dès son retour en Russie, dans les thèses d'Avril, il met le problème de l’Internationale à l’ordre du jour : « Rénover l'Internationale... Prendre l'initiative de la création d'une Internationale révolutionnaire contre les social-chauvins et contre le centre. »

Ainsi, Lénine s'efforce en permanence de consacrer les principes internationalistes par un système organisationnel qui leur donne la meilleure sanction concrète, compte tenu des circonstances et des conditions historiques.

Le problème est donc clair. Si l'on veut bien admettre que la question de l’Internationale est une question de principes, partie intégrante de la théorie léniniste de l'organisation, il ne saurait être question de bricoler des Internationales d'occasion sans relation avec ces principes. On ne saurait davantage considérer que l’Internationale est nécessaire en certaines périodes, pour certaines tâches, et le reste du temps taire le problème. La question de la construction d’une Internationale se pose en permanence pour nous ; on ne lui donne pas une réponse en faisant l'inventaire des

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forces « révolutionnaires » réelles et militantes ; l'Internationale n'est pas le fait des brocanteurs : on cherche une réponse en termes programmatiques, l’Internationale doit exprimer la position stratégique du prolétariat mondial. Là réside le principe de sa délimitation. À ce principe correspondent des systèmes plus ou moins adaptés : une Internationale de combat en certains cas (III: en 1920), une Internationale intérimaire (Internationale de Zimmerwald), une Internationale de cadres (IV° Internationale) en période de recul du mouvement ouvrier.

Dans n'importe quel cas, la délimitation de l'Internationale n'est ni affaire de nombre, ni d'implantation dans les masses velues et compactes, mais de position stratégique :

« On ne peut tolérer davantage le marais de Zimmerwald. On ne peut rester plus longtemps, à cause des Kautskystes de Zimmerwald, en demi-liaison avec l’Internationale chauvine des Plékhanov et des Scheidemann. Il faut rompre tout de suite avec cette Internationale. Il faut rester à Zimmerwald uniquement en qualité d’observateurs.

» C'est précisément à nous et précisément à l'heure actuelle qu'il appartient de fonder sans retard une nouvelle Internationale, une Internationale révolutionnaire, prolétarienne ; plus exactement, nous ne devons pas craindre de proclamer hautement qu'elle est déjà fondée et qu'elle agit.

» C'est l’Internationale des véritables internationalistes que j'ai dénombrés plus haut (une poignée). Eux, et eux seuls sont les représentants et non les corrupteurs des masses internationalistes révolutionnaires.

» Ces socialistes sont peu nombreux. Mais que chaque ouvrier russe se demande si, à la veille de la révolution de février-mars 1917, il y avait beaucoup de révolutionnaires conscients en Russie.

»Ce n'est pas le nombre qui importe, mais l'expression fidèle des idées et de la politique du prolétariat véritablement révolutionnaire. L'essentiel n’est pas de proclamer l’Internationalisme ; c'est de savoir être, même aux moments les plus difficiles, de vrais internationalistes.» (Lénine, tome 24, p. 75.)

D) QUELLE INTERNATIONALE ?

« Certains camarades craignaient que notre résolution ne nous isole. Non, camarades ! Elle nous isole de ceux qui hésitent. Il n'existe qu'un moyen d'aider ceux qui hésitent, c'est de cesser d'hésiter soi-même. » (Lénine, tome 24, p. 331.)

1) Les termes du choix

Si nous nous posons le problème de construire aujourd'hui, devant la montée internationale de la révolution, devant l'urgence des tâches qui en découlent, un système organisationnel s’efforçant de répondre aux principes internationalistes, nous devons éviter de fausser les solutions, en formulant de fausses questions.

a) Tout d’abord, il ne saurait s'agir d’un choix, gros défaut consistant à passer en revue ce qui existe (courant chinois, OL. AS., conférences étudiantes, IV°), pour retenir le moins mauvais. Il n'est pas question d’une éliminatoire conclue par un choix négatif, mais bien de choisir positivement ou de construire l’orga-

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nisation qui répond le mieux programmatiquement aux principes internationalistes.

b) Il ne s’agit pas non plus de différer la réponse sous prétexte d'un manque d'information, de méconnaissance des forces réelles, de leur implantation, etc. Une telle position relèverait d'une conception empiriste (bourgeoise) de la connaissance : on ne connaît que ce qu'on a vu. Ou bien, il faut valider les sources d’information, qu’elles sont leurs garanties d’objectivité : quelle est l'interprétation politique de la réalité qu'elles véhiculent ? Ou bien il faut quérir des bribes de documents au hasard des migrations politiques. En gros, l'argument de méconnaissance condamne son tenant à une vocation de globe-trotter révolutionnaire : ou bien il devra se fier à des sources d’information diverses, politiquement bigarrées, et souvent mal définies ; ou bien il devra arpenter lui-même le globe pour se rendre compte. Et encore une fois le tour du monde bouclé, la situation ayant changé du point de départ, peut-être devra-il recommencer. On ne se tire pas du problème si on demeure sur le terrain d'une connaissance empirique des luttes internationales; on ne peut la résoudre qu'à partir d'un autre type de connaissance, une connaissance stratégique portant sur la position programmatique des groupes révolutionnaires considérés. Bien sûr, ce n’est pas une garantie suffisante, mais c'est la seule garantie nécessaire qu'on puisse déterminer. C'est pourquoi l'argument de patience selon lequel on ne peut se prononcer sur la IV° faute de connaître ses sections est un piètre argument. Si l’on pense qu'il y aura une relation entre le programme ou même le cadre programmatique d’une organisation, et la vie de cette organisation elle-même, alors c’est sur le programme de la IV° qu’il faut s'interroger et non la démembrer pour voir si tous ses rouages sont sains.

c) Enfin on ne saurait remplacer cet attentisme justifié par la méconnaissance, par un autre attentisme refusant des délimitations précoces susceptibles de dresser des obstacles entre nous et des forces encore mal décantées. Sous prétexte de ne pas cultiver des particularismes internationaux, certains sont toujours prêts à cultiver leurs particularismes nationaux ; de même que sous prétexte de ne pas créer un particularisme national, certains furent toujours disposés à perpétuer leur particularisme régional ou local. Ainsi le Groupe 66 de Marseille estimait en 66 prétentieuse « l’autoproclamation » d'une organisation nationale qui ne serait en fait qu’une fédération de groupes. Mieux valait créer des groupes locaux, les confronter dans des stages d'échange d'expériences, etc. Pourtant l'organisation nationale a permis d’homogénéiser l'avant-garde, de compenser les inégalités régionales, de faire bénéficier les villes peu solides du poids de l'organisation nationale. Et c'est dans l'ombre de cette organisation que le Groupe 66 a pu vivoter. Aujourd'hui, on espère et attend l’évolution de certains courants castristes, maoïstes, spontanéistes. Pour la faciliter on veut éviter de brusquer : les traiter en compagnon de raids, briser avec eux le pain théorique, parcourir avec eux le long cheminement de la révélation chrétienne. Trève de veulerie ! Dresser devant eux une organisation internationale, ce nest pas créer un obstacle organisationnel artificiel, c'est leur poser un problème politique fondamental, non plus verbalement, mais dans sa sanction pratique. Ce n'est pas s'ajouter une dimen-

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sion pour faire aux autres courants le coup de la carotte, c'est poser le problème de la stratégie révolutionnaire à partir d'un point de vue qualitativement différent. La seule façon de faire évoluer aujourd'hui les courants confus sur les problèmes de l’internationalisme et de stratégie internationale, c'est de dépasser les bavardages de bon ton et de poser ces problèmes sans les dissocier de leur sanction organisationnelle.

d) En août, les auteurs de ce texte avaient défendu une position selon laquelle nous devions procéder à une double mutation : la IV° se tranformerait en tirant les conséquences du bilan de l'entrisme pendant que nous nous tranformerions de courant national en organisation internationaliste. La période de ces mutations parallèles serait sanctionnée par un statut d'observateur de la Ligue à la IV°. Cette position était abstraite et intellectuelle à deux titres au moins. D'une part, elle posait le problème en termes de négociations d’égal à égal entre partenaires sans voir la relation d’inégalité entre une organisation internationale et un groupe national qui a une pratique internationaliste dans une certaine mesure, mais une faible éducation internationaliste et une compréhension quasi nulle de l'internationalisme. Introduire l'illusion de cette parité dans le débat, c'était en entretenir une autre plus grave : celle que le débat serait mené « proprement », à un bon niveau, entre interlocuteurs de même taille. C'était encourager toutes les prétentions, toutes les théorisations de divergences, visant à ennoblir les rancœurs, les réticences ou la simple veulerie politique au rang de ligne ou d'orientation.

2) Les liquidateurs mao-spontex

a) « Nous sommes internationalistes. Nous sommes conscients de l'importance qu’aurait une Internationale » Na! Et n'y revenons pas; pas de «discussions vaseuses ». Ainsi commence le texte 9. Par une pétition de principe, suspecte déjà dans sa hâte et dans sa brusquerie. Quelques lignes plus bas on se plaint que le problème de nos rapports avec la IV*, s'il était «inévitable pour des raisons organisationnelles », n'en est pas moins ennuyeux dans la mesure où il nous détourne de vastes questions stratégiques inaugurées par mai. (Soupir.) Quelle tristesse, devoir s'échiner à des trivialités organisationnelles, alors que s’ouvraient à peine à nous les grands espaces stratégiques ! Ainsi d'emblée on tend à dissocier l'élaboration stratégique, tâche prioritaire, de la basse besogne organisationnelle, techniquement nécessaire à la limite, mais politiquement peu enthousiasmante.

b) En fait, tout le texte tourne autour de ce problème. Pour se légitimer, il brandit Lénine : « pas d'organisation d'avant-garde sans théorie d'avant-garde » et non nécessairement la réciproque. Mais est-ce qu’on ne doit pas compléter Lénine en disant : sans organisation d'avant-garde pas de stratégie révolutionnaire ? La stratégie n’est pas déposée sur un parchemin. Les mots d'ordre et les objectifs qu'elle définit font le lien entre les nécessités politiques et les capacités organisationnelles à les assumer ; ils visent à modifier le rapport de force où est impliquée l'organisation révolutionnaire. Le Cercle 1234 a bien senti le problème, qui s'est cru obligé d'ajouter au texte l'amendement suivant : «à propos

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de la théorie révolutionnaire : le marxisme étant un guide pour l'action, la théorie c'est la théorie révolutionnaire, c’est-à-dire la théorie de la révolution à faire, l'application des principes d’analyse du marxisme à l'étude des conditions présentes de la révolution ». Alors ? Faudrait savoir! Si on parle de la théorie « de la révolution à faire », n'est-ce pas une stratégie ? Et si c'est une stratégie, où se trouve posé le problème organisationnel indissociable de tout problème stratégique ? En fait le texte s'arrête à l'inventaire émerveillé de la diversité des formes de lutte : « ENL. Pouvoir Noir, Castrisme, Luttes étudiantes, Grèves de masse, Révolution culturelle. » C’est bariolé comme un bazar de la plage, mais quelle est l'unité de toutes ces richesses ? Suffit-il d'en dresser le constat et de s'interposer contre tout « état-major » plaqué susceptible de faire entrer ce foisonnement dans des carcans préétablis ? Le texte ricane démagogiquement sur le fait que les masses n'obéissent pas au claquement de doigts d’une avantgarde, qu'on ne peut les manœuvrer «comme des bataillons à Austerlitz », qu'on ne peut décider où et quand elles se mettront en branle. D'accord. Mais cette surestimation confiante des masses peut aussi valoir à l'échelon national : on ne déclenche pas de grève générale à volonté, on ne sait pas à l'avance quel secteur du prolétariat, ou même quel secteur marginal, engagera la lutte. À quoi bon coiffer le terrain miné de la lutte des classes d’un état-major sans pouvoir ? En fait le raisonnement débouche sur la négation de toute intervention consciente d'une volonté collective dans la lutte des classes. Or c'est bien là la première propriété de l'avant-garde : introduire dans la lutte des classes un élément conscient, armé théoriquement, qui échappe au mécanisme des lois capitalistes et par sa seule présence et action modifie l’ensemble du champ politique. Ce rôle conscient intervient tant dans le déclenchement que dans le cours des luttes. Finalement, sous couvert d’un ricanement et d’une évidence (on ne fait pas ce qu'on veut des masses), c’est tout le léninisme qu'on balaie dans l'égout.

En fait, après avoir proclamé son internationalisme, le texte 9 corrige, introduit des précautions, rappelle que la révolution nationale est pour chaque peuple l'acte initial de la révolution mondiale. Et que «en opposant arbitrairement organisation nationale et organisation internationale on risque de sauter par-dessus les caractères spécifiques de cet acte initial. En identifiant internationalisme et organisation internationale, non seulement on risque, mais on saute par-dessus les caractéristiques spécifiquement nationales de chaque révolution ». Et voilà! Le tour est joué. Après avoir rappelé «l'importance» qu’aurait une Internationale, on mesure quels seraient ses inconvénients, les dangers qu'elle ferait courir. Comme un épicier bourgeois ou un bureaucrate stalinien pèseraient le pour et le contre, On en conclut à séparer internationalisme et organisation internationale alors que l’internationalisme inclut le projet organisationnel. On réduit cet internationalisme à une attitude : la prise en considération du F.NL., de la révo-culturelle, du pouvoir noir, du castrisme... Plus c'est varié, plus l’internationalisme est de bon aloi. En fait on lui a substitué un joyeux exotisme révolutionnaire offert par Trigano. En fait le problème de stratégie internationale ne se pose plus, mais seulement celui de « stratégies spécifiques » respectant le rythme propre des révolutions.

Qui a dit : « Les circonstances variant à l'échelle et aux diffé-

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rentes époques, à l'échelle internationale, les voies de la révolution varient et, par conséquent, l'instrument de cette révolution varie » ? Togliatti, répondront sans hésiter ceux qui ont usé leurs culottes politiques sur les bancs de l’'U.E.C.! Non pourtant ; c'est le texte 9, page 4...

c) En fait le texte 9 en vient à un internationalisme sporadique : «L’internationale change de caractère selon les époques, et même elle existe ou n'existe pas.» Qu'est-ce que ça signifie ? Ce n'est pas seulement l'existence de l’organisation qui est en jeu, mais la possibilité d’une stratégie internationale : la stratégie existerait ou n'existerait pas, selon les circonstances. Le texte 9 dresse ainsi une chronologie historique qui prouve qu'il n'y a pas toujours eu d’Internationale : entre la première et la seconde, entre la seconde et la troisième, il y a eu des «trous». On ne dit pas de quoi ces trous furent faits, comment ils furent en partie comblés par les liaisons internationales conservées par Marx et Engels, par l'Internationale de Zimmerwald. Comme un manuel d'histoire bourgeois, on se contente de constater les faits, les événements, et de souligner leur discontinuité. Tout point de vue politique est abandonné.

Ce à quoi renonce le texte 9, c'est à la relation entre système et principes d'organisation à l'échelle internationale. « Le besoin qu'ont les révolutionnaires d'une Internationale est fonction des tâches qu'ils s'assignent.» Sous-entendu des tâches de l'heure, et non pas des principes stratégiques de l'internationalisme tels que nous les avons rappelés. « Les révolutionnaires ne pourront construire cette Internationale qu'à partir des exigences de leur pratique.» Là encore l’Internationale est réduite à un besoin empirique, sans référence aucune aux fondements de l'internationalisme.

A la limite, il faut redémonter dans chaque situation concrète, non plus {a possibilité d'une Internationale, mais sa nécessité : «en fonction des circonstances, les théoriciens marxistes ont jugé nécessaire ou pas de créer ou de perpétuer une Internationale ». Il s’agit donc « d'en fonder à chaque époque la nécessité ». Ce à quoi renonce le texte, c’est donc bien la relation entre principes et système d'organisation. La nécessité de l’organisation internationale est permanente, c'est une nécessité de principe; le système d'organisation représente sa possibilité concrète d’application dans des conditions historiques concrètes. En fait la théorie de l’organisation implicite dans le texte 9 est une théorie instrumentaliste : l'organisation n’est qu'un outil que l’on prend et rejette selon les besoins ; «les partis ne sont que les instruments de l’histoire ». Ramener les partis à ce rôle de simple instrument plus ou moins utile selon les cas, c'est appauvrir la lutte politique et détruire sa spécificité, c’est n'en faire qu'un prolongement des luttes sociales, de même que le parti ne serait qu'un prolongement technique de la classe.

La liquidation de la théorie de l’organisation est donc complète dans le texte 9 : elle affecte l’organisation nationale au même titre que l’organisation internationale.

3) Le doute créachien L'argumentation créachienne sur la question de l’Internatio-

ZL

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nale part d'une considération générale : admettons, à la rigueur, que l’organisation internationale soit une nécessité permanente ; il n’en demeura pas moins que cette nécessité doit être spécifiée en fonction de l'analyse de la période. Ainsi la première Internationale, aux débuts du mouvement ouvrier, n'était pas exempte de confusion politique ; anarchistes, marxistes et proudhoniens s'y côtoyaient et Marx devait le tolérer. La tâche fondamentale par rapport à la période était l'affirmation de l'existence d'un mouvement ouvrier international autonome. De même la III° Internationale spécifiait les principes généraux de l'internationalisme par rapport à la période d'actualité de la révolution : reconnaissance des soviets, rupture envers le social-chauvisnisme sont ses critères fondamentaux. De même enfin, concède parfois Créach, la IV° Internationale a joué historiquement un rôle utile dont nous lui sommes reconnaïissants. Pendant la période de recul de la révolution mondiale, elle a conservé les acquis du marxisme révolutionnaire contre les attaques du stalinisme triomphant. La justification historique fondamentale de la IVe c'est donc la lutte contre le stalinisme au sein du mouvement ouvrier.

Or précisément, poursuit Créach, on doit revenir aujourd’hui sur la notion de stalinisme. Ce qui distingue fondamentalement le stalinisme de la social-démocratie ordinaire, c'est son caractère international. Les bureaucraties staliniennes ne sont pas de simples bureaucraties social-démocrates appuyées sur des aristocraties ouvrières. Elles détiennent une grande part de leur pouvoir, de ce qu'elles sont investies du prestige des défroques d'Octobre et de la caution du Kremlin. Mais aujourd’hui, en période de crise du stalinisme, les partis staliniens tendent de plus en plus, dans leur processus de social-démocratisation, à faire passer leurs intérêts nationaux avant leurs dettes envers la bureaucratie soviétique ; ainsi pour ménager ses alliés bourgeois électoraux éventuels, le P.C.F. estil prêt à désavouer l'intervention soviétique en Tchécoslovaquie. De tels phénomènes témoigneraient de l'effondrement du stalinisme et du retour des partis staliniens à une social-démocratie plus traditionnelle.

Mais si la spécificité de la IV: fut la lutte contre le stalinisme, son existence doit prendre fin avec l’agonie du stalinisme. Les critères de délimitation qu’elle instaurait entre le mouvement stalinien et le marxisme révolutionnaire (théorie de la révolution permanente, critique du stalinisme) ne sont plus suffisants. Il faudrait trouver les critères réels actuels, permettant non plus de simples délimitations idéologiques, mais des délimitations pratiques. En particulier, l'appréciation de la portée internationale de la Révolution culturelle, de l'état de dégénérescence des Etats ouvriers et de leurs tendances restauratrices fournirait de tels critères et permettrait un redécoupage de l'avant-garde non plus en fonction de reliques idéologiques jalousement préservées, mais en fonction des tâches de l’heure.

En outre, si l’acquis théorique perpétué jusqu'à nous par la IV° conserve quelque valeur politique, il n’est plus le monopole de la IV° : plusieurs groupes internationaux, distincts de la IV, se le seraient approprié : Accion Communista en Espagne, certaines fractions de la Zengakuren, certaines individualités du S.D.S., nous-mêmes et le groupe 66 en France ont correctement interprété la révolution vietnamienne, sont capables d'une certaine compréhension du stalinisme. Là sont les forces vives de l'avant-garde ; notre tâche serait, plutôt que d'aller cultiver les

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particularismes de la IV*, de favoriser le renforcement des groupes d'avant-garde, leur stabilisation, des conférences de confrontation, etc.

En bref, la IV°, ayant fait son œuvre, aurait vécu; à vouloir se survivre, elle serait condamnée à dégénérer ou à éclater. Il serait donc aberrant d'aller prendre notre part de cet éclatement.

4) Céder un peu, c'est capituler beaucoup

Voilà le fond de l’envolée créachienne sur le problème de l’Internationale. Pourtant le doute qu’il avance n’est même pas méthodique. Accordons-nous sur des généralités qui caractérisent la période : déclin et chute du stalinisme, crise généralisée de l'impérialisme. Mais du déclin du stalinisme peut-on déduire que le ciel serait redevenu serein comme après le déluge ?

En fait, il ne faut pas avoir une vue restrictive et limitative du stalinisme, mais bien y voir le phénomène politique déterminant de notre époque. Il ne s’agit pas d’un simple vice bureaucratique affligeant les organisations ouvrières et circonscrit dans leur pourtour organisationnel. Il faut y voir bien davantage : Le plus grandiose avortement historique. À l'époque où la bourgeoisie vient historiquement à bout de son rôle, où elle n’a plus aucune créativité historique, où ses valeurs autrefois triomphantes (liberté, égalité, patrie, etc.) apparaissent comme des bibelots désuets, seul le prolétariat est capable d'apporter des solutions et des valeurs nouvelles, de débloquer le statu-quo historique, de sortir l'humanité du marasme. La faillite de ses directions révolutionnaires provoque un avortement historique qui caractérise l'ensemble de la période : « La situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat. » (Programme de transition.)

Cette crise et cette faillite affectent donc non seulement le mouvement ouvrier, mais l’ensemble du champ politique dont elle paralyse le principal centre nerveux. Ainsi la bourgeoisie, à court d'innovation et de ressources, retrouve-t-elle un regain d’ardeur inespéré qui se nourrit de l'impuissance du prolétariat. Ainsi les idéologies de la bourgeoisie se fraient-elles à nouveau un chemin dans cette place laissée vacante par la démission historique des organisations ouvrières. On ne peut comprendre autrement, après la révolution russe, le second souffle de l'idéologie anarchiste (idéologie typiquement bourgeoise fondée sur l’éclatement de la pratique politique réduite au quotidien et à l'anecdotique) qui se nourrit de la dégénérescence stalinienne. De même sur le plan idéologique, le surréalisme n’est, par bien des aspects, que le clair-obscur du stalinisme ravivant des valeurs bourgeoises faute de pouvoir les dépasser par un projet révolutionnaire organisé. Ainsi encore le stalinisme a pendant toute sa période d'euphorie châtré tout apport spécifique des intellectuels au mouvement ouvrier. Les intellectuels qui étaient au début du mouvement ouvrier des militants à part entière ne sont plus, pour le stalinisme triomphant, que des cautions de luxe propre: ment prostitués (Aragon), ou bien la conscience malheureuse du mouvement ouvrier (Nizan) ou bien encore sont acculés au suicide (Crevel, Pavèse). Mais ils ne font plus aucun apport théorique réel au mouvement ouvrier; ils doivent s’estimer reconnaissants et pardonnés devant l’histoire si ce dernier les tolère.

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Ainsi le stalinisme n'est pas un phénomène interne au mouvement ouvrier ; facteur de stagnation historique, il structure l’ensemble de l'horizon politique d’une époque. Il conditionne même les solutions de rechange et la survie inespérée de la bourgeoisie.

Si l'on comprend ainsi dans toute son ampleur la portée du stalinisme, on ne peut penser que ses conséquences cessent mécaniquement avec la crise de ses causes. Ce n’est pas parce que le stalinisme est en crise que tout redevient clair et limpide au sein du mouvement ouvrier. Les éléments nés de la crise demeurent issus du stalinisme et dans une certaine mesure prisonniers de lui tant qu'ils n’ont pas clairement pris conscience de sa nature et de son rôle historique. Ainsi les courants maoïstes ou spontanéistes, dans leur confusion, demeurent tributaires du stalinisme, marqués par ce qu'ils lui doivent.

Notre rôle à leur égard est de clarifier ce problème, d'amener à une critique radicale du stalinisme. Et à cet effet les critères stratégiques fondamentaux de la IV*° Internationale demeurent pleinement valides dans cette opération de clarification, tant que le stalinisme n’aura pas été politiquement jugé.

Il ne suffit pas de dire qu'il y a des problèmes, de les constater ; et de dire que ces problèmes introduiront des critères nouveaux dans la délimitation des avant-gardes de demain. Encore faut-il définir quel cadre théorique permet de les formuler et de les résoudre politiquement. Par exemple, on ne peut prétendre que la révolution culturelle représente dans la lutte des classes internationale un œuf miraculeux répétant le miracle de la nativité. On ne peut en analyser et en comprendre la portée qu'en comprenant nettement le cadre historique de la genèse de la révolution chinoise : la tragédie de 27, la révolution de 49 contraire aux conseils de Staline, l'empirisme de la pensée de Mao contrainte de ruser envers les dogmes staliniens, la formation de la direction chinoise. Indépendamment des rapports entre la révolution chinoise et le stalinisme on ne saurait fournir aucune grille d'interprétation du conflit sino-soviétique et de la révolution culturelle. De même qu'en dehors du stalinisme on ne peut comprendre la constitution, l'évolution, et apprécier l’état de dégénérescence des Etats ouvriers.

La théorie de la révolution permanente et l'analyse du stalinisme constituent donc bien, même en période de crise du stalinisme, la trame stratégique minimale qui spécifie l'avant-garde. Cette trame n'est pas le patrimoine du mouvement ouvrier dans son ensemble. Faute de la détenir, de nombreux courants tournent en rond et se heurtent la tête à l'incompréhension du stalinisme et de ses conséquences.

Mais, objecte Créach, il est bien évident que cet acquis n’appartient pas encore à l’ensemble du mouvement ouvrier ; néanmoins, il n’est plus le monopole de la IV°. Certains groupes d'avant-garde se le sont approprié. Question : est-ce qu'il suffit de s'approprier un acquis internationaliste ou est-ce qu'il faut aussi le faire vivre dans la pratique ? Et combien de temps les groupes évoqués seraient-ils capables de faire vivre cet acquis indépendamment de leur relation directe ou indirecte à une organisation internationale, la IVe? La présence de militants IV° au sein de l’ex-J.CR,, d'Accion Communista, de la Zengakuren, n’est pas un mystère. Les liens avec la IV* d'animateurs des mouvements anglais ou allemands ne sont pas non plus ignorés. Enfin les avortons historiques (groupe 66, groupe pabliste) sont des

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rejetons indirects de la IV°. Sans se contenter d'énumérer les liens concrets, il faudrait encore apprécier l'influence politique, en déterminer les canaux et les médiations ; ce qui, compte tenu de l’expérience entriste n’est pas toujours facile.

C'est avec ces groupes que Créach propose des conférences internationales pour la construction d'une Internationale. Ici se pose un problème parallèle à celui des groupes autonomes de la classe posé par le texte 7; nous aurions affaire à des groupes autonomes. de l'avant-garde. Nouvelle question : doit-on les stabiliser, les confirmer parfois dans leurs prétentions de groupes nationaux ? Ou doit-on dépasser leur internationalisme balbutiant en leur posant dans la pratique, par la sanction organisationnelle, le problème d'un internationalisme conséquent ? De même que pour «les groupes autonomes de la classe», l'existence de ces groupes d'avant-garde est déterminée par l’état du rapport de force à l'échelle internationale entre le stalinisme et l'avant-garde marxiste révolutionnaire. Ce rapport de force, encore trop défavorable à l'avant-garde, leur abandonne un éventail d’hésitations ; notre tâche, par notre résolution et notre choix, est de resserrer cet éventail, non pas de le perpétuer.

Enfin, Créach propose que nous ayons des relations avec la IV: au même titre qu'avec d’autres groupements internationaux, dans la mesure où elle pourrait encore nous léguer quelques vieilles ficelles éprouvées mais utiles. Encore faudrait-il définir les autres groupements internationaux. Et puis qu'est-ce que cet internationalisme d'abeille qui consisterait à butiner les acquis aux quatre coins des jardins théoriques ? N'est-ce pas admettre implicitement que nous sommes aptes à trier, à choisir parmi ces acquis d'origines diverses ? Ce qui signifierait que, client avisé des boutiques internationales, nous serions capables d'en juger l'apport. Ce qui signifierait encore que nous serions les seuls internationalistes capables de synthétiser les acquis en provenance d'horizons divers. À moins encore que nous soyons prêts à dire que personne n’a d’acquis privilégiés aujourd'hui, que chacun doit déverser les siens sur le marché et que de cette foire aux puces sortira bien un jour une Internationale arlequinée dont nous serons un rapiéçage parmi d’autres.

Comme quoi, à céder un peu sur les acquis, on risque de capituler beaucoup sur les principes.

EN AVANT... ! (VARIANTE LENINISTE : ALLONS-Y !)

1) Posant que la fin de la IV° doit coïncider avec la crise du stalinisme, Créach augure pour la IV: la dégénérescence ou l’éclatement. Il oublie une autre voie dont Lénine livre la notion : celle de la transcroissance organisationnelle. Nous pensons quant à nous que le cadre stratégique qui est le sien demeure primordial par rapport à la période. En outre le problème ne se pose pas seulement de ce que la IV° nous apporte, mais aussi de ce que nous pouvons lui apporter. Si nous nous posons aujourd’hui le problème de nouveaux critères pratiques de regroupement de l'avant-garde, il faut bien voir qu'il n'y a pas discontinuité dans ces critères. Il n'y a pas les anciens critères qui seraient « idéologiques », et de nouveaux, « vrais et réels », qui seraient pratiques. Ces qualifications ne signifient rien, l'essentiel est qu'entre les deux il y ait une continuité stratégique. Il faut voir également

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que nous ne posons pas ces problèmes parce que nous serions plus fûtés, éveillés et vifs que d’autres, mais parce que la pratique militante nous les pose impérativement. Notre entrée dans la ÎV° ne peut qu'accroître leur urgence pour la IV° elle-même.

Adhérer à la IV° pour nous, c’est gagner le lieu d'où se déploie la stratégie révolutionnaire dont notre pratique déjà était investie. C'est donner sanction consciente, théorique et pratique, systématique, donc organisationnelle, aux expériences de luttes que nous avons menées, C'est reconnaître à travers l’histoire un fil conducteur qui n'est ni de l'ordre des idées, ni de l’ordre des fantasmes, mais lien réel, lien d'organisation au prolétariat en lutte. Les marxistes révolutionnaires n'ont pas d'intérêts différents de ceux du prolétariat. Cela non en tant qu’individus ni en tant que force politique valant par son poids dans une direction mal assurée (il faut s'assurer de l'origine de la trajectoire). C’est par leur position de Parti que les marxistes révolutionnaires affirment leur lien intangible à la réalisation des besoins historiques du prolétariat. Une stratégie est inconcevable hors du champ politique et de ce qui la porte dans la détermination de ce champ : l'organisation révolutionnaire de type léniniste. Tout projet politique qui n’englobe pas un projet organisationnel est de l'ordre des velléités et non des luttes politiques réelles. De mauvais augures présagent du destin de l’Internationale. Ils n’empêcheront pas ce destin. Mais leur choix est clair, de position ils n’ont que celle du spectateur. Ils peuvent redouter, craindre et soupirer, les tâches de l'heure dissipent les humeurs des militants révolutionnaires. Aux autres la métaphysique. Nous ne cultivons pas les angoisses.

Il y a toujours des attentistes qui piétinent sur les quais de gare pour sauter dans le dernier wagon, dépourvus d'initiative, irrémédiablement stériles et impuissants. Eternels roquets historiques, ils ne peuvent que commenter les initiatives qu'ils n’ont pas prises, les lignes qu'ils n’ont pas élaborées, en souligner les virages et les dangers. Ne soyons pas ces roquets, prenons délibérément nos responsabilités. La IV° est aujourd'hui en passe d'opérer une transcroissance d'Internationale de cadres, ellemême dépendante du stalinisme qu'elle combattait, en Internationale à l'offensive prenant l'initiative de la construction d'une Internationale implantée dans les masses. Il dépend de nous de prendre notre part à cette tâche ou de temporiser devant ses difficultés.

I1 dépend de nous d'assumer cette tâche qui est notre tâche historique ou de faillir. Parler de transcroissance, c’est désigner ce mouvement par lequel une génération nouvelle de militants révolutionnaires serait la braise de la Révolution là où une générations de militants, cadres révolutionnaires trempés à l'épreuve du stalinisme et du fascisme, l'ont portée, pour faire avec mille bras vigoureux ce qu'un seul ne pouvait faire : allumer les innombrables feux de la plaine, les innombrables foyers de la Révolution socialiste.

Créach parle d’un probable éclatement de la IV. Deux choses différentes sont un éclatement par épuisement et un éclatement délibéré, choisi. Si l'effondrement définitif du stalinisme, sa condamnation historique, met à l’ordre du jour de nouveaux découpages entre avant-gardes, il est possible d'envisager la création d'une V° Internationale menant à terme la révolution mondiale. Dans cette perspective, la IV° envisagera et préparera de gaieté

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de cœur son propre éclatement. Elle se retrouvera dans cet éclalement même. Tel l'arbre dont les feuilles surgies du bourgeon qui se déchire et s'ouvre. Mais cette hypothèse fait intervenir trop d'inconnues quant au développement des luttes pour qu'on puisse dès maintenant régler sur elle notre conduite.

Acquittons-nous donc des tâches de l'heure, c'est la meilleure façon de nous préparer aux tâches futures et de ne pas renoncer au nom de précautions multiples et tortueuses à nos responsabilités actuelles.

Dans la période d'éclatement du stalinisme et de l'impérialisme, comme systèmes mondiaux complémentaires, notre tâche première est de restaurer non seulement en parole, mais aussi, pour rester cohérents, dans ses conséquences organisationnelles, l'internationalisme prolétarien.

C’est pourquoi nous avons adhéré à la IV', c'est pourquoi nous militons pour l'adhésion de notre courant dans son ensemble.

BETHEL, JEBRACO, LUDOVIC, PAULET. Mars 1969.

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Texte de la tendance minoritaire soumis au vote

pour les élections au congrès Bulletin des Diffuseurs de Rouge, texte n° 28

I. L'INTERNATIONALISME PROLETARIEN

Il peut être admissible, de ne pas craindre «d’avoir des a priori » et d'en appeler aux conditions de « toute démarche scientifique » (Texte 18). Encore faut-il :

1) que la totalité des conclusions ne soit pas présente dans les hypothèses ;

2) que le débat, au lieu de porter sur les thèses en présence, ne soit pas circonscrit à l'examen des postulats ;

3) le recours à des a priori n'a pas pour objet de noyer le poisson.

C'est pourquoi, il nous a semblé utile d'en appeler, même si ce rappel doit prendre un tour unilatéral, incomplet et dogmatique, à l'affirmation de quelques principes pour que la discussion puisse porter sur les véritables divergences.

À INTERNATIONALISME PROLETARIEN ET MODE DE PRO- DUCTION CAPITALISTE

1) La domination du capital international

Ce qui fonde objectivement l'internationalisme prolétarien, c'est l'essence même du mode de production capitaliste : son avenir est d'emblée de devenir le mode de production dominant à l'échelle internationale, marquant de son sceau l’ensemble des modes de production antérieurs, se combinant avec eux dans des formations spéciales particulières insérées d'emblée dans le marché mondial.

« Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la

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bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

»… Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays.

» Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production.» (Marx, Le Manifeste.)

Il n'est pas utile, dans le cadre de ce texte, de rappeler la forme de cette domination. Donnons cependant pour exemple de la conscience qu'ont eu les marxistes révolutionnaires du caractère international du Capital, ce texte de Lénine, écrit en 18%, par lequel il fonde l’internationalisme prolétarien dans les termes cités plus loin ($ 3). De l'interprétation internationale des capitaux, Lénine dresse le tableau suivant :

« Les relations commerciales entre les différents Etats se développent et se resserrent ; le Capital passe constamment d'un pays à l'autre. Les banques qui concentrent d'énormes capitaux qu’elles recueillent partout et répartissent entre les capitalistes sous forme de prêts, perdent leur caractère national et deviennent internationales ; elles rassemblent des capitaux provenant de tous les pays, et les répartissent parmi les capitalistes d'Europe et d'Amérique. De gigantesques sociétés par actions se COnStituent en vue de fonder des entreprises capitalistes non plus dans un seul pays, mais dans plusieurs à la fois; on voit apparaître des sociétés capitalistes internationales. La domination du capital est internationale. » (Lénine, 1896.)

Il n’est pas utile de rappeler non plus la forme que prend cette domination au stade impérialiste du capitalisme.

2) Portée nationale de cette domination

En se combinant avec les modes de production antérieurs de chaque pays, le mode de production capitaliste définit des formations sociales particulières, où se nouent des rapports de classe spécifiques qui fondent les rythmes et la tactique spécifique de toute révolution nationale.

Mais le caractère dominant du mode de production capitaliste à l'échelle internationale «surdétermine» les conditions propres de chaque révolution. Quel que soit pour une période donnée le mode de production dominant de ces pays, toute lutte nationale a d'emblée une signification et un contenu de classe internationaux. Les formes que prennent les alliances de classe nationales ne peuvent être détachées de leur signification internationale (cf. la révolution vietnamienne). Le caractère dirigeant du prolétariat dans une révolution nationale, n'est pas identifiable à la force motrice de la révolution dans le pays même : il ne découle pas mécaniquement de l'importance numérique de son existence physique! (etc., etc.).

Ainsi, le caractère dominant du mode de production capita-

liste à l'échelle internationale donne à toute lutte de classe na-

1. Cf. par opposition, les thèses de Lutte Ouvrière sur la révolution coloniale.

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tionale un contenu international et détermine la stratégie qui en découle.

. Par exemple, la distinction léniniste (quelle que soit sa pertinence actuelle) entre les mouvements nationaux révolutionnaires et les mouvements nationalistes bourgeois dans les colonies, se fonde sur le caractère dominant du mode de production capitaliste à l'échelle internationale. Le soutien aux mouvements nationaux révolutionnaires se fonde sur la forme que prend cette domination dans les pays coloniaux. (Ce qui explique aussi le soutien de Marx aux nationalistes irlandais.)

3) Solidarité internationale aux travailleurs

Ainsi, par le caractère international de sa domination, la bourgeoisie crée les conditions de son renversement. L'universalité du mode de production capitaliste fonde la solidarité et l'universalité du combat des travailleurs de tous les pays.

« L'union et la cohésion de la classe ouvrière ne se sont pas confinées aux limites d'un seul pays ou d'une seule nationalité ; les partis ouvriers des différents États proclament hautement la complète identité (solidarité) des intérêts et des objectifs des ouvriers du monde entier (.….)

» Cette union des ouvriers de tous les pays est rendue nécessaire par le fait que la classe capitaliste, qui exerce sa dominalion is les ouvriers, ne borne pas celle-ci au cadre d'un seul pays (….

»La domination du capital est internationale. Aussi la lutte des ouvriers de tous les pays pour leur émancipation ne peut, elle aussi, être couronné de succès que si les ouvriers combattent ensemble le capital international (...)

» Le capital international a déjà étendu la main sur la Russie. Les ouvriers russes tendent la main au mouvement ouvrier international. (Lénine, 1896.)

4) L'internationalisation du mode de production capitaliste tend à faire disparaître les particularismes sociaux développés au sein de la société bourgeoise par les vestiges des modes de production antérieurs.

« Les conditions de vie de la vieille société sont déjà anéantis dans les conditions de vie du prolétariat (..)

»… Le travail industriel moderne, l'asservissement au capital —le même en Angleterre, en France, en Amérique et en Allemagne — ont dépouillé le prolétariat de tout caractère national.» (Marx, Manifeste, p. 178.)

Mais la «réalité» internationale du prolétariat ne s'exprime que dans des formations sociales particulières.

Saisie au niveau du mode de production « pur », son existence est abstraite (au sens strict) : il n'existe (y compris au niveau économique) que dans des structures sociales déterminées, dans et par les contradictions qui le traversent. De même les contradictions de la bourgeoisie sont tout aussi réelles que sa domina-

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tion internationale’. Mais la domination internationale détermine en dernière instance le sens des particularités nationales’,

Ainsi le mode de production capitaliste n'existe pas comme mode de production «pur». Il n'existe que comme mode de production dominant les formations sociales déterminées où les rapports de classe sont organisés par l'Etat national,

Ainsi les réalités nationales de la lutte de classes ne sont pas les simples unités répétant à l'identique la réalité internationale de l’économie capitaliste. Le marché mondial domine l'ensemble des réalités nationales et leur originalité est dominée par le caractère international du mode de production capitaliste, elle coïncide avec la forme particulière de domination du mode de production capitaliste dans le cadre de l'Etat national. Les particularités nationales ne sont pas de simples « rajouts » aux traits fondamentaux du capitalisme. Les particularités nationales n’en tretiennent pas avec le caractère international du mode de production capitaliste des rapports d'unités singulières à leur simple addition.

Le mode de production capitaliste fonde la solidarité internationale de la classe ouvrière sur l'identité de sa situation et non pas l'identité de ses conditions. Le mode de production capitaliste en nouant toute réalité nationale à un ensemble international qui le domine assure l’interdépendance objective des luttes ouvrières. Toute lutte de classe à d'emblée un caractère international. Et encore une fois c’est cette domination, en dernière instance de l'économie mondiale qui fonde l’internationalisme prolétarien.

« L'internationalisme prolétarien n'est pas un principe abstrait : il ne constitue que le reflet politique et théorique du caractère mondial de l'économie, du développement mondial des forces productives et de l'élan mondial de la lutte des classes. » (Trotsky, La Révolution permanente.)

5) Identité, convergence, interdépendance des luttes de classe

Les ouvriers n'ont pas de patrie. Cependant leur lutte est nationale, « mais pas dans le sens bourgeois du mot ».

« L'ouvrier n'a pas de patrie, cela veut dire que (a) sa situation économique (salariat) n’est pas nationale mais internationale ; (b) son ennemi de classe est international ; (c) les conditions de son émancipation le sont aussi ; (d) l'unité internationale des travailleurs est plus importante que l'unité nationale. » (Lénine, Lettre à Inessa Armand, 1916, t. 35.)

a) Affirmer que les travailleurs n'ont pas de patrie, ce n’est pas abandonner chaque lutte nationale à elle-même sous prétexte que l'identité des intérêts prolétariens lui confère d'emblée un contenu international, que la convergence des luttes contre l’ennemi à abattre est une donné immédiate de toute lutte de classe :

2. Cf. les développements inodores du texte n° 2, 3. Cf. par opposition les coups fourrés sur la spécificité nationale dans le texte 9.

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bref, que les conditions d'émancipation du prolétariat sont rem. plies spontanément par le contenu international de toute lutte de classe (internationalisme abstrait).

L'internationalisme ne consiste pas à additionner cet internationalisme objectif d’un patriotisme vague, de donner aux prolétaires apatrides une patrie de rechange, de réaffirmer sa spécificité nationale pour fonder le combat international des travailleurs aux voies nationales de chaque révolution : leur identité de contenu assurant spontanément leur interdépendance (nationalisme messianique plus messianisme national).

« Au nationalisme messianique (U.R.S.S., sauveur suprême) s'ajoute un internationalisme bureaucratique abstrait.» (Trotsky, La Révolution permanente.)

b) À la conception stalinienne de l’internationalisme répond celle de ses successeurs. De fait, en concluant de la spécificité des conditions nationales à leur caractère primordial, les héritiers de Staline ne font que poursuivre leur prédécesseur. De la patrie du socialisme au socialisme pour chaque patrie, la continuité du messianisme national est absolue.

«La renonciation à une attitude internationale mène inévitablement au messianisme national, c'est-à-dire à la reconnaissance d'avantages et de particularités spécifiques, qui permettent à un pays de jouer un rôle auquel les autres ne sauraient s'élever.» (Trotsky, La Révolution permanente.)

La conception polycentriste de Togliatti et celle des voies nationales de chaque révolution procèdent de la même logique qui érige les spécificités nationales en critères absolus dans la mesure où l'identité des intérêts des travailleurs additionnés au caractère de l'ennemi à abattre justifie une stratégie internationale, a spontanément produite par la somme des stratégies nationales.

La conception néo-stalinienne n’est rien d’autre que la conception bureaucratique de l’internationalisme moins la patrie du socialisme.

c) Le stalinisme n’a pas abandonné ses combattants dans sa déroute. Pour l’A.J.S. aussi, fonder l’internationalisme prolétarien, c'est fonder sur la réalité internationale du prolétariat un internationalisme de fait qui permet de renvoyer le prolétariat de chaque pays au combat contre sa propre bourgeoisie en s'en remettant à la convergence objective du combat des travailleurs de tous les pays.

Mais fonder l’internationalisme prolétarien, ce n’est pas affirmer les différenciations au sein du prolétariat comme des buttes témoin d’une indifférenciation fondamentale‘. En laissant ainsi aux « secteurs » de la révolution mondiale le soin de se compléter, c'est comprendre que les inégalités et les contradictions qui minent les luttes des travailleurs sont tous aussi réelles que leur interdépendance objective, contradictions qu’il s’agit de surmon-

4. Cf. Texte n° 2, p. 16 : «la classe ouvrière est une réalité internationale, même si des différenciations importantes ont été historiquement introduites entre ses différents secteurs.

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ter sur la base de l'identité fondamentale de leurs intérêts (cf. plus loin). Bref, que l’interdépendance des luttes des classes doit être consciemment assurée, précisément parce que s’en remettre à leur convergence (identité) objective, c'est contribuer à les laisser s’affaiblir par les contradictions qui les minent.

Maïs la volonté de fondre dans un même soutien les différentes luttes nationales en neutralisant la signification stratégique internationale de leur combat n'est pas moins absurde (et peut-être plus dangereux parce que moins innocent) que de vouloir les coiffer d’un état-major international.

Or à s'en remettre à la spécificité nationale des révolutions on risque de soutenir (2) à la fois Mao, Ho Chi Minh et Castro sur la base du raisonnement pré-marxiste : l'ennemi de mon ennemi est mon ami.

De l'identité (solidarité) des intérêts prolétariens ne découle pas l'identité de leurs luttes, mais leur interdépendance objective. Mais qui dit interdépendance ne dit pas convergence absolue. Affirmer que les conditions nationales de la lutte révolutionnaire sont surdéterminées par la domination internationale du mode de production capitaliste, c'est affirmer que les conditions internationales de l'émancipation des travailleurs dominent les conditions nationales. Et dans la mesure où l’internationalisme prolétarien n'est pas la résultante immédiate de la lutte nationale des travailleurs : «l'unité internationale des travailleurs est plus importante que l'unité nationale ». Bref, que les conditions dans lesquelles se réalise cette unité ne sont pas réductibles à la convergence des luttes nationales, mais dominent les réalités nationales et que, dans une certaine mesure, cette unité doit être créée : que la réalité internationale de la classe ouvrière n’est pas le produit d'une indifférenciation primitive, mais doit être politiquement organisée.

Pour quelles raisons et dans quelles conditions : c'est ce qu'il convient d'examiner.

B) LA FAILLITE DE L'ETAT NATIONAL 1) {nternationalisme et Révolution permanente

L'internationalisme prolétarien ne repose cependant pas sur la seule affirmation de l’irréductible opposition entre deux « réalités » internationales : prolétariat contre bourgeoisie. Il tire son fondement des contradictions mêmes du mode de production capitaliste : notamment de la contradiction née du développement international des forces productives et de l'existence de l'ETAT NATIONAL. Mais il ne s'agit pas là d'une opposition entre fondamental et formel.

Mais bien d’une contradiction qui est à l’origine de la crise de la bourgeoisie, et ne peut être surmontée que par la victoire du prolétariat à l'échelle internationale.

« Une des causes essentielles de la crise de la société bourgeoise

vient de ce que les forces productives qu'elle a créées tendent à sortir de l'Etat national : d'où les guerres impérialistes, d'une

5. Tentation permanente du texte n° 2 sur l’Internationale, cf. p. 16 par exemple.

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part, et l'utopie des Etats-Unis bourgeois d'Europe.» (Trotsky, Révolution permanente.)

La bourgeoisie s'empêtre dans une insurmontable contradiction entre linternationalisation de son mode de production et la forme nationale de sa domination politique qui freine le développement des forces productives. C'est pourquoi :

«Il n'est pas du tout vrai que «l'internationalisme des partis communistes » se fonde sur cela (quelques traits généraux, c'està-dire sur type abstrait de capitalisme national). En réalité, il repose sur la faillite de l'Etat national qui est une survivance et qui freine le développement des forces productives. On ne peut ni réorganiser, ni même comprendre le capitalisme national si on ne l’envisage pas comme une partie de l'économie mondiale. » (Trotsky, Révolution permanente.)

Le prolétariat non seulement est la seule classe sociale qui peut résoudre cette contradiction, mais il est contraint pour organiser sa victoire de la résoudre. La volonté de maintenir une patrie socialiste comme un caisson étanche flottant sur le marché mondial tend à se transformer en «conservatisme» de la victoire, et à dégénérer. Toute révolution arrêtée à la limite d’un Etat se constitue comme un sous-ensemble du système capitaliste et dégénère sous sa loi.

Pour s'émanciper économiquement, le prolétariat doit s'émanciper politiquement : arracher le pouvoir à la bourgeoisie en brisant l'Etat national monopoliste, instrument de constitution de la bourgeoïsie en classe politiquement dominante, Le cadre de l'Etat national est dans le cadre immédiat de sa lutte. Mais pour ne pas enfermer sa lutte, le prolétariat doit étendre internationalement sa victoire. De ce point de vue, la théorie de la révolution permanente est la transposition internationaliste des exigences du marché mondial.

« Sous son troisième aspect, la théorie de la révolution permanente envisage le caractère international de la révolution socialiste qui résulte de l'état présent de l'économie et de la structure sociale de l'humanité (...). La révolution socialiste commence sur le terrain national, mais elle ne peut en rester là. La révolution prolétarienne ne peut être maintenue dans les cadres nationaux

ue sous forme de régime provisoire, même si celui-ci dure assez ongtemps comme le démontre l'exemple de l'Union Soviétique. Dans le cas où existe une dictature prolétarienne isolée, les contradictions intérieures et extérieures augmentent inévitablement en même temps que les succès. Si l'Etat prolétarien continuait à rester isolé, il succomberait à la fin, victime de ses contradictions. Son salut réside uniquement dans la victoire du prolétariat des pays avancés. De ce point de vue, la révolution nationale ne constitue pas un but en Soi ; elle ne représente qu'un maillon de la chaîne internationale. La révolution internationale, malgré ses reculs et ses reflux provisoires, représente un processus permanent.» (Trotsky, Révolution permanente.)

Aussi l’internationalisme prolétarien traduit le caractère inter-

national du Capital en terme d’exigence politique d'extension de la révolution.

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Il n’est pas la transposition mécanique au niveau de l’organisation des intérêts prolétariens. Il se fonde non pas sur l'identité de la lutte des classes à l'échelle internationale, mais sur le caractère international des conditions d'émancipation du prolétariat.

Internationalisme et Etat national

La concurrence économique au sein de la classe ouvrière mine à tout moment l'unité de la classe ouvrière, tant à l'échelle nationale qu’à l'échelle internationale (cf. rôle des surprofits coloniaux dans la constitution de l'aristocratie ouvrière ou le problème de la main-d'œuvre étrangère). Pour surmonter cette concurrence, les travailleurs doivent s'organiser. Mais la faillite de l'Etat national n'est pas son abolition : elle entraîne la classe ouvrière dans une concurrence politique internationale.

L'Etat capitaliste, comme instrument de cohésion d'une formation sociale donnée (résumé officiel de la société civile) est à la fois l'organisation de classe de la bourgeoisie et l'instrument des organisations politiques du prolétariat : son rôle est d’empêcher l'expression politique autonome du prolétariat s'exprimant en tant que classe politique s'opposant à la bourgeoisie, de le réduire à l'organisation économique, ou plus simplement à la dispersion : sa simple existence au niveau économique.

Instrument qui organise la concurrence politique parmi les travailleurs en dispersant leur unité politique, l'Etat bourgeois est en même temps l'instrument de la concurrence internationale.

Toute domination idéologique de la bourgeoisie s'exprime dans l'ensemble des forces d'organisation de la classe ouvrière : un de ses véhicules fondamentaux est la pénétration de l’idéologie petite-bourgeoise au sein de la classe ouvrière.

La forme nationale de la domination politique, idéologique et économique de la bourgeoisie, qui s'exerce à travers l'Etat, tend à identifier les intérêts du prolétariat avec ceux de sa propre bourgeoisie. Le prolétariat de chaque pays tend à concilier avec le nationalisme de sa propre bourgeoisie, l'internationalisme de ses intérêts, à tous les niveaux et, à nouer des relations privilégiées avec la bourgeoisie qui le domine.

Ainsi l'internationalisme prolétarien, y compris la simple conscience de la nécessaire solidarité de tous les opprimés, ne naît pas de la simple existence de la classe et de l'identité internationale de la situation économique du prolétariat.

La conscience de l’interdépendance objective des luttes ouvrières, n'est pas une donnée immédiate de la conscience de classe. Elle doit être introduite en son sein par un groupement distinct de la classe : l'avant-garde révolutionnaire.

Ce qui est vrai au niveau des rapports de classes, des formes de conscience de classe du prolétariat, l’est aussi des organisations révolutionnaires. Pour se constituer en classe, le prolétariat doit se constituer en parti politique distinct de la bourgeoisie, Mais en circonscrivant sa lutte, à son théâtre immédiat le parti ouvrier ne cesse pas de lutter contre l'Etat dans le cadre de cet Etat : tributaire des relations politiques qui s’y nouent, il risque de succomber à la loi du mouvement détachée du caractère international du but final.

Toute organisation nationale qui ne conçoit pas ses tâches

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sous l'angle d'une stratégie internationale, quitte le point de vue de classe qui définit l’internationalisme : le cadre de l'Etat national est le meilleur instrument de cette dégénérescence. La bonne volonté (pas plus que les bonnes structures internationales) ne suffit à le surmonter : seule l'intervention consciente des militants d'avant-garde dans le processus de construction d'une Internationale liée à l’action de masse, parvient à concilier ces exigences contradictoires : préserver l'indépendance de classe de l’avantgarde par rapport à l'Etat bourgeois en assurant l'indépendance de classe des plus larges masses possibles du prolétariat.

C) INTERNATIONALISME ET INTERNATIONALE 1 Nécessité de principe de l'Internationale

La nécessité d'une action unie des travailleurs à l'échelle internationale s'enracine dans la nature même du mode de production capitaliste. Jusqu'à un certain point cette action unie peut être indépendante de l'existence d’une organisation internationale. Dans le contexte historique précis de 1875, Marx pouvait écrire :

« L'action internationale des classes ouvrières ne dépend en aucune façon de l'existence de l'Association Internationale des Travailleurs.

» Celle-ci n'a été qu'une première tentative de doter cette action d'un organe central, cette impulsion a eu des effets durables, mais elle ne pouvait se poursuivre longtemps, dans sa première forme historique, après la chute de la Commune de Paris. » (Marx, Critique du Programme du Parti Ouvrier Allemand.)

Maïs l’action unie des travailleurs risque à tout moment d’être brisée par la concurrence, le nationalisme, les formes de domination de la bourgeoisie dans le cadre de l'Etat national.

Aussi le prolétariat n'est-il pas spontanément internationaliste, au sens où l'internationalisme doit être l'expression d'impératifs stratégiques.

Abandonnée à la convergence objective des luttes révolutionnaires, la fraternité ouvrière est un lien ténu. À terme, la domination de la bourgeoisie peut s'en trouver provisoirement renforcée : en laissant à l’interdépendance objective des fronts de lutte le soin d’abolir les frontières, on relègue la stratégie internationale de la classe ouvrière à la simple juxtaposition de ces fronts.

Pour dépasser le cadre de l'Etat national, pour ne pas voir la scène internationale de son combat se dérober sous ses pieds, sous prétexte de maîtriser sa lutte politique dans les limites de son théâtre immédiat, le prolétariat doit pouvoir, à travers son parti politique, lutter comme détachement d'une armée internationale, ériger sa propre stratégie en stratégie internationale et subordonner toute lutte nationale au développement international de la révolution.

Pour s'émanciper économiquement, le prolétariat doit s'éman-

6. Cf. le fétichisme organisationnel du texte n° 2.

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ciper politiquement, mais son émancipation politique, dans un seul pays ne garantit pas par la dictature nationale du prolétariat l'étanchéité de l'Etat national des pénétrations économiques et politiques du mode de production capitaliste : sa victoire ne peut être qu'internationale ; la dictature du prolétariat doit être organisée internationalement.

C'est ainsi que Lénine fonde la création de l'Internationale Communiste :

« La nécessité de la lutte pour la dictature du prolétariat exige l'organisation unifiée commune et internationale de tous les éléments communistes qui se placent sur ce terrain.» (Résolution sur la Fondation de l’I.C.)

« Sans cette aide mutuelle économique et autre, le prolétariat n'est pas en état d’édifier une société nouvelle. » (Statuts de l’Internationale Communiste.)

« La nouvelle ALT. est fondée dans le but d'organiser l’action d'ensemble du prolétariat des différents pays tendant à une seule et même fin : le renversement du capitalisme, l'établissement de la dictature du prolétariat et d'une République internationale des soviets. » (Statuts de l’Internationale Communiste, 8 1.)

S'il est vrai qu'il s’agit là, selon l'expression de Trotsky, de «la traduction politique et théorique » des exigences du marché mondial, la traduction stratégique des impératifs du mode de production capitaliste ne peut être portée que par une organisation distincte de la classe et « dominant » les Etats nationaux : l’Internationale révolutionnaire. C'est sur les conditions mêmes de la lutte dans le cadre du mode de production capitaliste que se fonde la nécessité de principe de l'Internationale.

L'actualité de sa construction dure ce que dure la domination de la bourgeoisie et la nécessité de la dictature du prolétariat.

Il ne s’agit là ni d'un impératif moral ni d’un lien logique abstrait, mais de nécessités objectives qui découlent de la nature même du mode de production capitaliste, quelles que soient les formes historiques dans lesquelles s'exprime le mode de production.

Cela signifie que l’interdépendance des luttes nationales, même si elle demeure réduite à l'Action Unie des travailleurs, indépendamment de l'existence d'une organisation internationale, ou à la simple juxtaposition des luttes, doit être comprise sous l'angle de la construction d'une organisation internationale, ayant pour tâche d'organiser le pouvoir de classe du prolétariat à l'échelle internationale.

2 Actualité de la construction de l'Internationale

a) Si l’on veut bien ne pas confondre la nécessité de principe de l’Internationale avec la nécessité historique de sa proclamation, sa construction est une tâche quotidienne de toute la période historique du mode de production capitaliste, inséparable de toute stratégie internationale. La continuité de ce projet n'exige pas à tout instant l'existence d’une organisation internationale (reproduisant en creux l'Internationale à construire) : il n'empêche que le projet de bâtir l'Internationale est indissociable à terme de toute stratégie révolutionnaire.

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A moins de réduire l’histoire des Internationales ouvrières à l'histoire bourgeoise d'événements historiques dissociés, juxtaposés, abandonnés aux aléas de larges discontinuités historiques, il n’est pas possible de déduire de l'inexistence d’une Internationale à un moment donné, ou du refus de commencer par construire le toit avant de construire les murs (Engels et la II° Internationale), que la nécessité de principe d'une Internationale s’abolit dans la contingence absolue : l’accomplissement de tâches particulières, qui, à un moment historique donné et pour ce moment seul, serait la seule justification de sa construction.

S'il est vrai que l'identification de l'internationalisme pratique à l'existence d’une organisation internationale (ou la réduction de toute pratique internationaliste à l'appartenance à celle-ci) procède du fétichisme organisationnel, qui réduit la détermination des tâches politiques à l’accomplissement de tâches organisationnelles’, il est faux de penser que le problème de l'internationalisme puisse être résolu indépendamment de sa sanction organisationnelle.

S'il est vrai que les tâches internationalistes ou une stratégie internationale ne s’actualisent pas et ne s’épuisent pas à tout moment dans une organisation qui, par son existence seule et son extension géographique, garantirait les militants révolutionnaires de mauvaises pensées nationales’, ce qui dans toute organisation révolutionnaire doit être compris (sous l'angle de la stratégie et de la tactique), c'est la révolution mondiale comme sa tâche immédiate et l’Internationale comme son instrument.

La relation entre les tâches d'organisation et les tâches politiques, ne sont cependant pas une simple relation entre moyens et fins : l'internationalisme comprend comme un de ses moments fondamentaux éclairant l’ensemble des tâches politiques, non pas la compréhension de la théorie fétichiste du Parti Mondial, mais la construction même de l’Internationale.

b) Or la volonté de ne pas confondre l'internationalisme et l'adhésion à une Internationale, actualité stratégique de construction d’une Internationale et actualité pratique de sa proclamation, bref, la volonté de ne pas céder à un léninisme mal compilé, ne pas conduire à l'abandon pur et simple des principes d'organisation.

De ce point de vue, remportées aux textes qu'elles dénoncent", les remarques des camarades du Cercle 1234 (Texte 9) ne sont pas dépourvues de pertinence. Mais, prises dans leur signification immédiate, ces questions ne sont pas exemptes d'ambiguïté. (Nous espérons quant à nous que les dangers du texte 9 sont le corrélatif immédiat des distorsions introduites par le

7. Cf. la physiologie organisationnelle du texte n° 2 sur l'Interna-

tionale.

8. Idem.

9. Pour l'exposé de cette théorie fétichiste cf. texte n° 2. Pour la fétichisation de la théorie fétichiste cf. texte n° 4 et notre critique texte n° 10.

10. Notons au passage, que les critiques formulées dans le texte 17, quel que soit leur intérêt, cédent un peu trop facilement à la tentation d'analyser le texte, indépendamment du texte auquel il répond, ce qui est façon particulièrement subtile et efficace de détacher des phrases de leur contexte et de falsifier une position.

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texte 2. Mais sans tomber dans le procès d'intention, il fallait le signaler).

« La nécessité d'une organisation internationale n'est pas une nécessité abstraite. Elle doit être pensée 1) en fonction de la situation mondiale, 2) expérimentée non par des bureaux internationaux, mais par les mouvements révolutionnaires existant effectivement dans le monde. Un exemple : s'il s'agit de rassembler des avant-gardes, compterons-nous — qui nous ? — au nombre de ces avant-gardes le F.N.L. ou le Parti Populaire du Sud- Vietnam ? Sinon, la création d'un appareil international qui se donne pour justification la création d'une Internationale de masse et pour but une efficacité accrue a-t-elle un sens ? » (Texte 9, p. 8.)

— En reléguant la nécessité stratégique de construction de l’Internationale derrière des considérations historiques sur l'opportunité de sa création et les conditions auxquelles elle devrait obéir, on abolit l’histoire concrète (qui ne prend son sens que par le mode de production qu'elle exprime) dans l'histoire contingente (qui additionne les événements, les faits, les idées, le long de leur chronologie)".

— La même ambiguïté se répète dans le cours du texte sous les formes suivantes :

« L'Internationale n’est pas le critère de l'internationalisme »

si l'on entend que l'existence de l’Internationale n’est pas la sanction obligatoire et de l’internationalisme pratique et des moyens que l'on se donne pour la construire, c'est une évidence (sauf pour le structuraliste du texte 2). Sinon il s’agit d'une erreur qui remet les tâches de construction de l’Internationale au moment où sont réunies objectivement (?) toutes les conditions de sa proclamation.

— De même les questions impertinentes posées plus haut (compterons-nous le P.P.R. du Sud-Vietnam au rang des nouvelles avant-gardes ?) n’ont de sens que lorsque est précisé de quel point de vue on se place. Or la question posée en apparté — « qui nous » — laisse mal augurer de la suite. En effet, à commencer par neutraliser notre propre ligne politique pour ne considérer que la convergence objective de toutes les luttes révolutionnaires, on aboutit rapidement à l'affirmation d'identité de nos « lignes politiques ».

À isoler une lutte révolutionnaire de la signification stratégique internationale de son combat, on risque en dissolvant notre point de vue — notre analyse du P.P.R. — de s’abandonner au suivisme de tout mouvement révolutionnaire. La seule question qui ait un sens est la suivante :

Notre analyse du P.P.R. — ou de Cuba — justifie-t-elle que nous maintenions notre indépendance organisationnelle par rapport à ces courants ? Notre conception (ou stratégie si elle existe)

11. Notons que les critiques d’a-historicisme adressées au texte 7, justifiées d'un certain point de vue, se font le plus souvent du point de vue de l’histoire contingente. « Vous critiquez l'entrisme au nom de considérations de principe, mais que pouvait-on faire en 19.. face à .... si l’on tient compte de ....?»

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justifie-t-elle qu'il existe des lignes de clivage pertinent du point de vue de la stratégie internationale de la révolution, lignes de clivage qui justifient que nous maïintenions notre indépendance. Pour les exemples cités, poser la question, c'est y répondre.

— Rappelons à ce sujet que ce que nous disions plus haut : à s'en remettre à la spécificité nationale des révolutions, on risque de soutenir à la fois Mao, Ho Chi Minh et Castro sur la base du raisonnement pré-marxiste : l'ennemi de mon ennemi est mon ami.

Mais la volonté de fondre dans un même soutien les différentes luttes nationales en neutralisant la signification stratégique internationale de leur combat, n’est pas moins absurde (et peutêtre plus dangereux parce que moins innocent) que de vouloir les coiffer d’un état-major international.

À considérer les luttes révolutionnaires nationales, en isolant la signification internationale de leur combat on commence à chercher le creuset éclectique qui, à l'avenir, les réconciliera, mais faute de pouvoir les concilier, soi-même, on commence par éclater.

De ce point de vue, l'éclatement de Falce Martello nous semble être le produit immédiat de cette volonté de neutraliser l’affrontement des lignes politiques (qui implique ipso facto qu'elles finissent par s'affronter de manière inconciliable au sein même de l'organisation). Il ne s’agit là ni d’un effet du « point de vue national étriqué », ni de la mauvaise conscience qui naît spontanément de la mauvaise organisation (cf. textes 2 et 18).

La volonté de ne pas cultiver de particularismes idéologiques sans rapport avec les lignes de clivage fondamentales, qui traversent le mouvement ouvrier (sectarisme), ne doit pas avoir pour corrélatif de neutraliser ces lignes de clivage, en se contentant d'annoncer le messie international qui assurera leur réconciliation (opportunisme).

Les militants révolutionnaires doivent s'organiser dès aujourd’hui, parce qu'ils le doivent toujours, de façon à intervenir consciemment (c'est-à-dire sur les lignes de clivage aujourd’hui stratégiquement pertinentes à l'échelle internationale), dans le champ politique de la lutte des classes internationale pour opérer les reclassements qui s'imposent, si de tels reclassements s'imposent.

Reste à examiner dans quelles conditions.

3) En guise de conclusion : l'Internationale, comment ?

a) La nécessité de l'Internationale possède l'actualité de la révolution à accomplir. En effet, l'internationalisme de fait obéit à la loi du mode de production dans lequel il s’enracine : abandonné au simple développement des contradictions et des antagonismes de classe, il laisse au mieux les luttes révolutionnaires coexister dans leur juxtaposition, dans la mesure où il n'intervient pas pour traduire en termes stratégiques leur interdépendance objective.

De même l'internationalisme de fait tend à fondre dans une même mythologie les luttes révolutionnaires du monde entier, abandonnant à la convergence ultérieure de leur combat, le soin de décider de la valeur stratégique internationale de ce combat.

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Pour intervenir dans le processus des luttes politiques, dès aujourd'hui les militants révolutionnaires ne peuvent pas contempler la juxtaposition des luttes et la convergence possible de stratégies aujourd'hui divergentes. L'internationalisme prolétarien exige que cette intervention prenne une forme organisée, actualisant les lignes de clivage fondamentales aujourd’hui et ouvrant la voie de construction de l'Internationale révolutionnaire.

b) Mais la forme que prend l'intervention des militants révolutionnaires dans le processus de construction d’une Internationale, est déterminée par les conditions historiques dans lesquelles elle s’insère. Ainsi, pour donner un exemple ponctuel dont la signification historique sera donnée plus loin, la nécessité stratégique de construction de l’Internationale s’est actualisée dans le processus de construction de la II‘ {nternationale par la constitution préalable de partis nationaux.

De même, la construction du Parti Revolutionnaire ne passe pas nécessairement par la reproduction élargie d'un modèle réduit se conformant à son image : tactique de construction du Parti par élargissement progressif d'un noyau initial appliquant un centralisme strict et ayant à jamais, en se donnant ses bases politiques, fondé les bases politiques du Parti à construire (cf. A.J.S.). De même, la tactique de construction d’une Internationale ne peut être dissociée du regroupement des forces révolutionnaires à l'échelle internationale ; mais la forme que prend ce regroupement n'est pas nécessairement la reproduction en miniature (tant sur le plan des formes d'organisation que sur celui des bases programmatiques) de l’Internationale à construire.

c) Affirmer que la théorie de l’organisation (internationale) comme Parti Mondial centralisé, parce qu’elle prend racine dans le caractère même du mode de production capitaliste, détermine pour l’ensemble de la période capitaliste les tâches de sa construction comme tâches actuelles, ne signifie pas que les médiations qui permettent de construire cette organisation doivent être nécessairement identiques à leur modèle. La construction d’une Internationale centralisée n'implique pas nécessairement qu'elle se constitue par élargissement d’une miniature de Parti Mondial.

Les tâches d'organisation impliquent que les exigences du mode de production capitaliste soient saisies à travers la formation sociale où s'exprime sa domination; par exemple, les rapports de classe, la forme de gouvernement de l'Etat bourgeois, la périodisation de cette formation sociale (l’histoire concrète), le mouvement politique des classes sociales, etc, Tels sont les principaux éléments qui permettent de déterminer comment les exigences organisationnelles (principes) nées du caractère même du mode de production capitaliste s’actualisent dans une forme d’organisation déterminée. Tels sont les éléments qui permettent d’apprécier si l'écart entre principes et système d'organisation est un écart apparent (qui actualise les principes d'organisation en traduisant les particularités et les exigences d’une situation historique donnée) ou un écart réel (opportunisme organisationnel où les principes succombent à l'adaptation pure et simple à une conjoncture particulière). C’est ainsi que pourrait être tracée une histoire des Internationales du point de vue de l'organisation. Notre objectif dans ce qui suit sera beaucoup plus limité.

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II. L'INTERNATIONALE, COMMENT ?

A. L'INTERNATIONALE ET LE DEVELOPPEMENT HISTORI- QUE DU PROLETARIAT

1) S'il est vrai que la nécessité de principe de construire une Internationale assigne à cette tâche un caractère actuel et immédiat, la forme que prend cette construction, les délimitations politiques et idéologiques autour de laquelle elle s'opère, les organisations à travers lesquelles elle se réalise, ne sont pas indépendantes du degré de développement du prolétariat et du stade d'évolution du capitalisme.

S'il est vrai que par leur intervention consciente, les militants révolutionnaires tendent — ou doivent tendre — à actualiser dans toute forme d'organisation les principes d'organisation fondés sur les traits fondamentaux du mode de production capitaliste, il est non moins vrai que les formes d'organisation internationales du prolétariat ont été le produit de son développement historique.

C'est là ce qui sert de fondement à la périodisation politique de l'histoire des Internationales telle que Lénine l’établit.

«La première Internationale (1864-1872) avait jeté les fondements de l'organisation mondiale des travailleurs pour préparer leur assaut révolutionnaire contre le Capital.

» La deuxième Internationale (1889-1914) a été l’organisation internationale du mouvement prolétarien dont le progrès s'est fait sentir en largeur, ce qui n'a pas été sans entraîner un abaissement provisoire du niveau révolutionnaire, une intensification provisoire de l'opportunisme qui devait finalement aboutir à la faillite honteuse de cette Internationale.

»La troisième Internationale.» (Lénine, La Troisième Internationale dans l’histoire, t. 29.)

Distinguer des périodes historiques, c'est distinguer à des niveaux différents les traits spécifiques de cette période, l'état de développement du capitalisme et le degré de développement du prolétariat et son degré d'organisation, les problèmes fondamentaux posés par l'actualité des luttes de classe, la concrétisation de la figure spécifique des rapports de classe en clivages stratégiquement pertinents autour desquels s'opèrent les délimitations politiques et organisationnelles.

Deux exemples :

a) Les méthodes de construction de l’A.LT., son programme et ses statuts se fondent sur l'analyse du développement de la bourgeoisie à son stade concurrentiel : sa phase de constitution en classe dominante.

Au développement accéléré des forces productives que la bourgeoisie ne contrôle plus, et à la constitution au cours de ce développement même, d’un prolétariat industriel concentré dans les grandes villes d'Europe répond le projet de constituer le prolétariat en le dotant de formes d'organisation liées au degré atteint

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par son développement, en force politique indépendante de la bourgeoisie.

«Les formes organisationnelles qui en découlaient étaient celles d’une Internationale, point central de communication et de coopération entre les sociétés ouvrières des différents pays aspirant aux mêmes buts : le concours mutuel, le progrès et le complet affranchissement de la classe ouvrière.» (Statuts de V'A.LT.)

Ce qui explique (sans entrer dans les détails) l’hétérogénéité des courants représentés autour d’un même projet politique : l'émancipation de la classe ouvrière par l'abolition de tout régime de classe.

Dans ce cas précis, il ne découle pas des nécessités stratégiques, nées du caractère dominant du mode de production capitaliste que les formes d'organisation et les délimitations politiques dépassent le stade du conglomérat éclectique et d’une fédération plus ou moins centralisée.

L'affirmation que «l’Internationale ne saurait se construire autour de conglomérats éclectiques » (texte 4) ne découle pas d’une essence atemporelle de l'Internationale. L'affirmer aujourd'hui n’est pas le fruit des leçons bourgeoises de l’histoire, mais, de la forme que peut prendre, dans les conditions concrètes de notre temps la solution de l'antagonisme relatif entre la propagande communiste et les exigences de l’action de masse.

Affirmer l'impossibilité des conglomérats éclectiques et du centralisme fédéral aujourd'hui doit être démontré.

b) Si l'on peut risquer d'affirmer que la première Internationale est parvenue à concilier les exigences de principes avec les impératifs nés du développement historique du prolétariat (écart apparent avec les principes dans un cadre historique déterminé), l’histoire de la deuxième Internationale est beaucoup moins convaincante.

La deuxième Internationale, après l'expérience de la Commune et la rupture entre éléments bakouninistes et marxistes qu’elle avait opérée de fait répond à la tâche d'organiser de grands partis nationaux sur la base du marxisme. Plus précisément, la méthode de construction de la deuxième Internationale obéit à la dialectique « des toits et des murs ». La construction de larges partis nationaux englobant le mouvement ouvrier «en largeur » (Lénine) est considérée comme une tâche primordiale par Marx et Engels. L'actualisation des principes d'organisation dans la forme de la deuxième Internationale, si elle est conforme aux conditions historiques nées de l’histoire concrète, conservera le caractère lâche qui autorise la dégénérescence opportuniste. Encore faut-il comprendre que celle-ci n'est pas le produit direct d'une mauvaise compréhension de la théorie de l’organisation.

De fait, même si dans tous les cas, l’analyse du développement historique du prolétariat fonde la forme que prend le regroupement international, seule l’actualisation des principes d'organisation permet, à terme, d'échapper à la loi de l’organisation-produit reproduisant en son sein l’ensemble des contradictions du mode de production capitaliste sous la forme concrète de la lutte politique entre l’opportunisme et le marxisme.

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B MIORE DE CONSTRUCTION DE LA III: INTERNATIO-

1) Période et axes stratégiques

— La période au cours de laquelle Lénine construit la III° Internationale est la période d'actualité de la révolution. La crise révolutionnaire n’est pas un thème futuriste qui sert de norme au développement du travail révolutionnaire : elle n’est pas le moment historique privilégié réduit à sa pure ponctualité, où les masses ont quelques chances de fusionner, jusqu’à un certain point, avec l'avant-garde et où, enfin, elles se reconnaîtraient dans le programme tracé pour elles. La crise révolutionnaire, dans la période d'actualité de la révolution, est un horizon toujours présent qui détermine toute lutte politique comme une lutte actuelle pour le pouvoir de classe.

— La période autour de laquelle Lénine construit la III° Internationale est la période de la guerre impérialiste. Elle trace la guerre civile des classes non comme un thème fécond à exploiter pendant les périodes de paix, mais comme un horizon immédiat. La transformation de la guerre impérialiste en guerre civile est la tâche actuelle du prolétariat : dans ces conditions, la tâche des révolutionnaires est de :

« Lancer le mot d'ordre des actions révolutionnaires de masse, c'est-à-dire de faire de l'époque des guerres impérialistes le début d'une époque de guerre civile.» Éénine, Le Socialisme et la guerre, 1915.)

— La période qui s'ouvre ainsi est celle de la faillite non pas provisoire maïs historique de la II° Internationale, des chauvins et des opportunistes.

C'est donc autour de ces deux axes que se développe la stratégie internationale de Lénine.

— Transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

— Construction de la III° Internationale sans les opportunistes et malgré eux.

«Nous avons la conviction la plus profonde que dans l’état actuel des choses, la scission avec les opportunistes et les chauvins est le premier devoir d'un révolutionnaire (...)

» La III° Internationale, à notre avis, devrait être fondée précisément sur cette base révolutionnaire. Pour notre parti, la question de l'opportunité d'une rupture avec les social-chauvins ne se pose pas. Il l'a tranché une fois pour toutes. Seule existe pour lui la question de savoir si la chose est réalisable dans un proche avenir à l'échelle internationale. » (Lénine, Le Socialisme et la guerre.)

Les modalités de construction de la III° Internationale, les cadres organisationnels à travers lesquels elle s’est constituée et les clivages idéologiques autour desquels se sont opérés les regroupements intermédiaires, découlent clairement de l'analyse toujours réactualisée de la période.

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2) Les orientations tactiques

a) La nécessité historique, l'actualité pratique de proclamer une nouvelle Internationale ne découlent pas mécaniquement de l'actualité stratégique de sa construction. Mais l'actualité stratégique de construire une Internationale implique que Lénine n'a jamais renoncé à cette tâche malgré l'absence de l'Internationale, entre 1914 et 1918 et que toujours l’'accomplissement de cette tâche s'est réalisé à travers des formes d'organisations déterminées, que ces formes d'organisations n'avaient pas été la miniature de l’Internationale à construire, que ce soit à la fois autour d'un Parti national (le Parti Bolchévik) et d’un conglomérat éclectique que l’Internationale se soit progressivement constituée n'empêchait pas Lénine de considérer comme une tâche actuelle le regroupement immédiat des forces révolutionnaires qui se réalisera autour de la gauche de Zimmerwald. La gauche de Zimmerwald, la conférence de Zimmerwald, le Parti Bolchévik, telles sont les trois formes d'organisations dans lesquelles s'est affirmée la nécessité de l’Internationale. Lénine lui-même, dès juilletaoût 1915, envisageait ces trois possibilités et leur donnait, dans le cadre d’une tactique précise de construction de l’Internationale, le rôle qui allait leur être dévolu.

(i) Il trace ainsi la préfiguration des alliances possibles et n'oubliera pas, en se rendant à Zimmerwald, de leur donner une sanction politique et organisationnelle,

« Notre attitude envers les éléments hésitants au sein de l’Internationale, en général, a une importance considérable. Ces éléments — les socialistes de nuance pacifiste surtout — existent aussi bien dans les pays neutres que dans certains pays belligérants (par exemple, en Angleterre, le Parti Ouvrier Indépendant). Ils peuvent être nos compagnons de route. Un rapprochement avec eux contre les social-chauvins est indispensable. Mais il ne faut pas oublier que ce sont seulement des compagnons de route et que, pour le principal, l'essentiel, lorsqu'il s'agira de reconstituer l'Internationale, ils ne seront pas avec nous, mais contre nous.» (Lénine, Le Socialisme et la guerre.)

(2) Mais sans attendre les alliances possibles, dans le même temps où on s'efforce de les réaliser, est réaffirmée la nécessité de regrouper les militants marxistes-révolutionnaires.

«Cimenter ces éléments marxistes, si peu nombreux qu'ils soient au début, rappeler en leur nom les paroles aujourd'hui oubliées du socialisme authentique, convier les ouvriers de tous les pays à rompre avec les chauvins et à se ranger sous le vieux drapeau du marxisme : telle est la tâche de l'heure.» (Lénine, Le Socialisme et la guerre.)

(3) Enfin, la forme que prendra le regroupement des forces révolutionnaires, si elle n'est pas clairement indiquée (mais pour _ raisons très claires), le rôle du Parti Bolchévik est nettement affirmé.

«On conçoit parfaitement que pour fonder une organisation marxiste internationale, il faut que la volonté de créer des partis

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marxiste indépendants existe dans les différents pays Le proche avenir montrera si les conditions sont déjà mûres pour constituer une nouvelle Internationale marxiste. Nous ne savons ni ne pouvons savoir comment les choses évolueront dans les prochaines années sur le plan international. Mais ce que nous savons à coup sûr, ce dont nous sommes fermement convaincus, c'est que notre Parti, dans notre pays, au sein de notre prolétariat, travaillera inlassablement dans cette direction et par toute son activité quotidienne créera une section russe de l'Internationale marxiste. » (Lénine, idem.)

(Encore une manifestation du point de vue national étriqué !)

Visiblement, Lénine n’était pas membre de la IV*° Internationale. S'il est vrai qu'il n'’abandonnaïit pas les regroupements immédiatement possibles, au profit de l'éventualité de regroupements ultérieurs, il ne laissait pas aux lois « naturelles » de l’histoire le soin de décider des orientations tactiques en fonction desquelles pourraient se nouer les alliances futures et il ne renonçait pas non plus, comme nous le verrons plus loin, à en fixer le cadre organisationnel.

(3) La lutte révolutionnaire des masses. L'ensemble des marxistes révolutionnaires de 1914 à 1919 fonde la nécessité historique et les modalités tactiques de construction d’une nouvelle Internationale sur l'hypothèse qu’à travers la guerre impérialiste les masses feront l'expérience de la trahison de chefs de la IT° Internationale et de la justesse de la tactique préconisée par les bolchéviks : la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Dès novembre 1914, Lénine déclare :

« L'Internationale prolétarienne n'a pas disparu.»

Après la conférence de Kienthal, c'est encore à l'expérience des masses et à leur action révolutionnaire que Zinoviev fait

appel :

« Notre tâche est de démontrer aux masses la nécessité d'une scission, d'une séparation des social-patriotes qui dans tous les pays ont trahi le socialisme. » (Vorbote, n° 2, bulletin de la gauche zimmerwaldienne.)

Et plus loin :

«Et pourtant le fait est là : la seconde conférence de Zimmerwald sera politiquement et historiquement un nouveau pas en avant dans la voie de la III° Internationale. Elle doit venir, elle viendra. La lutte révolutionnaire des masses la réalisera. » (Vorbote, n° 2.)

Si on lit l'ensemble des textes de cette période, on se rend compte que l'application des principes tactiques est liée à la volonté de faire fusionner jusqu’à un certain point le programme d'action né de la période et l'expérience des masses.

Mais les Bolchéviks n'abandonnent pas au mouvement de masse le soin de décider des formes d'organisation qui correspondent à son niveau de conscience. L’Internationale ne peut être

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un produit des luttes révolutionnaires du prolétariat que dans la mesure où elle contribue à les diriger et à les susciter.

Et Lénine (atteint de spontanéisme aigu) peut écrire sous le titre révélateur « conquis et consacré » :

« Dans la révolution, seules les conquêtes des masses prolétariennes sont inébranlables, seules les conquêtes véritablement inébranlables méritent d'être enregistrées (…) et c'est justement pour cette raison que la fondation de la III° Internationale, l'Internationale Communiste est une œuvre inébranlable.» (Lénine, t. 28, p. 508.)

F ou encore, dans le discours inaugural du premier congrès de

« Si nous avons réussi à nous rassembler, malgré toutes les barrières et toutes les persécutions policières, si nous avons réussi, sans divergences notables à prendre en peu de temps des décisions importantes sur toutes les questions brûlantes de l'époque révolutionnaire contemporaine, c'est grâce à ce fait, que les masses prolétariennes du monde entier ont posé pratiquement ces problèmes à l’ordre du jour et ont commencé à les résoudre pratiquement.

» Nous avons seulement enregistré ici ce que les masses ont ET conquis dans leur lutte révolutionnaire.» (Lénine, t. 28, p.

Il est vrai que ce spontanéisme avait été le produit d’un long travail de luttes révolutionnaires de l'avant-garde bolchévik et d'un pénible travail d'organisation et que le premier congrès de VI.C. sera suivi du deuxième qui comportera au centre de ses débats, à nouveau, la question d'organisation.

Mais l'objectif des Bolchéviks n'est pas de suivre les masses prolétariennes dans la déroute nationaliste, ou de suivre pas à pas leur évolution, mais d'intervenir dans le processus de maturation du mouvement de masse et de radicaliser les chefs prolétariens déroutés et dispersés, « sans se faire de concessions de principe, mais aussi sans s'isoler du mouvement réel », ainsi que le réaffirme Zinoviev après Zimmerwald. Et après Zimmerwald, dans une note adressée aux zimmerwaldiens, les entristes du Bureau de la Conférence de Zimmerwald justifient en ces termes la convocation de la Conférence de Kienthal :

« Les adhérents de l'action de Zimmerwald et les participants à ces conférences n’ont jamais douté que les réunions internationales ne sauraient seules ramener à la vie et à l'action l'Internationale prolétarienne.

» L'Internationale doit naître dans les divers pays de la conscience socialiste et de son application pratique, elle ne peut devenir active, atteindre une puissance politique par des résolutions de congrès.

» Tout en tenant compte du fait que la conscience socialiste est déterminée par le développement historique, on ne pouvait pourtant pas attendre avec le groupement international des forces restées fidèles au socialisme que la conscience socialiste soit mûre dans tous les pays et chez tous les ouvriers. La conscience

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internationale du socialisme ne peut pas s'affirmer d'un seul coup, elle aussi doit se développer et être développée par les ouvriers eux-mêmes. »

Même pour les centristes qui veulent reconstituer l’Internationale, il est évident que la conscience internationaliste du prolétariat ne peut lui être apportée que du dehors, extérieurement aux cadres nationaux par une organisation actualisant les principes sur lesquels se fonde l’internationalisme prolétarien.

— Articulés autour de quelques axes stratégiques, les orientations tactiques (regroupement des marxistes révolutionnaires, alliance avec les hésitants, indépendance du Parti Bolchévik) s’actualisent dans des formes d'organisation déterminées qui permettent aux Bolchéviks, en se fondant sur l'expérience pratique des masses, mais en la devançant d’un pas, de construire l’Internationale.

(4) C’est autour de l'action de Zimmerwald et de la révolution russe que se réalisent les clivages politiques pertinents et sont tracées les prémisses organisationnels de constitution de la nouvelle Internationale.

En participant à Zimmerwald, où ils acceptent le compromis, tout en maintenant leur indépendance politique et organisationnelle (projet de manifeste de la gauche de Zimmerwald), les marxistes révolutionnaires fondent leur tactique sur l'évolution de l'expérience pratique des masses et se donnent les moyens d'intervenir pour amener les masses à faire l'expérience de la justesse de leur tactique. C’est donc en partie, à partir d’un conglomérat éclectique que se construit l’Internationale.

Mais la victoire de la révolution russe bouleverse les données du problème tactique : en réalisant pratiquement la tactique internationale préconisée depuis 1914, les Bolchéviks jettent les bases objectives de construction de l’Internationale. C'est aussi autour d’un parti national que se construira l’Internationale.

C METHODE DE CONSTRUCTION DE LA QUATRIEME IN- TERNATIONALE

A) DE 1923 À 1933

Trotsky et l'opposition de gauche luttent au sein de l’Internationale communiste pour son redressement.

Les clivages politiques qui président à la formation de la fraction opposition de gauche au sein de l’I.C. tournent autour de trois axes :

— La politique de la direction du Parti Bolchévik en U.R:S.S. — Le comité anglo-russe (1926). — La deuxième révolution chinoise

qui reviennent, sur le plan théorique, à une seule et même ques-

tion : la lutte pour la révolution permanente contre la théorie du socialisme dans un seul pays.

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B) LE TOURNANT DE 1933 (Vers la IV° INTERNATIONALE)

est révélateur de la méthodologie de Trotsky. L'Internationale communiste a fait faillite devant Hitler : il s'agit là d’une expérience historique qui, en tant que telle, peut être comprise par de larges fractions du prolétariat international. Avant 1933, on voyait s'accumuler les signes de dégénérescence. Après 1933, il y a mutation : le processus de dégénérescence est achevé, dans la mesure même où l’avalisation par l’I.C. de l'échec du P.C. allemand rend public, pour le prolétariat, le rejet de la stratégie révolutionnaire par Staline.

Cette méthode est correcte, dans la mesure même où elle lie l'organisation révolutionnaire aux possibilités de prise de conscience des travailleurs : on ne proclame une nouvelle organisation que quand la preuve a été faite dans la pratique de la faillite des anciennes. Dans cette mesure aussi la nécessité historique d'une nouvelle Internationale était démontrée.

Mais une organisation révolutionnaire ne répond pas seulement à une nécessité historique à long terme (ce qu'elle fait en usant du marxisme pour rendre les masses conscientes du processus historique global).

Elle doit répondre aussi à un besoin historique à moyen terme : être l'instrument de la lutte révolutionnaire dans les conditions d'une époque déterminée (ces conditions étant principalement le rapport des forces entre les classes et le niveau de conscience des masses).

Trotsky avait parfaitement conscience de ce fait; il pensait que la période de «défense des acquis théoriques » serait une brève période. :

En 1938, Trotsky, cité par Deutscher, t. 3, pp. 567-568, écrit :

« Désormais les tâches d'un mouvement de masse confrontent la IV* Internationale à (...)

» Les masses, que la guerre poussera à l'indignation et au désespoir complet, ne trouveront aucune autre direction que celle que la IV° Internationale leur offre. (.….) Au cours des dix années à venir, le programme de la IV° Internationale emportera l'adhésion de millions de gens (..)» (Trotsky)

Il pensait que la guerre était inévitable,

que cette guerre, même si elle naïssait sous la forme d’un conflit inter-impérialiste, prendrait vite la forme d’une agression générale du capitalisme contre l’U.R.S.S.

que sonnerait l'heure de vérité pour l'URSS. (la bureaucratie se diviserait en deux tendances, l’une pro-capitaliste, l'autre se tournant vers le prolétariat) et pour les partis traditionnels, qui sombreraient tous, P.C. inclus, dans le social-patriotisme.

La place était dès lors libre pour la minorité que regroupait la IV* Internationale.

Le programme de transition a été rédigé pour armer les « nouveaux zimmerwaldiens » en vue de l'action de masse,

er implique que Trotsky pensait que la nouvelle Internationale

— naîtrait dans l’action de masse ; — qu'elle regrouperait donc des gens et des organisations qui au départ seraient d'accord sur une plateforme minimum :

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— Internationalisme conséquent (refus du social-patriotisme) ;

— Lutte révolutionnaire contre la bureaucratie stalinienne ;

— Lutte pour une action de masse révolutionnaire (programme de transition) ;

— Coordination internationale des efforts.

Nous sommes bien loin de la délimitation idéologique absolue conçue comme mode de construction de l’Internationale.

Il faut rappeler à ce propos que

Trotsky, entre 34 et 36, a fait un effort pour rassembler tous les courants hostiles à la II° et à la III° Internationale (déclaration des quatre, plateforme minimum).

Trotsky n’a pas lutté contre le centrisme en tant que catégorie politique, mais contre des organisations qui remettaient en cause un des points essentiels de la plateforme minima :

Exemples : le P.O.UM. qui accepte le Front populaire; le S.A.P. allemand, conciliateur avec la bureaucratie.

CONCLUSIONS

La réalité fut certes plus complexe que les schémas arides que nous avons tracé. Leur objet était de montrer dans quels termes furent formulées certaines tactiques de construction de l'Internationale, Leur transposition mécanique aux problèmes de l'internationalisme de la LIGUE ne manquerait pas de tomber dans des pièges attendus :

— Dissocier une tactique particulière des conditions historiques dans lesquelles elle intervient. | — Théoriser abstraitement l'histoire concrète.

Il n'en reste pas moins que l'examen des exigences auxquelles se plient les principes les mieux enracinés devrait nous faire songer que toute tactique qui se résume dans l'affirmation : « Ou bien nous serons rejoints, ou bien nous rejoindrons », abolit au nom d’un avenir illisible l'intervention dans le processus qui permet de construire cet avenir.

Autour de quelques axes, synthétisant les traits fondamentaux de la période, pouvaient s'opérer les remaniements politiques et organisationnels les plus adéquats. Leur pertinence stratégique était fondée à la fois sur le degré de conscience des masses et la réponse aux nécessités objectives.

Ainsi, pouvaient être conciliées les exigences contradictoires où se noue la dialectique réelle des rapports avant-garde-masse : entre programme et actions de masse.

III. INTERNATIONALISME ET INTERNATIONALE, AUJOUR- D'HUI

A. LES VRAIES QUESTIONS

a) L'internationalisme n'est pas un problème familial

La question de l’internationalisme de la Ligue et de sa sanction organisationnelle, n’est pas réductible aux nouveautés intro-

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duites après Mai, aux progrès que l’organisation devrait sanctionner pour elle-même. La question de l’internationalisme de la Ligue n’est pas un problème qu'elle doit résoudre dans la seule optique de sa propre survie et de son propre dépassement.

La portée des choix à faire engage plus que notre seule organisation ; car elle a d'emblée une signification et des conséquences internationales. De la façon dont la Ligue résoudra ce problème dépend en bonne partie la restructuration du champ des forces politiques à l'échelle internationale. Pour cette raison, nous récusons tout type d’argumentation relatif aux choix politiques que nous engageons, qui réduirait :

— sa signification politique à l'adoption d'un point de vue international :

« Sur le plan politique, dire que la lutte des classes est fondamentalement une réalité internationale, détermine un certain point de vue et une certaine démarche dans l'analyse : on ne peut par fournir une quelconque analyse de la situation politique en France, si on ne dispose pas, au préalable, d'une analyse fouillée de la situation politique à l'échelle internationale. C'est la compréhension du tout qui permet de comprendre la partie. Pratiquement cela signifie que les marxistes révolutionnaires doivent se fixer impérativement pour tâche (et se donner les moyens) de suivre les cours des luttes de classe à l'échelle internationale aussi Mgr titi qu'ils le font dans leur propre pays.» (Texte n° 2, p. 16.

— la signification de la sanction organisationnelle de l'internationalisme de la Ligue à l'adoption de bonnes structures pour garantir de bonnes pensées.

« Sur le plan de l'élaboration, un tel Parti, par sa structure même, appréhende la lutte des classes dans sa réalité internationale. » (Texte n° 2, p. 16.)

« Si nous continuons comme par le passé, si nous nous enga-

eons sur la voie de la construction d'une organisation nationale,

inévitablement, à terme, notre conscience et notre orientation politiques se trouverons déterminées par notre réalité organisationnelles : nous aborderons l’évolution des luttes de classe à l'échelle internationale du point de vue étriqué de nos préoccupations « françaises », ou, dans le meilleur des cas « européennes ». Le « point de vue national », dont l'impact a déjà produit dans nos rangs certaines « déviations », finira inévitablement par triompher.» (Texte n° 2, pp. 17-18.)

L'actualité du problème de l’internationalisme de la Ligue ne découle pas strictement de nécessités organisationnelles liées à notre développement. Elle découle des principes mêmes de l’internationalisme prolétarien, et doit être saisie au niveau de sa signification internationale.

b) Dépasser l’internationalisme de fait

1 — L'internationalisme prolétarien n'est pas une excrois-

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sance épisodique qui fleurit à l’occasion du déclenchement d'une lutte révolutionnaire ou de la visite d’un souverain étranger. Il n’est pas le prolongement naturel de toute lutte nationale ou l'aboutissement immédiat du combat contre sa propre bourgeoisie. L'internationalisme prolétarien est indissociable de sa signification stratégique.

2 — Si l’internationalisme prolétarien est «le reflet politique et théorique » du caractère mondial de l’économie, il n’est pas réductible à l’accomplissement de tâches de solidarité ponctuelle avec la lutte de tous les opprimés.

3 — Bien que Rouge ne se soit jamais abandonné à la simple répétition à domicile du combat de tous et de chacun, contre son propre ennemi, l'internationalisme de fait est une menace constante contre toute activité de solidarité internationale détachée de ses implications stratégiques. En effet :

4 — L'internationalisme de fait est une réduction de l'internationalisme prolétarien : il détache chaque lutte nationale de sa signification stratégique internationale et se borne à considérer tout combat radical comme son propre combat et à peupier la mythologie révolutionnaire de stratégies divergentes ou contradictoires. Ainsi, on peut soutenir indifféremment Castro et Mao sans tenir pour un non-sens la divergence de leur stratégie en Amérique latine. À se complaire dans l’internationalisme de fait, on risque de considérer l’ensemble des lignes de clivage qui traversent le mouvement ouvrier comme des divergences conjoncturelles provisoires ou secondaires au regard du caractère commun de l'ennemi à abattre. À refuser de choisir stratégie contre stratégie sous prétexte de soutenir tous les courants, on finit par les choisir tous et n’en soutenir effectivement aucun.

Rompre avec l’internationalisme de fait, c'est rompre avec l'indétermination dans les choix d'une stratégie révolutionnaire internationale.

c) COMMENT ? — Par l'élaboration d'une stratégie internationale

Pour dépasser l’internationalisme de fait, la bonne volonté ne suffit pas. Encore faut-il traduire sa compréhension de l'interdépendance objective des luttes révolutionnaires par l'élaboration d'un programme et d’une stratégie internationale qui sanctionnent le caractère pratique de cette compréhension.

S'il est vrai que la théorie de la Révolution permanente a une pertinence stratégique, encore faut-il comprendre les formes particulières qu’elle prend et traduire en termes de lutte pratique cette compréhension. Notre compréhension de la révolution coloniale ou de la révolution vietnamienne n'était pas dépourvue de pertinence stratégique, dès lors qu'elle traduisait en termes concrets (le C.V.N.) l'interaction politique des luttes vietnamiennes et françaises.

— Par l'intervention consciente dans la construction d’une Internationale. Pour dépasser la simple coexistence des militants

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révolutionnaires et des nouvelles avant-gardes, pour fixer le cadre organisé de leurs activités, la Ligue doit intervenir dans le champ politique de la lutte des classes internationales, et se donner les moyens organisationnels de cette intervention.

— En faisant de la construction de l’Internationale une tâche actuelle et permanente.

— En déterminant les axes politiques autour desquels les premiers regroupements peuvent se constituer et les délimitations organisationnelles dans lesquels ils peuvent s’opérer.

— En pensant les modalités pratiques de sa construction.

— En entreprenant le dépassement politique de la juxtaposition des actions de masse et en se donnant les moyens de les coordonner.

— Par le dépassement théorique et pratique des repères idéologiques actuels.

B. L'ENJEU DU DEBAT

Par souci de ne pas voir le problème escamoté, le texte de la majorité du secrétariat de rédaction paru dans le texte n° 2, présentait en ces termes le cadre de la discussion sur l’Internationale :

«(...) En bref, le texte doit comporter une analyse de la structure politique de la nouvelle avant-garde qui se constitue à l'échelle internationale et la définition d'une tactique de construction de l’Internationale Révolutionnaire de masse. C'est dans ce cadre (et ce cadre seulement) que se pose le problème du statut d’observateur à la IV° Internationale et d’une façon générale, les rapports de notre courant avec les divers courants internationaux.» (Texte n° 2, p. 18.)

Méme si l'ensemble du texte était par aïlleurs consacré à nous démontrer que pour ne pas avoir de mauvaises pensées nationalistes il suffisait d'avoir une bonne organisation internationale, on pouvait être d'accord avec le projet présenté, malgré son caractère restrictif.

Aussi est-on surpris à la lecture du texte 18 de voir les problèmes de tactique de construction de l’Internationale résumés dans la déclaration de principe suivante :

« Quelle sera la place future de la IV° Internationale dans le processus ? Y aura-t-il un développement linéaire lui permettant de devenir cette Internationale de masse ou bien y aura-t-il jonction avec d'autres mouvements révolutionnaires ? Personne ne peut raisonnablement répondre à cette question. »

Il est évident qu’à une question ainsi formulée, il est impossible de répondre. Mais elle dissimule un escamotage : celui précisément de la tactique de construction de l’Internationale, abandonnée au libre jeu des aléas de l'histoire.

Ainsi les deux questions posées à POHEDS ont disparu. La discussion n’a pas commencé à leur sujet. En dépit des précautions méthodologiques, le débat tourne à vide : du texte n° 2, qui réduit les tâches politiques découlant de l’internationalisme prolétarien à des tâches d'analyse, au texte n° 18, qui met en évi-

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dence à quel niveau la question de l'organisation devient déterminante, l'escamotage demeure.

Mais entre le texte 2 et le texte 18, une modification intervient : on passe du projet de statut d’observateur à une proposition d'adhésion.

Bref, le débat n’a pas dépassé son niveau initial : pour ou contre la IV*° Internationale.

Il est bien évident que les camarades ne peuvent pas répondre à une question ainsi posée et que les décisions de congrès se substitueront à un débat qui n’a pas eu lieu.

Ce qui aujourd’hui pour les camarades de la majorité du secrétariat de rédaction justifie l'adhésion à la IV° Internationale, ce n’est rien d'autre que les considérations méthodologiques par lesquelles ils voulaient introduire le débat, en proposant de le sanctionner par un statut d'observateur.

Disons-le clairement, si les textes de la majorité restent silencieux sur la tactique de construction de l’Internationale, ce n'est pas seulement par empirisme : c'est que cette tactique s'exprime précisément dans la volonté de voir Rouge adhérer à la IVe Internationale et dans les modalités choisies pour obtenir cette adhésion.

Si nous refusons aujourd'hui d'adhérer à la IV° Internationale, c'est précisément :

1. parce que nous sommes en désaccord avec cette tactique de construction de l’Internationale ;

2. parce que ce désaccord recoupe une analyse différente du rôle historique de la IV° Internationale, de Rouge et des nouvelles avant-gardes.

Ce sont ces points de désaccord que nous allons essayer très sommairement de mettre en évidence.

C. LE PROBLEME DE L'ORGANISATION INTERNATIONALE a) Répondre en termes de stratégie et d'organisation

1) Les questions déterminantes dans l'élaboration d’une stratégie internationale ne jaillissent pas de notre tête : elles naissent des lignes de rupture qu’introduit l’histoire réelle, des contradictions concrètes à travers lesquelles se manifestent aujourd'hui la crise de l'impérialisme et du stalinisme. Pour dépasser la simple accumulation journalistique qui place l’histoire concrète sous le signe de l’histoire éternelle, pour dépasser la simple analyse en chambre, pour l’éprouver dans une stratégie et une tactique et la synthétiser dans un programme révolutionnaire, on ne peut s'en remettre au témoignage du théoricien neutre.

Si ces questions sont déterminantes, si elles naissent directement des affrontements de classes à l'échelle internationale, les réponses qu’on leur apporte ne sont pas indépendantes des mouvements qui les expérimentent. Les analyses antérieures, pour ne pas vitrifier le cours de l’histoire ne peuvent être maintenues durablement sans liaison avec les luttes réelles. Les programmes révolutionnaires réduits à de simples textes idéologiques généraux peuvent guider l’action révolutionnaire : pour

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dépasser l'impressionisme des analyses qui introduit la dialectique comme dialectique des sentiments contradictoires, et qui réduit rapidement la compréhension des luttes de classes actuelles à de simples repères idéologiques sans rapport direct avec les luttes menées, le marxisme comme analyse concrète d’une situation concrète doit se traduire sous la forme d'une stratégie et d'une tactique : d'un programme d'action pour les masses révolutionnaires, synthétisant les traits fondamentaux de la période historique. La tâche de construction d'une avant-garde révolutionnaire n’est pas dissociable de cette élaboration stratégique.

L'internationalisme n’est pas une simple prise de position sur tous les problèmes actuels : engagé dans l’histoire actuelle pour la modifier, un militant révolutionnaire n’est pas pour autant un écrivain. engagé. La lutte politique n'est pas le simple affrontement d'analyses politiques : elle est au plus haut niveau une lutte d'organisations. Si la réponse aux questions déterminantes pour la présente période n’est pas indépendante des mouvements qui les expérimentent, choisir une organisation, ce n'est pas choisir une analyse de la situation mondiale contre une autre, c'est choisir l'organisation qui éprouve le mieux cette analyse, et qui, à travers cette épreuve est le mieux à même de traduire les intérêts historiques du prolétariat.

Aujourd’hui, déterminer une stratégie révolutionnaire, c'est choisir les formes d'organisation les mieux aptes à les éprouver.

Inversement, dépasser la simple coordination des luttes pour assurer leur interdépendance, c’est choisir l'organisation la mieux apte à traduire cette interdépendance en termes de stratégie.

b) Choisir l’organisation ou la construire.

Mais le choix d'une organisation n’est pas un choix entre le présent et le futur : choisir une organisation existante, plutôt qu'une organisation future. Pour ne pas se transformer en simple casuistique ou sombrer dans les jeux de mots, la discussion doit porter sur la tactique de construction de l'organisation révolutionnaire. Le choix d'une organisation n’est pas indépendant de la tactique de sa construction. L'alternative n'est pas : ou rejoindre les forces existantes ou attendre les regroupements futurs. Ainsi posé le problème n’admet qu’une seule réponse : le réalisme commande de choisir ce qui existe contre ce qui n'existe pas. Pour boucler le raisonnement, il suffit d’aligner les affirmations suivantes : l'organisation la meilleure est celle qui fait les analyses les meilleures ; choisir l’organisation qui puisse élaborer une stratégie internationale, c'est choisir une organisation internationale (cf. Lénine et le Parti Bolchévik); choisir une organisation internationale, c'est choisir parmi celles qui existent aujourd'hui. Donc adhérons à la IV° Internationale.

A ce petit jeu, ce que l’on efface c'est la tactique de construction de l’Internationale réduite au problème de l'adhésion à la IV* Internationale. Ce que l'on fait disparaître derrière les dissertations sur « la - question - de - l'organisation - qui - à - terme devient - déterminante - dans - la - détermination - d’une - conscience - internationaliste » ce sont les questions suivantes :

Dans quelle tactique de construction de l’Internationale s’insère notre adhésion à la IV* Internationale.

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— Quels sont les effets pratiques de notre adhésion, non pas tant sur le renforcement de la IV° Internationale, mais sur la Festreeurahion des forces révolutionnaires à l'échelle internationale.

— En quoi cette tactique de construction de l’Internationale réalise-t-elle la fusion programme-action de masse. En quoi cette tactique s’appuie-t-elle sur les traits fondamentaux de la période, en délimite-t-elle les axes stratégiquement pertinents ?

La tactique de construction d'une organisation n'est pas dissociable de la stratégie révolutionnaire elle-même.

Des conditions de l'Internationale dépendent les possibilités d'élaboration stratégique expérimentée par l'action de masse. C'est sur ce terrain qu'il aurait fallu porter la discussion.

La reconnaissance de la filiation historique de la IV° Internationale et de la Ligue ne signifie pas que le problème de son adhésion se résolve en termes de droit de paternité. Assumer la continuité historique qui nous unit à la IV° Internationale et l'analogie des programmes et des perspectives, ne signifie pas que cette continuité doive être assumée dans le cadre de la IV° Internationale. Assurer le dépassement de l’internationalisme de fait aujourd’hui, ne coïncide pas forcément avec un retour aux origines après un détour long mais provisoire par une organisation dépassant le strict cadre de la IV* Internationale.

De plus, la discussion sur la filiation historique ne doit pas tenir lieu de discussion sur la stratégie révolutionnaire. Même pour Staline, l’organisation ne décide pas de tout quand la ligne n'est pas fixée. Faute d’avoir eu lieu, la discussion sur l’internationalisme se transforme en ultimatum : la lecture individuelle par les militants de l'organisation des textes de congrès mondiaux ne saurait tenir lieu de débat sur les problèmes qu'ils soulèvent.

Et pour dire les choses clairement : demander l'adhésion à la veille d'un congrès mondial qui doit marquer un tournant dans l'orientation de la IV° Internationale, c'est demander de signer un blanc-seing sur une ligne politique non discutée : c'est galvauder le principe même de l’internationalisme.

2) La période historique et les nouvelles avant-gardes.

La période historique peut être comprise comme une période de crise conjointe de l'impérialisme et du stalinisme, comme la période d’une montée rapide et généralisée des luttes révolutionnaires à l'échelle mondiale, et d’une accélération parallèle de la crise du stalinisme : c’est-à-dire, comme la période, d'une part, du développement simultané des luttes révolutionnaires dans «les trois secteurs » et, d'autre part, de l'éclatement du système international stalinien, de la réduction de son hégémonie sur la classe ouvrière des pays capitalistes, etc. Dans ce cadre, l'évolution des années récentes révèle un double phénomène : d'une part, le dépassement de la IV° Internationale ne s’est pas entièrement réalisé au sein de la IV* Internationale elle-même ; d'autre

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part, ce dépassement ne s'est pas opéré sans la IV° Internationale. Explicitons rapidement ce double phénomène :

A. LES NOUVELLES AVANT-GARDES

Le dépassement de la IV* Internationale ne s’est pas fait dans le strict cadre de la IV* Internationale, c'est-à-dire, la fusion théorique et pratique, l'union programme-action de masse, ne s'est pas entièrement réalisé au sein de l'organisation IVe Internationale. En effet, il y a aujourd’hui, dans le monde, de nombreuses organisations qui (tout en étant distinctes sur le plan organisationnel) reprennent à leur compte les acquis essentiels du marxisme révolutionnaire et les actualisent, fusionnant théorie et pratique. Il s’agit d'organisations telles que : une fraction de la Zengakuren au Japon, Accion Communista, et Bandera Roja en Espagne, Black Dwarf en Angleterre, l'E.L.N. au Pérou, etc.

La constitution de ces organisations fait partie de ce phénomène général improprement appelé : «les Nouvelles Avant- Gardes ».

De la montée des luttes à l'échelle mondiale, de la crise conjointe de l'impérialisme et du stalinisme, sont nées des formes d'organisations nouvelles correspondant au développement et à la nature des nouvelles luttes : elles affirment à la fois une réelle originalité et une grande dépendance. Liées à la période d’effritement du stalinisme, elles expriment violemment leur spécificité en ce qu’elles s'efforcent de retrouver les lois du marxisme, mais de façon empirique : de ce fait, elles peuvent souvent s'émietter ou se morceler.

a) Les nouvelles formes d'organisation

Quand le mouvement ici décrit parvient à se cristalliser en formes d'organisations plus précises, sa cristallisation s'opère selon trois types de détermination :

— Ou bien se constituent des groupes autour des courants fondamentaux du mouvement ouvrier : en particulier, en s’efforçant d'organiser la fraction la plus consciente du mouvement étudiant, les trotskystes, en Allemagne et en Angleterre par exemple, tendent à réaliser avec eux des regroupements plus structurés et plus homogènes.

— Ou bien les lignes de clivage sont directement extraites de la situation locale et des pratiques politiques quotidiennes (fragmentation sur une base locale des mouvements allemands et italiens). Les délimitations politiques s'opèrent autour des problèmes nationaux fondamentaux : la plupart des groupes espagnols se délimitent ainsi.

— Ou bien en fait se constituent des groupes politiques affirmant leur autonomie idéologique, et déterminant journellement leur ligne politique.

b) Les organisations sœurs de Rouge

Les limites de ces «nouvelles avant-gardes » sont évidentes :

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mais, parmi elles, il existe des organisations sœurs de Rouge, celles dont nous parlions plus haut, ayant la même base programmatique, ou une base programmatique proche de la nôtre. Ce sont évidemment celles-là qui sont décisives. Certaines d’entre elles se réclament directement du trotskysme et entretiennent des liens directs avec la IV° Internationale. D’autres reposent sur des délimitations identiques aux nôtres et sont déjà constituées (telle que, par exemple, une fraction de la Zengakuren). D'autres, enfin, sont en cours de cristallisation (Was Tun en Allemagne).

Rouge est évidemment une des organisations qui représente au mieux ce phénomène des nouvelles avant-gardes, fusionnant théorie et pratique : du fait, d'une part, de ses bases programmatiques ; du fait, d'autre part, de son rapport aux luttes de masse en France, du fait de son rôle en mai et juin 1968.

Dans de nombreux cas, dans ces organisations (ou dans d’autres équivalentes), la IV*° Internationale est présente, soit sur le

lan programmatique, soit par l'intervention de ses militatns, soit es deux à la fois (ce fait, encore une fois, n'implique pas nécessairement une identité organisationnelle). Cela signifie que si le dépassement de la IV° Internationale ne s'est pas fait dans son strict cadre organisé, il ne s'est pas opéré sans la IV*° Internutionale, sans l'intervention effective de cette organisation ou des thèses politiques proches de celles sur lesquelles elle est constituée (révolution permanente, révolution coloniale, compréhension du stalinisme...).

La question est alors la suivante : quelle est la signification historique de ce double phénomène ? Rouge, dans son statut actuel, est-il une «erreur historique » ? Ses rapports avec la IV° Internationale reflètent-ils une simple «anormalité historique », un simple « détour »? Nous pensons que ce double phénomène a une signification autre qu'anecdotique ; qu'il a une signification profonde, liée à la période historique : il indique le surgissement d'organisations qui fusionnent théorie et pratique, l'apparition de nouvelles solutions au problème de la dichotomie programmeaction de masse, organisations qui répondent à de nouvelles délimitations politiques. C'est dans ce cadre qu'il faut comprendre la nature de la IV° Internationale, ce qu'a été son rôle historique, ce qu'il est aujourd’hui.

B. LA IV* INTERNATIONALE

Il ne nous est pas possible ici de faire une réelle analyse politique de l’organisation IV° Internationale : cela impliquerait de trop longs développements. D'ailleurs, les camarades de la tendance majoritaire, qui parlent d'adhésion, n’ont produit cette analyse, pourtant indispensable, dans aucun de leurs textes.

Contentons-nous d'indiquer les appréciations qu’on peut porter sur cette organisation, la compréhension qu'on peut avoir de sa nature, historiquement déterminée. En effet, nous ne croyons pas qu'une organisation, quelle qu’elle soit, puisse échapper aux lois du matérialisme historique : il n’est pas possible de comprendre une organisation, sans en référer à son passé. De ce point de vue, les conditions particulières, concrètes, dans lesquelles est née la IV° Internationale, déterminent dans une bonne mesure sa nature politique ultérieure.

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La IVe Internationale a assumé, dans une certaine mesure, une tâche historique : éviter que se perde l'acquis du marxisme révolutionnaire et dresser une organisation internationale face au stalinisme organisé internationalement. Mais, par ailleurs, cette même organisation s’est trouvée prise, pratiquement dès sa création, dans la période de reflux généralisé et profond du mouvement révolutionnaire à l'échelle mondiale. La fin de la deuxième guerre mondiale ne devait pas entraîner la percée attendue et la IV: Internationale devait retomber dans son isolement, entre un capitalisme en expansion et un stalinisme unifié et hégémonique.

Cette histoire, trop rapidement résumée, est manifestement caractérisée par la lutte à «contre courant » du mouvement de masse. Et une telle lutte n’a pu que marquer très fortement la nature politique de l’organisation considérée. La perspective qui était celle de Trotsky en 1938 était fausse dans une certaine mesure (notamment en ce qui concerne le rapport des masses avec les organisations traditionnelles). Ne pas avoir fait en 1945 le nécessaire bilan critique a renforcé une conception mystique de l'Internationale-programme. Cela a déterminé : — des illusions lyriques sur la possibilité de conquérir les masses (mot d'ordre du deuxième congrès mondial) — une appréciation des organisations traditionnelles, zigzaguant entre la sous-estimation et la surestimation — enfin, l'écartèlement de la dichotomie entre programme et action de masse, qui, dans de nombreux textes de la IV° Internationale aboutit à une véritable antinomie programmeaction de masse. Cette antinomie n'est souvent résolue qu'au niveau, soit de la connaissance absolue (nous possédons la juste méthode d'analyse), soit du fatalisme historique (fusion programme-masse lors de la crise révolutionnaire de demain). L’entrisme est, entre autre chose, l'expression politique de cette dichotomie programme-action de masse.

Dans le même temps, la conscience, de la part de la IV° Internationale elle-même, du nécessaire dépassement de son strict cadre organisationnel, lui permettra d'intervenir, quelque fois avec retard, et souvent contre l'entrisme (Italie), dans les secteurs d'avant-garde qui se dessinaient. Ce dépassement introduit par l'histoire réelle, n’est pas un incident de parcours : il implique que si la IV° Internationale n’a pas achevé sa mission historique, elle ne peut plus espérer l’accomplir par son seul développement. La rupture pratique avec le stalinisme s’est fait en dehors de la IV*° Internationale ; mais, en même temps, pour être complétée, elle doit être assumée consciemment, ce qui suppose acquise l’histoire du mouvement ouvrier de ces dernières années. D'où, encore une fois, la dualité des organisations à l'échelle internationale, dualité qui doit être comprise, non point comme une simple «anomalie », mais bien comme répondant à des nécessités historiques. Si le champ politique de l'extrême-gauche à l'échelle internationale est structuré par les organisations qui le composent, il l'est avant tout, aujourd’hui, par cette dualité : d’une part, le pôle de la IV° Internationale, et d'autre part, la trame des organisations sœurs de Rouge.

… Pour constituer aujourd’hui l’Internationale révolutionnaire, il faut le faire sur les nouvelles lignes de clivage politiques, telles que la lutte de certaines organisations de la IV* Internationale et

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de celles qui en sont proches, les ont introduites dans l’histoire concrète. Ce nécessaire dépassement théorique et pratique, lié à l'expérience du mouvement de masse, lié au développement des nouvelles avant-gardes, doit pouvoir : — accélérer leur maturation sans rompre avec elles — trouver le lieu organisé où s'opère ce dépassement.

3) QUE FAIRE ? À) Introduction

Ce que nous nous sommes efforcés de montrer au cours de ce texte se laisse réduire à un nombre limité d’affirmations. Si nous avons pris le temps et la place de les développer, c'est que d'elles découlent les axes fondamentaux de notre intervention.

a) La tâche de construction d’une Internationale révolutionnaire est une tâche permanente. Sa nécessité s'enracine dans le mode de production capitaliste lui-même qui exige :

— que soit assurée l’interdépendance stratégique des luttes révolutionnaires ;

— que la révolution prolétarienne soït un processus permanent traduisant la volonté d'étendre internationalement la révolution, de ne pas la laisser s’'abandonner aux limites prétendument privilégiées d'un Etat ouvrier constitué ;

— que l'indépendance de classe du prolétariat soit réalisée par le dépassement pratique des limites imposées par l'Etat national.

Ce qui suppose :

— que sa conscience internationaliste soit introduite du dehors par l'organisation d'avant-garde ;

— que l’organisation révolutionnaire se constitue par son programme et sa stratégie en détachement de l’armée internationale du prolétariat ;

— que cette volonté s’actualise dans une tactique de construction d’une Internationale communiste. È

b) la tactique de construction d’une Internationale révolutionnaire ne s'épuise pas dans la simple adhésion à un regroupement des forces révolutionnaires déjà constituées à l'échelle internationale.

Elle doit reposer sur la volonté de concilier l'intransigeance des principes avec le mouvement réel. Ce qui suppose :

— que les regroupements des forces révolutionnaires se fassent autour d'axes stratégiques pertinents pour la période historique considérée et non sur des références théoriques qui, quelle que puisse être leur actualité pratique, ne constitutent pas en tant que telles le programme d'action des forces révolutionnaires ;

— que les formes d'organisation dans lesquelles s’actualise à un moment donné la construction de l’Internationale premettent de fusionner jusqu'à un certain point programme et action de masse, fusion par laquelle se réalise la dialectique réelle des rap-

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ports avant-garde-masse; fusion qui s'opère pour amener les masses à travers leur propre expérience pratique et leur propre lutte révolutionnaire à la claire conscience de leurs intérêts historiques ;

— que les formes d'organisation dans lesquelles s'actualise la construction de l’Internationale ne sont pas réductibles à la simple existence d'une miniature d’Internationale se constituant par élargissements successifs et répétition constante du modèle d’Internationale à construire.

c) Aujourd'hui, deux tactiques de construction de l'Internationale semblent possibles :

— ou bien abandonner l'évolution des nouvelles avant-gardes à l'empirisme de leurs déterminations, aux limites liées à leur origine, ainsi qu'aux conditions historiques dans lesquelles elles agissent le soin de décider quelle stratégie internationale et quels regroupements internationaux seront possibles. Cette attitude ne peut qu'entretenir la confusion en abandonnant ces organisations à leur pure coexistence pratique (signalons que personne dans l’organisation ne défend ce point de vue);

__ ou bien adhérer à la IV* Internationale en considérant que le phénomène des nouvelles avant-gardes est fugitif et que l'indépendance actuelle de celles-ci est le signe, ou bien d'une ruse de l'histoire contre la IV° Internationale, ou d'une évolution entraînant, à terme, entre elles et nous, un affrontement obligatoire : ligne de classe contre ligne de classe. Cela revient aussi à considérer que l'indépendance de ces groupes est conjoncturelle et sans fondement : sans relations profondes et durables avec l'histoire actuelle et la place contradictoire de la IV° Internationale dans cette histoire. Dans une telle conception, la IVe Internationale est alors le seul lieu du dépassement pratique de la dispersion actuelle des forces révolutionnaires constituées sur des bases politiques proches de celles de la IV* Internationale.

Une telle adhésion a aussi le sens suivant : adhérer à la IV° Internationale pour forcer les organisations sœurs à s'en rapprocher et, ainsi, faire intervenir comme ligne de rupture avec elles, non les axes stratégiques pertinents aujourd'hui, maïs bien les particularismes idéologiques et organisationnels de la IV° Internationale. En bref, cela revient à réduire l'intervention de Rouge dans le champ des forces politiques à l'échelle internationale à une adhésion, qui ne fait intervenir dans notre organisation aucun débat sur la ligne politique ou la tactique de construction de l'Internationale, pour reproduire ensuite la même opération à l'échelle mondiale.

C'est cette adhésion que nous refusons aujourd'hui.

d) Nos rapports avec la IV° Internationale

Nous refusons le statut d’observateur à la IV° Internationale, conçu comme un statut tactique, détaché de ses bases politiques. Lorsque l'un d’entre nous (d'autres furent peut-être plus clairvoyants) votait en août le texte sur l'Internationale, nous

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étions loin de lui donner la signification tactique qui lui a été attribuée par la suite.

Cette signification tactique a été confirmée par un certain nombre de facteurs :

— une politique de fait accompli, transformant sans qu'aucun élément du débat ne le justifie, le statut initialement prévu en projet pur et simple d'adhésion ;

— la sanction organisationnelle, le préalable d'une fusion de fait avec la Quatre.

Deux significations pouvaient être données au statut d'observateur :

— ou bien, c'est l'adhésion moins la connaissance (il faut informer les militants). Cette caution tranquillisante donnée à l’attentisme éventuel des militants pouvait ainsi se transformer peu à peu en retour aux sources : l'adhésion à la IV°, détachée de ses bases politiques et justifiée par la nécessité des structures qui internationalisent la conscience des militants ;

— ou bien, c'est un statut de principe reposant sur une identité de projet, mais une différence de nature entre la Quatre et nous, fondée non pas sur une incompatibilité congénitale, mais sur une différence de place dans lé champ des forces politiques, différence qui ne peut être résorbée par une adhésion formelle. C’est d’un tel statut que le Congrès pourrait raisonnablement discuter.

e) La Conférence internationale des groupes révolutionnaires

Pour prendre l'offensive, pour contribuer aujourd’hui au regroupement des forces révolutionnaires, Rouge doit prendre l'initiative de proposer une conférence internationale des organisations révolutionnaires, regroupant les organisations constituées sur des bases programmatiques identiques ou proches de celles de notre organisation (les bases politiques précises restent à déterminer). Cette proposition se fonde sur les principes suivants :

— contribuer aujourd’hui à la maturation des nouvelles avantgardes, jouer un rôle dans le processus de leur cristallisation en organisations distinctes du mouvement où elles prennent naïissance. Cela suppose que ne soit pas fait de concession à leur développement spontané, et que la clarté dans les principes politiques s'accompagne de clarté dans les principes organisationnels. Le projet d’une nouvelle Conférence de Bruxelles, amalgamant le SDS. les jeunesses du P.S.LU.P. et les J.GS., est aujourd'hui dépassé ;

— cette conférence doit intervenir dans le camp politique tel qu'il est structuré aujourd'hui à l'échelle internationale pour dépasser sans les abolir les repères idéologiques traditionnels, pour que soit assuré pratiquement le dépassement, déjà en partie acquis dans les faits, de la IV° Internationale. Il s’agit de s’'engager résolument dans la voie de constitution d’une Internationale de masse, en opérant dès aujourd'hui les regroupements nécessaires et possibles, sans placer les organisations sœurs face à un dilemme dépourvu de signification : Quatre ou pas Quatre ?

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La détermination exhaustive des organisations participantes n'est pas indépendante des bases politiques à élaborer, tâche qui ne saurait être que celle de l’ensemble de l'organisation. Pour indiquer qu’à des titres divers ces organisations existent déjà, donnons, sans plus de précision, une liste provisoire et non exhaustive : Was tun ? (Allemagne), Black Dwarf (Angleterre), Accion communista (Espagne), fractions de la Zengakuren (Japon), J.GS. (Belgique), certaines organisations d'Amérique latine*. Cette conférence internationale devait engager le processus de fusion des organisations nationales existantes si elles sont aujourd’hui séparées sur le plan national, devant dégager les bases stratégi-

ues et tactiques de la constitution d’une Internationale révolutionnaire. Refuser de s'engager, c'est, au nom du réalisme politique, pratiquer l’attentisme, s'engager dans la voie de la préservation des organisations existantes, avouer qu'on abandonne à leur survie l'intervention de la Ligue dans la restructuration des forces révolutionnaires, c'est au nom de l'argument de méconnaissance (que sont ces groupes ?), adopter vis-à-vis d'eux le statut d'observateur tactique que l’on présentait par rapport à la IV* Internationale.

Nos rapports avec la IV* Internationale et leur sanction organisationnelle sur les bases indiquées plus haut dépendent pour nous de l'adoption par la Ligue de la proposition de la Conférence internationale.

NOTE POUR EVITER TOUT FAUX DEBAT

Pour une Conférence internationale révolutionnaire (Mouvement pour la nouvelle Internationale)

Le projet d’une Conférence internationale révolutionnaire n'est pas la reproduction à l'échelle internationale des conférences d'unité des révolutionnaires.

— elle n’a pas pour objet de définir des plateformes d'intervention, mais d’assurer la coordination et la centralisation minimum de l’action des forces révolutionnaires agissant dans tous les pays ;

— elle n’obéit pas aux mêmes lois de convocation : par exemple, s’il est vrai qu’à l'échelle nationale la fragmentation des maoïstes, l'indétermination de leur ligne politique rendent possible des accords d'unité d'action, et nécessaire l'intervention dans leur crise chronique (et que les conférences d'unité peuvent en être l'instrument), par contre, à l'échelle internationale, leur stratégie semble incompatible, y compris avec des accords de Front Uni;

— elle ne regroupe que des forces révolutionnaires susceptibles d'agir sur un programme commun et ne suppose pas que soit affirmée, au préalable, l'autonomie organisationnelle et politique de regroupements internationaux participants : elle ne suppose

12. Si le Congrès nous en laisse la possibilité, des textes sur ce sujet paraîtront ultérieurement.

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pas, par exemple, la filiation préalable de la Ligue à la IV° Internationale ;

— elle s'efforce de réaliser au plus haut niveau la fusion des groupes révolutionnaires participants.

La conférence internationale n'est pas un regroupement intermédiaire entre les nouvelles avant-gardes et les courants fondamentaux du mouvement ouvrier. Elle n’est pas la IV° Internationale 1/2, à mi-chemin entre le marxisme révolutionnaire et le centrisme. Sa cohésion ne repose pas sur la centralisation des idées justes et la préservation des acquis théoriques : elle allie l'intransigeance des principes à l’action de masse.

Elle n’est autre que le mouvement pour l’Internationale révolutionnaire de masse.

RIVIERE CREACH. Mars 1969.

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Table

AVERTISSEMENT ........:...:........4.4sessesesisssesses

PLAN DU TEXTE SUR L'INTERNATIONALISME ET L'IN- RER NAFONADEM 0 ee sem.

1. TEXTE DE LA TROISIEME TENDANCE : « POUR UNE CONSTRUCTION DU PARTI PAR UNE PRATIQUE DE MBSSES RE Re ee Te

2. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 17)

3. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES. CONS- TRUIRE L’INTERNATIONALE (Bulletin des Diffuseurs de ROUBEER MIO} eme ennemi

4. TEXTE DE LA TENDANCE MAJORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR L'ELECTION AU CONGRES. DE L'INTER- NATIONALISME À L'INTERNATIONALE (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 24); mere meseamasanes

5. TEXTE DE LA TENDANCE MINORITAIRE SOUMIS AU VOTE POUR LES ELECTIONS AU CONGRES (Bulletin des Diffuseurs de Rouge n° 28) ........................,.

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Achevé d'imprimer en avril 1969 pour le compte de François Maspero, éditeur sur les presses de l’Imprimerie Ch. Corlet, à 14 - Condé- Dépôt légal : 1 trimestre 1969 — N° d’Imprimeur : N° d’Editeur : 276 — 1* tirage : 10.000 exemple

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sur-Noireau

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François Maspero, éditeur 1, place Paul-Painlevé, Paris-V*

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