La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges, série classiques

Engels, Lénine, Trotsky : La commune de Paris

· Cahiers rouges, série classiques, n° 8, mars 1971 · 15 522 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Célébrer le centenaire de la Commune
  • Pour le 20e anniversaire de la Commune, F. Engels (1891)
  • Les enseignements de la Commune, Lénine (mars 1908)
  • A la mémoire de la Commune, Lénine (avril 1911)
  • Préface de Trotsky au livre de Thalès : "La Commune de Paris", leçon de la Commune (1921)
  • Chronologie sommaire de la Commune
  • Bibliographie élémentaire

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Classique «Rouge» N°8

V.I. Lénine, L. Trotsky

La Commune de Paris

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - 5° PARIS

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DANS LES LIVRES ROUGES

Renaissance du bolchevisme en U.RS.S. Mémoires d'un bolchevikléniniste

Ernest Manve, Contrôle ouvrier, conseils ouvriers, autogestion

Jacob Mongra, LE P.C.F, dans la question coloniale

JEDERMAN, La « bolchevisation » du P.CF.

DANS LES CAHIERS ROUGES

DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE

1. Eléments de théorie économique marxiste 2. La médecine confisquée 3. De la bureaucratie

4. K. MonzeLewskY, J. KURON : . . Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais

5. L'intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ?

Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale 6-7. I. Théorie et système d'organisation 89. II. De l'internationalisme à l'Internationale 10-11. III. Didlectique des secteurs d'intervention

12. Le deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant

13. Pédagogie et Crise de la Bourgeoisie

14. Vietnam, Laos, Cambodge, un même combat

15. Proche-Orient : De la résistance palestinienne à la révolution socialiste Spécial : « Le complot trotskyste» en Tchécoslovaquie

Nouvelle série internationale, N° 1 : U.R.S.S, et pays de l'Est, capitalisme ou socialisme ?

N° 2 : Réformisme militaire et lutte armée en Amérique latine SÉRIE « CLASSIQUES »

1. Léon Trotrsky, La révolution permanente en Russie

2. Léon Trorsky, Nature de l'Etat soviétique

3. Crosse en l'air. Le mouvement ouvrier et l'armée 1900/1914 4. Léon TRotsky, Classe ouvrière, parti et syndicat

5. L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV° Internationale (Programme de transition 1938).

6. L'ennemi est dans notre pays (l'anti-militarisme révolutionnaire après 1918)

7. Les leçons d'Octobre (Trotsky, 1921) SÉRIE « MARX OU CRÈVE »

1. Marxisme et petite-bourgeoisie 2. Denise AvENAs, Trotsky marxiste 3. « Lutte Ouvrière» et la révolution mondiale

Spécial supplément à Rouge n° 7476, André Marty, révolutionnaire.

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De quelle souplesse, de quelle initiative historique, de quelle faculté de sacrifice sont doués ces Parisiens ! Affamés et ruinés pendant six mois, par la trahison intérieure plus encore que par l'ennemi, ils se soulèvent sous les baïonnettes prussiennes comme s'il n'y avait jamais eu de guerre entre la France et l'Allemagne, comme si l'étranger n'était pas toujours aux portes de Paris ! L'histoire ne connaît pas encore d'exemple aussi grand! S'ils succombent, seul leur caractère «bon garçon» en sera cause. Il eût fallu marcher aussitôt sur Versailles après que Vinoy d'abord, et ensuite les éléments réactionnaires de la ne nationale parisienne eussent laissé le champ libre. Par scrupule de conscience, on laissa passer le moment favorable. On ne voulut pas commencer la guerre civile, comme si ce mischevious avorton de Thiers ne l'avait pas déjà commencée, en tentant de désarmer Paris. Deuxième faute : le Comité central résilia trop tôt ses fonctions pour faire place à la Commune. Encore par un trop grand scrupule « d'honneur »! Quoi qu'il en soit, l'insurrection parisienne, même si elle vient à être réduite par les loups, les cochons et les chiens de la vieille société, est le plus glorieux sy de notre parti depuis l'insurrection parisienne de Juin.

Karl Marx, (Lettre à Kugelman, 12 avril 1971).

Camarades, je dois, au nom du Conseil des Commissaires du Peuple, vous présenter un rapport sur son activité pendant les 2 mois et 15 jours qui se Sont écoulés depuis la création du pouvoir des Soviets et du gouvernement des Soviets de Russie. É

2 mois et 15 jours, c'est en tout et pour tout 5 jours de plus que la durée d'existence du pouvoir précédent des ouvriers sur tout un pays ou sur les exploiteurs et les capitalistes : le pouvoir des ouvriers parisiens à l’époque de la Commune de Paris en 1871.

C'est à ce pouvoir des ouvriers que nous devons penser avant tout en jetant un regard rétrospectif et en le comparant au pouvoir des Soviets constitué le 25 octobre. Cette comparaison entre la dictature du prolétariat d'alors et celle d'aujourd'hui nous montre tout de suite le pas de géant accompli par le mouvement ouvrier international et la situation infiniment plus favorable dans laquelle se trouve le pouvoir des Soviets en Russie, malgré les conditions incroyablement complexes, créées par la guerre et la ruine économique.

Après s'être maintenus 2 mois et 10 jours, les ouvriers parisiens qui avaient pour la première fois instauré la Commune, cet embryon du pouvoir des Soviets, ont péri, fusillés par l'équivalent français des cadets, des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires de droite, complices de Kalédine. C'est au prix de sacrifices inouïs que les ouvriers français ont fait la première expérience d'un gouvernement ouvrier, dont l'immense majorité des paysans français ne connaissaient ni le sens ni le but.

V.I. LÉNINE, Rapport sur l’activité du Conseil des Commissaires du Peuple au III: Congrès des Soviets de Russie — 11 janvier 1918).

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La révolution de novembre (1917) a été accomplie après que nous eûmes conquis l'écrasante majorité dans les Soviets d'Ouvriers et de Soldats de Saint-Pétersbourg, de Moscou, et en général dans tous les centres industriels du pays, et transformé les Soviets en organisations i: santes, dirigées par notre Parti. Chez les communards, il n'y eut rien de semblable. Enfin, nous avions derrière nous l'héroïque Commune de Paris, de l'effondrement de laquelle nous avions tiré cette déduction qu'il appartient aux révolutionnaires de prévoir les événements et de s'y préparer.

: Léon TRoTSkY, (Terrorisme et Communisme, 1920).

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Célébrer le centenaire de la Commune...

Le 18 mars 1871, six mois après la chute de l'Empire et alors que l'armée prussienne affame Paris, le gouvernement de la bourgeoisie française, incapable d'imposer sa domination et manquant désespérément de troupes sûres, abandonne la capitale à sa population en armes. 170000 gardes nationaux équipés et plusieurs milliers de canons assurent une base matérielle solide au nouveau pouvoir, le Comité Central de la Garde Nationale, qui occupe les ministères abandonnés. Ce pouvoir, en gestation depuis la fuite des brigands bonapartistes, est Mnoontestablement celui des ouvriers, des artisans, des petits bourgeois qui composent la très grande majorité de la Garde Nationale. Indécis et peu conscient de sa force, il part aussitôt à la recherche, non de la victoire militaire, mais de la légalité républicaine.

Le 28 mars seulement, la Commune de Paris est proclamée et s'installe à l'Hôtel de Ville. Elle va durer 72 jours avant que la bourgeoisie réarmée ne remporte sur elle, non une victoire électorale, mais une écrasante victoire militaire. En si peu de temps, la Commune n'a pu développer certes son programme et, cernée de toutes parts, poser les bases économiques de son pouvoir. Mais le peu qu’elle accomplit ne laisse aucun doute quant à sa nature de classe. Et la bourgeoisie française, en l'enfouissant Sous des milliers de cadavres, en fusillant, en torturant, en déportant les communards, montre bien qu'elle ne s'y est pe trompée : cette aube, quoique bien pâle, de la première République Prolétarienne, devait bouleverser le monde.

Et le 25 octobre 1917, sept mois après la chute du tsarisme, en pleine boucherie impérialiste, la classe ouvrière russe en armes, sous la direction du Parti Bolchevik, chasse le gouvernement bourgeois de Saint-Pétersbourg et, par une insurrection minutieusement (politiquement ET militairement) préparée, donne le pouvoir aux Soviets d'Ouvriers, de Paysans et de Soldats. Les Soviets, où les bolcheviks avaient conquis la majorité, sont les représentants puissants, implantés, des classes pauvres regroupées derrière la classe ouvrière. Les premières tâches du nouveau pouvoir — outre une guerre civile implacable de plus de trois ans contre la réaction internationale — sont de détruire les restes de l'Etat bourgeois et de jeter les bases d'un Etat de type nouveau incarnant la « dictature du prolétariat », puis de créer avec toutes ses ressources une internationale ouvrière de combat, la IIT° Internationale, le Parti Mondial de la Révolution.

1871-1917, c'est dans la différence entre ces deux gigantesques

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batailles de « la seule guerre juste de l'Histoire » que se trouvent les principales leçons de la Commune de Paris. Et les textes que nous publions dans ce recueil (mis à part celui d'Engels qui date de 1891 et que nous avons repris parce qu'il présente sur quelques pages denses une histoire succincte de l'insurrection parisienne) sont écrits dans cette optique.

Dans ses textes de 1908 et 1911, Lénine insiste d'une part sur la confusion entre le patriotisme et le socialisme qui fut à la base des idées de la Commune et sur le fait que, nantie des moyens de vaincre, la Commune ne sut pas les utiliser — d'autre part sur l'impréparation totale des journées de mars et de la guerre civile qui s'ensuivit, sur l'aspect « involontaire » (quant à sa direction du moins) de l'insurrection parisienne. Ce qui court en filigrane de ces textes, c'est ce que Trotsky développe dans la préface de 1921, riche alors de l'expérience d'octobre 1917 et de la guerre civile : l'absence d'un parti révolutionnaire implanté dans la classe ouvrière parisienne.

Mais nous savons aujourd'hui quel tort la bureaucratie stalinienne, s'emparant de l'Etat Soviétique, a fait au mouvement ouvrier. Dans le domaine de la théorie marxiste, quarante années de censures et de déformations systématiques nous ramènent au point où les notions les plus simples, les plus évidentes, doivent être rediscutées. Celles concernant la Commune n'échappent pas à la règle.

A) Qu'est-ce que la Commune de Paris ?

1) Sa nature de classe ne fait aucun doute. Certes, sa direction — aussi bien le Comité Central de la Garde Nationale que la Commune ellemême — apparaît comme un curieux mélange d'ouvriers, d'intellectuels et de petits bourgeois timorés, de héros et de fous, de patriotes et d'internationalistes, de modérés et d'extrémistes, qui ont presque tous comme point commun de ne posséder ni programme défini (le 1* mars la section de l'Internationale elle-même n'a pas de programme) ni volonté d'en avoir. Certes, la Garde Nationale n'est pas en majorité prolétarienne. Certes même, la classe ouvrière est-elle très faible numériquement et la «petite population parisienne» (celle qui élit et soutient la Commune) composée surtout de petits commerçants et d'artisans spécialisés. Le mot de « Commune » a une valeur un peu mythique qui réconcilie ceux qui y voient les réalisations les plus différentes, blanquistes, proudhoniens, jacobins, « romantiques », etc.

Mais les idées socialistes (et principalement les idées de la 1re Internationale) imprègnent l'atmosphère de Paris. Maïs la classe ouvrière, la plus active, la plus déterminée est celle qui mani feste depuis octobre pour la Commune; c'est elle qui fournit les bataillons les plus disciplinés de la Garde Nationale, c'est elle, les vingt ou trente mille hommes (sur 170000) qui se battront jusqu'au bout sur les fortifications : c'est elle qui est l'avantgarde, réelle — pas toujours consciente — du mouvement communal.

Et surtout, le programme de la Commune, celui qu’elle vote,

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celui qu'elle tente d'appliquer dans le peu de temps et avec le peu de moyens dont elle dispose, est un programme ouvrier : destruction de l'Etat bourgeois (abolition de la police et de l'armée permanente) mise en place d’un état de type nouveau (éligibilité et révocabilité de tous les fonctionnaires dont les salaires ne dépassent pas celui des ouvriers, extension du principe de la Garde Nationale...) laïicisation de l'Etat (séparation de l'Eglise et de l'Etat, confiscation des biens du clergé) internationalisme de fait (un hongrois et un allemand dans la Commune, un polonais à la tête des troupes commmunardes) mesures sociales diverses (instruction primaire et professionnelle, remise des loyers, blocage du prix de pain, interdiction de certains travaux de nuit...) et mesures relevant d'une modification du pouvoir économique (quelques attaques trop timides contre la Banque de France, mais surtout un arrêté remettant aux associations ouvrières les entreprises abandonnées par la bourgeoïsie en fuite.)..

Très empiriquement, nantie du pouvoir politique par l'intermédiaire de l'administration communale, la classe ouvrière entamait la transformation des rapports économiques qui est la base indispensable de toute révolution prolétarienne.

2) Mais de quelle façon ?

C'est une pusillanimité petite bourgeoise qui consiste à respecter les morts, à leur épargner toute critique, surtout quand ils sont poignants ou héroïques. Et ce n'est pas en tant que victimes que les communards doivent être honorés par les révolutionnaires, mais bien en tant que combattants, que leur combat doit être mesuré à sa juste valeur.

La lutte héroïque des ouvriers parisiens de 1871 se place, du début à la fin, sous le signe de la spontanéité révolutionnaire. Cette spontanéité a une cause : l'absence de tout parti implanté dans la classe. Elle a une conséquence : la défaite.

Et ce n'est pas là une opinion généralement bien admise.

Laissons de côté ceux qui, mêlant harmonieusement le respect de Karl Marx et la croyance au Père Noël, accusent le gouvernement bourgeois de n'avoir pas tenu sa parole, d'avoir menti, trahi, été indigne, et pensent qu'on pourrait faire une révolution pacifique si tous les hommes de gauche voulaient se donner la main... Une autre explication s'avère plus « intéressante » : la défaite de la Commune tient uniquement aux conditions historiques générales de l'époque. Outre que — si l'on considère que ce sont ces mêmes conditions historiques qui ont engendré la Commune — l'explication devient une tautologie (« il fera beau si le temps le permet »), il est à remarquer que la splendeur de cette « explication » (juste bien sûr, mais de façon totalement abstraite) tient à ce qu'elle n'engage strictement à rien : le prolétariat a été malade, mais maintenant il va mieux, les conditions ont changé, voyez mai 68, la prochaine fois sera la bonne, vous n'avez qu'à attendre...

Aucune ligne de démarcation ne passe entre les réformistes qui endorment la classe ouvrière avec la musique des urnes électorales et ceux qui prêchent la spontanéité des masses comme essence de la théorie révolutionnaire (Lénine : «le prolétariat est spontanément trade-unioniste »); la ligne se trouve entre ceux-là tous qui trahissent les intérêts historiques du mouvement ouvrier en l'abandonnant sans armes face à une bourgeoisie qui n'a rien

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de spontané, et les révolutionnaires capables, en premier lieu, de faire l'analyse concrète d'une situation concrète. Ce que faisait Marx, en écrivant (lettre à Kugelman, 17 avril 1871) :

« Il serait évidemment fort commode de faire l'histoire si l'on ne devait engager la lutte qu'« avec des chances infailliblement favorables. D'autre part, elle serait de nature fort mystique si les « hasards » n'y jouaient aucun rôle. Ces cas fortuits rentrent naturellement dans la marche générale de l'évolution et se trouvent compensés par d'autres cas fortuits. Mais l'accélération ou le ralentissement du mouvement dépendent beaucoup de semblables « hasards », parmi lesquels figure aussi le caractère des chefs appelés les premiers à conduire le mouvement.»

Quels sont les « chefs appelés les premiers à conduire le mouvement » ? Peu sont connus, à part Flourens, Varlin, Ranvier, et encore uniquement dans les quartiers prolétariens de Belleville et de Ménilmontant; les autres sont « jaillis du mouvement lui. même » et, l'opinion est générale, ne sont pas à la taille de leur rôle ; aucun, de toute façon, ne peut se prévaloir d'un parti organisé ou d'une implantation organisationnelle dans les masses parisiennes, encore moins d'un programme d'action à court terme. Le mouvement communal sera donc une succession d'actes irréfléchis, d'occasions manquées, de réponses spontanées, une défensive permanente et maladroite.

4 septembre : Paris insurgé s'est emparé de l'Assemblée Natiot nale et de l'Hôtel de Ville, mais se laisse voler la victoire par «une cabale d'avocats en quête de

places » (K.M.).

31 octobre : la Garde Nationale des quartiers prolétariens s'empare de l'Hôtel de Ville, y installe son propre gouvernement, puis négocie. et capitule en relâchant les futurs massacreurs de la Commune.

18 mars : Paris se vide de toutes les crapules, officielles ou pas. Thiers, qui se réfugie à Versailles, ne possède plus d'armée, il suffit à la Garde Nationale de le poursuivre pour l'exterminer. Mais la Garde reste dans Paris, son Comité Central s'empresse de proposer. des élections.

On pourrait poursuivre ainsi pendant longtemps : aucune réortes sérieuse de la Garde Nationale, aucune organisation de ñreté sur Paris, des fous ou des oventuriers placés à la tête des opérations militaires (Lullier, Cluseret), aucune tentative sérieuse de communiquer avec la province et d'y développer l'idée de Commune, et surtout le refus de toucher aux réserves métalliques de la Banque de France, ce qui aurait à la fois privé Thiers de toute possibilité financière, et donné à la Commune un «otage» beaucoup plus important que l'Archevêque de Paris.

Il est facile de faire l'Histoire avec des «si». La réponse à la question «La Commune pouvait-elle vaincre » relève, sous cete forme, de la divination plus que de l'analyse. Ce qui est, par contre, certain, c'est que la Commune pouvait avoir une autre fin que cet écrasement militaire rapide et définitif auquel l'a conduit la « spontanéité révolutionnaire des masses». L'existence de Communes dans les villes secondaires montre que le mouvement pow-

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vait s'étendre. Et surtout, l'opposition qui a été faite entre une Commune-représentant-la-classe-ouvrière et une Assemblée-Nationale-à-Versailles-représentant-la-paysannerie, est une grossière erreur. Pas plus qu'un ouvrier ne se reconnaît dans le Comité des Forges, un paysan pauvre ne se reconnaîtrait dans l'Assemblée des grands propriétaires terriens et des industriels qui siège à Ver- Sailles. Le paysan français, qui doit sa terre à 1789 (et qui pour cela, parce qu'il l'identifie à la Révolution, a soutenu Napoléon II1) a pour ennemis les grands propriétaires, les monarchistes, le pouvoir centralisateur, et il le sait. La Commune lui offre le contraire. Mais elle ne dispose ni du temps ni des moyens organisationnels de le faire.

Le prolétariat isolé ? Les circonstances historiques générales ? : la classe ouvrière a derrière elle, dans la Commune, les classes moyennes qui la soutiennent, et la paysannerie ne lui est pas, de pue abord, hostile (à moins que les gardes mobiles bretons illettrés arborant le Sacré-Cœur de Jésus ne soient pris pour l'ensemble de la paysannerie... Il est quand même significatif que, malgré ses appels, Thiers n'ait reçu aucune aide de la province, ni des villes ni des campagnes, et ait dû regrouper toutes les canailles bonapartistes plus les prisonniers libérés par Bismarck, pour se faire une armée). Alors ? Les classes supérieures ne peuvent plus nette comme avant, les classes Pre ne veulent plus l'être.

eule manque l'organisation capable de transformer cette crise révolutionnaire en révolution victorieuse.

B) Les deux leçons de la Commune

1) La première se résume ainsi : tout réformisme est impossible. Ce que la bourgeoisie internationale a été capable de faire depuis relativise considérablement le massacre des Communards, ct confirme par là même qu'il ne s'agissait pas d'une exception, d'une erreur de gouvernants débiles : elle a massacré depuis, elle massacrera encore, tant que le prolétariat ne sera pas capable de lui arracher le pouvoir des mains. De lui arracher et pas de lui reprendre, par les armes et pas par les votes, pour détruire l'Etat bourgeois et pas pour le réformer.

C'est ce qu'a fait la Commune : le 18 mars, Paris en armes résiste aux armes du gouvernement bourgeois et, lorsque celui-ci s'enfuit (provisoirement) jette les bases d'une nouvelle forme d'Etat. Empiriquement ? Certes, et la Commune sans programme révolutionnaire singe à la fois la Révolution de 1789 et le régime précédent ; elle recherche désespérément une légalité électorale alors qu'elle a besoin d'une victoire militaire, elle reprend les ministères bourgeois, elle se disperse, elle parle plus qu'elle n'agit. Soit. Mais elle ne réforme pas la machine d'Etat, en la « démocratisant » (et pour une cause évidente : la machine d'Etat n'est plus là, mais à des kilomètres et fait la guerre à Paris) elle la change : plus de police ni d'armée permanentes, éligibilité et révocabilité de tous les fonctionnaires, traitement fixé à un niveau minimum, armement du prolétariat. Cette leçon est si importante qu'elle amènera Karl Marx à modifier les termes du Manifeste Communiste et que Lénine en fera la base de son ouvrage sur l’« Etat et la Révolution ».

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Mais elle ne s'arrête pas là : l'Histoire de la Commune montre qu’en période révolutionnaire, alors que le pouvoir ouvrier se met peu à peu en place, le pouvoir bourgeois ne disparaît pas : la période de double pouvoir ne se termine qu'avec la victoire de l'une ou l’autre des forces en présence, et pas la victoire électorale, mais la victoire militaire. Toute révolution socialiste est une guerre civile, un moment crucial où la violence des classes opprimées s'oppose à la violence des classes possédantes. Et une guerre civile ne se fait pas en improvisant.

2) La « spontanéité révolutionnaire » du prolétariat ne peut suffire pour remporter la victoire sur la bourgeoisie centralisée, impitoyable, forte de traditions séculaires, et encore dotée du pouvoir économique. L'insurrection armée et la conduite militaire de la guerre civile ne peuvent être laissées au hasard de la mobilisatino des masses. Le fait que, dans des conditions qualitativement semblables, les bolcheviks de 1917 aient réussi ce que les communards de 1871 ont manqué, met en pleine lumière le rôle primordial d'un parti révolutionnaire implanté. Et ce n'est pas une simple hypothèse d'école que de concevoir ce qu'aurait pu faire un parii révolutionnaire, doté d'un programme révolutionnaire, avec des chefs, des cadres, et une implantation réelle dans la classe ouvrière : en septembre 1870, Marx, considérant que l'insurrection serait une « folie désespérée » conseille aux ouvriers français (Seconde adresse du Conseil Général de l'Internationale) : «… Que calmement et résolument, ils profitent de la liberté républicaine pour procéder méthodiquement à leur propre organisation de classe. Cela les dotera d'une vigueur nouvelle, de forces herculéennes pour la régénération de la France et pour notre tâche commune, l'émancipation du travail. »

Un parti révolutionnaire, conscient du but, conscient qu'« en révolution, une énergie supérieure correspond à une humanité supérieure » (Trotsky), n'aurait pas iaissé échapper ses ennemis désarmés le 31 octobre et le 18 mars, n'aurait pas hésité à s'emparer de la Banque de France, n'aurait pas, par une incurie militaire incroyable, livré Paris aux canailles bourgeoises, n'aurait surtout pas perdu un temps précieux en négociant, en préparant des élec- Por légales, «en attendant que Thiers commence la guerre civile ».

Mais un parti révolutionnaire avait besoin de temps pour se former. C'est ce qu'a compris la bourgeoisie française en ne laissant pas à la Commune le temps de s'organiser, le temps de sont fler un peu, en refusant la conciliation pourtant demandée par la majorité du pays. La défaite de la Commune est là. Et ceux qui s'extasient devant ce qu'a de merveileux la spontanéité révolutionnaire des masses ne reconnaissent, dans la Commune, que ce qui a causé sa perte. Ces ultra-gauchistes, comme tous leurs semblables, ne sont que des réformistes à phraséologie révolutionnaire, leur digne précurseur (entre autres) se révélant être Kautsky qui, lui aussi, approuvait en son temps la «spontanéité» des communards :

« Kautsky s'attache avec ardeur à démontrer que la Commune de Paris ne fut pas « artificiellement » préparée, mais surgit spontanément, prenant les révolutionnaires à l'improviste, contrairement à la révolution russe d'octobre-novembre qui fut minutieusement préparée par notre parti. C'est indiscutable. N'ayant pas le courage de formuler clairement ses idées profondément réac-

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tionnaires, Kautsky ne nous dit pas franchement si les révolutionnaires parisiens de 1871 méritent d'être approuvés pour n'avoir pas prévu l'insurrection prolétarienne et, partant, pour ne s'y être pas préparés, ou si nous devons être blâmés pour avoir prévu l'inévitable et pour être allés consciemment au-devant des événements. » (L. Trotsky « Terrorisme et Communisme »).

C) Célébrer la Commune

Il y a cent ans seulement que s'ébauchait la première République Prolétarienne. D'autres ont vu le jour depuis, et si la trahison et la destruction du mouvement ouvrier par la bureaucratie soviétique ont amené l'Histoire à piétiner pendant plus de 40 ans, la roue s'est remise en marche, et de nouvelles générations révolutionnaires partent à l'assaut du vieux monde. La Commune n'est pas morte. De ceux qui fêteront son centenaire, beaucoup voudraient l'enterrer à jamais, la fixer définitivement dans l'image de la défaite et de l'écrasement. Bourgeois et bureaucrates, qui préfèrent de loin les révolutionnaires morts aux révolutionnaires vivants, ont la même pensée, rassurée, rassurante : elle est plus grande morte que vivante. Et moins dangereuse.

Les révolutionnaires, qui poursuivent dans le monde entier le combat des Communards, fêteront ce centenaire en n'oubliant pas que les massacreurs de la classe ouvrière parisienne, Thiers, le «sinistre vieillard», Trochu, le «crétin militaire», Favre le faussaire, Vinoy le coupe-jarret bonapartiste, d'Aurelles de Paladines, le général jésuite, le général de Galliffet, le souteneur de sa femme, «les loups les cochons et les chiens de la vieille saciété» (K.M.), sont toujours là, sous d'autres noms. Et en S'organi- É pour qu'ils aient bientôt à payer la dette historique, intégraement.

P. SABATHÉ. Février 1971.

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F. Engels: (mars 1891) Pour le 20° anniversaire de la Commune (extrait)

… Le second Empire commença, et avec lui l'exploitation de la France par une bande d’aventuriers de la politique et de la fnance : mais en même temps l'industrie prit aussi un essor tel que jamais le système mesquin et timoré de Louis-Philippe, avec sa domination exclusive d'une petite partie seulement de la grande bourgeoisie, n'aurait pu lui donner, Louis Bonaparte enleva aux capitalistes leur pouvoir politique, sous le prétexte de les protéger, eux, les bourgeois, contre les ouvriers, et de protéger à leur tour les ouvriers contre eux ; mais, par contre, sa domination favorisa la spéculation et l’activité industrielle, bref, l'essor et l’enrichissement de toute la bourgeoisie à un point dont on n'avait pas idée. C'est cependant à un degré bien plus élevé encore que se développèrent aussi la corruption et le vol en grand qui se rassemblèrent autour de la cour impériale, et prélevèrent sur cet enrichissement de copieux pourcentages.

Mais le second Empire, c'était l'appel au chauvinisme français, c'était la revendication des frontières du premier Empire, perdues en 1814, ou tout au moins de celles de la première République. Un Empire français dans les frontières de l’ancienne monarchie, que dis-je, dans les limites plus rognées encore de 1815, c'était à la longue un non-sens. De là, la nécessité de guerres périodiques et d'extensions territoriales. Mais il n'était pas de conquête qui fascinât autant l'imagination des chauvins français que celle de la rive gauche allemande du Rhin. Une lieue carrée sur le Rhin leur disait plus que dix dans les Alpes ou n'importe où ailleurs. Une fois le second Empire un fait acquis, la revendication de la rive gauche du Rhin, en bloc ou par morceaux, n'était qu'une question de temps. Le temps en vint avec la guerre austro-prussienne de 1866! ; frustré des « compensations territoriales » qu'il attendait par Bismarck et par sa propre politique de tergiversations, il ne

1. La guerre contre l'Autriche fut provoquée par Bismarck, grand chancelier de Prusse, dans l'intention d'écarter un ancien concurrent dans l'œuvre d'unification de l'Allemagne. La victoire sur l'Autriche lui permit de procéder à la fondation de l'unité allemande. Napoléon III garda la neutralité pendant le conflit austro-prussien, Bismarck lui ayant promis, à titre de récompense, une portion du territoire des Etats allemands. Bismarck ne tint pas parole, ce qui contribua à envenimer les rapports entre la France et la Prusse.

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resta plus alors à Bonaparte que la guerre, qui éclata en 1870, et le fit échouer à Sedan et de là à Wilhelmshoehe.

La suite nécessaire en fut la révolution parisienne du 4 septembre 1870. L'Empire s'écroula comme un château de cartes, la République fut de nouveau proclamée. Mais l'ennemi était aux portes : les armées impériales étaient ou enfermées sans recours dans Metz, ou prisonnières en Allemagne. Dans cette extrémité, le peuple permit aux députés parisiens de l'ancien Corps législatif de se constituer en «gouvernement de la Défense nationale ». I1 le permit d'autant plus volontiers qu'’alors, afin d'assurer la défense, tous les Parisiens en état de porter les armes étaient entrés dans la garde nationale et s'étaient armés, de sorte que les ouvriers en constituaient maintenant la grande majorité. Mais l'opposition entre le gouvernement composé presque uniquement de bourgeois et le prolétariat armé ne tarda pas à éclater. Le 31 octobre, des bataillons d'ouvriers assaillirent l'Hôtel de Ville et firent prisonniers une partie des membres du gouvernement ; la trahison, un véritable parjure de la part du gouvernement et l'intervention de quelques bataillons de petits bourgeois leur rendirent la liberté et, pour ne pas déchaîner la guerre civile à l'intérieur d'une ville assiégée par une armée étrangère, on laissa en fonction le même gouvernement.

Enfin, le 28 janvier 1871, Paris affamé capitulait. Mais avec des honneurs inconnus jusque-là dans l'histoire de la guerre. Les forts furent abandonnés, les fortifications désarmées, les armes de la ligne et de la garde mobile livrées, elles-mêmes considérées comme prisonnières de guerre. Mais la garde nationale conserva ses armes et ses canons et ne se mit que sur un pied d'armistice avec les vainqueurs. Et ceux-ci même n'osèrent pas faire dans Paris une entrée triomphale. Ils ne se risquèrent à occuper qu'un petit coin de Paris, et encore un coin plein de parcs publics, et cela pour quelques jours seulement! Et pendant ce temps, eux qui durant 131 jours avaient cerné Paris, ils furent cernés eux-mêmes par les ouvriers parisiens en armes qui veillaient avec soin à ce qu'aucun « Prussien » ne dépassât les étroites limites du coin abandonné à l’envahisseur étranger. Tant était grand le respect qu'inspiraient les ouvriers parisiens à l'armée devant laquelle toutes les troupes de l'Empire avaient déposé les armes ; et les Junkers prussiens, qui étaient venus assouvir leur vengeance au foyer de la Révolution, durent s'arrêter avec déférence et saluer devant cette même Révolution armée !

Pendant la guerre, les ouvriers parisiens s'étaient bornés à exiger la continuation énergique de la lutte. Mais, maintenant qu'après la capitulation de Paris la paix allait se faire, Thiers, Je nouveau chef du gouvernement, était forcé de s'en rendre compte : la domination des classes possédantes — grands propriétaires fonciers et capitalistes — se trouverait constamment menacée tant que les ouvriers parisiens resteraient en armes. Son premier geste fut pour tenter de les désarmer. Le 18 mars, il envoya des troupes de ligne avec l'ordre de voler l'artillerie appartenant à la garde nationale, fabriquée pendant le siège de Paris aux frais d'une souscription publique. La tentative échoua, Paris se dressa comme un seul homme po se défendre et la guerre entre Paris et le gouvernement ançais qui siégeait à

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Versailles fut déclarée; le 26 mars, la Commune était élue; le 28, elle fut proclamée ; le Comité central de la garde nationale, qui, jusqu'alors, avait exercé le pouvoir, abdiquera entre les mains de la Commune, après avoir aboli par décret la scandaleuse « police des mœurs » de Paris. Le 30, la Commune supprima la conscription et l'armée permanente et proclama la garde nationale, dont tous les citoyens valides devaient faire partie, comme la seule force armée; elle remit tous les loyers d'octobre 1870 jusqu'en avril, portant en compte les termes déjà payés pour l'échéance à venir, et suspendit toute vente d'objets engagés au mont-de-piété municipal. Le même jour, les étrangers élus à la Commune furent confirmés dans leurs fonctions, car «le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ». — Le 1% avril, il fut décidé que le traitement le plus élevé d’un employé de la Commune, donc aussi de ses membres, ne pourrait dépasser 6000 francs. Le lendemain furent décrétées la séparation de l'Eglise et de l'Etat et la suppression du budget des cultes, ainsi que la transformation de tous les biens ecclésiastiques en propriété nationale ; en conséquence, le 8 avril, on ordonna de bannir des écoles tous les symboles, images, prières, dogme religieux, bref « tout ce qui relève de la conscience individuelle de chacun », ordre qui fut réalisé peu à peu. — Le 5, en présence des exécutions de combattants de la Commune prisonniers auxquelles procédaient quotidiennement les troupes versaillaises, un décret fut promulgué, prévoyant l'arrestation d'otaje mais il ne fut jamais exécuté. — Le 6, le 137: bataillon de a garde nationale alla chercher la guillotine et la brûla publipos au milieu de la joie populaire. — Le 12, la Commune écida de renverser, comme étant le symbole du chauvinisme et de l'excitation des peuples à la discorde, la colonne Vendôme, coulée par Napoléon avec les canons conquis, après la guerre de 1809. Ce qui fut fait le 16 mai. — Le 16 avril, la Commune ordonna un recensement des fabriques arrêtées par les fabricants et l'élaboration de plans pour donner la gestion de ces entreprises aux ouvriers qui y travaillaient jusque-là et devaient être réunis en associations coopératives, ainsi que pour pui ces associations en une seule grande fédération. — Le 20, elle abolit le travail de nuit des boulangers, ainsi que les bureaux de placement, monopolisés depuis le second Empire par des individus choisis par la police et exploiteurs d'ouvriers de premier ordre; ces bureaux furent affectés aux mairies des vingt arrondissements de Paris. — Le 30 avril, elle ordonna la suppression des monts-de-piété, qui constituaient une exploitation privée des ouvriers et étaient en contradiction avec le droit de ceux-ci à leurs instruments de travail et au crédit. — Le 5 mai, elle décida de faire raser la chapelle expiatoire élevée en réparation de l’exécution de Louis XVI.

Ainsi, à partir du 18 mars, apparut, incisif et pur, le caractère de classe du mouvement parisien qu'avait jusqu'alors relégué à l’arrière-plan la lutte contre l'invasion étrangère. Dans la Commune ne siégeaient presque que des ouvriers ou des représentants reconnus des ouvriers ; ses décisions portaient de même un caractère nettement prolétarien. Ou bien elle décrétait des réformes, que la bourgeoisie républicaine avait négligées par pure lâcheté, mais qui constituaient pour la libre action de la classe ouvrière une base indispensable, comme la réalisation de ce principe que,

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en face de l'Etat, la religion n'est qu'une affaire privée ; ou bien elle promulguait des décisions prises directement dans l'intérêt de la classe ouvrière, et qui, pour une part, faisaient de profondes entailles dans le vieil ordre social. Mais tout cela, dans une ville assiégée, ne pouvait avoir au plus qu'un commencement de réalisation. Et, dès les premiers jours de mai, la lutte contre les troupes toujours plus nombreuses du gouvernement de Versailles absorba toutes les énergies.

Le 7 avril, les Versaillais s'étaient emparés du passage de la Seine, à Neuilly, sur le front ouest de Paris; par contre, le 11, sur le front sud, ils furent repoussés avec des pertes sanglantes par une attaque du général Eudes. Paris était bombardé sans arrêt, et cela par les mêmes gens qui avaient stigmatisé comme sacrilège le bombardement de cette ville par les Prussiens. Ces mêmes gens mendiaient maintenant, auprès du gouvernement prussien, le rapatriement accéléré des soldats français prisonniers de Sedan et de Metz, pour leur faire reconquérir Paris. L'arrivée graduelle de ces troupes donna aux Versaillais, à partir du début de mai, une supériorité décisive. Cela apparut dès le 23 avril, quand Thiers rompit les négociations entamées sur proposition de la Commune et visant à échanger l'archevêque de Paris et toute une série d'autres curés retenus comme otages, contre le seul Blanqui, deux fois élu à la Commune, mais prisonnier à Clairvaux. Et cela se fit sentir plus encore dans le changement de ton du langage de Thiers; jusqu'à ce moment atermoyant et équivoque, il devint tout d’un coup insolent, menaçant, brutal. Sur le front sud, les Versaillais prirent, le 3 mai, la redoute du Moulin-Saquet ; le 9, le fort d'Issy, totalement démoli à coups de canon, le 14, celui de Vanves. Sur le front ouest, ils s'avancèrent peu à peu jusqu'au rempart même, s'emparant de nombreux villages et bâtiments contigus aux fortifications. Le 21, ils réussirent à pénétrer dans la ville par trahison et du fait de la négligence du poste de la garde nationale. Les Prussiens qui occupaient les forts du nord et de l’est laissèrent les Versaillais s’avancer par le terrain au nord de la ville qui leur était interdit par l'armistice, leur permettant ainsi d'attaquer sur un large front que les Parisiens devaient croire protégé par la conven: tion et n'avaient de ce fait que faiblement garni de troupes. Aussi n’y eut-il que peu de résistance dans la moitié ouest de Paris, dans la ville de luxe proprement dite. Elle se fit plus violente et tenace, à mesure que les troupes d'invasion approchaient de la moitié est, des quartiers proprement ouvriers. Ce n'est qu'après une lutte de huit jours que les derniers défenseurs de la Commune succombèrent sur les hauteurs de Belleville et de Ménilmontant, et c’est alors que le massacre des hommes, des femmes et des enfants sans défense, qui avait fait rage toute la semaine, et n'avait cessé de croître, atteignit son point culminant. Le fusil ne tuait plus assez vite, c'est par centaines que les vaincus furent exécutés à la mitrailleuse. Le Mur des fédérés, au cimetière du Père-Lachaise, où s’accomplit le dernier massacre en masse, est aujourd’hui encore debout, témoin à la fois muet et éloquent de la furie dont la classe dirigeante est capable dès que le prolétariat ose se.dresser pour son droit. Puis, lorsqu'il s'avéra impossible d'abattre tous les communards, vinrent les arrestations en masse, l'exécution de victimes choisies arbitrairement dans les rangs des prisonniers, la relégation des

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autres dans de grands camps en attendant de comparaître devant les conseils de guerre. Les troupes prussiennes, qui campaient autour de la moitié nord de Paris, avaient l'ordre de ne laisser passer aucun fugitif, mais souvent les officiers fermèrent les yeux quand les soldats écoutaient plutôt la voix de l'humanité que celle de leur consigne; et en particulier il faut rendre cette pue au corps d'armée saxon qui s'est conduit d’une façon très

umaine et laissa passer bien des gens, dont la qualité de combattant de la Commune était évidente...

Fr. ENGELS.

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V. I. Lénine : (mats 1908) Les enseignements de la Commune

Après le coup d'Etat qui termina la Révolution de 1848, la France tomba pour dix-huit ans sous le joug du régime napoléonien. Ce régime conduisit le pays à la ruine économique aussi bien qu’à l’humiliation nationale. Insurgé contre le vieux régime, le prolétariat assuma deux tâches, l'une nationale, l’autre sociale : libération de la France de l'invasion allemande et libération socialiste des ouvriers du joug du capitalisme. La réunion de ces deux tâches constitue le trait le plus original de la Commune.

La bourgeoisie formait alors un «gouvernement de défense nationale», sous la direction duquel le prolétariat devait combattre pour l'indépendance de la nation. En réalité, c'était un gouvernement de «trahison du peuple» qui voyait sa mission dans la lutte contre le prolétariat de Paris. Mais aveuglé par ses illusions patriotiques, le prolétariat ne s'en rendait pas compte. L'idée de patriotisme remonte à la grande Révolution du xvir siècle ; elle s'empara de l'esprit des socialistes de la Commune, et Blanqui par exemple, révolutionnaire incontestable et adepte fervent du socialisme, ne trouva pour son journal de titre mieux approprié que ce cri bourgeois, la Patrie en danger !

La réunion de ces deux objectifs contradictoires — patriotisme et socialisme — constitua l'erreur fatale des socialistes français. Dans le Manifeste de l'Internationale de septembre 1870, Marx mettait déjà le prolétariat français en garde contre un engouement pour l'idée nationale mensongère : de profonds changements se sont produits depuis la grande Révolution, les antagonismes de classe se sont aggravés, et si la lutte contre la réaction de toute l'Europe unissait alors l’ensemble de la nation révolutionnaire, aujourd’hui, par contre, le prolétariat ne peut plus confondre ses intérêts avec ceux d'autres classes, de classes qui lui sont hostiles. Que la bourgeoisie porte la responsabilité de l’humiliation nationale! L'affaire du prolétariat est de lutter pour affranchir le travail du joug de la bourgeoisie par le socialisme. e

Et en effet, le véritable dessous du « patriotisme » bourgeois ne tarda pas à apparaître. Après avoir signé une paix honteuse avec les Prussiens, le gouvernement de Versailles aborda sa tâche immédiate, il lança une attaque pour arracher au proléta-

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riat de Paris les armes qu'il redoutait. Les ouvriers ripostèrent par la proclamation de la Commune et la guerre civile.

Bien que le prolétariat socialiste fût divisé en de nombreuses sectes, la Commune s’avéra un brillant exemple de l'unanimité avec laquelle le prolétariat sait accomplir les tâches démocratiques que la bourgeoisie ne savait qu'énoncer. Sans législation particulière et compliquée, simplement, par des actes, le prolétariat au pouvoir démocratisa le régime social, supprima la bureaucratie, fit élire les fonctionnaires par le peuple.

Mais deux fautes anéantirent les fruits d'une brillante victoire. Le prolétariat s'arrêta à mi-chemin : au lieu de procéder à l’«expropriation des expropriateurs », il se laissa entraîner par des rêves sur l'établissement d'une justice suprême dans le pays, unie par une tâche nationale commune; des institutions comme les banques, par exemple, ne furent point saisies, la théorie proudhonienne du « juste échange », etc., régnait encore parmi les socialistes. La deuxième faute fut la trop grande magnanimité du prolétariat; au lieu d’'exterminer ses ennemis, il chercha à exercer une influence morale sur eux, il négligea l’importance des actions purement militaires dans la guerre civile et, au lieu de couronner sa victoire à Paris par une offensive résolue sur Versailles, il temporisa et donna au gouvernement de Versailles le temps de rassembler les forces ténébreuses et de se préparer à la semaine sanglante de mai.

Mais malgré toutes ses fautes, la Commune est le modèle le plus grandiose du plus grandiose mouvement prolétarien du xix° siècle. Marx appréciait hautement la portée historique de la Commune : si, au moment où la clique versaillaise tentait perfidement de s'emparer des armes du prolétariat parisien, les ouvriers les avaient abandonnées sans combat, le préjudice de la démoralisation que cette faiblesse eût semée dans le mouvement prolétarien eût été infiniment plus grave que les pertes subies par la classe ouvrière au combat, dans la défense de ses armes. Si lourds qu’aient été les sacrifices de la Commune, ils sont compensés par l'importance qu'elle a pour la lutte générale du prolétariat : elle a profondément remué le mouvement socialiste en Europe, elle a révélé la force de la guerre civile; elle a dissipé les illusions patriotiques et brisé la foi naïve dans les aspirations nationales de la bourgeoisie. La Commune a appris au prolétariat européen à poser concrètement les problèmes de la révolution socialiste.

La leçon que le prolétariat a reçue ne sera pas oubliée. La classe ouvrière en fera son profit, comme elle l'a déjà fait en Russie pendant l'insurrection de décembre.

L'époque qui a précédé et préparé la révolution russe a quelque analogie avec celle du joug napoléonien en France. En Russie également, la clique absolutiste avait conduit le pays aux horreurs de la ruine économique et à l’humiliation nationale. Mais longtemps, aussi longtemps que le développement social n'eut pas créé les conditions favorables à un mouvement des masses, la révolution ne put éclater et, malgré tout leur héroïs-

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me, les attaques isolées contre le gouvernement dans la période prérévolutionnaire se brisèrent contre l'indifférence des masses populaires. Seule la social-démocratie sut, par un travail opiniâtre et méthodique, enseigner aux masses les formes de lutte supérieures : actions massives et guerre civile armée.

Elle sut briser dans un jeune prolétariat les aberrations « nationales » et «patriotiques», et jiorsqu'on eut réussi avec son intervention directe, à arracher au tsar le Manifeste du 17 octobre, le prolétariat se mit à préparer énergiquement l'étape suivante et inévitable de la révolution : l'insurrection armée. Affranchi des illusions « nationales », le prolétariat concentra ses forces de classe dans ses organisations de masses : les Soviets des députés ouvriers et des soldats, etc. Et malgré toutes les différences entre les buts et les tâches de la révolution russe et ceux de la révolution française de 1871, le prolétariat russe dut recourir au moyen de lutte qu'avait inauguré la Commune de Paris, à la guerre civile. Se souvenant des enseignements de la Commune, il savait que le prolétariat ne doit pas négliger les moyens de lutte pacifiques — ces derniers servent ses intérêts quotidiens et sont indispensables en période de préparation de la révolution —, mais qu’il ne doit jamais oublier non plus que dans certaines circonstances la lutte de classe se transforme en lutte armée et en guerre civile; il est des moments où les intérêts du prolétariat exigent l'extermination implacable de ses ennemis dans des combats déclarés. Le prolétariat français le montra le premier pendant la Commune et le prolétariat russe le confirma brillamment lors de l'insurrection de Décembre.

Ces deux soulèvements grandioses de la classe ouvrière ont été étouffés. Soit. Une nouvelle insurrection n'en éclatera pas moins, une insurrection devant laquelle les forces ennemies du prolétariat se révéleront débiles et où le prolétariat socialiste remportera une victoire complète.

V. I. LÉNINE. « Zagranitchnaïa Gazéta » Conforme au texte n° 2, 23 mars 1908 du journal

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V. I. Lénine : (avril 1911) A la mémoire de la Commune

Quarante ans se sont écoulés depuis la proclamation de la Commune de Paris. Selon la coutume le prolétariat français a commémoré par des meetings et des manifestations les hommes de la révolution du 18 mars 1871; à la fin de mai il ira de nouveau déposer des couronnes sur la tombe des communards fusillés, victimes de l'horrible « semaine de mai» et jurer une fois de plus de combattre sans relâche jusqu’au triomphe complet dé leurs idées, jusqu’à la réalisation totale de l'œuvre qu'ils lui ont léguée.

Pourquoi le prolétariat, non seulement français, mais du monde entier, honore-t-il dans les hommes de la Commune de Paris ses précurseurs? Et quel est l'héritage de la Commune ?

La Commune naquit spontanément; personne ne l'avait consciemment et méthodiquement préparée. Une guerre malheureuse avec l'Allemagne ; les souffrances du siège ; le chômage du prolétariat et la ruine de la petite bourgeoisie; l'indignation des masses contre les classes supérieures et les autorités qui avaient fait preuve d’une incapacité totale; une fermentation confuse au sein de la classe ouvrière, qui était mécontente de sa situation et aspirait à une autre forme sociale; la composition réactionnaire de l'Assemblée nationale qui faisait craindre pour la République, tous ces facteurs, et beaucoup d’autres, poussèrent la population de Paris à la révolution du 18 mars qui remit inopinément le pouvoir entre les mains de la garde nationale, entre les mains de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie qui s'était rangée de son côté.

Ce fut un événement sans précédent dans l’histoire, Jusqu’alors le pouvoir se trouvait ordinairement entre les mains des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, c'està-dire de leurs hommes de confiance, constituant ce qu'on appelle le gouvernement. Maïs après la révolution du 18 mars, lorsque le gouvernement de M. Thiers s'enfuit de Paris avec ses troupes, sa police et ses fonctionnaires, le peuple devint le maïtre de la situation et le pouvoir passa au prolétariat. Mais dans

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la société actuelle, le prolétariat, économiquement asservi par le capital, ne peut dominer politiquement s'il ne brise les chaînes qui le rivent au capital. Et voilà pourquoi le mouvement de la Commune devait inévitablement revêtir une couleur socialiste, c’est-à-dire chercher à renverser la domination de la bourgeoisie, la domination du capital, et à détruire les assises mêmes du régime social actuel.

Au début, ce mouvement fut extrêmement mêlé et confus. Y adhéraient des patriotes qui espéraient que la Commune reprendrait la guerre contre les Allemands et la mènerait à bonne fin. Il était soutenu par les petits commerçants menacés de ruine si le paiement des traites et des loyers n'était suspendu (ce que le gouvernement leur avait refusé, mais que la Commune leur accorda). Enfin, au début, il bénéficia même en partie de la sympathie des républicains bourgeois qui craignaient que l’Assemblée nationale réactionnaire (les «ruraux», les implacables propriétaires fonciers) ne restaurât la monarchie. Mais dans ce mouvement le rôle principal fut naturellement joué par les ouvriers (surtout par les artisans parisiens) parmi lesquels une active propagande socialiste avait été menée durant les dernières années du second Empire et dont beaucoup appartenaient même à l’Internationale.

Les ouvriers seuls restèrent fidèles jusqu'au bout à la Commune. Les républicains bourgeois et les petits bourgeois s'en détachèrent bientôt : les uns effrayés par le caractère prolétarien, socialiste et révolutionnaire, du mouvement ; les autres lorsqu'ils le virent condamné à une défaite certaine. Seuls les prolétaires français soutinrent sans crainte et Sans lassitude leur gouvernement ; seuls ils combattirent et moururent pour lui, c'est-à-dire pour l'émancipation de la classe ouvrière, pour un meilleur avenir de tous les travailleurs.

Abandonnée par ses alliés de la veille et n’ayant aucun appui, la Commune devait inéluctablement essuyer une défaite. Toute la bourgeoisie de la France, tous les grands propriétaires fonciers, tous les gens de la Bourse, tous les fabricants, tous les voleurs grands et petits, tous les exploiteurs se liguèrent contre elle. Cette coalition bourgeoise soutenue par Bismarck (qui libéra 100 000 prisonniers français pour réduire Paris révolutionnaire), réussit à dresser les paysans ignorants et la petite bourgeoisie provinciale contre le prolétariat parisien et à enfermer la moitié de Paris dans un cercle de fer (l'autre moitié étant investie par l’armée allemande). Dans certaines grandes villes de France (Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Dijon et ailleurs) les ouvriers tentèrent également de s'emparer du pouvoir, de proclamer la Commune et d'aller délivrer Paris, mais ces tentatives échouèrent rapidement. Et Paris, qui leva le premier le drapeau de l'insurrection prolétarienne, se trouva réduit à ses seules forces et voué à une perte certaine.

Pour qu’une révolution sociale puisse triompher, deux conditions au moins sont nécessaires : des forces productives hautement développées et un prolétariat bien préparé. Mais en 1871 ces deux conditions faisaient défaut. Le capitalisme français était encore peu développé et la France était surtout un pays

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de petite bourgeoisie (artisans, paysans, boutiquiers, etc.). Par ailleurs, il n'existait pas de parti ouvrier ; la classe ouvrière n'avait ni préparation ni long entraînement et dans sa masse elle n'avait même pas une idée très claire de ses tâches et des moyens de les réaliser. Il n’y avait ni sérieuse organisation politique du prolétariat, ni syndicats et associations coopératives de masse...

Mas ce qui manqua surtout à la Commune, c'est le temps, la possibilité de s'orienter et d'aborder la réalisation de son proamme. Elle n'avait pas encore eu le temps de se mettre à œuvre que le gouvernement de Versailles, soutenu par toute la bourgeoisie, attaquait Paris. La Commune dut, avant tout, songer à se défendre. Et jusqu'à la fin, entre le 21 et le 28 mai, elle n'eut pas le temps de penser sérieusement à autre chose.

Au demeurant, malgré des conditions aussi défavorables, malgré la brièveté de son existence, la Commune réussit à prendre quelques mesures qui caractérisent suffisamment son véritable sens et ses buts. La Commune remplaça l'armée permanente, instrument aveugle des classes dominantes, par l'armement général du peuple ; elle proclama la séparation de l'Eglise et de l'Etat, supprima le budget des Cultes (c'est-à-dire l'entretien des curés par l'Etat), donna à l'instruction publique un caractère tout à fait laïque et par là même porta un coup sérieux aux gendarmes en soutane. Dans le domaine purement social elle n'eut pas le temps de faire beaucoup de choses, mais le peu qu'elle fit montre avec suffisamment de clarté son caractère de gouvernement ouvrier, populaire : le travail de nuit dans les boulangeries fut interdit ; le système des amendes, ce vol légalisé des ouvriers, fut aboli; enfin, la Commune rendit le fameux décret en vertu duquel toutes les fabriques, usines et ateliers abandonnés ou immobilisés par leurs propriétaires étaient remis aux associations ouvrières afin de reprendre la production. Et comme pour souligner son caractère de gouvernement authentiquement démocratique et prolétarien, la Commune décida que le traitement de tous les fonctionnaires de l'administration et du gouvernement ne devait pas dépasser le salaire normal d’un ouvrier et en aucun cas s'élever au-dessus de 6000 francs par an (moins de 200 roubles par mois).

Toutes ces mesures montraient assez clairement que la Commune s’avérait un danger mortel pour le vieux monde fondé sur l’asservissement et l'exploitation. Aussi la société bourgeoise ne put-elle dormir tranquillement tant que le drapeau rouge du prolétariat flotta sur l'Hôtel de Ville de Paris. Et lorsque, enfin, les forces gouvernementales organisées réussirent à l'emporter sur les forces mal organisées de la révolution, les généraux bonapartistes, battus par les Allemands et courageux contre leurs compatriotes vaincus, ces Rennenkampf et Meller-Zakomelski français, firent un carnage comme jamais Paris n’en avait vu. Près de 30000 Parisiens furent massacrés par la soldatesque déchaînée, près de 45 000 furent arrêtés dont beaucoup devaient être exécutés par la suite; des milliers furent envoyés au bagne ou déportés. Au total, Paris perdit environ 100 000 de ses fils et parmi eux les meilleurs ouvriers de toutes les professions.

La bourgeoisie était contente. « Maintenant, c'en est fait du

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socialisme, et pour longtemps ! », disait son chef, le nabot sanguinaire Thiers, après le bain de sang qu'avec ses généraux il venait d'offrir au prolétariat parisien. Mais ces corbeaux bourgeois croassaient à tort. Quelque six ans après l'écrasement de la Commune, alors que nombre de ses combattants languissaient encore au bagne ou en exil, le mouvement ouvrier renaissait déjà en France. La nouvelle génération socialiste, enrichie par l'expérience de ses aînés et nullement découragée par leur défaite, s'empara du drapeau tombé des mains des combattants de la Commune et le porta en avant avec assurance et intrépidité aux cris de « Vive la révolution sociale! Vive la Commune!» Et quelques années plus tard, le nouveau pe ouvrier et l'agitation qu'il avait déclenchée dans le pays, obligeaient les classes dominantes à remetre en liberté les communards restés aux mains du gouvernement.

Le souvenir des combattants de la Commune n'est pas seulement vénéré par les ouvriers français, il l'est par le prolétariat du monde entier. Car la Commune lutta non point pour quelque objectif local ou étroitement national, mais pour l'affranchissement de toute l'humanité laborieuse, de tous les humiliés, de tous les offensés. Combattante d'avant-garde de la révolution sociale, la Commune s’acquit des sympathies partout où le prolétariat souffre et lutte. Le tableau de sa vie et de sa mort, l'image du gouvernement ouvrier qui prit et garda pendant plus de deux mois la capitale du monde, le spectacle de la lutte héroïque du prolétariat et de ses souffrances après la défaite — tout cela a remonté le moral de millions d'ouvriers, fait renaître ses espoirs et gagné leur sympathie au socialisme. Le grondement des canons de Paris a tiré de leur profond sommeil les couches les plus arriérées du prolétariat et donné partout une impulsion nouvelle à la propagande révolutionnaire socialiste. C'est pourquoi l'œuvre de la Commune n'est pas morte; elle vit jusqu'à présent en chacun de nous,

La cause de la Commune est celle de la révolution sociale, celle de l'émancipation politique et économique totale des travailleurs, celle du prolétariat de l'univers. Et en ce sens elle est immortelle.

V. I. LÉNINE. « Rabotchaïa Gazéta» [la Traduit d'après les Œuvres Gazette ouvrière] n° 4-5, 15 de V. Lénine, t. 17, pp. 111- (28) avril 1911 115 (éd. russe)

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Préface de Léon Trotsky au livre de Talès: “La Commune de 1871” Les leçons de la Commune (février 1921)

Chaque fois que nous étudions l'histoire de la Commune, nous la voyons sous un nouvel aspect grâce à l'expérience acquise par les luttes révolutionnaires ultérieures, et surtout par les dernières révolutions, non seulement par la révolution russe, mais par les révolutions allemande et hongroïse. La guerre francoallemande fut une SApIOSU sanglante, présage d'une immense boucherie mondiale, la Commune de Paris, un éclair présage d’une révolution prolétarienne mondiale.

La Commune nous montre l'héroïsme des masses ouvrières, leur capacité de s'unir en un seul bloc, leur don de se sacrifier au nom de l'avenir, mais elle nous montre en même temps l'incapacité des masses à choisir leur voie, leur indécision dans la direction du mouvement, leur penchant fatal à s'arrêter après les premiers succès, permettant ainsi à l'ennemi de se ressaisir, de rétablir sa position.

La Commune est venue trop tard. Elle avait toutes les possibilités de prendre le pouvoir le 4 septembre, et cela aurait permis au prolétariat de Paris de se mettre d’un seul coup à la tête des travailleurs du pays dans leur lutte contre les forces du passé, contre Bismarck aussi bien que contre Thiers. Mais le pouvoir tomba aux mains des bavards démocratiques, les députés de Paris. Le prolétariat parisien n'avait ni un parti, ni des chefs auxquels il aurait été étroitement lié par les luttes antérieures. Les patriotes petits-bourgeois, qui se croyaient socialistes et cherchaient QUE des ouvriers, n'avaient en fait aucune confiance en eux. Ils ébranlaient la foi du prolétariat en lui-même, ils étaient continuellement à la recherche des avocats célèbres, de journalistes, de députés, dont tout le bagage ne consistait qu'en une dizaine de phrases vaguement révolutionnaires, afin de leur confier la direction du mouvement.

La raison pour laquelle Jules Favre, Picard, Garnier-Pagès et Cie ont pris le pouvoir à Paris le 4 tembre, est la même que celle qui a permis à Paul-Boncour, à À. Varenne, à Renaudel et à plusieurs autres, d’être pendant un temps les maîtres du parti du prolétariat.

Les Renaudel et les Boncour et même les Longuet et les

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Pressemane par leurs sympathies, leurs habitudes intellectuelles et leurs procédés, sont beaucoup plus proches de Jules Favre et de Jules Ferry, que du prolétariat révolutionnaire. Leur phraséologie socialiste n’est qu'un masque historique qui leur permet de s’imposer aux masses. Et c'est justement parce ee Favre, Simon, Picard et les autres ont usé et abusé de la phraséologie démocratico-libérale, que leurs fils et leurs petits-fils ont été obligés d'avoir recours à la phraséologie socialiste, Mais les fils et les petitsfils sont restés dignes de leurs pères et continuent leur œuvre. Et quand il faudra décider non pas la question de la composition d'une clique ministérielle, maïs celle beaucoup plus importante de savoir quelle classe en France doit prendre le pouvoir, Renaudel, Varenne, Longuet et leurs pareils seront dans le camp de Millerand — collaborateur de Galliffet, le bourreau de la Commune... Lorsque les bavards révolutionnaires des salons et du Parlement se trouvent face à face, dans la vie, avec la Révolution, ils ne la reconnaissent jamais.

Le parti ouvrier — le vrai — n'est pas une machine à manœuvres parlementaires, c'est l'expérience accumulée et organisée du prolétariat. C’est seulement à l'aide du parti, qui s’appuie sur toute l’histoire de son passé, qui prévoit théoriquement les voies du développement, toutes ses étapes et en extrait la formule de l’action nécessaire, que le prolétariat se libère de la nécessité de recommencer toujours son histoire : ses hésitations, son manque de décision, ses érreurs.

Le prolétariat de Paris n'avait pas un tel parti. Les socialistes bourgeois, dont fourmillait la Commune, levaient les yeux au ciel, attendaient un miracle ou bien une parole prophétique, hésitaient et pendant ce temps-là, les masses tâtonnaient, perdaient la tête à cause de l'indécision des uns et de la fantaisie des autres. Le résultat fut, que la Révolution éclata au milieu d'elles, trop tard, Paris était encerclé, Six mois s'écoulèrent avant que le prolétariat eût rétabli dans sa mémoire les leçons des révolutions passées, des combats d'autrefois, des trahisons réitérées de la démocratie, et s'emparât du pouvoir.

Ces six mois furent une perte irréparable. Si en septembre 1870 à la tête du prolétariat de France s'était trouvé le parti centralisé de l'action révolutionnaire, toute l'histoire de la France, et avec elle toute l’histoire de l'Humanité, aurait pris une autre direction.

Si le 18 mars le pouvoir se trouva entre les mains du prolétariat de Paris, ce ne fut pas qu'il s'en fût emparé consciemment, mais parce que ses ennemis avaient quitté Paris.

Ces derniers perdaient du terrain de plus en plus, les ouvriers les méprisaient et les détestaient, la petite bourgeoisie n'avait plus confiance en eux et la haute bourgeoisie craignait qu'ils ne fussent plus capables de la défendre. Les soldats étaient hostiles aux officiers. Le gouvernement s'enfuit de Paris pour concentrer ailleurs ses forces. Et ce fut alors que le prolétariat devint maître de la situation.

Mais il ne le comprit que le lendemain. La Révolution tomba sur lui sans qu'il s'y attendît.

Ce premier succès fut une nouvelle source de passivité. L'ennemi s'était enfui à Versailles. N'tait-cce pas une victoire ? En ce moment on aurait pu écraser la bande gouvernementale presque sans effusion de sang. À Paris, on aurait pu faire prisonniers tous les ministres, avec Thiers en tête. Personne n'aurait

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levé la main pour les défendre. On ne l'a pas fait. Il n'y avait pas d'organisation de parti centralisée, ayant une vue d'ensemble sur les choses et des organes spéciaux pour réaliser ses décisions.

Les débris de l'infanterie ne voulaient pas reculer sur Versailles. Le fil qui liait les officiers et les soldats était bien mince. Et s’il y avait eu à Paris un centre dirigeant de parti, il aurait incorporé dans les armées en retraite, — puisqu'il y avait possibilité de retraite, — quelques centaines ou bien quelques dizaines d'ouvriers dévoués, et en leur donnant les directives suivantes : exciter le mécontentement des soldats contre les officiers et profiter du premier moment psychologique favorable pour libérer les soldats des officiers et les ramener à Paris pour s'unir avec le peuple. Cela pouvait être facilement réalisé, d'après l'aveu même des partisans de Thiers. Personne n’y pensa. Il n'y eut personne pour y penser. En présence des grands événements d'ail leurs, de telles décisions ne peuvent être prises que par un parti révolutionnaire qui attend une révolution, s'y prépare, ne perd pas la tête, par un parti qui est habitué d'avoir une vue d'ensemble et n’a pas peur d'agir.

Et précisément le prolétariat français n'avait pas de parti d'action.

Le Comité central de la Garde nationale est en fait, un Conseil de Députés des ouvriers armés et de la petite bourgeoisie. Un tel Conseil élu immédiatement par les masses qui ont pris la voie révolutionnaire, représente un excellent appareil d'action. Mais il reflète en même temps et justement à cause de sa liaison immédiate et élémentaire avec les masses qui sont dans l’état où les a trouvées la révolution, non seulement tous les côtés forts, mais aussi tous les côtés faibles des masses, et il reflète d'abord les côtés faibles plus encore que les côtés forts : il manifeste l'esprit d'indécision, d'attente, la tendance à être inactif après les premiers succès.

Le Comité central de la Garde nationale avait besoin d’être dirigé. Il était indispensable d’avoir une organisation incarnant l'expérience politique du prolétariat et toujours présente — non seulement au Comité central, mais dans les légions, dans les bataillons, dans les couches les plus profondes du prolétariat français. Au moyen des Conseils de Députés, — dans le cas donné c'était des organes de la Garde nationale — le parti aurait pu être en contact continuel avec les masses, connaître leur état d'esprit ; son centre dirigeant aurait pu donner chaque jour un mot d'ordre, qui, par des militants du parti, aurait pénétré dans les masses, unissant leur pensée et leur volonté.

À peine le Gouvernement eut-il reculé sur Versailles, que la Garde nationale se hâta de dégager sa responsabilité, au moment même où cette responsabilité était énorme. Le Comité central imagina des élections « légales » à la Commune. Il entra en pourparlers avec les maires de Paris pour se couvrir, à droite, par la « légalité ».

Si l'on avait préparé en même temps une violente attaque contre Versailles, les pourparlers avec les maires auraient été une ruse militaire pleinement justifiée et conforme au but. Mais en réalité, ces pourparlers n'aient menés que pour échapper par un miracle quelconque à la lutte. Les radicaux petits-bourgeois et les socialistes-idéalistes, respectant la «légalité» et les gens qui incarnaient une parcelle de l'état «légal », les députés,

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les maires, etc., espéraient au fond de leurs âmes que Thiers s'arrêterait respectueusement devant le Paris révolutionnaire, aussitôt que ce dernier se couvrirait de la Commune « légale ».

La passivité et l'indécision furent dans ce cas appuyées par le principe sacré de la fédération et d'autonomie. Paris, voyez-vous, n'est qu’une commune parmi beaucoup d’autres communes. Paris ne veut rien imposer à personne ; il ne lutte pas pour la dictature si ce n’est pour la «dictature de l'exemple ».

En somme, ce ne fut qu'une tentative pour remplacer la révolution prolétarienne, qui se développait, par une réforme petite-bourgeoise : l'autonomie communale. La vraie tâche révolutionnaire consistait à assurer au prolétariat le Pouvoir dans tout le pays. Paris en devait servir de base, d'appui, de place d'armes. Et, pour atteindre ce but, il fallait, sans perdre de temps, vaincre Versailles et envoyer par toute la France des agitateurs, des organisateurs, de la force armée. Il fallait entrer en contact avec les sympathisants, raffermir les hésitants et briser l'opposition des adversaires. Au lieu de cette politique d'offensive et d'agression qui pouvait seule sauver la situation, les dirigeants de Paris essayèrent de s'enfermer dans leur autonomie communale : ils n'attaqueront pas les autres, si les autres ne les attaquent pas ; chaque ville a son droit sacré de self-government. Ce bavardage idéaliste — du genre de l’anarchisme mondain — couvrait en réalité la lâcheté devant l’action révolutionnaire qui devait être menée sans arrêt jusqu’à son terme, car, autrement, il ne fallait pas commencer.

L'hostilité à l'organisation centraliste — héritage du localisme et de l’autonomisme petit-bourgeois — est sans doute le côté le plus faible d'une certaine fraction du prolétariat français. L'autonomie des sections, des arrondissements, des bataillons, des villes, est pour certains révolutionnaires la garantie supérieure de la vraie activité et de l'indépendance individuelle. Mais c'est là une grande erreur, qui a coûté bien cher au prolétariat français.

Sous «forme de lutte contre le centralisme despotique » et contre la discipline «étouffante » se livre une lutte pour la propre conservation des divers groupes et sous-groupes de la classe ouvrière, pour leurs petits intérêts, avec leurs petits leaders d'arrondissement et leurs oracles locaux. La classe ou vrière tout entière, tout en conservant son originalité de culture et ses nuances politiques, peut agir avec méthode et fermeté, sans rester en arrière des événements et en dirigeant chaque fois ses coups mortels contre les parties faibles de ses ennemis, à condition qu’à sa tête, au-dessus des arrondissements, des sections, des groupes, se trouve un appareil centralisé et lié par une discipline de fer. La tendance vers le particularisme, quelque forme qu'elle revête est un héritage du passé mort. Plus tôt le communisme français, — communisme socialiste et communisme syndicaliste — s'en délivrera, mieux ce sera pour la révolution prolétarienne.

Le parti ne crée pas la révolution à son gré, il ne choisit pas à sa guise le moment pour s'emparer du pouvoir, mais il in-

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tervient activement dans les événements, pénètre à chaque instant l'état d'esprit des masses révolutionnaires et évalue la force de résistance de l'ennemi, et détermine ainsi le moment le plus favorable à l'action décisive. C'est le côtée le plus difficile de sa tâche. Le parti n'a pas de décision valable pour tous les cas. Il faut une théorie juste, une liaison étroite avec les masses, la compréhension de la situation, un coup d'œil révolutionnaire, une grande décision. Plus un parti révolutionnaire pénètre profondément dans tous les domaines de la lutte prolétarienne, plus il est uni par l'unité du but et par celle de la discipine, plus vite et mieux peut-il arriver à résoudre sa tâche.

La difficulté consiste à lier étroitement cette organisation de parti centralisée, soudée intérieurement par une discipline de fer, avec le mouvement dés masses avec ses flux et reflux. La conquête du pouvoir ne peut être atteinte qu’à condition d'une puissante pression révolutionnaire des masses travailleuses. Mais, dans cet acte, l'élément de préparation est tout à fait inévitable. Et mieux le parti comprendra la conjoncture et le moment, mieux les bases de résistance seront préparées, mieux les forces et les rôles seront répartis, plus sûr sera le succès, moins de victimes coûterat-il. La corrélation d'une action soigneusement préparée et du mouvement de masse est Ja tâche politico-stratégique de la prise du pouvoir.

La comparaison du 18 mars 1871 avec le 7 novembre 1917 est de ce point de vue très instructive. À Paris, c’est un manque absolu d'initiative pour l'action de la part des cercles dirigeants révolutionnaires. Le prolétariat, armé par le gouvernement bourgeois est, en fait, maître de la ville, dispose de tous les moyens matériels du pouvoir, — canons et fusils — mais il ne s’en rend pas compte. La bourgeoisie fait une tentative pour reprendre au géant son arme : elle veut voler au prolétariat ses canons. La tentative échoue. Le Gouvernement s'enfuit en panique de Paris à Versailles. Le champ est libre. Mais ce n'est que le lendemain que le prolétariat comprend qu'il est maître de Paris. Les «chefs» sont à la queue des événements, les enregistrent, quand ces derniers se sont déjà accomplis et font tout leur possible pour en émousser le tranchant révolutionnaire.

À Pétrograd, les événements se sont développés autrement. Le parti allait fermement, décidément à la prise du pouvoir, ayant partout ses hommes, renforçant chaque position, élargissant toute fissure entre les ouvriers et la garnison d'une part et le gouvernement d'autre part.

La manifestation armée des journées de juillet, c'est une vaste reconnaissance faite par le parti pour sonder le degré de liaison intime entre les masses et la force de résistance de l'ennemi. La reconnaissance se transforme en lutte des avant-postes. Nous sommes rejetés, mais en même temps, entre le parti et les masses profondes s'établit une liaison par l’action. Les mois d'août, de septembre et d'octobre, voient un puissant flux révolutionnaire. Le parti en profite et augmente d'une manière considérable ses points d'appui dans la classe ouvrière et dans la garnison. Plus tard, l'harmonie entre les préparatifs de la conspiration et l’action de masse se fait presque automatiquement. Le Deuxième Congrès des Soviets est fixé pour le 7 novembre. Toute notre agitation antérieure devait conduire à la prise du pouvoir par le Congrès. Ainsi, le coup d'Etat était d'avance adopté au 7 novembre. Ce fait était bien connu et compris par l'ennemi.

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Kerensky et ses conseillers ne pouvaient pas ne pas faire des tentatives pour se consolider, si peu que ce fût, dans Pétrograd pour le moment décisif. Aussi avaient-ils besoin avant tout de faire sortir de la capitale la partie la plus révolutionnaire de la garnison. Nous avons de notre part profité de cette tentative de Kérensky pour en faire la source d’un nouveau conflit, qui eut une importance décisive. Nous avons accusé ouvertement le gouvernement de Kérensky — notre accusation a trouvé ensuite une confirmation écrite dans un document officiel — d'avoir projeté l'éloignement d'un tiers de la garnison de Pétrograd, non pas à cause de considérations d'ordre militaire, mais pour des combinaisons contre-révolutionnaires. Ce conflit nous lia encore plus étroitement à la garnison et posa devant cette dernière une tâche bien définie, soutenir le Congrès des Soviets fixé au 7 novembre. Et puisque le gouvernement insistait — bien que d'une manière assez molle — pour que la garnison fût renvoyée, nous créâmes auprès du Soviet du Pétrograd, se trouvant déjà entre nos mains, un Comité révolutionnaire de guerre, sous prétexte de vérifier les raisons militaires du projet gouvernemental.

Ainsi nous eûmes un organe purement militaire, se trouvant à Ja tête de la garnison de Pétrograd, qui était, en réalité, un organe légal d'insurrection armée. Nous désignâmes, en même temps, dans toutes les unités militaires, dans les magasins militaires, etc., des commissaires (communistes). L'organisation militaire clandestine accomplissait des tâches techniques spéciales et fournissait au Comité révolutionnaire de guerre, pour des tâches militaires importantes, des militants en qui on pouvait avoir pleine confiance. Le travail essentiel concernant la préparation, la réalisation et l'insurrection armée se faisait ouvertement et avec tant de méthode et de naturel que la bourgeoisie, avec Kérensky en tête, ne comprenait pas bien ce qui se passait sous ses yeux. (À Paris, le prolétariat ne comprit que le lendemain de sa victoire réelle — qu'il n'avait pas d’ailleurs consciemment cherchée — qu'il était maître de la situation. A Pétrograd, ce fut le contraire. Notre parti, s'appuyant sur les ouvriers et la garnison, s'était déjà emparé du pouvoir, la bourgeoisie passait une nuit assez tranquille et n'apprenait que le lendemain que le gouvernail du pays se trouvait entre les mains de son fossoyeur.)

En ce qui concerne la stratégie, il y avait dans notre parti beaucoup de divergences d'opinions.

Une partie du Comité Central se déclara, comme on le sait, contre la prise du pouvoir, croyant que le moment n'était pas encore venu de le faire, que Pétrograd se trouverait détaché du reste du pays, les prolétaires des paysans, etc.

D'autres camarades croyaient que nous n'attribuions pas assez d'importance aux éléments de complot militaire. Un des membres du Comité Central exigeait en octobre l'encerclement du Théâtre Alexandrine, où siégeait la Conférence Démocratique, et la proclamation de la dictature du Comité central du Parti. Il disait : en concentrant notre agitation de même que le travail miliaire préparatoire pour le moment du Deuxième Congrès, nous montrons notre plan à l’adversaire, nous lui donnons la possibilité de se préparer et même de nous porter un coup préventif. Mais il n'y a pas de doute que la tentative d'un complot militaire et l'encerclement du Théâtre Alexandrine aurait été un fait trop étranger au développement des événements, que cela aurait été

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un événement déconcertant pour les masses. Même au Soviet de Pétrograd, où notre fraction dominait, une pareille entreprise prévenant le développement logique de la lutte aurait provoqué, à ce moment, un grand désarroi, et surtout parmi la garnison où il y avait des régiments hésitants et peu confiants, en premier lieu les régiments de cavalerie. Il aurait été beaucoup plus facile à Kérensky d'écraser un complot non-attendu par les masses, que d'attaquer la garnison, se consolidant de plus en plus sur ses positions : la défense de son inviolabilité au nom du futur Congrès des Soviets. La majorité du Comité central rejeta donc le plan de l'encerclement de la Conférence démocratique et elle eut raison. La conjoncture était fort bien évaluée : l'insurrection armée, presque sans effusion de sang, triompha précisément Je jour, fixé d'avance et ouvertement, pour L convocation du Deuxième Congrès des Soviets.

Cette stratégie ne peut pourtant pas devenir une règle générale, elle demande des conditions déterminées. Personne ne croyait plus à la guerre avec les Allemands, et les soldats, les moins révolutionnaires, ne voulaient pas partir de Pétrograd au front. Et bien que pour cette seule raison la garnison était tout entière du côté des ouvriers, elle s'affermissait dans son point de vue à mesure que se découvraient les machinations de Kérensky. Mais cet état d'esprit de la garnison de Pétrograd avait une cause plus profonde encore dans la situation de la classe paysanne et dans le développement de la guerre impérialiste. S'il y avait eu scission dans la garnison et si Kérensky avait reçu la possibilité de s'appuyer sur quelques régiments, notre

lan aurait échoué. Les éléments de complot purement militaire conspiration et grande rapidité dans l'action) auraïent prévalu Il aurait fallu, bien entendu, choisir un autre moment pour l'insurrection.

La Commune eut de même la complète possibilité de s'emparer des régiments même paysans, car ces derniers avaient perdu toute confiance et toute estime pour le pouvoir et pour le commandement. Pourtant elle n’a rien entrepris dans ce but. La faute est ici non pas aux rapports de la classe paysanne et de la classe ouvrière, maïs à la stratégie révolutionnaire,

Quelle sera la situation sous ce rapport dans les pays européens à l’époque actuelle ? Il n'est pas facile de prédire quelque chose là-dessus. Pourtant les événements se développant lentement et les gouvernements bourgeois faisant tous leurs efforts pour utiliser l'expérience passée, il est à prévoir que le prolétariat pour s'attirer les sympathies des soldats aura, à un moment donné, à vaincre une grande résistance, bien organisée. Une attaque habile et à l'heure propice de la part de la révolution sera alors nécessaire. Le devoir du parti est de s'y préparer. Voilà justement pourquoi il doit conserver et développer son caractère d'organisation centralisée, qui dirige ouvertement le mouvement révolutionnaire des masses et est, en même temps, un appareil clandestin de l'insurrection armée.

La question de l'éligibilité du commandement fut une des raisons du conflit entre la Garde nationale et Thiers. Paris re-

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fusa d'accepter le commandement désigné par Thiers. Varlin formula ensuite la revendication d'après laquelle tout le commandement de la Garde nationale, d'en bas jusqu'en haut, devrait être élu par les gardes nationaux eux-mêmes. C'est là que le Comité central de la Garde nationale trouva son appui.

Cette question doit être envisagée des deux côtés : du côté politique et du côté militaire, qui sont liés entre eux, mais qui doivent être distingués. La tâche politique consistait à épurer la Garde nationale du commandement contre-révolutionnaire. L'éligibilité complète en était le seul moyen, la majorité de la Garde nationale étant composée d'ouvriers et de petits-bourgeois révolutionnaires. Et de plus, la devise «éligibilité du commandement » devant s'étendre aussi à l'infanterie, Thiers aurait été d'un seul coup privé de son arme essentielle, les officiers contre-révolutionnaires. Pour réaliser ce projet, il manquait une organisation de parti, ayant ses hommes dans toutes les unités militaires. En un mot, l'éligibilité avait dans ce cas pour tâche immédiate non pas donner aux bataillons de bons commandants, mais les libérer de commandants dévoués à la bourgeoisie, L'éligibilité servit de coin pour scinder l'armée en deux parties suivant la ligne de classe. Ainsi les choses se passèrent chez nous à l'époque de Kérensky, surtout à la veille d'Octobre.

Mais la libération de l’armée du vieil appareil de commandement amène inévitablement l’affaiblisement de la cohésion d'orpur et l'abaissement de la force combative. Le comman-

ment élu est le plus souvent assez faible sous le rapport technico-militaire et en ce qui touche le maintien de l'ordre et de la discipline. Ainsi, au moment où l'armée se libère du vieux commandement contre-révolutionnaire qui l'opprimait, la question surgit de lui donner un commandement révolutionnaire, capable de remplir sa mission. Et cette question ne peut aucunement être résolue par de simples élections. Avant que les larges masses de soldats acquièrent l'expérience de bien choisir et de sélectionner des commandants, la révolution sera battue par l'ennemi, qui est guidé dans le choix de son commandement par l'expérience des siècles. Les méthodes de démocratie informe (la simple éligibilité) doivent être complétées et dans une certaine partie remplacées par des mesures de sélection d'en haut. La révolution doit créer un organe composé d'organisateurs expérimentés, sûrs, dans lesquels on peut avoir une confiance absolue, lui donner pleins pouvoirs pour choisir, désigner et éduquer le commandement. Si le particularisme et l’autonomisme démocratique sont extrêmement dangereux pour la révolution prolétarienne en général, ils sont dix fois plus dangereux encore pour l'armée. Nous l'avons vu par l'exemple tragique de la Commune.

Le Comité central de la Garde nationale puisa son autorité dans l'éligibilité démocratique. Au moment où le Comité central avait besoin de développer au maximum son initiative dans l'offensive, privé de la direction d’un parti prolétarien, il perdit la tête, se hâta de transmettre ses pouvoirs aux représentants de la Commune, qui avait besoin d’une base démocratique plus large. Et ce fut une grande erreur dans cette période, de jouer aux élections. Mais une fois les élections faites et la Commune réunie, il fallait concentrer d’un seul coup et entièrement dans la Commune et créer par elle un organe possédant un pouvoir réel pour réorganiser la Garde nationale. Il n’en fut pas ainsi.

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À côté de la Commune élue restait le Comité central; le caractère d'éligibilité de ce dernier lui donnait une autorité politique grâce à laquelle il pouvait faire concurrence à la Commune, Mais cela le privait en même temps de l'énergie et de la fermeté nécessaires dans les questions purement militaires qui, après l'orpos de la Commune, justifiaient son existence. L'éligibilité, es méthodes démocratiques ne SONT QU'UNE DES ARMES entre les mains du prolétariat et de son parti. L'éligibilité ne peut aucunement être fétiche, remède contre tous les maux. Il faut combiner les méthodes d'éligibilité avec celles de désignations. Le pouvoir de la Commune vint de la Garde nationale élue. Mais une fois créée la Commune aurait dû réorganiser d'une main bien forte la Garde nationale de haut en bas, lui donner des chefs sûrs et établir un régime de discipline bien sévère. La Commune ne l’a pas fait, étant privée elle-même d'un puissant centre directeur révolutionnaire, Aussi fut-elle écrasée.

Nous pouvons ainsi feuilleter page par page toute l'histoire de la Commune, et nous y trouverons une seule leçon : il faut une forte direction du parti. Le prolétariat français plus qu'aucun autre prolétariat a fait des sacrifices à la Révolution. Mais plus qu'aucun autre aussi, a-t-il été dupé. La bourgeoisie l'a plusieurs fois ébloui par toutes les couleurs du républicanisme, du radicalisme, du socialisme, pour lui mettre toujours des chaînes capitalistes. La bourgeoisie a apporté par ses agents, ses avocats et ses journalistes, toute une masse de formules démocratiques, parlementaires, autonomistes qui ne sont que des entraves aux pieds du prolétariat et qui gênent son mouvement en avant.

Le tempérament du prolétariat français est une lave révolutionnaire. Mais cette lave est recouverte à présent des cendres du scepticisme — résultat de plusieurs duperies et désenchantements. Aussi, les prolétaires révolutionnaires de la France doivent-ils être plus sévères envers leur parti et dévoiler plus impitoyablement la non-conformité entre la parole et l’action. Les ouvriers français ont besoin d’une organisation d'action, forte comme l'acier avec des chefs contrôlés par les masses à chaque nouvelle étape du mouvement révolutionnaire.

Combien de temps l'histoire nous donnera-t-elle pour nous préparer ? Nous ne le savons pas. Durant cinquante ans la bourgore française détint le pouvoir entre ses mains, après avoir

rigé la Troisième République sur les os des communards. Ces

lutteurs de 71 ne manquaient pas d’héroïsme. Ce qui leur manquait, c'était la clarté dans la méthode et une organisation dirigeante centralisée. C'est pourquoi ils ont été vaincus. Un demisiècle s'écoula, avant que le prolétariat de France püt poser la question de venger la mort des communards. Mais cette fois, l’action sera plus ferme, plus concentrée. Les héritiers de Thiers auront à payer la dette historique, intégralement.

L. TROTSKY. Zlatoouste, 4 février 1921.

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Chronologie sommaire de la Commune

12 juillet

15 juillet

19 juillet 6 août 7 août 89 août

14 août

18 aoû:

2 septembre

4 septembre

5 septembre

6 septembre

: Maniteste des sections parisiennes de la I"

Internationale contre la guerre.

: Manifestation de l'Internationale à Paris : « Vi-

ve la Paix.»

: L'Empire français déclare la guerre à la Prusse. : Premières défaites des troupes de l'Empire.

: Paris est mis en état de siège.

: Manifestations populaires contre l'Empire.

: Echec d'une tentative d’insurrection des blan-

quistes.

: Encerclement de l’armée de Bazaine à Metz.

: Capitulation de l'armée de Mac Mahon et Na-

poléon.

: L'Empire s'écroule. Les ouvriers de Paris procla-

ment la République. Les députés de Paris forment aussitôt un gouvernement dit de « défense nationale ».

: Les Comités de Vigilance créés dans chaque

quartier élisent un Comité de Coordination des Vingt Arrondissements, premier embryon de double pouvoir.

: Le gouvernement désigne les maires et adjoints

des arrondissements de Paris, afin de remplacer les institutions bonapartistes défuntes par de nouvelles institutions bourgeoises.

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8 septembre

15 septembre

18 septembre 22 septembre 28 septembre

27 octobre 31 octobre

1* novembre :

3 novembré

5 novembre

6 novembre

: Le gouvernement ajourne les élections qu'il avait

promises le 4,

: Tandis que le gouvernement négocie avec les

Prussiens, le Comité des Vin Arrondissements expose son programme : élections immédiates, abolition de la police d'Etat; armement de tous les Français.

: Début du siège de Paris par les armées prus-

siennes.

: Premières manifestations des délégués des Vingt

Arrondissements et de la Garde Nationale en faveur de la Commune.

: Echec de l'agitation ouvrière à Lyon. : Capitulation de l’armée de Metz. : Les gardes nationaux occupent l'Hôtel de Ville,

installent leur gouvernement. Celui-ci hésite, transige, se retire.

Commune à Marseille.

: Plébiscite à Paris qui maintient en place le

gouvernement bourgeois.

: Election des maires parisiens (12 pro-gouver-

nementaux, 8 opposés).

: Débuts d'une répression sévère contre le mou-

vement ouvrier parisien.

5 janvier 18 janvier

22 janvier

28 janvier

8 février

17 février

: Début du bombardement de Paris. : Proclamation de l’Empire allemand à Versailles.

: Deuxième insurrection de la garde nationale,

réprimée dans le sang.

: Capitulation de Paris, que les Prussiens n'oc-

cupent et ne désarment pas, à la demande des ministres bourgeois qui craignent des réactions violentes.

: Election d’une Assemblée Nationale dont le

seul mandat doit être de signer la paix. Majorité monarchiste de grands propriétaires.

: Thier est élu par l’Assemblée chef du pouvoir

exécutif.

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24 février

26 février

1 mars

3 mars

8 mars

10 mars

11 mars

13 mars

16 mars

18 mars

19 mars

21-22 mars

: Assemblée générale de 2000 délégués de la

Garde Nationale à Paris, qui votent la « résistance armée ».

: La Garde Nationale transporte les canons de Pa-

ris dans les quartiers populaires. Les préliminaires de paix sont signés à Versailles par le gouvernement.

: L'armée prussienne défile sur les Champs-

Elysées. He Nationale vote les conditions de aix.

: Thiers engage l'épreuve de force avec le mou-

vement ouvrier : d’Aurelle de Paladines, le « général-jésuite» est nommé commandant de la Garde Nationale.

: Première tentative du gouvernement pour dé-

sarmer Paris. Echec.

: L'Assemblée Nationale choisit Versailles — et

non Paris — pour lieu de résidence, et déclare la République expédient provisoire.

Elle vote une loi sur l’exigibilité immédiate des effets de commerce (loi provocatrice destinée à «casser» le mouvement de la petite bourgeoisie). Elle supprime la solde des gardes nationaux.

: Le gouvernement suspend six journaux répu-

blicains et condamne à mort plusieurs chefs révolutionnaires.

: Election du COMITE CENTRAL DE LA GARDE

NATIONALE.

: Echec de la deuxième tentative gouvernemen-

tale de s'emparer des canons parisiens.

: Troïsième tentative pour désarmer Paris. In-

surrection de la Garde Nationale et de la population ouvrière. Fraternisation des troupes. Deux généraux sont fusillés.

Mouvement de panique : le gouvernement, la police, l'armée, les classes riches, la pègre, abandonnent Paris pour se réfugier à Versailles. Paris est aux mains des travailleurs,

: Malgré l'opposition des maires, le C.C. de la

Garde Nationale annonce les élections pour la Commune, et déclare la levée de l'Etat de Siège.

: Manifestations à Paris des «amis de l’ordre »,

dispersées par la force.

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22-25 mars 24 mars

24-27 mars 24-28 mars

26 mars

28 mars

30 mars

1% avril

2 avril

3 avril

4 avril

5 avril

10 avril

16 avril

19 avril

20 avril

23 avril

: Commune à Lyon.

: Commune à Narbonne.

: Commune à Toulouse.

: Commune à Saint-Etienne,

: Commune au Creusot,

Les élections pour la Commune de Paris, acceptées par les maires, se déroulent dans le c e. Majorité pour les «communards ».

: PROCLAMATION DE LA COMMUNE.

Le C.C. de la Garde Nationale se retire en sa faveur, mais garde ses pouvoirs militaires. Première mesure : abolition de la «police des mœurs ».

: La Commune décrète la remise des loyers

échus pendant la guerre, la suppression de la police et de l’armée permanente, la généralisation de la Garde Nationale, confirme dans leurs fonctions les étrangers élus le 26.

: Le salaire maximum des fonctionnaires de la

Commune est fixé à 6000 F par an.

: Décret sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat,

et la socialisation des biens du clergé. Première attaque de l'armée versaillaise reconstituée contre Paris.

: Echec des opérations militaires de la Commu-

ne contre Versailles. Massacre des prisonniers communards par les Versaillais.

: Ecrasement sanglant de la Commune de Mar-

seille.

: Décret de la Commune sur les otages.

: Derniers échecs des «conciliateurs» entre Pa-

ris et Versailles,

: Décret de la Commune sur la reprise des ate-

liers abandonnés par les associations ouvrières. Elections complémentaires à la Commune.

: Déclaration au peuple français (programme

de la Commune).

: Abolition des bureaux de placements, suppres-

sion du travail de nuit dans les boulangeries. Interdiction des Monts de Piété.

: Thiers ayant reconstitué une armée suffisam-

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30 avril

1% mai

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21-28 mai

ment puissante rompt définitivement tous pourparlers avec la Commune,

: Elections municipales précipitées en provin-

ce : majorité républicaine.

: Contre l'avis d’une minorité de ses membres,

la Commune crée un Comité de Salut Public.

: Abolition du serment politique et du serment

professionnel.

: Alors que les Versaillais serrent Paris de plus

en plus près, la Commune et le C.C. de la Garde Nationale se disputent la direction militaire.

: Ultimatum de Thiers aux Parisiens.

: La Commune bloque toute hausse du prix du

pain. Les Versaillais s'emparent du Fort d’Issy.

: Le gouvernement signe précipitamment la paix

avec l'Empire allemand,

: Le fort de Vanves est occupé par les Ver-

saillais.

: L'ARMEE VERSAILLAISE PENETRE DANS

PARIS.

: Semaine Sanglante et derniers combats de la

Commune. Incendie de Paris. Exécutions en masse (le gouvernement avouera 17000 exécutions, les rescapés disent 100000, après que tout combat eut cessé).

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sus

Bibliographie élémentaire

BIBLIOGRAPHIE ÉLÉMENTAIRE SUR LA COMMUNE

V.I LÉNINE, L'Etat et la révolution (août-septembre 1917), Editions de Moscou.

V.I. LÉNINE, La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky (octobre: -novembre 1918), Editions de Moscou.

ÿ YF Terrorisme et communisme (1920), Editions

C. TALEs, La Commune de 1871, Editions Spartacus.

P.O. LissaGaray, Histoire de la Commune de 1871, Petite Collection Maspero. .

Louise Micuet, Souvenirs sur la Commune, Petite Collection Maspero.

Karl Marx, La guerre civile en France, Editions Sociales.

J. ROUGERIE, Procès des communards, Archives Julliard.

J. ROUGERIE, Paris libre 1871, Le Seuil, collection Politique.

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Table

1. Célébrer le centenaire de la Commune ..............

2. F. Engels (mars 1891) : Pour le XX° anniversaire de la PDALMAAE este etnastesoiuieinir:e ciele emule pie Stores nee 87e 0

ww

. V.I. Lénine (mars 1908) : Les enseignements de la Com- RARE EDR secret res ete moine sais sas sou cuis ia et à

4, V.I. Lénine (avril 1911) : À la mémoire de la Commune

un

. Préface de Léon Trotsky au livre de Talès « La Commune de 1871», Les Leçons de la Commune (février RE ER nee dues Men Da na maiter ee

MrClronologiéSominuire 2.215048 ne EME don see 60 se

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Âcnevé D'IMPRIMER EN MARS 1971 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE CH. CORLET, 22-26, RUE DE VIRE, A 14 - CONDÉ-SUR-NOIREAU DÉPÔT LÉGAL : 1% TRIMESTRE 1971 N° IMPRIMEUR : 8638. N° ÉDITEUR : 436 PREMIER TIRAGE : 5.000 EXEMPLAIRES

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