La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges

La médecine confisquée

Cahiers rouges, n° 2, avril 1969 · 17 182 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • 1
  • Santé et capital
  • Santé et Sécurité sociale
  • La réforme hospitalo-universitaire
  • L’enseignement nouveau 2
  • Critiques des programmes santé du PSU et du PCF 3
  • Vers des revendications transitoires
  • La santé aux travailleurs et aux médecins
  • Une seule formation pour les médecins praticiens

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la médecine confisquée

documents £) de formation communiste n°2

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Cahiers Rouge» N° 2

La médecine confisquée

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - s°

PARIS

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Avertissement

Lénine disait qu'une situation devient révolutionnaire à l'évidence lorsque même les garçons de café et les coiffeurs se mettent en grève.

Les étudiants en médecine étaient classiquement les garçons de café et les coiffeurs du Quartier latin.

Soumis à un «cursus universitaire » où la brimade et l’abrutissement font bon ménage pendant une petite dizaine d'années de leur vie, tous ces fils de bonne bourgeoisie (pour 95 % d'entre eux) semblaient résolus à monnayer leur progression dans la carrière comme autant de salive dépensée à lécher les bottes des mandarins, grands patrons, grands seigneurs de la médecine française.

Or, les étudiants en médecine ont été partie prenante du combat de mai, ils ont comme de vulgaires sorbonnards occupé leur faculté, destitué leurs grands patrons. Chez les médecins, les remous de mai se marqueront par l'occupation du Conseil de l'Ordre. À la rentrée universitaire, Médecine se trouve en tête de la bataille des examens. Toute une tradition d'apolitisme se trouve bouleversée.

Plus importants peut-être que la « contestation » universitaire sont les liens révolutionnaires qu'ont tissé les étudiants en médecine avec les travailleurs du secteur hospitalier. Dans l'occupation des C.H.U., dans le soutien à la grève, se forme ce bloc, impensable jadis, entre les étudiants et les infirmières, infirmiers et autres travailleurs, contre le bloc des patrons, des médecins titrés et réactionnaires. Les étudiants en médecine refusent de considérer les problèmes de la «réforme universitaire » comme des problèmes coupés de ceux que pose l'exercice de la médecine, ils refusent de discuter avec l'Etat et les patrons une réforme des études médicales àlors que les principaux intéressés, les travailleurs, sont exclus. Ils refusent de considérer que les problèmes de la médecine sont des problèmes de réformes techniques, ne concernant que les médecins. Ils savent que ce sont des problèmes politiques généraux, dont la solution est entre les mains des travailleurs eux-mêmes.

Cette brochure ne vise pas à décrire tous les aspects de la santé en France (médecine du travail, psychiatrie..). Elle n'offre pas Don plus un catalogue détaillé du délabrement des hôpitaux publics.

Elle tente, à travers une étude des ordonnances de la Sécurité Sociale et de la réforme hospitalo-universitaire, de mettre à jour les contradictions qu'engendrent la loi de la valeur dans le développement de la santé.

Surtout, cette brochure voudait être un instrument de combat pour les militants, étudiants et travailleurs de santé, en lutte pour le socialisme.

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Introduction

Rompant avec les schémas réformistes classiques, nous n'avons point l'intention de dénoncer les rouages mal huilés de la machine économico-administrative : c'est l'ensemble de la machine que nous réfutons.

Si chaque société effectue ses choix en fonction des intérêts de la classe dominante, la grande habileté de la société capitaliste est de faire croire qu'il n'y a pas d’autres choix économiques que les siens. enlisant le problème dans les débats parlementaires sur la répartition budgétaire. En effet, comme l'écrit Marx, dans sa lettre à Kugelmann du 11 juillet 1868 : « L'ironie de la société bourgeoise consiste précisément en ceci : a priori, il n’y a aucune réglementation sociale concertée de la production.» Et de fait, tout économiste bourgeois raisonne comme si l'économie bourgeoise était celle qui assure, et la croissance la plus harmonieuse des forces productives, et, en fonction des «lois naturelles », la meilleure répartition du « surproduit né du travail social ». C'est négliger que «dans un état où le travail social n'est qu'un échange privé», la répartition du surproduit ne peut se faire précisément que selon la loi de la valeur. Pour reprendre le mot même de Marx, nous ne nions nullement « la nécessité de la répartition du surproduit né du travail social», mais nous disons que «la forme déterminée de la production sociale peut modifier le mode de manifestation» de cette répartition. C'est en nous plaçant résolument d'un point de vue de classe, mais du point de vue de la classe actuellement la plus aliénée, le prolétariat, que nous examinerons les conséquences de la ré ation des dépenses de santé par la loi de la valeur.

Mieux, nous tenterons d'élucider le retentissement du jeu de la loi de la valeur sur les études médicales et sur la pratique médicale, même si certains patrons et bon nombre de praticiens et de malades n'ont pas conscience de pratiquer ou de subir une médecine de classe. En effet, la société oblige l'individu à ne penser que dans un seul cadre de référence, et l'idéologie reflétée au médecin par la société, l'intègre dans le système d'exploitation capitaliste.

Mais pour peu que les mécanismes mêmes de la loi de la valeur n’amènent, au nom des fins économiques, à séparer les médecins en deux catégories de plus en plus distantes («élite » hospitalière et praticiens), à diminuer la consommation médicale des travailleurs, à contrôler les actes médicaux, voilà le médecin et plus encore l'étudiant en médecine soumis à l'affrontement entre son idéologie sociale et sa fonction sociale. Dès lors se forme une nouvelle génération de médecins angoissés par la société dont ils se croyaient les enfants chéris, et qui risque de les frapper à leur tour.

Un deuxième niveau de conscience est traduit par les idéologies réformistes de gauche, P.S.U., P.C.. S.FIO, voire par la

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C.S.M.F1. Une autre « politique de santé » est demandée sans que soit pour autant remis en cause le système capitaliste : et voilà les médecins accusant la Bombe qui prend tout : « reprenons à la Bombe ce qu'elle nous a pris!»

Un stade supérieur est atteint lorsqu'on fait appel à la nécessité d'une autre société où ne joueraient plus « les lois de l'échange privé », c'est-à-dire où seraient collectivisés les moyens de production. Or une telle politique, seule la classe ouvrière est capable de la mener et de la faire aboutir.

Dans le régime socialiste, la « nécessaire répartition du surproduit social » ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Mais elle se fera selon d'autres critères que la loi de l'offre et de la demande, et les intérêts du capitalisme. Certes elle se fera toujours selon des intérêts de classe — ceux du prolétariat — et en ce sens cette brochure est partisane. La politique de santé que nous réclamons est donc celle dans laquelle les besoins de la santé seront fixés non par les lois du marché, mais par les besoins réels du prolétariat.

Mais il se trouve que la classe ouvrière ne peut s'émanciper qu'en « émancipant l'Humanité tout entière ». En sorte qu'il est particulièrement vrai qu’une politique de santé socialiste profiterait aussi à la paysannerie et aux classes dites moyennes. Elle profiterait même, à long terme, aux capitalistes eux-mêmes comme individus. Maïs il n’est pas nouveau que la bourgeoisie en tant que classe ne se laisse jamais guider par cette notion, sinon, se rappelant la phrase de Marx sur « l’aliénation des aliénateurs eux- ES », elle aurait détruit d'ellemême son propre pouvoir de classe.

Le corps médical lui, dans son ensemble, n’a donc que deux possibilités : .

— ou bien se ranger du côté de la bourgeoisie et voir sa profession se dégrader et l’on ne s’étonnera pas qu'une telle position n’ait été choisie que par ceux qui ne risquent rien : les mandarins et les poujadistes de l'U.S.M.F:;

— ou bien se ranger du côté de la classe ouvrière, seule capable de lui assurer sa qualification professionnelle. Une minorité, surtout d'étudiants et de jeunes médecins, l’a aujourd’hui compris.

Mais que survienne comme en mai une crise révolutionnaire et la masse des indécis qui s'interrogent sur leur avenir et qui sont guidés par leurs soucis immédiats, ceux-là même qui suivent actuellement la bourgeoisie, faute de perspectives à long terme, basculera alors du côté du prolétariat. Cette jonction sera d'autant plus rapide que les contradictions du système seront plus aiguës ou qu'elles seront mieux perçues:

Cette brochure vise à en être un premier et modeste jalon, mais à travers cette analyse, elle veut laisser distinguer la possibilité de revendications transitoires qui, au sein d’un programme de transition. intégrant les autres secteurs, fourniront la perspective d’une société socialiste en France.

Le parti révolutionnaire capable de fournir aux militants de l'avant-garde de Mai une force collective en les armant d'un tel programme est encore à construire. Mais l'échéance est sans doute proche, et d'autant plus rapprochée que solides seront ses fondations. Tous peuvent et doivent y contribuer.

1. Confédération des Syndicats Médicaux Français. 2. Union des Syndicats Médicaux Français.

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Santé et capital À. — SANTE ET SECURITE SOCIALE

I. DEVELOPPEMENT ET DENATURATION 1. Avant 1945.

Le développement limité de la technique médicale empêche l'existence d'une véritable industrie pharmaceutique (sauf avant: guerre vers 1938, les sulfamides. Il est intéressant de noter que déjà, leur production relève d'investissements venus de l'industrie chimique). En tout état de cause, l'exploitation de la pee se limite à quelques « laboratoires » semni-artisanaux au déve pe pement totalement anarchique, régi par les lois du capitalisme de libre concurrence.

À l'époque le « droit à la santé pour tous» n'est ni reconnu ni même envisagé.

On sort d'une période où la reproduction de la force de travail se faisait par la prolétarisation de nouvelles couches sociales et de ce fait, l'entretien de la force de travail était réduit au minimum, compte tenu des conditions du marché de la main-d'œuvre d'une part et de l'état des luttes ouvrières d'autre parti.

insi ce sont le jeu des lois du marché et les offensives revendicatives des travailleurs, marquées notamment par l'obtention des Assurances Sociales, qui ont provoqué une extension de la santé et non une politique concertée des capitalistes.

Cependant la « vraie santé» reste un privilège de la classe dominante. Deux faits l'attestent : d’une part le faible taux de médicalisation, c'est-à-dire qu'une faible partie de la population, surtout urbaine, bénéficie d'un encadrement médical (cf annexe 1); d'autre part le « libéralisme médical » qui, sous le « libre choix du médecin par le malade » et « l'entente directe sur le taux des honoraires », ne fait que masquer la médecine de classe :

— Seule la bourgeoisie a les moyens financiers de « s'entendre » avec les médecins les plus réputés et partant les plus chers (dans cé ne où la «qualification» et la «réputation» se monnaient) ;

1. L'état du marché de la main-d'œuvre explique notamment l'acceptation par la bourgeoisie de la législation sur les accidents du travail qui assure au capital une certaine continuité de la main-d'œuvre et un entretien minimal de la force de travail,

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— la petite bourgeoisie « peut se payer le médecin » tout court ;

— pour les classes ouvrière et paysanne, dont l'encadrement (hygiène sociale, médecine préventive...) est lamentablement bas, la Santé n'est strictement que le résultat d’un hasard ou d’une opération charitable (les hôpitaux, non rentabilisables, sont des lieux d’« assistance publique »).

2. Naissance de la Sécurité Sociale :

1945 marque un puissant mouvement offensif de la classe ouvrière qui réclame entre autres, le droit à la Santé. C'est-à-dire en fait, le droit pour chaque individu d'accéder à tous les soins curatifs et préventifs, physiques et psychiques, compatibles avec l'état de développement des forces productives, sans notion de rentabilité.

Cette revendication conjointement à d’autres signifiait, en 1945, que la classe ouvrière, entraînant avec elle la majorité de la paysannerie et de la petite bourgeoisie, posait le problème du POU- VOIR. Cependant que le Parti communiste prônait « L'Union Nationale », la « remise sur pied de l'économie » sans même préciser pour le compte de qui...

Ainsi fut instituée la Sécurité Sociale, dont la signification était bien différente pour le Capital et pour la classe ouvrière.

Le Capital avait accordé la Sécurité Sociale comme un mal nécessaire : — car elle pouvait présenter dans la politique d’« Union Nationale » quelques avantages : relance de la consommation minimale (volant de sécurité en cas de crise’; aide à la remise sur pied puis à la reproduction de la force de travail) — car elle était dénaturée dès le départ : en effet, l'Etat, c’est-à-dire la classe dominante, gardait en fin de compte le pouvoir de décision économique — donc gardait le pouvoir de fixer la part du budget attribuée à la Santé en fonction des intérêts économiques du Capital.

Pour la classe ouvrière, les prestations de Sécurité Sociale constituaient un salaire différé centralisé : une part importante du salaire (plus du quart) qui, au lieu d'être versés directement au travailleur était centralisée et gérée par des organes représentant l'ensemble de la classe. Cette masse salariale pouvait constituer, entre les mains du prolétariat, une arme redoutable dans la lutte contre l'organisation capitaliste de la santé. Hélas ! les « représentants » de la classe ouvrière, se comportant en « bons gestionnaires » (alors même que le plafonnement des cotisations faisait payer directement les ouvriers pour les cadres qui « consomment » trois fois plus de santé qu'eux), ne remirent nullement en cause le système capitaliste de distribution des soins. Pour éviter de braquer médecins et pharmaciens dont ils cherchaient, au nom de l’union'‘avec les classes moyennes, l'alliance électorale, le P.CF. et la C.G.T. laissèrent la Sécurité Sociale financer un système de soins régi par la recherche du profit. Ils laissèrent le gouvernement et le patronat démanteler peu à peu l'institution « démocratique » qu'était la S.S., en tant qu'ébauche d’auto-organisation de la classe ouvrière : le patronat affirmait que ses «cotisations» étant à l'origine du gros des ressources de la SS., il devait avoir la première place dans la gestion. La comparaison des salaires français

2. Même en cas de chômage, la S.S. continue à verser certaines prestations, donc à assurer une certaine consommation.

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avec les salaires de tout autre pays capitaliste avancé où n'existe pas de prestations S.S. démontre assez que lesdites prestations ne sont qu'une forme de salaire, la masse salariale (salaire direct + salaire différé) restant constants, et non le cadeau d'un patronat philanthrope.

3. Evolution du système. Les conventions.

Ainsi, pendant un certain temps va se développer la logique de la politique « droit à la Santé pour tous ». Mais simultanément, à contrecourant, un fort processus d'intégration aboutira aux ordonnances, tant il est vrai que toute revendication de type transitoire accordée isolément des autres revendications du programme de transition, pourra au bout d’un long processus de dénaturation être finalement intégrée, non sans avoir, pendant quelque temps, introduit quelques éléments de distorsion.

Ainsi, si la Sécurité Sociale a entraîné indubitablement une expansion des soins, celle-ci fut limitée (si la mortalité chutait globalement, l'écart entre classes sociales se réduisait, mais ne se comblait pas; de plus, nombreux étaient les exclus de la S.S..) et totalement anarchique (car les lois de croissance du secteur santé étaient celles du capitalisme de libre concurrence).

En 1960, dans la logique de 1945, qui visait à augmenter la « consommation » médicale des travailleurs, mais aussi dans le but d'adapter la Santé aux réalités économiques et sociales capitalistes, furent créées les. conventions médicales.

En effet, l'Etat en refusant, au nom du libéralisme, d'imposer ces conventions à l'ensemble du corps médical, institutionnalisait deux catégories de médecins, complétant la dualité hospitalisation publique-hospitalisation privée.

En créant ces deux catégories, c'est la médecine de classe que l'Etat lui-même reconnaissait ou plutôt légalisait :

— une médecine conventionnée où le médecin soigne 50 malades par jour ; .

— une médecine «titrée» non conventionnée où le médecin dans le même temps en soigne 10 (sans pour autant gagner moins d'argent que Je précédent !). L |

Certes, nous reconnaissons le pas en avant réalisé grâce aux conventions ; il n’est pas question pour nous de prôner la soidisant « entente », prétendue «libre » sur les honoraires ; ce que nous montrons c'est qu'il fallait dénoncer, au-delà des conventions, la médecine de classe, ce que ne firent par les « représentants de la classe ouvrière. »

4. La montée des contradictions.

Tant que la Sécurité Sociale ne prenait que la part préalablement fixée par le Capital dans le revenu national, elle pouvait sans difficulté jouer un rôle double : .

— pdur l'employeur : entretien de la force de travail ;

— pour l'industrie pharmaceutique, la Sécurité Sociale assurait une expansion dénuée de tout frein économique dans la mesure où la Sécurité Sociale et les Mutuelles remboursaient quasi intégralement tout produit.

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D'où la constitution, facilitée par la révolution scientifique en médecine, d'une industrie chimio-thérapeutique, les capitaux venant surtout du secteur bancaire ou chimique. Dans cette phase vont jouer à plein les concentrations, les fusions, absorptions et diminutions des secteurs artisanaux du capitalisme de libre concurrence.

Or, depuis quelques années, les dépenses de Santé croissaient deux fois plus vite que le revenu global. Ceci est normal pour un secteur « avancé » de l'économie — par exemple l'électronique —. Mais contrairement aux secteurs de pointe, la Sécurité Sociale est une structure autonome dont la prise en charge par l'Etat, au-dessus d’un taux convenable d'entretien de la force de travail, n'a aucun intérêt financier en régime capitaliste (cf annexe 2). La croissance du déficit de la Sécurité Sociale soulevait deux ordres de contradictions : ‘

— une contradiction politique, puisque par le biais de ce déficit, les travailleurs avaient un pouvoir de décision, aussi limité fût-il, sur la répartition du surproduit national ;

— une contradiction économique puisque par le mécanisme de la Sécurité Sociale, l'ensemble du « capitalisme non sanitaire » favorisait la croissance des «capitalistes sanitaires ».

Aussi les capitalistes virent-ils la nécessité de limiter leurs charges, donc la croissance des dépenses de Santé, ce qui aboutit secondairement à limiter un besoin collectif sur l'exploitation duquel se développent les trusts pharmaceutiques.

Il allait falloir harmoniser la croissance du secteur Santé à celle des autres secteurs : le « capital santé» devra assurer sa reproduction élargie sans créer pour autant une situation inflationniste, par l'augmentation des charges des autres secteurs.

Deux faits devaient précipiter le recours aux ordonnances :

— d'une part la mise en place du Marché Commun qui accroît la compétition (d'ailleurs les services de santé anglais et allemands ont limité leurs dépenses de Santé);

— d'autre part la réapparition d'un volant de chômage. En effet, l'amortissement de la « révolution technologique » d’aprèsguerre signifie la fin du «cycle long» d'expansion, la fin du relatif plein emploi et l'entrée dans un cycle long de récession, avec la réapparition d'un volant de chômage.

Dès lors cette tendance récessive (même s'il existe des cycles courts d'expansion) fait apparaître les hauts salaires et les charges salariales comme une entrave pour les capitalistes, d'autant que point n'est besoin de «s'attacher» la main-d'œuvre. Au contraire, les concessions faites sur la Sécurité Sociale deviennent subitement « insupportables » pour le patron.

On notera que là encore, il n’y a pas de « politique planifiée » par de Gaulle, mais ajustement de sa politique en fonction des réalités économiques indépendantes de sa volonté : les lois du marché régies par la loi de la valeur.

5. Pour harmoniser la croissance du secteur Santé au « revenu national », de quelles solutions dispose le capitalisme ?

— augmenter les cotisations salariales à salaire égal. Mais

cette diminution du pouvoir d'achat des travailleurs (outre qu'elle

est lourde de mécontentements en puissance) implique une dimi-

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nution de la consommation intérieure et donc une tendance à la crise des secteurs qui voyaient déjà leur expansion gênée par la SsS.

Cette solution n'est donc que modérément applicable. Elle. sera toutefois partiellement retenue dans les ordonnances.

— augmenter les charges patronales, ce qui revient soit à augmenter les prix de revient, soit à diminuer les taux de profit. Dans le premier cas, la consommation intérieure mais aussi extérieure, malgré les subventions à l'exportation, tendent à diminuer.

Dans le second cas, le renouvellement du capital et son accroissement sont touchés. Là aussi l'expansion est freinée. — C'est ce que refuse le patronat (y compris paradoxalement les capitalistes du secteur santé qui protestent contre le taux trop élevé des « charges » de la Sécurité Sociale alors qu'ils. construisent leur développement sur la dite Sécurité Sociale) —. Aussi ne peuton jouer que modérément avec ces charges.

— faire prendre en charge le déficit par l'Etat, c'est-à-dire redistribuer son budget, l'obligeant à «pomper» sur d'autres secteurs, brisant l'expansion ;

— ainsi l'idéal pour la majorité des capitalistes serait de revenir sur la concession de la Sécurité Sociale. C'est-à-dire laisser aux ouvriers le coût intégral des soins, ce qui ne veut pas dire réduire leurs soins à zéro, mais ce qui ferait disparaître une structure obligeant tous les capitalistes à en subventionner une minorité. Mais cela provoquerait un mécontentement explosif ! De plus le capital monopoliste est étroitement imbriqué (le capital bancaire, chimique — cf Rhône-Poulenc — ne peut remettre en cause totalement un de ses secteurs d'investissements sans briser sa propre expansion). Aussi cette solution ne sera que partiellement retenue.

Ainsi les ordonnances ne seront qu’une acrobatie prenant un peu de toutes les solutions.

Cette acrobatie aura réussi à équilibrer la Sécurité Sociale au prix d'une forte récession du secteur pharmaceutique, mais aussi au prix (par l'accroissement des charges) d'une accentuation de la tendance récessive globale.

Le C.N.PF. (Centre National du Patronat Français) raisonne d’ailleurs à visage ouvert lorsqu'il écrit :

« Pour répondre aux exigences de concurrence internationale, il faut procéder à une révision extrêmement serrée de tous les éléments qui peuvent contribuer à alourdir le prix de revient des produits. Or, il n'est pas douteux que la S.S. est un des éléments qui tend à prendre une importance de plus en plus grande dans ce prix de revient. » .

« Si des préférences personnelles ou des options colllectives imposent une augmentation prioritaire des dépenses de Santé, il faut nécessairement chercher une compensation sinon l'augmentation n'est payée que par l'inflation et la dévaluation de la monnaie. »

Mais le C.N.PF. évite évidemment le problème central, à savoir que le revenu national est produit par les travailleurs et non par les capitalistes qui exploitent leur travail. Dès lors, il est inadmissible que les intérêts économiques de certains décident des choix économiques pour tous, d'autant que leurs intérêts sont un frein objectif au développement d'un besoin col-

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lectif comme la Santé. Ii est cependant remarquable que les « syndicats ouvriers» cogérant du système acceptent la logique capitaliste et récriminent contre les charges indues au lieu de revendiquer le droit aux décisions économiques. faisant ainsi croire que le problème est budgétaire et non structurel (cf annexe À).

II. MEDECINE ET PROFIT. LA SURCONSOMMATION ME- CALE.

Le capital qui gère la Santé doit faire son profit quotidien. Aussi n’est-on pas étonné de découvrir au sein d'un secteur sousdéveloppé une surconsommation relative de certaines branches : c'est-à-dire une consommation anarchique.

L'incorporation du dit profit dans la Santé est un frein supplémentaire au sein même du secteur santé. Car l'argent consacré par le malade au profit du capitaliste de Rhône-Poulenc irait bien mieux dans l'acquisition de chambres à un lit au lieu de quatre, d'une nouvelle péniciline, etc.

La notion de profit a en effet envahi la médecine :

1) Profit individuel ;

— les praticiens multiplient les actes médicaux dans le cadre des conventions pour maintenir leur « standing»;

—-les cliniques privées choisissant les malades les plus rentables et adressant les autres à l'hôpital. Or ce choix est inadmissible dans la mesure où le-prix de journée est calqué sur celui de l’Assistance Publique. Autrement dit, avec une même somme dans les caisses de la S.S., on pourrait augmenter le nombre de journées d'hospitalisation, en rationalisant ce secteur. (il semble d’ailleurs que le pouvoir gaulliste soit décidé à séparer les prix de journées des hôpitaux publics et des cliniques privées) (cf annexe 4).

2) Surtout profit capitaliste (cf annexe 5)

Ainsi pour assurer son expansion, l'industrie pharmaceutique fait une publicité effarante (un million d'anciens francs de publicité par médecin et par an. Le passage d'un visiteur médical chez un médecin revient à 3500 A.F.) naturellement incluse dans le prix de revient des médicaments. Là encore, avec une même somme un office central d'information médicale, la S.S. pourrait augmenter le nombre de ses prestations. L'industrie pharmaceutique multiplie les produits sous les formes les plus variées : des milliards sont ainsi consacrés à faire une pénicilline orale chocolatée au lieu d'une pénicilline orale tout court, afin de se différencier de son concurrent. Des milliards sont consacrés à produire dix cyclines totalement identiques.

Pire, on inonde le marché de produits qui sont strictement du jus de citron ou d'orange rebaptisé « médicaments »… etc.

Quant aux régénérateurs de la cellule hépatique, de la cellule nerveuse, aux associations médicamenteuses fantaisistes, le nombre de ces impostures passe toute décence. .

De même pour le secteur électronique, le matériel chirurgical,

li

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et la consruction. Ainsi un appareil de radiographie vaut un million et demi dans le secteur médical quand il est possible dans un autre secteur de trouver les pièces et de les monter pour 500.000 F, un million pour un bâti avec le « matériel médical » en étiquette ! l'ignorance du médecin paye!

De même pour les profits réalisés par les laboratoires d'analyse. L'ordonnance du 30 décembre 1958, article 6 est d'ailleurs claire. Elle « autorise les C.H.U. à passer des contrats avec les organismes publics ou privés susceptibles d'être associés aux travaux des CH.U ». |

Maïs en contradiction avec cette surconsommation d'une médecine de profit, l'infrastructure hospitalière, la médecine préventive…., sont lamentablement en retard. Considérant la santé comme un produit de consommation quelconque, le capitalisme engendre cette absurdité : «le superflu passe avant l'essentiel » (exactement comme pour l'automobile et l'infrastructure routière) (cf annexe 6).

Le profit est ainsi responsable d'une société totalement absurde et anarchique (urbanisme, transports), responsable d'une agression quotidienne physique et psychique. Mais au nom du dit profit, le malade plus où moins névropathe ou simplement fatigué (soit un tiers des malades de cette société) consommera de toute façon des médicaments rentables.

De même, parce que prévenir coûte plus cher que guérir et surtout parce que guérir suppose qu'on mette à jour les véritables facteurs pathogènes, liés à l'organisation du travail et de la société, le capitalisme ne conçoit la médecine « préventive » que comme le parent pauvre de la médecine privée, limitée à des tâches de dépistage. Le capitalisme laisse se développer les maladies psychiques ou psychologiques et demande alors aux médecins soit d'interner les malades, soit de les réintégrer tant bien que mal dans la société, c'est-à-dire dans les rapports de production (cf annexe 7). Le rôle répressif de la psychiatrie, vi- Sant avant tout à cacher les conflits qui sont à la base des troubles psychiques pour réintégrer l'individu redevenu « normal» dans la société (un certain type de société.) est depuis longtemps dévoilé.

III. LES ORDONNANCES SUR LA SECURITE SOCIALE

Les contradictions introduites par la Sécurité Sociale dans le capitalisme sont donc de deux ordres, nous l'avons vu :

— d'une part l'absence de loi de l'offre et de la demande tendant à faire des assurés sociaux des consommateurs égaux (nous verrons en fait la différence de la «consommation» en santé en fonction des divers « groupes sociaux ») :

— d'autre part, l'ingérence des travailleurs aussi faible soitelle dans la répartition du surproduit national.

Aussi, les Ordonnances comprennent-lles deux aspects principaux :

1. Accentuation d'une hiérarchie sociale dans la consommation médicale.

En effet «le transfert des éléments de consommation individuelle en consommation collective ne dissimule pas seulement aux

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yeux des particuliers les conséquences de leurs excès de consommation, il fausse partiellement le jeu d'ajustement de la consommation aux possibilités financières pour la production » (C.N.P.F. — étude sur la S.S.).

Pour le Patronat, il faut donc qu'une partie croissante des frais de santé soient prélevés directement sur les salaires, c’est-à-dire qu'il faut « associer financièrement les assurés à la couverture de leur propre frais de santé » (Notes et Etudes Documentaires — Secrétariat Général du Gouvernement N° 3.452).

— Ainsi le remboursement de la plupart des produits pharmaceutiques passe de 80 à 75, voire 70 %;

— Ainsi est créé un ticket modérateur dit « d'ordre public », en sorte qu'aucun organisme «ne puisse couvrir la totalité de la participation aux frais laissée à la charge de l'assuré», participation qui devra toujours être supérieure ou égale à environ 4% des frais médicaux (sauf cas d'assistance et cas de suppression du ticket modérateur : par exemple hospitalisation pendant plus de 30 jours).

Ainsi est-il envisagé d'augmenter le nombre d'heures de travail exigibles, au cours des mois précédant la date des soins, pour avoir droit aux prestations.

Et le C.N.PF. de vanter les effets de ces mesures :

« effet financier immédiat soulageant la Sécurité Sociale. Effet économique lointain en favorisant l'intégration des dépenses de soins dans le budget de la consommation privée. Effet éducatif en montrant aux individus qu'ils doivent être les premiers artisans de l'amélioration de la santé».

Le scandale est manifeste.

L'augmentation de la participation aux frais vise à un effet psychologique plus que directement économique.

Ainsi l'écart de la consommation de santé par tête, déjà important (le cadre moyen consomme deux fois plus de santé que le travailleur) (cf annexe 8) tendra à s’accroître, les petits salaires étant les plus réceptifs à cet «effet éducatif ». Or :

— d'une part, les statistiques de l'IN.S.E.E. et du CREDOC. montrent que ce n’est pas le rhume de cerveau qui est en cause dans l'accroissement du budget de la santé (cf annexe 9):

— d'autre part, la théorie du « petit risque », peut-être applicable à l'assurance automobile, est inacceptable pour la médecine : comment, en effet, un malade peut-il faire la différence entre une infection mineure bénigne et un symptôme mineur, premier signe d'une évolution grave, nécessitant alors des soins plus coûteux ?

Enfin, last but not least, dans le domaine pharmaceutique, le gouvernement a pris les mesures suivantes :

— «abaissement de 3% des prix pharmaceutiques » reportés sur la Sécurité Sociale ;

— création de pharmacies à but non lucratif (mutualistes) :

— diminution du nombre relatif des pharmacies :

— surtout concentration de l'industrie pharmaceutique (en effet les grands laboratoires sont affiliés aux autres secteurs économiques capitalistes et savent répartir leurs investissements de façon « harmonieuse », ce n'est pas le cas des petits laboratoires trop égoïstes : en 1950 il y avait 1960 laboratoires, en 1967 on n'en comptait que 480);

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— lutte contre la consommation pharmaceutique excessive : « l'achat de médicament ne pourra être régularisé par une ordonnance ultérieure ».

Mais l'ensemble de ces mesures reste insuffisant : le taux d'expansion des dépenses de santé est structurel : industrialisation avec accroissement des maladies professionnelles, développement des techniques médicales et accroissement de la longévité, prolifération du profit dans la Santé publique. Tôt ou tard, le gouvernement devra s'attaquer de nouveau aux dépenses santé des travailleurs. Pour ce faire, il prépare le terrain : c'est le second aspect des Ordonnances, démanteler l'organe qui symbolisait la résistance ouvrière dans le domaine de la Santé, l’organisation et la gestion de la S.S. Il le prépare aussi en tentant d'associer le corps médical à sa politique.

2. Réforme de structure

Le deuxième aspect des ordonnances sur la S.S. est en effet une réforme de structure, interdisant désormais que les travail. leurs, bien que gestionnaires de la S.S., aient une part, aussi faible soit-elle, dans la répartition du revenu national.

Si un organe de la S.S. est en déficit, il devra tout simplement ou réduire les prestations ou augmenter les cotisations ou combiner les 2 mesures, l'Etat se réservant d'intervenir directement si le conseil d'administration fait preuve de carence.

Pour que les aspects financiers soient désormais clairs les risques sont séparés et ne peuvent plus se couvrir réciproquement, ce qui achève de transformer la S.S. en un système d’assurances.

Enfin, pour faciliter les formalités, les conseils d'administrations comprennent désormais pour moitié les représentants des patrons et pour moitié les représentants des travailleurs. Ceux-ci sont désignés par les principales centrales syndicales et non plus élus, (ce qui au passage permet au gouvernement d'augmenter les sièges des syndicats les plus coopérants.) Désormais, la S.S. n'est plus gérée par les travailleurs. Dans les C.A. on attend des gestionnaires ouvriers qu'ils « participent » et donnent leur caution aux mesures d’austérité.

Ainsi les conseils d'administration expriment des rapports de force, l'Etat jouant le rôle de « conciliateur » : quand les travailleurs demandent que le remboursement passe de 80 à 90% et le patronat de 80 à 70 %, l'Etat concilie à 75%!

3. Des médecins « compréhensifs »

Pour contrôler véritablement les dépenses de santé des travailleurs et s'assurer de leur compression, il reste à l'Etat et au patronat de s'assurer la loyale collaboration de classe du corps médical.

— Aucune nouvelle mesure n'a été prise par le gouvernement.

Cependant le C.N.P.F. constatant « une part encore trop importante de subjectivité dans la prescription des arrêts de travail », prétendant « qu'il est parfaitement erroné de partir du postulat que personne ne se fait hospitaliser pour le plaisir» (si cela est vrai, cette société est vraiment merveilleuse !) propose les mesures suivantes :

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— « l'entreprise offre de contrôler avec la Sécurité Sociale les arrêts de travail afin de limiter le caractère abusif de certains arrêts de travail»;

— une prime de santé pour les assurés qui n'auraient pas enregistré d'arrêts de travail»;

— le contrôle des prescriptions médicales :

La liberté de prescription exigée par les médecins se conçoit parfaitement mais devient un problème à partir du moment où le diagnostic entre médecin et malade se transforme en un dialogue entre médecin et malade assuré derrière lequel se profile un répondant financier.

Dès lors tout change car le répondant finira par vouloir intervenir.

I1 s'ensuit que la seule solution véritable à ce problème réside dans la prise de conscience des responsabilités économiques que prend le médecin lorsqu'il prescrit. » (C'est nous qui soulignons.)

Ainsi le choix est clair, ou vous comprenez, ou nous intervenons, et plus loin, l'appel à la compréhension et à la participation des médecins se fait en propositions concrètes :

« Ainsi serions-nous les premiers à appuyer les réformes tendant à procurer aux médecins une rémunération plus substantielle si elle avait en contre-partie : l'OBLIGATION pour eux de prendre mieux conscience de leur responsabilité économique » (c'est nous qui soulignons).

Voilà le rôle du médecin dans la société pour le patronat qui jusqu'à preuve du contraire, inspire la politique de santé du gouvernement.

Pour lui, le médecin doit certes distribuer des médicaments de toute sorte faisant fructifier les industries pharmaceutiques, mais il doit le faire sans excès inconsidérés et de toute façon :

— mieux vaut des pilules qu'un arrêt de travail, qu’une psychothérapie plus ou moins longue, qu'un reclassement professionnel, ou qu'un changement de climat ; :

— mieux vaut «s'abstenir que prévenir »;

et malgré le B.C.G. la France, en matière de tuberculose, arrive en Europe juste avant l'Espagne et la Grèce, et la mortalité par tuberculose en fonction des groupes socio-économiques croît régulièrement des grands industriels et cadres jusqu'aux mineurs en passant par les commerçants, les fonctionnaires subalternes, les manœuvres (C.R.E.D.O.C.);

et la lutte contre l'alcoolisme reste un vœu pieux car il faudrait s'attaquer aux intérêts de quelques capitalistes, et faire une véritable politique sociale et culturelle impliquant des choix budgétaires inacceptables pour le régime ;

et de toute façon, il n’est pas question de prévenir les ulcères, les dépressions nerveuses. propres à certaines professions.

Nous ne disons pas qu’en France on meurt au coin des rues, nous ne disons pas qu’individuellement les médecins vaccinent les riches et pas les pauvres. Ce que nous montrons c'est qu'en raison des choix économiques faits par le patronat, qu'en raison de la loi de la valeur dans la santé même, l'ensemble des médecins en tant que groupe ne peut pas exercer la médecine comme chacun peut y aspirer individuellement.

Le corps médical, comme le veut le patronat tend à soigner au mieux la classe dirigeante payant généreusement, soigner le reste de la population (travailleurs, paysans, couches moyennes)

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de fonction des possibilités et des choix économiques des capitaistes.

Ce qui implique :

— d'une part la nécessité de maintenir aux moindres frais les travailleurs en état de travailler et de consommer ;

— d'autre part la volonté de régulariser la consommation médicale pour permettre l'équilibre entre le développement de l'industrie pharmaceutique et le développement des autres branches capitalistes.

Et pour remplir cette noble mission (économique et non so ciale) le médecin sera bien payé.

Soyez de bons Officiers de Santé, je ferai de vous de bons

. consommateurs : voilà la proposition du C.N_PEF.

(Mais comme la confiance règne, le C.N.P.F. propose le contrôle des ordonnances en demandant aux pharmaciens de les recopier intégralement sur un registre. Au passage, le C.N.P.F. remarque que les pharmaciens y gagneront puisque l'ensemble de l'ordonnance devra être acheté chez le même pharmacien !)

“ l'étude sur la Sécurité Sociale du Centre de Documentation conclut :

« Les professions sanitaires participent à l'effort directement pour les industries et les commerces pharmaceutiques, indirecte. ment pour les professions médicales, si les restrictions au remboursement des assurés sont suffisantes pour les INCITER À DIMINUER LEUR CONSOMMATION DES SOINS. »

Les médecins, comme les sociologues d'entreprise, comme tant d'autres catégories parmi les classes moyennes, doivent devenir instrument dans les mains du patronat. Leur degré d'indépendance ou de conscience ne peut être qu'un obstacle à l'exercice de leurs fonctions sociales et cela est gros de révoltes possibles. L'accentuation de la pression qui pèse sur eux se traduit par des changements qui interviennent dans la formation qui leur est donnée : aux nouveaux besoins du capitalisme en matière de santé correspond une réforme de la structure hospitalo-universitaire.

Cette réforme de la formation médicale et de l'exercice de la médecine, approfondissant le fossé entre deux sortes de praticiens, rend à chacun évidente la ségrégation entre deux sortes de médecine et, par les prises de conscience qu'elle fit naître et qui s'exprimèrent en Mai, est riche, elle aussi, de révoltes possibles.

B. LA REFORME HOSPITALO-UNIVERSITAIRE

I. LES MOTIVATIONS

La nécessité de cette réforme n'est pas née de la constatation de l'insuffisance de la pratique médicale commune et partant de l'insuffisance de l'enseignement universitaire et post-universitaire. Cette constatation avait été faite : «les stagiaires avaient une formation clinique insuffisante ». Mais elle ne fut pas le moteur de la réforme pas plus qu'elle ne fut son but, même si les promoteurs n'en n'étaient pas totalement concients.

Les raisons de cette réforme furent en fait de trois ordres :

1. Le développement considérable des techniques donnait à l'Hôpital la préséance dans la qualité des soins très spécialisés

F3

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puisque s’y trouvèrent progressivement réunis les appareils les ph modernes et les plus onéreux et les médecins les plus qualifiés.

Jusque-là, ces derniers, à quelques exceptions près, venaient le matin distribuer leurs soins aux pauvres qui, en échange, leur fournissaient des sujets d'enseignement et de recherche en même temps que l'occasion d'affirmer leur toute-puissance.

Mais le développement technique fit que de plus en plus seuls les hôpitaux étaient capables de soigner certaines maladies (puisque ces soins très compliqués ne sont pas rentabilisables). La bourgeoisie devait donc entrer à l'hôpital. Il fallait au plus vite peintre de neuf et faire « oublier le passé d'établissement d'assistance », car « la clientèle aisée hésiterait certainement, malgré la renommée des chefs de services, à entrer dans les hôpitaux réputés vétustes » (Notes et Etudes documentaires, n° 3373, Documentation Française, Secrétariat général du Gouvernement).

2. La deuxième raison est due également au développement des techniques :

— l'installation de machines de plus en plus coûteuses, la construction de bâtiments modernes « de pointe » imposaient une « harmonisation du rythme de fonctionnement » ;

— les habitudes hospitalières de travail à temps partiel, de délai d'attente pour les examens, ou les départs en maison de convalescence. devraient progressivement s’effacer.

3. La. troisième raison fut mise en avant par un gouvernement soucieux de prestige : l’«élite» médicale française dévorée par nr intérêts sociaux et financiers devenait scientifiquement mé-

ocre.

« C'est cette élite qui est concernée par la réforme » (Notes et Etudes Documentaires n° 3373).

Et le texte de la Documentation Française constate d'emblée : « Aucun prix Nobel de Médecine n'a été décerné à la France entre 1928 et 1965 (et encore en 1965 il l’a été à des pastoriens et non à des hospitaliers) ». La féodalité hospitalière avait vécu. La bourgeoisie réclamait des techniciens efficaces. (En effet, dans la cencurrence internationale, un capitalisme avancé ne peut pas permettre l'invasion de son marché par des machines et des produits médicaux étrangers. La recherche de l'accroissement de son profit l'amène à développer dans une certaine mesure la recherche médicale. Mais là encore, cette recherche est trop souvent viciée car elle porte essentiellement sur ce qui peut être source de profit.)

Cette réforme était donc une «révolution» dans la mesure où la bourgeoisie allait supprimer des usages féodaux.

Mais cette réforme était socialement réactionnaire car il n'était pas question de supprimer mais au contraire encore une fois d'institutionnaliser la médecine de classe, nous le reverrons.

Aux trois raisons principales correspondent très justement les trois traits principaux de la réforme :

. a) Modernisation progressive des hôpitaux à vocation universitaire, appelée « humanisation », et institutionnalisation d'un secteur privé.

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b) Harmonisation du travail par le fonctionnement plein temps des machines, des techniciens, et des médecins.

c) Introduction de la recherche médicale au sein de l'hôpital, &

c'est-à-dire entrée de nombreux universitaires fondamentalistes à l'hôpital. Ainsi furent créés les centres hospitalo-universitaires.

. 4. Motivée par des raisons extra-universitaires, la réforme hospitalo-universitaire ne pouvait avoir que des conséquences universitaires indirectes :

— la juxtaposition du H et du U ne s’est traduite pour l'étudiant que par une juxtaposition de locaux et un gain de temps pour les trajets.

Cependant l'appariement des fonctions hospitalières et universitaires a créé de nouveaux enseignants et partant de nouvelles matières enseignées (enfin la Radiologie faisait son entrée à l'université, cependant qu’enfin, l'Anatomie cédait le pas).

— le désir de développement de la recherche médicale a fait renforcer l'enseignement des sciences fondamentales dans les pre. mières années où au monopole de la clinique se substituait la prééminence de la chimie et de la physique).

En fait, la médiocrité de toutes ces réformes universitaires esi manifeste. Les nombreuses modifications des programmes depuis 1958 ne font qu'en témoigner.

Le désir de maintenir « l'élite » par les concours, l’enseignement abusif et surtout absurde des connaissances dites fondamentales ne pouvaient qu'accentuer la faiblesse médicale des étudiants, «élite » ou pas «élite ».

Quant à la réforme de la pédagogie, le texte du Centre de Documentation du gouvernement reconnaît son insignifiance :

« l'enseignement clinique pratique reste ce qu'il était »,

«la forme magistrale continue à caractériser l'enseignement

théorique »,

«les enseignements dirigés viennent officialiser les anciennes

conférences d’externat ».

La psychologie — la sociologie ne sont pas enseignées.

En un mot, le plus bel effet de la réforme universitaire était jusqu'en 1968 l’enseignement de la sémiologie avant celui de la pathologie !

5. Lutte contre les mandarins, la médecine hospitalière au service de la bourgeoisie :

Pendant longtemps non fréquentés par la bourgeoisie, relativement indépendants du circuits production-consommation, les hôpitaux jouissaient d’une relative autonomie vis-à-vis de l'Etat, l'indépendance et la puissance des chefs de service étaient totales :

L'après-midi, ces mêmes chefs de service s'enrichissaient dans les cabinets et les cliniques privées (nous avons vu que la libre entente sur les honoraires chèrement défendue par les champions de la médecine libérale, se traduisait par le monnayage des titres et de la réputation).

Les mandarins avaient une idéologie à leur service, accréditée par la bourgeoisie et répercutée dans l’ensemble de la population : dévouement, dignité, science, gravité désintéressement même

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(puisque le matin ils soignaient gratuitement les pauvres et le soir faisaient payer les riches).

De véritables seigneurs !

Or le développement des techniques rendait, nous l'avons vu, les mandarins gênants pour l'état capitaliste moderne.

De même, les scandales devenaient insupportables aux disciples « à tel point que le Conseil d'Etat saisi de nombreux recours n'a pas hésité à admettre une présomption d'irrégularité dans le concours d'agrégation en médecine ».

Les mandarins furent pris de peur : le capitalisme moderne centralisateur ne supportait plus les petites entreprises non rentables — allait-il fonctionnariser les médecins ?

Très naturellement, les mandarins défendirent leurs intérêts financiers par des arguments idéologiques que leur avait donné la bourgeoisie du xix° et brandirent le drapeau du libéralisme.

En effet, l'Etat fort de la deuxième moitié du xx° siècle prétendait que «cette tradition avait certes fait ses preuves mais était devenue inadéquate». et que «les principes de l'exercice libéral étaient largement remis en cause par l'évolution de structures sociales et par les praticiens eux-mêmes » (Notes et Etudes Documentaires, n° 3373).

Mais, il n'était pas question de renoncer à une médecine de classe, au contraire on allait l'institutionaliser.

Dès que les mandarins le reconnurent, ils se rallièrent progressivement.

Certes, l'Etat concédait d'énormes avantages aux médecins choisissant le plein temps :

— modalités d'intégration exceptionnellement avantageuses ;

— cumul unique dans la fonction publique du traitement universitaire et des émoluments hospitaliers ;

— dérogation de 3 heures par semaine pour les consultations auprès de certains grands organismes (Air-France, S.N.C.F. etc.).

Le gouvernement reconnaît lui-même le « caractère exorbitant de ces diverses mesures » sûrement appelées à s’atténuer.

Mais l'essentiel n’est. pas là : l'essentiel est l'institutionalisation d'une médecine de classe au sein même des C.H.U.

En effet, les articles 12, 13, et 13 bis, du décret du 24-9-60 re- .connaissant « le droit à une clientèle privée » avec deux consultations privées par semaine pour chaque médecin plein temps et la disposition de 8 à 10 % des lits du service pour l’ensemble des médecins plein temps.

Quelle est cette clientèle privée ? Elle se définit comme «la clientèle qui admet difficilement l’hospitalisation en salle commune et demande — et les praticiens avec elle — des chambres de 1 à 3 lits au maximum ».

Lorsqu'il s'agit de son propre confort, la bourgeoisie ne connaît plus la notion de rentabilité. « Dans les vieux services, et ils sont de loin les plus nombreux, qui doivent satisfaire à la circulaire sur l’humanisation des hôpitaux, l'aménagement de ces locaux de clientèle privée s'opère au détriment de la capacité de leur rendement global », cependant que le prix de journée augmente.

Cela signifie que la Sécurité Sociale participe aux frais des travaux.

Mais il ne s'agit pas d'un confort supérieur, il s’agit d'une médecine meilleure au moins dans les textes :

— puisque pour la clientèle privée, les médecins plein temps

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peuvent passer deux après-midi par semaine (chacun) alors qu'ils sont tenus pour les « malades publics» à six matinées par semaine ;

— puisque le nombre d'infirmières peut y être augmenté.

Enfin, il s'agit d'une médecine privilégiée puisque le secteur privé ne fait pas l'objet le plus souvent d'enseignement et que lorsque les externes et surtout les internes y accèdent, ils n'ont pas la même fonction qu'auprès des malades « publics » (on imagine mal un interne opérant un malade privé ! il pourra, il est vrai, servir d'aide opératoire).

Quand Edgar Faure dit que le secteur privé «n'est qu'une pilule pour faire avaler le plein temps », on nous permettra d'en douter, au moins pour plusieurs années.

Certes la bourgeoisie ne manque pas de cliniques privées de fort bonne qualité mais nous avons vu la nécessité de certains soins en centre hospitalier et l'attachement gouvernemental au secteur privé est pour le moment manifeste :

« Certains cliniciens préfèrent renoncer entièrement à toute activité privée à l'hôpital pour mieux se consacrer aux soins publics. Cette attitude ne manque pas de grandeur et de tenue morale, mais sa généralisation risquerait de couper le praticien du monde extérieur de la pratique courante, au moins dans cette période transitoire où les équipement hospitaliers publics sont encore loin d'être exemplaires ». (c'est nous qui soulignons)

En effet, il est possible qu'à l'avenir la sélection des malades se fasse à l'entrée des C.H.U. ou hôpitaux régionaux et non à l'intérieur du C.H.U. De toute façon dans l'immédiat, il ne s'agit pas d'augmenter le secteur privé inconsidérément, car cela entraînerait une augmentation du budget santé dont nous avons vu les effets. 8 à 10 % suffisent.

« Il faut insérer les exigences du service public dans des struc ire picrales » conclut l'étude du Centre de Documentation sur es CHU.

L'apport des techniques modernes oblige donc un fois de plus l'Etat à institutionaliser la médecine de classe. Il a tôt fait d'en développer l'idéologie nouvelle.

« Le praticien intégré se sent plus responsable des aspects matériels de l’hébérgement et de l'accueil ».

C'est en développant l'intérêt personnel que l'on favorise l'intérêt général : idéologie que l'on retrouve partout dans le néocapitalisme.

C. L'ENSEIGNEMENT NOUVEAU

Ayant redéfini la santé publique par les Ordonnances de 1968, ayant rationalisé en partie la médecine hospitalière par la réforme de 1958 (que devait compléter la réforme Jeanneney visant à créer «une autonomie administrative et financière de chaque établissement ou groupe d'établissements » concrétisée notamment par «l'existence d’un budget et de prix de journée propres ») l'Etat va définir l'enseignement nouveau visant à former des médecins mieux adaptés.

Ainsi, après les balbutiements du début où les vœux généraux l'emportaient sur les effets pratiques :

« Les étudiants doivent participer effectivement à l’activité hos-

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pitalière.. » il faut aménager des locaux d'enseignement dans les services hospitaliers, l'enseignement post-universitaire doit se développer « par une participation plus réelle aux soins et par une responsabilité hospitalière pour les médecins de ville », après donc ces généralités restées lettre morte, semble se dessiner un enseignement médical mieux adapté, dont voici le pivot :

« Une distinction fondamentale et nécessaire doit être introduite entre les différents types de formation jusqu'ici dispensés uniformément à tous les étudiants. »

« Les programmes de base destinés aux omnipraticiens gagneraient à être allégés aux bénéfices d'une formation clinique encore plus poussée et assortie de responsabilité réelle donnée aux stagiaires à l'hôpital. »

Soucieux d'intégrer en les dénaturant certaines revendications de Mai, le gouvernement semble concevoir, dans quelques années, les études médicales comme suit :

Pendant 2 ans seraient enseignées les sciences fondamentales dans des Instituts préparatoires aux Ecoles Pratiques. Au terme de ce «tronc commun des études biologiques » une soi-disant orientation serait en fait une sévère sélection.

Puis les stagiaires seraient enseignés dans les « Ecoles Pratiques de Formation des médecins » et auraient droit, à certaines fonctions hospitalières diagnostiques et thérapeutiques même. Pendant 4 ans la sélection serait quasi nulle.

Enfin, il existerait un « Centre de Haut Enseignement » préparant à l'internat national sélection à la base ouvrant la porte aux carrières hospitalo-universitaires.

De même, un centre d'initiation à la Biologie humaime formerait les futurs chercheurs.

Seul, l’internat national a été pour le moment institué (et refusé en mai 1968 par les candidats).

Ce nouveau mode de sélection précoce et quasi-irrévocable s'inscrit dans la logique du svstème qui a besoin d'un certain nombre de techniciens de valeur et n’a que faire de développer en chacun l'étendue de ses propres facultés.

Statistiquement en effet, il est vrai qu'en sélectionnant à 25 ans 200 étudiants n'avant jamais touché un bistouri, n'ayant jamais prescrit un traitement on formera en 10 ans de bons chirurgiens et de bons médecins. Mais il est aussi vrai que parmi les 400 collés on aurait trouvé également d'excellents praticiens s'ils avaient pu disposer des mêmes moyens de formation.

L'âvantage de cet internat national qui vise à renforcer la sélection et à fournir à une élite restreinte — et à elle seule — d'excellents moyens de travail est mis en avant par les promoteurs : — les carrières actuelles sont trop aléatoires. « Il est dommage de renvoyer dans le secteur privé de nombreux assistants plein temps de valeur, arrivés en fin d'exercice. »

I1 semblerait que la France ait trop de médecins de valeur | C'est qu'encore une fois les crédits imposant leur loi, autant supprimer déception — bachotage et surtout perte d'argent.

Ainsi existeraient deux sortes de médecins :

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1. Les médecins de ville, les praticiens ayant certes eu droit à une formation pratique mais allégée des connaissances théoriques (cf article de Hamburger dans Le Monde et cf réforme Mathé) médecins appelés à prendre conscience de leur rôle économique : la nation ne peut pas se payer le luxe d'une santé égale pour tous!

2. Les médecins hospitaliers sélectionnés à 25 ans pour la vie et appelés à soigner :

a) d'une part la bourgeoisie aisée dans les « cliniques privées » des hôpitaux de la nation;

b) d'autre part les malades publics graves ou intéressants, sujets de recherche et d'enseignement.

Mais comment la classe exploitée, celle des salles communes, celle de la médecine de ville au «rabais » acceptera-t-elle la reconnaissance par l'Etat lui-même d'une médecine de classe ?

Mais comment les étudiants en médecine accepteront-ils cette réforme de la santé et des études médicales, comment l’accepte: ront-ils en effet, s'ils comprennent la «logique» de ce système profondément injuste, et pour les malades, triés en fonction de leur rang social, et pour les médecins, divisés arbitrairement en techniciens de catégories différentes ?

Même en leur accordant un certain nombre d'avantages matériels, même en tentant de les associer à sa politique au nom de leur « responsabilité », le gouvernement n'évite pas qu'aujourd'hui nombre de médecins ou de futurs médecins comprennent, parce qu'ils voient des simplifications dans la structure de classe du système de soins s'opérer sous leurs yeux, quel rôle on entend leur faire jouer : celui de chiens de garde de la bourgeoisie, instruments passifs d'une politique dont les intérêts les dépassent. Même en accordant certaines concessions à la classe ouvrière organisée, même en tentant l'intégration dans des conseils « paritaires » de ses représentants, même en développant l'idéologie de la participation, le gouvernement n'évite pas que les travailleurs comprennent quels «sacrifices» on leur demande pour assurer au capitalisme français la vigueur qui lui permettra d’affronter ses concurrents du marché commun.

Et quand la jonction s'effectue entre ces deux prises de conscience, quand les étudiants en médecine rejoignent le combat des travailleurs, on obtient le mélange explosif de Mai : le scandale de la Santé est ausi le scandale de l'exploitation capitaliste.

Alors, se posent les problèmes de la mobilisation autour de mots d'ordre et l'organisation de la lutte, capables de mener à la conquête du pouvoir la classe ouvrière et ses alliés.

Ces deux problèmes furent ressentis de façon aiguë en Mai.

Spontanément, les étudiants, dans leur refus de la sélection et de la médecine répressive, se mirent à la recherche de revendications et occupèrent leur faculté.

Partout, dans les hôpitaux, les comités de grève organisèrent la ermanence des soins et chaque soir les travailleurs de santé aisaient appel aux étudiants pour remplacer des aides-soignantes

ou des infirmières.

Des Comités d'Action hospitaliers comprenant étudiants en

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médecine, élèves-infirmières, travailleurs de santé, naquirent un peu partout, tentant de trouver les revendications adaptées à la Situation révolutionnaire et parfois instaurant un double pouvoir dans l'hôpital, décidant de ne pas faire payer les malades. gérant tout (« jusqu'au distributeur de limonade », devait dire quelques mois plus tard un bureaucrate national de la C.G.T. horrifié).

Mais faute d'une avant-garde implantée, trop souvent les revendications se résumèrent à une série de réformes du système, trop souvent les comités de grève ne furent que des piquets de grève élargis, trop souvent les comités d'action ne purent se développer.

Ainsi, Mai en médecine, comme partout en France, a posé le problème de la création d'un parti révolutionnaire, mettant du même coup à nu la pratique des partis de gauche, dont une critique s'impose.

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Critiques des «programmes santé» du P.S.U. et du P.C-F.

Cette critique a un double aspect :

— C'est la critique de l’action propagandiste de ces partis en dehors des crises révolutionnaires. Ils déplorent sincèrement la vétusté de l'hôpital, l'incohérence des soins qui y sont dispensés, l'absurdité du système de formation des médecins. Leurs voix se désunissent à peine au chapitre des remèdes à la maladie : le problème budgétaire. Supprimons la bombe, nationalisons les laboratoires, et la Santé Publique deviendra le paradis de l’homme souffrant. Ainsi, il suffirait d'un bon gestionnaire pour que soient instantanément gommés les scandales les plus criants.

— C'est aussi, à travers leurs programmes de santé et leur action en Mai, la critique de leur stratégie de la prise du pouvoir de la prise de locaux au succès électoral, de la croyance en une mobilisation constante des masses à la volonté de démobilisation, du réformisme à l'intégration.

À. LE PARTI SOCIALISTE UNIFIE

A la lecture du programme de santé du P.S.U. et des propositions du P.S.U. sur la Sécurité Sociale, la première constatation est l'absence totale d'analyse de la santé en système capitaliste et de ses contradictions actuelles (1). .

Force est de se contenter d'une série de critiques judicieuses.

« L'injustice sociale entraîne une inégalité devant la médecine. » « Les enfants infirmes ou inadaptés sont largement nées » « Le corps médical est mal réparti sur le plan géographique... et est insuffisant en nombre. »

«Les médecins exercent dans de mauvaises conditions. »

« L'absence d'une organisation rationnelle et centralisée des services de nuit engendre des situations dramatiques. »

« La situation des hôpitaux publics est tragique. »

« Les plans d'équipement sanitaire ne sont pas réalisés. » «Le contrôle sur les établissements privés est insuffisant. » «Il existe une pénurie dramatique d'infirmières qualifiées. »

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A conditions d'hébergement sont trop souvent lamenta-

es. »

« Les hospices de vieillards comme les hôpitaux psychiatriques sont trop souvent lieu de ségrégation de type concentrationnaire. »

« L'anarchie de la médecine entraîne gaspillage, désorientation

des malades. »

« Moindre efficacité de la prévention et des soins.»

La seule analyse se résume en ceci : « La prévention des maladies psychiques et des accidents du travail est d’ailleurs profondément négligée dans notre système capitaliste exclusivement soucieux de rentabilité.

De même, le P.S.U. affirme à juste titre que «la technocratie gaulliste veut limiter le prix de la santé » et d'autre part «qu'on assiste au développement d'un capitalisme sanitaire ». Mais il ne relève pas la contradiction entre ces deux termes qui explique certaines mesures prises par le gouvernement, nous l'avons vu.

De même, il est insuffisant d'affirmer qu'il existe «une sousconsommation médicale » alors que le budget de la santé croît plus vite que le revenu national.

Enfin, il est particulièrement regrettable de voir le P.S.U. reprendre le slogan de «la solidarité devant les soins » avec toute l'ambiguité que cela comprent. En effet, on dirait que la Sécurité Sociale avant les ordonnances assurait cette soi-disant solidarité — les riches payant pour les pauvres — alors que c'est parfaitement faux. La solidarité était celle des travailleurs et non celle de la nation,

Faute d'une analyse cohérente les propositions sont parfois erronées.

Ainsi, est-on pour le moins surpris de lire dans les propositions du P.S.U. sur la Sécurité Sociale : « pour des raisons économiques, l'importance des charges pesant actuellement sur les entreprises françaises face à la concurrence étrangère, une hausse générale des cotisations ne paraît pas souhaitable. »

De quelles raisons économiques s'agit-il ? si ce n'est celles du capital ? C'est le propre des partis réformistes d'éviter toutes crises économiques graves au système capitaliste.

Par ailleurs, on voit le P.S.U. comme la C.F.D.T. prôner l’intégration des dépenses sociales dans le plan économique. Pourquoi ? Parce que la santé pèse lourdement sur l'économie. Soit. Mais le P.SUÜ. croit-il que les gaullistes sont des grands méchants loups ou croit-il que le système capitaliste est contraint de limiter le taux d'expansion du budget santé ?

Alors, on peut toujours mettre le budget santé dans le plan capitaliste mais faire croire qu'il y a là une solution est une aberration.

Enfin, il est dangereux de dire sans précisions que l'on souhaite un enseignement différencié pour les étudiants ; une information des médecins dans leur rôle d'ordinateur des dépenses de la collectivité, car le même langage peut être tenu par le C.N.PF. nous l'avons vu...

Mais l'essentiel de la critique porte sur les voies de passage au socialisme. L'obscurité régnant dans les propositions, comme

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dans la pratique nous retiendrons deux possibilités stratégiques aussi fausses l'une que l'autre.

1"e possibilité : le passage au socialisme se fait par les urnes portant au pouvoir «les forces de progrès» qui instaurent un service social de santé centralisé et démocratique « ayant pour mission de mettre en œuvre la politique sanitaire et d'assurer la gestion du patrimoine sanitaire de la nation ».

«La médecine socialiste se développera en rapport avec le processus général de socialisation économique, les étapes successives permettent d'éviter les tensions et les inadaptations. » (C'est encore nous qui soulignons)

Ainsi, progressivement, sans heurt, les « socialistes» au pouvoir peuvent grignoter le capitalisme.

« Ainsi, coexistent pendant un certain temps, un secteur public et un secteur privé, également financés par la Sécurité Sociale. Mais il est évident que l'Etat devra aider au développement du Service National de Santé, en particulier par les investissements. »

Cela est du domaine du rêve ? Certes, les « socialistes » peuvent peut-être faire plus rapidement la réforme technocratique que souhaite le capitalisme à savoir améliorer la gestion, supprimer l'anarchie, « rentabiliser » le secteur public (cf Projet de loi réforme hospitalière et sanitaire, Jeanneney) pour aboutir à un secteur public plus rationnellement géré et à un secteur privé florissant sous le drapeau du profit.

Mais quand le P.S.U. dit :

« que le budget de la santé doit croître plus vite que le revenu national. »

« la politique de la santé n'est concevable qu'avec une politique du logement, de l'urbanisme, de l'éducation, de l'information, de l'agriculture, des loisirs et des sports... »

Cela veut dire, dans une économie capitaliste (même avec la nationalisation des laboratoires), une inévitable récession ou inflation, c'est-à-dire une crise économique, prélude d'une crise politique...

Quand on veut faire une politique « socialiste », il faut s’en donner les moyens économiques, c'est-à-dire la supression radicale du capital. Dès lors, il est aberrant de penser que cela se fera par étapes et dans le calme : les masses populaires devront êtres mobilisées. On ne les prépare pas à cette tâche par le bulletin électoral.

La 2° possibilité : stratégique que l’on peut comprendre à la lecture du « programme santé » du P.S.U. s'inscrit dans la conception de la prise de pouvoirs locaux : par exemple, les travailleurs à la suite d'une grève obtiennent une gestion démocratique et nationale de la santé.

Or, la prise de ce pouvoir local est à ce point illusoire que, d'une part, le P.S.U. dit que la gestion est tripartite : représentants de l'Etat, représentants des travailleurs, représentants du personnel médical, alors qu'en système socialiste, la dualité représentants de l'Etat — représentants des travailleurs n'existe pas ; la gestion est bipartite : représentants des travailleurs — représentants des services de santé. Et que d'autre part, il reconnaît que les crédits seront fixés en fonction du plan économique. Comme la prise du

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pouvoir est locale, les crédits seront fixés en fonction des possibilités économiques capitalistes, c'est-à-dire que les gestionnaires du Service National de Santé auront à gérer un budget capitaliste. Et l'on pense qu'ainsi ils auront démontré la supériorité d’une gestion socialiste sur la gestion capitaliste. Ce qui revient à user le mouvement ouvrier dans une vaine compétition avec le capitalisme : à l'intégrer en désamorçant toutes ses possibilités de combat.

Ainsi, dans le « programme santé » du P.S.U., se trouve cristallisé tout le faisceau des théories réformistes, de « droite» ou de « gauche » selon qu'elles stipulent ou non la nécessité pour le maintien de ces pouvoirs locaux d'une mobilisation des masses. C'est d'ailleurs plutôt la première solution (celle de « gauche ») qui est défendue par la direction actuelle du P.S.U.

Un pouvoir quelconque ne peut être institué et renforcé que sur la base d'un rapport de forces. À supposer qu'un parcelle de pouvoir puisse être conquise après un épisode de lutte aiguë, le maintien de ce pouvoir pose le problème de la mobilisation permanente des masses pour le défendre.

Il ne suffit pas de répondre, comme le font certains membres de l'aile gauche du P.S.U. qu'il s’agit d’un problème de direction, que le P.C.F. aurait pu mobiliser les travailleurs pour défendre leurs conquêtes de 1945 contre les attaques de la bourgeoisie. Dans le cas du maintien d’un pouvoir partiel (et non de la défense contre une attaque précise comme les Ordonnances), les possibilités de lutte, parvenues à un maximum avec la conquête de ce pouvoir, doivent se stabiliser à ce niveau maximum pour que la conquête ne soit pas dénaturée.

Cela revient à ignorer complètement que les masses ne se mobilisent qu'exceptionnellement dans leur quasi-totalité et que ces périodes fastes passées, les époques de reflux les replongent ds l'apathie politique où elles évoluent dans la société capitaliste.

La notion de crise (révolutionnaire ou pas) s'inscrit justement en faux contre toutes les illusions de ces réformistes. Elle vise à transcrire dans le langage de la stratégie politique révolutionnaire ce fait que n'importe quel militant a connu ou vécu en Mai : les masses sont méconnaissables lors de certaines périodes de lutte exceptionnelles, et capables alors de se mettre en branle en l’espace de quelques jours. En dehors de ces moments (que les révolutionnaires non seulement exploitent, mais visent à créer par leur action), la société capitaliste les réintègre dans son circuit sous l'aspect trompeur du calme parlementaire.

B. LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS

Voilà ce qu'on écrivait au P.C.F. en 1965 : . «En ce qui concerne la protection de la santé, l'évolution générale se caractérise par l'extension de la couverture sociale,

1. Références : Programme Santé du P.C.F., Economie et pote (octobre 1965, numéro spécial pour le 20° anniversaire de la S.S.), Position de la C.G.T. sur la Sécurité Sociale, Résolution de la Fédération Syndicale Mondiale sur la Sécurité Sociale, Programme du P.C.F aux élections législatives de juin 1968

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la prise en charge par la Sécurité Sociale de l'ensemble des frais médicaux et pharmaceutiques et des indemnités journalières, avec suppression du ticket modérateur pour les maladies de longue durée et la perspective de la gratuité total des soins.

» Cette évolution ne s'opère pas d'une manière rectiligne et les attaques contre la Sécurité Sociale pour limiter sa couverture et diminuer son autonomie se font toujours pressantes. » (C'est nous qui soulignons)

Ainsi, sur un fond d’«évolution générale» chaque jour meilleure pour la population (la première partie de cette brochure tente de montrer les limites de cette évolution), la S.S. est en but, depuis sa création, aux mesquineries de la bourgeoisie française. « Les attaques contre la S.S. se font toujours pressantes », et les Ordonnances ne sont qu'un avatar de plus.

Forteresse démocratique battue par les flots, la S.S. est pour le P.C.F. l’incarnation d'un souvenir — ô combien glorieux — : l'accession au poste de Ministre du travail d'un communiste.

Que cette conquête ouvrière soit d'abord dénaturée, puis intégrée, pour être enfin presque totalement brisée par les ordonnances de 1967 lui importe peu : il s'agit de montrer la mauvaise volonté de la bourgeoisie, au travers des tracasseries subies par la SS. et de faire ainsi la démonstration que, dans les mêmes fauteuils, d'autres personnes feraient bien mieux.

Le gouvernement décrète les Ordonnances contre la Sécurité Sociale en raison du déficit de celle-ci. Le P.C.F. répond : « Le déficit est dû au Gouvernement, aux charges indues qu'il fait peser sur une «institution » en parfait état de marche.

1. Les charges indues

. Cette analyse a le remarquable inconvénient de n'être plus exacte actuellement. Depuis fin 1967, en effet, le déficit de la S.S. ancienne formule avait dépassé le total desdites «charges indues », Et ceci de façon bien naturelle, puisque la cause est STRUCTURELLE : l'augmentation du coût des soins.

Si le P.C.F, cache soigneusement cette réalité, c'est qu'il lui faut, afin de ne pas révéler le potentiel révolutionnaire de cette idée, masquer que le système d'économie capitaliste entraîne INEXORABLEMENT le Gouvernement à comprimer les dépenses de santé des travailleurs par rapports aux possibilités réelles d’un autre type d'économie.

Au lieu donc de montrer que c'est le système lui-même qui est en cause, qu'il faut changer la société pour obtenir une santé convenable, le P.C.F. en bon réformiste, préfère laisser croire qu'il s'agit d'un simple problème de ventilation budgétaire, d'un jeu d'écritures.

Admettons même que cela soit, en quoi le report sur le budget d'Etat des « charges indues » diminue-t-il leur caractère inflationniste? Tant il est vrai que, si l'on raisonne dans un seul type d'économie, J.-J. Servan-Schreiber a alors raison de dire que les répartitions budgétaires sont peu « élastiques », un gouvernement «socialiste» se définissant avec. 1 à 2% du produit national. Mais le P.C.F. préfère croire que, par mauvaise volonté (puisqu'il est réactionnaire), le pouvoir gaulliste refuse le jeu d'écritures qui assurerait miraculeusement la solution. Or, il est vrai qu'aucune «alternative» n'est possible dans le cadre de

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l'économie capitaliste sauf si l'on accepte délibérément l'inflation galopante, donc. la crise 6 mois après.

Au terme de son analyse, le P.C.F. propose une méthode d'assainissement, mieux : un personnel pour l'accomplir. Tout cela est contenu dans l'autonomie de la Sécurité Sociale sur le plan financier.

2. De l'intégration comme objectif « socialiste ».…

« La double perspective est uuverte :

— d'une véritable Sécurité Sociale couvrant l’ensemble des risques sociaux, financés par les employeurs et gérée par les travailleurs ;

— et, pour garantir le droit à la Santé, d'une organisation d'un Service National Autonome de Santé, qui mettra fin à l'anarchie et à la dispersion actuelles des structures sanitaires et amènera progressivement la gratuité totale de la médecine. »

Ainsi voit-on ici encore le P.C. et la C.G.T. chercher à s'intégrer dans la vie économique et, partant, politique, en loyaux partenaires.

Demander le financement de la Sécurité Sociale par les employeurs et sa gestion par les travailleurs, c'est faire croire une fois encore que la seule insuffisance du système capitaliste est l'incapacité de son administration. Ainsi, la logique du PCF. aboutit à obliger les travailleurs à comprimer eux-mêmes leurs dépenses de santé (ou plutôt, les représentants syndicalistes à le faire pour eux). Après la réforme des conseils d'administration transformés en comités paritaires destinés à appliquer la politique du patronat, la C.G.T. a continué à y sieger et à donner sa caution à cette politique.

L'autonomie d’un Service National de Santé n'a de sens que dans la mesure où elle est associée à une prise en charge par l'Etat de tout déficit. Réclamer l'autonomie sans cette prise en charge c'est accepter de gérer loyalement le budget capitaliste, c'est essayer de faire la preuve d'une gestion plus rationnelle, dont les électeurs se souviendront aux législatives. (alors que l'expérience de la Sécurité Sociale montre, une fois de plus, le contraire). Exiger l'autonomie avec prise en charge du déficit par l'Etat c'est signifier que le seul pourvoir ne peut être qu'économique, c'est montrer que l’on ne peut pas faire une véritable politique de Santé sans prendre le pouvoir. Mais cela demande une mobilisation des masses sur des objectifs politiques : on atteint ici le fond de la stratégie du P.C-F.

3. … à la négation de l'économie politique marxiste

Pour assurer la « gratuité totale de la médecine », il ne suffit pas de gérer le budget, il faut un budget un peu plus gros, et le P.C.F. a ses deux solutions clés : la bombe atomique et les nationalisations.

a) La bombe atomique

« La reconversion de la force de frappe dégagera les crédits nécessaires.» Cette panacée permet tout : les autoroutes, les hôpitaux, bref, tout est la faute de l'atome.

Mais que peut-on « reconvertir » ? À part — et encore — les deux premiers étages de Pierrelatte et l'abandon de l'orientation

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plutonigène de certains réacteurs, on voit mal comment on pourrait «réinsérer » dans l'économie» un Mirage IV ou un £SBs et tout l'équipement industriel que leur construction implique. Le P.C.F. oublie-til que c'est STRUCTURELLEMENT, dans la NATURE du capitalisme, qu'existent les dépenses militaires (selon l'expression de Marx, les dépenses militaires sont du «capital jeté à la mer », épongeant les crises de surproduction et assurant, grâce au progrès technique, un capitalisme florisant). Ces dépenses ne peuvent être reconverties en économie capitaliste sans entraîner une terrible crise.

C'est là encore une raison qui rend le réformisme impossible (et voilà pourquoi Wilson n’a pas abandonné l'armement nucléaire britannique malgré toutes ses promesses).

b) Les nationalisations

Pour supprimer les monopoles, nationalisons-les !

Mais en quoi, en économie capitaliste, un secteur nationalisé renonce-t-il au profit comme moyen de reproduction et d'augmentation du capital fixe et du capital variable ? Autrement dit, en quoi «la nationalisation de l'électronique, de la chimie, de l'industrie pharmaceutique » fera-t-elle disparaître le frein que nous avons vu être la surconsommation relative ? Et en quoi nationaliser ce secteur résoudra-t-il le problème du FINANCEMENT de la Sécurité Sociale ?

Ceci ne veux pas dire que la nationalisation des laboratoires ne soit pas une mesure nécessaire. Elle permettrait l’harmonisation de la production des spécialités. Elle permettrait la REDUC- TION des scandaleuses marges bénéficiaires. Mais cela ne les fera pas DISPARAITRE.

4. L'Etat-miracle : la démocratie véritable

Sa logique est la suivante : reconnaître que «le pouvoir suprême appartiendra aux représentants du peuple élus au suffrage universel direct et proportionnel que forment l'Assemblée Nationale unique ».

Donc tenter de réunir autour d'un programme démagogique l'ensemble des mécontents et espérer que ces mécontents formeront une majorité parlementaire qui portera le P.C.F. au pouvoir pour «opérer les indispensables réformes de structures ».

De la première proposition découlent le refus d'amener les travailleurs à vouloir gérer leurs propres affaires, l'acceptation de la notion de tripartisme dans le Service National de Santé — c'est-à-dire la démobilisation des masses et la prise en main par la bureaucratie et ses alliés et dans les hôpitaux comme ailleurs en Mai la C.G.T. limita pratiquant les comités de grève aux délégués syndicaux, n'organisa pas un double pouvoir face à la carence administrative, mais organisa au contraire la reprise du travail (et dans certains hôpitaux on alla jusqu’à sabler le champagne mais on oublia de faire voter la reprise).

La deuxième proposition explique le refus de montrer aux travailleurs que les problèmes sont inhérents au système capitaliste, le refus de développer la lutte des classes, le refus de réaliser des alliances de classe, mais la volonté de créer un front des mécontents : «la politique gouvernementale dans le domaine sanitaire a comme résultat de dresser contre elle tous les intéres-

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sés : assurés sociaux, membres des professions médicales, repré- .sentants de la population ». (et l'on a vu la position ambiguë du P.C.F. vis-à-vis de l'augmentation des honoraires demandée par la CSMEF.)

Front des mécontents réunis derrière un programme de démagogie électorale que le P.C. prétend instituer sans abolir le capitalisme.

Ainsi, la démocratie véritable réalisera, outre les riationalisations, «la gratuité totale des soins », « des crédits massifs d'’investissements pour la santé (mise en valeur des ressources Climatiques et thermales), recherche médicale, hôpitaux, maisons de retraite et de repos, établissements de cure, centres sanitaires ruraux et urbains, laboratoires d'analyses, etc.) », « la revalorisation massive du salaire du personnel de santé et du service sccial», « des écoles publiques d'infirmières, d'assistantes sociales et de formation du personnel paramédical » où «les élèves recevront un présalaire », « les membres du personnel infirmier et paramédical pourront faire leurs études de médecine tout en continuant à toucher leur salaire »; allocation d'études pour les étudiants de faculté, « véritable réforme des études médicales par la généralisation des C.H.U. et l'augmentation massive du nombre d'enseignants », « un personnel beaucoup plus nombreux, travaillant à plein temps en équipe avec les services hospitaliers pour faire face aux tâches multiples ». « Les médecins pourront suivre des stages hospitaliers, se spécialiser et éventuellement reprendre une carrière hospitalière », et si le « lien d'argent entre le médecin et le malade doit être définitivement supprimé », « les situations acquises seront respectées ».

Bref, un magnifique programme électoral qui veut faire croire que c'est par le vote qu'on peut tout obtenir, alors que lors de la grève de dix millions de travailleurs, la C.G.T. a oublié d'exiger l'abolition des Ordonnances, ou plutôt l'a reporté à un débat parlementaire...

Mais de plus, si l'état de démocratie véritable réalise tout cela (y compris une « fiscalité démocratique »), pourquoi passer au socialisme ? Toutes les contradictions du capitalisme semblent être résolues et, de fait, le programme du P.C.F. parle peu de ce que serait une médecine socialiste. Il promet l'impossible en régime capitaliste. Ce qui serait valable s’il s'agissait de revendications transitoires, visant à mobiliser les masses, et non d’un programme maximal purement électoral.

C. CONCLUSION

Ainsi, ni de l’opportunisme du P.S.U. oscillant entre l'électoralisme et la prise de pouvoirs locaux, ni du réformisme parlemen taire du P.C.F., les militants de Mai ne pouvaient prétendre attendre une solution victorieuse à la crise.

Partout spontanément étaient nés des thèmes revendicatifs qui affrontaient directement le capitalisme :

— à bas la sélection, à bas les mandarins, internat pour tous, remise en cause régulière des fonctions, enseignement post- universitaire effectif ;

— abolition des Ordonnances, la santé aux travailleurs ;

— en médecine : plus de profit.

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Partout, les embryons de double pouvoir avaient surgi, comités d'actions élus et révocables, laissant présager d'une autre société es Davsileuss de santé assureraient eux-mêmes la gestion de a Santé.

Mais l'absence de parti révolutionnaire était ressentie par tous, cependant que les partis « de gauche » se précipitaient aux urnes, après avoir négocié une augmentation de salaires, actuellement engloutie par l'augmentation des prix, et les 40 heures que l’Assistance Publique ne peut garantir, pas plus aujourd’hui qu'en 1936.

Dès lors que la classe ouvrière avait perdu l'affrontement, les étudiants seuls ne pouvaient plus rien gagner sur le fond et le gouvernement n'a octroyé aux étudiants en médecine qu'un externat allégé, un choix impératif en fin de premier cycle, un internat sans oral, et, en guise d'autonomie, une sectorisation hospitalouniversitaire visant à rentabiliser et à rendre compétitif les C.H.U...

La tâche des militants aujourd’hui est certes de démystifier, d’expliciter le sens des réformes gouvernementales, de dénoncer et de refuser la participation gaulliste, mais elle est aussi de préparer les prochaines luttes.

‘est donc un effort urgent que d'analyser la formation sociale française et de dégager les principales contradictions de l'économie capitaliste, secteur par secteur. Elaborer les mots d'ordre et mobiliser les travailleurs manuels et intellectuels sera un rôle déterminant du futur parti révolutionnaire en même temps qu'un moyen d'impulser sa formation.

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ns Vers des revendications transitoires

Ces revendications transitoires, au sein d’un programme incluant tous les secteurs, seront susceptibles de mobiliser les masses sur des mots d'ordre explicitant leur conflit avec le système capitaliste.

En période de relative stabilité sur le front de lutte des classes, elles ont une valeur de propagande et de mobilisation et prennent, en période de montée révolutionnaire, valeur de pont entre les revendications immédiates et le socialisme, seul capable de les mettre en place.

Isolées, certaines revendications transitoires peuvent être déformées et finalement intégrées par le capitalisme qui s'en sert alors pour atténuer ses contradictions (exemple : l'échelle mobile des salaires en Belgique). La tâche des militants d'avant-garde est de lier constamment les différentes revendications au sein d’un programme globalement inintégrable.

De notre analyse, nous retenons pour le secteur Santé deux contradictions essentielles du système capitaliste actuel.

La première tient au développement du capitalisme sanitaire, échappant en partie aux lois du marché et freinant par là même le développement des autres secteurs capitalistes. Ce développement était encore favorisé par l'extension du droit à la santé et par les découvertes techniques. De plus, le déficit de la Sécurité Sociale était lourd de signification politique, puisqu'il est imposé À HEtR, Bourgeois par les représentants ouvriers gestionnaires

e la SS.

Mais la S.S. est en déficit malgré eux, disent-ils, à cause des charges indues.… Et ce n'est pas par hasard si la politique des organisations officielles de la classe ouvrière a été de réduire la lutte pour l'abrogation des Ordonnances à deux défilés par an et s'ils l'ont abandonnée lors des discussions de Grenelle. De même, ce n’est pas par hasard si leur travail d’« agitation » sur les hôpitaux publics se résume à des pétitions et des conférences de presse.

La deuxième contradiction se situe au sein de la bourgeoisie entre, d'une part, le désir de l'étudiant d'atteindre la plus haute qualification médicale, le désir du médecin de pratiquer une médecine où son rôle ne soit pas dicté par la nécessité de réintégrer au plus vite le malade dans la production et la consommation et ne se résume pas à distribuer des médicaments « nouveaux » à 50 malades par jour 11 mois sur 12, le désir du chercheur d'être soustrait à toute contrainte financière.

et, d'autre part, la loi du profit obligeant à la sélection précoce

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et arbitraire, à l'institutionalisation de la médecine de classe, à la rentabilisation de la recherche.

Certes, les uns et les autres s'accordant fort bien de la loi du profit tant qu'ils restent financièrement et idéologiquement les «élus» de cette société.

Or, l'idéologie petite-bourgeoïisie du médecin libéral est remise en cause, nous l'avons vu, par les capitalistes eux-mêmes.

Or, le patronat ne peut que difficilement accepter l'augmentation des honoraires médicaux. En effet, le patronat est prêt à accroître la rémunération des médecins si, en contrepartie, il obtient ou exige d'eux l’accentuation de la médecine de classe dont l'abolition des conventions pourrait être le premier pas.

Mais ni les médecins ni le patronat ne sont prêts à prendre la responsabilité de telles mesures, face à la combativité actuelle de la classe ouvrière. En sorte que, faute de contrepartie, le capitalisme ne peut guère augmenter les «salaires» médicaux.

Que surviennent des difficultés économiques, que le patronat ne paie plus, que la classe ouvrière mobilisée offre une perspective politique claire, et le corps médical, dans sa majorité, refusant les solutions extrêmes du poujadisme, basculera de son côté.

De ces deux contradictions, nous tirerons plusieurs revendications à titre d'exemple.

I. LA SANTE AUX TRAVAILLEURS ET AUX MEDECINS ce qui sous-<entend :

a) gestion de la S.S. par les travailleurs de santé (médecins, personnel hospitalier) et par les travailleurs, c'est-à-dire, expulsion des patrons des conseils d'administration, remplacés par les travailleurs de santé (représentants élus et révocables).

b) autonomie absolue de la S.S. vis-à-vis de l'Etat

dont le seul rôle sera de vérifier la comptabilité administrative.

Ces deux propositions font le pont avec l'organisation de conseils des travailleurs de santé de la période transitoire. Mais isolées, elles porteraient en germe la constitution d'un « Service National de Santé », pouvoir local dont nous avons vu la signification véritable et qui peut être à la limite le moyen de rationaliser la « Santé Publique ».

C'est pourquoi ces deux revendications ne peuvent être qu'indissolublement liées avec cette revendication fondamentale.

c) prise en charge par l'Etat du déficit de la SS.

Elle met en conflit l'Etat bourgeois et la Sécurité Sociale, flot ds: démocratie ouvrière, en exprimant que le seul pouvoir de décision est central, qu'il n'existe aucune autonomie, aucune participation, sans possibilité de décision sur les choix économiques.

Cette prise en charge est pratiquement inacceptable pour le capitalisme. Elle n’a plus de sens en régime socialiste, puisque c'est alors la collectivité qui décidera de la répartition du surproduit national.

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Mais cette revendication a un rôle éducatif en ce qu'elle montre que l'Etat capitaliste n'est pas l'expression de la collectivité, mais qu'il n'est que la domination d'une minorité qui détermine la part qui revient aux besoins collectifs.

d) développement du droit à la santé pour tous par, dans l'immédiat :

— l'extension de la Sécurité Sociale à tous les travailleurs ;

— la diminution du ticket modérateur et sa suppression pour tous frais dépassant une certaine somme et pour toute hospitalisation ;

— Je remboursement de tout soin médical préventif ;

— le développement d'un enseignement sanitaire (télévision, publicité.) permettant à bref délai la réalisation de la Santé Gratuite pour tous tout en sachant que même la société de transition ne pourra effacer la hiérarchie sociale dans la consommation de Santé que progressivement avec le développement de la prévention et de l'éducation médicale.

Ces deux dernières revendications (c) et (d) dénaturées et intégrées ne pourraient qu'exaspérer la contradiction entre le développement du capitalisme sanitaire et capitalisme non sanitaire, dévoilant ainsi de façon aiguë l’incohérence du système capitaliste et l'intolérable présence du profit en santé.

IL. 07 mes FORMATION POUR LES MEDECINS PRATI-

— Ceci ne veut pas dire que tous les médecins auront les mêmes connaissances, les mêmes fonctions, spectre d'une médecine uniformément médiocre...

— Cela veut dire la possibilité pour chaque praticien d'accéder à des fonctions hospitalières ou de recherche ou d'enseignement voire de gestion à n'importe quel moment de sa carrière en fonction du seul critère de qualification reconnue.

— Pour que cela ne soit pas qu'un vœu pieux, il faut donner un contenu à cette revendication :

a) abolition des concours hospitaliers et c'est dans ce cadre que doit être inclus l’internat pour tous, revendication immédiate.

Cette revendication signifie le refus de la sélection réalisée selon les intérêts capitalistes.

b) conditions de travail permettant au praticien «de ville» de participer à un véritable enseignement post-universitaire, permettant son intégration plus ou moins longue dans une équipe hospitalière. Cette revendication, qui suppose la disposition de 3 à 4 heures par jour par le médecin est indissociable de la suivante.

c) formation d'un nombre de médecins indépendant de l'importance des crédits

— en tenant compte qu’un médecin, dans l'intérêt des malades eux-mêmes, ne devrait pas soigner plus d’une dizaine de malades par jour (et c'est seulement ainsi que le slogan actuel des mé

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decins : « revalorisation » de l'acte médical trouvera sa signification et, partant, sa justification) ;

— ainsi doit être également comprise l'abolition de l'« examen guillotine » en fin de Î* cycle (C.P.E.M.)

D'autre part, défendant leurs intérêts financiers et idéologiques, les médecins tremblent actuellement devant la fonctionnarisation (qui, en régime capitaliste, les transformerait effectivement en «officiers de santé »). Il importe de dire que, pendant la période de transition, la fonctionnarisation ne sera pas imposée comme un dicktat mais sera le résultat du développement d'une véritable politique sanitaire à laquelle participent les médecins eux-mêmes dans les conseils de santé. De toute façon, en transcho les revenus seront fonction de nouveaux critères (l'acte médical sera à sa place par rapport à la coupe de cheveux — comparaison faite par les médecins de l'U.S.M.F. — mais aussi à sa place par rapport au salaire du travailleur industriel).

3° de ces deux revendications découle l'affrontement avec le profit et le troisième slogan :

EN MEDECINE PAS DE PROFIT dans le cadre plus général de l'expropriation du capital.

Pour la Santé, cela signifie l’expropriation sans rachat :

— des 20 laboratoires qui font 50 % du chiffre d'affaires total ;

— des grands trusts de l'industrie chimique ;

— des banques privées ; trois branches intimement liées.

Mais «seule la montée révolutionnaire générale peut mettre l'expropriation générale de la bourgeoisie à l’ordre du jour. L'objet de revendications transitoires est de préparer à la résolution de cette tâche» (Trotsky).

4 Quant aux autres revendications transitoires sur les salaires, l'emploi, l'embauche, la formation professionnelle (échelle mobile des salaires et de l'emploi), contrôle ouvrier sur l'embauche...) particulièrement aiguës pour les travailleurs hospitaliers, elles ne sont cependant pas propres à la Santé.

Les revendications que nous avançons ne visent qu’à être des propositions que tous devront discuter. Les mots d'ordre se forgeront dans la lutte au cours de laquelle se formera l'avant-garde de la classe ouvrière.

C'est elle qui devra, lors de la montée des luttes, puiser dans la dynamique des masses l'approfondissement de ses mots d'ordre et y adapter les formes d'action, aboutissant à la constitution de conseils de travailleurs, dont la généralisation entraînera l'affrontement avec l'Etat capitaliste, puis son effondrement.

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Annexe

I a) Carte médicale française en 1962 :

— il y a moins de 50 médecins pour 100.000 habitants dans le Pas-de-Calais, la Meuse et la Moselle, la Haute-Loire et l'Ardèche ;

— il y a plus de 100 médecins pour 100.000 habitants dans la Gironde, les Pyrénées, le Var, les Bouches-du-Rhône, l'Aude, l'Hérault et les Alpes-Maritimes.

b) À Paris :

— il y a plus de 5 médecins pour 1.000 habitants dans le 16°, le 8°, le 7e et le 6°;

— il y a moins de 1 médecin pour 1.000 habitants dans le 18, le 19°, le 13° et le 20°.

IT

L'ACCELERATION DU RYTHME DE PROGRESSION DES DEPENSES DE SANTE :

63 % de 1949 à 1962, soit en il ans 31% de 1960 à 1962, soit en 2 ans

« Cette accélération vient en partie de ce que l'assurance maladie à été accordée à partir d'avril 1961 aux exploitants agricoles. Mais le même phénomène apparaît lorsqu'on isole les dépenses en prestations en nature de l'assurance maladie du régime général : leur rythme d’'accroissement en pourcentage du revenu national a été légèrement supérieur à 36 % de 1936 à 1960. (Grandjeat : « La santé gratuite ».) :

L'évolution des charges de la S.S. de 1949 à 1964 montre bien que les dépenses des assurances sociales « augmentent nettement plus rapidement que les autres branches et que la croissance ue prestation en nature (remboursement des frais médicaux) est nettement plus forte que la croissance des prestations en espèce (indemnité de salaire) » (texte de la Documentation générale).

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Soit en pourcentage du revenu national :

Assurances sociales Arrêt de travail Prestations prestations prestations familiales en nature en espèce

1949 — 1,50 ...| .... 4,62 .... | .... 0,78 .... |.... 5,19 1965 — 4,16 ...| .... 8,09 .... | a 1,34 sous |. 519

(si on tient compte que dans le même temps le nombre d’assurés dans la population active est passé de 12 millions à 18 millions, on voit que les arrêts de travail ont crû parallèlement au revenu national).

Evolution des diverses catégories de dépenses de 1947 à 1963 (a Rsertese des salaires soumis à cotisation (base 100 en Y :

Frais d’hospitalisation ............ : 334

Frais pharmaceutiques ............ : 316

Fraïs chirurgicaux .....:.:::.:... : 226

Frais médicaux .................. : 209

Frais dentaires .................... : 137 III

COMITE NATIONAL DE L'HOSPITALISATION PUBLIQUE

« 1964 : point de vue des organisations syndicales :

Il faut que l'intervention concertée des médecins, des élus, du personnel, de la population auprès des pouvoirs publics soient assez énergiques et efficaces afin que soient obtenus les crédits nécessaires pour doter la France dans l'immédiat d’un minimum d'équipement sanitaire indispensable. »

Appel à la population du C.NH-P.

« La France consacre aux investissements sanitaires 2,5 % du produit national brut...

IL FAUT FAIRE PLUS!

Signez, faites signer les listes de pétitions qui vont être soumises à votre approbation par les membres du corps médical, du personnel hospitalier, des élus de la Sécurité Sociale, des associations de malades ;

Pour obtenir les crédits nécessaires à l’hospitalisation publique. Il y va de votre santé, de votre Droit à la vie.»

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IV

EVOLUTION DES SECTEURS D'HOSPITALISATION EN FRAN- Ce (nombre de lits) :

publics privés 1949-1950 271.350 120.197 1962 298.064 153.973 soit + 10% soit + 28 % V

— Accroissement par rapport aux actes médicaux de 1961 à 1963 : Consultations + 37 % Visites + 28 % Laboratoires privés + 52 %

« Au mois de septembre 1964, le deuxième groupe pharmaceutique français a publié un avis financier selon lequel pour l’année en cours «les résultats évoluent de façon favorable, les investis sements s'effectuent dans le cadre des prévisions financières et aucune augmentation de capital en numéraire n'est envisagée. » La même société de 1956 à 1960 a investi 76 millions de F, les ressources procurées par l’autofinancement s'étant élevées à 83 millions de F. Depuis le mois de septembre 1958, elle n’a demandé aucun argent frais à ses actionnaires. Elle a par contre accru le capital de 60 %. (cité par Grandjeat dans « la Santé gratuite ».)

La publicité coûte à peu près 13% du chiffre d'affaires.

En 1965 on dénombrait 11.000 présentations dont 1.050 remboursables par la SsS.

36% des médicaments consommés sont :

des antialgiques des fortifiants des produits à action locale

Les producteurs sortent des médicaments nouveaux rembour sables à un prix plus élevé que des médicaments anciens en ayant ajouté au principe actif identique un ou plusieurs produits dont l'intérêt est souvent peu évident.

Dépenses des laboratoires d'analyse (régime général et régime fonctionnaires) :

Labo privés Labo hospitaliers 1960 102.989 — 1961 119.472 17.007 1962 136.804 20.998 1963 196.000 27.300

Les pharmacies détaillantes sont au nombre de 16.200 soit une pour 3.050 habitants.

Les produits sont vendus par les pharmacies avec une marge de 32 % sur le prix de vente, prix imposé.

Chiffre d'affaires des officines : montant moyen déclaré (Statistiques et Etudes financières).

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1960 : 128.100 NF 1961 : 141.800 NF soit + de 10 % 1962 : 175.900 NF soit + de 24% (ce qui est intéressant ce ne sont pas les chiffres absolus inférieurs à la réalité, mais le rythme d'accroissement.)

ETAT DES HOPITAUX :

«Je crois que le problème est trop grave pour continuer à couvrir une situation qui ne s'apparente plus à l'exercice normal de la médecine mais à la non assistance à l'égard de personne en danger.»

Pr. Fred SIGUIER

La commission d'équipement sanitaire et social du V* Plan dénombrait : 307.144 lits à construire (139.144 pour les hôpitaux et les C.H.U., 80.000 pour les hôpitaux psychiatriques, 88.000 pour les maisons de vieillards). Pour le cancer, le nombre de lits est la moitié des besoins. Pour l'enfance inadaptée le retard est qualifié de « tragique ».

Dans la région parisienne 19.550 sur 46.000 malades sont en salle commune (avec des salles de 20 à 40 malades). (Dr Mathé, «Le Monde» du 1% mars 1968.)

Etaient vacants en novembre 1966 (rapport de la fédération hospitalière de France) :

42% des postes de techniciens de laboratoires ; 77 % des postes de manœuvres ;

77 % des postes de kinésithérapeutes ;

24% des postes d’infirmières ;

100 % des postes de psychologues.

Encore faudrait-il tenir compte que nombre de postes d'infirmières sont remplis par des personnes n'en ayant pas la qualification...

Il existe 78.000 infirmières en France ; il en faudrait 150.000, soit une pour 330 habitants, si l’on s’en tient aux anciennes normes de l'Organisation Mondiale de la Santé.

Il existe une infirmière pour 30 à 60 malades le matin dans les hôpitaux, une pour 40 à 80 l'après-midi, et une pour 80 à 160 la nuit, alors que le Conseil supérieur des hôpitaux fixait en 1950 (avec 45 heures de travail par semaine) les normes comme suit :

matin après-midi nuit Médecine 10 20 20 Chirurgie 7 16 16

LE V*: PLAN FACE A CETTE SITUATION :

Le plan prévoyait la satisfaction de 20 % des besoins réels, en

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1966 et 1967, c'est moins de 25% du programme prévu qui est réalisé soit 5 % des besoins officiels.

VII

Position de la Confédération des Syndicats Médicaux Français (Dans « Profession médicale organisée et réforme de la Sécurité Sociale »).

« La société industrielle dans laquelle nous vivons est un milieu artificiel créé par l'homme pour les besoins de la production industrielle de masse. Le milieu est malsain (pollution de l’air, de l'eau, extention de l'emploi des produits chimiques dans les cultures.) De plus cette société exige. la mobilité des fravailleurs. Le progrès dans tous les domaines crée des inadaptations et des névroses dues à l'inquiétude des travailleurs :

— sur la sécurité de l'emploi... — sur la transplantation des complexes. »

On voit ici comment les médecins constatent de fait l'agression de cette société, mais raisonnent comme si aucune autre société n'était possible, comme si le « milieu créé par l’homme » n'était pas le milieu créé par les capitalistes, comme si les « progrès dans tous les domaines » étaient des progrès naturels, des progrès pour tous et non pas des progrès anarchiques conditionnés par le jeu aveugle de la loi de la valeur.

VIII

ROLE DES FACTEURS SOCIOLOGIQUES — C.R.E.D.O.C 1965

En 1956 les cadres moyens dépensaient par ménage pour la santé 58,9 NF, les professions libérales et cadres supérieurs 84,5 NF, les ouvriers 41 NF, les ouvriers agricoles 30 NF, les gens de maison 25 NF.

DEPENSES EN FRANCE PAR AN ET PAR PERSONNE — C.R.E.D.0.C. (1965)

Famille : personne Seule a s 00 sos se 137,44 famille avec 2 enfants .......... 115,24 famille avec 5 enfants ............ 60,75

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Localisation :

population agricole .............. 69,92 population rurale non agricole .. 105,94 population urbaine .............. 132,57

ENQUETE DE L'INSTITUT DES SCIENCES SOCIALES DU TRAVAIL (1964)

51,5% des familles gagnant moins de 400 F par mois ont estimé avoir dû restreindre leur consommation médicale de ce fait contre 16% des familles gagnant 1200 F ou plus.

IX

Une récente étude du C.R.E.D.O.C. affirme que :

« Les modifications de législation sociale telles qu'elles sont survenues ces dernières années, n'ont ni freiné ni accéléré l'évolution des consommations médicales. Il semble que la consommation médicale a un rythme propre d'accroissement, c’est le rythme de développement du progrès technique et de sa diffusion. »

et le C.S.M-F. d'ajouter :

« l'influence des facteurs économiques sur la consommation médicale est minime. »

Pourtant la même C.S.M.F. soutient que la « participation directe du malade au «coût» des soins qui lui sont prodigués l'oblige à une meilleure compréhension des réalités économiques de sa maladie. Dans certaines affections et chez certains malades, cette participation peut être un facteur psychologique de guér1son. »

INS.E-E.

Taux de mortalité par tuberculose respiratoire pour 100.000 habitants :

Pays-Bas \................ 2,1 Grande-Bretagne ...... 6,5 Danemark ::scsssoussiu 3,5 Allemagne Fédérale .... 13,2 Iraël ss sims. 3,6 Belgique .............. 13,5 USA 55 semer 5 TERRE, 2... 14,4 Suède .................. 6 France ::smemscmemers 18,4

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XI

Mortalité infantile : Fonctionnaires subalternes

Grands industriels — pro- — Employés .............. fessions libérales — cadres supérieurs et moyens .... 14 re spécialisés et qua-

Senseo see. Cultivateurs 5:00 mises » 26

Manœuvres — Mineurs .... 35

Commerçants — ouvriers agricoles — artisans ...... 19 Taux pour 1.000 naissances

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BIBLIOGRAPHIE

Journal Officiel

Ordonnances sur la S.S. 1967.

Pre de loi Jeanneney — Réforme hospitalière et sanitaire

Réforme hospitalo-universitaire 1958.

Décret Internat national, avril 1968.

Documentation générale du gouvernement CHU. n° 3373. Sécurité Sociale, réforme n° 3453. . La Sécurité Sociale en France, Ministère du travail.

Rapport du Conseil National du Patronat Français, paru en 1965.

Rapport de la Commission des Prestations sociales du Commissariat Général au Plan.

Chronique sociale de France, 1964 Francis Montès. Pour un service national de santé, » »

Notes et documents, Fédération Nationale des Organismes de S.S.

Le Concours médical, supplément : l'hospitalisation privée et publique ».

Comité National de l’hospitalisation publique : la Santé en péril et Colloque pour la défense de l’hospitalisation publique.

Economie et Politique, P.C.F. (XX° anniversaire de la S.S.) Position de la C.G:T. sur la SsS. Programme du P.C.F. pour les élections 1968.

Programme santé du P.S.U. Direction — propositions sur la S.S.

2 articles de la C.F.D.T. : — sur la S.S. : octobre 1967 ; — Sur la pharmacie : février 1968.

Réponse en 12 points au projet Jeanneney

Le br: ais des jeunes médecins et le Comité d'action anté. 1# congrès national 1966 ; Option santé et action santé.

La profession médicale organisée et la réforme de la S.S. - C.S.MEF. Pierre Grandjeat, La santé gratuite.

Notes statistiques de la S.S., Ministère du travail. Consommation, C.R.E-D.0.C.

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B. LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS ................

1. Les: Charges indues ;, sas ss à soie ss sie ss same e 2. De l'intégration comme objectif socialiste. .......... 3. … à la négation de l’économie politique marxiste .... 4. L'Etat miracle : la démocratie véritable ............

CG CONCEUSION nes comme semmre-em-uicmment 3. VERS DES REVENDICATIONS TRANSITOIRES ........

I. LA SANTE AUX TRAVAILLEURS ET AUX ME- DECINS ; ms à sie à à grovane à sas o munre à e ororeie o » wrenvie à mao

4) Gestion dela SS.. nes enenesmentseme b) Autonomie. de la SS assis ss sus à aise ss ass c) Prise en charge par l'Etat du déficit de la SsS.

II. UNE SEULE FORMATION POUR LES MEDECINS PRATICIENS : sus sis s à ace à à ange à à peiaie o cnvetess o sue

a) Abolition des concours hospitaliers .......... b) Conditions de travail ........................ c) Formation d'un nombre important de méde-

CMS ne mine à mronene à 5 it o 5 cord à 6 ENS à 5 HSE 6 ER à à

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Achevé d’ sur les presses de l'Imprim Dépôt légal : 2° se à

N° d'EÉditeur : 255 —

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imprimer en avril 1969

erie Ch. Corlet, à Condé-sur-Noireau (14) stre 1969 — N° d'Imprimeur : 7409 tirage : de 5.000 à 10.000 exemplaires

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