La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Cahiers rouges, série classiques

L’ennemi est dans notre pays : l’antimilitarisme révolutionnaire

Cahiers rouges, série classiques, septembre 1970 · 36 065 mots

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Classique Rouge» N° 6

«L’ennemi est dans notre pays »

(L’antimilitarisme révolutionnaire)

FRANÇOIS MASPERO 1, place Paul-Painlevé - 5° PARIS

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DANS LES LIVRES ROUGES

enaissance du bolchevisme en U.R.S.S. Mémoires d'un bolili

5 N

10-11.

vik-léniniste

DANS LES CAHIERS ROUGES

DOCUMENTS DE FORMATION COMMUNISTE

. Eléments de théorie économique marxiste . La médecine confisquée . De la bureaucratie

. K. MonzELEWSKY, J. KURON :

Lettre ouverte au Parti ouvrier polonais

. L'intervention en Tchécoslovaquie, Pourquoi ?

Construire le parti révolutionnaire Construire l'Internationale

I. Théorie et système d'organisation

IL. De l'internationalisine à l'Internationale III. Dialeclique des secieurs d'intervention

Le deuxième souffle. Problèmes du mouvement étudiant Pédagogie et Crise de la Bourgeoisie

Spécial : « Le complot trotskyste» en Tchécoslovaquie

SÉRIE CLASSIQUES

. Iéon Trotsky, Nature de l'Etat soviétique . Iton Trorsky, La révolution permanente en Russie . Crosse cu l'air. Le mouvement ouvrier et l’armée 1900/1914

. Léon TRorsky, Classe ouvrière, parti, syndicat

L'agonie du capitalisme et les tâches de la IV° Internationale (Programme de Transition 1938)

SÉRIE « MARX OU CRÈVE »

. Marxisme et petite-bourgeoisie

. Denise AvENAs, Economie et politique dans la pensée de Trotsky Spécial supplément à Rouge n° 74-76, André Martv révoltr-

tionnaire.

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Introduction

Notre premier recueil de «textes classiques» de l'antimilitarisme (Crosse en l'air) fémoignait en plus d'un endroit de l'exlrême confusion du mouvement ouvrier d'avant-garde, où le pacifisme et l'humanitarisme anarchisants apparaissaient bien sou. vent comme les seuls adversaires du social-chauvinisme des Sembat, Thomas, et autres Cachin.

En août 1914, la trahison générale par la bureaucratie socialdémocrate des intérêts historiques du prolétariat, la capitulation chauvine devant les diverses bourgeoisies impérialistes, marque la fin de l'époque du développement pacifique, sonne le glas des illusions réformistes, qui avaient fait la fortune du « socialisme ministrable et de l'internationalisme de défense nationale», Et c'est octobre 1917 qui exécute la sentence portée par l'histoire en août 1914...

Après la première boucherie mondiale impérialiste, les travailleurs révolutionnaires de tous les pays ont sous les YEUX, Pour 1nener la lutte contre leur bourgeoisie, l'exemple vivant de Lénine, Liebknecht, Rosa Luxemburg, des bolchéviks et des spartakistes : comme On prouve l'existence du mouvement en marchant, ils Oût — entre autres choses — mis en lumière la contradiction fondamentale de l’armée bourgeoise et la lutte contre Le militaris- Mme et l'iméprialisme, et cela par la praiique du défaitisme révolutionnaire. Ils ont montré que l'armée bourgeoise, composée d’ouvriers el de paysans, loin d’être l'armée des travailleurs, est l'armée des capitalistes CONTRE les travailleurs, soit qu'elle réprime le peuple exploité, soit qu'elle fasse s'entre-exterminer les travailleurs des différents pays pour la conquête impérialiste de nouveaux marchés. Ils ont montré que l'avant-garde révolutionnaire ne doit pas attendre passivement le déclenchement de la grève générale insurrectionnelle contre la guerre, mais au contraire travailler en permanence, comme la laupe qui creuse inlassablement, en luttant contre le social-chauvinisme sous toutes ses formes et contre le militarisme ; ne pas se contenter de proclamations maximalistes abstraites, mais mener l'agitation au jour le jour (sur des revendications comme l'augmentation des soldes, la gratuité des transports, les libertés démocratiques, la suppression de la « justice» militaire….), regrouper et organiser les soldats, afit de donner à leur action une dimension politique, consacrer dans la presse une large place à la lutte antimilitariste.

Si dans le P.C., les leçons des révolutions russe et allemande sont trop souvent comprises de façon trop « théorique», les jeunesses communistes sont là et développent une intense activité pratique, particulièrement vive en trois occasions : la campagne

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contre l'occupation de la Ruhr}; celle contre la Guerre du Rif (1924-1925) ef les manifestations ripostant au rappel des réservistes (1927-1929).

C'est de ces luttes que rendent compte les textes que nous publions ici. Mais ils rappellent aussi ce que fut la lutte du Parti Bolchevik de Sparlakus et des iravailleurs qui, sous l'uniforme français, surent comprendre que «l'ennemi élait dans leur propre pays ». Ils le payèrent de leur vie, fusillés du Chemin des Dames et des grandes mutineries de 1917, ou tombant sous un feu d'artillerie ordonné par leurs propres officiers.

Le premier texte, «le mmilitarisme assassin», est extrait du Conscrit Rouge de 1921, et montre de quelle manière les officiers réactionnaires comprenaient, empiriquement, la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Nous présentons ensuite l'essentiel d'une brochure publiée par le P.C.F. en 1919 : L'Antimilitarisme révolutionnaire (un aperçu historique), qui, outre son intérêt événementiel, expose très clairement le point de vue bolchevique sur ces luttes.

Le texte d'André Marty, Le Procès de Mayence, publié en juin 1924, retrace la campagne contre l'occupation de la Ruhr, qui vil les communistes français entrer en action, en liaison constante avec les communistes allemands, avant même l'arrivée des troupes françaises. En débarquant chez « l'ennemi », les soldats lisent les affiches placardées partout qui les appellent à fraterniser avec les travailleurs allemands. Malgré la répression, la diffusion massive de la presse révolutionnaire esl assurée sans relâche. Une centaine de cellules connnunistes sont organisées, ainsi que des comités de soldats. Les soldats manifestent aux côlés des travailleurs allemands, faisant du plein succès de cette campagne, la première manifestation d'envergure d'antimilitarisme révolutionnaire et d'internationalisme prolétarien.

Aujourd'hui, voilà longtemps que les organisations traditionnelles du prolétariat, en sombrant dans le réformisme, ont abandonné toute velléité antimilitariste. Le 21 avril 1960, pourtant, Etienne Fajon consacrait l'éditorial de L'Humanité à la position du P.C.F. sur les désertions en Algérie. Et il écrivait : « Résolument opposé à la guerre injuste d'Algérie, notre Parti, qui comprend le drame de conscience de chaque jeune, n'a jamais considéré la désertion comme un moyen susceptible de mettre un terme au conflit. Il est toujours demeuré fidèle, au contraire, au principe éprouvé défini par Lénine : le soldat communiste part à toute guerre, même si elle est réactionnaire, pour y poursuivre la lutte...» D'abord, il n'est pas vrai que la direction du P.C.F. n’a jamais préconisé la désertion, du moins le refus du service militaire. Elle l'a fait lorsqu'il s'agissait d'objectifs chauvins : refuser de servir sous les ordres du général allemand Speidel et non d'un bon général français.

Mais venons-en au principal : « Le soldat communiste part à la guerre pour y poursuivre la lutte.»

En réalité, lorsqu'un jeune communiste partait pour l'armée et qu'il demandait aux organisations du Parti ce qu'il devait faire, on ne lui répondait rien. Les jeunes soldats étaient encore livrés à leur propre sort. La direction du P.C.F. avait une magnifique occasion au moment des manifestations des rappelés. Au lieu d’expliquer ce qu'était la Révolution algérienne, au lieu de coordonner

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toutes les actions éparses, elle a laissé les soldats et les civils se débrouiller tout seuls, lorsqu'elle ne les a pas traités de provocateurs, elle qui les avait exelus alors qu'ils étaient membres du parli

IL'est vrai que le P.CF. avait trouvé son maître en la matière. N'est-ce pas Nhironcirteliev qui, en 1960 encore, pendant son voyage en France, se flatlail de l'Alliance de la France capitaliste et de la Russie frariste «contre lPennemi conumun» au cours de la Première Guerre tnpérialiste ? N'estce pas Khrouchichev qui s'est fait ainsi lapologiste de la politique des sociaux-patriotes de « l'Alliance » dont l'opportunisme el les trahisons nécessitèrent la fondation de la FE luteruationale, celle de Lénine el Trotsky ?

IL est done normal qu'aujourd'hui le PCF. héraull de « Pintérêt national», passe les bornes de l'indécence opporttniste. Dans le numéro spécial eu effet tri icial — de L'Humanité Dimanche, « célébrant la naissance de Lénine, il à permis à un vieux débris social-démocrate de baver toute une demi-page sur Lénine, et d'expliquer que si le défailisme révolutionnaire était bon pour les moujiks, personne, wräce à Dieu, n'y avait pensé sérieusement en France. Dans le niéme numéro, on a pu lire avec ébahissement que Cachin, en avril JO17, était parti, en vrai révolutionnaire, « soutenir » la révolution russe ; nous savons bien que la « révolution » que soutint Cachin — jusqu'en 1919 — fut, contre Lénine, celle de Kerenski. Envoyé par le ministre « socialiste » Albert Thomas, il venait s'assurer que Kerenski imposerait au peuple russe la poursuile de la guerre, tout conume il s'était assuré naguère — subsides gouvernementaux en poche — que le « socialiste» Mussolini élail pour l'intervention de l'Italie aux côtés de la France et du

A chacun ses ancêtres. Laissons au P.C.F. ses Cachin, et reprenons le flambeau de Lénine et Trotsky.

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Table

1. Le Conscrit Rouge (mai 1921) : Le militarisme assassin .. 7

2. Alfred, Dupont et Fischer : L'antimilitarisme révolutiontaire (aperçu MISTOrIQUE) : scans ds ae 28 never 10

3. André Marty : Le Procès de Mayance

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Numéro unique : 25 Conllmes Écit por Pb Me a Faetérer tte À Mai 1921. I

Le militarisme assassin

Les anciens combattants de la « guerre du droit et de la justice» savent les crimes monstrueux des tribunaux d'exception qui, pendant la tourmente, envoyèrent des milliers de pauvres bougres au poteau. La férocité a été loin. On pourrait citer quantité de cas où l'on a fusillé des hommes sans jugement aucun, souvent sur de simples apparences. Pour aujourd'hui, il nous suffit de jeter un coup d'œil sur l'exposé de M. Jadé, prononcé le 22 avril à la Chambre, et que publie Le Journal officiel.

« M. Jean Jadé. — À quatre heures du soir, l’ordre d'attaquer est donné, les hommes à ce moment-là — et, comme m'écrit un des officiers de la compagnie, nous ne pouvons pas les empêcher de raisonner et de se rendre compte de ce qu'ils ont devant les yeux — jugent l'inutilité de l'attaque, »

Vous vous souvenez, canarades, de ces heures d'anxiété et de douleurs où, tels des moutons, vous vous prépariez pour la boucherie !

« M. J, Jadé. — Les officiers de la compagnie franchissent le parapet, criant : « En avant!» Les hommes refusent de sortir, ils disent : « Nous pr ons être fusillés, mais être enterrés, que de rester pourrir là- ur le « bled ». Au moins, nous aurons ainsi sauvé du massac s camarades de la 22° qui doivent attaquer après nous. »

Et alors, l’aspirant Germain, duquel je tiens ce détail, revient dans la tranchée, supplie les hommes de sortir, essaie de leur faire comprendre les conséquences de leur refus. Les hommes maintiennent leur refus. On en rend compte à l'arrière. À ce moment, le général, qui commandait LA 60° DIVISION, DONNE L'ORDRE À L’ARTILLERIE FRANÇAISE, vous entendez bien, DE TIRER DANS LA TRANCHEE FRANÇAISE, DE TUER PAR CONSEQUENT LES HOMMES QUI ETAIENT SORTIS, les gradés qui étaient sortis en même temps que ceux qui avaient refusé. (Exclamations).

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Le colonel Bérudé, qui commandait l'artillerie divisionnaire, a refusé d'exécuter cet ordre (Applaudissements). I] a exigé un ordre écrit que le général de division n'a pas eu le courage de donner.»

Ces faits sont peut-être moins rares qu'on ne le croit.

MAIS NOUS DONNERA-T-ON LE NOM DE CE GENERAL, PATRIOTE JUSQU'A DECRETER FROIDEMENT L'ASSASSINAT DE SES HOMMES ? Et pourquoi aucune sanction ne fut-elle prise ?

Mais continuons d'examiner les faits qu'a apporté à la tribune de la Chambre M. Jadé. Ils sont édifiants, et ceux qui sont appelés à partir doivent savoir qu'ils peuvent, un jour prochain, courir le risque de comparaître dans des conditions analogues devant un Conseil de guerre.

« M. Jean Jadé. — Le même jour, mon camarade, le sous-lieutenant Bordy, qui avait pris à ma place le commandement de la compagnie — car dans la matinée j'avais été blessé en effectuant une reconnaissance — a été blessé — et blessé grièvement puis qu’il a subi une amputation — en allant porter aux premières lignes la menace de cet ordre de faire tirer l'artillerie française.

Par la suite, le commandement prévient la 21° compagnie que, les pertes n'étant pas suffisantes, il y aura lieu de recommencer l’attaque. À ce moment, on fait prendre à la compagnie le nom d'un caporal et de quatre hommes par section auxquels on donne l'ordre formel de se porter en avant, d’aller couper les fils de fer.

M. Balanant. — En plein jour ? M. Jean Jadé. — En plein jour. (Exclamations.) M. Pierre Deyris. — C'est formidable !

M. Jean Jadé, — Ces hommes étaient des braves. Le caporal Lechat, qui est parmi les fusillés, avait été, la veille, volontaire pour une mission périlleuse. Et quand il reçut cet ordre, ses camarades, les autres caporaux, sont intervenus auprès du commandement de compagnie en disant : « Lechat a effectué une mission périlleuse la nuit dernière, nous demandons à le remplacer. »

Vous le voyez, nous avons affaire non seulement à des braves, mais à des hommes de cœur. (Applaudissements.)

Ces hommes reçoivent l’ordre de se porter en avant, d'aller couper les fils de fer en plein jour.

Nous devinons immédiatement les mobiles qui ont inspiré cet ordre. On n’osait pas faire comparaître toute une compagnie de vant le conseil de guerre, alors on a donné un ordre formel, pré cis, à quelques hommes, de façon à pouvoir justifier l’inculpation de refus d'obéissance.

Ces hommes auraient pu rester dans la tranchée, ils ont encore essayé d’obéir. Ils se sont portés en avant, ils ont vu les fils de fer à 150 mètres, ils ont compris l'impossibilité d’aller les coupui Ils savaient que c'était la mort certaine. Il y a tout de même quelquefois un instinct de conservation qui empêche les homme: d'aller au-delà de la limite de leurs forces. (Applaudissements.)

Ils se sont terrés dans un trou d’obus.

L’aspirant Germain s'est porté dans le trou d'obus où étaient

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les quatre hommes et le caporal de sa section, il a essayé de leur faire comprendre le cas dans lequel ils se mettaient. Mais il n'avait devant lui — c'est sa propre expression — que de véritables loques.

C'est alors qu'on fit comparaître ces hommes devant un conseil de guerre.

Au conseil de guerre, constitué par des officiers de l'arrière, dans lequel le colonel président était seul un véritable combattant, un certain nombre d'officiers ont été appelés. Quelques officiers du régiment, officiers de réserve, ont demandé à être entendus.

Refus formel du président du conseil de guerre d'entendre ces officiers de réserve. Le commandant du bataillon, officier de l’active, a été entendu ; il a apporté un témoignage loyal, il a essayé d’innocenter les inculpés en exposant les conditions dans lesquelles avaient été commandées les attaques.

Sa déposition a été hachée d’interruptions et de véritables injures. Le sous-lieutenant Germain, de la 21°, dont la conduite cependant dans cetie ire avait été magnifique, a vu sa déposition hachée d'interruplions, on a ayé de la mettre en contradiction avec ses propres déclarations,

Le conseil de guerre a impitoyablement condamné à mort les caporaux Maupas, Foulon, Girard et Lechat.

Le conseil de guerre a signé un recours en grâce. Malgré cela, l'exécution a été fixée au lendemain. Elle a eu lieu dans les vingtquatre heures et je crois savoir, sans pouvoir l’affirmer, que l'ordre de surscoir à l'exécution est arrivé un jour ou deux après.

. L'exécution a eu lieu dans des conditions abominables. Le régiment tout entier y a assisté, L'officier qui le commandait, les officiers de la compagnie, tous les hommes pleuraient. LE REGI- MENT ETAIT ENTOURE DE DRAGONS, DANS LA CRAINTE D'UNE REVOLTE.

Au dernier moment, on avait oublié d'apporter le mouchoir avec lequel on devait bander les yeux des condamnés, »

Mettons un point. Il n'est nullement besoin d'ajouter de coinmentaires. Les uns et les autres, nous avons assisté à ces « exéculions sommaires », qui se faisaient au petit jour entre deux atlaques.

Mais le jour où il nous faudra « remettre ça », que les ouvriers ct les paysans qui, en fait, ont été dans tous les pays les victimes de la guerre, s'unissent dans le brasier ardent de la grève générale insurrectionnelle contre les forbans internationaux qui Îles dominent et les exploitent.

Le Conscrit Rouge, mai 1921.

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[...] Seul le renversement violent du capitalisme, la révolution prolétarienne dans le monde entier peut supprimer le militarisme C'est pourquoi la question de la lutte contre ce dernier doit être liée aux questions fondamentales de la révolution prolétarienne. Celui qui se dit antimilitariste sans se placer sur le terrain de la révolution prolétarienne n’est qu'un charlatan.

C'est pourquoi aussi l'action antimilitariste pratique doit, à tout moment, être étroitement liée aux questions générales de la lutte des classes.

Ce qui caractérise particulièrement le pacifisme et le prétendu antimilitarisme bourgeois social-démocrate, c'est que, tout en se proclamant l'adversaire du militarisme «en général », « à l'échelle mondiale », pour ainsi dire, il proteste énergiquement, d’une manière chauvine, contre le militarisme des pays voisins, mais ne dit rien contre le militarisme de son propre pays capitaliste. Tout « l'antimilitarisme » de la social-démocratie allemande se résume à protester conire le « désarmement unilatéral » de l'Allemagne. L'antimilitarisme révolutionnaire combat le militarisme avant tout dans sa propre « patrie» capitaliste, sous toutes ses formes ct aspects concrets. T1 est particulièrement adversaire de toute forme de militarisation des masses pour les buts de la bourgeoisie. Lénine écrivait dans son article « Sur le mot d'ordre de désarmement » : « Ce n'est pas seulement l'armée permanente actuelle, mais aussi la milice de nos jours. qui constitue un armement de la bourgeoisie contre le prolétariat… C'est pourquoi nous devons dire : « Pas un sou et pas un homme », non seulement pour l'armée permanente, mais aussi pour la milice bourgeoise. »

Voyons comment le prolétariat combat les formes concrètes de la militarisation des masses. C'est là précisément une de ces questions qui ne sauraient être résolues tant qu'elles restent isolées des questions fondamentales de la révolution prolétarienne. Pour renverser le pouvoir de la bourgcoisie, le prolétariat a besoin d’armes et doit savoir les manier. L'armée bourgeoise lui en offre une occasion très favorable. Quoique cette armée ne représente que l'armement de la bourgeoisie contre le prolétariat, il n'en reste pas moins que ce dernier peut y apprendre le maniement des armes pour son propre usage. Refuser de faire son service militaire, c'est donc renoncer à apprendre le maniement des armes et à armer le prolétariat, c'est par conséquent renoncer à la lutte contre le militarisme et au renversement du capitalisme.

Aujourd'hui le militarisme accable toutes les couches de la population laborieuse. Ce ne sont pas seulement les soldats et les marins, c'est-à-dire les ouvriers et les paysans mobilisés, mais aussi les civils non mobilisés qui ploient constamment sous le poids du militarisme. Il faut donc que la lutte contre le militarisme devienne l'affaire des plus vastes masses ouvrières. Il va sans dire que {es soldats, les marins et la jeunesse travailleuse sont appelés à jouer un rôle prédominant dans cette lutte parce qu'ils sont touchés le plus directement par le militarisme.

C'est dans l'action antimilitariste parmi ces couches que l'on

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a acquis jusqu'à présent la plupart des expériences et le contenu de la présente brochure est justement déterminé par ce fait. L'importance de l'action antimilitariste dans les entreprises des industries de guerre et dans l'industrie en général est évidente si l'on considère le rôle que celle-ci joue dans le système militariste d'aujourd'hui. Cependant nous disposons d’une documentation relativement minime sur les expériences de cette action. Il en est de même en ce qui concerne l'expérience de l’action antimilitariste parmi des éléments aussi importants du point de vue de la lutte que les paysans et les (ravailleurs..

La lutte révolutionnaire des soldats et la lutte antimilitariste de la jeunesse ouvrière a déjà une histoire glorieuse. Rappelons notamment le travail des bolchéviks russes pendant la guerre mondiale et le mouvement révolutionnaire formidable dans l'armée russe en 1917, le travail antimilitariste des spartakistes avec Karl Licbknecht et Rosa Luxemburg en tête, les grands mouvements de masses dans la plupart des armées impérialistes, vers la fin de la guerre mondiale, la puissante action révolutionnaire des marins français de la flotte de la mer Noire en 1919, la vaste action antimilitariste parmi les troupes françaises d'occupation de la Ruhr en 1923, le formidable mouvement de masse des réservistes français en été 1927 et les riches expériences de la jeunesse communiste française dans l’action antimilitariste parmi les jeunes recrues [...]

Bien des combattants révolutionnaires ont payé cette action d'années de prison et même de leur vie. Citons ici Liebknecht, Jeanne Labourbe, Reichpietsch, Cœbes, Marty. Dans la plupart des pays, la propagande parmi les soldats est interdite et doit être menée illégalement. Toute la presse bourgeoise et socialdémocrate s'agite pour compromettre le travail antimilitariste et ses militants aux yeux des masses. « Espionnage militaire », « action criminelle », «intrigue secrète », telles sont les expressions les plus courantes dont les agents de la bourgcoisie flétrissent cetle action.

Il convient aux intentions de la bourgeoisie de représenter l’activité antimilitariste comme quelque chose de mystérieux et de « spécial ». C'est à cette campagne de calomnies qu’il faut attri buer le fait que parfois, même parmi le prolétariat, voire parmi les communistes, de fausses conceptions sont encore répanducs sur le caractère de l'action antimililariste et notamment sur le travail dans l’armée.

Les calomnies relatives au caractère « conspirateur », « secret », « spécial », de cette action trouvent une certaine créance parce que ce travail est nécessairement mené dans de nombreux cas illégalement, secrètement.

En réalité, le mouvement ouvrier révolutionnaire dans mée n'a pas d'autre tâche que celles qu'il se donne parmi masses ouvrières en général, c'est-à-dire de les éclairer, de «li fendre leurs intérêts, de les organiser et de les conduire à la fut

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En somme, ce travail dans l’armée n’est qu'une partie du travail de masse révolutionnaire, rien de plus, rien de moins,

Les communistes agissent secrètement, illégalement non par amour de l'art, mais seulement dans la mesure où on rend leur action légale impossible. Dans certains pays, les journaux communistes des soldats paraissent légalement ; il serait superflu, dans ce cas, de les publier illégalement ; mais, dès que la diffusion légale de ces journaux paraissant légalement est interdite, il devient nécessaire de les répandre illégalement, si difficile que cela soit. Le prolétariat révolutionnaire ne saurail, en aucun cas, renoncer à ce travail.

L'action révolutionnaire antimilitariste est menée, en premier lieu, par les partis communistes et les fédérations de jeunes, mais ils n’entendent pas en faire leur monopole ; effectivement, dans un certain nombre de pays, cette action est menée aussi par d'autres organisations ouvrières el par diverses personnes qui toutes, évidemment, se placent tout au moins au point de vue de la lutte des classes.

I. L'importance et l'actualité de l’action parmi les masses des

soldats

L'attitude du communisme dans la question de la propagande parmi les masses des soldats se trouve formulée avec clarté et précision dans les « vingt et une conditions » élaborées par Lénine ct adoptées par le II‘ Congrès de l'Internationale communiste. Voici ce que dit le paragraphe correspondant :

«4, — L'obligation de répandre les idées communistes implique le devoir particulier d'une propagande intense et systémalique dans l'armée. Lorsque cette agitation est interdite par des lois d'exception, elle doit être menée illégalement. Renoncer à ce lravail, ce serait trahir le devoir révolutionnaire et manquer à sa qualité de membre de la III: Internationale. »

Pourquoi Lénine et avec lui tout le II: Congrès de l'Internationale communiste ont-ils donc exprimé sous une forme aussi extraordinairement aiguë la nécessité de diffuser les idées communistes dans l’armée? Pourquoi aucun de ceux qui ont pris part aux congrès suivants n’a-til cherché à atténuer d'une manière quelconque ce point ?

C'est avant tout parce que les communistes se placent au point de vue de la révolution prolétarienne. Pour vaincre, celle-ci doit devenir la cause des masses les plus vastes et aussi des masses de soldats. «Il ne saurait être question d’une lutte sérieuse si la révolution ne devient un mouvement de masses et si elle ne pénètre pas dans l’armée », écrivait Lénine, déjà en 1906, en se basant sur les expériences du soulèvement de décembre à Moscou. Cette affirmation se trouve confirmée par les expériences de loutes les luttes armées de classe du prolétariat international qui curent lieu dans la suite. Mais afin que la révolution pénètre asse/ profondément et s'étende assez amplement dans l’armée, il est

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indispensable de mener une activité correspondante dans ce sens [...]

D'autre part, la propagande parmi les masses des soldats est absolument nécessaire si l’on se propose sérieusement de lutter pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Cette lutte ne saurait avoir de succès que si l'on y entraîne les plus grandes masses. Si l’on considère le rôle des forces armées des puissances impérialistes dans la guerre, on voit l'importance extraordinaire des soldats et des marins dans cette lutte.

Du fait que la conduite moderne de la guerre dépend de plus en plus de l'industrie et des transports, et que, par conséquent, l'importance des travailleurs dans la lutte contre la guerre s'est extraordinairement accrue, on est amené à conclure que le travail parmi les soldats est, en partie du moins, quelque peu « suranné », et que la lutte contre la guerre doit être concentrée dans les industries particulièrement importantes à ce point de vue.

Cette conception est trop étroite. La dépendance de l'armée du front par rapport à l'arrière s'est bien accrue et par conséquent aussi la nécessité d’un travail antimilitariste plus intense dans les industries ; mais le rôle de l’armée dans la conduite de la guerre n’a pas diminué ; l'armée, la marine et l'aviation y sont toujours les facteurs les plus déterminants.

La nécessité de la propagande dans l'armée, du point de vue de la révolution prolétarienne, de la lutte contre la guerre impcrialiste y compris les expéditions d'oppression contre les peuples coloniaux, est reconnue d’une façon générale par les travailleurs révolutionnaires. On constate, toutefois, assez souvent, que cer: tains, tout en reconnaissant cette nécessité, disent et pensent qu'elle n'est actuelle que lorsque la situation est directement révolutionnaire ou lorsque le danger de guerre paraît imminent ou encore lorsque cette dernière a déjà éclaté. Ainsi cette propagande est plus ou moins considérée comme un travail « saisonnier ». Mais qu'en est-il, dans la réalité, de l'actualité de la propagande parmi les soldats et les marins ? À quel moment ce travail est-il actuel ou non ?

. Nous rappelons tout d'abord que le point 4 cité plus haut des vingt et une conditions parle de la nécessité d’une propagande intense et systématique dans l'armée, sans distinguer diverses situations et circonstances. Il est impossible d'interpréter ce point autrement que dans le sens d'un travail permanent, à chaque phase de la lutte politique.

Mais on nous dira peut-être que « la lettre de la loi » est trop stricte, et quelque peu trop « inactuelle »; peut-être en est-il au trement dans la réalité, lorsqu'on considère la question pratique ment, du point de vue des exigences du mouvement révolution naire.

Supposons un moment que la conquête des masses de sol dats ne soit nécessaire qu'en vue de la lutte finale de l'action directe pendant la guerre et que le danger de guerre ne soit pas imminent. Même dans ce cas, il faut reconnaître l'actualité de «« travail à tout moment, car il faut se préparer en vue d'une lutt aussi sérieuse, Pour qu'un parti ouvrier révolutionnaire soil 14 connu par les masses de soldats comme leur chef dans la révi

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lution, pour qu'il devienne populaire parmi ces masses, ce parti doit en avoir créé les conditions préalables par un travail minutieux et durable, par la défense habile et énergique des intérêts des masses de soldats ; il doit s'être ancré parmi ces masses par des mesures d'organisation. À cet égard, l'action parmi les soldats ne se distingue en rien de l’action parmi les masses en général.

On dit aussi parfois qu'en vue de la guerre, il n’est pas particulièrement nécessaire de faire de la propagande parmi les soldats avant la guerre, puisque l’armée est tout autrement composée en temps de paix. En cas de guerre, l’armée est complétée par les masses de mobilisés et le noyau militaire du temps de paix est complètement dissous dans cette masse, Parmi les mobilisés il y a, ajoute-t-on, beaucoup d'ouvriers suffisamment éclairés et qui sauront bien faire leur devoir révolutionnaire pendant la guerre.

Contre cette conception, on peut objecter, qu'il y a très souvent des guerres où ne sont utilisés que les cadres non mobilisés, sans qu'on recourre aux armées nombreuses de millions de mobi, lisés.

Les gucrres d'oppression impérialistes contre le Maroc, la Syrie et la Chine ont été entreprises avec des armées mobilisées, Permanentes, des puissances impérialistes respectives, premièrement parce que l'envergure des opérations de guerre n'exigeait pas d'armées nombreuses et, deuxièmement, parce que dans ces sortes de guerre d'oppression il importe particulièrement d’être sûr des troupes.

Ensuite, il ne suffit pas d'avoir dans l'armée le plus grand nombre possible de soldats « tout prêts, éclairés » ; il faut encore, pendant la guerre même et durant toutes ses phases, éclairer les masses de soldats et les tenir au courant de la lutte qui se poursuit à l'arrière parmi les ouvriers et les paysans.

En réalité, du reste, ce travail n’est pas nécessaire uniquement du point de vue de la lutte finale et des luttes directes contre la guerre impérialiste ; il a, en outre, une importance bien plus directe pour le cours quotidien de la lutte des masses. À tout moment, l'emploi des soldats contre les grévistes et les manifestants peut être mis à l’ordre du jour dans n'importe quel pays capitaliste : les événements de France, dans le Gard, en janvier 1929, au cours desquels les soldats furent employés contre les mineurs en grève, et le premier mai sanglant de Berlin, en sont des preuves éloquentes. Î1 est clair que dans une situation analogue le devoir immédiat de tout parti ouvrier révolutionnaire est d'éclairer les soldats et les policiers sur le rôle de bourreaux qui leur est assigné par la bourgeoisie dominante et d'opposer à l'emploi de l’armée contre les ouvriers la fraternité des travailleurs avec les soldats. Renoncer à un travail courageux et résolu pour amener cette fraternisation, serait un péché mortel pour un parti ouvrier révolutionnaire ; cela équivaudrait à «une trahison du devoir révolutionnaire », selon lerbresol des «vingt et une conditions ». Les camarades français du Gard ont donné, en janvier 1929, l'exemple de l'attitude que doivent avoir, dans un tel cas, les travailleurs révolutionnaires. Mais qu'en est-il de l’actualité du travail dans un moment où «il n'y a rien» : point de guerre, point d’expéditions coloniales, de grèves ni de conflits entre l’armée et les travailleurs ? À présent, pendant la période du danger de guerre sans cesse imminent, d'aggravation de la lutte

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des classes sur l'échelle internationale, cette question, si elle n'a pas d'importance pratique, en a cependant une assez considérable de principe. Aucun communiste ne saurait soutenir qu'il y a, pour un parti ouvrier révolutionnaire, des périodes où il n’a pas besoin d'agir parmi les masses. C'est une vérité élémentaire que celle selon laquelle le parti à sa raison d’être précisément dans son action parmi les masses, dans l'effort qu'il fait pour les éclairer, les organiser, les diriger, et défendre leurs intérêts. Il nous semble évident que le travail s les entreprises, dans les quartiers ouvriers, dans les villages, c'est-à-dire partout où il y a des tra vailleurs, est toujours d'actualité.

Et alors, pourquoi en serait-il autrement pour les casernes ? Y at-il donc une raison de faire exception pour les masses des

soldats qui ne sont pourtant que des ouvriers et des paysans en uniforme ? Les masses des soldats ne sont-elle pas privées de tous droits, maltraités, exploitées cl brimées dans toutes les armévs capitalistes ? Un parti ouvrier révolutionnaire peut-il tolérer en

silence que les soldats soient livrés à l'arbitraire des officiers, leurs ennemis de classe ? N'est-ce pa mn devoir de défendre les intcrêts de ces masses, de les éclairer, de leur montrer l'issue de leur situation de parias, de les organiser et de les conduire dans la lutte pour leurs droits ? [..]

Il est vrai que dans certains pays la situation matérielle des soldats est un peu meilleure, qu'ils y sont moins brutalement brimés; mais au fond, il n’y a aucune différence essentielle, Ainsi, par exemple, dans un pays aussi hautement cultivé que la France, la mauvaise nourriture et les persécutions ont déterminé plus d’une fois des révoltes spontanées de soldats. Dans un autre pays cultivé, en Allemagne, les cas de suicides sont très fréquents parmi les soldats ; ces cas sont attribués à leur situation d’hommes privés de tous droits, à l'arbitraire des officiers, à la discipline de cadavre, aux exercices inhumains, et très souvent, à l'interdiction du mariage pour les soldats.

Dans aucun pays capitaliste les soldats ne disposent de leurs droits politiques. En Autriche, il est vrai, les soldats jouissent formellement du droit électoral, de même que les policiers en Allemagne, mais comme ils ne peuvent participer sous aucune forme au mouvement politique ouvrier, le droit électoral formel n'est qu'une forme spéciale, « cultivée », de la brimade.

La bourgeoisie veut avoir le monopole de l'éducation politique de l'armée. Elle est intéressée à isoler les masses de soldats du mouvement ouvrier révolutionnaire et de tout contact avec les autres travailleurs. L'armée est donc un organe d'oppression entre les mains de la classe dominante, un instrument de guerre civile contre les classes opprimées et de guerre impérialiste toujours dirigé idéologiquement contre les intérêts des masses travailleu ses. Pour préparer les armées qui se composent inévitablement, dans leur plus grande partie, de membres de la classe opprimée, à marcher toujours contre leurs propres frères de classe, on in vente des méthodes sans cesse plus raffinées et diaboliques. [...|

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II. Le contenu de la propagande antimilitariste

Nous avons montré le rapport entre la lutte contre le militarisme et les questions fondamentales de la révolution prolétarienne. La lutte contre les manifestations concrètes du militarisme et pour les revendications quotidiennes des masses travailleuses touchées par le militarisme doit constamment être liée aux mots d'ordre généraux du mouvement ouvrier révolutionnaire.

En ce qui concerne particulièrement l’action parmi les soldats, les marins et les jeunes recrues, il y faut constamment faire ressortir l’idée de fraternisation, de solidarité des masses de soldats avec le prolétariat, il faut montrer le rapport étroit entre la lutte du soldat pour ses revendications quotidiennes et la lutte révolutionnaire générale des ouvriers et des paysans.

Dans ce but, il est indispensable de tenir sans cesse les masses des soldats au courant de la lutte des classes dans les industries et dans les villages et réciproquement d'informer les ouvriers et les paysans de la situation dans les casernes.

Il faut dénoncer avec une force toute particulière parmi les masses et surtout parmi les soldats le mensonge de la « défense de la patrie» bourgeoise et y rendre par contre populaire l’idée de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

La question des revendications partielles joue un rôle singulièrement important dans l'agitation antimilitariste.

L’agitation parmi les soldats, les marins et tous les hommes militarisés doit être liée aux conditions concrètes d'existence de ces masses.

C'est justement dans la question des revendications partielles que certaines difficultés et certains doutes ont Surgi dans la pratique du travail antimilitariste, Ainsi, par exemple, on se demande souvent s’il convient d'exiger des améliorations de la situation matérielle des soldats, puisque toute amélioration de la situation matérielle des soldats signifierait que les soldats sont satisfaits de cette situation, ce qui contribuerait à la consolidation et non à l'affaiblissement du militarisme,

Ce danger scrait réel si l'on se bornait à revendiquer l’amélioration de Ja situation matérielle des soldats sans lier ces revendications aux mots d'ordre révolutionnaires généraux. Mais si elles sont lancées de façon à mobiliser les masses dans l'intérêt de ces revendications, si l'amélioration éventuelle de la situation matérielle est obtenue à la suite d’une lutte, si les masses de soldats voient bien le rapport de cette lutte pour les diverses revendications partielles contre les grandes questions de la lutte révolutionnaire, ce danger disparaît,

Des doutes analogues surgissent également au sujet de la revendication de la réduction du temps de service. I1 est donc nécessaire d'analyser cette question de plus près. Ce qui provoque ces doutes, c'est que la réduction du temps de service est revendiquée dans certains cas par les social-démocrates et projetée par les gouvernements capitalistes eux-mêmes: elle est même réalisée en liaison avec les nouvelles réformes militaires qui ne visent pas à un affaiblissement, mais à un renforcement du mili. larisme., C'est pourquoi on craint que la revendication en question ne profite au militarisme. Il faut cependant se rendre compte que la réduction du temps de service ne signifie pas, par elle-

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même, un renforcement du militarisme. Les gouvernements capitalistes ne consentent à réduire le temps de service qu'à la condition de toute une série d’autres réformes qui signiñent, en fait, une consolidation du système militaire (militarisation de toute la population, périodes de réserve plus fréquentes, création de cadres puissants de soldats professionnels). En outre, la revendication de la réduction du temps de service est presque toujours très populaire, non seulement parmi les soldats, mais aussi parmi les masses des travailleurs en général. C'est une revendication des masses elle-mêmes. Pour toutes ces raisons, il ne saurait y avoir de doute de principe relativement à sa justesse. Le fait que les social-démocrates revendiquent eux aussi, parfois, la réduction du temps de service militaire n'est vraiment pas une raison sérieuse pour renoncer à cette revendication. Seuls, les social-démocrates profiteraient de cette renonciation. Il est bien plus nécessaire de dénoncer le but poursuivi par les social-démocrates qui lancent cette revendication si populaire dans les masses et si facilement réalisable dans les cadres de la société capitaliste; ce but, c'est de gagner les masses à la « défense de la patrie » bourgeoïise, contraire aux intérêts de ces masses. Souvent, les socialdémocrates se servent de cette revendication comme d'un mot d'ordre électoral démagogique qu'ils « oublient » aussitôt arrivés au pouvoir.

Les communistes et les autres travailleurs révolutionnaires lancent au contraire cette revendication afin de soutenir directement les intérêts des masses et de mobiliser celles-ci dans la lutte contre le militarisme. I1 va sans dire qu'ils ne doivent pas la lancer isolément, mais simultanément à la luite énergique contre des «réformes» aussi nettement réactionnaires que la création d’armées mercenaires et en liaison étroite avec les mots d'ordre politiques généraux de la lutte antimilitariste, ainsi que toutes les autres revendications partielles. Il ne saurait y avoir de règle générale quant à la forme de cette revendication : 12, 9, 6 mois de service. La réponse la plus juste à cette question ne peut être obtenue que dans les casernes. Il peut se faire que la revendication de réduction du temps de service à six mois soit extrêmement populaire parmi les masses de soldats alors que la réduction à trois mois ne soit qu'une revendication purement démagogique et impossible.

La revendication de réduction du temps de service ne vaut que pour les armées de conscription. Pour les armées mercenaires qui se composent de soldats de profession, volontaires, elle n’a aucun sens sous cette forme. Comme les soldats de profession s'engagent le plus souvent pour un long délai (par exemple pour dix ans dans la Reichswehr allemande), c'est plutôt la revendication du droit de résiliation à tout moment du contrat d'engagement qui correspond aux intérêts des membres des armées professionnelles.

Des revendications partielles justes en soi prennent parfois un sens opportuniste, lorsqu'elles sont mal fondées. 11 arrive, par exemple, que la revendication de réduction du temps de service est motivée, à tort, par la raison que le soldat moderne peut être suffisamment instruit en un plus court intervalle de temps. En donnant ce motif, on se place sur le terrain du militarisme bourgeois, car on part du point de vue des exigences de la « défense de la patrie» bourgeoise, alors qu'il faudrait se placer au point

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de vue des besoins directs des soldats, lutter pour le soulagement de leur situation et les mobiliser ainsi dans la lutte contre la « défense de la patrie» bourgeoise,

La revendication du relèvement de la paie des soldats accompagnée de la proposition de voter de nouveaux crédits militaires dans ce but appartient à la même catégorie que la revendication ci-dessus. Le vote de nouveaux crédits aboutit à imposer de nouvelles charges à la population travailleuse. Quoique les crédits soient destinés, dans ce cas, au seul but admissible de soulager la situation des ouvriers et des paysans, qui sont obligés de servir dans l’armée, c’est cependant une erreur d'exiger de nouveaux crédits militaires. Cela n'est d'ailleurs pas nécessaire, car on peut toujours faire valoir, à très juste raison, que la bourgeoisie consacre des sommes énormes pour les traitements des officiers et des prêtres, pour les armements, etc., alors que les soldats sont dans la situation de prisonniers et de mendiants,

Il arrive bien plus souvent encore que des mots d'ordre d'agitation et de propagande sont confondus avec des revendications partielles, ce qui détermine inévitablement des malentendus. Il serait par exemple erroné de poser comme revendication « la suppression de l'instruction militaire pour des buts de guerre impérialistes et l'institution de l'instruction en vue de la guerre révolutionnaire », car on ne saurait demander aux ennemis des choses qui ne peuvent être obtenues que par l’action révolutionnaire des masses elles-mêmes.

Il en est de même de la revendication de non-emploi de l'armée contre les grévistes, les manifestants, etc. L'armée bourgeoise est là précisément pour agir contre les ouvriers et les classes Opprimées en général. La revendication du non-emploi de l’armée dans sa destination directe ne pourrait que faire naître l'illusion que la bourgeoisie pourrait vraiment renoncer à un tel emploi. Par contre, rien de plus juste qu'un appel adressé aux soldats pour les inviter à ne pas combattre contre les travailleurs. On ne saurait exiger la fraternisation des soldats avec les ouvriers d’un gouvernement de capitalistes ; c'est là toujours une action révolutionnaire qui doit être accomplie contre la classe oppresseuse.

Les revendications des soldats doivent être extrêmement concrètes ; elles ne sauraient donc être imaginées par « la raison pure ». Il est absolument indispensable de connaître avec précision la situation des soldats et ce dont ils sont le plus mécontents afin de pouvoir formuler justement ces revendications. Des revendications qui ne seraient pas assez concrètes, qui ne correspondraient pas à la situation réelle des soldats ne sauraient être prises au sérieux par eux.

Le fait que les armées se composent partout, en très grande partie, de paysans et dans beaucoup de pays de minorités nationales, exige une attention particulière envers ces éléments et leurs revendications spécifiques dans l’action antimilitariste.

Dans nombre de pays, les fédérations communistes des jeunes ou d’autres organisations ouvrières qui défendent les intérêts des masses de soldats ont groupé les revendications partielles des soldats dans un programme Spécial. Un tel programme a une grande importance pratique parce qu'il rend possible une action concentrée dans la lutte pour les revendications des soldats. Sa signification n'est nullement limitée au travail direct parmi les masses de soldats. Les revendications de celles-ci sont propres à

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intéresser au plus vite les grandes couches de la population travailleuse : jeunes ouvriers et paysans appelés à entrer dans J’armée, soldats qui ont terminé leur service actif et qui sont souvent arrachés à leurs occupations pour aller faire des périodes d'instruction, familles de ceux qui sont appelés au service militaire, pour qui la mobilisation du père ou du fils constitue toujours une lourde charge et même, dans des cas innombrables, une misère extrême et une catastrophe. Bref, la question des revendications des soldats est un problème qui intéresse les plus vastes couches de l'opinion publique. Cette question peut et doit être posée dans toute la presse ouvrière, dans toutes les organi tions de masses du prolétariat. Un programme de revendications des soldats sérieusement élaboré doit donner une ligne directive unique à tout ce lravail. [...]

III. Formes, moyens et méthodes de l'action antimilitariste

L'action antimilitariste ne doit pas être séparée du reste du travail politique, Cette action est menée avec les mêmes moyens et méthodes sous les mêmes formes d'organisation que toute l’activité politique parmi les masses travailleuses ; au moyen de la propagande et de l'agitation écrite et orale dans les entreprises, dans les villages et dans les casernes, dans les réunions ouvrières, dans la presse, etc.

Il est défendu aux soldats d'organiser leurs propres réunions pour étudier les questions qui les intéressent ou de participer aux réunions communes avec les ouvriers et les paysans ; cela, même dans les pays où ils jouissent du droit électoral. C’est pourquoi la presse trouve dans les casernes un emploi beaucoup plus vaste que l'agitation et la propagande orale, car malgré toutes les interdictions on arrive toujours à diffuser les journaux.

La presse ouvrière ordinaire et l'action antimilitariste

L'action antimilitariste devant toucher les plus vastes couches de la population travailleuse et étant partie intégrante de tout le travail politique général de masses, doit être menée, avant tout, dans la presse ouvrière ordinaire, dans les publications des organisations politiques, syndicales, sportives, coopératives, dans Îles journaux d'usine, etc. On constate parfois une tendance à abandonner la propagande antimilitarisie à des organes spéciaux, tandis que la presse ouvrière ordinaire évite ces questions. Une telle tendance prouve que l'on conçoit le travail antimilitariste comme un travail de ressort, d'institution spéciale et que l’on abandonne à un spécialiste quelconque ; c’est la une conception foncièrement fausse et opportuniste. La lutte contre le militarisme est une des tâches politiques immédiates qui s'imposent à tout le prolétariat. Cela doit apparaître aussi dans ses organes ordinaires. Des organes antimilitaristes spéciaux sont nécessaires, mais ils ne peuvent

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que compléter l'étude de ces questions dans la presse ouvrière ordinaire et nullement y suppléer.

L'organc central du parti communiste français, L'Humanité, est un des journaux ouvriers peu nombreux qui consacre suffisamment d'attention aux questions de la lutte antimilitariste, y compris les questions pratiques quotidiennes de l'existence des masses de soldats.

L'étude de ces questions dans la presse ouvrière ordinaire est absolument nécessaire non seulement pour intéresser les soldats à la lecture de la presse ouvrière, mais avant tout parce que ces questions louchent les plus grandes masses travailleuses.

La presse antimilitariste

Il est apparu dans la pratique de l’action contre le militarisme qu'une presse antimilitariste spéciale est nécessaire comme complément à la presse ouvrière ordinaire, en première ligne pour l'action parmi les soldats et les marins. Ceux-ci vivent dans des conditions tout à fait particulières. Ces conditions déterminent des besoins spéciaux des masses de soldats, des exigences particulières quant au contenu, au style, à la forme extérieure, exigences auxquelles la presse ouvrière ordinaire ne saurait satisfaire d'une manière suffisante et durable.

La première et plus importante de ces exigences de la presse pour les soldats, c'est qu'elle reflète constamment la réalité de l'existence dans les casernes, en campagne et sur les navires de guerre, c'est que toute sa propagande soit toujours adaptée aux conditions et aux incidents concrets dans les casernes. Une condition nécessaire dans ce but, c’est le contact étroit avec les masses de soldats, l'information continue sur leur situation. Les soldats doivent être entraînés à participer eux-mêmes activement à la propagande ; il faut constituer des cadres de correspondantssoldats. La chronique la plus populaire dans tous les journaux de soldats c’est celle intitulée « Dans les casernes » qui en rapporte ordinairement les événements et les incidents. Il est donc indispensable d'accorder la plus grande attention à la rédaction minutieuse de cette chronique. Un journal de soldats qui se donne pour tâche non pas leur amusement mais une propagande révolutionnaire parmi eux ne saurait se contenter de décrire simplement les conditions et les incidents de la vie de caserne ; à la lumière de ces faits, il doit indiquer aux soldats la voie de la lutte des classes.

Bien plus que dans la presse ouvrière ordinaire, la forme joue un rôle très important dans les journaux de soldats; aussi la presse existante des soldats est-elle extrêmement variée dans sa forme, son format et son style. La solution de la question de la forme dépend dans chaque cas des facteurs les plus divers : de la composition des troupes, de leur degré de développement intellectuel, de la situation particulière, de la sévérité de la répression, etc. Ainsi, par exemple, il faudra écrire autrement pour des soldats ouvriers que pour les enfants de paysans arriérés ou pour des indigènes à moitié sauvages, parmi lesquels subsistent encore des superstitions religieuses ; il faut écrire autrement pour des troupes en fermentation révolutionnaire que pour celles qui marchent au combat au profit de la bourgeoisie avec des cris d’en-

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thousiasme. Il convient de remarquer que dans les pays où les journaux de soldats paraissent légalement, leur format est plus grand et ils ressemblent davantage aux autres journaux, tandis que dans les pays où ils sont publiés illégalement, ils sont ordinairement de format plus réduit afin de faciliter leur diffusion et leur conservation illégales. Là où les soldats se méfient de la propagande antimilitariste on emploie d’autres formes et méthodes que dans les lieux où il y a une demande très nette de littérature révolutionnaire.

Après ces observations générales, nous passons à la caractéristique de la presse antimilitariste des différents pays en nous basant sur la documentation dont nous disposons.

La presse de soldats existante ainsi que les publications antimilitaristes sont éditées soit par les partis communistes et les fédérations de jeunes communistes, soit par les autres organisations qui se placent sur le terrain de la lutte des classes, soit encore par diverses personnes.

C'est en France que la presse antimilitariste est le mieux développée. Le journal de soldats bien connu : La caserne, qui porte pour sous-titre « Journal pour la défense des ouvriers et des paysans mobilisés » paraît deux fois par mois avec un grand tirage (plus de 20.000 exemplaires). Ce journal est « légal » dans ce sens qu'il peut être légalement imprimé mais sa diffusion dans les casernes est interdite. Il est du reste constamment poursuivi et ses rédacteurs sont toujours en prison. La caserne a su se rendre populaire parmi les masses de soldats ; elle donne toujours beaucoup d'informations sur les casernes cet elle a su trouver la note juste correspondant à la mentalité des masses de soldats. Son aspect extérieur est bien adapté et le style en est facilement accessible au plus simple des soldats. Ce journal sait aussi faire sa propagande avec humour, avec des caricatures et des mots assez spirituels.

Comme les rapports et les conditions d’existence des marins se distinguent essentiellement de ceux des autres soldats et que, dans la propagande, il faut toujours s'attacher aux questions les plus concrètes, on publie en France spécialement pour les marins, La page de Jean le Gouin, organe pour la défense des marins.

Il y a de même un organe spécial pour les aviateurs et les ouvriers des entreprises d'aviation qui est publié sous le titre de L'aviateur.

Pendant les campagnes pour les jeunes recrues, qui ont lieu deux fois par an, à l'occasion de l'appel des nouvelles classes, la fédération communiste des jeunes de France publie un organe antimilitariste sous le titre Le Conscrit avec un grand tirage.

De même, on publie et on répand parmi les démobilisés, à l'occasion de la démobilisation de chaque contingent, un organe spécial : Le libéré.

La section centrale mixte antimilitariste (organe composé de représentants du parti et des jeunesses pour la direction de la grande action antimilitariste de masses) édite un bulletin destiné à fournir à toute la presse du parti, aux journaux d'usine, aux réunions ouvrières, etc., les matériaux pour l’action antimilitariste. Nous avons devant nous le n° 4 de ce bulletin qui contient une analyse approfondie des nouvelles réformes militaires et le ne des mots d'ordre et des revendications de l’action antimiitariste.

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Un phénomène extrêmement intéressant et important dans la presse antimilitariste française est constitué par les nombreux journaux de garnisons et de régiments, rédigés de la même manière que les journaux d'entreprise. De tels journaux paraissent plus ou moins régulièrement dans vingt ou trente garnisons. Ce sont : Le cri du camp, La sape rouge, Le cavalier rouge, L'écho des casernes, Le soldat de la garnison de Nancy, La fraternisation, etc.

Tous ces journaux qui sont composés par les soldats euxmêmes contiennent de courtes notes sur les questions brûlantes de la vie des soldats dans leur détachement respectif [...]

Enfin, on édite des feuilles volantes pour les troupes noires africaines, dans leur propre langue. Et comme la plupart des soldats indigènes ne savent pas lire ces feuilles volantes sont illustrées.

Les petits papillons, qui en quelques lignes répandent dans les masses les mots d'ordre de l’action antimilitariste, jouent un très grand rôle en France. Le format de ces papillons est de 5/8 centimètres, ce qui est très commode pour la diffusion [...]

Comme la diffusion de la presse antimilitariste parmi les soldats est interdite dans la plupart des pays, les militants chargés de ce travail sont obligés de chercher des méthodes spéciales. Quoique les maîtres du pouvoir se donnent beaucoup de peine pour isoler le plus complètement possible du reste du monde les masses de soldats, on réussit cependant, dans les conditions les plus difficiles, à force de courage, d'initiative et d’ingéniosité, à trouver toujours des voies nouvelles pour faire parvenir la presse dans les casernes et lorsque ces voies sont découvertes par les officiers et les mouchards on se sert de méthodes nouvelles.

Les formes d'organisation de l’action antimilitariste

Ainsi que nous l'avons dit plus haut l'action parmi les masses de soidats ne se distingue en rien dans ce qu’elle a d’essentiel de l’action parmi les masses travailleuses en général. Cela signfe, entre autres, qu’un parti révolutionnaire qui est disposé à défendre les masses de soldats, à les éclairer, à les organiser et à les conduire dans la lutte doit être ancré organiquement parmi ces masses. Le parti communiste a ses cellules dans les entreprises, dans les quartiers ouvriers, dans les villages ; pourquoi n’en aurait-il pas dans les casernes ? Il n'y a pas de raison pour une telle exception. Les partis communistes ne peuvent pas dissimuler qu'ils s'appliquent à organiser ces cellules autant que possible dans toutes les casernes, sur toutes les unités de la marine de guerre et dans tous les dépôts militaires.

Il ne s'en suit certes pas que seuls les communistes doivent se charger de ce travail parmi les masses de soldats. Toutes les forces vivantes du prolétariat qui adoptent le point de vue de lutte des classes participeront de plus en plus à l’action antimilitariste, de même qu'à toute l’action révolutionnaire de masses.

Et en fait, nous voyons qu'il y avait, et qu’il y a encore, parmi les masses de soldats, de vastes formes d'organisation en dehors

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des partis. Nous parlerons particulièrement des comités et des conseils de soldats dans les révolutions russe et allemande de 1917 et 1919, C'était de puissantes organisations de masses, au dessus des partis et qui avaient été créés par les soldats pour diriger leur action révolutionnaire. . Il ressort de la presse antimilitariste française que des comités de soldats sont en train de se constituer en France aussi. Ces comités portent un autre caractère qu'en 1917 en Russie, où ils étaient les organes de l'action révolutionnaire directe, Comme ces comités sont encore peu connus en dehors de la France, nous extrayons de La caserne (n° 79, avril 1929), les explications qui sorit données sur le caractère et les tâches d’un comité de soldats :

Le comité de soldats est une vaste organisation de défense et de lutte des ouvriers encasernés.

Tous les hommes d'une. caserne décidés à engager la lutte pour la réalisation de leurs revendications doivent s'y grouper.

À l'exemple des ouvriers qui fondent leur comité d'entreprise, des mineurs leur comité de mines, les soldats doivent constituer des organisations puissantes dans les casernes pour pouvoir lutter efficacement contre les conditions intolérables d'existence et de travail dans lesquelles ils se trouvent.

Pouvez-vous contraindre individuellement le commandement à améliorer la nourriture, les officiers à se montrer moins brutaux et hautains. Pouvez-vous défendre individuellement tous vos droits ? Non.

Ce n'est que dans la mesure où vous Saurez concentrer toutes vos protestations en une action collective de la masse organisée que vous arriverez à imposer votre volonté.

Au comité de soldats vous devez discuter l'action à engager, étudier ses moindres détails, exprimer vos revendications et, solidement unis dans cette organisation puissante, engager la lutte.

Comment constituer un comité de soldats ?

Par le groupement de tous les caporaux et soldats, de tous les engagés et appelés, des jeunes et des vieux, sur un mot d'ordre Spécial de lutte dans la caserne.

Il y a dans chaque régiment un certain nombre de scandales et de méfaits contre lesquels tous les soldats sont résolus à combattre : distribution irrégulière du déjeuner, mauvaise nourriture, brutalité des officiers.

L'union de tous ceux qui sont décidés à lutter pour ces mots d'ordre constitue en fait le comité de soldats.

Lorsque la majorité des hommes d'un bataillon ou d'une compagnie s'entend pour refuser au réfectoire la nourriture malsaine qui lui est offerte et présente collectivement à l'officier de service les assieties contenant ces mets dégoñtants, elle constitue en réalité un comité de soldats.

Ils doivent savoir maintenir ce comité et coordonner leur action.

Dans certains pays, il y a des syndicats de soldats (ainsi dans l'armée fédérale autrichienne, et dans la Schupo allemande). Quoi que la bourgeoisie se donne beaucoup de peine pour faire de ces syndicats des instruments aussi dociles entre ses mains que l'est l'armée elle-même, ils fournissent cependant, dans certains cas, de vastes occasions pour l’action parmi les masses de soldats.

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Ainsi par exemple en Allemagne, des parlementaires communistes ont pu tenir des discours dans des réunions syndicales où la plupart des employés de police leur firent un grand succès.

En rapport avec la tendance à la création d'armées mercenaires dans les pays capitalistes, la question s’est posée de savoir dans quelle mesure la tactique de l’action antimilitariste prolétarienne en ce qui concerne ces armées devait se modifier. C'est un fait que les conditions de l'action y sont beaucoup plus difficiles que dans les armées de conscription, parce que dans la plupart des cas les membres des armées mercenaires sont choisis du point de vue de leur dévouement à la classe dominante. Ce serait toutefois une grosse erreur de renoncer à toute action parmi ces troupes et de se borner à leur égard à la tactique de l'isolement moral et du mépris. Il est impossible à la bourgeoisie de recruter une armée de masse absolument sûre, parce que, quoi qu'on fasse, elle est recrutée, dans sa majorité, parmi les couches travailleuses de la population. Et l'expérience des armées mercenaires en Allemagne montre qu’elles ne sont pas aussi absolument sûres pour la bourgeoisie.

IV. L'action pendant la guerre de 1914-1918 et pendant l'intervention contre l’Union Soviétique

Dans ses «remarques» sur les tâches de la délégation des syndicats soviétiques russes à la Conférence de la paix, à La Haye, convoquée par l'Internationale d'Amsterdam, Lénine écrivait les lignes suivantes à la date du 4 décembre 1922 :

« En ce qui concerne, en relation avec la Conférence de La Haye, la lutte contre les dangers de guerre, je suis d'avis que la plus grande difficulté consiste à surmonter le préjugé selon lequel ce serait là une question simple, claire et relativement facile.

« À la guerre, nous répondrons par la grève ou par la révolulion », disaient jadis les dirigeants les plus en vue des réformistes de la classe ouvrière. Et très souvent, ces affirmations d'apparence radicale contentaient et tranquillisaient les ouvriers et les paysans.

La méthode la plus juste ce serait, sans doute, de commencer par réfuter énergiquement cette conception. Il faudrait expliquer qu'à présent plus particulièrement, si peu de temps après la guerre, seuls des imbéciles ou des menteurs fieffés peuvent encore soutenir qu'une telle réponse à la question de la lutie contre la guerre vaille quoi que ce soit. IL faudrait expliquer qu'il est impossible de « répliquer » à la guerre par la grève générale, de même qu'il est impossible d'y « répliquer » par une révolution dans le sens le plus simple et le plus littéral de ces mots.

Il faudrait expliquer aux gens ce qu'il en est en réalité, combien est profond et sombre le mystère dont s’enveloppe l'explosion de la guerre et combien est impuissante l'organisation ordinaire des travailleurs, si révolutionnaire qu'elle se dise, devant la menace vraiment imminente d'une guerre.

Il faut expliquer aux gens, de manière toujours plus concrète,

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comment les choses se sont passées au cours de la dernière guerre et pourquoi il ne pouvait pas en être autrement.

Il faut particulièrement expliquer pourquoi la question de « la défense de la patrie» sera résolument décidée par l'immense majorité des travailleurs en faveur de leur bourgeoisie. Pour cela, il faut mettre au premier plan l'analyse de cette question, ensuite, ent rapport avec celle-ci, l'analyse de la question du « défaitisme » et finalement l'exposé très clair de la seule méthode possible de lutte contre la guerre, à savoir la création et le maintien d'une organisation illégale en vue d'une action durable de la part dé tous les révolutionnaires prenant part à la guerre.»

En partant des expériences de la guerre mondiale, Lénine décrit ici, sans fard et dans toute leur intensité, les conditions extrémement difficiles dans lesquelles doivent agir les organisations ouvrières révolutionnaires des pays capitalistes pendant toute guerre. Il montre en même temps la seule méthode possible de lutter contre la guerre, qui convient à ces conditions si difficiles ; cette méthode consiste à engager la lutte non pas lorsque les canons ont déjà commencé à tonner, lorsque la terreur exercée par le gouvernement et par les excitateurs de guerre garrottent les masses pour un certain temps, mais dès la période de préparation de la guerre. Lénine exige en outre «une action durable » parrui les masses et aussi parmi les soldats pendant la guerre. Or, les révolutionnaires ne peuvent mener cette «action durable» dans les conditions difficiles de la première période de la guerre que s'ils ont été formés préalablement et spécialement en vue de cette action.

Quelle était donc la situation sous ce rapport au cours de la dernière guerre impérialiste ?

Les premières expériences de l'Union « Spartacus »

Avant la guerre, il n'y avait pas, en Allemagne, de propagande socialiste ni même antimilitariste dans l’armée. IL y avait bien dans la vieille social-démocratie des discussions sur la question de la propagande antimilitariste, au cours desquelles Karl Liebnecht et Rosa Luxemburg notamment, exigèrent de la social-démocratie qu'une telle propagande fût sérieusement menée. Mais la majorité du parti rejeta cette exigence ; Auguste Bebel lui-même combattit résolument l’idée de la propagande antimilitariste dans l'armée. Lorsque, malgré tout, le groupe formé autour de Rosa Luxemburg et de Frantz Mehring engagea, encore avant la guerre, cette propagande, ce fut contre le désir du parti officiel, quoiqu'elle fût menée à l'extérieur et non à l’intérieur de l’armée même.

Karl Liebknecht l'organisa particulièrement parmi la jeunesse afin d'y former des socialistes et des antimilitaristes avant leur entrée dans l’armée ; pendant ce temps, Rosa Luxemburg menait la propagande dans les grandes masses ouvrières contre les méfaits dans l'armée et contre les mauvais traitements infligés aux soldats. Mais même cette propagande fut violemment combattue par la classe dominante.

Un des fondateurs de cette Union, Hugo Eberlein, écrit dans ses souvenirs :

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« C’est ainsi que la guerre mondiale commença sans que les moindres prémisses eussent existé pour une agitation dans l'armée et sans que nous possédions la moindre expérience sur ce 1errain difficile, nous qui avions organisé l'action de l'Union « Spartacus ».

Ainsi donc, on ne pouvait au début de la guerre mener une agitation particulière dans l'armée. Nous dûmes nous borner à chercher sur le front et dans les casernes des agents de liaison auxquels nous fournissions en premier lieu les matériaux publiés pour la propagande générale. Par suite du regroupement continuel sur le front, des changements incessants d'adresse de nos hommes de confiance, il fallait procéder avec la plus grande prudence, tous ceux chez qui l'on découvrait les moindres matériaux de propagande étant immédiatement arrêtés et durement condam- NÉS

Les matériaux que nous publiions étaient extraordinairement nécessaires de même que leur diffusion. Mais la liaison avec le front était encore trop insuffisante. Jusque vers la fin de 1915, nous avions environ trois cents adresses d'agents de liaison sur le front à qui nous faisions parvenir les matériaux publiés par l'Union ”’Spartacus”, »

Ainsi donc en Allemagne, l'Union Spartacus qui n'avait aucun appareil de parti, aucune condition favorable, aucune expérience du travail illégal, de l’action dans l'armée, dut commencer son effort si difficile de travail antimilitariste dans l’armée au début sans l'appui d'une organisation quelconque au sein de l’armée, dans les conditions les plus pénibles. Il n'y avait pas un seul révolutionnaire préparé d'avance en vue de ce travail et qui pût le continuer dans une certaine mesure tout seul, dans les divers détachements de l’armée. Il fallut chercher péniblement du dehors des adresses auxquelles on pût faire parvenir les matériaux qui portaient d'ailleurs un caractère général et ne pouvaient être adaptés aux conditions des divers détachements et garnisons. Après plus d'une année de dur travail, les trois cents adresses réunies constituaient déjà un succès considérable,

Mais la préparation des matériaux n'était pas chose facile, loin de là. Le camarade Eberlein raconte à cet égard ce qui suit :

« Le plus facile, c'était d'organiser l'envoi par la poste puisque grâce à la franchise postale militaire les énormes frais de poste ne nous incombaient plus; il fallait toutefois organiser l'envoi très minutieusement afin que les lettres parvinssent, sans attirer le moins du monde l'attention, entre les mains de nos hommes de confiance. Il fallait veiller à ce que les enveloppes des lettres fussent aussi variées que possible ; il ne fallait pas les expédier simultanément par le même bureau de poste, ni dans la même ville. Nous nous procurâmes une grande quantité d'enveloppes portant les raisons sociales les plus diverses. Nous remettions ces lettres à des camarades qui voyageaient à travers le pays pour faire de l'agitation et qui les expédiaient dans les endroits les plus dispersés. Ce qui était beaucoup plus difficile, c'était de recevoir les réponses et les suggestions du front. Il était impossible d'indiquer directement nos adresses ; nous organisâmes un système « d'adresses de couverture». Mais ainsi encore, comme il s'agissait le plus souvent de familles d'ouvriers, le service d’es-

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pionnage de la police et de l’armée était facilement frappé lorsqu'il constatait qu'un ouvrier recevait régulièrement plusieurs lettres. La liaison était plus facile avec des camarades du front lorsque nous étions liés en même temps avec leurs parents puisque ces camarades pouvaient nous faire parvenir leurs communications au moyen des lettres privées adressées à leurs familles.

Un des premiers documents que le groupe « Spartacus» fit parvenir au front, ce fut le discours prononcé au Reichstag par Kart Liebknecht, lorsqu'il refusa de voter les crédits de guerre le deux décembre 1914, discours qui ne fut même pas publié dans le compte rendu sténographique du Reichstag. Ce discours fut répandu à des milliers d'exemplaires dans le pays et sur le front. Puis parurent des masses de feuilles volantes d'un caractère très général, puisque les conditions financières et techniques ne nous permettaient pas de publier des imprimés Spéciaux pour l'intérieur et pour le front ; toutes les premières feuilles volantes du groupe « Spartacus » furent distribuées aussi bien sur le front que dans les garnisons et les entreprises.

La. diffusion illégale des feuilles volantes était, en partie, plus difficile encore dans les garnisons que parmi les troupes du front, car il y avait dans les casernes un contrôle beaucoup plus étroit. Dans les villes de garnison, les organisations « Spartacus » collaborèrent intimement avec les hommes de confiance dans les casernes. Ces derniers camarades s'appliquaient à y trouver les éléments susceptibles d'être « travaillés » et ils donnaient leurs adresses aux militants qui leur faisaient parvenir les matériaux par la poste. L'homme de confiance était alors en mesure d'observer l'effet obtenu et d'entraîner les meilleurs parmi ces éléments dans notre travail. Dans certains endroits on put faire parvenir des matériaux à des chambrées entières dont tous les hommes pouvaient ainsi les lire avant qu'ils fussent remis aux autorités suivant les ordres, et des discussions ardenies se poursuivaient alors dans la chambrée. Les habitants permanents des casernes, tels que de vieux territoriaux ou des ouvriers et des artisans qui étaient occupés temporairement ou en permanence dans ces Casernes étaient utilisés très fréquemment pour la diffusion de nos matériaux. Bref, les camarades qui travaillaient pour le groupe « Spartacus » eurent bientôt acquis une grande expérience et se montrèrent à la hauteur de leur tâche dans cette lutte inégale.»

Les bolchéviks à l'œuvre

La situation était quelque peu différente à cet égard en Russie. Les conditions extérieures de l’action n'étaient pas, il est vrai, plus faciles qu'en Allemagne. Au contraire, la terreur exercée par la classe dominante et les persécutions impitoyables infligées au révolutionnaires et à leurs organisations y étaient bien plus atroces. Et cependant ceux-ci accomplirent une tâche bien supérieure à celle des spartakistes allemands. Les révolutionnaires russes disposaient déjà à ce moment d'un parti solide ayant son propre appareil et une vaste expérience du travail illégal. L'action dans l’armée et dans la marine n’était déjà pas une chose nouvelle pour les bolchéviks, au commencement .de la guerre mondiale. Ils avaient, sous ce rapport, une expérience pratique extrèmement variée et un bon nombre de camarades instruits pendant

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des années dans le travail pratique sur ce terrain, qui pouvaient, dans une certaine mesure, agir indépendamment. Tout cela fit que les bolchéviks purent commencer leur tâche dans l’armée pendant la guerre mondiale, à un degré beaucoup plus élevé et avec un succès bien plus considérable que les révolutionnaires des autres pays.

Les bolchéviks avaient entamé systématiquement leur besogne dans l'armée et dans la marine dès 1905, Pendant les années de réaction, ils furent naturellement obligés de réduire l'ampleur de cette action. Un grand nombre de militants chargés de ce travail furent arrêtés, d’autres quittèrent le parti et beaucoup durent se réfugier à l'étranger. Néanmoins l’action dans l'armée et dans la marine ne fut pas interrompue. Elle continua particulièrement à Pétersbourg, à Cronstadt et dans la flotte de la Baltique. C'est ainsi qu'entre 1912 et 1915 les agents secrets de la police découvrirent dans la marine de guerre quelques organisations bolchéviks dont les membres furent durement châtiés.

« À la veille de la guerre impérialiste, dit un article de la revue russe « Guerre et Révolution », traitant du travail des bolchéviks dans l’armée, en conséquence de l'élan industriel et du mouvement ouvrier, l'action dans l'armée fut renforcée. La guerre amena la ruine des organisations du parti : des centaines de ses membres furent mobilisés dans l'armée, la liaison avec la direction qui se trouvait dans l’émigration fut rompue ; toutes ces conditions ne pouvaient pas ne pas influer sur l'action du parti dans l'armée ; cette action fut considérablement réduite ; certains membres du parti continuèrent à la mener de leur propre initiative, avec leurs Propres moyens, sans recevoir aucune indication ni directive du parti. Des fautes furent naturellement commises. Mais même dans cette situation, l'action dans l'armée ne cessa point.»

Krylenko, le procureur actuel de la République auprès du Tribunal suprême de l'Union soviétique, qui était alors aspirant dans l’armée, décrit sa situation de la façon suivante : « La situation politique ne m'apparaissait pas du tout clairement à cette époque, car je n'avais aucune liaison avec la direction du parti, je dus donc agir de ma propre initiative. »

Ces exemples des histoires des bolchéviks que l’on pourrait multiplier à souhait montrent nettement l'importance d'un travail durable dans l’armée et qui doit commencer bien avant la guerre, ainsi que d’un entraînement, en temps opportun, des révolutionnaires en vue de l’action indépendante de chacun d'eux sur ce terrain, action qu'il sera obligé de mener de son propre chef pendant un certain temps. .

Dans la mesure où les organisations du parti bolchévik purent se relever en Russie des coups qui les avaient frappés au commencement de la guerre et où elles purent se reconstituer, elles reprirent l’action dans l’armée et dans la marine. Dans certains endroits, cela se fit très promptement, Ce fut le cas à Pétersbourg et dans la région de la Lettonie actuelle. .

Dès octobre 1915, un soulèvement éclata sur le vaisseau de ligne Gangus. Dans la nuit du 18 octobre, l'organisation bolchévik de quelques vaisseaux de ligne de la Baltique se réunit et décida de ne pas soutenir le soulèvement prématuré du Gangus et d'empêcher les autres vaisseaux d'engager à leur tour des actions pré-

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maturées. Elle réussit parfaitement à prévenir de tels soulèvements. Cette réunion de 130 hommes se tint en contact étroit avec la direction du parti à Pétersbourg et à Cronstadt. En décembre 1915, la police organisa à grand bruit un procès contre les «organisations militaires » auprès du Comité de Pétersbourg du parti bolchévik. L'acte d'accusation à ce procès a été publié dans la revue russe La révolution prolétarienne (n° 29) à laquelle nous empruntons ces détails sur l'action à Pétersbourg et en Lettonie. Il est établi d’après cet acte d'accusation, qu'il y avait des organisations de bolchéviks parmi tous les équipages des navires et de la côte, de la flotte de la Baltique et que sur chaque navire de guerre des cercles bolchéviks s'étaient constitués dont les représentants formaient une direction générale. Ces représentants tenaient des réunions à terre, dans des restaurants et dans les établissements de thé. Dès juillet 1916 s'était reconstitué le « Centre des organisations militaires de Cronstadt ». Le 11 août 1916, le chef de la police secrète (l'Okhrana) de Pétersbourg déclarait, dans un rapport secret, que « dans le Centre de Cronstadt l’action était conçue très sérieusement et se poursuivait dans la plus stricte illégalité ; tous ceux qui y participent sont des gens silencieux et extrêmement prudents. Le Centre a des représentants à terre.» Ce Centre publia plusieurs feuilles volantes imprimées. L'action de l'organisation de Cronstadt s'étendit aussi directement parmi les troupes de terre. Notamment lorsque, sur le front de Riga quelques régiments refusèrent de prendre part à l'attaque, le général qui commandait ce secteur pria l'amiral de la flotte de la Baltique de lui envoyer une section de matelots bien « triés » pour servir de troupes d'attaque sur le front. Un certain nombre de bolchéviks se présentèrent comme volontaires dans cette section. Parmi ces volontaires, il y avait le commandant actuel de la région militaire de l'Asie centrale, le camarade Dybenko ; cette section s’occupa surtout sur le front de Riga de l'agitation contre la guerre parmi les soldats. Lorsqu'on voulut les conduire à l’attaque ils refusèrent résolument d'obéir.

Dans la région de la Lettonie d'aujourd'hui, l’action dans l'armée commença de l'extérieur dès les premiers jours de la guerre. Dès le mois d'août 1914, l'organisation du parti à Riga put diffuser 30.000 exemplaires du Bulletin de guerre n° 1 qui contenait entre autres, des extraits de lettres de camarades du front. Presque chaque mois on imprima, après ce bulletin n° 1, des dizaines de milliers de feuilles volantes. Pendant toute la durée de la guerre, une propagande remarquablement systématique fut menée auprès de tous les détachements de troupes au repos dans la région.

Dans presque toutes les villes où il y avait des organisations du parti bolchévik, l'action dans l’armée fut engagée durant les années 1915 et 1916. Elle donna aussitôt des résultats. Au cours de la conférence des commandants en chef de tous les fronts, qui se tint au grand quartier général les 17 et 18 décembre 1916, tous les généraux furent obligés de reconnaître « l'ébranlement moral » de l'armée. Le général Ruski, commandant en chef le secteur nord du front, déclara entre autres : «Riga et Dwinsk, mais surtout Riga, font le malheur du front nord, ce sont deux foyers d’excitation.» Le général Broussilov, commandant en chef le front ouest, donnait comme suit une caractéristique détaillée : « Le septième corps d'armée de Sibérie vint à Riga profondément

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travaillé par la propagande. Les hommes refusèrent de monter à l'attaque. Il y eut même des insurrections. Un chef de compagnie fut poignardé ; des mesures extrêmement rigoureuses durent

être prises, quelques hommes exécutés et les commandants relevés. »

La décomposition de l'armée tzariste

Sous l'influence de la propagande bolchéviste, d’une part, et de la situation objective, de l’autre, le processus de décomposition et de relâchement intérieur de l’armée tsariste avait commencé dès 1915.

L'équipement défectueux, la mauvaise nourriture, le manque de munitions, la ruine des transports et les pertes énormes qui, selon une statistique de l'état-major général, s'élevèrent, pour les trente premiers mois de guerre, à 5 millions et demi de morts, de blessés et de disparus, déterminèrent et accélérèrent l’écroulement. La propagande bolchéviste trouva donc un terrain favorable non seulement dans la flotte, purement prolétarienne, mais aussi dans l'armée, paysanne.

On connaît des cas survenus dès 1915 et dans lesquels les soldats se rendaient en masses à l'ennemi sans opposer la moindre résistance. Les désertions et les mutilations volontaires étaient à l'ordre du jour. 11 y a une lettre du chef du service d'information du front nord adressée à son chef hiérarchique, qui caractérise excellemment la situation de l'armée russe en 1915-1916 ; il est dit dans cette lettre :

«Un nouveau genre d'agitalion a été constaté parmi les soldats, à savoir la désertion en masse de régiments entiers se sauvant de leurs tranchées au moment où l'ordre d'attaquer est donné. Les fuyards cherchent à gagner en masses les trains sanitaires puisqu'il est impossible d'appliquer un châtiment en masse. Ce moyen d’agitation qui est particulièrement recommandé dans le but de rejoindre plus rapidement les foyers, a du succès : ces jours derniers, deux régiments ont employé cette tactique, ce qui détermina un grand trouble dans les tranchées et obligea l'artillerie à reculer à son tour. Les régiments qui étaient montés à l'attaque s'en trouvèrent dans une situation extrêmement difficile. IL faut absolument agir contre les coupables afin d'étouffer cette agitation. »

Nous prenons encore deux exemples parmi cent autres dans l'article ci-dessus mentionné de la revue La révolution prolétarienne.

Le chef d'état-major de la région militaire de Dwinsk écrivait dans une communication confidentielle du 15 septembre 1915 ce qui suit :

«Le moral des sous-officiers de la région de Vitebsk est très bas, ce qui fait qu'on entend souvent parmi les sous-officiers malades et blessés dans les hôpitaux du front des conversations sur la nécessité d'une paix rapide et que leur attitude à l'égard de leurs supérieurs est extrêmement critique. Il est indubitable que ce moral des sous-officiers est déterminé par la dureté du service

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militaire, mais on ne saurait douter non plus qu'il y a Parmi eux des éléments révolutionnaires qui ont engagé une agitation en faveur de la conclusion immédiate de la paix.»

Le commandant en chef du secteur nord du front, le général Ruski, écrivait, dans une lettre confidentielle en date du 8 février 1917, adressée au commandant de la XII° armée, qu’au cours des derniers combats près de Riga «on a constaté parmi certains régiments de cette armée des cas extrêmement pénibles et intolérables de sous-officiers se soustrayant à leur devoir ou refusant même ouvertement d'aller au combat » et que ces cas devenaient de plus en plus fréquents et se répandaient parmi d’autres divisions et corps d'armée, grâce à une propagande intense des idées pacifistes.

Ruski ajoute :

« Les résultats de cette propagande criminelle sont apparus dans toute leur gravité parmi les détachements du IT° corps d'armée sibérien et de la XIV* division sibérienne de fusiliers. Ces temps derniers, on en constate même des symptômes dans le XXI° corps d'armée. C'est donc précisément le groupe d'armées du voisinage de la ville de Riga, en liaison étroite avec cette ville, qui en est touché. Ainsi que vous le savez les conséquences de cette Propagande criminelle se font constater aussi dans le VII: corps d'armée sibérien qui a séjourné autrefois dans la région de Riga.»

Le processus de dissolution dans les armées autrichienne et allemande

Le processus de décomposition graduelle se manifesta aussi dans les armées austro-hongroise, allemande et française. Dans l'armée austro-hongroise ce processus suivit un rythme gigantesque. Dès les premiers mois de la guerre, des régiments entiers composés d'hommes de la minorité nationale slave opprimée désertèrent musique et drapeau en tête et se rendirent aux Russes et aux Serbes. Déjà, en 1915, la combativité des troupes autrichiennes était tellement faible que sur tous les secteurs du front qu'elles Sceupaient on dut les remplacer par des détachements allemands.

Dans l’armée allemande, la discipline commença à se relâcher dans la seconde moitié de l'année 1916. Le général blanc Maerker, bien connu de tous les ouvriers allemands, en cite quelques motifs. Dans son livre intitulé : De l’armée du Kaiser à la Reichswehr, il écrit les lignes suivantes :

« Le blocus appliqué sans aucun égard par l'ennemi augmenta la misère et les souffrances en Allemagne à un degré insupportable. La récolte de 1916 avait été mauvaise. Le régime économique de contrainte, grâce auquel la contrebande devint très prospère, ne put pas soulager suffisamment la situation. Les privations déterminèrent de nombreux troubles dus à la famine. plusieurs soulèvements qui éclatèrent dans les régions des industries de munitions de Berlin et de la Haute Silésie, au moment où les troupes de l'Ouest soutenaient des combats défensifs extrêmement

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difficiles, montrèrent combien était minime l'influence des chefs réfléchis des ouvriers sur les masses devenues révolutionnaires... De même qu'à l'arrière, les succès des intrigues révolutionnaires se firent aussi sentir très nettement sur le front, au cours de l'été 1917... ils se manifestèrent surtout par la baisse du sentiment du devoir, de la morale militaire et, par ci, par là, par le relâchement de la discipline Le moral sur le front baissa très rapidement lorsque la nécessité de combler les vides déterminés par les combats défensifs du printemps 1917 obligèrent de faire venir un grand nombre de jeunes réserves occupées jusqu'alors dans les usines de l'intérieur. Ces réserves étaient indisciplinées et pourries par la propagande pacifiste menée dans les usines. »

Ce tableau présenté par le général est fort éloquent. Il donne une idée suffisamment claire de la situation dans laquelle l’Union « Spartacus » avait à travailler à l'époque, Ses perspectives s'étaient considérablement améliorées.

L'Union « Spartacus » est en mesure d'étendre son action

L'Union Spartacus s'était procuré une vaste collection d'adresses en dehors des correspondances personnelles avec les camarades du front et des matériaux de propagande étaient expédiés à toutes ces adresses. La diffusion de masses de matériaux commença en 1917, on se servit en première ligne pour l'expédition de ces matériaux des trains de transport qui allaient au front ; les cheminots rendirent à cet égard des services essentiels ; voici ce que raconte à ce sujet le camarade Eberlein :

«Comme les persécutions organisées contre nous devinrent plus terribles à l'arrière que sur le front, en partie, nos matériaux de propagande furent apportés par nos hommes de confiance jusqu'aux frontières du pays et remis aux endroits convenus aux trains de transports et à nos hommes de confiance. Le travail était relativement facile dans l'Ouest. Tous les petits ponts furent occupés par nos hommes de confiance; nous cherchâmes des liaisons parmi les détachements de gardes-ponts qui glissaient nos matériaux dans chaque trasnport traversant les pelits ponts. Ici ce n'étaient plus des lettres isolées mais de grands paquets qui furent expédiés et qui suivant les rapports qui nous étaient adressés étaient excellement diffusés sur le front. »

Désormais, les spartakistes eux-mêmes qui se trouvaient aux armées (et au témoignage du général Macrkcr, ils étaient de plus en plus nombreux) déployèrent une agitation extraordinairement intense au cours de laquelle ils ne se Contentèrent plus de répandre les matériaux qui leur étaient envoyés du centre mais s'en servaient comme directive pour la composition de matériaux adaptés aux circonstances du détachement dans lequel ils se trouvaient.

« Le relâchement de la discipline sur le front, écrit le camarade Eberlein, permit désormais, dans beaucoup d’endroits, de Préparer

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assez ouvertement les matériaux d'agitation. La diffusion de ces matériaux détermina des discussions toujours plus ardentes auxquelles participèrent de plus en plus fréquemiment les officiers subalternes. Il n'était plus aussi mortellement dangereux d'être connu comme spartakiste. »

Les soldats russes refusent d'attaquer

En mars 1917, la révolution éclata en Russie, le gouvernement de la bourgeoisie arrivée au pouvoir s'empressa de déclarer à ses alliés les bourgeois de France et d'Angleterre que la Russie continucrait la guerre jusqu'à sa fin victorieuse. Comment l'armée du front réagit-elle au coup d'Etat qui avait triomphé avec la participation directe de la flotte et de la garnison de Pétersbourg ?

Krylenko écrit à ce sujet :

« L'unanimité tacite était absolue tout le long des milliers de kilomètres du front parmi les soldats pour «ne participer en aucun cas à une nouvelle offensive ». Le sabotage passif et silencieux de la guerre fut la première réponse de l'armée de paysans à la nouvelle de la révolution. De ce point de vue, la discipline de la vieille armée, force docile aux coups de baguettes du corps des officiers était complètement ébranlée. De ce point de vue, la vieille armée tsariste avait cessé d'exister et s'était transformée en une masse de paysans ayant le sentiment de sa force et ne sachant qu'une chose, c'est qu'elle, cette masse, ne voulait plus de la guerre et n'était plus disposée à entreprendre une offensive quelconque. Dans cette première période de la révolution, seule la question des rapports entre les hommes et les officiers se posa sous une forme très grave. La vieille discipline, l'ancienne terreur inspirée par le supérieur hirarchique disparaissaient de plus en plus. Des cas d'altitude neitement hostile des soldats à l'égard des émissaires du gouvernement provisoire étaient de plus en plus fréquents, tandis que la fraternisation révolutionnaire avec l'ennemi dans les tranchées gagnait sans cesse du terrain.»

Lorsqu'en juillet 1917 Kerenski visita le front pour déterminer par son éloquence les soidats à entreprendre une offensive destinée à soulager les « Alliés », il télégraphia au gouvernement provisoire, entre autres, ce qui suit :

«Un tel refus collectif d'aller au front peut devenir un grand danger, étant donné qu'il se couvre du drapeau idéologique du bolchévisme. Tout un régiment de grenadiers, un bataillon du régiment Pavlovsk et une partie du régiment finlandais se sont relirés à l'arrière sans autorisation, sous la direction d’un officier bolchévik et cela au moment où tout le premier corps de la garde se préparait à monter à l'attaque. Le trouble provoqué par cette désertion rendit tout ce corps d'armée incapable de combattre, de sorte qu'il ne put, à san grande honte, accomplir la tâche qui lui était assignée. D'une façon générale, les symptômes d'assainissement ont bientôt fait place parmi la masse des soldats à des symptômes menaçants d'une nouvelle décomposition ; il est bien difficile de dire ce que nous apporte l'avenir.»

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La fraiernisation sur les fronts

Les soldats russes, non seulement refusèrent de monter à l'attaque, mais même ils fraternisèrent bientôt avec les soldats allemands et autrichiens.

Krylenko raconte à ce sujet ce qui suit :

«La fraternisation se poursuivit presque partout spontané ment et sans organisation. La nuit du 27 avril fut particulièrement caractéristique sous ce rapport. En cette nuit de Pâques les soldats ninformèrent que l'on pouvait être tranquille, que les Allemands, il est vrai, faisaient encore marcher leurs mortiers mais qu'ils ne causeraient aucun domage et que vers minuit, ils cesseraient aussi d'employer ces armes et l'accalmie serait complète. Il en fut effectivement ainsi. Le lendemain matin, on pouvait observer sur le terrain qui séparait nos tranchées de celles des Autrichiens un spectacle typique de conversations de bonne humeur, de rires et même de discussions sur des thèmes politiques et notament sur la question de savoir comment l'on pourrait mettre in à la guerre. Je passais avec les soldats dans les tranchées des Allemands, et j'y trouvais le même état d'esprit amical jusqu’à ce que l'officier mere accouru dispersât ses hommes et m'intimât l'ordre de m'en aller sous menace de me faire fusiller. La seule concession qu'il fit, ce fut de ne pas donner l'ordre de tirer jusqu'à ce que j'eusse rejoint nos fils barbelés.

Lorsque je revins auprès de mes troupes, je fus aussitôt mandé à l'état-major du régiment où l'on me fit une réprimande sévère en suite de laquelle les soldats envoyèrent une délégation au commandant du régiment le menaçant de renverser iout l'état-major au cas où des mesures seraient prises contre moi, C'était déjà une menace directe, un commencement très net d'action révolutionnaire. »

Les fraternisations de soldats devinrent de plus en plus fréquentes. Bientôt les officiers allemands eux-mêmes ne purent plus disperser leurs hommes. La règle qu'ils avaient adoptée d'user des méthodes brutales et notamment de mettre fin à la fraternisation par des tirs d'artillerie échoua également par suite de la résistance des artilleurs allemands.

La fraternisation entre les armées ennemies atteignit son apogée après le triomphe de la révolution prolétarienne, au moment des négociations de paix de Brest-Litovsk, lorsque ie haut commandement du front soviétique inonda les armées de ses proclamations révolutionnaires. Le général Maerker décrit éloquemment l'effet de ces proclamations :

« Les mêmes incidents (à savoir les désertions et les passages à l'ennemi), se produisirent parmi les troupes qui avaient combatiu à l'Est et qui y avaient fraternisé avec les soldats russes insurgés, et surtout parmi celles qui avaient été en captivité chez les Russes. Ils s’y étaient intoxiqués du poison bolchéviste et en avaient rapporté ces docirines pernicieuses dans notre armée.»

La constitution de comités et de conseils de soldats

Le refus de monter à l'attaque, la fraternisation à travers les

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fils barbelés et la lutte contre les officiers furent les premières expressions de l’action politique spontanée des masses de soldats dans l’armée russe. Cette activité dut trouver des formes d'organisation pour son expression. Dans la mesure où la situation s'aggravait en Russie et poussait vers la révolution prolétarienne, les organes politiques des soldats ne pouvaient plus rester illégaux. De vastes organes qui prent prendre la direction de la lutte de masses durent Se constituer dans l’armée tout comme dans le reste du prolétariat. Ces organes, c'étaient les comités de soldats.

Ils surgirent dans tous les détachements de troupe, avec la participation prédominante des organisations bolchéviks dans l'armée.

Se rendant compte du rôle considérable de ces organismes, la bourgcoisie tenta dès le début d'y gagner l'influence dirigeante. Les «commissaires » du gouvernement provisoire dont le rôle initial devait être de conduire les troupes à l'offensive essayèrent de s'emparer, avec l’aide « des officiers démocrates et socialistesrévolutionnaires », de la direction des comités de soldats. Mais dans la mesure où l'influence des bolchéviks croissait dans les masses, elle se consolidait et se renforçait aussi dans les comités de soldats qui devinrent ainsi, de plus en plus, les organes de direction de la lutte des masses révolutionnaires. Il y eut des comités de soldats tout d'abord dans les compagnies. Ces comités envoyaient leurs représentants dans les comités de régiment ; les représentants des comités de régiments constituaient des comités de divisions et ainsi de suite jusqu'au corps d'armée et même jusqu'à l'armée. Les comités de soldats s’occupaient de toutes les questions économiques et politiques concernant leurs troupes. Is contrôlaient les postes de commandement et limitaient l’autorité des officiers. Les troupes ne pouvaient être déplacées de leur cantonnement ou de leur secteur du front sans l'autorisation du comité. Les divergences entre les divers partis politiques étaient exposées devant les réunions et les meetings convoqués et dirigés par les comités de soldats. Les masses de soldats pouvaient aïnsi voir clairement qui défendait vraiment leurs intérêts. La plupart du temps c'étaient les bolchéviks qui l’emportaient aux réunions des soldats.

Dans les villes de garnison prolétariennes, les comités de sol. dats durent établir une liaison étroite avec les organes de combat des travailleurs. Ils envoyaient leurs représentants dans les Soviets ouvriers et c'est ainsi que, dans toutes les grandes villes, surgit le Soviet des ouvriers et des soldats comme grand organe de direction de la lutte des masses ouvrières et des soldats.

L'organisation militaire des bolchéviks

Les bolchéviks consolidaient de plus en plus leur influence dans les Soviets des ouvriers et des soldats. Des organisations militaires de bolchéviks surgissaient partout, A Léningrad paraissait un journal militaire bolchévik : La pravda des soldats qui devint rapidement l'organe central de l’organisation militaire des bolchéviks. Dans la XII° armée (à Riga) commença à paraître La pravda des tranchées fort aimée des soldats. Puis il y eut Le drapeau de combat à Vjborg, La vie du soldat à Ekatérinoslav, La pravda du soldat à Samara, La pravda du grenadier, organe de

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l'organisation bolchévik du régiment des grenadiers de la garde, etc.

Tous ces journaux étaient édités par les directions locales du parti de leur propre initiative. Cette initiative des organisations locales du parti, sans laquelle on ne saurait concevoir de travail révolutionnaire dans l'armée, devint un facteur considérable de l’action des bolchéviks parmi les troupes. Malgré la lutte énergique menée par l'espionnage allemand contre «l'infection bolchéviste », l'influence des organisations militaires bolchéviks s’accrut très rapidement. Le 16 juin 1917, eut lieu à Pétrograd une conférence panrusse de ces organisations. Vientzov et Biélitzki parlent de cette conférence dans leur livre intitulé La garde rouge. Cinq cents détachements de troupe comptant 30.000 bolchéviks y étaient représentés. La représentation la plus nombreuse était celle du front nord ; venaient ensuite le front ouest, puis la flotte de la Baltique, la Finlande, Pétrograd et les garnisons voisines, Riga et Moscou. La composition de la conférence présente un certain intérêt : la majorité écrasante des délégués était composée de simples soldats qui, pour la plupart, avaient adhéré au parti depuis quelques semaines seulement,

Après un rapport présenté par Lénine, la conférence établit comme suit les tâches principales des bolchéviks dans l'armée : 1° la lutte contre la guerre impérialiste, contre le désarmement des ouvriers et contre la dissolution des régiments révolutionnaires ; 2° la lutte contre les tendances et l'action anarchiste ; 3° Ja préparation du prolétariat et de l’armée en vue de la révolution prolétarienne.

Un comité central des organisations militaires fut élu dont la tâche devait être de concentrer sous la direction du comité central du parti toute l’action parmi les soldats.

La conférence constitua une étape importante dans la préparation de la révolution. La direction du parti obtint, grâce au rapport des divers délégués, un tableau exact de la situation dans l’armée et de l’état d'esprit des masses de soldats. Elle put ainsi donner des directives uniformes à toutes les organisations bolchéviks dispersées dans l’armée et à l'arrière et leur imposer des tâches concrètes en vue de la lutte imminente et de la conquête du pouvoir soviétique, Pendant les deux semaines que dura la conférence, les délégués furent entraînés dans la ville politique bouillonnante de Pétrograd. Ils apprirent à connaître, au cours des meetings, des réunions et des séances, la lutte politique du prolétariat le plus avancé ; ils purent, par leurs interventions et les descriptions qu'ils faisaient du front, participer à cette lutte et apprendre même par les exposés des dirigeants du parti bolchévik comment il faut lutter contre les socialistes-traîtres de toutes nuances, En un mot, ils s'instruisirent à la haute école de la révolution prolétarienne, de façon à être en mesure d’instruire leurs camarades à leur retour à l’armée et à pouvoir entrer ensemble dans la lutte au moment décisif.

Pendant les semaines suivantes, l’action du parti dans l’armée prit un élan considérable ainsi que le montre l'article ci-dessus mentionné (« Guerre et révolution »). Le nombre des cellules du parti augmenta sensiblement ; des masses de soldats de plus en plus nombreuses se joignirent aux bolchéviks. Pendant les événements du mois de juillet à Pétrograd, après lesquels la réaction commença à relever la tête et, avant tout, pendant l'équipée du

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général Kornilov, les organisations militaires bolcheviks subirent leur premier examen de maturité politique.

La préparation directe du soulèvement armé

La révolte de Kornilov contribua considérablement à accélérer les préparatifs des masses en vue du soulèvement armé. Les organisations militaires donnèrent aux gardes rouges, qui commençaient à se former dans les entreprises, des instructeurs qui apprirent aux ouvriers à manier les armes.

Peu de temps avant octobre, l'organisation militaire forma des troupes d'agitation composées de soldats, d'ouvriers et de marins et les jeta dans les régiments pour y mener la propagande.

L'organisation militaire collabora désormais avec la « Section militaire du Soviet de Pétrograd» à la préparation directe du soulèvement armé dans cette capitale. Elle se mit aux ordres de la direction militaire du soulèvement armé, du comité révolutionnaire de guerre.

Si, à Pétrograd, la conquête du pouvoir pendant les journées d'octobre au cours desquelles les groupes ouvriers de la garde rouge et les marins menèrent les principaux combats, fut relativement facile, ce fait doit être attribué principalement, à la circonstance que la flotte de la Baltique complètement et la garnison de la capitale presque entièrement, étaient sous l'influence de l’organisation militaire bolchévik et aussi à cette autre circonstance que les organisations militaires du front et de l'arrière furent en mesure d’entrer en action et de mettre obstacle à l’avance contre Pétrograd de l'école militaire et des détachements de troupes restés fidèles au gouvernement. Grâce à l’action victorieuse de ces organisations, Krylenko, qui avait été nommé par le gouvernement des Soviets commandant en chef de l’armée, put, avec un petit détachement de marins de Cronstadt, chasser le grand quartier général établi à Mohilev et prendre le commandement de l'armée. La guerre impérialiste était transformée en guerre civile, la révolution prolétarienne triomphait.

La révolution d'octobre produisit bientôt son effet sur les autres pays belligérants. En Bulgarie, en Autriche et en Allemagne, la décomposition de l’armée avançait à pas de géant. Nous avons plus haut à ce sujet le témoignage du général Maerker.

Les premières insurrections dans la marine allemande

En Allemagne aussi, c'était la marine qui était aux premiers postes de la révolution.

Le mouvement révolutionnaire dans la marine allemande ne fut pas suscité, renforcé, organisé et politiquement dirigé comme en Russie, par un parti révolutionnaire; ce mouvement éclata spontanément et se créa sa propre direction où il y avait aussi bien des anarchistes que des spartakistes, des centristes, des socialistes-traîtres et même des pacifistes sans autre nuance; ce fut dans la suite seulement, lorsque la révolution fut déjà à l’ordre du jour, que cette direction chercha spontanément à établir la

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liaison avec les partis ouvriers et les groupements révolutionnaires et s’adressa dans ce but à tous les partis ouvriers.

La réduction de la ration mensuelle de savon aux chauffeurs, la fourniture par trop abondante aux équipages de « marmelade de guerre », de pain moisi et dur, de morue séchée, servirent, au mois de mars 1917, de point de départ au mouvement qui fut dirigé par le comité central des marins révolutionnaires, organisés à ce moment par ledit comité.

Celui-ci organisa d’abord sur certains vaisseaux de ligne des grèves de la faim qui s'amplifièrent bientôt en grands mouvements de masses portant sur des escadres entières. Tout cela est décrit de la façon suivante dans a brochure intitulée : Les marins révolutionnaires d'Allemagne qui a été réimprimée de nombreuses fois dans la presse allemande et dont l’auteur faisait partie du comité central des marins révolutionnaires :

«Les premières manifestations sur le vaisseau de ligne Prinzregent Luitpold, en mars 1917, déterminèrent l'arrestation d'un certain nombre d'agilateurs. Le troisième jour après les premiers troubles, l'immense majorité du personnel technique refusa tout travail. Sous la direction du camarade Cæbes, qui fut fusillé plus tard, le personnel technique descendit à terre et marchât en rangs serrés de Wilhelmshafen à Rüstersiel. Les manifestants passèrent sans peine devant les casernes du bataillon de marine. Ainsi, même parmi les soldats de terre, l'état d'esprit était tellement favorable aux manifestants que les officiers n'osèrent pas les attaquer ouvertement. À Rüstersiel, les manifestants tinrent une réunion dans une brasserie et décidèrent de maintenir énergiquement leurs revendications.

Dès que le commandant de la IIT° escadre, dont faisait partie le vaisseau en question, fût informé que le personnel des chauffeurs était retourné à bord, il fit donner le signal de combat. En vertu de cet ordre l’escadre devait quitter le port dans les six heures. Les chauffeurs du Prinzregent Luitpold comprirent le sens de cette manœuvre et refusèrent de rejoindre les chaufferies jusqu'à ce que leurs revendications furent acceptées. Ils exigèrent la libération de tous ceux qui avaient été arrêtés, la suppression des exercices militaires pour les chauffeurs et un temps de repos ferme dans la journée. Les revendications furent acceptées ; on voulait évidemment condamner les insurgés en vertu des lois militaires une fois au large, en vue de la rade de Schilling. Nous nous consultâines aussitôt et nous eûmes encore le temps de transmettre aux autres navires les indications sur la manière dont il fallait agir dans le cas présent. Le Prinzregent Luitpold quitta le premier le port. Notre agent de liaison sur ce navire m'envoya rapidement par le chef de notre chaloupe un mot portant textuellement : « Nous partons ; si dans trois jours vous n'avez pas de nos nouvelles, en avant !; nous mettons le cap sur la rade de Schilling.» On ne voyait plus nulle part le Prinzregent Luitpold. Pendant la nuit, on donna le signal de combat. Je me tenais au téléphone de liaison qui nous reliait aux chaufferies. Pendant la transmission des ordres, nos camarades du poste de T.S.F. réussirent à établir la liaison avec le Prinzregent Luitpold. Nous apprimes ainsi que quelques-uns de nos camarades y avaient été arrêtés ; il était urgent d'agir. Je fis donner des indications à tous les navires, aux postes de T.S.F. desquels se trouvaient nos camarades et

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les informai que le lendemain matin, à quatre heures, nous éteindrions tous les feux.

À quatre heures moins dix, je donnai, en présence de l'officier de quart, l'ordre aux chauffeurs : « Tous feux éteints, les chauffeurs refusent le service » ; les camarades qui étaient auprès de moi entourèrent l'officier et le menacèrent de « lui tordre le cou » s’il bougeait.

J'attendis fiévreusement la réponse au téléphone ; six longues minutes s'écoulèrent, puis la troisième chaufferie répondit que les feux étaient éteints. Les camarades informaient en même temps que les portes conduisant aux chaufferies étaient verrouillées et qu'ils abattraient n'importe qui s'opposerait à la réalisation de leur action. Je transmis immédiatement cette information aux trois autres chaufferies et j'envoyai deux camarades dans la soute au charbon et dans la machinerie pour y prendre les mesures nécessaires. À peine eus-je reçu l'information des chaufferies que les feux étaient éteints partout que l'amiral lança à travers tout le navire l'ordre : « Au combat.» Trop tard; les matelots révolutionnaires de notre navire avaient fait leur devoir envers les camarades du Prinzregent Luitpold.

Nous n'avions plus besoin de nous occuper de la liaison ultérieure avec les autres navires : l'amirauté fit le nécessaire. On S'informait d'un navire à l'autre que nous autres, chauffeurs, nous nous révoltions et que notre navire était, par conséquent, hors de combat. On n'avait pas besoin d'en dire davantage : notre exemple fut suivi.

Les chauffeurs se rendirent en sabots à la cabine de l'amiral et ne la quittèrent pas avant que l'ordre suivant fût donné à tous les navires : «Toutes les punitions infligées aux équipages du Prinzregent Luitpold et des autres navires, à la suite des incidents des jours derniers, sont levées.» La première grande action des matelots révolutionnaires leurs apporta la victoire et renforça leur organisation. »

En été 1917 la bourgeoisie réussit à arrêter tout le comité central des marins révolutionnaires. Un de ses membres s'était trahi par imprudence. Au moment où il fut arrêté on trouva sur lui des notes sur une séance du comité central, portant en clair les noms des orateurs. Le 20 août 1917 le conseil de guerre de la marine émit un jugement terrifiant pour insurrection et trahison en temps de guerre : deux condamnations à mort furent exécutées et 400 années de prison infligées à 50 accusés. Le 5 septembre, les matelots Reichpietsch et Cœbes furent fusillés. Ce furent les deux premières victimes de la révolution en marche.

Le soulèvement de la marine et de l'armée allemande

Mais la vague révolutionnaire montait toujours à travers l’AIlemagne ; la grève des ouvriers des munitions de janvier 1918, le montra bien. La dernière offensive désespérée qui devait amener la « fin victorieuse » échoua. L'amirauté était au paroxysme de la rage. Elle lança d’un coup le mot d'ordre : « Vaincre ou couler. » Cela norta le coup de grâce à la vieille Allemagne. Lorsque, le 28 octobre, l'escadre dut prendre le large et être amenée au combat,

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la raison l'emporta sur l'obéissance. Les équipages se soulevèrent sous la direction de leur comité de marins, réorganisé depuis long- Lemps, après la défaite de l'été 1917. Les feux furent éteints et on fut obligé de ramener les navires dans les ports. Ici les officiers reprennent courage. Des arrestations en masses ont lieu. La révolte éclate. Les marins se joignent à Kiel aux ouvriers: de grandes manifestations se produisent. La grève générale est proclamée. Le 4 novembre 1918, les marins s'emparent des navires et de la ville. Le premier conseil d'ouvriers et de marins entre en fonction à Kiel. Le drapeau rouge est hissé sur les navires. C'est la révolution. Le 5 novembre elle s'étend à Lübeck, le 6 à Hambourg, puis à Brême, à Hanovre, Leipzig, Stuttgart, le 8 à Munich et le 9 à Berlin, Le mouvement éclate aussi ouvertement dans l'armée. On arrache les épaulettes aux officiers : avec l'appui des conseils de soldats, les troupes s'en retournent en Allemagne. Les conseils d'ouvriers et de soldats démobilisent l'armée, le vieil Etat militariste allemand s'est écroulé.

Le soulèvement dans l'armée française

En France aussi, il y eut, en 1917, un soulèvement dans l'armée, qui amena le pays au bord de la révolution. C’est un fait bien peu connu jusqu’à présent dans le monde qui n'en a été informé que par le livre de Churchill, La crise mondiale, En Allemagne, ce fut le journal le Casque d'acier, des organisations bourgeoises de guerre civile du même nom, qui donna des informations à cet égard. Selon ses descriptions, les troupes françaises n’allèrent au combat désespéré du début de mai 1917 qu'avec la plus grande rage au cœur. La flamme de la résistance éclata vers la fin du mois. L'armée ne grognait plus, elle s'insurgeait. L'étincelle de la révolution russe avait mis le feu dans les rangs des troupes françaises d'attaque.

Les organisations révolutionnaires avaient redoublé d'efforts dans l’armée depuis quelques semaines. Des feuilles volantes avaient été apportées par les permissionnaires et sur le front on se les passait de mains en mains ; des réunions secrètes élaient tenues ; la discipline se relâchait de plus en plus; des détachements entiers refusaient de retourner dans les tranchées, Des conseils de soldats étaient constitués. Churchill rapporte dans son livre que des régiments entiers marchaient sur Paris pour exiger que l'on entamât des négociations de paix. D'autres régiments rentraient simplement dans leurs foyers. Dans seize corps d’armée des soulèvements en partie d'un caractère très dangereux, avaient éclaté, Certains régiments s'étaient retranchés dans leurs cantonnements et avaient posé leurs conditions aux officiers. Des drapeaux rouges furent hissés. On entendit retentir les cris de : « À bas la guerre!» « Un jour, écrit en 1922 le ministre de la Guerre de l'époque, Painlevé, il n’y eut entre Soissons et Paris que deux divisions sur lesquelles on pût compter en toute sécurité. En fait, vers la fin de mai de 1917, le pays était au bord de l’abîme. »

C'est parce que le soulèvement était isolé dans l’armée, n'était pas dirigé par un parti nettement révolutionnaire, ni appuyé par les ouvriers dans les entreprises, qu'il put être écrasé. Churchill raconte comme suit la défaite du soulèvement : « Seul un

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feu d'artifice prolongé contre ces troupes réussit à les soumettre et à les dissoudre. Les troupes fidèles cernèrent les insurgés. De vieux territoriaux pères de famille négocièrent avec les combattants du front déchaînés. Les excitateurs du trouble furent apaisés ou écartés. Un voile de mystère si impénétrable couvrit ces événements que l'ennemi n'en apprit absolument rien quoique des milliers de Français y eussent participé. »

Le soulèvement dans la flotte française de la mer noire

Après le triomphe de la révolution d'Octobre, les impérialistes coalisés de tous les pays s'appliquèrent, par une guerre d'intervention qui dura des années, à arracher de la chair du monde capitaliste cette flèche empoisonnée que constitue pour lui la dictature prolétarienne en Russie soviétique. La tâche qui s'imposait à présent aux travailleurs de tous les pays, c'était de manifester leur solidarité prolétarienne, de contrecarrer les plans d'intervention impérialiste et de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour amener et accélérer la victoire de l'Armée rouge, de l’armée de la révolution. Cette tâche est, aujourd’hui plus que jamais, actuelle : il n’est donc pas inutile de voir comment elle fut comprise et résolue en 1919 et en 1920. Ce fut le prolétariat français qui comprit cette tâche le premier et qui livra, au printemps 1919, à sa bourgeoisie, un combat, le plus grand que la classe ouvrière française eût livré depuis la Commune de Paris : le soulèvement de la flotte française dans la mer noire.

Le camarade André Marty raconte en détail ces événements dans son livre intitulé : La révolte des marins de la mer noire. En octobre 1918, lorsque l'écroulement des puissances centrales apparut clairement, l'impérialisme français prit l'initiative d’une action militaire contre la Russie soviétique. En décembre 1918, la 156° division de Salonique fut débarquée à Odessa, sous la protection d'une escadre. Des troupes françaises, roumaines, grecques, polopaises et anglaises affluaient sans cesse à travers la Bessarabie et la mer noire vers le sud de l'Ukraine. En janvier 1919, toute la Crimée et la côte septentrionale de la mer d’Azov sont occupées ; dans la région du Don, Dénikine forme une armée blanche. « Toute la Russie est entourée de fils barbelés », déclare Clemenceau. Les troupes françaises préparent une offensive dans la région charbonnière du Don. L'armée d'occupation disposait de forces énormes qui, considérées du point de vue de la technique de la guerre, cussent suffi pour noyer dans le sang les forces mal équipées de l'Armée rouge de Crimée et du sud de l'Ukraine. Les impérialistes disposaient d'une armée de 70.000 hommes excellemment pourvue de tanks, d'avions et de tout l'armement moderne et appuyée, en outre, par une forte escadre munie de canons à longue portée. Si Je sort de l'intervention eût dépendu du rapport mathématique et technique des forces, les Alliés eussent certainement remporté la victoire. Mais voyons quelle fut l'attitude de ceux qui devaient desservir tous ces moyens puissants de la technique de guerre moderne : des soldats et des marins français de l'intervention.

Ils étaient mécontents : mécontents de leur situation matérielle mauvaise, mécontents de la reprise de la guerre et mécontents avant tout d'être employés comme bourreaux contre la révolution

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prolétarienne ; les informations relatives aux actions révolutionnaires en France sont accucillies par les troupes avec la même satisfaction que les proclamations et les feuilles volantes des bolchéviks.

Le 11 février, le 58° régiment d'infanterie refuse d'attaquer la ville de Tiraspol qui se trouvait entre les mains des Rouges. Les refus collectifs d'obéissance deviennent de plus en plus fréquents. Le 5 avril, le commandement de l’armée française est obligé, en raison de la décomposition de ses troupes, d'évacuer Odessa. Une manifestation grandiose eut lieu à cette occasion, dont le camarade Marty a dit, dans sa fameuse lettre ouverte au maréchal Foch :

«C'est bien dommage, Monsieur le Maréchal, que vous n'ayez pas assisté au départ des troupes françaises d'Odessa, lorsque le 19° régiment d'artilierie, le 2° régiment de génie et le régiment d'arlillerie de montagne écrivirent de si belles pages dans l'histoire du mouvement révolutionnaire. Vous eussiez vu la glorieuse el victorieuse armée française heureuse de se grouper auprès des gardes rouges. Vous eussiez contemplé le magnifique spectacle de compagnies entières défilant devant la maison du Soviet d'Odessa la crosse en l'air et au chant de l'Internationale. »

Le 5 avril toujours, le 19° régiment d'artillerie refuse de combattre. Mais bientôt les soldats passent à des formes de lutte plus hautes. Une compagnie du 2° régiment du génie chasses ses officiers le 5 avril et refuse de quitter Odessa ; elle finit par céder, ais sabandonne aux travailleurs tout son équipement et ses explosifs.

La lutte prend de plus en plus des formes nouvelles. Le 16 avril, l'arrestation d'André Marty, à Galatz, à bord du Protet empêche le groupe révolutionnaire qu'il dirigeait parmi l'équipage de s’emparer du navire par la force, Mais le 19 avril, au soir, l'équipage du dreadnought France se révolie à Sébastopol ; les marins du vaisseau amiral Jean-Bart se joignent à ceux du France. Les 20 et 21 avril, les équipages de tous les navires manifestent et prennent part dans la ville à une démonstration grandiose des ouvriers de Sébastopol. Un détachement mixte gréco-français ouvre un feu de mitrailleuse sur les manifestants. Une douzaine de marins, cinq ouvriers et une jeune fille de seize ans sont tués. Les marins de tous les navires sont en pleine insurrection et les vaisseaux quittent la mer noire les uns après les autres. Jusqu'au dix mai, l'équipage du France conserve le pouvoir sur ce navire mouillé dans le golfe de Bizerte.

La révolte s'étend aux autres unités et tend à prendre une forme supérieure. Le 27 avril, l'équipage du croiseur Waldeck- Rousseau qui se trouve devant Odessa et au bord duquel Marty est arrêté depuis le 23 avril, exige de l'amiral qu'on retourne immédiatement en France sans quoi les marins amèneraient le vaisseau dans le port et passeraient aux côtés des rouges. La lutte continue, même après le retour en France. À Toulon, les matelots se livrent à des manifestations les 9, 10 et 11 juiliet ; des conflits violents ont lieu avec la police qui tire en l'air pour protéger la prison maritime contre les insurgés. Ceux-ci ont élu un comité d'action qui cherche, en vain, à constituer un comité commun avec les syndicats. Ils réussissent cependant à entraîner l'infanterie et les troupes coloniales. Le 10 juillet, l'équipage du premier vais-

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seau amiral Proverce qui doit partir le lendemain pour la mer noire non seulement refuse d’obéir aux ordres, mais encore s'empare des armes et tente d'arrêter les officiers. Deux canons sont pointés sur la préfecture maritime.

Les 19, 20 et 21 juillet des événements presque analogues se déroulent dans le port de guerre de Brest: les équipages manifestent sur tous les navires ; le mouvement se prolonge jusqu’au mois d'août (manifestation du croiseur d'Estrée à Vladivostok le 14 août). Le gouvernement n'arrive à maîtriser la révolte que par une démobilisation immédiate qui l'oblige à désarmer un grand nombre de navires,

L'action des bolchéviks parmi les troupes d'occupation

Cette fraternisation des soldats et des marins français avec le prolétariat révolutionnaire russe a porté un secours rapide à la révolution durement pressée de tous côtés. Ce soulèvement ne fut pas seulement un acte spontané d'enthousiasme ; ce fut avant tout le couronnement d'une action tenace difficile et ayant coûté de nombreux sacrifices de la part de l'organisation bolchévik de la région d'Odessa, parmi les soldats et les marins de l'armée d'occupation. Cette organisation publia, en russe et en français, un journal bi-hebdomadaire et d'innombrables brochures, appels ct papillons en français, polonais, grec, roumain et anglais. La diffusion de toute cette littérature illégale était organisée d’une façon exemplaire. Il y eut des cos où des camarades furent arrêtés au moment où ils distribuaient ces écrits; mais jamais aucun d'entre eux, même sous la torture, n'indiqua la source d'où provenaient ces publications. On utilisa toutes les occasions pour établir la liaison entre les ouvriers bolchéviks d’une part et les marins et les soldats de l’autre. Marty raconte en détail dans son livre une de ces occasions. ;

Le cuirassé Mirabeau avait été sérieusement endommagé par une tourmente de neige. Le commandement français n'était pas en mesure de réparer Je navire par ses propres moyens. Il s'adressa donc à l'arsenal de Sébastopol. Mais pour obtenir l’aide demandée, il fallait le consentement des ouvriers ; l'état-major général envoya une délégation au syndicat des travailleurs des métaux. Les officiers, d'habitude si grossiers et ignobles, eurent cette fois une attitude parfaitement humble afin d'obtenir le secours des ouvriers de Sébastopol. Une longue discussion eut lieu parmi les ouvriers ; un certain nombre d’entre eux demandaient qu'on laissät périr ce navire au service des capitalistes. À quoi bon ? disaient les autres, il sera remplacé par une nouvelle unité, Il serait plus habile d'aller travailler à bord et d'essayer de gagner en notre faveur les marins du cuirassé. La direction syndicale adopta finalement ce dernier point de vue. Elle se contenta d'exiger de l'état-major sa parole d'honneur — certes, sans y avoir confiance un seul moment — qu’il n’emploierait jamais les canons des bateaux de guerre contre les ouvriers de Sébastopol. La parole d'honneur fut donnée — et naturellement violée. Le lendemain 70 ouvriers bolchéviks, parmi les meilleurs propagandistes, montèrent à bord du cuirassé, les poches pleines de feuilles vo-

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lantes révolutionnaires en langue française et furent accueillis avec enthousiasme par les marins du Mirabeau.

Cet épisode fut Ie début des relations très étroites qui s'établirent entre marins français et ouvriers russes. Les marins demandaient chaque matin, avec la plus vive impatience, de la Jitiérature révolutionnaire.

Un autre incident eut également le plus grand effet sur les troupes de terre : le premier février, un détachement du 58° régiment fut fait prisonnier à Tiraspol par les partisans rouges. Un soldat de ce régiment décrit comme suit la façon dont ils furent traités par les troupes rouges : « Après 5 heures de débats devant le tribunal révolutionnaire, les bolchéviks nous déclarèrent textuellement : Camarades, si vous nous aviez fait prisonniers, vous nous auriez fusillés ; mais nous vous disons : vous êtes libres. Nous savons bien ce que méritent vos officiers ; quant à vous, tenez, prenez vos armes et vous pouvez vous en aller. Dites ‘1 vos camarades que nous ne vous voulons pas de mal. Nous sommes même disposés à vous inviter fraternellement à la condilion que vous veniez sans armes. » Cette façon de traiter les prisonniers produisit sur les soldats, à qui l'on avait raconté jusqu'alors toutes sortes d'atrocités sur les bolchéviks, un effet indescriptible. D'autre part, ils virent, quatre jours plus tard, l'arlillcric française bombarder, dans la ville, un groupe de femmes cl d'enfants qui s’enfuyaient. Aussi bien, ce fut le 58 régiment d'infanterie qui le premier refusa d'obéir à ses officiers.

En mars 1919, la Pravda publia une lettre d'un groupe de soldats français d'occupation, où il était dit, entre autres :

« Lorsque nous arrivâmes à Odessa, nous n'avions pas encore compris les projets de notre gouvernement et nous ignorions complètement la situation politique dans la ville. Le 18 décembre, nous suivimes aveuglément les ordres des officiers, ces larbins du capital, et nous maltraitâmes ceux que nous ne connaissions pas cucore et qui étaient les représentants de la juste cause de la République des Soviets. Pardonnez-nous, camarades et frères, ne Hous considérez pas comme des assassins car le 18 décembre nous ne savions pas pourquoi nous ouvrions le feu. »

La révolte de la mer noire est, dans ses magnifiques effets, l'exemple le plus ardent de la solidarité internationale du prolétariat. Dès les premiers télégrammes qui rapportaient ces événements, cette solidarité a été comprise et saluée avec enthousiasme par les ouvriers du monde entier. La révolte dans la mer noire ne fut pas un putsch, un soulèvement militaire ; ce fut un mouvement prolétarien de masse. Son plus grand enseignement consiste à montrer la possibilité de transformer la guerre impérialiste contre l'Union soviétique en guerre civile révolutionnaire ct la manière dont se développe la fraternisation entre les soldats ct la population.

La lutte du prolétariat anglais . pour la défense de la Russie soviétique

Les guerres d'intervention qui eurent lieu dans les premières années du pouvoir soviétique firent apparaître sous le signe de la

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solidarité internationale d'autres formes encore de luttes contre la guerre impérialiste s'attaquant à l'Union soviétique. Le soulèvement sur les côtes de la mer noire contraignit les impérialistes français à rappeler leurs troupes de la Russie soviétique. En Angleterre, des comités d'action se formèrent avec la tâche de défendre la Russie des Soviets. Ces comités menèrent une campagne énergique contre l'intervention des impérialistes anglais. Les protestations croissantes et la décision du prolétariat anglais de faire grève ainsi que la campagne triomphale de l'Armée rouge qui avait réussi à détruire, les unes après les autres, les armées mercenaires blanches, obligèrent les impérialistes anglais à suivre l'exemple de leurs alliés. Les deux impérialismes durent se contenter désormais de chercher et d’armer des mercenaires contre la Russie des Soviets et de continuer l'intervention par leur intermédiaire. Ils trouvèrent ces mercenaires dans les formations de gardes-blancs du baron Wrangel et en Pologne. Cette dernière entreprise devait être équipée par les impérialistes à travers l'Allemagne et l'Autriche.

La lutte du prolétariat allemand en faveur de la Russie soviétique

Pendant la guerre russo-polonaise de 1920, il y avait déjà, en Allemagne et en Autriche, des forces organisées pour la lutte contre l'intervention dans l'Union soviétique.

Voyons comment le prolétariat allemand fit alors son devoir de solidarité internationale à l'égard du pays des Soviets. Lorsqu'au début de juillet 1920 parurent les premières informations relatives aux transports de munitions françaises à travers l’Allemagne, des tentatives eurent lieu, en divers endroits, de la part de la classe ouvrière, pour empêcher ces transports. Le drapeau rouge, organe central du parti communiste d'Allemagne, lança de nouveau, le 10 août, un appel au prolétariat allemand où il était dit entre autres :

. « Vous devez veiller vous-mêmes à l'observation de la neutralité. Si les troupes françaises franchissent la frontière, vous devez mettre tous les obstacles possibles à leur passage. Aidez les cheminots à saboter les transports de troupes et de munitions. Si le gouvernement allemand viole la neutralité, ou s'il appuie, même indirectement, la campagne contre la Russie des Soviets, il faut entreprendre, de toutes vos forces, la lutte contre ce gouvernement ; la grève générale et le soulèvement armé sont alors les seuls moyens de contrecarrer cette entreprise. »

Dès le début du mois de juillet, le parti commença une vaste propagande au moyen de feuilles volantes et de réunions, principalement dans les ports qui, pour le transport des munitions vers la Pologne, jouaient un très grand rôle. L'action dans les villes de Dantzig, Kiel et Stettin était au premier plan. L'agitation générale dans le Reich se poursuivait principalement au moyen de réunions de masses. Les résultats du travail d'organisation et de propagande du parti apparaissaient toujours là où le parti communiste d'Allemagne disposait déjà d’une certaine influence. Ainsi des conflits éclatèrent à l'occasion de transports d'armes et de

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inunitions à Ludwigshafen, Mannheim, Stettin, Kœnigsberg, Lubeck, Hambourg ct Dantzig. Dans le port de Stettin, les ouvriers ne permirent ni de décharger, ni de transporter plus loin les munilions. Lorsqu'un groupe de prisonniers de guerre russes arriva à Dantzig pour être transporté en Pologne, les ouvriers s’y 0pposèrent, Iis emmenèrent les prisonniers en ville et les répartirent dans les logements des ouvriers; puis ils obtinrent que leurs hôtes fussent transférés dans des régions allemandes et mis sous la surveillance de la croix rouge. Dès le mois d'août la situation Ctait telle à Dantzig qu'il n'y eut plus aucun transport pour la Pologne ; lorsqu'on voulut y charger un avion pour cette destination, il fut complètement détruit par les ouvriers révolutionnaires.

Vers la mi-août on fut informé que les transports allaient augmenter à travers l'Allemagne ; le parti intensifia alors puissamment son action et le prolétariat révolutionnaire d'Allemagne accomplit de nouveaux actes de solidarité. À Erfurt, on fit sauter lout un transport de munitions. Différents transports anglais et lrançais y furent déraillés par les cheminots. Même par les menaccs d'employer la violence, les officiers ne purent pas obtenir la continuation du transport. Trois tanks tout prêts et chargés lurent complètement détruits par les ouvriers des chantiers Daimler à l'aide d'appareils à corroyer. En Prusse orientale, des troupes italiennes furent arrêtées par les cheminots [...]

V. Les expériences de l'action antimilitariste en France

La France, pays type du militarisme moderne, est également la terre classique de l’antimilitarisme révolutionnaire. L'un est né de l'autre. C'est pour l'impérialisme, le revers de la médaille. Les luites antimilitaristes en France ne sont pas nouvelles, on les retrouve (pour ne remonter qu'à la grande révolution) presque à chaque pas de son histoire. La fraternisation des troupes avec le peuple de Paris précipita la prise de la Bastille et le début de la Commune, fl y avait donc des raisons historiques aussi bien que des conditions objectives particulièrement favorables pour que, après la guerre de 1914-1918, sur les traces encore fraîches des mutins de 1917 et des marins de la mer noire, se développât en France un fort mouvement antimilitariste. Mouvement guidé et rendu plus conscient par l’action du parti communiste.

En France, dans les dernières années, la pratique de l’antimilitarisme révolutionnaire s'est enrichie de toute une série de forines nouvelles. II ne sera pas fait allusion dans ce chapitre à toutes les méthodes et aux exemples de l’activité antimilitariste en France qui ont déjà été indiqués précédemment. C'est ainsi que presque tout le travail au sein de l’armée même sera volonlairement omis puisqu'il est déjà mentionné dans d’autres chapitres.

La première caractéristique essentielle du travail antimilitariste en France, c’est qu'il est un travail de masse, embrassant les larges couches de la population ouvrière des villes et des campagnes ; il est plus particulièrement étendu parmi la jeunesse, la portion de la population la plus directement menacée par le mi-

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litarisme et que les circonstances placent ainsi au tout premier plan de la lutte. La lutte antimilitariste en France a pour champ d'action la caserne, l'usine, le village, les organisations sportives, l'école,

La deuxième caractéristique consiste en ce que le travail est permanent, qu'il est composé d'actions quotidiennes, continues, liées les unes aux autres. Ce n'est pas un travail étroit surgissant à l'occasion de quelques grands événements (guerres, expéditions, scandales militaires) pour disparaître aussitôt après, mais une activité constante qui s’eflorce d'utiliser sur tous les terrains tous les faits d'oppression capitaliste et militariste, pour la désagrégation de l’armée.

L'expérience française sera surtout précieuse pour les pays où le service militaire est obligatoire, mais beaucoup de ses parties peuvent être également utiles aux pays à armées mercenaires afin de suggérer des méthodes d'action et des formes d'organisation répondant aux besoins de la lutte antimilitariste dans ces contrées.

L'action contre les nouvelles formes de militarisation de la jeunesse

Les dernières lois bourgeoises ainsi que les efforts patronaux ont posé depuis quelque temps devant les communistes, avec beaucoup plus d'acuité qu'auparavant, la question d’un travail actif parmi la jeunesse ouvrière et paysanne contre toutes les formes de militarisation, allant de la propagande chauvine jusqu’à l'entraînement militaire physique. L'expérience ici est encore très restreinte, elle ne marque qu'un tout petit commencement.

Le travail antimilitariste doit être commencé dès l'école ct là, c'est le rôle des organisations d'enfants ouvriers et paysans, des pionniers de savoir opposer leur propre propagande de classe à l'enseignement patriotique ; il y a eu déjà une belle activité dans diverses écoles de la région parisienne et Le jeune camarade, l'organc des groupes d'enfants d'ouvriers et de paysans, consacre une partie de ses colonnes à l'agitation antiguerrière.

Le travail est mené aussi dans les organisations sportives soidisant neutres de la bourgeoisie où le rôle du sport en régime capitaliste est expliqué, dénoncé comme instrument de préparation à l’armée bourgeoise, instrument à la fois physique et moral d'entraînement à la guerre impérialiste. S'appuyant sur les Organisations sportives révolutionnaires groupées dans la fédération sportive du travail, cette propagande est menée par les commu nistes et les ouvriers sportifs révolutionnaires au sein des organisations réformistes, bourgeoises et surtout maintenant dans les clubs de sport fondés par le patronat dans l’entreprise même.

En 1928, les patrons de l'industrie métallurgique de la région parisicnne organisèrent un camp de vacances pour les jeuncs ouvriers de leurs entreprises ; ce camp qui se tint dans le Jura n'était qu'une autre forme de la préparation militaire, les exercices physiques alternant avec les jeux et les causeries patriotiques. Mais les magnats de la métallurgie avaient compté sans les quelques jeunes communistes qui se trouvaient dans le camp et qui gagnèrent bien vite l'appui enthousiaste de la majorité des jeunes ouvriers. La résistance s’organisa contre les exercices physiques imposés, les jeunes ouvriers demandèrent à diriger eux-

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mêmes « leur camp », ils se refusèrent à toute contrainte, chantèrent l'?nternationale et en quelques jours brisèrent la discipline inslaurée par les patrons. Ainsi faisant, ils déjouèrent les manœuvres de ceux-ci, les empêchèrent d'atteindre leur but.

C'est un exemple encore trop peu fréquent qui montre comment le travail peut être exécuté dans toutes les nombreuses organisations de ce genre, patronales et de l'Etat, et qui sont extrêmement nombreuses dans tous les pays. Le travail dans les sociéés de préparation militaire commence seulement à s'organiser d'une manière systématique et les expériences obtenues jusqu'à ce jour sont encore insuffisantes.

Rattaché à ce travail antimilitariste dans les usines, il faut aussi citer le mouvement des correspondants ouvriers qui a, en 1928 et 1929, pris une très grande importance en France. Il a permis de montrer à la classe ouvrière par l'intermédiaire de la presse révolutionnaire (et en particulier des pages hebdomadaires de l'Humanité, dénonçant les préparatifs de guerre dans les diflérentes branches d'industrie), comment l'impérialisme chaque jour renforce ses armements, s'outille en vue des conflits imminents, et, qui plus est, cela a permis de faire participer un réseau étendu de correspondants ouvriers et paysans à cette dénonciation de la préparation quotidienne à la guerre, dénoncialion qui est déjà une première forme large de lutte antimilitariste, veillant l'intérêt des couches mêmes les plus indifférentes de la classe ouvrière, attirant leur attention sur la nécessité urgente d'un tel travail.

Toutes ces formes encore embryonnaires de lutte nous monlient déjà cependant la direction dans laquelle se développe le lravail antimilitariste en France. À mesure que la bourgeoisie renforce son appareil militaire et cherche à étendre son emprise mililariste sur de nouvelles couches plus larges de la population, l'action des ouvriers et paysans révolutionnaires s'oppose à elle sur tous ces terrains et tourne contre le régime capitaliste les armes mêmes dont celui-ci veut se servir pour entraîner les masses dans Ta préparation de la guerre.

L'aclion parmi les jeunes avant leur entrée à l'armée

À vingt ans, le jeune travailleur doit partir au service militaire, C'est donc à ce moment-là que se pose devant lui d’une manière directe la question de l’armée ; dans les années qui précèdent son départ au service, cette idée le préoccupe ; il y a le conseil de révision, les fêtes traditionnelles de conscrits dans les quartiers de la ville et dans les villages : c'est une période où le parti communiste, la jeunesse communiste surtout. se doivent d'intervenir afin d'expliquer à ces classes nouvelles qui bientôt vont entrer à la caserne la nature du militarisme bourgeois, le rôle de l’armée bourgeoise et de leur montrer quels sont leurs devoirs sous les drapeaux, devoirs répondant à leurs intérêts de prolétaires, de travailleurs.

Depuis des années déjà ce travail indispensable parmi les conscrits s'effectue ; au début, il prenait la forme de campagnes à l’occasion des conseils de revision et des départs au régiment ; ces campagnes permettaient une assez grande agitation parmi une

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importante portion de chaque contingent. Ces campagnes avaient l'inconvénient d'être sporadiques, temporaires, assez courtes et de ne pas laisser comme résultats de l'agitation qu’elles déployaient des organisations permanentes permettant de continuer le travail commencé, d'unifier le travail des divers contingents.

Trouver semblable organisation fut en France chose facile, car elle existait déjà. Les sociétés de conscrits existent dans presque chaque village de France, dans chaque quartier des grandes cités. Elles sont créées presque automatiquement quelques mois avant le départ de la classe dans le but d’amuser les conscrits par les notabilités bourgeoises où petites-bourgeoises, elles permettent d’ailleurs plus aisément de distiller presque insensiblement le venin patriotique par les cérémonies plus où moins officielles où président des maires, sous-préfets, cte. De toute façon, elles font oublier aux jeunes travailleurs les inconvénients et les désagréments immédiats qui naissent de la conscription obligatoire, Elles canalisent dans un cours plus paisible pour la bourgeoisie des mécontentements qui pourraient sans elles trouver une autre expression. Il fallait seulement que ces sociétés ou amicales de conscrits acquièrent un autre contenu de classe, il s'agissait de prendre l'initiative de leur création au lieu de la Jaisser aux mains des bourgeois, d'établir un réseau d'organisations qui, au lieu de faire oublier ou « passer » l’armée, défendent les intérêts des travailleurs prêts à être encasernés et particulièrement leurs revendications immédiates.

Quels sont les buts de ces amicales de Conscrits qui sont devenues maintenant une caractéristique inséparable du travail antimilitariste en France ?

Tout d’abord organiser les conscrits prolétariens et paysans pour la défense de leurs revendications immédiates, défense qui a un caractère de classe, qui est un premier entraînement à la lutte que les jeunes travailleurs en uniforme devront mener à la caserne.

De cette façon, les amicales de conscrits sont des organisations larges qui lient la lutte particulière des conscrits pour leurs intérêts propres et immédiats à la lutte de l'ensemble de la classe ouvrière contre le militarisme bourgeois et la guerre impérialiste menaçante.

Une forme de cette liaison sont les quêtes effectuées parmi les ouvriers dans les usines pour le Sou du soldat, première expression de la solidarité qui unit pour la lutte et dans la lutte les jeunes ouvriers et paysans à la caserne à leurs frères civils.

Pour accomplir avec le plus grand succès ces tâches essentielles qui sont leur raison d’être, les amicales de Conscrits à caractère antimilitariste donnent en même temps aux jeunes ce qu'ils recherchent dans les sociétés créées et guidées par la bourgeoisie, c'est-à-dire les distractions, les jeux. Sans cette partie secondaire certes, mais fort importante, les amicales ne sauraient attirer et retenir des masses de jeunes ; ceci est la condition de leur caractère d'organisation large, groupant les jeunes conscrits les plus indifférents pour leur donner peu à peu la conscience de leurs intérêts en tant que conscrits d’abord, comme ouvriers ou paysans exploités ensuite, et la connaissance des moyens de défendre ces intérêts.

À cela les amicales de conscrits ajoutent encore en France une autre qualité, elles sont des organismes d'aide juridique rensei-

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gnant leurs membres sur leurs droit relatifs au service militaire : les avantages qu'ils peuvent obtenir à cause d’une situation de lamille spéciale, par suite d’infirmité physique, les allocations familiales, etc.

Enfin, par sa vie intérieure même, l'amicale permet aux conscrits de se préparer à la caserne, de se renseigner sur les plus petits détails de la vie du soldat, sur la manière d'utiliser à leur avantage les textes compliqués des règlements militaires, d'éviter les provocations des gradés et l'action individuelle qui facilite la répression et de la remplacer par les interventions collectives qui brisent la résistance du commandement.

Les revendications des soldats, surtout celles qui touchent le hlus directement les conscrits, sont aussi discutées à fond dans les amicales.

Comment peut-on créer une amicale de conscrits ? L'exemple de Saint-Pol-sur-Mer où la jeunesse communiste était inexistante est à cet égard suggestif. Un camarade le décrit en ces termes :

. Trois camarades furent désignés pour la créer. La preriière (difficulté était la gestion financière. Nous décidâmes de faire un billard labyrinthe (jeu populaire). À cet effet, nous ftmes faire affiches au nom de l'amicale comme si elle existait depuis lousHemps.

Munis de ces affiches, nous visitâmes tous les commerçants pour avoir des dons ou lots, ce que nous avons obtenu.

Le concours de billard nous rapporta 450 francs de bénéfice. Grace à cet argent, nous organisâmes un concert suivi de bal où sur 550 auditeurs, 200 étaient des jeunes ouvriers.

| la faveur d'un entracte, un camarade dit ce qu'était l'amicale, conclut par un appel aux adhésions qui fut suivi par 14 jeunes.

Dès lors, l'amicale existait. Par la suite, chaque sociétaire vint « la réunion avec un où deux nouveaux adhérents.

Au départ du deuxième contingent de l'année 1927, un vin il'udicu, offert par l'amicale, réunit 25 camarades.

Dernièrement nous avons fait un nouveau billard-labyrinthe qui nous rapporta 350 francs de bénéfice.

Avec cet argent, nous avons installé une bibliothèque. Une permanence fonctionne, deux jours par semaine pour donner des renseignements militaires. Nous avons notre journal de l'amicale qui paraît tous les mois.

Le 29 avril dernier (1928), nous avons donné un concert suivi (le bal ; après avoir entendu l'exposé d'un camarade, 8 jeunes ouvricrs adhérèrent à notre amicale de conscrits. Ce qui fait que notts sommes maintenant 58 sociétaires.

Notre société se réunit environ tous les mois et nous faisons en sorte qu'à chaque assemblée une causerie sur un point particulier aux futurs soldats soit faite.

Nos projets sont les suivants : organiser chaque année, à chaque conseil de revision, un cortège avec musique et le soir un bal.

A chaque départ de contingent, un vin d'adieu où l'on expliquera ce qui attend les jeunes ouvriers à l'armée. Notre intention est de créer au sein de l’amicale, le groupe de réservistes qui auront droit aux mêmes avantages que les autres sociétaires.

Par un travail continu, nul doute que nous n'obtenions dans ce domaine aussi de bons résultats. »

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Cette citation donne une vue générale de l’activité d'une amicale. IT faut, entre autres, souligner les points suivants :

Les amicales sont constituées d’après la loi bourgeoise et le droit d'association, S'adaptant à leurs modalités, font leur déclaration de constitution et déposent officiellement leurs statuts auprès des autorités bourgeoises. Occupant ces positions légales, elles peuvent développer leur travail contre le militarisme.

La plupart des amicales ainsi constituées l'ont été d'après la vieille tradition française sur le lieu d'habitation, sur la base de la localité, IL était au commencement difficile de faire autrement. Mais cela, non seulement ne saurait exclure la possibilité de les créer maintenant et à l'avenir sur le lieu de travail (par usine, par entreprise), mais, au contraire, il faut que cette nouvelle base qui garantira un contenu plus prolétarien des organisations, un caractère moins flou, une liaison plus étroite, avec les luttes quotidiennes des ouvriers soit dorénavant de plus en plus adoptée et généralisée.

Les amicales ont comme membres non seulement les jeunes de la classe immédiatement touchée par la conscription, mais aussi ceux qui devront se présenter l'année suivante et les libérés, ceci pour assurer la continuité de leur activité durant toute l’année. De nombreuses méthodes sont employées pour enrichir et agrémenter la vie intérieure des amicales : bals, concerts, causeries sur le militarisme bourgeois, la vie de caserne (faites par des libérés), excursions collectives, des réunions sont tenues avec des ouvriers des usines pour rapprocher l’amicale des entreprises, avec la participation (dans la mesure où les circonstances Île permettent) de soldats des garnisons voisines. Enfin, les amicales peuvent participer aux manifestations prolétariennes pour le soutien des grèves, la lutte contre la guerre, etc,

Les amicales de conscrits ont ces derniers temps pris une assez grande extension en France ; dans la région parisienne, plusieurs dizaines furent fondées et sont actives et une Union des amicales de cette région fut formée.

Les campagnes conduites avant le départ de chaque contingent commencent vers le moment du conseil de revision par des envois de journaux et tracts antimilitaristes à tous les conscrits, par la distribution de cette littérature antimilitariste dans les mairies ou aux environs dans les rues avoisinantes, les cafés où les conscrits vont s'amuser après leur visite, le jour du conseil de revision. Divers moyens sont employés pour déjouer la surveillance de la police.

Parmi le matériel édité, le principal est le journal spécial Le conscrit s'adressant spécialement aux jeunes ouvriers et paysans de chaque contingent, Organe particulier publié par la fédération des jeunesses communistes, il explique aux conscrits dans quelle situation politique nationale et internationale ils partent au régiment, les dangers qui les menacent en tant que soldats et ouvriers, comment les combattre, et s'organiser pour cette lutte. Il est maintenant en général imprimé et répandu illégalement à la suite de la répression contre l'antimilitarisme.

Des tournées d’agitation sont organisées deux fois l’an par les jeunesses communistes, Elles consistent en meetings publics, fêtes réunions spéciales de conscrits communistes et sympathisants (membres des syndicats rouges, de la fédération sportive du tra-

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vail, etc.), où les mots d'ordre antimilitaristes sont commentés, expliqués et les moyens de lutte à l'armée mis en évidence.

Le point culminant de la campagne, au point de vue de l’orgasation, sont les congrès de conscrits qui chaque année se font plus nombreux, et se tiennent déjà actuellement dans toutes les iégions industrielles importantes. Ces congrès de conscrits ras-

nblent les délégués élus par les amicales et par les réunions spéciales de con: ts rouges là où ceux-ci ne se trouvent pas vncorc constitués en organisations permanentes.

légaux il y a quelques années, ces congrès sont maintenant illépaux, mais restent larges et donnent des résultats satisfaisants. Cette année, à Paris, plus de 100 délégués assistèrent au congrès pour la discussion de leurs revendications, des mots d'ordre de lutte, des tâches qui se posent devant les conscrits et les soldats. \ ce congrès assistaient des représentants de la jeunesse communiste, des sections de jeunes syndiqués (métaux, bâtiment, alimentation, etc.). Le congrès exprima sa solidarité aux soldats et marins enfermés dans les prisons. Un rapport sur l'Armée rouge lut lait par le secrétaire de la région parisienne du parti communiste, On traita la question des organisations de masse de consivils

Là aussi, il faut dire que le travail antimilitariste qui jusqu'ici est surtout réalisé sur la base locale commence déjà à prendre racine dans les entreprises. La propagande individuelle des jeunes soinmunistes parmi les conscrits de leurs usine, l'agitation par siliches contenant les mots d'ordre principaux et l'annonce des icunions, par papillons popularisant revendications et mots d'or- «die, par affiches illustrées, la distribution de tracts d'invitation aux réunions de sympathisants et avec bulletins d'adhésion, sont autant d'excellents moyens de faire pénétrer les campagnes antimuilitaristes dans les usines, sans oublier non plus les articles dans les journaux d'entreprises et les organes syndicaux. Le cons- «rit est également diffusé sur le lieu de travail, à l'entrée et à la

ortic des entreprises.

Peu de temps avant le départ au régiment, des vins d'adieu ont organisés, à contenu révolutionnaire, mais nés eux aussi «l'apapes fraternelles et des réunions d'adieu qui forment en l'rance une vieille tradition des départs à la caserne. C'est en quelque sorte la dernière occasion de parler aux jeunes déjà tou- «hés par toute la campagne antimilitariste avant qu'ils quittent pour un temps la vie civile. Elle permet de raffermir et d'assurer les liaisons établies entre eux et les organisations révolutionnaires.

La période des départs est enfin l'occasion d'un gros effort de diffusion de matériel antimilitariste. Des groupes de jeunes communistes, de jeunes syndiqués adultes des corporations les plus directement intéressées (cheminots, inscrits maritimes), se répar- Hssent la distribution de ce matériel aux abords et dans les gares, dans les ports et sur les bateaux. Des manifestations peuvent mcme être organisées dans les gares et les ports où les conscrits Iraternisent avec les autres ouvriers. Ces cas se produisent par -xemple à Nantes et dans d’autres villes.

En plus des vins d'adieu, des fêtes antimilitaristes (avec concert, bal, distractions diverses) à caractère large sont aussi organisées.

À cette description, il faut ajouter que les campagnes antimilitaristes s'étendent aux syndicats, aux clubs de la fédération

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sportive du travail, aux coopératives et, d'une manière générale, sont élargies par le concours actif de toutes les organisations révolutionnaires de la classe ouvrière et de la paysannerie. Ainsi, tout en conservant leur caractère révolutionnaire prononcé, elles acquièrent, dans la combinaison de toutes ces formes et méthodes, cette étendue de masse indispensable à leur succès.

Le travail parmi les démobilisés

Les démobilisés rentrent chez eux peu de temps avant le départ des conscrits. Le travail parmi les libérés est donc une partie des campagnes antimilitaristes, un chaînon dans l’activité antimilitariste permanente. Ce travail commence déjà à la caserne; les cellules communistes de caserne, les comités de soldats et les jour naux de caserne commencent la propagande parmi ceux qui vont être libérés quelque temps avant la classe. Cette propagande les prépare au retour à la vie civile, retour qui pour chaque jeune ouvrier et jeune paysan ne doit pas paraître un passage de l'enfer de la vie de caserne à la « tranquillité » de la vie civile, mais comme une transition à de nouvelles conditions de lutte, à la continuation du combat contre l'Etat bourgeois, le patronat et le gros propriétaire terrien, sous d'autre formes, celles abandonnées lors du départ pour l’armée.

C'est Ià l'idée essentielle contenue dans tout le matériel spécial édité pour les libérés. « Ainsi libéré un jour de la caserne, tu n'es pas libre dès le lendemain, tu n'es pas libre parce qu’il te faut travailler et que les usines, les ateliers, cela ne t'appartient pas. Libéré

$ de l'armée bourgeoise, tu rentres dans les usines de la bourgcoisie.» (Extrait de l’appel de la fédération des J.C. de France aux libérés.)

Le libéré est l'organe spécial des jeunesses communistes publié deux fois l'an comme feuille spéciale de La Caserne, l'organe antimilitariste des ouvriers et paysans mobilisés. Cet organe rappelle aux démobilisés les dix-huit mois de lutte passés à la caserne, comment l’organisation et l'action collective ont permis de développer ces luttes, de faire triompher plus d’une revendication et d'enrayer maintes tentatives de répression ; tous ces résultats obtenus grâce à l’activité infatigable et à la direction plus expérimentée de la cellule communiste, au journal de caserne qui était la voix commune tonnant les revendications des hommes, au comité de soldats qui paralysait le commandement, les mouchards, les manœuvres de division. Ces précieuses expériences amassées dans la pénible réalité quotidienne du régiment, le libéré ne saurait les oublier. Bien au contraire, dès demain, il doit les utiliser, les adapter à la vie de l’usine. Là aussi, il trouvera, et cellule communiste, et section syndicale, et journal d’entreprise, et comité d'usine, des armes semblables contre de sem blables ennemis. Le journal explique aussi les luttes ouvrières qui se sont déroulées pendant le séjour à l’armée, la rationalisation qui s'est « perfectionnée » ainsi que la répression, les batailles en cours, celles qui s’annoncent. Et comment dès aujourd’hui le libéré doit y participer.

La campagne des libérés doit faire en sorte que tous ceux qui ont pris part aux luttes dans l’armée rentrent dès le retour à la vie civile dans leur organisation de classe : syndicats, jeunesses

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communistes, dans les organisations auxiliaires et, en tout premnicr lieu, dans les amicales de conscrits où leur expérience sera ulile pour l'éducation et la préparation des conscrits. C'est ainsi que dans ce but des fêtes spéciales sont organisées, des réunions de Hbérés où le plus grand effort est porté sur le recrutement. ls libérés sont immédiatement entraînés dans l’organisation des vins d'adieu, dans les collectes du Sou du soldat, comme proparandistes du parrainage et de la lutte antimilitariste dans Îles usines et aux Champs. Aussi comme défenseurs des soldats et mains victimes de la répression, des innombrables « rabioteurs » et comme soutien des luttes des réservistes, des revendications des “oldats. Ces cadres formés au cours de la lutte pratiquée à l’arrce et dont beaucoup ont commencé leur action révolutionnaire ous les drapeaux de la bourgeoisie ne doivent pas être perdus, ais au contraire rassemblés et renforcés dans la lutte économique et politique de chaque jour.

C'est là l'objectif essentiel du travail communisté parmi les ‘lemobilisés.

lu lutte des réservistes contre les périodes d'instruction

lorsqu'en 1927 les périodes de réserves furent rétablies pour l1 preinière fois depuis la guerre par l'impérialisme français, elles ‘hesserent immédiatement dans la lutte les réservistes de la classe

‘qui avaient déjà eu une activité révolutionnaire à la fin de la noire el qui étaient les premiers touchés. Ces luttes de 1927 ont ‘le unc des plus belles pages de l’action antimilitariste en France depuis la fin de la guerre 1914-1918. Les détails de ces manifestalions qui ébranlèrent jusqu’en ses fondements la structure de l'arme française sont déjà bien connues. Il faut toutefois en rappeler ici les plus significatives comme exemples de mouvements de masse des réservistes contre les périodes.

ne grande préparation politique avait été faite par le parti ‘1 les jeunesses communistes dénonçant le rôle des périodes dans l1 nouvelle structure de l'armée française et dans son renforcemicnt technique. Les principaux mots d'ordre étaient les suivnts : «Contre les premières applications des lois militaires qui biéparent Ja guerre; pour la suppression des périodes : partez «uns les camps pour y transformer les périodes impérialistes en beriodes antimilitaristes ; partez dans les camps pour apprendre : vous servir des armes modernes, ce sera utile pour votre lutte ‘ontre l'impérialisme.» Tous ces mots d'ordre étaient accompa- “nés d'un programme concret et détaillé de revendications immvdiates, comprenant parmi beaucoup d'autres les demandes suivanies : « Allocation égale au salaire perdu pendant la période ; -sonération des impôts de 1927; (pour les paysans) indemnité “orrespondant à la perte subie pendant la période ; obligation de i‘embauchage pour les patrons au retour », plus une série de revendications d'ordre militaire concernant la nourriture, le couchage, l'hygiène, les permissions, etc.

Environ 130.000 réservistes furent cette année-là appelés dans les camps, dont une très grande proportion d'ouvriers industriels. la grande majorité répondirent avec ensemble aux mots d'ordre du parti communiste et les manifestations se succédèrent presque sans arrêt.

mn oi

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À Bourg-Lastic, la nourriture étant infecte, plusieurs protestations ont eu lieu sans résultat ; il en est de même d'une délégation envoyée à l'officier de service. La situation empirant (trois jours avant la libération, la nourriture est virtuellement suppriméc), une violente manifestation éclate. Un cortège de 700 à 800 réservistes parcourt le camp pendant trois heures en chantant des chants révolutionnaires, Des soldats de l’active envoyés contre les réservistes refusent de marcher. Un réserviste étant emprisonné ct les gradés s'opposant à sa libération, une bagarre a lieu et le prisonnier est relâché de force.

Au camp de Valdahon, une compagnie entière refuse d'aller à l'exercice. Plus de 100 réservistes de cette compagnie se font porter malades. Les officiers essaient d'appliquer des mesures disciplinaires, mais ils doivent y renoncer devant la cohésion des manifestants.

Pour protester contre le manque d'hygiène, les réservistes décident de se laisser pousser la barbe.

À Sissonne, 500 réservistes manifestent et délivrent quatre des leurs emprisonnés pour retard à la rentrée de permission. Pendant pusieurs heures ils entourent la baraque des officiers. Les manifestants appartenaient à quatre régiments différents. Un capitaine ayant menacé de faire charger les manifestants par des Indochinoïs dut se sauver devant la réaction violente des réservistes.

À Coëtquidan, à la suite de l'arrestation de deux réservistes, 500 manifestants entourent le colonel, empêchent les autres officiers d'intervenir. La libération des prisonniers est accordée.

Quelques jours après, les réservistes refusèrent de se lever et d'aller au travail, ils réclament à manger et le droit de lire L'Humanité.

Un peu plus tard, dans le même camp, d’autres réservistes au nombre de plusieurs centaines manifestent derrière trois drapeaux rouges et au chant de L'Internationale.

À Nîmes, des réservistes refusent de se rassembler en colonnes par quatre pour aller de la gare de Nîmes au camp de Masillan. Ils demandent à être conduits en voiture et la liberté de se promener en ville jusqu’au départ. Ils obtiennent complète satisfaction.

À Dijon, 650 réservistes arrivés depuis peu tournent la tête du côté opposé au général quand celui-ci passe sur les rangs.

Au camp de Chälons, 500 réservistes manifestent contre la nourriture. Un lieutenant de l'active les menaçant dut s'enfuir devant l'attitude des réservistes.

Au total, durant les trois premiers mois des périodes de 1927 (mai, juin, juillet), environ 60 régiments ou unités militaires manifestèrent contre les périodes de diverses façons. Il y avait parmi ceux-ci 32 régiments d'infanterie, 8 régiments d'artillerie, 6 régiments du génie, 6 régiments de troupes coloniales, 3 dépôts de la

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marine (Cherbourg, Brest et Toulon), etc. Vingt-deux manifestalions curent lieu dans les camps.

Au début, la bourgeoisie nia ces mouvements, Painlevé déclaant que les «réservistes ont mis sac au dos avec une belle ardeur » ! Mais après l'extension des mouvements et les échos grandissants qu'ils trouvaient la répression s’acharna. Dans les mois ‘le juin et juillet 1927, plus de 100 réservistes furent arrêtés : l’aclion immédiate et collective de leurs camarades en libéra 70. Il Y cul enfin quelques condamnations monstrueuses de 10 ans et ‘ns de travaux publics par le conseil de guerre de Tours à deux réscrvistes qui avaient chanté L'Internalionale et résisté aux brimades des officiers.

Les mouvements de 1927 furent un grand entraînement révolutionnaire des ouvriers appelés. Ils présentèrent toutefois quelducs défauts importants dus à l'absence d'organisation des réservisites, du fait que leur lutte fut presque complètement détachée «es autres luttes de la classe ouvrière et de la paysannerie.

En 1928, le gouvernement avait accordé quelques concessions (icsullats des démonstrations antimilitaristes de 1927) et pris des précautions pour empêcher l’organisation des réservistes avant leur départ êt la distribution du matériel antimilitariste, Les ré- “1vistes furent convoqués d’août à octobre. D'importantes manilestations de masse eurent lieu à nouveau. Dans certains camps, l° commandement militaire fut contraint de libérer des centaines ‘de réscrvistes. C'est ainsi qu’à Coëtquidan on libéra le deuxième jour 200 réservistes sur 600 (au camp du Ruchard 205 après trois iours, CL'au camp de Sissonne 800 après cinq jours. Les réservistes ‘inst libérés étaient les plus actifs dans la lutte contre les pérodes, En outre, pendant le temps de lincorporation de nombicuses permissions furent accordées. En même temps, la répresion se faisait plus souple et plus hypocrite,

Dans beaucoup de casernes, les réservistes confectionnèrent cux mêmes des journaux tirés à la pâte à polycopier ; La caserne ‘lurant toute la durée des périodes publia une page spéciale consa- ‘ice aux réservistes, à leurs réclamations, revendications et mamilestations.

Pour donner au mouvement contre les périodes une forme plus orranisée et une base plus ferme, des amicales de réservistes ont Ie créées, Dans ce domaine, il n'y avait pas la même tradition ue pour les conscrits. Les sociétés d'anciens soldats existant en l'rance ne sont pas très répandues, ne groupent pas un grand nombre de membres et, en tout cas, extrêmement peu d'éléments prolétariens. Les amicales créées sont des organisations larges de icservistes d’une même localité groupant des hommes de toutes ct de tous régiments. De même que les amicales de consrits, elles sont légales, « officiellement » constituées. Leur prorramme est large et populaire afin de grouper dans la lutte contre les périodes tous les ouvriers, paysans, employés, petits commer- «ants mécontents de ces nouveaux procédés du militarisme bourfCOIs

où sont déjà fondées des organisations de réservistes comprenant des ouvriers et des paysans, les communistes et les ouvriers révolutionnaires y travaillent afin de gagner ces membres ouvriers, de les faire adhérer à l'amicale des réservistes s’il en «xiste une, ou, si elle est absente, afin de constituer avec eux le noyau d’une telle organisation. C'est ainsi que dans les villages

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il existe souvent des sociétés de vétérans. Là aussi, l’action antimilitariste pénètre et pose les principales revendications de lutte contre les périodes : la suppression des périodes et, pendant leur durée, le paiement du salaire complet par le patron. Les amicales de réservistes donnent, elles aussi, des renseignements et conseils juridiques à leurs membres.

L'an dernier (1928), dans la seule région parisienne, plus de trente sociétés de réservistes furent créées en trois mois, une union des sociétés comprenant entre autres le parti communiste, les amicales de conscrits et les amicales de réservistes fut aussi créée. Les sociétés de réservistes participèrent à la manifestation contre la guerre du 5 août. I1 va de soi que dans les amicales de réservistes la lutte contre le militarisme bourgeois et les dangers de guerre est mise au premier plan à travers la lutte contre les périodes. D'ailleurs le mouvement spontané des réservistes a lui-même posé ces questions.

Comme on le voit par la description qui précède, les amicales de réserviste sont distinctes de celles des conscrits ; en effet, les intérêts et les revendications des conscrits et des réservistes sont différents aussi bien que leur mentalité. Le problème de la lutte contre le militarisme bourgeois se pose devant les deux catégories sous un jour différent avec des méthodes autres. Toutefois, des actions communes sont non seulement réalisables, mais tout à fait nécessaires dans les manifestations, réunions, fêtes.

Sous quelle forme les réservistes s'organisent-ils à la caserne, au camp ? Des expériences tirées des démonstrations des deux dernières années, il apparaît que dans tous les cas où des actions de masses se produisirent les réservistes s’unirent d'instinct, peuton dire et tout le temps agirent collectivement. Dans certains cas pour présenter des revendications précises au commandement des délégations furent élues. Ces délégations qui offrent une prise facile à la répression sont d’ailleurs à éviter. D'autre part, un exemple a déjà prouvé qu'il est possible de constituer des cellules communistes de réservistes. Cette cellule, composée de communistes du régiment, existait déjà avant l’arrivée des réservistes dans le camp. Elle commença son travail dès le départ de l'usine, dans les gares et pendant le voyage jusqu’au camp. Elle recueillait des informations sur l’état d'esprit des soldats, propageant les revendications immédiates et les mots d'ordre de lutte par la parole et par l'écrit et de cette façon s'assura une liaison étroite avec tous les réservistes. Dès les premiers jours, la cellule réussit à déclencher et à diriger un mouvement. Toutes les actions, les protestations, les plaintes contre les supérieurs, furent faites collectivement. Grâce à l’action collective, la cellule a toujours évité la répression tout en maintenant son rôle de dirigeant et d’organisateur, pendant les 25 jours des périodes. Bien que le camp où elle militait se trouvât à une dizaine de kilomètres d'une localité, la cellule parvint par ses propres moyens à publier un journal qui parut plusieurs fois durant cette période. La cellule avait des relations avec les soldats du service actif et avec les ouvriers des localités voisines.

Les luttes des réservistes ont en France une importance qu'il ne faut pas sous-estimer. Les périodes de réserve dans la nouveile étape du développement du militarisme français sont aux ouvriers adultes ce que la préparation militaire est à la jeunesse. Périodes de réserve et préparation militaire sont les deux piliers sur les-

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quels repose la charpente du militarisme français et qui, jointes au progrès technique des armements et à la rationalisation intéicure du service à la caserne (par le renforcement des cadres de er), permettent la réduction du temps de service et autres lormes de la « démocratisation » de l’armée. Lutter contre les périodes c’est donc lutter contre la base même de la nouvelle structure de l'armée. C’est ébranler et menacer tout le système militariste de l'impérialisme.

Celui-ci ne s'y est pas trompé. De leur côté, les communistes, les ouvriers et les paysans révolutionnaires sauront élargir leurs premières expériences et porter des coups plus durs.

liaison des luttes révolutionnaires ‘les entreprises et des casernes

(Son du soldat — Parrainage — Grèves)

Dans la période actuelle de grands conflits économiques et de Litparatifs intenses des pays capitalistes à la guerre contre l'Union soviétique, les peuples coloniaux et leurs compétiteurs ‘upilalistes, la question de la liaison concrète, matérielle, des luttes dans les entreprises et dans les casernes devient plus imborlante et plus urgente que jamais. Elle se pose à chaque instant uns les grèves, dans les expéditions coloniales, lors des manifeslulions de réservistes.

La forme la plus ancienne et la plus élémentaire de cette union ‘1 qui a déjà en France un long passé est la caisse du Sou du soldat. Le Sou du soldat est une institution permanente qui recucille de l'argent parmi les ouvriers et paysans afin d’aider pé- ‘uniairement leurs camarades soldats. Avant la guerre, le Sou du soldat était sous le contrôle des syndicats qui, à ce moment, “aient les principaux organisateurs du travail révolutionnaire au cin de l'armée. Maintenant la caisse du Sou du soldat existe non “culement dans les syndicats, mais aussi dans les amicales de conscrits et de réservistes, dans les coopératives, dans les clubs ‘le la fédération sportive du travail et en général elle est alimen- {cc par toutes les organisations révolutionnaires de la classe ouvricre,

La forme la plus récente du Sou du soldat est celle qui se iépand maintenant dans les usines sous l'impulsion des organisalions révolutionnaires. L'ensemble des organisations ouvrières d'une usine crée un comité du Sou du soldat. Ce comité désigne un camarade par atelier pour faire des collecte régulièrement après chaque paie. Une liste du Sou du soldat circule ainsi et lous les ouvriers y contribuent.

Dans les amicales de conscrits, la caisse du Sou du soldat rccueillait chaque semaine plus de 100 francs par liste.

Des quêtes sont faites également chez les petits commerçants, surtout chez ceux des quartiers populaires et l’organisation a montré qu'un accueil favorable y était obtenu.

Dans les amicales de conscrits la caisse du Sou du soldat revoit les bénéfices réalisés dans les bals et dans les fêtes.

En plus de cela, toutes les organisations ouvrières qui participent à la gestion de la caisse y versent une cotisation mensuelle,

Dans les localités où de nombreuses caisses fonctionnent dans

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les entreprises, les organisations ouvrières qui participent à la gestion de la cai y versent une cotisation mensuelle.

Dans les localités où de nambreuses es fonctionnent dans les entreprises, les organisations ouvrières, les sociétés, la centralisation de toutes les recettes ainsi obtenues est opérée par la création d'un comité local du Sou du soldat.

Le Sou du soldat à comme but non seulement d'envoyer de l'argent aux membres des organisations se trouvant dans l'armée, mais de maintenir la liaison entre les ouvriers et leurs camarades soldats, L'aide pécuniaire est un premier moyen important, complété par le soutien moral effectif sous forme de correspondance ayant un caractère général et légal, par les visites à la caserne et les réunions communes au moment des permissions, en résumé par tout ce qui est nécessaire pour empêcher le jeune travailleur encaserné de se sentir coupé de sa classe, de ses luttes et de son appui.

Le parrainage des soldats par les ouvriers comme forme déjà plus développée de cette liaison permanente entre exploités de l’armée et des entreprises est né dans les derniers grands mouvements grévistes et lors des récents scandales militaires (morts de Rhénanie, etc.), en France. Une usine, un syndicat, une coopérative, une organisation ouvrière quelconque décident de parrainer certains régiments donnés, c'est-à-dire de prendre en main d'une manière directe, effective, constante, le soutien des luttes, des revendications des soldats de ces unités, d'intéresser ces sol. dats à l'activité des ouvriers de ces entreprises. Institution parallèle au Sou du soldat, le parrainage n'est pas seulement le symbole vague d'une solidarité abstraite, mais crée des moyens nouveaux, particulièrement vivants d'intéresser d'abord, de faire participer ensuite les ouvriers et les soldats à leurs luttes réciproques et garantit ainsi un soutien mutuel permanent.

Le parrainage ne fait que commencer à se développer et il n’est pas encore possible de prévoir quelles seront toutes les méthodes qu'il utilisera pour affermir cette liaison dans la lutte, Actuelle ment, nous possédons déjà l'exemple des délégations d'ouvriers dans les casernes, cas qui ‘s’est produit au moment de la campagne contre les punitions et la répression infligées au camarade Coutheillas du C.C. des J.C. de France. Une délégation d'ouvriers de son métier, de son quartier allèrent le visiter dans la prison de la caserne. Les délégations de soldats dans les usines ou dans les organisations ouvrières, dans les assemblées de la section syndicale ou du comité d'usine où elles font des comptes rendus, donnent des informations sur la lutte à la caserne, commencent aujourd'hui à être organisées.

Dans le parrainage, on cherche autant que possible à lier des entreprises travaillant pour le matériel de guerre avec des régiments des armes correspondantes, une usine de moteurs avec un régiment d'aviation, une fabrique d'automobiles avec un régiment de tanks. Le parrainage, pas plus que le Sou du soldat, ne saurait rester une institution formelle, mais chaque jour dans le développement même du mouvement ouvrier à l'usine et dans les casernes il prendra des formes nouvelles, poussera de plus profondes racines.

A côté de ces formes permanentes, la propagande des communistes relie chaque jour dans la pratique les luttes des soldats, des ouvriers, des marins et des paysans. Chaque fois qu'il y a une

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manifestation ouvrière (premier mai, journée contre la guerre, anniversaire de la Commune, etc.), les organisations révolutionnaires s'adressent aux soldats et marins, expliquent le contenu des «démonstrations. De même, les luttes dans les forces armées sont décrites et expliquées aux travailleurs. L'agitation quotidienne soude dans un faisceau commun les revendications des uns et des autres. La fraternisation au cours des luttes est développée comme mot d'ordre d’action, ses moyens concrets d'application sont monlrés aux masses à l’aide des exemples du passé.

En 1926, alors que 8.000 ouvriers de Nancy manifestaient contre la vie chère, les artilleurs et l'infanterie refusèrent de disperser la démonstration et se joignirent au cortège ouvrier.

En 1927, au moment de la grève des dockers de Dunkerque, les soldats du génie refusèrent de charger les bateaux.

Le 1% mai 1927, deux drapeaux rouges furent plantés dans des ‘ascrnes, à Blois et à Nantes, Pendant la grève des métallurgistes ‘le Bordeaux, les soldats de deux casernes manifestèrent avec les rrcvistes.

Les derniers grands mouvements de grève en France ont pro- «uit de nouveaux faits de fraternisation. Tel est celui des grèves ‘es mineurs du Gard. Le comité de grève avait officiellement soutenu el publié un programme de revendications des soldats qui ulaicnt envoyés pour garder les puits et ainsi permettaient aux biiseurs de grève de travailler à l'abri de l’action des grévistes. le comité de grève ayant appris que les artilleurs (du 19° régiment d'artillerie de campagne de Nîmes) ne recevaient qu'une nourriture insuffisante, organisa aussitôt une distribution de vivies parmi les soldats. Lorsque les piquets de grève se dirigèrent vers le puits pour y arrêter les machines et paralyser ainsi les briscurs de grève, les artilleurs, malgré la consigne sévère qu'ils nvaicnt reçue, les laissèrent passer. Le gouvernement ordonna ininédiatement de remplacer les soldats par les gardes mobiles. ln deuxième cas de fraternisation se produisit dans une autre localité où une patrouille qui gardait un puits fraternisa avec un soupe de grévistes, les laissa entrer dans la mine où ils coupèicnt les lignes téléphoniques. Là aussi les soldats durent être rclevés par la gendarmerie.

L'action parmi les troupes coloniales

Les lranç

difficultés grandissantes que rencontre le gouvernement S dans l’utilisation des régiments français dans les conflits “ociaux Jui ont fait renforcer ces dernières années le nombre (l'unités coloniales avec une majorité de soldats indigènes servant uns la métropole. Il est bien significatif et nullement étonnant que la plus forte partie de ces régiments soit concentrée autour des principaux centres industriels dans les régions parisienne, lyonnaise et du Midi. Le travail que mènent le parti et les jeunesses communistes parmi ces troupes se heurte à bien des obstaules : différences de langues, de niveau de vie, extrême diversité ‘les formations coloniales (Algériens, Tunisiens, Marocains, Sénés, Indochinois, Malgaches, Martiniquais, etc.), l’intense proinde que mènent les cadres d'officiers de la coloniale pour re naître la haine contre les organisations révolutionnaires du prolétariat. Mais toutes ces circonstances objectives aussi bien

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que les efforts de propagande mensongère des impérialistes ne peuvent effacer le fait « obstiné » sur lequel repose tout le travail parmi ces soldats coloniaux et qui est la communauté d'intérêts qui unit les indigènes exploités aux travailleurs français.

Un facteur favorable existe d'ailleurs pour le développement de ce travail : c'est la présence en France d'un grand nombre de travailleurs nord-africains, nègres et annamites, qui vivant plus près de la population française que les soldats servent de trait d'union entre la classe ouvrière métropolitaine et les régiments coloniaux.

C'est ainsi que pendant les grèves des mineurs de la Loire et du Gard, les mineurs nord-africains grévistes à Saïnt-Etienne et dans le Gard s’adressèrent dans un appel rédigé en langues arabe et française aux «tirailleurs et cavaliers algériens, tunisiens, marocains, en garnison dans le Midi de la France», Cet appel contenait entre autres choses :

« Frères,

Depuis 15 jours, 20.000 mineurs de Saint-Etienne sont en grève. Depuis le 2 janvier, ceux du Gard ont aussi abandonné le travail.

Parmi les mineurs en grève, il y a beaucoup de vos frères nordafricains. À Saint-Etienne, ils sont près de 3.000. Tous d’un seul bloc, ils ont quitté le travail avec leurs camarades français.

Ils se battent courageusement contre les patrons riches pour leur arracher 5 francs d'augmentation. Soldats et cavaliers algériens, tunisiens, Marocains, qui êtes cantonnés en grand nombre dans la région du Midi où se battent les mineurs de Saint-Etienne et du Gard, saluez vos frères en grève.

Faites plus ! Vous aussi, comme vos frères mineurs, vous êtes malheureux. Vous ne touchez guère d'argent, vous n'avez pas de Permissions, vous faites deux années de service (et les Tunisiens trois !), beaucoup d’entre vous ont été arrachés de force à leurs pays par les officiers, vous êtes mal nourris, vous êtes insultés, frappés par les gradés de l'armée française. Faites comme vos frères mineurs, luftez en masse courageuserment contre vos offi- Ciers, Organisez-vous pour réclamer une meilleure Hourriture, l'augmentation du prêt, l'égalité du temps de service avec les Fran. çais, le droit de résilier vos engagements.

Vous répondrez aux officiers : Les mineurs sont nos frères et vous nos ennemis !

Si l'on vous envoie à Saint-Etienne, dans le Gard, unissez-vous avec les grévistes, fraternisez avec eux!»

Au cours de la même grève, un tract illustré de six dessins fut publié par le parti et les jeunesses communistes. Ces dessins représentaient l'exploitation coloniale, les tueries coloniales, les

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soldats coloniaux opposés aux ouvriers français en grève et enfin la fraternisation entre eux contre l'ennemi commun : l'impéiialisme. .

Pour le premier mai 1929, un appel aux tirailleurs algériens, lunisiens, sénégalais et malgaches fut diffusé et portait de semblables illustrations. Il se terminait ainsi :

« Le 1* mai, les travailleurs de France feront grève et manifesteront dans la rue contre les patrons qui les exploitent. Les généruux qui sont les amis des patrons vous enverront pour tirer sur lex ouvriers. Contre les officiers qui les maltraitent, pour une meilleure nourriture et un temps de service moins long, les tirailleurs ne lireront pas sur les ouvriers, leurs frères.

Le lt mai :

l'as un coup de fusil. Pas un coup de baïonnette, ni de crosse sontre les ouvriers l»

Un aulre tract en couleurs, rédigé en français et en arabe et lacontant la vie de « Brahim, tirailleur nord-africain », fut édité uns li méme période. Brahim, après avoir été arraché à son village, maltraité à la caserne, après avoir souffert au Maroc et on hyiie, à compris quels étaient ses ennemis. Aussi lutte-til Hinintenant pour ses revendications immédiates et son retour au purs Mais Brahim sait, de plus, que seule l'indépendance de son Dave rendra à luimême et à ses frères les richesses accaparées pur les impérialistes et les libertés.

Aussi, il s'efforce de désorganiser l'armée de son ennemi l'imporialisme, et il répand l'idée de l'armée nationale populaire qui libérera son pays.

Brahim sait aussi que les tirailleurs ne sont pas seuls. Les oldats, les marins et les ouvriers révolutionnaires de France, les outicnnent, el, ensemble, ils vaincront leur ennemi : l'impérialmc français.

Ainsi les organisations révolutionnaires du prolétariat fran- Lu s'adressent-elles aux troupes coloniales en France, afin d'empécher leur utilisation dans les grèves et manifestations ouvrières soutre les travailleurs et aussi pour dénoncer leur emploi évenluel dans les expéditions coloniales.

le inéme travail s'effectue en Afrique du Nord où le principal ‘Ilurt d'agitation est porté sur la lutte pour l'indépendance des colonies,

Dans ce domaine, aussi et grâce à l’activité constante des communistes, l'impérialisme voit retourner contre lui une arme que ‘+, propres mains ont forgée.

Les commissions antimilitaristes mixtes

Pour diriger tout ce travail pratique, pour en guider tous les «délails concrets, une direction centrale est nécessaire, direction qui unisse les forces du parti et des jeunesses communistes, en organise l’utilisation la plus effective et en contrôle l’activité. Cet oryanisme, créé au cours de ce travail, est la « commission antiinilitariste mixte centrale ». Composée de représentants des co-

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mités centraux des J.C. et du P.C. français et renforcée de quelques camarades des deux organisations qui connaissent plus particulièrement les détails pratiques du travail antimilitariste, elle permet une exécution pratique plus complète des décisions des organismes centraux. Son activité se borne au travail légal (dans les conditions françaises actuelles), antimilitariste.

De même des commissions antimilitaristes mixtes existent dans les régions et rayons du parti et, à une échelle plus restreinte, accomplissent le même travail. De tels organismes de travail pratique dirigeant toutes les branches variées de l'antimilitarisme de masse représentent une acquisition importante parmi les expériences de ces dernières années.

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LES CAHIERS DU MILITANT

Édités per le Perti Communistes Fromçais (8. F. 8, C.) OC

JUIN 1924

LE

PROCÈS DE MAYENCE

Par ANDRÉ MARTY |

COLLE TE TENUE NUS

PRIX : © fr. 40 |

CLONE ETAT EEE TN PE ACUNEEEEE TT ETAT NET PNTEERPRTU EEE ENTER TERSYTE EESTI TENTE EEE REFUS EYE STE TRE En vente à la Librairie de l Humanité, 126,rue Lafavette nn nn PÈRES manner

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N Le procès de Mayence «Je ime suis souvenu qu'avant d'être soldot j'étais um

ouvrier. » : | : (Déciaration de HaRDUIN au Conseil de guerre.)

I. L'occupation de 1a Ruhr et le Prolétariat

Les ambitions des impérialistes français

L'occupation de la Ruhr mit à nu de la façon la plus cynique les ambitions de la bourgeoisie française. Cette fois, il ne fut plus question de l'idéalisme qui avait couvert les véritables buts de la guerre de 1914. On ne dissimula plus les intérêts impérialistes avec des phrases sur la Démocratie, la Liberté, la Civilisation, Il ne fut question que de tonnes de houille, de kilomètres carrés de terrain, de marks-or. Ce fut la brutale saisie de la proie si longtemps convoitée : le bassin minier de la Ruhr et de Westphalie.

Depuis des années déjà, les impérialistes français avaient déclaré que l’industrie métallurgique française ne pourrait jamais se développer tant que des accords n'auraient pas été signés avec les grands magnats de la Ruhr. Maintes et maintes fois, dans les conférences qui suivirent le traité de paix, la question du charbon fut soulevée et, de plus en plus, il devint évident par l'échec des accords de Spa, de Stinnes-Lubersac et de Wiesbaden, que cette question ne pourrait se résoudre que par la force. Plus l’industrie française augmentait sa production et plus le besoin de charbon se faisait sentir. En novembre 1922, M. Dariac écrivait dans son rapport confidentiel à M. Poincaré (page 8) : « Nos industriels ont absolument besoin pour leurs hauts fourneaux du coke de la Ruhr. » Par conséquent « le premier acte de notre politique doit être une barrière douanière placée à l'est de la Rhénanie, face à l'Allemagne, et supprimée à l’ouest, face à la France ». Le but final de cette politique était de proclamer l'autonomie, puis l'annexion de la Rhénanie par la France « car, géographiquement ct intellectuellement, l'orientation des populations rhénanes est à l’ouest» concluait hypocritement le dévoué serviteur des métallurgistes français.

Ainsi, le problème est nettement posé. L'occupation de la Ruhr montre à tous que l’armée française n’est qu'un instrument entre les mains des de Wendel et des Loucheur. C’est la lourde épée jetée dans le plateau de la balance des réparations. En 1923, c'en est fini des conférences diplomatiques. La France capitaliste fait

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entrer en jeu son véritable argument : ses 700.000 fusils, ses mitrailleuses et ses chars d'assaut.

La position du Parti et des Jeunesses communistes

Devant cette entreprise de brigandage impérialiste, le Parti et les Jeunesses communistes prirent immédiatement position. Quelles pouvaient être les conséquences de l'occupation de la Ruhr ? Ou bien, la guerre éclaterait de nouveau entre la France et l'Allemagne, ou bien le prolétariat allemand, affamé et misérable, doublement exploité par son propre capitalisme et par le capitalisme français, tenterait de se révolter dans un effort désespéré.

Dans les deux cas, l'armée française ne pouvait servir que contre le prolétariat allemand. Le devoir du Parti et des Jeunesses était donc d'ouvrir les yeux de l’armée d'occupation et d'empêcher à tout prix le crime qui se préparait.

À Essen, les représentants du prolétariat français se rencontrèrent avec ceux du prolétariat allemand. Un manifeste retenlissant prouva au monde entier que désormais l’Internationale Communiste était la seule force capable de se dresser contre les vuerres. Ensemble, Français et Allemands, les membres de l'Internationale établirent un plan de lutte «conire Cuno et Poincaré». La fraternisation se réalisait déjà, et on voyait de suite qu'il ne s'agissait plus maintenant d’une fraternisation évangélique, mais d’une fraternisation dans la lutte. Par la suite, les grèves ct les manifestations héroïques de la Ruhr de mai 1923, l'agitalion antifasciste de juillet, la grève générale du mois d'août 1923, là menace révolutionnaire d'octobre montrèrent que les camarades allemands ont su remplir leur tâche.

Les nôtres étaient lourdes. Pour empêcher l'armée d’occupalion d'assassiner les mineurs de la Ruhr, il fallait se livrer à une propagande intense dans la presse, à l’intérieur du pays, dans les Icrritoires occupés, dans l’armée enfin. Il fallait agir vite. Déjà le 3 janvier au matin, lorsque les troupes françaises pénétraient par toutes les routes en territoire allemand, des affiches toutes luisantes encore de colle, rédigées en français et en allemand lançaïent le premier appel de fraternisation. Le texte français rappelait aux soldats qu'ils n'étaient que des ouvriers en unifornes et que leurs intérêts n'étaient pas distincts des exploités de l'autre côté de la frontière. Le texte allemand incitait la populalion au calme. Les soldats français, était-il dit, ne sont pas vos vnnemis, mais bien vos frères. Vos véritables ennemis ce sont : loucheur, Stinnes, de Wendel, Haniels, Krupp, Poincaré et Cuno.

Il. Les Prolétaires en uniforme devant les Quvriers allemands

La leçon des faits Le mouvement de conscience ouvrière fut long à saisir tout le

pays, et nombreux furent les ouvriers allemands qui tombèrent ‘ous les balles françaises. Mais l'appel avait été lancé et l'idée de

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la solidarité prolétarienne devait faire son chemin, en dépit des arrestations des meilleurs militants du Parti français. Au début de l'occupation, la situation du Parti était délicate ; il était difficile de lutter à la fois contre les nationalistes allemands, saboteurs de chemin de fer et contre la propagande nationaliste française. Au milieu de février, 26 soldats avaient déjà été tués et les bagarres se multipliaient entre soldats français et nationalistes allemands. Cependant les prolétaires rhénans se groupaient en centuries pour lutter contre la schupo et le fascisme. La véritable propagande fut faite davantage par l'occupation elle-même que par les organisations communistes. La leçon se dégageait des faits. Les soldats français se rendaient compte de plus en plus que les ouvriers allemands ne demandaient qu’à fraterniser.

D'autre part, le mécontentement se fait jour dans l'armée, lorsqu'on annonce que la classe 1921 fera du rabiot ; la colère gronde contre les chefs et contre le gouvernement français. Et puis, ce n’est pas impunément que l’on peut employer les soldats à faire une besogne de gendarmes. Chaque fois que tombe un ouvrier allemand sous les balles des soldats français, ceux-ci s’aperçoivent plus directement du travail honteux qu’on leur impose. Le 12 mars eurent lieu les fusillades de Recklinghausen. Le 31 mars, la veille de Pâques, 13 ouvriers allemands des usines Krupp sont tués par un détachement français, 37 sont blessés. En cette circonstance, la provocation des nationalistes allemands et la sauvagerie du lieutenant Durieux profitant de la panique des soldats aboutirent au même résultat : l'assassinat d'ouvriers allemands.

Les Pâques rouges d'Essen marquent une date. Ce crime eut en France, en Allemagne et dans les troupes d'occupation, une répercussion immense, Le sang des ouvriers allemands n’a pas coulé en vain; c’est grâce à lui que se développa un grand mouvement de conscience ouvrière dans l'armée d'occupation.

Les manifestations de solidarité

Les premiers jours d'avril, des soldats écrivent à l'Humanité : « Nous avons en horreur le métier de gendarmes qu'on veut nous faire faire; prisonniers du Bloc National, nous sommes en ce moment obligés de marcher ; il n’en est pas moins vrai que nous pensons en hommes et que nous agirons bientôt comme tels. »

Les artilleurs cantonnés à Rudinghausen nous disent leur réprobation absolue du crime d’Essen. Ils ne veulent pas être complices d'un assassinat.

Le 1* mai, le Ruhr-Echo lance un appel aux ouvriers français :

« Soldats français ! Camarades !

» Le 1‘ mai, jour du prolétariat international, les ouvriers de la Ruhr vous saluent. Frères de classe d'outre-Rhin, vos exploiteurs, vos politiciens cherchent à vous dresser contre les travailleurs allemands. Mensongèrement, ils vous racontent que vous allez dans la Rhur combattre les Stinnes et Co. Eh bien! nos industriels, les Stinnes et les Thyssen ne se remplissent pas moins les poches que vos Schneider et vos Loucheur. Les exploités sont les ouvriers de la Ruhr et vous, les soldats français.

» Au milieu de la lutte capitaliste, nous vous crions : Vive la solidarité internationale de tous les ouvriers, Ceux qui portent le

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tablier comme ceux qui sont en uniforme ! Vive la lutte commune des prolétaires d'Allemagne et de France contre leurs exploiteurs ct contre l'impérialisme ! À bas le militarisme !

» Vive la révolution mondiale ! »

Pour cet appel, le Ruhr-Echo fut interdit.

En plusieurs endroits, les soldats refusent d’arracher les affiches antimilitaristes. Les témoignages de sympathie affluent. Chaque jour nous apporte des dizaines de lettres de soldats où l’on se plaint de la nourriture, de la brutalité des chefs. On nous écrit à nous, Parti communiste, parce que l'on sait que nous sommes les seuls défenseurs des soldats. Dans sa conscience, le soldat ne sépare plus la défense de ses intérêts de la lutte générale à mener contre le capitalisme. Il sait que les misères du soldat, de l'ouvrier allemand comme de l'ouvrier français, ont leur source unique dans l'exploitation capitaliste internationale.

Dans les casernes, les quêtes s'organisent pour secourir les mineurs de la Ruhr et les mineurs de la Moselle alors en grève. Les soldats du 173 R.I. Ajaccio nous envoient les premiers le pro- ‘uit de leurs souscriptions. De la Ruhr, il nous vient de l'argent. Puis, c'est la magnifique souscription des soldats du camp d'Avord, produisant la somme de 800 francs; 400 camarades 1vaient versé. Il convient d'insister sur la valeur de ce geste: lorsque l’on sait la misère des soldats, leur besoin d'argent, on ne peut qu'admirer leur esprit de sacrifice. Il faut véritablement que l’idée de défense de classe et de solidarité se fasse bien puis-

“nte pour que le 20 avril, 175 régiments et formations diverses « soient mis cn rapport avec nous.

la fraternisation

Dans la Ruhr, les soldats n'ont pas le droit de parler aux ou- \iicrs, sinon c’est la prison. En revanche, les offici parlent “ec les bourgeois, font ripaille et certains sont l'objet du mébris de la population et de l’armée, tel ce capitaine de la 3 compa- ‘nic de mitrailleuses du 94 R.I., célèbre pour ses débauches dans toutes les localités où il cantonna. Malgré les défenses, les rapports se font de plus en plus étroits entre soldats et ouvriers. Le / juin 1923, notre camarade Walter Stæcker déclarait : « En cerl1ins endroits, les soldats français nous sont très favorables, à Gelsenkirchen par exemple, lors de la dernière provocation lasciste, de nombreux soldats ont fait cause commune avec les ouvriers et ont aidé ces derniers à chasser et abattre les fascis- !cs.» On ne compte bientôt plus les cas où les soldats refusent de disperser les ouvriers affamés qui pillent les magasins ou les enlivpôts. Les sentinelles françaises qui gardent le charbon sur le ‘arreau des mines laissent les ouvriers s'approvisionner, malgré les ordres du commandement, si bien que celui-ci par surcroît ‘ie prudence fait couvrir les tas de charbon de lait de chaux pour qu'il soit impossible de prendre la moindre pelletée, sans que «cl soit visible. Les officiers ont reçu des ordres les plus sévères. Il, savent les appliquer et nous avons appris que les soldats de lochum, de Dortmund, de Duisbourg, etc., furent punis de cellule pour avoir donné du pain à des enfants affamés. Malgré cela, le soldats facilitent le ravitaillement des ouvriers dans les coopé-

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ratives. Des manifestations bien caractéristiques de l'état d'esprit de la troupe se font bientôt voir. À Wambel, un ouvrier allemand est assassiné par la police bleue pour avoir fraternisé avec les soldats français. Les soldats français, occupant cette localité, se cotisent pour lui acheter une couronne que l’on peut voir encore à l'heure actuelle au cimetière de Dortmund. À Dortmund, au début de décembre, lors d’une manifestation ouvrière, le 31° R.I. protégea les manifestants contre la police bleue. À Herne, vers la même époque, les soldats de garde du pont du chemin de fer tirent sur la police bleue qui chargeait une colonne de grévistes.

Au mois de juillet, à la veille de la journée antifasciste, puis lors des manifestations séparatistes du docteur Dorten, l’armée west plus un instrument aveugle entre les mains du haut commandement. Le dictateur Degoutte s'en rend bien compte et, bien que ce fut son désir et l'intérêt du capitalisme français, il n'osa pas faire intervenir, directement, l’armée française à côté des séparatistes contre la classe ouvrière de la Rubr. Il fut obligé d'employer un moyen détourné. Le commandement français arma la police allemande, comme le prouve l'intervention de la police à Dusseldorf contre les chômeurs. Les baïonnettes françaises, dirigées contre les ouvriers allemands, étaient dans les mains de la réaction allemande, mais non plus dans celles des soldats français. Au cours des grandes manifestations d'octobre, le souffle révolutionnaire pénètre jusque dans l’armée d'occupation. Les soldats, fils d'ouvriers et de paysans, ouvriers et paysans euxmêmes, ne pouvaient rester indifférents devant la lutte héroïque des ouvriers allemands contre les patrons allemands. Ils s’aperçoivent combien on leur avait menti, lorsque les officiers, dans leurs conférences parlaient de l'ennemi héréditaire : l'Allemand. Ils voyaient de leurs propres yeux qu'il y a deux Allemagnes : l'Allemagne capitaliste et l'Allemagne ouvrière. Il n’en fallait pas plus pour que, instinctivement, ils prennent le parti de cette dernière et l'on voyait les soldats rechercher, plus encore qu’autrefois, la compagnie des ouvriers révolutionnaires allemands, s’entretenir avec eux et partager les rares colis qu'ils recevaient de leur famille.

Le haut commandement est obligé de constater ces rapports avec la population civile. La circulaire suivante n° 779/2R. en date du 19 octobre 1923 donne un aperçu sur les méthodes employées pour empêcher la fraternisation :

« Certaines publications françaises sollicitent des militaires de la Ruhr des renseignements sur leur situation matérielle et morale, ainsi que sur le caractère des relations avec les ouvriers allemands.

» Les renseignements doivent être envoyés par l'intermédiaire des camarades permissionnaires ou des familles. Les chefs de corps exerceront une surveillance discrète sur les sujets dangereux se trouvant dans leur unité. Cette surveillance portera plus particulièrement sur les rapports de ces hommes avec leurs camarades ou l'élément civil et sur leur correspondance. Cette note ne sera pas notifiée officiellement.

» Général Boyer. »

Le général Degoutte se préoccupait donc d'empêcher par tous les moyens que le pays soit mis au courant de l’état moral et

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matériel de la troupe : pendant ce temps, la vérité officielle, par la bouche de Maginot, était proclamée dans tous les journaux : « L'état moral et matériel de l’armée d'occupation est excellent. »

Mais cette circulaire montre surtout l'inquiétude du haut commandement relativement aux relations des soldats avec la population civile. Il s’agit de les faire cesser.

Etant donné cette situation, Degouite tente de se servir des unités coloniales pour la besogne que les troupes françaises se refusent à accomplir. Là aussi, il put se rendre compte qu'il faisait fausse route. À Neustadt, le 28° régiment de tirailleurs refuse de tirer sur les manifestations de chômeurs qui avaient envahi l'hôtel de ville. L'armée belge n’est pas la dernière à fraterniser. À Duisbourg, au cours d’une manifestation, une colonne de grévistes allemands s’avançait derrière les drapeaux au chant de l'Internationale, lorsqu'elle rencontra une patrouille de soldats belges. Loin d'essayer de «rétablir l'ordre», les soldats belges prirent la tête de la manifestation et l'Internationale retentit à la lois en français et en allemand.

Cette situation ne pouvait plus durer, malgré le moucharda intensif de tous les pauvres bougres qui pour une prime de 5 lrancs ou pour de menues faveurs acceptaient de trahir leurs camarades. Le Haut-Commandement fit appel au ministre de la Guerre, Maginot, pour tenter d’enrayer la fraternisation.

les mutineries

Déjà en avril, à Kehl, des soldats du 170° R.I. avaient chanté l'Internationale en défilant devant le drapeau. À Bochum et à Dortmund les soldats « en avaient marre de monter la garde du Khin pour le compte de Stinnes». Ils cessèrent bientôt de se plaindre platoniquement. Les protestations deviennent plus vives vil y a eu des incidents et des arrestations. À Kray, près d'Essen, on vit défiler les soldats entre les baïonnettes d'un détachement le garde. Quel crime avaient-ils commis ? Au 64 R.f., le méconment devint tel qu'il fallut encadrer les hommes avec des lreupes de Stach. Lors de sa tournée, M. Maginot put se rendre compte de la gravité de la situation. L'agitation avait gagné rapi- ‘lument toute l'armée du Rhin. La note confdentielle suivante nous le prouve :

«M. S. 3/11/23, n° J.60.7.22. Le 1* novembre 1923, des mililaires se sont livrés, dans leur garnison, à une manifestation antiinilitariste au passage d’un coriège composé de personnalités oflicielles, militaires et civiles. Je rappelle que les manifestations cette nature doivent m'être immédiatement signalées en me ant connaître les mesures prises pour identifier les coupables, “insi que, si possible, les sanctions prises. »

De l'aveu même de Maginot, une des tâches principales de l'Etat-Major doit consister à trouver des coupables, à les punir sévèrement. I1 faut même se hâter car la situation empire tous les jours.

Le 7 novembre, à Gelsenkirchen, une mutinerie se produit au camp d'aviation français. 10 soldats sont arrêtés. Les indices de révolte dans les troupes françaises se multiplient. Le 16 novem-

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bre, plusieurs cas de mutinerie sont signalés; en plusieurs endroits, les sentinelles laissent passer des armes destinées au prolétariat de la Ruhr. En d’autres points, des armes ont été cédées à des ouvriers.

Grâce aux soldats français, la lutte révolutionnaire dans la Rubhr risquait de ne plus être inégale. En face de la schupo et des bandes fascistes, des centuries ouvrières s'organisaient et pouvaient s’armer. Ce n'était plus seulement la lutte chaotique des grévistes de mai, cela devenait un vaste mouvement organisé pour venger les échecs de Saxe et de Thuringe. L'Internationale Capitaliste se devait de réagir de toutes ses forces.

IIT. Ce que nous avons fait dans la Rubr

La propagande de la Jeunesse communiste

La Fraternisation a été le mot d'ordre du Parti et des Jeunesses. Dans tous nos mectings, dans toutes nos publications, nous avons encouragé ct intensifié le courant de conscience ouvrière qui se manifestait dans l’armée d'occupation.

Dans la Ruhr, pendant toute l'année 1923, particulièrement d'octobre à décembre, les Jeunesses communistes et le Parti soutinrent de toutes leurs forces le mouvement de fraternisation, malgré toutes les difficultés et les dangers auxquels ils devaient se heurter. Déjà, en février, nos camarades Kirsen, Klein, Fager à Dusseldorf, le camarade Muller à Landau furent condamnés à plusieurs mois de prison pour avoir distribué des tracts des Jeunesses communistes de France. La presse communiste de la Ruhr et La Caserne furent au début nos seules armes. Le Ruhr-Echo publiant des articles en français eut immédiatement un succès considérable parmi les troupes d'occupation. Les soldats se l’arrachaient, Le Rahr-Echo fut interdit. 11 nous était impossible de laisser ainsi sans commentaires les nouvelles mensongères de la presse bourgcoise distribuée en quantité aux soldats. Dans tous les foyers du soldat on trouvait L'Action Française, Le Pèlerin, La Croix, L'Echo de Paris, ete. On avait même le droit de les crier à la porte des casernes sous l'œil bienveillant des officiers réactionnaires. 11 nous fallait combattre la propagande d'excitation chauvine du gouvernement Poincaré. L'édition spéciale de l’Humanité du Soldat fut notre meilleur instrument. Bientôt, devant son succès, elle put devenir bi-hebdomadaire. Des dizaines de milliers d'exemplaires parvenaient deux fois par semaine aux soldats. La Caserne Arabe propageait nos mots d'ordre dans les troupes coloniales. Une grande quantité de tracts sut trouver le chemin de la caserne. Les liens entre le Parti et la Jeunesse et l'armée d'occupation d'autre part se firent de plus en plus étroits. Aux élections du 11 mai, nos camarades libérés de la classe 1921 le montrèrent bien lorsqu'ils votèrent pour les listes communistes.

A l'intérieur du pays, l'intense campagne d'agitation qui avait été menée, l'emprisonnement des militants du Parti français après Essen, de Hoellein, Péri, Doriot et de dizaines des meilleurs militants des Jeunesses, les 200 mois de prison dont furent gratifiées les Jeunesses Communistes, tout cela montra aux soldats que

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nous luttions, nous aussi, de notre côté, pour la même cause sacrée : la Fraternisation.

Grâce à notre propagande nous n'eûmes plus à déplorer des fusillades comme celles de Recklinghausen ou d’'Essen. Grâce à elle, aussi, nous avons pu contribuer efficacement à l'échec de la politique séparatiste de Poincaré.

Des marins de la mer Noire aux soldats de la Ruhr

Pendant la grande tuerie de 1914-1918, les soldats ont eu souvent des gestes de révolte et des éclairs de conscience prolétarienne. Ils l'ont prouvé notamment au cours des mutineries de Champagne, en 1917. Mais aucune tactique n'existait alors pour unir toutes les misères, tous les dégoûts, pour coordonner toutes les révoltes et pour faire s'élever un gigantesque cri de réprobalion, Aucune organisation n'était capable d'opérer autour d'un programme clair la concentration de toutes les énergies antimililaristes pourtant nombreuses.

Dans la mer Noire, notre geste de révolte avait déjà montré qu'il ne fallait pas que les gouvernements contre-révolutionnaies comptent sur les marins pour étrangler la Révolution russe. 1! força Poincaré et Millerand à renoncer à l’envahissement de la Kussie par la mer Noire et à se contenter de payer les Kolchak, les Denikine, les Wrangel.

À près de cinq années d'intervalle, un geste aussi beau se renouvelle. Il sera peut-être encore plus fécond parce que les marins ‘de la mer Noire étaient isolés tandis que les soldats de la Ruhr ont derrière eux une organisation formidable : l’Internationale Communiste,

En continuant notre propogande et en lui donnant une ambleur plus grande, nous arrivérons à rendre l'armée incapable d'agir contre le prolétariat. Nous saurons rendre impossible une intervention des troupes françaises contre une révolution ouvrière allemande. Mieux encore, si une nouvelle guerre impérialiste venait à éclater, les soldats de la Ruhr se souviendraient de l'exemple de leurs camarades bolcheviks qui ont su transformer l\ guerre impérialiste en guerre civile. Au contraire de leurs aînés ‘le la mer Noire, ils ne se laisseraient pas prendre aux promesses ‘le leurs chefs comme les matelots du Waldeck-Rousseau et du l'rovence qui ont cru en la parole des amiraux qui assuraient ‘aucune sanction ne serait prise.

La lutte commencée, ils sauront la mener jusqu’au bout.

lue époque nouvelle

Les temps de l’antimilitarisme verbal sont révolus et seul, le l'arti communiste est passé à l’action directe. Les autres partis qui se disaient révolutionnaires n’ont rien appris de l'expérience ‘Ie la guerre.

À côté de nous, le Parti socialiste qui se dit antimilitariste “est contenté de platoniques protestations, ses leaders n'ont su lire entendre au Parlement que des gémissements de vieilles lcmmes. Cette attitude lamentable, faite d'impuissance et d'hypourisie, les jugera définitivement aux yeux du prolétariat,

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A côté de nous se trouvent aussi des anarchistes de toutes nuances. Que sont devenues leurs protestations véhémentes contre toutes les guerres ? Par quels actes se sont-elles traduites ? Le prolétariat français, dans son énorme majorité s'aperçoit, maintenant, que la tactique anarchiste n’est que verbalisme révolutionnaire et démagogie impuissante,

De l'occupation de la Ruhr et du procès de Mayence se dégage une grande leçon pour le prolétariat. Au feu de l'action, la tactique socialiste parlementaire et la tactique anarchiste indivi- | duelle ont définitivement fait faillite. En revanche, la tactique communiste s’est affirmée. Ce n’est qu’en exploitant les mouvements de mécontentement qui se produisent dans l’armée, en les soutenant, que nous arriverons à désagréger celle-ci et à empêcher qu'elle ne reste plus longtemps le meilleur instrument d'oppression du régime capitaliste.

IV. Le Procès de Mayence

La tournée Maginot et la répression

Le gouvernement avait bien compris le danger qui le menaait. Il allait donc frapper, à tort ou à travers, peu importe, pourvu qu'on atteigne le but : empêcher les ouvriers allemands de se révolter contre le Kohlensyndicat, nouvel allié du Comité des Forges et rendre l’armée française à sa destination naturelle en régime capitaliste qui est la défense des patrons contre les ouvriers. Au début de l'occupation, le général Degoutte avait cru pouvoir amadouer les communistes pour s'en servir dans la lutte contre la résistance passive. Il se rendit bientôt compte que les communistes sont les adversaires acharnés des capitalistes français aussi bien que des capitalistes allemands. Aussi, il changea de méthode. Ce furent, tout d'abord, les interdictions des journaux communistes ; La Freiheit de Dusseldorf et ensuite le Ruhr-Echo à Essen furent interdits les premiers. Mais bientôt devaient s'y ajouter nos quotidiens de Gelsenkirchen, Duisbourg, Bochum, Dortmund, Hamborn, Buir, Solingen, Remscheïd, Cologne, Aix-la- Chapelle et Ludwigshafen. Fin mai, tous les journaux commuuistes de la Ruhr étaient interdits. On portait ainsi un coup grave à la propagande communiste. C'était soutenir le capitalisme allemand. Maïs qu'importe! devant le communisme, ennemi commun, tous les capitalistes sont solidaires.

Puis vinrent les perquisitions, les occupations des locaux communistes. À Gelsenkirchen, Essen, Duisbourg, Bochum, Dortmund, les secrétaires fédéraux étaient arrêtés (Saul, Dopner, Schwal). Le camarade Copp du groupe de Dinslaken et le camarade Muller se refusant à remettre la liste des membres du groupe communiste, furent condamnés à plusieurs mois de prison. Plus de 100 ans de prison furent distribués à 4 camarades de Neustadt, 8 de Bochum, 4 de Dusseldorf, 2 de Buir, 5 de Wiesbaden, 3 de Pirmasens, 3 de Hamborg, 2 de Werben, 1 de Hombrunn, 1 de Scholten, 3 d’Essen, 4 de Herne. C'est à ce moment que se place la tournée Maginot du mois d'octobre. Son but principal était de se rendre compte sur place des décisions à prendre contre la pro-

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pagande communiste. Le 24 octobre, la note suivante devait donner le signal de la répression en grand :

« N° 7426. — S.C.R. — 2/11 du 24/10/23.

» Note au sujet des fonds alimentant la propagande du Parti Communiste français.

»Le Parti Communiste français déploie depuis quelque temps une activité croissante, tant pour la propagande antimilitariste que pour la propagande communiste.

»Les sommes qu'il reçoit de la III° Internationale pour alimenter cette propagande paraissent avoir augmenté.

» Prière de ne pas perdre de vue tout l'intérêt qu'il y a à avoir connaissance de ces mouvements de fonds, d'orienter en conséquence à l'E. M. de l’armée toutes les précisions qui pourraient être recueillies à ce sujet.

» Le Commandant en chef de SR. et de S.CR, » Signé : Lainey.»

Puis, le 17 novembre, c'est l’ordre N° 5842, où le général Deroutte exige «de surveiller très étroitement les agissements du Parti Communiste et de le mettre au plus tôt dans l'impossibilité

de nuire. On profitera de toutes les circonstances pour arrêter les Ineneurs ».

La fraternisation en prison

Quelques semaines après, une série d’arrestations se produiait sur tous les territoires occupés. On arrête pêle-mêle plus de ‘icux cents ouvriers et ouvrières, pères de famille de cinquantecinq ans, mères ayant à leur charge 4 à 5 enfants en bas-âge, jeunes filles de quinze, seize, dix-sept ans, de tout jeunes gens, et inême un jeune enfant de treize ans. Les étrangers étaient soumis « une surveillance serrée, les Français surtout. On arrêtait toute personne aux allures louches. En peu de temps, de Landau à Essen, une gigantesque rafle jeta sous les verrous des Allemands, des Français, des Autrichiens, des Yougoslaves, des Italiens. Dans toutes les unités, ordre était donné d'arrêter tous ceux qui avaient cité surpris à lire les publications communistes, tous ceux qui ctaient suspects de sympathie pour le Parti, tous ceux que l’on avait vu fraterniser avec les ouvriers allemands. Un certain nombre d’ailleurs fut relâché. On ne garda que ceux connus comme anciens membres des Jeunesses, comme sympathiques au Parti, ou simplement ceux dont les parents étaient membres du Parti ou des organisations ouvrières. La méthode qui présida aux arrestations montre que ceux qui furent frappés le furent par hasard. Il ne pouvait pas en être autrement : si l'on avait voulu lrapper tous les « coupables », c'est l'armée entière qu'il aurait lallu jeter en prison, car tous les soldats étaient arrivés aux inèmes sentiments. Le contact avec la population révolutionnaire, les brimades des chefs, la claire et belle attitude du Parti Communiste, tout cela les avait amenés à s'intéresser vivement à notre action, et il n’est pas un soldat de l'armée du Rhin qui n'ait lu avec plaisir nos publications, qui n’en ai parlé à ses camarades et qui, par là même, ne soit pas devenu un propagandiste de la Fraternisation.

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Dans les prisons, une nouvelle fraternisation commença. La Fraternisation dans la souffrance qui unit les cœurs et les énergies, qui, plus que tout autre, scelle les amitiés indestructibles. Il ÿ avait là des hommes et des jeunes gens qui ne se connaissaient pas et qui, pourtant, venaient de toutes les parties du monde pour défendre la même idée. À côté de Ben Lekhal, représentant des races opprimées par l'impérialisme français, se trouvaient Konstantinowitch, étudiant serbe, Robert Lozcray, ouvrier parisien, Otto Worner, Assenmacher, ouvriers allemands. Leur réunion, mieux que tout discours de propagande, prouve la vitalité de l'Internationale Communiste des Jeunes.

La fraternisation autour des coffres-forts

Pendant ce temps, de l’autre côté de la barricade, les capitalistes fraternisent, eux aussi, autour des tables des conseils d’administration, Mais jamais personne n'inquiéta M. Th. Laurent, du Comité des Forges, et M. F. Poncet, pour leur participation au Conseil d'administration des Forges de Dilligen, en compagnie de Son Excellence Conrad von Schubert et M. le lieutenant-colonel Schwind von Schwind.

On n'inquiète pas non plus M. Dreux, ex-président du Comité des Forges, qui partage les dividendes de la Société de Voelklingen avec le capitaine Rechling.

Pas davantage furent inquiétés M. le Haut-Commissaire civil de Coste, associé du banquier Hahn de Mannheim, ni M. Schneider, qui continue de siéger à côté de M. Stinnes au Conseil d'administration du Canal du Rhône au Rhin.

L'attitude des capitalistes français en face de la bourgeoisie allemande montre que les différends qui existent entre ces genslà ne sont qu'une question de partage de dividendes, Elle suffit à prouver le mensonge de toutes les propagandes nationalistes. Déjà, en janvier 1923, M. Stinnes disait au Conseil Economique du Reich : « Nous ne saurions former avec M. Loucheur un trust dans lequel notre partenaire français posséderait 60 % des actions et nous 40 %.» (Gazette Rhéno-Wesphalienne du 20 janvier 1923.) La résistance passive ne fut que l'expression de cette lutte d'intérêts. C’est pour cela que M. Krupp fut condamné à quinze ans de prison par les autorités françaises, et Thyssen à une amende pour ne pas avoir accepté les ordres de Degoutte. La prison de Krupp fut le logement d'un pasteur de Dusseldorf, jeté pour cela à la rue. Krupp disposait de quatre chambres, recevait sa femme, donnait des ordres pour faire marcher ses entreprises. Mais cela ne pouvait durer longtemps. Les intérêts généraux de l'Internationale des «Canons», formée par Krupp, Schneider, Skoda et Armstrong dans la Société Métallurgique d’Espagne, nécessitait sa mise en liberté. Pour cela, on n’attendit même pas la fin de la résistance passive. Aussitôt après ce fut avec les accords de la M.I.C.U.M. la fraternisation des capitalistes français et allemands. L'impérialisme français était arrivé à ses fins, tout au moins partiellement. Une fois de plus, les capitalistes internationaux s’entendaient sur le dos du prolétariat. Mais, tandis que les entrevues ct les ententes entre les capitalistes sont légales, les ententes entre prolétaires constituent un crime et c’est pour

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ce crime que des dizaines de camarades allaient être sauvagement frappés.

Les atrocités policières

Il était néanmoins impossible de punir ouvertement pour fait de fraternisation. Pour justifier ces arrestations en masse, Maginot ne trouva rien de mieux que d'inventer un complot. La classe ouvrière française connaît bien cette méthode. Depuis quelques années, elle a vu un défilé considérable de complots qui, au bout de six mois, se dégonflaient lamentablement faute de preuves. Dans ce complot-ci, c'est encore les preuves qui manquaient le plus. Il fallait en trouver. Pour cela, on eut recours à tous les moyens et la torture fut le plus employé.

Parmi les tortionnaires les plus réputés, citons le capitaine Rivet, de la prison militaire de Landau. I1 approuva toutes les brutalités de la police qui s'exercèrent notamment sur notre camarade Henri Weber. Ce camarade fut maltraité de telle sorte que, lorsque sa femme vint le voir, une semaine après son arreslation, il était hors d'état de lui adresser la parole. Presque tous nos camarades furent odieusement martyrisés. Lors des interropatoires, on les forçait à répondre affirmativement aux questions posées, sinon c'était les coups de poings et de matraque. Le commissaire de la Sûreté française à Bochum, M. Mummer, ne laissa pas à ses subordonnés le privilège du passage à tabac, il pratiqua lui-même. Nos camarades Seiffer, Haberlach, Ernst Ritcher en savent quelque chose. Il fallait qu'ils avouent leur participalion au complot imaginaire, sinon, ils étaient frappés jusqu'à évanouissement. Notre camarade Hermann Laub fut mis à la torture. Pendant trois jours, il fut frappé à coups de pieds, de poings, de canne par les agents de Muller. Enfin, le commissaire lui-même lui introduisit dans le nez un instrument qui lui causa ‘'effroyables douleurs, et, tout en lui laissant cet instrument dans le nez, sans souci des hurlements du malheureux, il lui donna des coups de poings de gauche et de droite sur le nez. Tout ceci se passe de commentaires.

On put alors avoir suffisamment de « preuves » pour pouvoir ulimenter le réquisitoire et c'est en vain qu'au cours du procès, les camarades rétracteront des dépositions arrachées par la violence.

Une parodie de justice

Après plus de cinq mois de détention préventive, sur l'ordre du haut commandement, le procès est fixé au 3 juin. Pendant loute cette période, on interdit la correspondance privée des invulpés à leurs avocats. On ouvre les lettres de ces derniers. On commet illégalités sur illégalités, on tronque les dossiers. On soumet les prisonniers à un régime d'une sévérité exceptionnelle, puis, brusquement, on décide de commencer le procès sans que les avocats aient eu la possibilité d'étudier un énorme dossier de 4.000 pièces plein d'irrégularités et d'erreurs. L'affaire ne pouvait pas être jugée dans ces conditions scandaleuses et lorsque la délense, composée de M“ Noguères, Maurice Paz, Viel, Gelma, Ma-

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range, demanda le renvoi de l'affaire, le Conseil de guerre se retira pendant vingt minutes, après que le capitaine Rolland, commissaire du gouvernement, eût déclaré : «On essaye de vous cffrayer par des questions de procédure. Or, vous êtes le Conseil de guerre, vous n'avez pas à vous occuper de procédure.» A la reprise de l'audience, le Conseil de guerre déclare qu’il n’a pas à se préoccuper de droit et de légalité. Il est là pour exécuter des ordres. Devant ce scandale, les avocats se retirèrent et nos camarades furent jugés par des avocats d'office, des officiers que nos camarades ne veulent pas reconnaître comme leurs défenseurs. En effet, les officiers furent bien davantage des accusateurs que des avocats. Ils accomplirent strictement leur devoir de servi. teurs galonnés de la classe bourgeoise.

Nos camarades refusèrent de se défendre. Leur silence fut la meilleure protestation qu'ils pouvaient opposer à ce crime judiciaire, C'est dans ces conditions qu'ils furent condamnés.

Les condamnations |

133 années de prison sont distribuées. Voilà le monstrueux verdict du Conseil de guerre. Robert Lozeray est frappé de dix années de prison, Hardouin, Lemire, Lingat à deux ans de prison ; Baptiste, 1 an; les civils Benkovick, Ben Lokalt, Dyska, Eife, Gierth, Offmann, Jacob, Mazel, Schulthoff, Sudolter, Schwitag, à cinq ans de prison. Tous les autres sont condamnés à des peines variant entre un an et trois ans. Seule, une des femmes, veuve et mère de trois enfants, est acquittée.

Pour nous, communistes, ces condamnations ne nous étonnent pas. Nous avons résolu de combattre la bourgeoisie par tous les moyens et s’il fallait une justification à notre attitude, le procès de Mayence en serait une. Il montre en effet que la bourgeoisie se défend avec sa légalité quand celle-ci lui suffit, et contre sa légalité quand il le faut.

Le procès de Mayence prouve une fois de plus que la justice ne peut pas exister en régime capitaliste. Même au point de vue bourgeois, le fait même qu'il y a deux codes, un code civil et un code militaire, prouve que c’est un mensonge ou une hypocrisie que de parler de justice pure. Lorsque nous protestons contre le procès, c'est en réalité contre le mensonge de la justice capitaliste que nous nous élevons. Nous voulons que la classe ouvrière française comprenne que nous ne faisons pas appel à sa pitié, que nous ne faisons pas davantage appel à son souci de légalité, mais à son sentiment de classe. Le jour où tous les ouvriers auront compris qu'il y a un abîme qu'aucune loi ne peut combler entre la bourgeoisie et le prolétariat, le jour où ils comprendront qu'au puissant appareil capitaliste il faut opposer un puissant appareil prolétarien, alors ils entreront en masse dans le Parti Communiste et celui-ci pourra réaliser sa tâche historique qui est la Révolution.

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À cuevé D'IMPRIMER EN SEPTEMBRE 1970 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE CH. CORLET, 22-26, RUE DE VIRE, A 14 - CONDÉ-SUR - NOIREAU DÉPÔT LÉGAL : 3° TRIMESTRE 1970

N° IMPRIMEUR : 8301. N° ÉDITEUR : 362 PREMIER TIRAGE : 5.000 EXEMPLAIRES

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