La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Documents Rouge

Après les présidentielles, les contradictions du capitalisme français et leur solution bourgeoise

Documents Rouge, n° 2, juin 1969 · 12 635 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Le capitalisme français : maillon faible dans la chaine impérialiste
  • Structures du capitalisme
  • Les efforts du grand capital et les interventions de l’Etat gaulliste
  • L’exacerbation des contradictions Des évènements de mai aux présidentielles : les difficultés "conjoncturelles" du capitalisme français
  • Les problèmes posés
  • Les mesures déflationnistes envisagées Conclusion

Texte obtenu par reconnaissance optique des numérisations de RaDAR, non relu : il contient des erreurs, et les intertitres sont repérés automatiquement. En cas de doute, la numérisation fait foi.

Page 1 de la numérisation

après les présidentielles

; Re

| contradictions du capitalisme français et leurs solutions bourgeoises

document rouge f) n°2/1franc

Page 2 de la numérisation

à la disposition des militants

(Commandes à la boîte postale Rouge 201 - Paris-19°)

La propagande communiste est l’une des tâches fondamentales de l'heure. Pour s’acquitter de cette tâche, < Rouge > seul ne peut suffire. Il faut prendre le temps et la place d'approfondir certains problèmes décisifs pour la compréhension des luttes de classe en France et dans le monde. A cette fin, « Rouge >» publie les « Cahiers Rouges >», brochures de formation et d'action communistes.

Sont parus à ce jour :

@ Eléments de théorie économique marxiste. 40 pages. 2 F. « Cahier Rouge >» n° 1.

® Contradictions capitalistes et crise monétaire. 40 pages. 1 F. « Document Rouge >.

® La médecine confisquée. 50 pages. 2 F. « Cahier Rouge >» n° 2.

© De la bureaucratie. 50 pages. 2 F. « Cahier Rouge » n° 3.

© Kuron et Modzelewski : lettre ouverte au parti ouvrier polonais. 80 pages. 3 F. « Cahier Rouge >» n° 4.

®@ L'intervention en Tchécoslovaquie pourquoi ? 50 pa- ‘ges. 2 F. « Cahier Rouge > n° 5.

A paraître : ® La crise du Moyen-Orient.

© Qu'est-ce que le contrôle ouvrier ?

cahiers rouges n® 6/7 et 8/9

documents du 1°” congrès de la ligue communiste

quatrième internationale

N° 37 - juin 1969 - 5 F Thèses, résolutions et textes du 9° Congrès mondial

(avril 1969)

où va la france

Léon Trotsky (écrits 1928-40 - Tome Il) : 8 F Nouvelle édition préfacée Numéro spécial de la Quatrième Internationale

Page 3 de la numérisation

‘PREMIERE PARTIE

Le capitalisme français: un maillon faible dans la chaîne impéraliste

1 Structures du capitalisme français. A. Quelques indices comparatifs de la situation du capitalisme français : 1. La part de l'industrie dans la production nationale.

2. La place de l'industrie française sur le marché international.

B. Les charges fiscales et sociales :

1. La fiscalité. * 2. Les charges salariales.

C. Les structures “’archaïques” du capitalisme français : 1. L'état des concentrations. 2. L'agriculture.

a ——

Il. Les efforts du grand capital et les interventions de l'Etat gaulliste. :

A. le C.N.BE, B. L'état gaulliste. C. Les concentrations ‘’nécessaires"… D. L'accélération des fusions et la pénétration américaine : 1. L'accélération. | . 2. Le rythme insuffisant. 8. La pénétration U.S.

ll. L'exarcerbation des contradictions.

a —————…—…—………—

A. Un développement important du nombre de techniciens et de cadres moyens.

B. Le Wévelopement du chômage structurel, et les attaques contre la classe ouvrière.

Page 4 de la numérisation

DEUXIEME PARTIE

Des événements de mai aux présidentielles : les difficultés ”’conjoncturelles” du capitalisme français

I. Les problèmes posés. 1. Le paradoxe du ralentissement et de la “surchauffe” de l'activité économique. 2. La détérioration de la balance commerciale. 3. Le ralentissement de la demande extérieure. 4. L'Allemagne. 5. Les U.S.A.

H. Les mesures déflationnistes envisagées.

1. Conséquences d'une déflation. 2. La dévaluation ?

CONCLUSION Annexes :

— 1: Les problèmes du côté de l'agriculture. — 2: Ce qu'est une dévaluation.

— 3: La crise du système monétaire international. Ses causes profondes.

Page 5 de la numérisation

L'OBJET DE CETTE BROCHURE

Des problèmes extrêmement graves se posent à l'heure actuelle au capitalisme mondial et plus peut-être à la bourgeoisie française. Celle-ci, pour résoudre ses problèmes, tente d'intégrer la classe ouvrière, Voire de la mater.

Les élections de juin dernier, le référendum, l'escamotage du 1° mai, ces dernières élections, essaient de la fourvoyer dans une impasse. La bourgeoisie est encore inquiète. Seule une connaissance approfondie des crises qui la secouent nous permettra d'élaborer une stratégie visant à détruire le capitalisme. L'ennemi profite de toutes nos faiblesses, de tous nos répits. Profitons de toutes ses faiblesses, de toutes ses contradictions, pour l'abattre |

Les difficultés pour les capitalistes sont de deux sortes :

2) Depuis plusieurs années le capitalisme français fait figure de maillon faible dans la chaîne impérialiste en raison de ses “structures archaïques”.

2) Les tentatives mises en œuvre par le grand capital pour que le capitalisme français ait une place importante sur le marché mondial, l'ont amené sous le régime gaulliste à des attaques violentes à l'encontre de la classe ouvrière. La violence de ces attaques explique en partie l'ampleur de la grève de mai-juin 68. Les événements de mai-juin 68 à leur tour, expliquent les difficultés ‘’conjoncturelles” actuelles.

Ces deux types de difficultés expliquent, selon nous, pourquoi le grand capital, représenté par Poher ou Pompidou, avec quelques variantes, doit se livrer à de nouvelles attaques contre la classe ouvrière assez rapidement.

Examinons de plus près ces deux grands types de difficultés. !. Le capitalisme français: un maillon faible dans la chaïîne impérialiste.

Il. Des événements de mai aux présidentielles: les difficultés ’’conjoncturelles » du capitalisme français.

S O UT = N FE Z Abonnement de soutien

Dour, 12an.-.…. 50 F et plus.

ro U g _ Tout versement de fonds

« ROUGE, journal d'action

iste » C.C.P. Pari MODALITES D'ABONNE. Gommuniste » G.C:P. Paris

MENT :

Toute correspondance pour 6 mois ....... 13F « ROUGE >», B.P. 201, Paris- POUR MANS 250E 19.

Page 6 de la numérisation

PREMIERE PARTIE LE CAPITALISME FRANÇAIS : UN MAILLON FAIBLE DANS LA CHAINE IMPÉRIALISTE

1: Structures du capitalisme français. A. QUELQUES INDICES CONSTATATIFS

DE LA SITUATION DU CAPITALISME FRANÇAIS 1. La part de l'industrie dans la production nationale.

La contribution de l'industrie à la production intérieure brute est relativement faible en France : 47,5% contre 48,6%, en Grande-Bretagne et 52,6(% en Allemagne (en 1965).

En chiffres absolus, durant la même année, la production industrielle allemande a dépassé de près de 40'% celle, de la France. L'écart est plus important encore si l'on ne considère que le secteur | (moyens de production). En effet la production des industries mécaniques et électriques, qui fournissent la quasi-totalité des biens d'équipement, a été, en 1965, de près de 80% supérieure en Allemagne à ce qu'elle était en France.

Les tableaux | et Il indiquent d'une part les indices de la production industrielle par branches, classées d'après leur taux de croissance, d'autre part la répartition de la population active entre .ces différents secteurs d'activité dans six pays capitalistes industrialisés.

TABLEAU | : INDICES DE LA PRODUCTION INDUSTRIELLE (Base 100 en 1959)

. Indices bruts 1967 Rang — Electricité .. 173 5 — Gaz d'usine (distribution) . 206 3 — Pétrole et carburants ..| 244 1 — Combustibles minéraux solides .. 85 20 — Extraction de minerais métalliques. 88 19 — Extraction de matériaux de cons-

tructioni 550. everacentoes 178 4 — Extraction et préparation ‘de miné- 15 raux divers ......... ‘1 129 13 — Production des métaux .. 131 10 — Transformation dès métaux ..| 154 7-8 — Industrie du verre .............. 162 6 — Céramique et fabrication de matériaux de construction ............ 170 2 — Industries chimiques . 222 12 — Caoutchouc .. 148 14 — Tabacs et allumettés : [0,129 18 — Corps gras ........ “ro 16 — Industrie textile . A0 jrhus °x | 17 OU se 115 11 — Papiers-cartons . 152 9 — Presse - Editions 161 Ensemble (Bât. et T.P. exclus) . 154 — Bâtiment et Travaux Publics . 162 - 7-8 Ensemble (Bât. et T.P. exclus) ..... 156 dont Industries énergétiques ..| 150 Industries extractives ....| 104

Bulletin mensuel de Statistique Décembre 1968, p. 11.

Page 7 de la numérisation

EN

TABLEAU Il: IMPORTANCE DES SECTEURS DANS L'INDUSTRIE MANUFACTURIERE PAR PAYS

(mesure en % par le rapport des effectifs du secteur aux effectifs totaux)

France

Italie

Pays-Bas

Etats-Unis

Japon

Industrie manufacturière 100

— Industries agricoles et a — Industrie textile ....... — Fabrication de chaussures, d'articles d'ha-

billement et de lite

— Industries du bois et du liège S — Industrie du meuble en bois .......... 2 — Industrie du papier et du carton et fab cation des articles en papier ............ 2.

— Imprimerie, éditions et industries annexes. . 8,

— Industrie du cuir

— Industries du caoutchouc et des ma

plastiques — Industrie chimique .

— Industrie des produits minéraux non mé-

entaires ...... 10.1

TaQUeS e-media dead 4,7

— Industrie du verre

— Production et première transformation des métaux ferreux et non ferreux ..

Fabrication d'ouvrages en métaux ........ 9,0

Construction électrique .... Construction navale, réparation et entretien

ia a mers tin pis 1,0 — Construction d’automob es et de pièces

— Construction de machines non électriques .| 12,1

de navires .

détachées .. — Industrie des

‘Structures Induetr:

Pros erusar 8,9

See sns Ses 4,3

nstruments de (précision | 2,0

les et concentrations - Essai de comparaisons internationales’”*.

mwa mers —

RNN NN NN

La

oo oi o

Tom © re

CN

Page 8 de la numérisation

2. La place de l'industrie française sur le marché international.

Avec les réductions de barrières douanières liées à la mise en place du Marché commun, puis au Kennedy Round, l'industrie française à subi sur un marché nationai jusqu'alors fortement protégé, une concurrence étrangère de plus en plus forte.

EVOLUTION DE LA DEMANDE EXTERIEURE NETTE PAR PRODUIT {millions de F) “:

Solde | 1966- 1959 | 1966 1959 — Produits de l'agriculture et de la sylisculture ..|— 2037 |— 28| + 2.009 — Produits des industries | $ agricoles et alimentaires.|— 1.311 |—2351| —1.040 — Combustibles minéraux solides, et gaz, électricité, eau et divers ....|— 1.587 |—1.642| — 55 — Gaz naturel et produits = DOTONEFSL Tee e — 2.598 |— 4676| — 2.078 — Matériaux de constructions et verre .......... + 326 — 106 — Minerai de fer et produits de la sidérurgie* |+ 2.224 [+ 1.112 — Minerais, métaux et de- —1.112 mi-produits en métaux non ferreux* .......... — 820 |—2.235 | —1.415 — Produits des industries mécaniques et électriques dont + 5.493 |+ 4.503 | — 990 — Construction automo- BHO terne Qoe-s + 3.007 | + 2.449] — 558 — Construction navale..|+ 65|+ 275| + 210 — Construction aéronautique ... 172 |+1.315 | + 1.143 — Produits chimiques et caoutchouc * .......... + 405|+ 600| + 195 dont produits de la chimie organique” ............ — 5l— 429| — 424 — Textiles, habillement, CUIFS Sr sance sure + 1.796 | + 1.519 | — 277 — Bois, papier et produits des industries diverses..|+ 606 |— 905 | —1.511 — Autres produits ........ + 245|+ 268| + 23 TOTAIME EN te + 2.747 1— 3615 | —6.357

* Secteurs les plus importants. — Rapport sur les comptes de la nation 1966, p. 64. —

Il apparaît donc que, globalement, la compétitivité de l'industrie française s'est affaiblie depuis 1959.

Page 9 de la numérisation

Les avantages naturels qu'elle possédait sur le marché intérieur (proximité, préférences traditionnelles) n'ont pas longtemps suffi à la protéger de la pénétration des produits étrangers. D'après « Entreprise » (n° 668, 29 juin 1968) : -« Dès à présent, les importations couvrent de 15 à 40% de la consommation française selon les produits : 17% pour l'automobile, 454 pour les machinesoutils, 86% pour les fibres synthétiques, etc. »

‘évolution négative du solde commercial extérieur montre que les industries étrangères ont accru leur part relative du marché français plus vite que l'industrie française n'accroissait sa part relative des marchés étrangers. Même si dans certains secteurs la progression des exportations a été très forte, il est clair que dans l'ensemble, l'industrie française s'est révélée moins apte que ses concurrentes à tirer parti de l'augmentation de la demande globale d'importations.

Afin de déterminer quelle pourra être l'évolution économique et sociale durant les prochaines années, il est nécessaire de rechercher quelles sont les causes de l'insuffisance des structures industrielles françaises.

Une première explication est fournie par la bourgeoisie française qui insiste sur l'importance des charges qui lui sont imposées et qui comprimeraient ses marges bénéficiaires. Que vaut cette explication ?

B. LES CHARGES FISCALES ET SOCIALES

a) La fiscalité : En ce qui concerne la fiscalité directe, les entreprises françaises ne sont pas défavorisées par rapport à leurs concurrents. Le taux de l'impôt sur les sociétés est en France.de 50% alors. qu'en Allemagne l'Etat prélève 51% du revenu non distribué et qu'en Grande-Bretagne l'Income Tax et la Profit Tax en absorbent 53,75 %.

b) Les charges salariales :

Certes, la part des salaires dans les biens industriels produits, est plus élevée en France que dans un certain nombre de pays capitalistes développés, notamment l'Allemagne.

Mais, cela n'est pas dû, à titre essentiel, à l'évolution des gains salariaux horaires qui, ces dernières années, ont augmenté plus rapidement chez iès 5 du Marché Commun qu'en France, et ont atteint un niveau supérieur.

Per ailleurs, c'est en France que la durée du travail est la plus longue. Pour l'ensemble de l'industrie la durée hebdomadaire du travail était en 1966 de 47,3 heures contre 43,9 en Allemagne, 45,9 aux Pays-Bas et 44,2 en Belgique.

Le fait que les entreprises françaises n'aient pas augmenté leur compétitivité en dépit des « avantages » qu'elles possédaient en matière de salaires et de durée du travail, laisse à penser que la croissance de la productivité y a été plus faible que chez leurs homologues étrangères. Les taux moyens annuels d'augmentation de la productivité en France et en Allemagne durant la période 1954-1962 ont été respectivement de 6,5 à 5,1 pour l'ensemble de l'industrie, de 9,7 et 6,4 pour la chimie, de 6,6, et 3,7 pour la 1” transformation de l'acier, de 8,3 et 4,5 pour l'automobile. Même si pendant les snnese suivantes l'écart a diminué, il n'y a pas eu renversement des tenlances.

Page 10 de la numérisation

Cette croissance insuffisante de la productivité est elle-même due au poids et à l'importance relativement grande des «structures archaïques » du capitalisme français.

C. LES «STRUCTURES ARCHAIQUES » DU CAPITALISME FRANÇAIS

a) La raison fondamentale de l'insuffisante compétitivité des industries françaises et de la faiblesses relative de leurs marges bénéficiaires (inférieures à 2,5% de leurs chiffres d'affaires, contre 4 à 121% aux E.U., et 1 à 7/4 en Allemagne), réside, de toute évidence, dans la taille insuffisante des entreprises. . s

Sur les 500 plus grandes Sociétés mondiales, 300 sont américaines, et 23 seulement sont françaises. Pour les entreprises de construction électrique et électronique, les 4 plus grandes Sociétés mondiales sont américaines, pour l'automobile les 3 premières ; pour la chimie, la prédominance américaine est très nette, avec celle de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne. Dans presque aucun secteur-clé, la taille des entreprises françaises n'est comparable à celle des entreprises des autres pays capitalistes développés.

— Le taux de concentration, dans l'industrie française, est plus faible qu'en Allemagne. Certes, il semblerait que la taille des petites et moyennes entreprises soit plus élevée en France qu'en Allemagne, mais les P.M.E. allemandes sont beaucoup plus intégrées aux grandes entreprises (travail de sous-

traitance, etc.), qu'en France, et sont donc beaucoup moine le reflet de structures industrielles archaïques.

A ce sujet, il ne faut pas confondre la totalité des pétites et moyennes entreprises industrielles avec l'artisanat. L'artisanat représente des structures précapitalistes que le capitalisme en se développant détruit inévitablement. Par contre, l'expansion du grand Capital suscite la création de petites et

; moyennes entréprises, hautement mécanisées. Celles-ci sont liées au grand

Capital par des contrats de sous traitance. Elles sont souvent des filiales. de ces grandes entreprises. Ainsi Renault, par exemple, est lié à 4.000 sous-

\traitants.

b) Par ailleurs, une autre manifestation du caractère archaïque des structures du capitalisme français, est la part relative de l'agriculture dans la production totale (20%. de la population active travaille dans l'agriculture, chiffre très largement supérieur à ceux des autres pays capitalistes développés), et à l'intérieur même du secteur agricole, la part relativement importante du secteur non capitaliste (la moitié de la population rurale ne produit que 1/5 de la production agricole totale): ce dernier phénomène explique d'ailleurs la très forte inégalité dans la répartition des revenus, inégalité accentuée par le fait que tout en représentant 15% de la population active, la

population agricole ne reçoit que 8% du Revenu National. (Pour plus de détails, cf Annexe 1).

L'existence, de nos jours, plus importante de « structures archaïques » dans le capitalisme français, par rapport aux autres pays capitalistes développés, qui fait du capitalisme français un maillon faible de la chaîne impérialiste, ne doit pas masquer le fait suivant: depuis 1958, une partie du patronat français (lé

grand capital), a essayé de réagir, d'accroître la taille des entreprises notamment.

Page 11 de la numérisation

La nécessité historique de bouleverser les structures en faveur du grand capital,. s'est faite de plus en plus pressante pour le régime gaulliste. Mais dans la spécificité de la situation économique française (< structures archaïques >), les tentatives de surmonter ces difficultés ont exacerbé les contradictions.

a —__—_—_——

2. Les efforts du grand capital et les interventions de l'état gaulliste.

A. LE C.N-P-F. à

Les efforts du patronat pour < concentrer » l'industrie française, et pour augmenter la taille des entreprises, se reflètent dans l’évolution des structures et de la politique du C.N.P.F.: centralisation accrue, qui tend :

jo À une diminution du poids politico-économique des petites et moyennes entreprises ; et 2° À la constitution d'un «gouvernement > patronal, susceptible d'élaborer, face aux échéances décisives qui se posent à l'industrie française (accroissement de la productivité, devenu plus impérieux encore, en raison des moindres possibilités de hausses de prix), une stratégie plus cohérente du grand capital. ‘

B. L'ETAT GAULLISTE

L'Etat gaulliste à joué un rôle important dans le processus de transformation des structures industrielles.

Le développement de l'industrie française a été historiquement caractérisé par un goût marqué pour le protectionnisme. Au XIX siècle tandis que les entreprises allemandes et anglaises se trouvaient déjà fortement engagées dans le commerce international, la bourgeoisie française obtenait la mise en place de protections douanières difficilement franchissables, consacrées par la loi Méline de 1892. Du traité de commerce. avec l'Angleterre qui ne fut appliqué que de 1860 à 1870, jusqu'à l'ouverture du Marché commun, le i1** janvier 1959, la bourgeoisie française ne fut jamais « libre-échangiste ». Ainsi protégées les entreprises purent subsister en n'évoluant qu’à un rythme | moins rapide que leurs homologues étrangères. Entre les deux guerres elles ‘étaient largement marginales et leur retard s'aggravait.

Durant les quinze années qui suivirent la fin de la Seconde Guerre mondiale, on put observer que toute reprise de l'expansion en s'accompagnant d'un déficit extérieur élevé et d'une dégradation de la monnaie, aboutissait, pour là bourgeoisie, à la nécessité de mettre en œuvre une politique déflationniste. La cause en était claire : trop longtemps protégée. de la concurrence extérieure, l'industrie française était composée d'unités de production de taille : insuffisante et de faible compétivité. .

Durant la même période une série de plans avait conduit à la rénovatiôn des industries de base et tenté d'orienter l'économie vers les marchés mondiaux. Mais la structure même de la IV* République ne permettait guère d'aller loin en ce sens. ue

Il revint au gaullisme d'impulser les transformations nécessaires pour permettre aux secteurs les plus dynamiques du capitalisme français de «rejoindre la tête du peloton» à l'échelle internationale.

Le plan Pinay-Rueff fut le premier essai en ce sens. En écrasant les salaires, il devait permettre de dégager les profits nécessaires à une accélé-” ration de l'investissement ; en limitant le crédit il contraignait les entreprises retardataires à la disparition ou à la concentration.

Page 12 de la numérisation

En matière commerciale, de Gaulle joua résolument la carte du Marché commun, face à un C.N.P.F. au début hostile, puis hésitant, puis favorabie, il ne s'opposa pas et même se montra favorable à une réduction des tarifs douaniers plus rapide que celle qui avait été prévue par le traité de Rome. De même en ce qui concerne le Kennedy Round, il accepta une réduction de 20% au 1* juillet 1968 du fait extérieur commun de la C.EE.

Les conséquences, comme nous le verrons, ne se feront pas attendre et le processus de concentration s'accélérera. L'état lui-même y contribuera par un grand nombre d'interventions directes, notamment avec la mise en œuvre du Ve Plan.

Le Ve.Plan préconisait la constitution ou le renforcement dans chaque secteur d'un petit nombre d'entreprises ou de groupes de taille internationale. En 1966, était créé un «Comité de Développement industriel», chargé de préparer les mesures permettant de réduire les obstacles aux « restructurations » et d'étudier les grandes opérations, auxquelles l'Etat est particulièrement intéressé. Au vu de ses travaux, l'Etat apporte son aide aux secteurs qu'il juge prioritaires. Cette aide peut être directe : facilités financières exceptionnelles, ou indirectes : contrats de recherche, passation de commandes publiques.

En 1966, également, était lancée la «Convention Etat-sidérurgie ». Aux termes de cet accord, l'Etat participait pour un montant de 2,7 milliards de francs à un prêt de 4,5 milliards à la sidérurgie. Les conséquences immédiates en furent la fusion Usinor-Lorraine-Escaut et les accords Sidelor-de Wendel.

De même en 1967 était mis en place le « plan-calcul ». Dans le cadre de ce plan et avec l'aide de l'Etat, la S.E.A, filiale du groupe Schneider et la G.AE, filiale commune de la C.G-E. et de la C.S.F., fusionnaient pour donner naissance à la Compagnie Internationale de l'informatique.

L'Etat intervint également de manière plus directe par l'intermédiaire du secteur nationalisé : accords Renault-Peugeot dans l'automobile, Charbonnages de France-Auby et Potasse d'Alsace-Office de l'Azote dans la chimie, réorganisation des entreprises nationalisées de construction aéronautique.

Ainsi on assiste de plus en plus à une intervention de l'Etat favorisant les politiques de “groupe” plutôt que les politiques de "produit". En clair cela signifie que. le processus de concentration voulu par le grand capital et avec la bénédiction de l'Etat s'oriente vers une concentration englomérale (plusieurs produits). Ce type de concentration donne aux capitalistes une "force de frappe” financière supérieure.

Enfin, les réformes fiscales visant à alléger la fiscalité des Sociétés et à

| favoriser les regroupements se sont multipliées : amortissements dégressifs,

diminution des droits d'enregistrement frappant le capital lors de ses mutations,

régime des Sociétés immobilières d'investissement, prorogation de l'autori-

sation de déduire un dividende de 5% en rémunération des émissions nouvelles ét augmentations du capital, etc.

Cependant, une partie de ces prélèvements a également servi à subventionner des activités retardataires. || apparait aujourd'hui que le secteur le plus dynamique du capitalisme français commence à s'opposer vivement à ces transferts qui aboutissaient à pénaliser les productions les plus rentables. D'où une tendance à cesser de vouloir à tout prix sauver tous les secteurs d'activité et à laisser jouer plus librement le mécanisme de la spécialisation internationale.

Page 13 de la numérisation

Parallèlement, des efforts ont été mis en œuvre pour débudgétiser une partie des investissements publics aboutissant à retirer toute signification aux services publics (cf S.N.C-F. E.D.F. etc.), et conduisant à une augmentation substantielle du prix de ceux-ci (problème de la rentabilité capitaliste).

L'ensemble des dépenses publiques a évolué de manière conforme aux nécessités de la concentration et de la «rationalisation ». Les équipements collectifs, la recherche, la formation professionnelle sous le signe desquels Messé plaçait l'action de l'Etat durant le Ve Plan, visaient directement ou indirectement à améliorer la position de l'industrie française par rapport à ses concurrentes étrangères. Les premiers en créant l'infrastructure nécessaire à l'insertion dans un cadre européen, la seconde en palliant les carences de l'industrie française en ce domaine, le troisième en adaptant le « marché du travail » aux nouveaux besoins du patronat.

C. LES CONCENTRATIONS "’NECESSAIRES”...

Les efforts du grand Capital, et les interventions de l'Etat gaulliste, ont en définitive, abouti à un développement très important de la concentration, mais qui se révèle encore insuffisant, par rapport aux autres pays capitalistes développés.

La création d'un vaste marché suscite des concentrations de capitaux de plus en plus intenses. Ces concentrations obéissent à la logique interne du système capitaliste. Elles sont le reflet des contradictions auxquelles doivent faire face les capitalistes occidentaux et de leur tentative pour les surmonter.

La création du Marché commun a mis sur rail une dynamique telle qu'aujourd'hui la concurrence oligopolistique s'avive et bouleverse les anciennes structures. « Accumuler pour accumuler, produire pour produire, tel est le mot d'ordre et elle (la Bourgeoisie) ne s'est pas fait un instant illusion sur les douleurs d'enfantement de la richesse » (Marx). C'est à nous de les déceler, de les prévoir. Une compréhension approfondie des contradictions du système capitaliste est nécessaire si on veut l'abattre.

Marx déjà soulignait l'importance de la loi de la concentration croissante et montrait combien cette tendance découlait: a) de la concurrence impitoyable que se faisaient les capitalistes.

b) du développement même du mode de production capitaliste. Plus celuici se développe, disait-il «plus augmente le minimum des avances nécessaires pour exploiter une industrie dans ses conditions nouvelles ». C'est dire que les entreprises capitalistes $ecrètent des améliorations technologiques pour abaisser leur coût, mais que l'application d'une technique plus efficiente impose des capacités de production plus élevées.

La création d'un marché de plus de 200 millions d'habitants, encore dominé de façon parcellaire, relance la concurrence. La course au «nouveau partage du Monde » s'accélère. Mais pour une entreprise, placée devant ces nouvelles conditions d'environnement, le problème est double: a) face à une demande potentielle beaucoup plus importante, il lui est nécessaire d'agrandir ses capacités de production, Pour cela, elle doit accroitre son accumulation. Pour augmenter l'accumulation du capital, elle peut capitaliser intégralement la plus-value, chercher à l'agrandir. Mais cela ne suffisant généralement pas, elle est placée devant la contradiction suivante : ou fusionner avec un concurrent et risquer de perdre en partie le contrôle du Capital, ou refuser la fusion et se voir éliminer peu à peu par des concurrents qui, plus tard, lorsqu'elle sera suffisamment faible, l'absorberont.

Page 14 de la numérisation

D. L'ACCELERATION DES FUSIONS ET LA PENEIRATION AMERICAINE -

1) Pour s'accapärer les marchés, l'entreprise doit posséder des coûts minimum, donc accroître la productivité du travail. Mais paur accroître celle-ci, il est nécessaire d'avoir de très grandes dimensions. Or, les dimensions des unités de production française sont encore très faibles (cf chiffres donnés dans la 1 partie).

La nécessité d'accroître les dimensions des capacités de production est donc très contraignante pour les entreprises européennes à fortiori françaises depuis l'ouverture des frontières. L'accumulation interne (autofinancement), étant insuffisante tant les écarts sont importants, exige la concentration externe par._fusion-absorption. Les fusions-absorptions s’accélèrent effectivement depuis 62-63 pour les grandes entreprises. Le nombre d'opérations de concentration réalisées en France pour 310 Sociétés appartenant aux 500 plus grandes entreprises françaises ont été de 2,6 opérations par entreprise de 1950 à 1963 et: de 3,7 de 1950 à 1967. Ces concentrations ont principalement lieu dans la pharmacie -(les premiers groupes Rhône-Poulenc et Roussel-Uclaf, contrôlent aujourd'hui 40%, de la production), dans la chimie (pour les engrais Kulhmann- Ugine-Progil; O.N..A.-Potasse d'Alsace; Pechiney-Saint-Gobain ; Ugine- Kulhmann pour les productions organiques, etc), pour le verre, les fusions de Boussois-Souchon-Neuvenel, puis les tentatives de fusion entre ceux-ci et Saint-Gobain ; les fusions entre. Péchiney-Cegedur-Tréfimétaux,

Dans la sidérurgie : Usinor avec Lemaire-Escaut, de Wendel avec Sidelor. Ces deux nouvelles entreprises contrôlent 65 à 70% de la capacité nationale de production.

Dans l'électronique, le marché des calculateurs est contrôlé à 85% par 2 entreprises étrangères, etc. <

2) Mais, si le rythme des fusions-absorptions. est relativement élevé, il est, malgré tout, insuffisant : ie

1e Cette insuffisance a de lourdes conséquences pour l'industrie française, que nous ne ferons que souligner.

En ce qui concerne la gestion, la taille financière des entreprises les empêche généralement d'utiliser les calculateurs qui, en permettant une étude plus précise des programmes d'investissement et une planification des: prix .de revient, accroitrait leur rentabilité globale.

En ce qui concerne la recherche, les dépenses financées par les entreprises sont plus faibles en France que dans tous les autres ‘pays capitalistes avancés et de manière générale l'industrie française occupe une place d'autant plus faible dans le commerce international que le produit considéré est issu d'un secteur à taux d'innovation plus élevé.

En ce qui concerne les investissements, la faiblesse des moyens financiers

propres et la peur de s'endetter aboutit parfois à différer aussi longtemps que

| possible le remplacement d'un équipement techniquement dépassé : 36% des

machines-outils utilisées en France sont vieilles de plus de vingt ans, contre 207% en Allemagne et 18% aux USA,

2° Ce rythme est très faible entre entreprises européennes de nationalité différente. En 1967, 86 Sociétés européennes ont fait l'objet de prises de participation par des concurrents étrangers, mais 17 d’entre elles ont été effectuées par des Sociétés européennes, 48 l'ont été par des firmes U.S.

Page 15 de la numérisation

3° Il est iné:ffisant face à la pénétration de capitaux U.S. en France, comme dans les autres pays du Marché commun. _Si l'on se réfère à l'Allemagne, par exemple, les exportations sont six fois plus importantes que la fabrication de produits allemands à l'étranger. A l'inverse, la production des marchandises U.S. dans des entreprises U.S. situées hors des U.S.A. est 4 fois plus importante que le volume de leurs exportations. : :

On sait que la politique gaulliste vis-à-vis du Marché commun a suscité des Gppositions dans la Bourgeoisie. Une partie de la Bourgeoisie trouve ses intérêts de plus en plus dans une plus grande coopération avec le capitalisme américain. Cette tendance, qui existe de manière plus marquée en Allemagne, se manifeste de plus en plus en France. On peut se demander s'il ne faut pas chercher là une ligne de partage entre les fractions du grand Capital qui appuient soit Pompidou soit Poher. Trancher ce problème impliquerait cependant une analyse plus approfondie des différents secteurs de l'industrie française, de leur formation, de leur croissance effective et potentielle, de leurs liens existant avec le capitalisme américain. ;

3) la pénétration U.S. Quoi qu'il en soit, la pénétration américaine semble {prendre de vitesse les fusions-absorptions strictement européennes.

Les firmes qui investissent sont celles qui ont su faire preuve dans leur pays d'origine, de leur puissance, qui ont su établir des stratégies telles, qu'elles ont réussi à élaborer une concurrence répondant à leurs besoins, c'est-à-dire maximisant leurs profits. Remarquons que 60%, du total des investissements directs américains en Europe se répartissent entre les 59 plus grandes firmes, et que surtout 40% de ces investisseurs connaissent aux USA. des taux de concentration de plus de 75%. Ces firmes hautement concentrées, essayent d'imposer une concurrence contrôlée par elles en Europe.

Par la création de filiales et la prise de participation dans des entreprises européennes, elles veulent contrôler les concentrations. des entreprises afin de faire échec à la constitution de grands groupes européens susceptibles de les menacer. Grands groupes qui, par leur taille, pourraient les menacer en fait doublement : d'une part en leur interdisant ultérieurement l'accès du Marché commun, d'autre part sur le marché mondial. Les concentrations de capitaux américains en Angleterre et en Allemagne (Ford, General Motors) font rage. Rappelons les pourparlers (rompus par la suite), au sujet d'une prise de participation des Américains chez Fiat, il y a deux ans ; Opel commence à s'installer aujourd'hui à Poissy, et General Motors à Strasbourg.

En conclusion, on peut dire que, même si la concentration a connu un grand développement en France, depuis 10 ans, même si quelques groupes ont su acquérir la taille internationale (notamment dans les secteurs du pétrole, des métaux non ferreux et de la chimie), il n'en reste pas moins que, dans l'ensemble, et en termes relatifs, la structure de l'industrie française reste moins concentrée, non seulemert que celle des U.S.A. mais aussi que celle de la plupart des Pays capitalistes développés européens.

Cette double caractéristique de la situation économique française (développement de la concentration, mais développement insuffisant par rapport aux autres pays capitalistes développés), explique qu'en voulant surmonter les contradictions fondamentales du capitalisme français, le régime gaulliste ait, en définitive, exacerbé ces contradictions, conduisant à l'épreuve de force avec la classe ouvrière.

—————…—

Page 16 de la numérisation

3. L'exacerbation des contradictions.

Le bouleversement, à la fois rapide et insuffisant, des structures du capitalisme français, se traduit par :

A) Un développement important du nombre des techniciens et des cadres moyens :

B) Un développement du chômage structurel, et des attaques directes contre la classe ouvrière.

A. UN DEVELOPPEMENT IMPORTANT DU NOMBRE DE TECHNICIENS ET DE CADRES MOYENS

Le bouleversement rapide des structures industrielles, en faveur des secteurs de pointe a introduit une parcellisation accrue des tâches, voire une automatisation.

Parallèlement, les O:.P. continuent à jouer un rôle important qui requiert de leur part une qualification plus poussée les rendant capables de s'adapter à une évolution technologique très rapide. Leur travail est de plus en plus intégré à un travail d'équipe où ouvriers qualifiés, techniciens et ingénieurs collaborent étroitement.

Par ailleurs, les secteurs de pointe où l'automatisation est la plus développée sont les industries du pétrole, de la chimie, les centrales thermiques, les industries de construction électriques et mécaniques.

Or, nous avons vu que ces secteurs de pointe étaient ceux qui avaient connu la concentration la plus forte, et qui voyaient leur part dans la production totale s'accroitre sensiblement : le nombre de techniciens et d'ingénieurs représente 12% en moyenne des Salariés de l'industrie, mais atteint 60/ dans

D S

les secteurs de pointé que sont l'électronique, la chimie et le pétrole.

Dès lors, il n'est pas étonnant de constater un accroissement très sensible du nombre de techniciens et d'ingénieurs.

B. LE DEVELOPPEMENT DU CHOMAGE STRUCTUREL, ET LES ATTAQUES CONTRE LA CLASSE OUVRIERE

Avec l'accentuation du phénomène de concentration, «les investissements de rationalisation > (réduction des coûts en salaires per unité de bien produite), prennent de plus en plus d'importance. Dans la mesure où l'on a assisté à une faible expansion de la production industrielle, liée à des difficultés dans le processus d'accumulation, le chômage s'est accru : le nombre de salariés tra- Vaillant dans l'industrie a ainsi diminué de 6%, ces quatre dernières années : autrement dit, l'insécurité de l'emploi a augmenté.

Par ailleurs, n'ayant pas la possibilité d'accumuler suffisamment, pour augmenter de façon substantielle la productivité, la bourgeoisie a été CONTRAINTE d'accorder les plus faibles augmentations de salaires possibles : l'impossibilité d'intégrer aussi facilement qu'auparavant les hausses de salaires dans les prix, du fait de l'ouverture des frontières, et de maintenir ainsi les taux de prrfit, a contraint la bourgeoisie, avant mat. à oute une série d'attaques de la classe ouvrière, visant essentiellement à imiter le plus possible, les

Page 17 de la numérisation

augmentations de salaires : V® Plan prévoyant 600.000 chômeurs, Ordonnance sur l'emploi visant à institutionaliser le chômage, atteinte à la Sécurité sociale, mise en œuvre d'une politique des salaires, limitation du droit de grève, etc.

Toutes ces mesures ont eu pour effet, à la fois d'accroître le chômage, et de limiter les augmentations de salaires (1).

Ces diverses attaques de la bourgeoisie française, expliquent en partie l'ampleur de la grève générale de mai-juin 1968. Et les événements de maijuin 1968, expliquent, à leur tour, les difficultés ‘’conjoncturelles" actuelles que connaît la bourgeoisie française.

(1) L'éventail des salaires, lui, s'est élargi de 1962 à 1964, et stabilisé de 1964 à 1968. Cette stabilisation implique un écart croissant, en valeur absolue entre les salariés les plus riches et les plus pauvres.

————————

Page 18 de la numérisation

DEUXIEME PARTIE DES EVÈNEMENTS DE MAI AUX PRÉSIDENTIELLES : LES DIFFICULTES. ’CONJONCTURELLES" DU CAPITALISME FRANÇAIS

1. Les problèmes posés.

Les événements de mai ont fait trembler la bourgeoisie ; grâce à la politique électoraliste du P.C.F. elle a pu sauver lés meubles mais il n'en reste pas moins qu'elle a vu ses marges de profit réduites, et ses problèmes essentiels non résolus. Cependant, dans les mois suivants, grâce à une demande nouvelle due aux augmentations de salaires et à la nécessité de reconstitution des stocks, les marges de profit ont de nouveau augmenté, mais artificiellement et temporairement :

— Artificiellement parce que ce qui peut assurer des marges de profit réelles élevées, c'est un taux de concentration important ; or, à l'heure actuelle, ce taux est encore très largement insuffisant pour la bourgeoisie ;

— Temporairement, parce qu'une fois les retards rattrapés, l'effet de l'accroissement de la demande s'épuise.

L'un des objectifs du gaullisme à la rentrée de septembre était d'éviter l'inflation, de crainte d'une dévaluation (Voir Annexe 2 sur ce qu'est une dévaluation). Par conséquent, même si les prix ont augmenté, le moyen éssentiel proposé par le gouvernement gaulliste aux capitalistes, pour augmenter les marges de profit, a été des injonctions massives de crédit (d'avril à décembre 1968, 23 milliards de crédits ont été distribués aux entreprises) ; ces injonctions de crédit devaient permettre, dans l'esprit du gouvernement, à la bourgeoisie de financer des investissements de < rationalisation >», permettant une exploitation plus grande des travailleurs.

Cependant, la bourgeoisie française, ne voyant pas ses marges de profit restaurées de façon suffisamment rapide, ayant en grande partie perdu confiance en de Gaulle, et ayant toujours recherché les profits les plus faciles, spécula sur le mark contre le franc, et précipita le capitalisme mondial au bord d'une grave crise monétaire. (Voir dans annexe n° 3 un extrait de Document rouge n° 1: Contradictions capitalistes et crises monétaires.)

Les mesures de restrictions monétaires et budgétaires, prises à la suite de la crise de novembre, et qui constituaient une première attaque contre la classe ouvrière, facilitée par l'inertie du P.CF. ont fait naïître une tendance au ralentissement de l'activité économique, à partir de février.

1) LE PARADOXE DU RALENTISSEMENT ET DE LA "SURCHAUFFE" DE L'ACTIVITE ECONOMIQUE.

La mini-crise de l'automobile au début de l'année à été le signe avantcoureur de difficultés plus générales. En février. quatorze branches industrielles ont été en recul et l'indice général a baissé d'un demi-point. Ce ralentissement s'est poursuivi en mars et probablement en avril. C'est en février également que pour la première fois depuis plusieurs mois les importations et les offres d'emploi non satisfaites ont diminué.

Cette tendance a été en partie contrecarrée par la réalisation immédiate d'investissements pour des raisons spéculatives. Plus précisément, les capitalistes ont des plans d'investissement importants, réponse aux nécessités objectives de moderniser l'appareil de production. Mais, ce qui explique la réalisation immédiate de ces plans d'investissement est plus particulièrement liée à 4 raisons essentielles :

Page 19 de la numérisation

— Bénéficier des avantages de. la déduction fiscale sur les investissements dont la période d'application se termine le 31 mai;

— La crainte de mesures de restriction plus sévères ;

— La crainte d'une dévaluation ;

— Et le sentiment que les mouvements sociaux ne connaîtraient pas une grande ampleur. Re

De ce fait, les capitalistes, dans la mesure où le contrôle des changes les empêchait de transférer la totalité de leurs capitaux à l'étranger, ont été poussés à investir tout ce dont ils disposaient. Par ailleurs, pour se protéger de la hausse des prix qui aurait suivi une éventuelle dévaluation, les consommateurs les plus aisés suscitèrent une demande de consommation ‘supplémentaire, de nature, elle aussi, spéculative,

Autre signe caractéristique de la surchauffe artificielle : en mars, le Ministre des Affaires Sociales estimait que l'activité économique était freinée par la < pénurie de main-d'œuvre » | || faut évidemment s'entendre : il y avait 224.000 chômeurs recensés (soit 350 à 400.000 chômeurs réels) fin. mars. Mais, soit que leur qualification ne soit pas recherchée, soit qu'ils se refusent à émigrer vers les régions où se manifestaient ces besoins de main-d'œuvre, l'ajustement de l'offre et de la demande sur le marché du travail ne se réalisait pas. Ainsi a-t-on vu des entreprises augmenter les horaires de travail, mais aussi allonger les circuits de ramassage où organiser elles-mêmes des stages de formation professionnelle.

Notons au passage qu'une telle situation était objectivement très favorable au développement de luttes revendicatives victorieuses et qu'après la capitulation sans combat de Tilsitt, les perspectives référendaires, acceptées sans hésitation par les directions traditionnelles, sont venues fort opportunément en détourner l'attention.

Dans ces conditions, il faut bien comprendre deux faits: .

1° le niveau élevé de la demande, étant lié à des raisons essentiellement spéculatives, il en résulte que l'expansion actuelle, qui a entraîné des hausses de productivité, par le biais essentiellement d'une utilisation plus intensive des capacités de production existantes, est artificielle, et que les tendances recessionnistes exictant depuis février, vont, d'ici peu, apparaître brutalement au grand iour :

2° ce même niveau élevé de demande explique l'apparition de graves difficultés, pour la bourgeoisie, du côté de la balance commerciale.

2) DETERIORATION DE LA BALANCE COMMERCIALE.

, Les structures de l'industrie et du commerce extérieur français sont telles en effet que toute phase de croissance économique rapide entraine une détérioration de la balance des échanges extérieurs. L'augmentation de la production, d'une part, nécessite un accroissement des importations de certains biens qui ne sont pas produits en France, où en quantité insuffisante, ou encore dans de trop mauvaises conditions. de compétitivité. Les exportations, d'autre part, croissent, mais moins vite dans la mesure où les produits industriels français sont en moyenne insuffisamment compétitifs. Le déficit commercial qui en résulte. a pour conséquence une diminution des réserves . d'or et de devises de la Banque de France, ce-qui affaiblit la position du franc.

La balance commerciale est effectivement devenue déficitaire et les réserves françaises ont diminué. Le semi-blocage des salaires imposé à Tilsitt a donc un double sens : d'abord, à moyen terme, donner à la bourgeoisie les profits qui lui sont nécessaires pour investir et moderniser les entreprises afin d'améliorer la compétitivité extérieure de ses produits ; ensuite, à plus court terme,

Page 20 de la numérisation

freiner la demande et l'expansion (en liaison avec les autres mesures déflationnistes) afin de ralentir la croissance des importations et donc les sorties de devises, ralentissement d'autant plus nécessaire, pour la bourgeoisie, qu'elle ne peut compter, dans un avenir immédiat, sur un important accroissement des exportations, en raison de mesures de restriction prises chez ses principaux clients.

2) LE RALENTISSEMENT DE LA DEMANDE EXTERIEURE.

a) L'Allemagne

dans son dernier rapport annuel, la Bundesbank appelle à son tour le gouvernement à prendre d'énergiques mesures de restriction. Malgré les entraves mises aux exportations il y a quelques mois, l'excédent commercial extérieur continue à pulvériser tous les records. Pour tenter de rééquilibrer la balance des paiements le gouvernement allemand encourage maintenant les industriels à exporter leurs capitaux et à s'implanter systématiquement à l'étranger.

— La situation de l'Allemagne est donc toute différente de celle des autres pays occidentaux. Son enrichissement croissant à leurs dépens est devenu un facteur essentiel de déséquilibre monétaire, un problème central dont le règlement conditionne celui de leurs propres problèmes intérieurs. C'est aussi à cause de la puissance du mark et pas seulement en raison d'une faiblesse particulière de leur monnaie, que la Hollande et la Belgique ont dû prendre des mesures restrictives, que l'Italie a dû renforcer son contrôle des changes, qu'en Grande-Bretagne et en France, la Livre et le Franc sont sur la corde raide. Mais en Allemagne même, cette situation a provoqué des tendances inflationnistes que le gouvernement s'efforce maintenant de combattre en tentant de ralentir l'expansion,

Les mesures déflationnistes envisagées sont cependant relativement modestes et concernent relativement peu le secteur exportateur. Il ne faut donc pas s'attendre à ce que la France puisse substituer ses exportations à celles de l'Allemagne sur les marchés étrangers.

b) Les U.S.A.

Aux U.S.A. le souci de freiner la poussée inflationniste héritée des dépenses militaires liées à la guerre du Vietnam et celui de rétablir l'excédent de la balance commerciale prédominent. Les mesures restrictives mises en place par l'administration Johnson seront maintenues ou renforcées ainsi par exemple, RE de 10% de l'impôt sur le revenu demeurera en vigueur jusqu'en juillet. :

Ces mesures devraient dans une certaine mesure juguler l'essor de la demande intérieure (ce qui aura notamment pour effet de réduire celle des produits européens).

Et, paradoxalement, l'administration Nixon, constatant le rétablissement de l'équilibre artificiel (la spéculation sur le franc) de la balance des paiements en 68 a décidé une libéralisation des conditions de l'investissement à l'étranger. et un élargissement du montant autorisé des prêts à l'extérieur, aussi est-il délicat de prévoir dans quel sens iront les mesures prises par les U.S.A. sinon en concluant que les capitaux américains auront encore plus de facilité pour s'implanter en Europe.

CONCLUSION. : É

Au total, et toutes choses restant égales par ailleurs, cet ensemble de facteurs fera que la croissance de l'économie capitaliste mondiale se ralentira en 1969. C'est-à-dire, en ce qui concerne la France, que l'on ne peut espérer que le développement des exportations se substituera à la croissance de la demande intérieure pour soutenir l'expansion.

Page 21 de la numérisation

Cela encore une fois, rendra d'autant plus nécessaire, pour la bourgeoisie française, la mise en œuvre de mesures restrictives, afin de limiter les importations, et de réduire le déficit de la balance commerciale.

—————_———_—_—…——]—]—

Il. Les mesures déflationnistes envisagées.

D'ores et déjà des mesures déflationnistes ont été décidées : restriction de crédit (limitation des ventes à tempérament, prorogation des mesures de limitation du crédit adoptées lors de la première grande crise du Franc), ordre du Premier Ministre de restriction de dépenses publiques pour la préparation du budget 1970, etc.

Ainsi, si la situation a pu sembler relativement calme dans les usines, cela ne durera pas bien longtemps ! Il est urgent de faire face avec vigueur, en nous organisant, à ces tentatives de la bourgeoisie de nous étouffer.

1) CONSEQUENCES D'UNE DEFLATION.

En effet : si l'on réduit les dépenses du budget de l'Etat, on provoque tout d'abord un blocage du revenu des salariés qui dépendent directement de l'Etat (enseignants, employés, ouvriers des entreprises nationalisées, etc.). Ensuite, on réduit les investissements que peut faire l'Etat, soit directement soit par l'intermédiaire d'entreprises privées travaillant pour lui. De ce fait, on réduit l'activité de ces entreprises et on favorise le chômage qui, à son tour, pèse sur les salaires du secteur concerné.

Les mesures de restriction de crédits vont également dans le même sens : En rendent plus cher le crédit, on freine d'une part la consommation ouvrière, on casse également l'expansion intérieure et, par la même occasion, on se fabrique un nouvel instrument pour éliminer les entreprises marginales qui ne peuvent survivre qu'avec un crédit bon marché.

Naturellement, cette politique est d'abord payée par le prolétariat atteint directement ou indirectement par la réduction de l'activité économique intérieure, mais aussi, par une partie de la bourgeoisie qui travaille essentiellement pour le marché intérieur et qui voit avec la récession se rétrécir ses débouchés. Mais (sur le plan purement économique) ceci importe peu à la grande bourgeoisie des monopoles dont l'Etat est le représentant et le support. En effet, contrairement à l'industrie travaillant pour la demande intérieure, les_intérêts.

| principaux des monopoles se trouvent dans la demande extérieure et les bas | prix. donc les bas salaires. à l'intérieur. 2) LA DEVALUATION.

En tout état de cause, ces mesures seront prises. Elles seront encore plus nécessaires si la bourgeoisie française décide de dévaluer. La dévaluation — dévient -de-plus en plus désirée par les capitalistes, notamment les grands

monopoles liés avec l'extérieur. Celle-ci en effet leur permettrait de restaurer provisoirement leurs marges de profit en vendant plus à l'étranger.

Elle commence à être publiquement demandée par certains porte-paroles de la bourgeoisie. Régis Paranque écrivait récemment dans “Les Echos": « Pour la France il n'y a pas d'autre route que l'expansion et la modernisation des Structures vieillotes : il serait par trop dangereux que la précocité de la santé quotidienne du franc fasse perdre de vue ce seul vrai problème, »

Pourquoi alors un successeur bourgeois à de Gaulle n'essayerait-il pas de commencer l'après-gaullisme, de la même manière dont le gaullisme avait commencé : c'est-à-dire par une dévaluation doublée d'un «.plan de redressement » aux frais des travailleurs ? Telle est la voie que montre Paranque dévaluons la monnaie pour la stabiliser et nous donner les coudées franches, puis retournons les manches des travailleurs pour que l'industrie française rattrape son retard !

Page 22 de la numérisation

Après 10 ans de pouvoir, de Gaulle ne pouvait dévaluer le franc sans porter lui-même un rude coup à son prestige en reconnaissant que la bataille monétaire qu'il avait livré contre le dollar et pour le retour à l'étalon-or se soldait par un fiasco. Implicitement sa position, impossible à tenir, était de for- "cer l'Allemagne à une réévaluation unilatérale. Un nouveau président bourgeois n'aura pas ces problèmes. Même s'il s'agit de Pompidou, il n'aura pas à sauver la face, n'ayant été pour rien dans la politique monétäire appliquée après juin. Au surplus il devra, d'entrée de jeu, se concilier les bonnes grâces des milieux financiers internationaux, ce qui signifie en Europe, tenir compte du nouveau rapport de forces avec l'Allemagne et ne pas lui laisser porter seule le poids de l'indispensable et urgente remise en ordre monétaire internationaie. Parallèlement aussi il devra se montrer plus souple vis-à-vis de l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché. commun. à

Ainsi, semble-t-il, une légère dévaluation du franc (et éventuellement de la Livre), couplée d'une légère réévaluation du mark, pourrait être la voie vers laquelle les bourgeoisies nationales se dirigeront, pour essayer de réaménager à froid le système monétaire international. Kiesinger a beau répéter qu'une réévaluation du mark est impensable, personne ne s'y trompe. Cette réévaluation, est aujourd'hui une idée totalement admise en Allemagne et cela depuis plusieurs semaines déjà. Ce que Kiesinger veut éviter c'est une réévaluation ‘’unilatérale” qui ferait portér à l'Allemagne seule lé poids de la remise en ordre de la situation monétäire. En effet, si le Mark seul. était concerné, le taux de sa réévaluation pour être efficace, devrait être très élevé. L'opération coûterait cher aux agriculteurs et aux industriels allemands. or les prochaines élections . allemandes ont lieu en septembre |

Par contre, si la réévaluation du Mark était couplée avec une dévaluation du Franc, cela, encore une fois, pourrait apparaître comme une solution de moindre mal aux diverses bourgeoisies nationales.

CONCLUSION

En conclusion, il est nécessaire d'affirmer que la bourgeoisie française, qu'elle soit représentée par Poher, Pompidou ou Defferre, est obligée, à la fois parce que le capitalisme français est un maillon faible dans le capitalisme mondial, et parce qu'il connaît des difficultés "conjoncturelles” particulières, de se livrer, assez rapidement, à üne- attaque sérieuse contre la classe ouvrière. Mais encore faut-il que la classe ouvrière accepte d'être matée, ne passe pas à la contre-attaque. En novembre dernier, le terraim n'était pas prét pour la bourgeoisie : la grève de Renaült en décembre montrait la combativité des travailleurs et indiquait que. la dévaluation, si elle avait eu lieu, n'aurait pu que difficilement être accompagnée de mesures restrictives importantes.

Aujourd'hui, si la bourgeoisie a cru pouvoir prendre le risque (et jusqu'à présent les événements lui donnent raison) de chenger de président, il est fort possible qu'un premier ‘’succès" l'incitera à aller plus loin. Sa marge de manœuvre est celle que lui laissent les luttes ouvrières. Or, après l'abandon des luttes au profit des urnes par les directions traditionnelles, l'apathie qu'elles ont imposé aux travailleurs pendant plus de deux mois, l'échec de Tilsitt, l'escamotage du 1°” mai, l'élection d'un Pompidou ou d'un Poher, il est grand temps de remonter la pente. Il est clair, qu'après les: présidentielles, la ‘bourgeoisie, après avoir plus ou moins surmonté ses conflits internes, se retournera contre la classe ouvrière avec uge vigueur. accrue.

Page 23 de la numérisation

— La bourgeoisie défend ses profits, les travailleurs défendent leurs intérête de classe. û

— Pas de discours sur la dévaluation nécessaire à la «santé du pays >». La « santé du pays », c'est la bonne tenue des profits à l'exportation des grands groupes capitalistes. ;

— Pas de discours sur les < changements démocratiques de la structure de l'économie » nécessaires pour défendre "notre" monnaie (1). En régime capitaliste, la défense de la monnaie passe par le blocage des salaires, la concentration et le chômage, pas par la “démocratisation des structures.

La bourgeoisie fait front, la concurrence internationale lui impose de résister farouchement aux revendications des travailleurs. Pour aboutir à des succès, les luttes devront développer un rapport des forces qui ne peut être atteint dans des actions catégorielles, sectorielles ou professionnelles. La classe ouvrière doit reprendre l'offensive sur des mots d'ordre unificateurs, pouvant être repris par l'ensemble des travailleurs et permettre l'organisation de luttes généralisées.

— Contre la montée des prix, imposons l'échelle mobile des salaires et ce qui nous permettra de nous assurer de son bon fonctionnement : l'ouverture des livres de compte et l'abolition du secret commercial et bancaire.

— Imposons le retour aux 40 heures sans diminution de salaires, premier pas vers l'échelle mobile des heures de travail et la répartition du travail entre les mains ouvrières.

— Imposons le droit de veto sur les licenciements; premier pas vers le contrôle ouvrier sur l'embauche, les licenciements et l'organisation du travail dans les entreprises. ï

LE CAPITALISME EST EN CRISE, ORGANISONS-NOUS POUR L'ABATTRE |

annexes

Annexe 1 :

LES PROBLEMES DU COTE DE L'AGRICULTURE.

En 1959, en 1960, en 1963, dans les premières années du gaullisme triomphant, les agriculteurs barrent les routes, assaillent les sous-préfectures, se heurtent aux forces de l'ordre...

Les classes dirigeantes réalisent brusquement que la vieille routine de la politique agricole, le ronron des discours dominicaux, ne peuvent plus suffire à apaiser l'inquiétude des agriculteurs.

Le gouvernement se répand alors en promesses et entame les nouveautés administratives :

— 2 lois d'orientations voient le jour :

— On rénove” le FORMA (Fonds d'Organisation et de Régulation des Marchés Agricoles). On créé les SAFER, l'IVD, le FASASA, l'AMPRA :

(1) ‘Economie et Politique" - Revue ‘théorique du P.C.F. no 177-178. Voir l'article de l'inénarrable Jacques Kahn.

Page 24 de la numérisation

— On définit “l'exploitation viable à 2 hommes actifs”. On prohibe les cumuls d'exploitation ;

On promet « la parité des revenus » pour tous les agriculteurs (sans dire de quelle parité et de quel revenu il s'agit I).

En fait, le gouvernement s'engageait explicitement à conserver au plus grand nombre possible d'agriculteurs, leur satut de pétit entrepreneur individuel. “ASE

Peut-on dire que les promesses faites à ce moment:n'aient été suivies d'aucun effet? Certainement pas! Des sommes énormes:.ont. été dépensées. La part de l'agriculteur dans les dépenses de l'Etat est passée.de 6 % en 1958 à 11% en 1968, et ce sur un budget dont le volume ‘était. en constante augmentation. Lee $ ÿ

Mais dans la même période, la population active agricole. a diminué brutalement: on ne compte plus que 3.000.000 de personnes actives en agriculture en 1968 contre 5.000.000 en 1954. Des millions de travailleurs ont dû se reconvertir dans les pires conditions morales et matérielles, sans formation professionnelle, en étant le plus souvent obligés de quitter leur région d'origine, sans garantie de trouver ailleurs un emploi et un logement décents.

Cela n'améliorait guère la situation de ceux qui restaient. Et même, le revenu de l'agriculture pour 1968 marque une baisse par rapport à celui de 1967, de 0,3% selon l'INSEE, de 4,8% selon les organisations agricoles. De toute façon, cette présentation qui n'a qu'une valeur de moyenne, est très peu significative car elle dissimule d'énormes différences :

25.000 exploitations de plus de 100 ha réalisent des profits très importants. Elles produisent par exemple à elles seules 20% des céréales françaises.

800.000 exploitations de moins de 20 ha végètent avec un revenu monétaire voisin du SMIG (souvent inférieur).

Comment peut-on expliquer une telle situation ?

Aujourd'hui encore, les travailleurs agricoles représentent 15% de la population active totale, alors que ce qu'ils produisent ne représente que 8% du produit natianal. Les techniques agricoles, ont fait de tels progrès que la quantité de main-d'œuvre nécessaire à la production diminue avec une très grande rapidité. .

Dans ces conditions, la promesse faite de conserver à tous les paysans le statut et les revenus d'un petit patron ne pouvait être que fallacieuse. Il faut bien que les classes dirigeantes choisissent au sein de cette masse d'agriculteurs, ceux qui constitueront le noyau d'une agriculture “moderne”, ‘rentable", c'est-à-dire capitaliste et réduisent les autres à la situation de manœuvres, ‘d'armée de réserve” surabondante, voués soit aux productions agricoles les moins rémunérées, soit à la ‘reconversion professionnelle — plus ou moins rapide.

Malgré les apparences, tel est bien le but que visent les mesures de politique agricole en vigueur depuis 8 ans.

Cette politique utilise deux séries de techniques :

a) Elle agit sur les prix des produits agricoles pour les maintenir aux environs du prix qu'a fixé le gouvernement après consultation des organisations professionnelles ; .

b) Elle distribue des fonds pour des actions variées visant, en principe, à donner au nombre maximum d'agriculteurs la possibilité de constituer des exploitations assez grandes pour être rentables.

Page 25 de la numérisation

Comment ces deux techniques agissent-elles sur l'évolution du système agricole ?

1) LA POLITIQUE DE SOUTIEN DES PRIX

C'est une technique qui permet de garder les ‘’avantages" de l'économie de marché. Elle ‘est depuis longtemps pratiquée en agriculture. Le seul aspect nouveau, c'est l'énormité des sommes que depuis 2 ou 3 ans l'Etat a dû y consacrer. Mais cette technique n’est pas neutre, contrairement à ce que croient la grande majorité des paysans. Son emploi s'adapte aux exigences des lois qui régissent l'évolution de la société capitaliste.

Aujourd'hui les diverses branches de la production agricole se répartissent en deux catégories, de niveaux techniques différents, entre lesquels, l'écart va en se creusant.

Dans certaines branches (céréales et grande production végétale) le taux de capital utilisé est très élevé. Dans les autres (ex. : élevages traditionnels) le taux de capital est très faible et la production requiert une grande quantité de main-d'œuvre.

Les premières sont pratiquées dans de grandes ou de très grandes exploitations, gérées comme des entreprises industrielles. Le chef d'exploitation ne travaille généralement pas de ses mains, mais fait travailler des salariés, exploités férocement le plus souvent (1). Les secondes sont le lot d'innombrables petites et moyennes exploitations, et reposent sur le travail de l'exploitant et de sa famille. Entre ces deux catégories existe un secteur intermédiaire, constitué d'exploitants travaillant à-plein temps manuellement, mäis mieux équipés que les petits paysans. Certains emploient un ou deux ouvriers agricoles, d'autres pas; ils espèrent tous ‘tenir le coup", c'est-à-dire résister à la concurrence, en devenant de petits patrons dynamiques. Mais ils n'ont pas conscience de leur situation objective dans l'économie, de leurs intérêts. La plupart d'entre eux ont dû emprunter pour s'équiper, ils sont criblés de dettes, et ne savent comment s'en sortir. En fait, il n'y a pas de place pour eux (ou du moins pour la grande majorité d'entre eux) dans le système capitaliste ils n'ont pour avenir, à court ou à moyen terme selon le cas, que de glisser vers le prolétariat.

(1) Les ouvriers agricoles sont isolés, inorganisés, et très faciles à exploiter. Il faut distinguer les ouvriers permanents menacés par le chômage qui seront remplacés par une machine dès que l'opération sera rentable. Ce travail sert parfois d'appoint à des paysans ruinés. l| faut distinguer d'autre part les travailleurs saisonniers employés dans les grosses exploitations pour les gros travaux. Surveillés, sous-payés, logés comme du bétail, ce sont sans doute les plus exploités de tous les travailleurs agricoles (petit paysan ou ouvrier).

D'un point de vue général la seule perspective qui s'offre au travailleur agricole, c'est la prolétarisation sur place ou l'exode rural faisant de lui un ouvrier de l'industrie (80 %). Le transfert n'est pas condamnable en soi (dû à l'évolution des forces productives). il faut cependant voir qu'il n'a lieu qu'au profit des capitalistes et que les formes qu'il revêt ne font qu'accentuer les différences de condition sociale.

Parmi les travailleurs agricoles, 14% seulement ont un C.A.P. et 56% sont sans diplôme. Ils vont devenir la base d'une main-d'œuvre non qualifiée, très appréciée des industriels qui pourront les employer à des tâches peu rémunérées d'autant plus qu'ils doivent quitter la terre et trouver à tout prix un emploi (cf la politique de décentralisation): Conséquemment à une telle situation on vit en mai 68: — les agriculteurs de certaines régions se joindre aux ouvriers, notamment pour la lutte contre le chômage : cf les mots d'ordre: «à bas les accapareurs de terre », “ ouvriers-paysans solidaires pour défendre le droit au travail »: des conditions extrémement défavorables : isolement, encadrement syndical presque

— un mouvement de grève très .;. r.ant permi les salariés, et sans précédent, malgre impossible, etc.

Page 26 de la numérisation

Aussi, le soutien des.prix n'a pas le même sens pour toutes [es pro ductions et surtout pour tai:3 les producteurs :

© Pour les céréaies et la grande production végétale, soutenir les prix, revient à faväriser une acct mulation accélérée au profit des grands capitalistes de l'agriculture. Eile pervet en particulier aux grands exploitants de réaliser, en silence, une concentration très importante et très rapide de la propriété foncière. r

© Pour le lait et les autres produits de l'élevage, le soutien des prix se limite à assurer aux manœuvres” de l'agriculture une rémunération suffisante pour éviter qu'ils ne rompent la solidarité qui les lie aux capitalistes agraires, au sein de la ‘grande famille paysanne” et qu'ils remettent en cause leur alliance avec la bourgeoisie. Mais :il faut voir qu'à long terme cette politique est dangereuse (pour l'économie capitaliste) car elle a pour effet de stimuler inconsidérément la production; le petit éleveur, pour un prix du lait constant aura intérêt à produire le plus de lait possible, afin d'obtenir un revenu global le plus élevé possible.

Pour nous résumer, la politique de soutien des produits agricoles met clairement à nu une des contradictions essentielles de l'agriculture.

Les prix agricoles soutenus sont fixés nationalement à un niveau minimum en fonction des exploitations de type familial, c'est-à-dire qu'ils suffisent tout juste à rémunérer la force de travail des petits paysans. Par contre, étant donné le -haut niveau de productivité des exploitations capitalistes, et l'exploitation de travailleurs salariés, ces mêmes prix permettent une accumulation importante du capital. On comprend ainsi à quel point ces deux types d'agriculture sont en quelque sorte complémentaires. L'un défend son droit à l'existence, l'autre sous de faux prétextes humanitaires (ne pas tuer l'agriculture familiale) mène un important travail de lobby auprès des pouvoirs publics pour conserver le bénéfice de prix agricoles incroyablement avantageux. Ainsi, les propositions du plan Mansholt (suppression du soutien des prix agricoles, ‘disparition d'un grand nombre d'exploitations ‘’non rentables”) sont d'autant moins satisfaisantes pour la bourgeoisie capitaliste qu'elles signifient la diminutian de ses profits et la disparition d'une tranche de l'électorat qui traditionnellement votait “bien” (1).

Jusqu'en 1966-67, l'Etat a pu mener de front les deux’ actions sans trop d'inconvénients. Depuis 1 ou 2 ans, il n'en est plus de même, car la surproduction grandissante qui est la conséquence nécessaire de ce système, finit par coûter décidément trop cher. Le problème est aujourd'hui de réduire autant que possible, au nom de. l'intérêt national, les dépenses consenties en faveur des manœuvres surnuméraires, sans qu'ils deviennent pour autant, un danger politique et tout en continuant à favoriser la concentration capitaliste : Boulin, la commission Vedel, le rapport Mansholt, tout le monde est d'accord là-dessus. En tout cas, dix ans de soutien des prix selon la ligne esquissée. ci-dessus ont favorisé la’ concentration "aux mains des gros”.

Entre. 1963 et 1967 les exploitations de plus de 100 ha, pour la première fois depuis bientôt cent ans, recommencent à croître en nombre et en superficie. Elles passent de 10 à 20(% de la SAV totale.

2) LA POLITIQUE DES "STRUCTURES"

Elle visé. en principe à permettre à de petits exploitants de constituer des exploitations . “rentables” c'est-à-dire d'accumuler assez de capital pour pouvoir accéder au stade à, partir duquel la rémunération ‘’normale” des capitaux investis par la production, pour les marchés agricoles soutenus, permettra la croissance capitaliste de l'exploitation.

Page 27 de la numérisation

Elle vise donc à: : — enlever des hommes en trop pour libérer des terres ; — favoriser la concentration foncière:; L

.— donner des facilités de crédit.

Mais tous ces mécanismes là encore n'ont pas la même signification pour l'exploitant qui a déjà des capitaux et celui qui cherche à les accumuler.

En fait, cette politique des structures : 1) n'a eu qu'une action marginale ;

2) n'a pu favoriser qu'un nombre réduit d'agriculteurs ayant déjà une base capitaliste minimale.

Sous l'un comme sous l'autre de ces aspects, la politique agricole favorise l'accumulation du capital par ceux qui déjà en possèdent ; elle ne peut pas donner une chance équitable de profiter de leur travail à tous ceux dans l'agriculture qui n'ont pas ou peu de capital.

La preuve : 2.000.000 d'agriculteurs en moins depuis 15 ans.

Ces techniques économiques sont utilisées parcé qu'elles sont présentées comme mises au service de mythes qui rencontrent l'adhésion idéologique de tous les paysans :

1. Le mythe du progrès “technique”, véhicule impartial de l'amélioration de l'existence des travailleurs. 4

Si pour les agriculteurs capables d'autofinancement le progrès technique a permis la diminution de coûts de production et donc des profits accrus, il eut souvent chez les petits paysans des conséquences désastreuses, Dans bien des cas, le tracteur est apparu comme l'instrument-miracle capable de résoudre toutes les difficultés alors qu'en fait, il n'eut pour résultat que l'endettement définitif.

2. Le mythe de l’organisation coopérative. :

Ce terme recouvre des réalités différentes (coopératives d'approvisionnement, de vente, ou coopératives de production), dont nous n'exposerons pas le fonctionnement ici.

Alors que les coopératives furent présentées comme un moyen pour tous les agriculteurs ‘’de s'en sortir, elles permettent ‘en fait aux exploitants les plus aisés, qui occupent les postes-clés, de. profiter indifféremment du travail des petits agriculteurs. et des ouvriers employés par les coopératives.

Pourtant depuis 1964, le P.C.F. accorde une part très importante au mouvement coopératif dans son nouveau programme agricole. En 1966, Perceval (spécialiste des questions agraires du P.C.F.) écrit: « Waldeck Rochet avance la thèse qu'il est maintenant possible de Voir se développer dans le cadre d'une démocratie radicale, populaire mais non socialiste, une agriculture moderne sous une forme non capitaliste basée sur des coopératives de production, ce qui faciliterait le passage au socialisme à une.époque où ce passage peut s'effectuer sous des formes pacifiques » (c'ést nous qui soulignons).

Page 28 de la numérisation

On reconnait dans cette stratégie de passage à l'agriculture socialiste; le programme du P.C-F., et nous ne pouvons, dans le cadre limite que nous nous sommes fixés, analyser un tel programme.

Ceci dit, pour nous, les coopératives sont soumises avant tout aux lois de l'économie capitaliste (profit maximum, rentabilité, compétitivité avec les entreprises privées, exploitation -des travailleurs salariés) et ne sauraient être un remède miracle aux problèmes des petits paysans. Nous publierons une cirtique approfondie de cette question ultérieurement.

3. Le mythe du marché européen, privilège de l'agriculture française.

4. Le mythe de ‘la faim dans le monde” qui est assez comique puisqu'on cherche à convaincre les agriculteurs français d'accepter un développement capitaliste en attirant leur attention sur la masse de besoins qui ne peuvent justement pas être satisfaits par une organisation capitaliste de l'économie.

L'organisation sociale actuelle qui subordonne le fonctionnement de l'économie aux exigences de l'accumulation du capital ne peut répondre aux exigences de la majorité des agriculteurs.

Malgré quelques violentes révoltes, ‘les agriculteurs acceptent un système économique qui rémunère le tracteur et pas le travailleur qui le conduit. Sur ce chemin les plus favorisés d'entre eux pouvant acheter de plus en plus de matériel, il leur est impossible de trouver une considération croissante « pour leur valeur en tant qu'homme >». La F.N.S.E.A. (1) peut demander qu'on reconnaisse le rôle «humain de l'agriculture», le système capitaliste peut aquiescer, il n'a pas le pouvoir de faire entrer dans les faits un quelconque respect des travailleurs.

Si les agriculteurs sont aussi humanistes qu'ils le prétendent, il: leur faut prendre conscience de l'inhumanité du système économique qu'ils soutiennent

et en tirer les conclusions. è Paris, le 20 mai 1969.

(1) F.N.S.E.A. : Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitation Agricoles. Regroupe tous les syndicats agricoles. Type même de la structure institutionalisant une stratégie syndicale de domination de ciasses. C'est la ‘grande famille paysanne‘ au sein de laque le commencent à se manifester des enfants turbulente (ex. : jeunes agriculteurs de l'Ouest).

DR ES Annexe 2: CE QU'EST UNE DEVALUATION ?

Une dévaluation a bour but, sur le plan technique, de favoriser les exportations et de freiner les importations. K Pour cela, le Gouvernement peut décider par exemple que le dollar qui vaut officiellement aujourd'hui 5 francs vaudra demain 10 francs et ne sera

changé qu'à ce taux par toutes les banques françaises.

Que se passe-t-il dans ce cas ?

L'Américain qui avant la dévaluation (on dit aussi avant le changement de parité) pouvait avec 1 dollar acheter l'équivalent de 5 francs de marchandises françaises pourra après la dévaluation acheter avec ce même dollar pour 10 francs de marchandises françaises, Les produits français deviennent ainsi moins chers pour cet Américain et les exportations françaises vers les Etats- Unis sont stimulées. É

Page 29 de la numérisation

Le Français, lui, avant la dévaluation, pouvait acheter aux U.S.A. l'équivalent d'un dollar de marchandise américaine avec 5 francs ; maintenant pour acheter cette même quantité, il lui faudra débourser 10 francs. Les produits étrangers Sont devenus plus chers, les importations de la France sont freinées.

Une dévaluation ne peut réussir que si les prix français ne se mettent pas à grimper immédiatement après. Dans ce cas, les produits français deviendraient à nouveau difficiles à exporter, et il faudrait recommencer.

Or justement, après une dévaluation les prix français ont tendance à grimper rapidement. En effet, une très grande partie des biens français contiennent des matières ou des produits semi-finis qui sont importés, et la dévaluation a rendu les importations plus chères. Dans ce cas les prix supérieurs des produits importés sont évidemment intégrés aux prix des produits nationaux.

Lorsque les prix grimpent, les salaires suivent plus ou moins, et, très rapidement les produits destinés à l'exportation redeviennent trop chers sur les marchés extérieurs. C'est pour cette raison, qu'une dévaluation est toujours accompagnée de sacrifices. Ceux-ci consistent :

1) à bloquer les salaires pour éviter de gréver les coûts de production et donc de rendre les exportations difficiles ;

2) à faire semblant de bloquer les prix pour « répartir justement les sacrifices sur les capitalistes et les salariés >. L'expérience prouve que la police des salaires est toujours plus efficace que la police des prix. En tout état de cause, les salaires n'augmentent jamais qu'après que les prix aient augmenté. De toutes les mesures de politique économique, la dévaluation est celle qui atteint le plus durement et directement la classe ouvrière en réduisant fortement sa consommation,

EE Annexe 3:

LA CRISE DU SYSTEME MONETAIRE INTERNATIONAL. SES CAUSES PROFONDES.

.. « Près de 20 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, les rapports de force entre les divers secteurs « nationaux » du capitalisme se sont profondément bouleversés. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, le capitalisme américain était le seul qui sortait de la guerre puissant et renforcé. Toutes les autres bourgeoisies avaient vu leur potentiel productif, soit lourdement atteint, soit complètement détruit. Le système monétaire international s'édifiait sur cette base, de prépondérance américaine, avec le dollar comme axe central. Quelle est aujourd'hui la nouvelle structure des rapports de force économiques ? Nous l'avons déjà indiqué dans «Rouge » numéro 4: d'une part, un axe dominant, l'impérialisme américain, à la puissance économique surévaluée, à l'expansion inflationniste. D'autre part, un axe montant, formé de l'Allemagne, et, dans une moindre mesure, de l'Italie et du Japon — entre ‘les deux, des chaînons faibles : principalement, l'Angleterre et la France.

Les rapports de force économiques se mesurent essentiellement en termes de productivité sociale moyenne du travail, c'est-à-dire en fonction du temps

Page 30 de la numérisation

de travail social moyen nécessaire à la production d'une unité de chacun des principaux biens. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, ce temps de travail a évidemment, en moyenne, décru (la productivité a augmenté), dans les principaux pays, mais (et c’est là le point décisif) cette décroissance s'est opérée avec des rythmes différents selon les pays: par exemple, plus rapidement en Allemagne qu'en Angleterre ‘ou en France. Cela signifie que les rapports de valeur entre les différents secteurs «nationaux» du capitalisme, se sont trouvés bouleversés. Les rapports entre monnaies nationales auraient dû = refléter > l'évolution des rapports entre valeurs, l'évolution des rapports entre les productivités sociales moyennes dans les différents -pays. En fait, il n'en a été ainsi que dans une très faible mesure : et, précisément, ce « décalage >» entre, d'une part, les. rapports économiques réels, et, d'autre part, la forme monétaire de ces rapports, est une des causes principales de la crise d'aujourd'hui.

- Ce ‘’décalage” a été possible, pour une bonne part, du fait du refus obstiné des bourgeoisies atteintes (principalement anglaise et américaine) d'entériner, d'accepter le bouleversement des rapports de valeur; les Etats-Unis se refusent, aujourd'hui entore, à dévaluer ; la Grande-Bretagne, elle, a dévalué, -il y a près d'un an, mais d'un taux nettement insuffisant.

Cette obstination se comprend aisément. Les monnaies anglaise et américaine oëécupent une position dominante dans le système monétaire international et cette position procure aux bourgeoisies de ces pays de gros avantages financiers et commerciaux, qu'une dévaluation réduirait considérablement. Par ailleurs, les balances des paiements de ces pays (Etats-Unis et Angleterre) sont systématiquement déficitaires depuis des années: tout autre pays, placé dans cette position, aurait dû dévaluer depuis longtemps. Les bourgeoisie anglaise et. américaine ont pu, pendant des: années, éviter cette mesure, précisément parce que leurs monnaies respectives (Livre et Dollar) sont acceptées comme base du système monétaire international, comme monnaie de réserve internationale. Ceci est surtout vrai pour le dollar: alors que tout autre pays aurait dû rembourser ses dettes extérieures en or ou en devises etrangères, il suffisait aux Etats-Unis, pour combler leur déficit extérieur, de faire marcher la < planche à billets » et de payer, tout simplement... en papier, en dollar imprimé, dollar accepté partout précisément parce qu'il est la base du système monétaire international. Cela signifie, très simplement, que l'ensemble des capitalistes, ont fait et font un < crédit gratuit» aux capitalistes américains : il y a ainsi, du fait du déficit systématique de la balance des paiements américaine, des milliards de dollars en circulation de par le monde. C'est dans ces conditions que le < décalage > décrit plus haut (entre les rapports écono-

miques réels et les rapports monétaires) a pu se maintenir et s'aggraver.

Les dollars en circulation (et, d'ailleurs, en général, toutes les monnaies) sont d'autant plus nombreux que l'ensemble du monde capitaliste (et, tout particulièrement, les Etats-Unis) a, depuis des années, surmonté crise et récession en recourant à des expédients monétaires: en clair, à l'inflation, à l'émission massive de papier-monnaie et de crédit, pour < doppér » l'économie. Dès lors, encore une fois, le « décalage > dont nous parlions plus haut (entre lès rapports. économiques réels et les rapports monétaires) s'est, non seule: ment maintenü, mais s'est extraordinairement démultiplié et amplifié.

(Extrait du «Document Rouge » n° hs)

Page 31 de la numérisation

Je désire prendre contact avec la Ligue Communiste :

— afin d'assurer une correspondance régulière.

— afin de participer à ses activités militantes.

Toute correspondance « ROUGE » : B.P. 201 Paris-19e.

Page 32 de la numérisation

Une erreur sur cette page ?