La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Documents Rouge

Espagne : piquets d’autodéfense et détachements de combats ouvriers (Seat 1971)

Documents Rouge, n° 12, 13 novembre 1971 · 9 429 mots

Sommaire (d'après RaDAR)
  • Vers de nouveaux combats
  • Tous unis avec les asturies et Barcelone. Etendons la lutte contre la dictature assassine
  • Cinq mois de lutte à la Seat
  • Lundi sanglante
  • Deux semaines de lutte avec la LCR
  • Aux masses travailleuses de Sabadell : solidarité avec la Seat
  • Vendredi tous en grève dans la rue
  • La "Liga comunista révolucionaria", interview de deux dirigeants
  • Solidarité !

Texte obtenu par reconnaissance optique des numérisations de RaDAR, non relu : il contient des erreurs, et les intertitres sont repérés automatiquement. En cas de doute, la numérisation fait foi.

Page 1 de la numérisation

espagne

seat barcelone 1971 piquets d’autodéfense et détachements de combat ouvriers

1,50 franc document rouge 12

Page 2 de la numérisation

La Fr

Page 3 de la numérisation

vers de nouveaux combats

« La lutte contre le fascisme commence non pas dans la rédaction d'une feuille libérale, mais dans l'usine, et finit dans la rue. Les jaunes et les gendarmes privés dans les usines sont les cellules fondamentales de l’armée du fascisme. Les P/QUETS DE GREVE sont les cellules fondamentales de l’armée du prolétariat. C’est de là qu'il faut partir. A l'occasion de chaque grève et de chaque manifestation de rue il faut propager l’idée de la nécessité de la création de DETACHEMENTS OUVRIERS D'AUTO-DEFENSE. »

L.Trotsky : Le Programme de Transition. 1938.

La grande bourgeoisie espagnole pour sauver sa domination écrasa la classe ouvrière sous la botte sanglante de la dictature fasciste. Et le prolétariat sorti exsangue et désarmé d’une longue guerre civile, misérablement trahi par ses directions, ses organisations détruites, fut littéralement démembré par les années de répression féroce et de surexploitation par lesquelles la dictature franquiste installa son pouvoir.

Touchée bientôt par la vague de croissance du capitalisme d'après-guerre, l’Espägne connaît dans les années 60 un développement économique rapide.

La paysannerie qui constituait encore dans les années 50 la grande part de la population active, voit son poids spécifique radicalement réduit. Les campagnes se vident tragiquement; en masse, les paysans pauvres se concentrent dans les trois grands centres industriels (Madrid, Barcelone, Pays Basque), ou émigrent vers les pays capitalistes industrialisés. Le prolétariat se reconstitue socialement avec une force brutale.

Alors que la grande bourgeoisie consacrait ses efforts à tenter de se débarrasser du carcan étouffant de la dictature franquiste, qu'elle

Page 4 de la numérisation

pensait digérer graduellement les formes les plus archaïques de cet appareil de domination en canalisant dans le cadre institué les forces vives dont elle sentait la poussée; alors qu’elle croyait mettre à profit la croissance économique et la hausse relative du niveau de vie des massés, pour intégrer la classe ouvrière à son projet évolutionniste, le prolétariat se lançait dans la lutte ouverte.

La lutte généralisée contre les conseils de guerre de Burgos marque de son sceau indélibile la vanité de tout projet réformiste, en mettant à nu l'affrontement classe contre classe. Et le grand capital serre les rangs et se tourne à nouveau résolument vers son passé. L'aile la plus réactionnaire de l'armée réoccupe la scène; les groupes fascistes redonneni de la voix; la Brigade Politico-Sociale, la Garde Civile et la Police Armée sont les émissaires quotidiens de la bourgeoisie face aux luttes ouvrières.

Les Universités de Madrid, Barcelone, Bilbao sont occupées par la B.P.S. À Madrid, elle y a ouvert des bureaux et travaille au coude à coude avec la racaille fasciste des « Guerilleros del Cristo-Rey ». Ces mêmes « guerriers du Christ-Roi » sont à l'oeuvre dans les usines, à la tête de la police armée du patron qui fait régner l'ordre capitaliste.

Toute action, toute lutte se heurte directement à la répression patronale et policière. Les militants ouvriers sont poursuivis, -prêts à être froidement abattus comme l'ouvrier communiste Pedro Patino lors de la grève de la construction à Madrid. La police a tiré sur plusieurs militants qui distribuaient des tracts appelant à la grève: dès les premiers signes d'agitation la peste grise du Capital montre le nez.

Les militants révolutionnaires distribuent des tracts sous la protection de groupes d'intervention prêts à défendre leurs diffuseurs. Les manifestations éclair sont protégées par des piquets armés de barres de fer, de chaînes et de cocktails Molotov.

Aujourd'hui, face au développement impétueux des luttes de masse, la tâche urgente des révolutionnaires est d'éduquer à ces formes d’auto-défense une large avant-garde qui déjà y recourt.

Les piquets, qui lors des dernières luttes, ont assuré l'extension de la grève, la répression des jaunes et des mouchards doivent prendre en charge la préparation de la défense des assemblées, de l'usine occupée, de la manifestation de rue.

La grande lutte de la SEAT en a montré l'impétueuse nécessité. Si l'Espagne, par bien des aspects, montre à l’Europe l'image de son passé, par d’autres elle l’a déjà précédée dans son avenir. La classe ouvrière doit avoir les yeux tournés vers le prolétariat espagnol qui lui montre les prochaines étapes de la lutte. Et nous devons nous approprier cette expérience.

Page 5 de la numérisation

©) tous unis avec les asturies

et barcelone

étendons la lutte contre la dictature assassine

Déclaration du Bureau Politique de la Liga Comunista Revolucionaria, du 27 octobre 1971.

VERS UNE LUTTE POLITIQUE GENERALISEE

Le combat des ouvriers des Asturies, de Pampelune et de Barcelone, constitue le fer de lance d'une tendance à la lutte généralisée à l'échelle de l'Etat espagnol, qui cherche à s'ouvrir une voie en rompant les digues du franquisme.

La dictature, incapable de satisfaire les besoins les plus intenses des ouvriers et des masses populaires, a cherché à les contenir par l’accentuation de la répression. Mais elle n'a fait que pousser le mouvement de masse à franchir un pas dans ses formes de lutte. Les mobilisations contre le Conseil. de guerre de Burgos indiquaient la nature de ce saut : le prolétariat se lançait à l'offensive vers une grève politique de masse, en s'affrontant par endroits contre les forces répressives. Depuis lors, toutes les luttes ouvrières importantes tendent vers la politisation et la généralisation, obligées par là à organiser des formes d'’auto-défense face à l'attaque immédiate et criminelle de la dictature.

La récente grève de la construction à Madrid indiquait clairement les moyens que le franquisme était disposé à employer pour empêcher la généralisation du mouvement et, par là-même, les obstacles que le prolétariat doit se préparer à franchir pour arracher ses revendications. Devant la crainte de généralisation de la grève, Iz police occupa militairement les chantiers et la Garde Civile n'hésita pas à abattre froidement Peur. Patino.

Page 6 de la numérisation

@ Dans les Asturies, le patron le plus important est l’Etat lui-même. C'est le Conseil des Ministres qui a prononcé l'ultimatum contre les mineurs, en menaçant de fermer de nouveaux puits. Pour que la lutte soit effective, il faut que se réalise l'unité de tous les travailleurs, de toutes les couches opprimées par la dictature franquiste, unité qui se développe déjà avec la solidarité des travailleurs de la construction, des petits commerçants, etc. @A Pampelune la lutte des ouvriers d'Imenasa et de Kaplan s'est déclenchée sur une revendication salariale (160F d'augmentation égale pour tous, à Imenasa). Mais, confrontés à une bourgeoisie menacée par la crise économique, les ouvriers se sont heurtés directement à l'Etat qui, usant de la & manière douce », prétend leur imposer les conditions du patron … @A la Seat,l'Etat est aussi l’un des principaux patrons. Les lois de la dictature (la décision de la Magistrature du travail de réclamer la réintégration des ouvriers licenciés) sont: tournées en dérision par l'Etat-patron lui-même, obligeant les ouvriers à imposer directement la réintégration. Le pacifisme de départ, soigneusement entretenu par le PCE, vole en éclats quand l'Etat lui-même ordone la charge violente de la police contre les ouvriers.

Faut-il s'étonner que, quelques heures plus tard, ils manifestent poing levé ? Faut-il s'étonner des luttes d'appui qui se sont déclenchées dans de nombreuses entreprises de la province, et du mouvement de solidarité qui .se développe dans toute l'Espagne ? Non. Tous les exploités et les opprimés identifient la répression qui s’abat sur les Asturies et Barcelone, avec celle qu'eux-mêmes combattent sils reconnaissent dans le combat des mineurs et des ouvriers de la Seat une part de leur propre combat, du combat qu'il faut développer pour renverser la dictature. Parce qu'il ne s'agit pas de cas isolés, mais du seul recours qu'il reste à la bourgeoisie incapable de faire aucune concession et qui voit se décomposer ses instruments de contrôle et de répression sous l'impulsion du mouvement de masse.

CONTRE LA REPRESSION BOURGEOISE

Chaque fois que le mouvement menace de se généraliser, la dictature doit démultiplier la répression : en occupant les chantiers à Madrid, en chargeant les ouvriers à la Seat … Mais cette répression ne peut que pousser à des formes de lutte plus avancées : manifestations et barricades à Pampelune, défense de l'occupation à la Seat … Alors les fusillades restent le seul recours de la bourgeoisie : tirer et serrer les rangs en s'apprêtant à défendre sa domination les armes à la main, si c'est nécessaire. La panique qui a gagné la bourgeoisie dans les premiers jours de la lutte de la Seat, les appels à la sacro-sainte alliance de tous les porcs de la société pour défendre leurs privilèges, ne laissent aucun doute sur les objectifs et les méthodes de la classe dominante. Passée la frayeur des premiers moments, elle est revenue

Page 7 de la numérisation

à la tactique d'isolement, de cloisonnement, et de répression dure par endroits pour empêcher la généralisation, en s’efforçant d'éviter de nouvelles explosions ailleurs. Elle s'est engagée dans un travail de démantèlement de l‘avant-garde. Toute information sur les luttes des Asturies, de Pampelune, de Barcelone, est étouffée. L'appareil de répression se concentre sur ces foyers de lutte ; dans chacun d'eux on isole les différents secteurs pour les liquider, que ce soit par des concessions mineures (rendre leurs cartes d'identité aux ouvriers de la Seat) ou par une nouvelle répression (sanctions, mises à pied, arrestations ..). || n’y a aucun doute que si ces mesures s'avèrent insuffisantes pour contenir le mouvement, alors l'escalade répressive se poursuivra. Les masses ouvrières, même au prix de douloureux revers momentanés, tireront la leçon qui s'impose et donneront une nouvelle impulsion à leur combat, en consolidant les formes de lutte les plus avancées, des barricades d'Hernani, Eibar et Pampelune, à la défense de l'occupation de la Seat, et progresseront à nouveau.

POUR L'ACTION DIRECTE DES MASSES

Actuellement il s'agit d'étendre le mouvement des Asturies, Pampelune et Barcelone, à tout l'Etat espagnol, en recueillant toutes les expériences de ces luttes et des luttes passées, pour avancer vers une lutte politique généralisée qui soit capable d'empêcher la répression de la bourgeoisie en chaque point isolé, qui rompe le carcan qui pèse sur les épaules de la classe ouvrière et fasse reculer la dictature.

Préparer cette lutte exige, dès le départ, que l'on se situe hors du cadre institué de la bourgeoisie, en généralisant l'expérience des Asturies qui, pratiquement depuis 62 ont développé leurs luttes hors de ce cadre ; de Pampelune, où tous les efforts de la bourgeoisie tentent d'obtenir des ouvriers d’Imenasa, qui ont boycotté les « élections syndicales »,qu'ils élisent un « délégué officiel » et signent un « contrat » ; de Barcelone, où les ouvriers de la Seat qui, à l'exception de l'atelier 5, avaient pourtant voté massivement aux « élections », ont dû en quelques jours assimiler la leçon, en voyant comment étaient licenciés les représentants qu'ils avaient élus,l’inutilité de la Magistrature du travail,etc.

C'est hors du cadre légal de la dictature que peut se développer le combat direct des masses, recourant à des formes de lutte qui frappent la bourgeoisie avec le plus de force : arrêter les machines, déclencher la grève, former une assemblée et sortir en manifestation de l’usine. En développant des initiatives comme celle de l'équipe du soir à la Seat qui, apprenant l'occupation de leurs camarades de l'équipe du matin, et devant l'impossibilité d'entrer dans l'usine, manifestèrent dans les rues de Barcelone ; comme celle des ouvriers de « Lamparas Z », qui firent grève par solidarité, sortirent dans la cour et dans la rue en attaquant la police. Il faut s'approprier

F}

Page 8 de la numérisation

l'expérience d'autres luttes, comme celle de la construction à Séville, de Tarrasa pendant le Conseil de guerre de Burgos, de Barcelone lors de la récente grève de la construction, où des piquets ouvriers tournaient dans les chantiers et les usines pour étendre la grève. Ce sont ces formes de lutte radicales qui peuvent généraliser une grève, en l'étendant d’abord aux usines d'avant-garde, celles qui enclenchent le mouvement (comme ce fut le cas à Barcelone pour MTM, Cispalsa, Siemens, Pirelli, Clausor, Construction de Bellaterra, etc.) vers d'autres secteurs ouvriers pas encore touchés.

Il faut chercher l'unification du mouvement, pas seulement dans le temps, avec des grèves et des manifestations simultanées, mais dans l'action elle-même, passant des manifestations à la sortie des usines aux manifestations centrales. A l'image des ouvriers d'Imenasa, auxquels se sont joints des ouvriers des autres entreprises de tout le polygone industriel, des étudiants, etc., se heurtant côte à côte à la police. Il faut étendre le mouvement non seulement chez les ouvriers mais aussi aux étudiants, médecins, universitaires, etc., en cherchant l'appui actif de la majorité de la population, comme dans la lutte contre les Conseils de guerre de Burgos dans de nombreuses agglomérations de Guipuzcoa, comme cela commence à se faire dans les Asturies parmi les petits commerçants, à Barcelone chez les étudiants et des médecins qui ont exprimé leur appui à la Seat, comme à Valence, Madrid et Bilbao, où les étudiants se mobilisent en solidarité avec la Seat et les Asturies. Il faut canaliser cette solidarité en la fixant sur des mots d'ordre politiques contre la dictature, capables d'exprimer le mécontentement et la volonté de lutte des masses, en les rassemblant contre l'ennemi commun.

Pour organiser et diriger cet ample mouvement, il faut mettre sur pied des organismes unitaires et démocratiques, directement liés aux masses en lutte. Ces organismes ne peuvent être que des comités élus en assemblées et révocables, qui prennent en main l’organisation des luttes et leur défense, assurant la formation de piquets regroupant les ouvriers les plus combatifs, mis en place dès le début, de façon à être le mieux préparés quand se produit l'affrontement inévitable, parfaitement structurés et armés d’un plan de défense de l'assemblée, de la manifestation, etc.

Les ouvriers de la Seat ont dû improviser leur défense au pied levé, sans aucun plan, en utilisant comme armes les pièces détachées de voitures, l'huile et les pompes à eau, etc. L'expérience montre l'efficacité de la défense des actions de masse : lors de la grève d'AEG, au printemps 70, la police n'a pu arrêter personne parce que les ouvriers sortaient en bloc de l'usine, bien structurés, protégeant leurs dirigeants ; les manifestations protégées par des piquets ont livré cent fois moins de victimes à la répression que les défilés pacifiques

si chers aux bureaucrates du PCE.

Page 9 de la numérisation

POUR UN GOUVERNEMENT DES TRAVAILLEURS

La lutte directe des masses dans les usines et dans la rue, hors des cadres légaux, organisée par des comités élus en assemblées et révocables, défendue par des piquets et des détachements de combat, l'extension de la utte à l'ensemble de l'Etat, tel est le chemin pour faire reculer la dictature comme pendant les Conseils de guerre de Burgos ; c'est le chemin qui fait progresser l'unité et l’organisation du prolétariat, par lequel il peut diriger les masses opprimées et exploitées vers le renversement de la dictature, condition de la satisfaction des besoins de la classe ouvrière et des couches exploitées et opprimées du peuple. Le démantèlement véritable de la dictature ne peut être réalisé que par un gouvernement qui représente réellement les intérêts des masses laborieuses, qui s'appuie sur leur armement et leur mobilisation, qui se soumette à leur contrôle. Seul un Gouvernement des Travailleurs, émanation des délégués des comités et assemblées, peut garantir durablement toutes les libertés démocratiques, démanteler l'appareil répressif de la dictature, instaurer le contrôle ouvrier sur la production, exproprier les principaux groupes capitalistes sans indemnisation, et créer ainsi les bases de la dictature du prolétariat qui ouvre le chemin au socialisme. Le combat direct des masses est la seule voie qui permette aujourd'hui une défense véritable de la classe ouvrière et des masses exploitées contre les attaques de la dictature franquiste, et qui prépare les conditions de son renversement et de la construction d’une République Socialiste basée sur la démocratie des Conseils Ouvriers.

CONTRE LA COLLABORATION DE CLASSE

Avancer sur ce chemin exige, en même temps que redoublent les combats contre le capitalisme en putréfaction, de combattre toutes les illusions réformistes au sein de la classe ouvrière. lllusions que propagent non seulement la bourgeoisie mais aussi certaines directions ouvriefes, et parmi elles, en tout premier lieu, celle du PCE, liéée à la bureaucratie soviétique et à sa politique de « coexistence pacifique». Ces illusions constituent un frein important aux luttes des masses et poussent à leur liquidation. La lutte de la Seat est riche en exemples. Ainsi, le respect du cadre légal préconisé par le PCE a canalisé et gaspillé la combativité des ouvriers à l'intérieur de la CNS, de ses délégués syndicaux, des dialogues avec la direction de l'entreprise et de la confiance en la Magistrature. L'échec de cette politique a été éclatant au cours des derniers mois, n'obtenant que des miettes et conduisant à de nombreux licenciements, entre autres uses délégués syndicaux combatifs.

Page 10 de la numérisation

L'entrée des ouvriers licenciés, protégés par un piquet, le lundi 18, est une réaction, quoique tardive, à tant de légalisme.

Pourtant les faits ont montré que, quand le PCE s’écarte de deux doigts du légalisme, c’est pour aussitôt y retomber de deux coudées.

Ainsi il tenta de convertir l'assemblée de la Seat en un cours de bonnes manières avec la bourgeoisie (affirmant que le seul objectif était de faire respecter la décision de la Magistrature, dialoguant avec la diréction et les sbires de la Brigade politico-sociale ….) et de lutte contre les révolutionnaires qui, avec la police aux portes, proposaient d'organiser ‘la défense de l'assemblée. La charge de la police provoqua la réaction des ouvriers de la Seat dont l'instinct de classe est plus puissant que les discours « carrillistes » -

Le lendemain matin le PCE faisait de nouveau un demi pas à gauche, appuyant la manifestation, poing levé, de la via Layetana pour enchaïner aussitôt une douzaine de pas à droite, poussant les ouvriers à s’enfermer dans la Cathédrale ou l'Evêché Après ces débordements successifs, avec les suspensions d'emploi et de salaire frappant des ouvriers de la Seat, avec les arrestations, le PCE semblait aborder le problème de la généralisation de a lutte comme une simple formalité. La combativité ouvrière et l’activité autonome des révolutionnaires ont mené la lutte beaucoup plus loin que ne le voulait le PCE, si l’on en juge à l'agitation et l’activité qu'il a développées. Finalement, le samedi 23, il décide de convoquer une manifestation à la Plaza Cataluna, mais sans qu'aucun piquet, aucune défense, ne soient organisés. Il a appelé ensuite à une journée de lutte généralisée pour le 29 octobre … toujours avec le même projet de la dévier vers la collaboration de classes qu'exige sa politique de Pacte pour la Liberté avec la bourgeoisie.

De nombreux militants du PCE, tels ceux de Rubi et Sabadell, avec qui la Liga Comunista Revolucionaria a signé un tract unitaire, se disent : « Le Parti aura compris la leçon maintenant ». Pourtant, il ne s’agit que de concessions momentanées.

Une politique qui préconise de façon conséquente le combat direct de l’ensemble de la classe ouvrière contre la-bourgeoisie n'est possible que sur la.base du marxisme révolutionnaire, de son application à l'élaboration d'une stratégie révolutionnaire de prise du pouvoir et de la construction du Parti capable d'assurer cette élaboration et sa concrétisation dans la lutte de classes.

Un Parti que la montée des luttes et la répression franquiste rendent toujours plus urgent, au point que, déjà aujourd'hui, on ne peut impulser efficacement la généralisation de la lutte à l'échelle de: l'Etat qu’au moyen d'une organisation marxiste révolutionnaire qui se construit, avec ténacité, en embryon de ce Parti. Ces exigences impérieuses de la lutte des classes condamnent à l'impuissance toutes les organisations qui, affirmant avoir rompu radicalement avec la politique de collaboration de classes du PCE, n'abordent pas de façon conséquente la construction du Parti.

Page 11 de la numérisation

TOUS UNIS CONTRE LA DICTATURE ASSASSINE

Nous ne pensons pas que les marxistes révolutionnaires puissent effacer d’un trait de plume toutes les illusions petites-bourgeoises au sein de l'avant-garde, convaincre dès aujourd'hui les militants combatifs du PCE, les syndicalistes et divers groupes centristes. Mais nous croyons que, au-delà de toutes les divergences, l'heure est venue d'unir toutes nos forces pour étendre la lutte commencée dans les Asturies et à Barcelone, de la généraliser à l’ensemble de l'Etat espagnol.

L'unité d'action de tous les combattants qui sont pour la lutte directe des masses, pour la lutte de classes, pour la transformation des luttes actuelles en lutte généralisée contre la dictature, est une nécessité de l’heure.

Dans ce but, la Liga Comunista Revolucionaria propose :

* de former des comités de solidarité pour appuyer la lutte des Asturies et de Barcelone ; pour préparer les actions de solidarité et l'extension de la lutte contre la dictature

* des arrêts de travail, grèves, assemblées générales, et sorties en manifestations des usines, des facultés, des écoles …

* de former dans des assemblées des piquets pour étendre la lutte ; d'organiser des manifestations centrales dans la rue

* l'élection de comités révocables dans les assemblées, pour assumer la «direction de la lutte

* de défendre toutes les actions face à la répression franquiste par des piquets et détachements de combat

* d'étendre la lutte pour :

AUGMENTATION DE 250F EGALE POUR TOUS SEMAINE DE 40H REINTEGRATION DE TOUS LES OUVRIERS LICENCIES LIBERTE POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES LA POLICE HORS DES USINES, DES QUARTIERS,

DES FACULTES

DISSOLUTION DE LA POLICE ARMEE, DE LA GARDE CIVILE, DE LA BRIGADE POLITICO-SOCIALE ET DES TRIBUNAUX SPECIAUX

DROIT DE GREVE, DE MANIFESTATION, DE REUNION ET D'ASSOCIATION

A BAS LA DICTATURE ASSASSINE !

Page 12 de la numérisation

@) cinq mois de lutte à la seat

La SEAT, avec ses quelques 21 000 ouvriers, est la plus grande entreprise espagnole. Depuis plus de dix ans, elle n'avait été touchée par aucune grève importante. Les mouvements qui s'étaient développés dans un atelier, faute d'information et de solidarité active, n'avaient pu s'étendre. La direction de l'entreprise, représentant avisé du grand capital, s'était attachée à mater dans l'oeuf tout mouvement et à compartimenter au maximum les différents ateliers.

La seule organisation réellement implantée à la SEAT,c'est le PCE, qui en dirige la Commission Ouvrière.La métallurgie est d'ailleurs, globalement, un secteur d'implantation privilégiée du PCE,

La forte croissance industrielle des dix dernières années y a concentré, dans de grandes unités de productionune classe ouvrière en majorité directement issue de la prolétarisation de la paysannerie pauvre. Cela explique aussi bien sa forte combativité que l'emprise particulière exercée sur elle par le réformisme stalinien.

Ainsi, lors des élections au syndicat officiel, la CNS, en mai dernier, la SEAT avait suivi massivement les consignes de vote du PCE (quelques 80% de votants); les candidats ouvriers avaient été élus, les dirigeants du PCE recueillant un maximum de voix alors que dans la plupart des grandes entreprises --surtout à Barcelone et au Pays Basque-- la campagne de boycott menée par les groupes révolutionnaires ,pour la première fois, recueillait un écho massif ; à la SEAT, l'atelier 5 était le seul à boycotter.

Au moment où ils déposaient leur bulletin dans l’urne, quatorze mille travailleurs débrayaient pour réclamer le paiement de la prime de 50 F. de la Semaine Sainte, que la direction tentait d'escamoter.

Le 5 juin, la direction impose le travail de nuit obligatoire pour l'atelier 1: Le 7, les 4 000 ouvriers de l'atelier sont en grève ,bientôt appuyés par certaines sections d'autres ateliers (la 114 du Z,etc); le samedi 12, voulant liquider le mouvement, la direction lock-oute les 5 000 grévistes pour deux jours, avec menaces de renvoi.

23 ouvriers ont été sanctionnés, dont 7 délégués syndicaux récemment élus.

Depuis le 9,la police cerne l'entreprise et les ouvriers sont systématiquement fouillés à l’entrée.La surveillance policière se renforce dans les ateliers, la tension monte.

Les militants de la LCR et leurs sympathisants du groupe

Page 13 de la numérisation

«Proletario» appellent à l'extension de la lutte, à la convocation d'assemblées ouvrières, à l'élection d'un comité de lutte dans chaque atelier, et à la coordination de tous le$ comités.

Pourtant, isolés une fois encore, les travailleurs rentrent, le mercredi 16 juin, sans avoir rien obtenu. Pendant l'été, l'agitation se poursuit. La «Magistrature du Travail» doit se prononcer sur le conflit le 31 juillet.

Le 29, un piquet de la LCR attaque la succursale de la SEAT, Plaza Cerda, brise les vitres et badigeonne : «Réintégration des ouvriers licenciés !», «Libération des ouvriers arrétés l».

Pour le 31, le PCE lance un mot d'ordre de grève et convoque une assemblée devant la Magistrature, cernée par la police armée. Quelques 300 des 600 ouvriers présents suivent nos camarades en manifestation vers la Gran Via.

La Magistrature invite la direction de la SEAT à réintégrer les ouvriers licenciés, ou à les indemniser.Début octobre, devant le refus de procéder aux réintégrations, la colère ouvrière monte. Dans la semaine du 11 au 15, l'agitation se développe dans les ateliers.

Le dimanche 17, la Commission Ouvrière décide de faire rentrer par la force les ouvriers licenciés.

Page 14 de la numérisation

@) le lundi sanglant

Aux premières heures de la matinée se torment des piquets ouvriers à l'entrée de l'usine, aux points de ramassage des cars. On informe, on explique: « Aujourd'hui ils rentrent, avec nous!,».

Les ouvriers licenciés, protégés par une cinquantaine de leurs camarades forcent la surveillance des gardiens à l'entrée et gagnent leur atelier, le 1. Assemblée, meeting, c'est la grève. On part. « en couleuvre » tourner dans les autres ateliers, bousculant les surveillants: le 2, le 3, puis le 4 et le 7, bientôt l’ensemble de l'équipe du matin, les 10.000 ouvriers sont massés devant les bureaux de la direction, l'usine est occupée!

Aussitôt l'usine est isolée, encerclée par les jeeps de la police armée: les bâtiments administratifs sont protégés par un important cordon de policiers . Les ouvriers se replient massivement dans l'atelier 1: il faut organiser la lutte.

La direction n’a plus qu'un objectif: faire évacuer l'usine. Elle s'adresse par haut-parleur à l'assemblée des grévistes, demande l'élection d'une délégation pour venir discuter avec elle. Elle se heurte à la réponse unanime : « Réintégration, Réintégration! » Le chef supérieur de la police s'est rendu sur place. La tension monte fortement, l'étau policier se resserre. =

Les militants du PCE déploient des efforts démesurés en appels au calme, tentatives de conciliation et dialogues avec la direction et la police. Quand un militant révolutionnaire réclame l'organisation de l’autodéfense, il est violemment dénoncé par le PCE, aux cris de: « provocateur »! Pourtant, quelques instants plus tard, quand la police monte à l'assaut, que les jeeps et les cavaliers pénètrent dans l'usine, arrosant de gaz les ateliers occupés, la riposte est aussi massive que magistrale.

Les quelque 5.000 ouvriers se battent farouchement, tout ce qui tombe sous la main devient arme: barres de fer, outils, pièces détachées. Des barricades rudimentaires sont dressées avec des bidons vides. Des cocktails Molotov improvisés repoussent les premières attaques, les lances d'incendie et les extincteurs l'arrosage de grenades à gaz.

Alors que certains secteurs de l'usine ont été investis, l'atelier 1 tient toujours. L'attaque s'y concentre; le toit est percé; un hélicoptère, venu en appui, arrose de grenades. Les ouvriers sortent, finalement, suffoqués: un groupe renverse des policiers à cheval et les prend à partie. C’est là que la police tire: trois ouvriers tombent. Antonio Ruiz Villalba ne se relève pas: il mourra à l'Hôpital, le lundi 1er Novembre.

Page 15 de la numérisation

Pourtant le combat continue. Ce n'est que quelques heures plus tard que l'usine sera complètement évacuée. || y a plusieurs dizaines d'arrestations, et quelque 300 ouvriers se font retirer leurs papiers d'identité.

Dehors déjà, la fièvre monte. L'équipe du soir, empêchée d'entrer dans l'usine, est partie en manifestätion dans les rues de Barcelone se heurtant aux forces de police.

Le PCE et les commissions ouvrières lancent un appel de manifestation po’'r 1e lendemaiñ.

Pendant quinze jours, Barcelone va vivre à l'heure de la SEAT.

@) deux semaines de lutte avec la I.c.r.

La force et l'ampleur de la riposte des ouvriers de la SEAT rencontrent un écho immédiat et profond à Barceiore. La grève de la constiuction à Madrid avait entraîné de nombreux chantiers dans la lutte quelques semaines auparavant. Et là-bas aux Asturies, la grève s'étend, débordant le cadre de l’entreprise d'état HUNOSA et . gagnant des entreprises privées, touchant bientôt la métallurgie; tandis qu'à Pampelune les grévistes d'IMENASA s'affrontent dans la rue à la police, dressent des barricades, appuyés par les travailleurs de la KAPLAN, et des étudiants venus en renfort.

La bourgeoisie prend peur devant la menace d'un « nouveau Burgos ». D'urgence, d'importantes forces de police convergent vers Barcelone, de plus de 500 kilomètres à la ronde. 11 faut banaliser la ville, isoler tout nouveau foyer de lutte, faire rentrer la SEAT.

L'équipe du matin est mise à pied pour une semaine, mais dès mercredi, on fait reprendre le travail aux équipes du soir et de nuit : elles rentrent, mais pour faire la grève, « les bras croisés ».

Ailleurs, la solidarité s'organise.

Page 16 de la numérisation

i

Dès lundi soir, la LCR se mobilise : mardi, dans la manifestation, sort la première déclaration du comité local de la Ligue. C'est un faux pas, grave. Le tract est avant tout une attaque très violente du PCE, et il est mal reçu. Ce faux pas va peser lourd sur l'intervention de nos camarades qui, pourtant, réagissent tout de suite. Le lendemain sort une déclaration du comité provincial, qui sera la plate-forme d'intervention de la LCR pendant les deux semaines à venir.

Dans les jouis qui suivent, dansthaque réunion uniraire à laquelle ils participent, le tract du mardi est sur la table. lis en font l'auto-critique publique. Par ailleurs, s'ils ont pu être momentanément isolés, par l'ampleur de leur intervention, ils regagnent rapidement en audience.

Sur la SEAT même, ils sortent trois feuilles « SEAT—Proletaria » : « Tous en grève ! Pas un seul jaune ! Tous unis jusqu'à la victoire ! ». Ils défendent dans la commission ouvrière leurs mots d'ordre et leur plate-forme d'intervention. Dans les entreprises de Barcelone et de sa banlieue ouvrière où ils sont implantés, ils appellent à la grève en solidarité.

A l'université, ils montent des CLAS, Comités de Lutte en Appui à la SEAT.

Au début de la deuxième semaine de lutte, dans deux agglomérations de la banlieue ouvrière de Barcelone, à Sabadell et à Rubi, le PC les convoque à une réunion unitaire. Les camarades de la LCR se présentent avec un projet de tract qui reprend globalement leur plate-forme d'intervention.

Appelant au renversement de la dictature franquiste et à l'instauration d'un gouvernement révolutionnaire, appelant à i'oryanisation de piquets d'auto-défense et de détachements ouvriers de combat, le tract est signé à Sabadell par le PSUC (Parti Socialiste Unifié de Catalogne, sigle du PC en Catalogne), les Jeunesses Communistes, les Commissions ouvrières, la LCR, l'OSO (Opposition Syndicale Ouvrière, organisée par les maoïistes ortiiodoxes du PCMLE) ; à Rubi .par le PSUC, la LCR, les Commissions ouvrières, l'OSO et l'USO (Union Syndicale Ouvrière, groupe syndicaliste d'origine chrétienne).

Que le Parti Communiste ait pu, localement, signer cette déclaration, donne une idée de la profondeur de la mobilisation et de la nécessité dont prend conscience une large avant-garde de franchir un nouveau pas dans la lutte. Une avant-garde qui rompt dans l'action avec la politique légaliste du PCE et dont les aspirations révolutionnaires rejettent le programme de collaboration de classes, d'alliance avec la « bourgeoisie libérale » qu'est le « Pacte pour la liberté ». Il est primordial de gagner cette avant-garde à la construction du parti révolutionnaire, de faire de sa rupture spontanée avec le réformisme du PCE une adhésion consciente au programme de la révolution socialiste.

Apprécier correctement les aspects contradictoires de la politique du PCE, construire l'unité d'action la plus large tout en défendant le programme révolutionnaire, telle est la tâche à laquelle se heurte la LCR. C'est par là que passe la construction du parti révolutionnaire.

Page 17 de la numérisation

a. aux masses travailleuses de sabadell : solidarité avec la seat!

La lutte ouvrière s'est levée à la Seat.

Un poing énorme, fort, crispé, plein de haine contre l'oppresseur a atteint les ateliers, les usines, les rues, rassemblant tous les souffles, tous les cris, toutes les espérances des travailleurs, et s'est abattu sur la tête de la DICTATURE ASSASSINE, prêt à lui asséner un coup mortel.

Devant la lutte des masses pour leurs besoins économiques et politiques, la dictature franquiste découvre son visage authentique et criminel : les mains des assassins à son service tuent des ouvriers (Grenade, Pays basque, Pedro Patino à Madrid, aujourd'hui Barcelone), frappent et torturent bestialement, occupent les usines, les universités, les quartiers, les écoles … La dictature ne peut rien donner de ce que veulent les ouvriers et le peuple, elle ne peut offrir que les balles contre les poitrines des ouvriers, essayer d'éviter que les poings qui se lèvent par milliers dans tout le pays (les mineurs et les ouvriers de la métallurgie aux Asturies, les barricades des ouvriers de Imenasa à Pampelune, la construction à Madrid, les universités, et en Catalogne en solidarité avec Seat : Siemens, Pegaso, Cispalsa, Maquinista, Condiesel, Consusa, Ceramicas de Papiol, Lamparas Z, Philips, Cometsa, Clausor, Catex, Hispano Olivetti, la construction de Bellatera, Terlenka, la Seda, Tornilleria Mata, Odag …, totalisent entre 70 000 et 100 000 ouvriers en lutte sous le drapeau de la solidarité ouvrière contre le régime opus-franquiste) et que l’on ne peut plus arrêter, ne puissent se fondre en un seul poing, énorme, qui soit son bourreau et son fossoyeur.

Le combat des ouvriers de la Seat prend place sur le chemin de la répression de la dictature pour maintenir le pouvoir de ses affaires, de ses bénéfices, et de son exploitation, n'hésitant pas à tuer ; et prend ‘place sur le chemin de la lutte des ouvriers pour leurs objectifs, économiques et politiques, qui seront seulement atteints

par le renversement de la dictature et l'instauration d'un

Page 18 de la numérisation

GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE, basé sur la plus large démocratie des masses populaires.

Ces chemins s'affrontent, l'un contre l'autre, durement, violemment, incompatibles.

* || n'y a pas de place pour des pactes d'aucune sorte avec les exploiteurs qui nous assassinent.

* Nous devons organiser les luttes bien défendues sur tous les terrains pour éviter qu’elles ne soient liquidées par la répression.

SEULE LA LUTTE GENERALISEE, ORGANISEE, ET DEFENDUE, REND EFFECTIFS LES COMBATS CONTRE LA DICTATURE.

ET LA LUTTE DES OUVRIERS DE SEAT NOUS IMPOSE :

— DES ASSEMBLEES D'USINES, AVEC LEURS COMITES ELUS ET REVOCABLES, qui organisent les grèves, les arrêts en solidarité avec les valeureux ouvriers de Seat et pour les objectifs de la classe ouvrière.

— LA SORTIE EN MANIFESTATIONS qui portent dans les quartiers la lutte contre la dictature.

— DES PIQUETS D'AUTO-DEFENSE ET DETACHEMENTS OUVRIERS DE COMBAT organisés par les assemblées, garantie de la défense des luttes contre la répression des assassins à la solde du régime franquiste.

Organisons la lutte en appui aux ouvriers de Seat pour généraliser les grèves, pour faire des collectes pour les grévistes, pour organiser les actions.

\ LUTTONS EN SOLIDARITE AVEC SEAT ET POUR : L'AUGMENTATION DE 250F EGALE POUR TOUS, SANS DISTINCTION DE SEXE, CATEGORIE OU AGE LA JOURNEE DE 40H, SANS AUGMENTATION DES CADENCES 100 % DU SALAIRE EN CAS DE MALADIE, ACCIDENT... CONTRE LA VIE CHERE READMISSION DES LICENCIES! LIBERTE POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES !

POUR LE DROIT DE GREVE, D'ASSEMBLEE, D'ASSOCIATION, DE MANIFESTATION LA POLICE HORS DES ENTREPRISES, DES UNIVERSITES, DES ECOLES ET DES QUARTIERS ! DISSOLUTION DES TRIBUNAUX SPECIAUX ; DE LA POLICE ARMEE, DE LA GARDE CIVILE ET DE LA BRIGADE. POLITICO—SOCIALE ï POUR UN SYNDICAT DE CLASSE !

UNIS, NOUS VAINCRONS ! C'EST LE CHEMIN DE LA GREVE GENERALE !

PSUC (PC) — JC — CO (Commissions ouvrières) — LCR — OSO (Opposition syndicale ouvrière) — Sabadel!l.

Page 19 de la numérisation

Les 27 et 28 octobre, la L.C.R. appelle à la

= grève générale pour le vendredi 29. vendredi tous en grève

dans la rue

Plus de 10 000 mineurs asturiens poursuivent leur grève. Plus de 15 000 ouvriers de la Seat poursuivent la lutte. Ni les attaques de la police, ni les licenciements, ni les menaces, ni les fusillades, n'ont pu liquider la lutte ouvrière.

Aujourd'hui la classe ouvrière dit : assez !

Assez de la hausse des prix, des salaires misérables, des journées de travail épuisantes !

Assez de n'avoir aucun droit !

Assez de tromperies ! Ni représentants «syndicaux », ni Magistrature, ni conventions, ni juridictions bourgeoises, qui ne servent que la bourgeoisie !

Si les capitalistes lâchent quelque chose, ce sera par la peur qu'ils ont de plus de 20 000 ouvriers qui ont levé le poing pour dire : assez /

Aucun gouvernement bourgeois ne peut satisfaire les besoins des masses laborieuses. Au prolétariat, à toutes les couches opprimées, il ne reste qu'un chemin: l’action directe, vers le renversement de la dictature assassine du grand capital.

Pour un Gouvernement des Travailleurs, émanation d’un Congrès des délégués de comités élus en assemblées et révocables !

A BAS LA DICTATURE ASSASSINE ! AVEC LA SEAT ET LES ASTURIES, TOUS EN LUTTE !

La classe ouvrière dit : assez ! La bourgeoisie répond par les balles. En vain : la Seat et les Asturies poursuivent la lutte. Et de nombreux travailleurs l'ont compris : la lutte de la Seat et des Asturies est la lutte de tout le prolétariat, de tout le peuple. || faut appuyer et étendre cette lutte. Il faut empêcher que les ouvriers de la Seat et les mineurs asturiens restent isolés. C’est ce qu'espéraient les bourgeois. Les travailleurs l’ont très bien compris à Cispalsa, Siemens, Cometsa, Tuperin, Clausor, T.Mata, Lamparas Z, Philips, Elsa, la construction de Bellaterra, Laseda, Odag, et bien d’autres.

‘ Mais il ne suffit pas d'être nombreux. La bourgeoisie s'efforce d'isoler les luttes, de gaspiller les énergies. Il faut frapper tous ensemble, tous en même temps: une seule lutte de tous les travailleurs, en rangs serrés, pour frapper comme un seul poing la bourgeoisie à la nuque.

Page 20 de la numérisation

Le PCE-—PSUC et ses Commissions ont appelé à la grève générale pour le vendredi 29 et à une manifestation le même jour, à 8H du soir, dans toutes les localités. Une grève générale ne se prépare pas comme ils l'ont fait et le font.

Le chemin de la lutte des travailleurs de la Seat et des Asturies, le chemin vers la lutte unie et efficace contre le capital et sa dictature n’a rien à voir avec la politique de collaboration de classes du PCE et de.ses Commissions Ouvrières, qui prêchent le pacifisme, le respect des lois bourgeoises et le dialogue avec la Brigade politico-sociale.

La lutte ouvrière n’a rien à voir avec les pleurnicheries à la CNS ou à l'Evêché que prône le PCE. Ce sont ceux-là mêmes qui convoquent, qui font le minimum pour étendre la lutte, qui n'organisént “aucune assemblée à la Seat quand elle est plus nécessaire -que jamais. Ceux qui appellent à manifester sont ceux qui transforment les manifestations en cortèges pacifistes.

Mais peu importe. Ils ont appelé à la grève générale pour le 29, à la manifestation à 8H. Ce dont a besoin le mouvement ouvrier et populaire maintenant, c'est de frapper tous ensemble. Cet appel peut permettre d'avancer sur ce chemin. Vendredi, la lutte peut franchir un nouveau pas. Tous les ouvriers, les étudiants, et les combattants conscients, doivent faire grève vendredi, et se joindre à la manifestation. F VENDREDI 29, TOUS EN GREVE !

Assemblées générales ! En grève! Elisons nos comités, responsables devant l'assemblée pour organiser la lutte aux côtés de la Seat et des Asturies !

VENDREDI 29, TOUS DANS LA RUE !

Sortons en manifestation des usines et des universités, pour étendre la lutte à d'autres entreprises, aux quartiers …

Et à 8H, organisons-nous, rejoignons la manifestation centrale ! Organisons et défendons notre grève et nos manifestations. Formons des piquets d'auto-défense et des détachements de combat. G

C'EST LE CHEMIN VERS LA GREVE GENERALE :

REINTEGRATION DES OUVRIERS LICENCIES

LIBERATION DES EMPRISONNES

250F POUR TOUS

SEMAINE DE 40H

POUR LE DROIT DE GREVE, DE REUNION, D'ASSOCIATION

ET DE MANIFESTATION

DISSOLUTION DES TRIBUNAUX SPECIAUX ET DES FORCES CE REPRESSION

Comité Provincial de la Liga Comunista Revolucionaria.

Page 21 de la numérisation

Près de 70.000 ouvriers ont fait grève à Barcelone: arrêts d'une heure, grèves de 24 heures, sorties en manifestation. des mouvements se sont développés tant dans les entreprises où le P.C. est implanté que dans celles où se fait sentir l'influence des groupes révolutionnaires et qui avaient boycotté les « élections syndicales » en Mai dernier. Tandis que les ouvriers de la SEAT font échec à une nouvelle tentative de la direction pour leur faire reprendre le travail, le P.C.E. et les Commissions Ouvrières appellent à la grève générale pour le Vendredi 29, et à une nouvelle manifestation Plaza Cataluna.

Il y aura, ce jour-là encore, de 70.000 à 100.000 ouvriers en lutte à Barcelone. La manifestation n'en draine qu'une faible partie. Mardi, le travail reprend à la SEAT. A nouveau, l’ordre règne. Cet ordre qui après avoir réussi à mater pendant plus de dix ans tout mouvement de lutte, à l'image de la dictature franquiste, commençait à se croire éternel. Cet ordre qui ne peut se survivre que dans le sang: Antonio Ruiz Villalba, combattant du 18 Octobie à la SEAT, est mort la veille.

Les ouvriers sont rentrés, sans avoir rien obtenu. Mais ils ne sont pas battus: le sens de leur victoire est ailleurs, dans la puissante vague de solidarité qui vient de secouer Barcelone, dans la conscience de la force que donne l'unité dans la lutte, pour la première fois en action à la SEAT. Les ouvriers sont rentrés, come on bat eu retiaite ‘pour préparer la prochaine offensive.

Page 22 de la numérisation

6) la “iga comunista revolucionaria”

interview de deux dirigeants

Nous publions ici l'interview de deux dirigeants de la «Liÿa Comunista Revolucionaria»,réalisée au début de l'été 1971. Les leçons que nos camarades tiraient à cette époque des mobilisations de l'hiver dernier contre les conseils de guerre de Burgos ont été largement confirmées par les grandes luttes qui viennent de secouer Madrid, Barcelone et les Asturies. Par ailleurs, le bilan critique de leur propre évolution, du Grupo Comunismo à la L.C.R., est riche en leçons pour l'ensemble de l'extrème-gauche qui se heurte à la tâche ,plus urgente que jamais, de construction du Parti Révolutionnaire.

@ — La victoire du mouvement de masses de novembre-décembre 1970, le recul du pouvoir, marque l'ouverture d'une nouvelle phase de la décadence de la dictature franquiste, le « crépuscule du franquisme ». Comment s'est exprimé ce changement ?

— Je ne reprendrai pas le cadre général de notre analyse de l'Espagne franquiste qui est synthétisé dans l'éditorial de la revue « Quatrième Internationale » auquel tu fais allusion (1). Je veux simplement souligner ou concrétiser certans aspects ; ainsi, les aspects qualitativement nouveaux qu'ont revêtus les mobilisations elles-mêmes :

(1) Le crépuscule du franquisme, « Quatrième Internationale,. N° 47, janvier 1971.

Page 23 de la numérisation

— la classe ouvrière a eu recours à des formes de luttes enterrées jusqu'alors dans son passé héroïque mais lointain. Ainsi à Eibar, au Pays Basque, la police a dû quasiment prendre d'assaut la ville en état préinsurrectionnel ;

— aux côtés de la classe ouvrière se sont mobilisées les couches de la petite bourgeoisie jusque là apathiques:

— cela s'est combiné à un renouveau du mouvement étudiant qui malgré sa retombée rapide, traduit un phénomène profond ;

— enfin, s'est produite une large mobilisation à peu près spontanée des lycéens.

On peut alors formuler ainsi les changements qualitatifs intervenus dans la situation :

1. Le mouvement de masse a remporté une victoire éclatante. Après avoir fait tirer sur les” manifestants à Erandio, à Grenade, après avoir menacé du conseil de querre les travailleurs du métro en grève à Madrid, le gouvernement a été amené à une rupture brusque dans son escalade répressive, et contraint à battre en retraite.

2. La crise du franquisme s'exprime aujourd'hui de façon patente dans son impuissance à faire face au mouvement de masse par la combinaison ou l'alternative de ses deux méthodes classiques intégration-répression.

La dictature franquiste a brûlé dans l'affronte-

‘ment sa dernière cartouche gouvernementale : l'équipe

« monocolore », la « sainte maffia de l'Opus Dei», le « gouvernement de la succession » s'est démasqué sans appel. Aucune. combinaison gouvernementale ne peut plus donner l'illusion d'une éventuelle solution de rechange.

@ — Si elle ne peut plus jouer sérieusement la carte évolutionniste, si elle ne peut plus espérer intégrer de larges couches dans un projet de « démocratisation progressive » du régime franquiste, quelle peut être la politique de la bourgeoisie espagnole ?

— Sa politique est claire, et elle n’a pas d'autre choix : accentuer la répression. Ainsi a été prolongé l'état d'exception, ont été promulguées de nouvelles législations et multipliées les opérations policières. La police occupe en permanence les universités, investit les usines en grève...

Page 24 de la numérisation

Toute possibilité d'« évolution », d’e ouverture », était étroitement liée à la capacité de la bourgeoisie à contenir les luttes de masse. Aujourd'hui, elle ne peut que parer au plus pressé, pour tâcher d'empêcher une montée généralisée des luttes. À cet effet, la répression se différencie, s'efforce d'opérer sélectivement : il s'agit avant tout de frapper durement les groupes révolutionnaires et les organisations ouvrières en général, de les démanteler durablement : il s'agit également de mater les luttes « phare », les liquider avant qu'elles.re fassent tache d'huile.

Le mouvement de masse après sa victoire s'est rapidement décomposé en une multitude d'actions revendicatives, contrariant la tentative de relance économique. Cette « retombée » s'est cristallisée en quelques points chauds, donnant naissance à une série de luttes exemplaires : Harry Walker, Macosa, Maquinista. Autant de luttes dont la remarquable combativité montrait assez la conscience qu'avait la classe ouvrière d'avoir remporté Une importante victoire, mais dont le relatif isolement dans le cadre du reflux. des mobilisations de masse permit à la bourgeoisie de les réduire sans concession.

Mais les luttes du printemps et le puissant mouvement de boycott aux élections syndicales montrent clairement que la montée du mouvement ouvrier se poursuit à Un niveau supérieur, nourrie par la naissance d'une nouvelle avant-garde.

® — Peux-tu préciser les caractéristiques de cette nouvelle montée des luttes ?

— Tout d'abord, elle touche des secteurs vierges. La lutte de la classe ouvrière dans les entreprises « contamine » maintenant les quartiers ouvriers où se produisent de puissantes explosions : à Santa Coloma, protestant contre l'insuffisance criminelle des installations hospitalières, quelques huit mille manifestants se sont affrontés pendant trois heures avec la police.

On assiste également aujourd'hui à la mobilisation prolongée de couches semi-prolétariennes et petitesbourgeoises : manifestations de camioneurs à Saragosse, s'organisant pour bloquer la circulation ; grève dans le secteur hospitalier se terminant au bout de trois mois sur une victoire partielle, la réadmission du personnel licencié ; mobilisation des professeurs appuyés par le mouvement lycéen.

Page 25 de la numérisation

Il y a d'autre part le développement d'une nouvelle avant-garde ouvrière ample, structurée politiquement par la crise des deux composantes traditionnelles du mouvement ouvrier : le Parti communiste d'un côté, et le courant syndicaliste chrétien de l’autre. Elle commence à faire siennes les formes de lutte radicales défendues par les groupes révolutionnaires : élection de comités de lutte responsables devant l'assemblée des grévistes, mise en place de piquets d'autodéfense et de propagande. C'est elle qui s'est reconnue massivement dans la campagne de boycott des élections syndicales, rompant avec la politique participationniste du P.C.E. Ainsi s'expliquent les résultats impressionnants : plus de 50% de boycott actif dans les grandes entreprises de Barcelone, au Pays Basque et à Madrid...Face à cette rupture

massive avec le légalisme réformisme du P.C.E. il est d'autant plus regrettable que le groupe « Bandera Roja » à Barcelone ait jugé bon de se distinguer en poussant l'opportunisme jusqu'à faire campagne pour les élections aux côtés du P.C.! On assiste d'ailleurs, en général, à une clarification de la situation de l’extrême-gauche précipitée par cette montée des luttes qualitativement nouvelle.

@ — Tu devrais d'abord revenir sur la crise du PSC:

— Oui. Il est certain que le P.C.E. a été sérieusement ébranlé par cette poussée ouvrière hors de son emprise. Il y a une démoralisation évidente des militants du P.C. relativement isolés dans les entreprises. Les conflits inter-bureaucratiques au sommet, les attaques violentes de la fraction Lister contre la direction Carrillo ont au moins provoqué une perte de prestige des dirigeants. Tels sont les facteurs qui ont provoqué les récentes crises : à Madrid, deux scissions dans la J.C. entraînant plusieurs dizaines de militants ont donné naissance aux groupes « Lucha Obrera » et « Union Hermanos Proletarios ».

La rupture se cristallise sur la remise en cause des formes de lutte pacifiques et de la ligne réformiste du « Pacte pour la liberté »; parfois, également, sur la base de violentes critiques antibureaucratiques. Malheureusement, en l'absence d'une force marxiste révolutionnaire capable de polariser ces courants, la rupture avec le stalinisme tend à rejeter également le léninisme pour rejoindre le syndicalisme révolutionnaire.

Par ailleurs, après l'échec relatif de l'opération Lister, la bureaucratie soviétique continue son travail

Page 26 de la numérisation

de sape pour ramener le P.C.E. dans les rangs : le 1er mai, en pleine campagne d'élections syndicales, offrant une caution inespérée à la bureaucratie phalangiste de la C.N.S., le Kremlin envoyait une délégation artistique ! Et Carrillo, toujours en équilibre scabreux, cherche à renforcer sa position en multipliant les démarches’ auprès des potichés de la soi-disant « opposition libérale » pour donner quelque vraisemblance au « Pacte pour la Liberté », tout en préparant la grève générale qui doit l’appuyer.

Ainsi, confrontés à la crise du P.C., aux tâches nouvelles de l'heure, la plupart des groupes d'extrêmegauche ont connu :une crise sérieuse.

Le P.C.R. avec une rapidité étonnante allait succomber à son délire activiste. Le P.C.I., très durement frappé par la répression, est en grande partie rayé de la carte. L‘E.T.A. dont l'essentiel de la direction se trouvait sur le banc des. accusés au procès de Burgos, a dû se restructurer et connaît aujourd’hui un processus de clarification politique. Cette incapacité des groupes révolutionnaires à organiser la nouvelle avant-garde a provoqué la: multiplication de groupes locaux, autonomes, politiquement. confus que l'on peut qualifier de syndicalistes-révolutionnaires. Dans ce même cadre est apparue l'O.R.T., organisation politique issue du couran: syndicaliste chrétien, l'A. S.T.

Le groupe « Comunismo » lui-même a connu des difficultés importantes et la création de ia L.C.R. n'a pas été un accouchement sans douleur !

@ — Oui. Raconte un peu votre histoire.

— La Ligue (L.C.R.) a été créée seulement au début de cette année ; jusque là nous étions le groupe « Comunismo ». Mais lés origines véritables de notre organisation remontent au printemps 1969, quand nous nous sommes constitués en fraction dans les O.F. (Organisations Front : F.O.C., FL-P., ES.B.A.) en crise, peu avant leur éclatement. Nous nous sommes regroupés en réaction contre l'éclectisme idéologique et l'opportunisme politique de cette organisation centriste, et contre les manœuvres de la direction en place.

Et pendant toute une première période, notre hétérogénéité politique et notre faiblesse organisationnelle ont pesé lourd : nous avons traversé une phase presque exclusivement consacrée au débat interne, oï la nécessité d'autojustification et d’autopréservation “u groupe a déterminé un cours fondamentalement sectaire. Nous avons combiné le dogmatisme théorique et

Page 27 de la numérisation

lultra-gauchisme politique (rejet de toute revendication démocratique !) ; le véritable visage de cet ultra-gauchisme s'est révélé, lorsque s'est développée notre intervention clans les usines, dans notre pratique économiste.

Deux facteurs allaient décider de notre évolution ultérieure. D'une part se resserraient nos liens avec la Ligue Communiste et, rompant avec notre attentisme opportuniste, nous décidions, il y a bientôt un an, de rejoindre les rangs de la IVe Internationale. Seule une faible minorité s'opposa à ce processus et, exclue, se jeta dans les bras des lambertistes (ils se considèrent, aujourd'hui encore, comme la « fraction trotskyste du groupe Comunismo »). D'autre part, nous sommes passés par le feu de la lutte de classes, qui nous a infligé de cinglantes leçons. Les puissantes mobilisations de Burgos nous ont forcés à rompre radicalement avec notre première attitude ultra-sectaire qui nous avait fait boycotter la journée de mobilisation du 3 novembre, organisée par le P.C. et les commissions ouvrières. Nous avons pu commettre des erreurs par incompréhension politique ; d'autres étaient surtout dues à notre inexpérience ; et certains groupes nous ont critiqués d'autant plus confortablement qu'ils pratiquent, eux, systématiquement, l'abstention face aux luttes. À ce sujet je voudrais souligner que nous n'avons pas fini de payer, et assez cher déjà, l'absence d'un noyau organisé, aussi faible soit-il, qui ait véhiculé les acquis marxistes révolutionnaires et fécondé les nouvelles générations qui se lèvent. À voir nos difficultés, on apprécie mieux l'importance décisive qu'a eue le P.C. I. en France dans la construction de la J.C.R., puis de la Ligue Communiste.

@ — Et maintenant ?

— En deux ans d'existence, de la fraction des O.F. à la L.C.R., nous avons parcouru un chemin considérable. Depuis plus d'un an nous intervenons dans la plupart des luttes importantes, de la grève de A.E.G. à celle de la SEAT. Nous avons acquis une influence certaine et nous organisons dans les usines une frange importante de sympathisants dans les comités « Proletario ». Nous avons, pendant deux mois, jeté toutes nos forces dans la campagne de boycott aux élections « syndicales », formant des comités de boycott dans les entreprises, les universités, les quartiers Et entraînant en manifestation, le 17 mai, plus de mille deux cents militants à Madrid, Barcelone, Valence et Bilbao. Nous nous battons sur une plate-forme combinant revendications économiques et politiques :

Page 28 de la numérisation

— äugmentation de 3.000 pesetas (environ 250 Frcs pour tous | =

— semaine de 40 heures !

— liberté pour les militants emprisonnés ! À bas les tribunaux d'exception ! Halte aux licenciements ! Pour le droit de grève, d'organisation, de réunion'!

— à bas la C.N.S., syndicat fasciste au service du patronat, de sa police et de sa politique de conventions collectives !

— À bas la dictature franquiste !

Une large avant-garde se reconnaît déjà dans ce système de mots d'ordre. Nous nous battons pour construire l'unité d'action des groupes révolutionnaires autour d'un tel programme de luttes et entraîner les militants du P.C. qui remettent en question son réformisme légaliste. Nous nous battons pour que la classe ouvrière assimile les formes et les méthodes de lutte les plus avancées : comités de grève responsables devant l’assemblée des grévistes ; piquets d'autodéfense et de propagande, contre les jaunes et les mouchards.

Nous nous battons pour construire un parti révolutionnaire, seul capable de prendre en charge les intérêts de la classe ouvrière et de renverser la dictature franquiste par une révolution socialiste. Notre tâche centrale, c'est construire la L.C.R.,, construire la IVe Internationale.

Page 29 de la numérisation

solidarité !

, Les grandes luttes de l'hiver dernier contre le procès de Burgos ont ouvert une nouvelle phase dans la crise de la dictature franquiste: le crépuscule du franquisme.

Moins d'un an après, une nouvelle vague de luttes touchait les trois centres névralgiques de l'Espagne. Ainsi s'affirme le mürissement d'une crise révolutionnaire: dans ces combats se préparent les prochains affrontements qui dresseront la classe ouvrière contre la dictature franquiste.

Plus qu'ailleurs peut-être, se fait cruellement ressentir la disproportion tragique entre les capacités d'action de l'avant-garde révolutionnaire et les tâches énormes qui d'ores et déjà lui incombent.

Combler ce retard, c'est une tâche qui se pose à l'ensemble de l'avant-garde à l'échelle internationale. Les luttes de l'hiver dernier ont montré de quel poids pouvaient jouer des mobilisations puissantes dans toute l'Europe au côté des travailleurs espagnols en lutte.

A l'heure où l’Europe capitaliste s'apprête à accueillir en son sein ouvertement l'Espagne franquiste, à l'heure où la bureaucratie soviétique normalise ses rapports avec le régime, à l’heure où la bureaucratie polonaise pour la deuxième fois poignarde froidement la grève des mineurs asturiens en assurant des livraisons de charbon au patronat, la solidarité internationale est plus nécessaire que jamais.

Page 30 de la numérisation

sommaire

INTRODUCTION : Vers de nouveaux combats 1— déclaration du Bureau Politique de la «Liga Comunista Revolucionaria» 2— cinq mois de lutte à la SEAT 3— le lundi sanglant 4— deux semaines de lutte avec la LCR 5— la LCR : interview de deux dirigeants. CONCLUSION : Solidarité !

a

Page 31 de la numérisation

Page 32 de la numérisation

ligue communiste

Suppiement à Rouge 132. Imprimerie Moriamé.

Une erreur sur cette page ?