Sommaire (d'après RaDAR)
- Introduction
- Dictionnaire
- Un peuple malade
- Des traditions de luttes anciennes
- Une victoire confisquée
- Les illusions perdues
- Du massacre des mineurs à la guerilla du Che
- Le gouvernement Ovando : le miroir aux alouettes
- L’armée : parti de la bourgeoisie en uniforme
- Torres : président des travailleurs ?
- L’assemblée populaire : un soviet ?
- Cogestion ou contrôle ouvrier ?
- Les propositions du POR
- La contre-révolution
- ... et la faillite des directions réformistes
- Tirer les leçons : s’organiser
- La révolution sera socialiste ou ne sera pas
- Lors de la crise révolutionnaire, le pouvoir est au bout du fusil
- Construire le parti révolutionnaire, construire l’Internationale
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introduction
En 1959, la victoire de la révolution cubaine ouvrait une nouvelle étape du mouvement révolutionnaire latino-américain. De l'entrée triomphale à la Havane à la Baie des Cochons, les succès remportés par Fidel Castro et le peuple cubain sur l'impérialisme soulevaient l'enthousiasme à travers le continent ; du Rio Grande à la Terre de Feu, la révolution socialiste était à l’ordre du jour.
Un incontestable développement du mouvement révolutionnaire s'ensuivait.
Au Vénézuela, les FALM (Forces Armées de Libération Nationale) se développaient rapidement, menant des actions armées dans la plupart des régions du pays. En Colombie, au Guatémala, au Pérou, des foyers de querilla naissaient et se développaient. Dans ce dernier pays, notre camarade Hugo Blanco dirigeait un mouvement de masse de paysans pauvres pour la récupération des terres dont ils avaient été chassés par les grands propriétaires latifundiaires.
Au Brésil, les paysans du hordeste étaient massivement mobilisés derrière les Liques Paysannes de Francisco Juliaë.
Après la défaite cubaine, l'impérialisme ne semblait quère en mesure de s'opposer efficacement à cette montée révolutionnaire. d'autant que dans la plupart des pays la débilité de ses alliés locaux n'était que trop évidente.
Dès les années 1964—1965, cependant, Washington se resaisissait et portait un premier coup d'arrêt à ces développements.
— Au Brésil, par l'intermédiaire d’un coup d'Etat militaire d'extrème droite, suivi d’une répression sanglante sous forme d'extermination physique des militants révolutionnaires — extermination qui se poursuit encore aujourd'hui.
morts au combat
Luis Eduardo Merlino, camarade Nicolau, torturé à mort par la police brésilienne en juillet 1971.
Tomas Chambi,
membre du CC du POR, mort à La Paz au cours des journées de septembre 71 à la tête d'un détachement armé de paysans.
Luis Enrique Pujais,
dirigeant du PRT, assassiné en septembre 71 par les réseaux fascistes argentins avec la complicité de la police officielle.
— Au Vénézuela sous une forme plus subtile rendu temporairement possible par un développement économique lié à l'exploitation policière, mêlant la répression et l'illusion démocratique.
— A Saint-Dominque enfin, par l'intervention directe de 40.000 Gl's contre un mouvement dont la victoire paraissait à portée de la main, vu le soutien populaire massif dont il disposait.
Intervention directe, massive ou différenciée, dictature sanglante, ou illusion réformiste et démocratique, c’est dans le cadre de ce tryptique que s'est organisé, depuis, la riposte de l'impérialisme.
Une victoire « à la cubaine », rapide et un peu par surprise, devenait dès lors impossible.
Une première reprise — en grande partie sous l'impulsion de la direction castriste — fut donnée à cette offensive : l'internationalisation — ou plutôt la continentalisation — de la lutte, dans le cadre de l'OLAS, lutte dont la révolution cubaine se considérait comme partie prenante.
C'était un pas en avant considérable, qu'illustrait de manière héroïque le Che en ouvrant un nouveau front de lutte en Bolivie. lJne telle orientation renouait avec les meilleurs traditions internationalistes du mouvement ouvrier et rompait catéqoriquement avec 30 années de mystifications staliniennes sur le socialisme —par — étape — et — dans — un — pays.
Deux facteurs, inextricablement liés ont cependant très vite sonné le glas de l'OLAS, du moins telle qu’elle était conçue initialement ; l'échec de la querilla bolivienne en octobre 1967, et les faiblesses de Cuba tant sur le plan de l'isolement international, que sur le plan politique interne.
L'échec de la querilla bolivienne, la mort du Che, au-delà de données spécifiques, telle la dépendance par rapport au Parti Communiste local, ce qui traduit une mécompréhension du rôle du stalinisme à l'échelle internationale, mettaient en évidence les faiblesses et les carences de la statégie cubaine, du « modèle » cubain. Le foyer de querilla, réputé invincible, apparaissait singulièrement vulnérable, s’il restait isolé du milieu dans lequel il était supposé se mouvoir — la paysannerie — s'il n'établissait pas des liens étroits avec les zones urbaines. L'absence de travail politique réel en dehors de la querilla, en dernière analyse de parti révolutionnaire ; les liens entre ce dernier et le travail armé, quelle forme de lutte armée, tels sont les problèmes qui sont toujours au centre des débats actuels au sein du mouvement révolutionnaire latino-américain.
La direction cubaine, au lieu de tirer les leçons réelles de l'échec, semble au contraire avoir amorcé depuis un retrait du champ de bataille latino-américain. Les problèmes économiques auxquels était alors confrontée — et reste aujourd'hui
confrontée — l’île rebelle, problèmes qui la rendent quasi-totalement dépendante du bon vouloir de la bureaucratie soviétique ont été décisifs à cet éqard. Une politique contradictoire à celle de coexistence pacifique menée par Moscou était difficile pour les dirigeants cubains dans ce cadre. Malgré toutes ces données objectives, un bilan reste à tirer du tournant politique de Cuba, après 1967.
Un contexte nouveau s'est depuis lors établi en Amérique Latine dans lequel Cuba joue un rôle beaucoup plus modeste. De la lutte des étudiants mexicains en septembre 1968 à l'Assemblée Populaire Bolivienne, de Santiago du Chili à Montevideo, une nouvelle remontée du mouvement révolutionnaire latino-américain est évidente.
La confusion politiaue et stratégique qui fut l’une des causes des échecs précédents est loin d'être estompée. Les tendances militaristes, aussi bien que les illusions réformistes subsistent un peu partout. À cet égard l'expérience bolivienne sur la base d'une tradition de lutte particulièrement riche, le surgissement de l’Assemblée Popuplaire, les débats qu'elle a suscités, son échecmême, peuvent être des éléments décisifs de clarification pour l'avant-garde latino-américaine.
Dans cette nouvelle vaque de lutte révolutionnaire en Amérique Latine, la IVème Internationale est partie prenante. Partout où son implantation le permet, ses militants, ses organisations sont à la pointe du combat, que ce soit en Argentine, avec le PRT/ERP, en Bolivie avec le PO®S, au Mexique, au Pérou ou au Brésil.
Partie prenante des luttes, la [Vème Internationale a subi avec d'autres, les coups très durs portés ces derniers mois par les forces répressives à travers le continent.
Au Brésil, notre camarade Luiz Eduardo Merlino est mort sous la torture pour avoir refusé de « parler ».
En Arqentine, notre camarade Luis Pujals dirigeant du PRT/ERP, est mort, victime de polices parallèles, exécutrices des volontés du aénéral Lanusse. Près de 80 militants du PRT sont aujourd’hui en prison, parmi eux le camarade Santucho lui aussi dirigeant du PRT.
En Bolivie enfin, le camarade Chambi, membre du CC du POR est mort dans les combats qui ont suivi le coup d'Etat de Banzer à la tête d'une colonne de paysans armés. Avec lui ce sont 40 camarades du POR qui ont été tués durant ces journées décisives.
Mous leur dédions cette brochure, premier acte d'une campaqne intsnationale que mènera la Vème Internationale contre la répression et pour la defense des prisonniers politiques latino-américains.
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dictionnaire
C.0.B. Centrale ouvrière bolivienne fondée en 1953 sous l‘impulsion des marxistes-révolutionnaires. « Caisse enregistreuse » des mouvements des masses, elle se bureaucratisera rapidement demeurant jusqu'à aujourd'hui sous le contrôle des directions traditionnelles PRIN — MNR — PC etc... Son importance politique est à la mesure de la très forte tradition d'organisation syndicale en Bolivie.
F.S.T.M.B. Fédération Syndicale des Travailleurs Miniers de Bolivie. Fer de lance de toutes les grandes mobilisations du prolétariat bolivien. Dominée majoritairement par les réformistes, PRIN — MNR — PC — Lora..
F.S.B. (phalange Socialiste Bolivienne). Organisation d'extrême-droite originellement expression politique de l'oligarchie foncière. Férocement persécutée pendant les 12 années de gouvernement du MNR. S'est alliée avec les secteurs les plus extrémistes de l’armée depuis 1964. A constitué dans la dernière période une organisation terroriste, l'ENC — Armée Nationale Chrétienne — Participe au coup d'Etat d'Août 71, bénéficie de nombreux postes au gouvernement. Son orientation carrément fasciste rentre en conflit avec les velleités populistes du MNR et la volonté d'une partie de l’armée de conserver, par dessus les partis, le contrôle de la situation.
VANGUARDIA MILITAR DEL PUEBLO. Avant-garde Militaire du Peuple. Signature des sous-officiers et simples soldats qui envoyèrent en août 71, à la presse le document «Etre anti-socialiste, c'est être anti-bolivien ». Probablement formée à partir d'éléments du régiment Colorado et de la Force Aérienne stationnés sur la base d'El Alto de la Paz.
REGIMENT COLORADO Bataillon militaro-policier attaché à la garde du Président de la République. Dirigé par le Major Ruben Sanchez, ce régiment bien que non équipé d'armement lourd a participé aux côtés des travailleurs et des étudiants à la lutte contre le coup d'Etat. Le Major Ruben Sanchez est apparu au cours de cette épreuve comme une figure symbolique du ralliement de certains éléments des Forces Armées au camp de la Révolution.
M.N.R. Mouvement Nationaliste Révolutionnaire, fondé en 1942. A l'origine, organisation petite-bourgeoise à programme démocratique. Vainqueur de l'élection présidentielle de 1951, son président Paz Estensorro verra son succès refusé par l'Armée et ce n'est qu'à l'issue de l'insurrection du 9 Avril 1952 qu'il capitalisera politiquement son audience en accédant à la Présidence.
Le MNR a géré loyalement les intérêts de l'impérialisme et de la bourgeoisie en Bolivie jusqu’à ce queson vernis populiste ne soit même plus capable de contenir l'avance des masses. Renversé par le coup d'Etat militaire de 1964, le MNR intrigue depuis lors pour se rapprocher du pouvoir. Comme du point de vue de la bourgeoisie, il n‘y d'espoir qu'aux côtés de l’armée, c'est avec l'armée qu'il complote. Avec des militaires « démocratiques » quand Barrientos est au pouvoir, avec ceux d'extrème droite quand Ovando où Torrès sont à la présidence.
COMIBOL. Corporation minière bolivienne, créée le 2 octobre 1952 pour gérer les mines nationalisées sous contrôle ouvrier. Entreprise d'Etat, symbolisant la domination de la bourgeoisie après sa soi-disante nationalisation.
GULF OIL COMPANY. Compagnie nord-américaine, exploitant les gisements pétroliers de la région de Sante-Cruz, nationalisée en 1970.
FRONT POPULAIRE NATIONALISTE. Nom donné à l'alliance Armée-Phalange socialiste MNR.
C.U.B.. Centrale Universitaire Bolivienne.
ESPARTACO. Scission de la gauche marxiste du MNR, surtout présente dans les milieux universitaires.
P.D.C.R. Scission de la Démocratie Chrétienne postérieure à la guerilla du ühe. À fourni nombre de ses cadres dirigeants à la tentative de l'ELN à Téoponte.
M.LR. Front de tendance révolutionnaire à l'université, formalisé en organisation politique lors de l’Assemblée Populaire. Composé par Espartaco, PDCR, marxistes indépendants. Une des quatre organisations militant pour la révolution socialiste par la lutte armée.
PACTE MILITAIRE-PAYSAN. Pacte conclu sous Barrientos entre l'armée et certains caciques locaux et représentants paysans favorables au régime.
P.C.B.M.C.. Parti Communiste « pro-chinois » dirigé par Zamora et, qui a mené des actions armées au moment du coup d'Etat dans la province de Santa Cruz.
E.L.N. Armée de libération nationale, fondée par Che Guevara.
P.R.I.N.. Parti Révolutionnaire de la Gauche Nationaliste dirigé par Juan Lechin, scission du MNR en 1954 dont il a emporté une bonne part de bases ouvrière.
P.C.B.. Parti Communiste Bolivien fondé en 1950 par Jorge Kolle Cueto, Mario Monje, Inti Peredo, etc s'est illustré dans sa politique de collaboration de classe et de capitulation. À fourni quelques uns de ses cadres les plus dévoués à l'ELN. A trahi le Che et a préparé la défaite d'août 71 par sa politique de conciliation avec Torrès.
un peuple malade ?
Depuis son indépendance en 1825, la Bolivie a connu environ 190 coups d'Etat militaires : en moyenne un tous les dix mois. Depuis 1454, sept gouvernements se sont succédés. Cette instabilité politique chronique a fait dire à certains journalistes bourgeois que le peuple bolivien était un peuple « malade». Les Boliviens seraient une espèce d'hommes à part, périodiquement révoltés, mais qui finissent toujours sous la coupe de dictatures militaires successives.
Cette image d'Epinal a avant tout un avantage : elle masque les causes réelles de la « maladie ».
La Bolivie est un pays sous développé en dépit de l'existence de nombreuses et importantes richesses tant minières qu'agricoles. sous développé parce que dominé par l'impérialisme américain. Les investissements étrangers n'y ont pas pour but l'élévation du niveau de vie des travailleurs mais la recherche du profit ; la domination étrangère a en Bolivie comme ailleurs, freiné le développement industriel qu'ont connu les pays capitalistes occidentaux. Les capitaux concentrés dans certains secteurs jugés les plus rentables en fonction d'intérêts étrangers ont maintenu le pays dans la dépendance et perpétué la misère.
La Bolivie est un pays « monoproducteur », c'est à dire que l'étain, principale richesse du pays, représente environ 80 % des exportations : toute baisse de la demande extérieure impose une baisse de la production, toute variation du prix sur le marché international a des répercussions catastrophiques (après la crise de 1929, le prix de l'étain avait diminué de moitié). Il est clair que les Etats-Unis disposent là d'un moyen de pression colossal.
Les conséquences de cet état de choses se résument en quelques chiffres : la Bolivie est avec Haïti le pays au niveau de vie le plus bas de toute l'Amérique Latine (c'est à dire un des plus bas du monde) ; alors que la consommation de viande est en Argentine de 119 kgs par habitant et par an, elle est de 23 kgs en Bolivie. Le revenu annuel moyen par heb'tant est de l’ordre de 100 dollars (550 Frs). Dans ce pays de près de cinq millions d'habitants, il y a 68 % d’analphabètes ; un enfant sur deux meurt avant un an.
Les conditions de vie des’35 000 mineurs d'étain ont été souvent décrites: licenciés lorsque le prix de l’étain baisse sur le marché mondial, l'espérance de vie est de 30 ans. 30 % d'entre eux sont silicosés, 60 % tuberculeux.
Mais l'impérialisme destine parfois aux Boliviens un sort plus noble : lorsque le besoin s'en fait sentir, ils servent de chair à canon. De 1932 à 1935, les trusts pétroliers (la standard Oil américaine et la Shell) se sont livrés à une guerre à l'amiable pour la possession de puits de pétrole, par Boliviens et Paraguayens interposés. La guerre dura 3 ans. Bilan : 100 000 morts. On avait évidemment raconté aux Boliviens (et aux Paraguayens) qu'ils se battaient pour l'indépendance nationale.
des traditions de lutte
anciennes
On comprend mieux qu'il ne soit pas facile, dans ces conditions, d'établir un système politique stable, une démocratie même bourgeoise plus sereine, d'autant que les traditions de lutte et d'organisation sont anciennes, surtout chez les mineurs qui, malgré leur nombre réduit, sont à l'avant garde de la lutte depuis longtemps. Déjà en 1946, au moment où le pays connaissait une nouvelle crise, la Fédération syndicale des mineurs, fortement influencée par le mouvement trotskyste, convoquait un congrès à Palacayo et publiait le programme de revendications transitoires suivant :
1) salaire minimum vital et échelle mobile des salaires.
2) semaine de 40 heures et échelle mobile des heures de travail.
3) occupations des mines.
4) conventions collectives
5) indépendance syndicale.
6) contrôle ouvrier sur les mines.
7) armement des travailleurs.
8) caisse de grève, etc.
Il proclamait bien haut « Les ouvriers n'arriveront pas au pouvoir sur la base d’une joute électorale, mais grâce à la révolution sociale. », « Une fois au pouvoir les travailleurs ne pourront rester indéfiniment dans le cadre de la démocratie bourgeoise, ils seront obligés chaque jour davantage de porter atteinte de plus en plus au régime de propriété privée : de cette façon, la révolution acquerra un caractère permanent. Nous, mineurs, nous dénonçons devant les exploités ceux qui prétendent remplacer la révolution prolétarienne par des révolutions de palais fomentées par différents secteurs de la bourgeoisie féodale ».
Ce programme représentait une conquête idéologique très importante, et plasait le prolétariat bolivien à l'avant garde de la lutte révolutionnaire latino-américaine.
Mais, malheureusement, il ne fut guère appliqué, guère respecté : en 1952, une crise révolutionnaire éclate qui unit tous les secteurs de la population.
Dans les campagnes (65% de la population), règne le système du « pongueaje » : les paysans acquittent le loyer de la terre par des journées de travail gratuites. Les paysans en armes commencent à s'emparer des terres (souvent inoccupées) des grands propriétaires fonciers. La classe ouvrière réclame des augmentations de salaire. La répression brutale de l'armée au renforce la solidarité des couches moyennes avec la classe ouvrière ; pour tenter de les neutraliser, la junte militaire au pouvoir convoque des élections. En dépit du système électoral (les analphabètes — plus de 60 % de la population — ne votent pas, les femmes non plus, les mineurs non plus), le Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (MNR), parti nationaliste s'appuyant sur la petite bourgeoisie et les classes moyennes urbaines, gagne les élections. La junte militaire les annule, Paz Estenssorro, président du MNR s’exile en Argentine. Mais le peuple prend les armes grâce aux milices ouvrières des mines qui se sont emparées d'un train plein d'armes et qui attaquent les troupes à la dynamite. En trois jours, l'armée est battue par le peuple en armes : 7 régiments avec leurs tanks, leurs canons, leurs mortiers sont détruits. Dans les rues de La Paz les officiers et le haut commandementsont contraints de défiler la casquette à
= me =
u
BOLIVIE | LA PAZ
Cochabambs Sansa Cruz San Juan
une victoire confisquée
1! semble que la classe ouvrière n'ait plus qu'à prendre le pouvoir : mais l'avant garde ouvrière est trop faible, le prestige du MNR très grand. La victoire ouvrière est escamotée par le MNR qui s'installe au pouvoir et ouvre le chemin à la révolution «démocratique» : le suffrage universel est instauré (le droit de vote est accordé aux analphabètes et aux femmes), la réforme agraire décrétée : les parcelles de terre que les paysans pouvaient cultiver en échange des journées de travail gratuit deviennent leur propriété, mais le régime de la propriété foncière n'est pas modifié ; la nationalisation des mines d'étain est décidée : la COMIBOL (corporation minière bolivienne) est créée.
Mais très vite, les limites du régime apparaissent : le MNR au pouvoir n'a aucunement l'intention d'y instaurer le socialisme. Ce qu'il veut, c'est tenter de développer économiquement la Bolivie, de l’industrialiser, de la sortir du sous développement, mais dans le cadre du capitalisme. En dépit de la quasi inexistence de la bourgeoisie bolivienne dont Paz Estenssoro représente les aspirations, il croit ou fait semblant de croire en l'essor possible d'une économie moins dépendante de l'impérialisme américain. Il était, alors inévitable que les pots de vin colossaux et immédiats de l'impérialisme aient eu plus d'effets quant:à l'orientation de l'équipe gouvernementale que les hypothétiques profits provenant de l'industrialisation à venir. Îl n’est donc pas question de céder aux revendications populaires, mais seulement d'utiliser la combativité des masses pour augmenter les possibilités de négocier face aux Etats-Unis.
Mais il n’y a pas d’essor et de développement possible sans renversement du capitalisme et sans affrontement avec l'impérialisme : pour développer le pays, il faut, comme Cuba le fera plus tard, expulser l'impérialisme, en s'appuyant sur la mobilisation des masses.
Or, Paz Estenssoro, lié aux classes possédantes, craint la combativité des ouvriers et des paysans : il appelle les travailleurs à rendre leurs armes (1).
(1) « Nous invitons les ouvriers armés à rendre :eurs armes aux arsenaux militaires car les munitions qui s'y trouvent ne peuvent pas être utilisées ». Les mineurs : « Ces munitions complètent les fusils. Donnez les munitions aux milices ouvrières ».
les illusions perdues
Très vite les difficultés surgissent : la nationalisation des mines ne s'est pas produite au moment le plus favorable : le prix de l’étain a baissé après la fin de la guerre de Corée. La bourgeoisie indigène prise de peur débauche les techniciens étrangers. Enfin il ne suffit pas de nationaliser les mines pour libérer l'économie bolivienne, il faut également disposer des fonderies nécessaires à la transformation de l'étain et à sa vente. Or ces fonderies n'existent pas en Bolivie. Somme toute le dilemmequ'affrontait Paz Estenssoro ressemblait à celui de Mossadegh en Iran qui, ayant nationalisé le pétrole, dut pour le vendre céder aux conditions de l'impérialisme.
Refusant de rompre avec l'impérialisme, il fallut lui demander une aide de plus en plus importante.
En échange de l'aide américaine, le pays est de nouveau de plus en plus livré à l'impérialisme : des techniciens militaires américains arrivent ainsi que les « Corps de la Paix », les bérets verts spécialisés dans la lutte anti-guerilla, pour reconstruire de nouveau une armée de métier.
Devant la situation économique qui s'aggrave, les tentatives de réalisation d'un plan d'austérité provoquent le mécontentement des mineurs et des travailleurs. Les paysans sont mécontents car en 1964 10% seulement de la terre cultivable a fait l’objet de la réforme agraire et l'impôt rural pèse lourdement sur eux. Douze ans après son accession au pouvoir le gouvernement Paz Estenssoro tombe. La révolution de 1954 n'a été qu'un fruit sec.
Paz Estenssoro comme Peron, comme Nasser bénéficiait au début de son accession au pouvoir du soutien des grandes masses. Arbitre apparemment au dessus des classes, il put longtemps les tromper et semer des illusions. Représentant dès le début les intérêts d’une fraction de la bourgeoisie, cherchant à mettre à l'écart les alliés locaux de l'impérialisme (la bourgeoisie compradore et les grands propriétaires fonciers), il s'est servi contre ces derniers de la mobilisation des masses prolétariennes : la classe ouvrière et la paysannerie n’ont été que des forces d'appoint au service des forces bourgeoises. Le MNR s'est retourné contre elles dès que les difficultés économiques se sont accumulées. Les travailleurs boliviens avaient travaillé pour le roi de Prusse.
Cette leçon là était déjà inscrite dans les thèses de ?ulacayo : mais en l'absence d’un parti révolutionnaire largement implanté dans les masses, les textes et les bonnes idées n'ont pas suffi.
du massacre des mineurs à la guerilla du che
Parce que en Bolivie particulièrement, les militaires sont la force anti-communiste la plus puissante et la plus « digne de confiance », l'armée assume le pouvoir depuis 1964 sous la forme d'une junte militaire d'abord puis à partir de 1966 par l'élection du général Barrientos à la présidence de la République. Devant l'aggravation de la situation économique, face aux tensions qui s'accumulent (les salaires des mineurs ont été diminués pour faire face aux « difficultés du marché international »), la dictature militaire intensifie la répression : les dirigeants syndicaux sont emprisonnés, les militants révolutionnaires pourchassés, obligés de se réfugier dans la clandestinité, les mines sont occupées par l’armée ; dès 1965, deux révoltes sont écrasées malgré la résistance des mineurs ; les organisations syndicales sont démantelées.
En juillet 1967, la guerilla de Che Guevara est à l’œuvre depuis cinq mois ; le POR (Parti Ouvrier Révolutionnaire, section bolivienne de la IVème Internationale) publie un appel « tout le peuple est au côté de la guerilla » (2). Il donne son appui à la lutte-engagée et justifie le recours aux. armes comme seule solution face à la crise économique, sociale et politique qui sévit. La lutte légale dans un cadre démocratique n'est plus possible. Les moindres revendications ouvrières, les plus petites grèves, les mobilisations partielles se heurtent à l'appareil répressif. La seule issue c'est la lutte armée et la constitution d'une avant garde politique et militaire. Le POR précise sa conception de la lutte : il faut combiner la propagande armée et l’activité au sein du mouvement ouvrier, définir un programme de revendications immédiates, une plate-forme de lutte pour les différentes catégories de la population.
(2) Dès 1965-66 le POR avait appelé «au regroupement des masses dans une perspective insurrectionnelle.
Le POR est prêt à participer à la guerilla du « Che », il cherchera à en être partie prenante. Son apport n'aurait pas été superflu si l’on en juge par ce que le « Che » écrit dans le « journal de Bolivie » : il réclame jusqu'à sa mort l'incorporation de 50 à 100 nouveaux combattants : « Pour amener les paysans à s'engager il faut que nous puissions exercer notre action de façon permanente sur un terrain habité et pour cela nous avons besoin d'hommes » (3).
Ces hommes n'arrivèrent pas. La raison a été donnée par Fidel Castro dans son introduction au journal du Che : « Bien avant que ne se produise la scission du Parti communiste bolivien, le Che avait établi des relations avec certains de ses dirigeants et de ses militants en leur demandant d'aider le mouvement révolutionnaire en Amérique Latine ».… Après la scission du PC ces collaborateurs restèrent quelque temps dans le parti puis appuyèrent le Che... « Mais Monje (secrétaire du parti) était mécontent de ce résultat; il se consacra à saboter le mouvement en interceptant à La Paz les militants communistes bien entraînés qui allaient rejoindre la guerilla Ce qui montre comment il peut exister dans les rangs révolutionnaires des hommes parfaitement prêts au combat et qui se trouvent criminellement déviés par les manœuvres de dirigeants incapables, de charlatans » (4).
Le Che confirme : « Mario Monje a parlé avec trois arrivants de Cuba et les a dissuadés de rejoindre la guerilla » (5).
Che Guevara sait que le parti prépare des armes contre lui (6) : il continue la lutte dans des conditions désespérées : isolement, ravitaillement en hommes et en vivres coupé ; ses communications avec la ville sont interrompues, les agents de liaison tombent avec une rapidité douteuse entre les mains de la police.
Le massacre des mineurs, en juin 1967, met en lumière la tragédie dans laquelle se débat la guerilla : depuis des semaines, c'était l'état de siège dans les centres miniers, l’armée avait encerclé les villages. Personne ne pouvait ni entrer, ni sortir. Les travailleurs demandaient des augmentations de salaire, la libération des dirigeants syndicaux, la levée de l'état de siège. C'est dans cette situation que les mineurs de Huanuni et de San Jose convoqués en assemblée avaient décidé de se priver d'un jour de salaire pour en faire parvenir le montant aux guerilleros et au Che. Le gouvernement décide alors d'intervenir. Encerclés par l’armée, sans moyens d'entrer en contact avec la guerilla isolée et trahie, les mineurs sont seuls. Les troupes ouvrirent le feu sur les villages ; malgré une résistance acharnée qui dura plusieurs heures, l’armée triomphait et occupait les lieux : deux forces révolutionnaires qui avaient besoin l’une de l'autre se cherchaient en vain.
(3) Journal de Bolivie — Edition Maspéro — p. 130.
(4) F. Castro. Une introduction nécessaire. p.13 14. Ed. Maspéro « journal de Bolivie ».
(5) Journal p. 50.
(6) A l'échelle internationale, les staliniens se déchaînent. À un journal de Budapest qui l'accuse d'être « irresponsable » et salue l'attitude « pratique » du pc chilien, il répond : « Comme j'aimerais arriver au pouvoir uniquement pour démasquer les lâches et les laquais de tout poil et leur frotter le museau dans leurs cochonneries ».… (journal p 167)
Pendant ce temps des militants du POR et d’ailleurs cherchaient eux aussi le contact avec Guevara (7). On écrira un jour, l’histoire de la guerilla du Che, des trahisons qui ont conduit à son assassinat, on fera justice de toutes les interprétations frauduleuses et manœuvrières auxquelles a donné lieu ce que les capitulateurs appelèrent « l'aventure bolivienne ».
Malgré la défaite, l'apparition de la guerilla avait transformé la situation politique, élevé le niveau de conscience des travailleurs, intensifié les luttes de classes, et ouvert une période de crise intense pour le régime. La crise dans l’armée, la chute de Barrientos, sont consécutives à la guerilla. Son existence a stimulé le mouvement ouvrier, et obligé le pouvoir à reculer, à rompre l’encerclement des mines.
En peu de temps, la guerilla avait fait plus que ce que les réformistes de tout poil n'ont pu réaliser ces vingt dernières années ; les opportunistes s'attendrissent facilement sur les blessés, les morts mais ils oublient que leur « pacifisme », leurs capitulations ont en vingt ans conduit la classe ouvrière de défaite en défaite, de massacre en massacre : s’il faut juger les méthodes de lutte au nombre de victimes, l’histoire a déjà tranché !
Le « Che » dans la guerilla.
(7) Dans un message codé envoyé au Che de Cuba, il est précisé : « Conversations également positives avec secteur Gonzalez du POR. A envoyé 2 boites à lettres. » (p 187 — journal de Bolivie — Petite édition Maspéro). Mais rien n'arriva à ces boites à lettres.
Les documents qui ont servi à l’armée bolivienne pour identifier le « Che ».
A gauche, son passeport uruguayen au nom de Adolfo Mena, commerçant.
A droite, les preuves fournies en septembre 67 à La Paz de l'identité du Che. Les ressemblances sont cerclées de blanc.
le gouvernement ovando : un miroir
aux alouettes
En 1969, Barrientos meurt par « accident ». Après un bref intermède le gouvernement de Siles Salinas est renversé par le général Ovando, chef d'état-major.
L'héritage de la dictature de Barrientos est lourd. Les scandales financiers, les divisions dans les sphères gouvernementales, la rebellion d'un chef d'état-major, le départ de l’ancien ministre de l'intérieur Arguedas à Cuba témoignent de la crise de l'appareil d'Etat.
C'est pour faire face à cette situation que le gouvernement trop faible de Siles Salinas a été destitué, et pour livrer la bataille contre « l'aventure terroriste ».
Mais les militaires au pouvoir ont compris que les mesures répressives étaient insuffisantes et risquaient de conduire à la catastrophe. La violence ayant échoué, le nouveau gouvernement sait que pour garder le pouvoir il faut faire quelques concessions, prendre un cours « gauche », {nationaliste révolutionnaire » afin de résorber la crise du régime, neutraliser la combativité ouvrière,endiguer et désamorcer la mobilisation des masses ; le gouvernement Ovando se déclare en lutte « contre la droite conservatrice et la gauche anti-nationale ». Apparemment au dessus des classes, louvoyant entre des intérêts sociaux contradictoires, il proclame sa volonté de développer l’économie du pays, de moderniser le système.
Il résume ses objectifs dans un manifeste-programme, le Mandat Révolutionnaire dont les idées centrales sont les suivantes : l'Etat ne serait ni totalement capitaliste, ni totalement socialiste, il devra récupérer les richesses du pays vendues à des conditions désavantageuses, protéger l'industrie nationale et garantir les investissements étrangers, augmenter les
salaires et faire participer les travailleurs aux bénéfices de l'entreprise.
Le programme est révélateur : Cet Etat au dessus des classes n'existe pas, l'Etat est un instrument au service d'une classe sociale, en régime capitaliste il défend les intérêts de la bourgeoisie, en régime socialiste ceux de la classe ouvrière par la destruction de l'exploitation capitaliste. Affirmer que l'on veut récupérer les richesses nationales et protéger les investissements étrangers c'est reprendre d'une main ce que l’on donne de l'autre. Aucune entreprise impérialiste n'investit dans les pays sous développés pour les développer : le sous développement est précisément la conséquence de la pénétration de capitaux étrangers dont le seul but est de réaliser le taux de profit maximum et non de satisfaire aux besoins économiques et sociaux. Protéger les investissements étrangers, c'est consolider la dépendance de la Bolivie. Pour rompre avec le sous-développement, il faut rompre avec l'impérialisme.
Mais le programme d'Ovando est un programme réformiste bourgeois et tel n'est pas son but.
Quels sont les intérêts de classe que défend le régime ? H. Jaguaribe, intellectuel bolivien, les résume ainsi : le contrôle croissant de l'industrie nationale par les capitaux étrangers condamne l'Amérique latine au statut de colonie des Etats-Unis. Pour contrecarrer cette tendance, il faut assurer un système de développement autonome, protéger le capital national. La clé de ce modèle de capitalisme d'Etat, c’est l'alliance entre la bourgeoisie industrielle, les classes moyennes et les masses urbaines et rurales. Ceci suppose que soient écartées les élites traditionnelles parasitaires (grands propriétaires fonciers et bourgeoisie exportatrice) au profit des secteurs plus représentatifs de la bourgeoisie. Sur le plan politique ceci passe par une alliance entre l’armée, les intellectuels et les masses.
Que reflète l'analyse de H. Jaguaribe ?
Il existe effectivement de la part de la bourgeoisie industrielle dite « nationale » une volonté de modifier la répartition de la plus value afin d'accroitre sa propre part de gateau. Pour ce faire, il faut mener à bien un certain nombre de réformes en exerçant des pressions sur l'impérialisme en utilisant tant que faire se peut pour cela, les mobilisations de masses.
Mais la réalisation de ces objectifs se heurte à un double obstacle : d'abord la bourgeoisie locale est extrèmement faible et n'a pas d'autonomie, elle est incapable de soutenir la concurrence face aux grands trusts et la seule ressource qui lui reste c'est de plus en plus de s'associer à eux. Progressivement l'ancienne alliance impérialisme-grands propriétaires fonciers-exportateurs est remplacée par une alliance entre le capital industriel local et l'impérialisme. Ensuite parce qu'il lui est de plus en plus difficile de contrôler les mouvements de masse : lorsque la radicalisation des travailleurs atteint un seuil qui risque de compromettre son existence en tant que classe, elle se retourne immédiatement vers son allié de toujours pour appeler à l'aide : c'est exactement ce qui s'est passé en Bolivie lors du récent coup d'Etat.
l’armée : le parti de la bourgeoisie
en uniforme
Mais les partis bourgeois traditionnels ont éclaté, le seul corps stable, structuré, organisé dont Ovando dispose, c'est l'armée, une armée qui agit comme un parti politique.
Pourquoi cette même armée, auteur du massacre des mineurs en 1965 et de l'assassinat du Che en 1967, separe-t-elle soudain de couleurs révolutionnaires ?
Le général Torrès, commandant en chef et futur successeur d'Ovando donne la réponse : « Le simple contrôle intérieur ne peut être notre seule activité... Si l'on ne prend pas des mesures décisives les peuples du continent n'auront d'autres solutions que le chemin de la violence et de la révolution... ». Rockfeller partage cet avis: «Il faut choisir entre les militaires progressistes et les guerilleros ».
Les discours des militaires ne changent en rien la structure capitaliste du pays. Ovando déclare qu'il est en guerre avec l'impérialisme, mais de quelle guerre s'agit-il ? L'impérialisme continue à entraîner l'armée bolivienne. Les missions militaires américaines opèrent tranquillement dans le pays.
Pour freiner la mobilisation populaire, la seule démagogie ne suffit pas. Il faut faire des concessions, prendre des mesures susceptibles d'élever le niveau de vie, élargir les possibilités d'expression politique. Pour cela il faut s'attaquer résolument aux privilèges de la bourgeoisie, à l'impérialisme, en s'appuyant sur la classe ouvrière et la paysannerie. Or le nationalisme petit bourgeois du gouvernement ne se conçoit que dans le cadre du système capitaliste et la mobilisation populaire lui fait peur.
Tributaire des concessions que l'impérialisme , lui même, veut bien lui accorder, Ovando nationalise la Gulf Oil Company en échange de dédommagements confortables. Sans grandes conséquences, la nationalisation dans un premier temps provoque des illusions dans la classe ouvrière : le peuple est dans l'expectative.
Les illusions tombent vite. Huit mois après la nationalisation du pétrole, le problème de sa commercialisation n'était pas réglé. Pour résoudre cette difficulté le gouvernement passait un accord avec l'Espagne qui servait d'intermédiaire.… pour faire parvenir le pétrole à la Gulf Oil. Moyennant quoi l'Espagne était financièrement récompensée en échange de ses loyaux services, on avait quitté la Gulf pour retrouver la Gulf qui touchait en plus une indemnisation : la nationalisation du pétrole avait connu le sort que connait tou. nationalisation en régime capitaliste, lorsqu'on ne s'attaque pas aux fondements du système. Il y avait un marché pour le pétrole bolivien à Cuba en particulier, mais il fallait pour cela s'attaquer à l'impérialisme. Autant demander à un pommier qu'il donne des poires !
De plus dans les mines, les salaires des mineurs ne sont pas augmentés, les licenciés pour raisons politiques ou syndicales ne sont pas réintégrés, la police est toujours présente. Dans les campagnes, les affrontements se multiplient entre les paysans qui occupent les terres et l'armée. A l'université, les étudiants occupent les locaux, une partie d'entre eux déclanche une nouvelle guerilla à Teoponte. Enfin les emprisonnés politiques (membres du POR, de l'ELN (8), Régis Debray...) ne som pas libérés.
Le congrès des mineurs tenu en avril 1970, sous l'effigie de Lénine, puis le congrès de la COB (Centrale Ouvrière bolivienne) reflètent la mobilisation et la prise de conscience croissante des masses. Les thèses adoptées proclament : « Aujourd'hui les pays sous développés ne peuvent développer harmonieusement leur économie que dans le socialisme. Les tâches démocratiques bourgeoises ne peuvent être négligées mais pour les mener à bien, la classe ouvrière doit prendre le pouvoir politique en tant que porte parole de la nation opprimée, de nos frères paysans et des pauvres des villes. Le processus que nous expérimentons ne peut durer. il doit déboucher sur le socialisme sinon il échouera… Les nouveaux gouvernements militaires nationalistes qui apparaissent, résultat de la paralysie et de la banqueroute politique de la bourgeoisie, jouent le rôle d'équipe de rechange pour mener à bien les transformations capitalistes. Il est clair que l’armée (et son aile gauche qui existe également) est le produit de la classe dirigeante et de nos particularités nationales.
C'est pourquoi l'armée est elle aussi la proie des limites et de l'impuissance caractéristiques des bourgeoisies nationales à l'époque actuelle...Si le processus démocratique n'est pas conduit par la classe ouvrière et transformé en processus socialiste, il se terminera par l'échec et la défaite ».
Les thèses traduisent la maturité du prolétariat bolivien et sa combativité : le socialisme est à l'ordre du jour, les exigences de la classe ouvrière, des paysans pauvres et des étudiants pèsent sur les directions bureaucratiques. Mais ces mêmes directions « n'oublient » qu'une seule question: comment, par quels moyens parvenir au socialisme ? Quel est le chemin de la prise du pouvoir ? Quel bilan faut-il faire de l'expérience de Che Guevara, de la guerilla comme méthode de lutte ? Bien sûr, il est écrit que « la classe ouvrière doit être préparée pour l'emploi de toutes les méthodes de lutte, y compris l'usage de la violence révolutionnaire » ! Surtout dans un pays comme la Bolivie, le « y compris » ne manque pas de saveur |! Mais cette petite phrase générale et vague, valable en tout temps, en tout lieu ne tient aucun compte du niveau atteint par la lutte de classe dans ce pays.
————————————…———— (8) ELN : armée de libération nationale créée par le « Che » dirigée après sa mort par Inti Peredo.
Prendra-t-on le pouvoir par les élections ? par des manifestations de masse gigantesques mais désarmées qui devront affronter des unités militaires spécialisées ? par une grève générale ?
Les bureaucrates parlent facilement du socialisme mais ils ne disent jamais comment y parvenir. Tant que l'on s'en tient à des généralités, les mots et les phrases ne coûtent pas trop cher ; les militaires peuvent tolérer tous les bavardages sur le socialisme, ils ne se privent pas d'ailleurs de faire de même, du moment que la conquête du pouvoir n'est pas considérée comme une tâche pratique.
Or la question du pouvoir, indissolublement liée à l'armement du prolétariat, fait clivage dans l'avant-garde et, comme dans toute période révolutionnaire, sépare les réformistes des révolutionnaires.
Les thèses du congrès étaient le fruit d'un compromis entre différentes tendances : celle du PRIN (9), le parti petit bourgeois de Lechin, dirigeant de la Fédération des mineurs qui soutient plus ou moins directement le gouvernement, le PC toujours prêt à appuyer une bourgeoisie « progressiste » contre l'impérialisme, même si cette bourgeoisie est pied et poing liée à ce même impérialisme, pour justifier sa perspective réformiste d'une démocratie avancée à la mode bolivienne, le POR (10) de G. Lora dont le discours au congrès reflète l'opportunisme et la démagogie paternaliste. Comment pour lui se pose le problème des méthodes de lutte ?
« Ce doit être une réponse à un besoin de la classe ouvrière. Quand au cours de la bataille quotidienne vous aurez suffisamment mûri (!) pour prendre le fusil vous trouverez la manière de le faire et cete méthode sera une leçon que vous donnerez aux intellectuels. Les bolcheviks au début n'étaient pas d'accord avec les soviets, ce sont les ouvriers de la rue qui les ont réalisés et ce n’est qu'après qu'ils aient démontré leur viabilité que des théoriciens sont venus pour théoriser et déformer cette création des masses. Quand quelqu'un vient vous dire que vous devez réaliser l'insurrection de telle ou telle manière, riez vous de ce petit bourgeois présomptueux parce que dans la lutte, la façon de prendre le pouvoir n'est pas écrite dans les recettes des livres, elle surgit palpitante de la réalité vivante dans laquelle vivent les travailleurs, c'est une nécessité historique non une invention théorique... »..« Il est vrai que la prise du pouvoir est l'œuvre d’un parti politique, thème que nous n'avons pas à discuter ici. I suffit de dire que nous nous acheminons vers la conquête du pouvoir ». (Masas — journal du groupe de Lora — 9 juin 1970 — No373)
Indépendamment des contre vérités historiques, cette position est un véritable désarmement idéologique du prolétariat. Les derniers événements en Bolivie ont montré que la classe ouvrière avait « suffisamment müri » pour prendre le fusil, mais la façon de prendre le pouvoir n'a pas hélas « surgi palpitante de la réalité vivante ». L'impérialisme organise et prépare la contre révolution : si les militants révolutionnaires se contentent de dire « qu'ils s'acheminent vers la prise du pouvoir » ils auront tout loisir de le répéter longtemps encore ! Trotsky dont Lora aime à se réclamer, écrivait
(9) le PRIN (parti révolutionnaire de la gauche nationaliste) est une scission du MNR. Le fait que Lechin, dont le passé est fait de trahisons et de capitulations, soit encore dirigeant de la fédération des mineurs symbolise l'ambiguïté du congrès.
(10) Le groupe Lora, scission du POR, section bolivienne de la IVème Internationale, lié en France au groupe Lambert (AJS-OCI).
déjà en 1924 : « Le prolétariat ne peut s'emparer du pouvoir par une insurrection spontanée: même dans un pays industriellement très développé et hautement cultivé comme l'Allemagne, l'insurrection spontanée des travailleurs (en novembre 1918) n'a pu que transmettre le pouvoir aux mains de la bourgeoisie ». (Les leçons d'octobre). A fortiori dans un pays étanglé par la domination coloniale.
La défaite du prolétariat était inscrite dans les thèses de la COB.
Contre les opportunistes qui de fait acceptent le cadre de la légalité bourgeoise, en subordonnant les intérêts du prolétariat à ceux d'une bourgeoisie impuissante, le POR proclame l'indépendance et la méfiance nécessaires de l'avant-garde révolutionnaire à l'égard du gouvernement Ovando et de son programme bourgeois de sauvetage du système capitaliste. L'avant garde doit mobiliser les masses sur une ligne de classe, il faut restituer aux mineurs leur salaire de 1965, augmenter le niveau de vie des travailleurs, donner du travail aux chomeurs, libérer les prisonniers politiques, expulser les entreprises impérialistes, imposer le contrôle ouvrier dans les entreprises privées et nationalisées, promouvoir la révolution agraire pour sortir les paysans de la misère, créer des écoles pour les centaines de milliers de jeunes qui ne reçoivent aucune instruction. Et tout en mettant à profit les possibilités de travail légal, préparer militairement les premiers noyaux paysans, ouvriers, étudiants à l'affrontement inévitable.
Les jours du gouvernement Ovando sont comptés : arbitre sans pouvoir effectif, se heurtant à une radicalisation croissante des masses qu'il était de moins en moins capable de contrôler, il devenait un fardeau encombrant pour la bourgeoisie qui réclame « pour créer un climat favorable aux investissements des garanties effectives basées sur les principes fondamentaux du respect de la propriété privée, de l’ordre juridique établi, des relations contractuelles et de la liberté ».
Le coup d'Etat est dans l'air: début octobre, le général Miranda, commandant en chef de l’armée de terre, s'appuyant sur l’armée et l'aide américaine provoque la chute du gouvernement Ovando.
torres, président des travailleurs ?
Les concessions de plus en plus grandes faites aux Etats-Unis achevaient Ovando (la dernière reculade était de taille: il venait d'accepter d'indemniser pour 78 millions de dollars la Gulf Oil Company).
Le triumvirat militaire mis en place par Miranda eut la vie courte : le général Torres ancien commandant en chef des forces armées faisait appel aux organisations syndicales et universitaires pour s'opposer au coup d'Etat et prenait le pouvoir après quatre jours de crise, grâce à l'appui d'une mobilisation de masse extraordinaire.
La Centrale ouvrière avait décrété la grève générale, l’université avait suivi, des milliers de paysans s'étaient dirigés sur la Paz.
Dans les locaux de la police judiciaire de la Paz, envahis par les étudiants, les archives du précédent ministère de l'Intérieur étaient détruites. Dans deux villes de province, COCHABAMBA et ORURO, les bureaux d'information américains étaient envahis. Les journaux conservateurs El Diaro et Hoy à la Paz étaient expropriés et leurs directeurs remplacés par des coopératives ouvrières, ainsi que l'IBEAS (Institut Bolivien d'Etude et d'Action Sociale, organisme pseudo-sociologique qui se livre à des activités de renseignements pour les Américains). Partant à l'assaut des prisons, les masses libéraient les prisonniers politiques (notamment notre camarade Tomas Chambi, qui a trouvé la mort en combattant lors du dernier coup d'Etat), expulsaient les policiers des mines.
La Paz était paralysée ; à Oruro, centre minier, de violents combats opposaient les ouvriers à la garnison locale : d’après un colonel «ce n'était rien à côté de ce qui aurait pu se produire : des dizaines de milliers de personnes convergeaient vers le palais et le quartier général. L'Etat-Major a pris conscience de la gravité de la situation. Les différentes factions en bisbille ont compris qu'elles pouvaient en être également victimes. Nous avons évité une insurrection violente ».
Du seul point de vue des effectifs militaires, Miranda aurait dû l'emporter ; il bénéficiait en plus de l'appui des services américains. Torres, réfugié sur un aérodrome militaire, n'avait rallié que les aviateurs et un bataillon. C'est l'alliance avec les organisations universitaires et la confédération ouvrière qui lui permit de l'emporter. Miranda capitula.
Dans ce moment de crise révolutionnaire aigüe, face à une armée affaiblie parce que divisée, le pouvoir était dans la rue. Mais l'avant-garde révolutionnaire était trop faible pour donner le signal de l'insurrection : grâce aux masses prolétariennes, Torres s'emparait du pouvoir.
Conscients de l'ampleur de la montée révolutionnaire, les militaires se regroupent autour du nouveau président sous le mot d'ordre «ni vainqueurs, ni vaincus ». La crise s’est réglée à l’intérieur même de l'armée.
Torres se réclamait comme Ovando du nationalisme révolutionnaire. L'Armée-Parti restait au pouvoir. La nature de classe du régime transparaissait clairement dans les premières mesures prises. Le général Reque Teran, à la pointe du combat contre Che Guevara en 1967, était nommé commandant de l'armée. Tous les officiers militaires, y compris ceux qui avaient accepté de faire partie du triumvirat étaient maintenus à leur poste. « Les universités, les travailleurs, les paysans,les militaires » sont les « quatre piliers du nouveau gouvernement populaire ». Tout en préconisant le contrôle des capitaux étrangers, Torres prévoyait d'encourager l'initiative privée et l'indemnisation de la Gulf Oil Company était maintenue.
Aux travailleurs qui lui demandent des armes, le président répond : « je vous les donnerai si les forces armées de la Nation ne défendent pas le peuple, mais tant que vous aurez un président révolutionnaire qui est fils du peuple, les forces armées devront servir le peuple bolivien ».
Pourtant, des bureaucrates syndicaux, la direction de la Centrale Ouvrière, laissent encore croire que le triomphe de Torrès est une victoire de la classe ouvrière.
Dans un premier temps, le « Commandement Politique » formé par la COB, Juan Lechin, le PC pro-soviétique, le POR-Lora et le MNR négocie avec Torres quelques postes ministériels. Lechin précise : « Dans le pire des cas, la classe ouvrière (!) accepterait la moitié du cabinet si l’occasion de participer au gouvernement se présentait ».
Gérer un régime bourgeois avec des ministres ouvriers comme marionnettes, quelle belle occasion pour l'armée de redorer son blason !
Les illusions que les bureaucrates entretiennent à l'égard de Torres ne sont pas dûes au hasard. Conservateurs par nécessité, ils craignent une mobilisation insurrectionnelle des masses dans laquelle ils seraient balayés. N'existant que par son rôle d'intermédiaire, de négociateur dans la lutte des classes, la bureaucratie pour conserver son pouvoir doit tenter de concilier les intérêts irréconciliables. Elle tire son pouvoir de la confiance qu'a déposée en elle la classe ouvrière. C’est ce pouvoir usurpé qui fait sa force face aux exploiteurs. C'est pourquoi elle est un fervent défenseur du statu quo, toujours prête à capituler.
Ce que veulent les bureaucrates, c'est faire pression sur le gouvernement pour qu'il accomplisse les tâches du prolétariat : mais demander à faire participer les ouvriers au gouvernement, c'est les soumettre à la tutelle de la bourgeoisie.
Finalement, l'armée s'y opposant, la tentative échoua.
Les directions syndicales formulent alors leurs revendications :
réajustement des salaires des mineurs au niveau antérieur à 1965, amnistie générale et annulation des lois répressives, épuration des forces armées.
Dans les mines, on entretient les illusions : lors de sa visite, Torres est sacré « Président des mineurs » ; un des dirigeants de la Fédération des Mineurs explique : « Torres est un homme du peuple, le peuple est au pouvoir ».
Mais Torres est soumis à des pressions constantes et contradictoires : celle des masses, d'une part, et celle de l'armée appuyée par la droite, la Phalange (11) et le MNR de Paz Estenssoro, d'autre part.
Obligé de faire quelques concessions à gauche, il libère Régis Debray, il augmente partiellement les salaires des mineurs, pour tenter de contenir la mobilisation des masses. Accusé d'aller trop loin par la droite, il refuse de céder aux revendications des travailleurs du pétrole, il fait intervenir l'armée contre les paysans .qui exproprient les terres, il décide l'augmentation des tarifs d'autobus, mais, devant les réactions des usagers, qui déclenchent le boycott, il doit reculer.
Le gouvernement, par ses hésitations, favorise l'agitation des masses.
Dans les coulisses, l’impérialisme attend en organisant la guerre d'usure pour acculer le régime à la déroute. Sur le plan économique, la Banque Mondiale et la banque inter-américaine de Développement refusent d'accorder à la Bolivie les crédits nécessaires à la construction d'un gazoduc. La production pétrolière trouve difficilement à s'écouler sur le marché mondial. En janvier, une tentative de coup d'Etat militaire, prématurée, échoue : la réaction des masses est violente. Déjà, H. Banzer est impliqué dans ce complot. Mais aucune sanction importante n'est prise contre les conjurés. Aux mineurs venus le protéger, Torrès explique que c'est par leur travail qu'ils défendront le gouvernement.
Face à la menace, les syndicats ouvriers, les organisations universitaires et les partis de gauche constituent une Assemblée Populaire.
(11) FSB : phalange « socialiste » bolivienne, organisation d'extrème droite.
l’assemblée populaire,
un soviet ?
C'est le « Commandement Politique » composé de la COB, du PRIN de Juan Lechin, du PC pro-soviétique, du POR de Lora et du MNR qui est à l'origine de l’Assemblée Populaire. C'est ce même Commandement Politique qui, au moment de la crise d'octobre, avait rallié le général Torres, après avoir négocié quelques postes ministériels. Composée en principe de délégués ouvriers, étudiants et paysans, ainsi que des partis de gauche, l’Assemblée Populaire non reconnue était néanmoins tolérée par le gouvernement : il n'avait pas le choix.
Les différentes organisations participantes n'avaient certainement pas les mêmes conceptions sur le rôle que devait jouer cette Assemblée : simple chambre d'enregistrement ? organe de pouvoir indépendant ?
L'Assemblée Populaire allait être marquée par les conditions de sa naissance : les forces politiques qui présidaient à sa création, dont le MNR (complice du coup d'Etat de Banzer, aujourd'hui participant à la dictature militaire et qui ne fut expulsé que plus tard) représentaient l'aile droite du mouvement ouvrier (symbolisée par la présidence accordée à Juan Lechin).
Ce sont ces formations qui rédigèrent les statuts de l’Assemblée. Ce sont elles qui en contrôlaient le fonctionnement et l’organisation.
Les organisations révolutionnaires en étaient absentes au début et le maximum fut fait pour les en écarter. Guillermo Lora proposa notamment que tout parti demandant à rejoindre l’Assemblée Populaire soit obligé de publier une liste de 5 000 sympathisants ! (Lora lui-même aurait été bien en peine de le faire si on le lui avait demandé !). La proposition fut .repoussée pour des raisons de sécurité ! Le POR et l'ELN ne furent finalement pas représentés en tant que tels (de nouvelles manœuvres ayant reporté l'adhésion du POR) mais certains de leurs militants étaient présents en tant que délégués d'autres organisations.
En tout l’Assemblée Populaire comprenait 132 délégués d'organisations ouvrières (soit 60%), 53 représentants d'organisations des classes moyennes, 23 d'organisations paysannes et 11 de partis politiques.
Mais la représentativité de ces délégués était loin d'être satisfaisante : l'Assemblée Populaire avait été créée par en haut, par des directions bureaucratiques, même si elle était portée par un mouvement de masse très puissant. Elle n'était pas l'émanation de puissants comités de base, et dans de nombreux cas, les délégués présents n'étaient ni mandatés ni révocables, en dépit des statuts de l’Assemblée. Un journaliste devait noter que « dans de nombreux cas, les dirigeants nationaux ou les responsables présents à la Paz se sont arrogés le droit de représenter leurs organisations à l'Assemblée ». Dans d'autres cas, les délégués avaient été purement et simplement désignés. Autrement dit, le nombre de bureaucrates était particulièrement élevé. Ceci devait peser particulièrement lourd : l'habitude des congrès, des manœuvres, des prises de parole donnait un avantage fréquent aux responsables syndicaux, qui préparaient les commissions, les résolutions, les votes à l'avance (même s'ils n'étaient pas toujours majoritaires à l’Assemblée). L'élection à la vice-présidence d'un délégué paysan allait en être la preuve : la Confédération paysanne indépendante (dont l'orientation est révolutionnaire contrairement à la Confédération paysanne officielle bureaucratisée, soutien traditionnel des dictatures militaires) (12) proposait un délégué ; pour éviter qu'un militant révolutionnaire n'occupe ce poste, l'aile droite, Lora et le PC notamment, proposait d'attendre le prochain congrès paysan pour que des délégués y soient élus. Mais le seul congrès prévu était celui de l’organisation officielle, convoqué par le ministre de l'Agriculture, alors que le congrès des indépendants avait eu lieu auparavant. La proposition fut repoussée de justesse. C'était un test important, car l'apparition d'une organisation: paysanne indépendante ouvrait la voie à l'alliance des ouvriers et des paysans décisive pour la révolution.
Peut-être le caractère manœuvrier et procédurier apparait-il encore plus à propos du vote secret : si les délégués ouvriers, paysans, étudiants, employés, etc. sont démocratiquement élus et révocables par leurs organismes de base, mandatés sur des objectifs précis, il est inconcevable que le vote sur des questions d'orientation ait lieu à bulletins secrets. Autant remettre en cause tout de suite la démocratie ouvrière ! Si sur les questions de personnes, le vote secret est une garantie, sur les problèmes politiques, il permet toutes les manipulations : les délégués ouvriers doivent rendre des comptes devant les organismes qui les ont élus.
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(12) C'est avec eux que Barrientos avait conclu le Pacte militaire-paysan.
cogestion ou contrôle ouvrier ?
C'est lors du débat sur les revendications que l'ambiguïté de l’Assemblée Populaire est apparue : notamment sur la question de la participation de délégués ouvriers à la gestion de la COMIBOL, entreprise nationalisée. Dans un document proposé par la direction du syndicat des mineurs, il était suggéré une gestion paritaire moitié-moitié de la COMIBOL entre les représentants des mineurs et le gouvernement, les premiers étant élus par les mineurs eux-mêmes. Cette co-gestion fut repoussée au profit d'un projet naïf réclamant la majorité des sièges pour les représentants des mineurs.
Or, si les mines sont au pouvoir de l'Etat, l'Etat, lui, n’est pas passé dans les mains des travailleurs.
L'entreprise nationalisée n'échappe pas aux règles de fonctionnement de l'économie bourgeoise : les thèses de la COB — largement « oubliées » par l’Assemblée Populaire — expliquaient que « depuis la nationalisation, la COMIBOL appartient à ceux qui trahissent les intérêts du peuple ». Il faut ajouter — et ce n’est pas un hasard — que la COMIBOL connait de grandes difficultés financières d'ordre divers (le général Ovando aurait détourné 600.000 dollars pour son propre compte) et des licenciements sont envisagés. Quoi de plus souhaitable pour la bourgeoisie que de faire faire la sale besogne par des représentants des travailleurs eux-mêmes ?
Que les délégués gèrent la misère et le déficit, dans des commissions paritaires avec les patrons ! De la Bolivie à la France, cette tactique est vieille comme le capitalisme !
Tant que la structure de l'économie reste bourgeoise, la participation se transforme inévitablement en collaboration de classe !
En période révolutionnaire, c'est le contrôle ouvrier sur la production qu'il faut mettre à l’ordre du jour : à ce moment là, la question n’est pas « majorité ou minorité », au côté des représentants de l'Etat bourgeois, mais la prise en charge par la classe ouvrière du fonctionnement de
l'entreprise par l'élection de Comités d'usines. Cette proposition de co-gestion à la COMIBOL était très importante, de même que la proposition faite après l'avènement de Torres au pouvoir de participation de ministres ouvriers au gouvernement. Ce n'est pas l'ignorance ou la naïveté qui peuvent expliquer de telles orientations : dans les textes des congrès, toutes ces vieilleries sont fustigées. Les thèses de Pulacayo proclament que « les ministres ouvriers ne changent pas la structure des gouvernements bourgeois. les ministres ouvriers servent à la bourgeoisie pour pouvoir mieux tromper les travailleurs »…
Que signifie cette attitude ? || n'y a qu'une interprétation possible : on voulait faire croire que par la participation accrue des travailleurs au sein des entreprises nationalisées et des diverses instances étatiques, en faisant pression sur le gouvernement Torres, on allait vers la conquête du pouvoir, autrement dit, la réédition du plus classique des réformismes.
Et ceci est malheureusement confirmé par les décisions prises sur l'armement du prolétariat.
La droite préparait un coup d'Etat, tout le monde le savait, à commencer par Torres lui-même. Pendant ce temps, l’Assemblée discutait d'un certain nombre de propositions : l'Ecole unique, par exemple, la gratuité de l'enseignement, le châtiment des assassins de militants ouvriers, l'armement des masses. Mais refusant de se donner les moyens d'appliquer la moindre de ces propositions, l’Assemblée tendait à rester une sorte de Conseil des Sages, flanc gauche du gouvernement, faisant à Torres des suggestions intéressantes en espérant qu'il les applique, et non à se transformer en organe de double pouvoir.
Ainsi, dans sa première résolution, l'Assemblée déclare qu’ « en cas de coup d'Etat, elle assumera la direction politique et militaire des masses. pour expulser du pays la droite fasciste. les travailleurs décrèteront la grève générale et l'occupation immédiate des lieux de travail ».
Face aux tanks et à l'aviation de Banzer, les travailleurs n’eurent même pas le temps de mettre en application ce beau programme, Il est vrai que l’Assemblée fit quand même quelque chose sur le plan militaire : une « Commission Militaire » fut constituée, embryon d'Etat-Major, mais cela ne donna lieu à aucune réalisation concrète.
Or, la tâche immédiate était de préparer et d'armer les travailleurs, les paysans, les étudiants pour faire face à la contre-révolution. Faire cela, c'était donner les moyens à l'Assemblée de devenir un réel organe de pouvoir, lui permettre de mettre en application ses résolutions. Simultanément, il fallait tenter de désagréger l’armée, faire une propagande envers les soldats. Les carences en ce domaine étaient d'autant plus criminelles qu'en juillet, des sous-officiers et des soldats avaient publiquement fait une déclaration (qui sans doute accéléra le coup d'Etat) où ils proclamaient que « Rien ne nous unit à la caste des officiers, excepté nos uniformes. il faut annuler les accords d'aide militaire entre notre pays et les Etats-Unis. transformer les casernes en écoles. juger tous ceux qui ont trempé dans la répression ou le massacre des travailleurs. Etre anti-socialiste, c'est être anti-bolivien ». Une brèche était ouverte dans l'armée qu'il fallait mettre à profit tout de suite. Mais la session plénière de l'Assemblée était terminée et le Présidium et les
commissions assurant l'intérim ne se manifestèrent pas. L'accord entre partis ou syndicats au sommet, $ans la participation et
l'initiative des masses à la base et sans armement du prolétariat, ne crée pas une situation de double pouvoir. Le double pouvoir existait en Espagne,
même partiellement en 1936 : des comités ouvriers existaient dans les villes, dans les villages. Dans certains cas même, ils les administraient. Dans les usines, chez les marins, des comités s'étaient constitués. Des milices avaient été organisées dès le début et s'étaient regroupées dans un Comité Central des milices anti-fascistes. Des entreprises occupées étaient gérées par des comités ouvriers.
Le double pouvoir, c'est d'abord, comme en Russie à la veille d'Octobre, l'existence de soviets à la base.
Ce qui s'était réalisé en Bolivie, c'était une sorte de Front Unique entre les organisations de la classe ouvrière et de la petite-bourgeoisie, réalisé par le haut, qui faisait pression sur le gouvernement bourgeois de Torres, au lieu de le démasquer et d'œuvrer à sa transformation.
Toute l'orientation de l’Assemblée Populaire revenait en effet à « exiger » du gouvernement Torres qu'il prenne des mesures révolutionnaires : on demandait à un gouvernement bourgeois qu'il veuille bien cesser d'être bourgeois ! Cette façon de faire pression à coups de pétitions et de déclarations est caractéristique des courants réformistes, toujours prêts, comme le disait Lénine, « à prêcher la vertu à des tenanciers de maisons publiques ».
Une telle attitude conduira toujours à la capitulation : en masquant par sa passivité et son légalisme le caractère de classe du gouvernement Torres, elle engendra des illusions et dupa la classe ouvrière.
Nous ne sous-estimons pas pour autant l'apport que représente malgré ses faiblesses l'Assemblée Populaire; l'expérience est sans aucun doute importante pour l'avenir si l’on sait en tirer les enseignements : la prise du pouvoir ne passe pas par la co-gestion de la COMIBOL, mais par l'armement du prolétariat et des paysans.
les propositions du por
Pour s'orienter vers une situation de double pouvoir, le POR proposait de passer aux actes. Tout en combinant le travail d'explication politique, de propagande indispensable, il proposait d'impulser la mobilisation indépendante des ouvriers, des paysans et des étudiants, base sociale de la future révolution. Dans les campagnes, les expropriations de terres avaient commencé (13) : les paysans indépendants avaient voté lors de leur congrès la liquidation immédiate des latifundia. Pour protéger ces conquêtes, il fallait expulser les gardes-chiourmes des campagnes et constituer des brigades paysannes armées : sans mobilisation de la paysannerie, il n’y a pas de victoire révolutionnaire possible.
Dans les usines et dans les mines, on proposait non la co-gestion, mais l'occupation des lieux de travail, le contrôle ouvrier sur l’entreprise, et des milices ouvrières armées.
Pour prévenir la conspiration de droite, il est indispensable d'instaurer des tribunaux populaires qui commencent à juger les comploteurs, les responsables de massacres d'ouvriers et de paysans.
Pour augmenter les chances de la victoire, on pouvait s'adresser aux soldats et aux sous-officiers, leur expliquer les buts de la révolution et tenter d'en gagner une fraction à l'alliance des ouvriers, des paysans et des étudiants. Il était possible d'aiguiser les contradictions au sein de l'institution militaire. Le document des soldats et des sous-officiers que nous avons cité, l'attitude du régiment Colorado sous le commandement du major R. Sanchez (14), le fait que y compris après le coup d'Etat une
——_—_— (13) en particulier à l'initiative de militants liés au PC « pro-chinois ».
(14) L'exemple du Major R. Sanchez est extraordinaire : cet officier était à la tête d'une des unités parties combattre Che Guevara. Il fut fait prisonnier, mais le Che impressionné par son courage et son honnèteté le remit en liberté (ce qu'il avait fait à Cuba bien souvent). Depuis R. Sanchez a évolué sur des positions de plus en plus révolutionnaires.
fraction de l’armée ait demandé des élections, le montrent. Un tel clivage aurait changé l'issue de l'affrontement militaire. L'exemple du Vietnam témoigne une fois de plus que la désintégration de l’armée ennemie, quand la disproportion des forces en présence est énorme, est un facteur décisif
pour remporter la victoire. < Pour prendre le pouvoir, la lutte armée doit se développer sur tous les
fronts : en récupérant les armes là où elles se trouvent, dans les casernes en particulier, dans le but de constituer une armée révolutionnaire populaire qui s'appuie sur les détachements armés des ouvriers, des paysans, des universités. « C'est seulement ainsi que pourra triompher la révolution, en ouvrant la voie à la construction du socialisme. Mobilisation armée et organisée des masses, voilà la voie pour la victoire sur le fascisme et sur le réformisme nationaliste ».
Nous ne prétendons pas que ce chemin conduisait immanquablement à la victoire, mais c'était le seul chemin réaliste: une situation révolutionnaire ne dure jamais très longtemps; dans la lutte engagée entre le prolétariat et la bourgeoisie, l’un des deux doit l'emporter. Mais en engageant la bataille de cette manière, au lieu de semer des illusions sur Torres dans la classe ouvrière et de l'envoyer les mains nues au massacre, on l'éduquait, on la préparait aux combats futurs.
Mensaje del P.O.R. en el Primero de Mayo:
Marchemos al Asalto Final del Poder para el Socialismo!
ESS cnvia Para Quant a DE ua %O 1571
La Asambleo Popular debe Nocer en las Bases
ALECCION DEMTICRATICA DE LOS DELEGADOS"
la contre
révolution ….
Après la tentative du coup d'Etat en janvier, tous les Boliviens savaient qu'il fallait se préparer à la deuxième manche.
La nationalisation des mines de zinc par Torrès (il s'agit d'un des dépôts de zinc les plus riches au monde), le refus d'accorder au Brésil la concession du Mutum (mine de fer très importante), le développement des relations avec les pays de l'Est dans le but de marchander avec l'impérialisme US ,la perspective de renouer les relations avec le Chili et Cuba se heurtaient à Washington, à l'oligarchie bolivienne et à ces deux puissances que sont le Brésil et l'Argentine, préoccupées de voir se développer au Chili, en Bolivie, potentiellement en Uruguay des régimes réformistes ,certes, mais qui dans l'immédiat font contrepoids aux dictatures militaires et où existe une mobilisation de masse puissante.
Les pressions ne manquèrent pas: pressions de la Banque, ralentissement des investissements, menace de séparation et d'autonomie de la province orientale de Santa Cruz sous l'impulsion du Brésil...
Les chefs d'entreprise se plaignaient du ralentissement des affaires, les propriétaires fonciers faisaient face aux occupations de terres, la situation économique se détériorait, les banquiers, les importateurs réclamaient des garanties, la droite ne faisait plus confiance à Torrès : le coup d'Etat du 20 Août ne devait être une surprise pour personne.
Le peuple une fois de plus descendit dans la rue, les mains presque nues face aux chars d'assaut et à l'invasion du colonel Banzer. Torrès,pour faire face au complot ,comptait sur l'appui d'une partie de l'Armée : les dirigeants capitulateurs de l'Assemblée Populaire comptaient sur Torrès comme le’ montrent quelques détails qui seraient cocasses en d'autres circonstances.
Le gouvernement avait préparé une opération poétiquement dénommée « Cien Piés-Aquilita Voladora » (Cent pieds — Petit aigle vole) destinée à appuyer les mineurs d'Oruro attaqués par des troupes fidèles à Banzer. Mais les régiments attendus par les mineurs n’arrivèrent jamais : ils s'étaient en chemin, ralliés à Banzer.
Les mineurs étaient chargés également d'attaquer un régiment fidèle à Banzer qui venait en train dans leur direction : ils disposaient pour le faire de 100 fusils des années 30 et d’un peu de dynamite. Ils devaient recevoir des renforts : des avions loyaux au gouvernement devaient décharger des armes ; mais ces avions n'arrivèrent pas car l'aviation abandonnait Torrès. Les mineurs firent sauter un pont pour arrêter le train mais lorsqu'ils partirent à l'assaut du train pour s'emparer des armes, ils furent repoussés par les mitraillettes. Pendant ce temps la radio gouvernementale continuait à diffuser des messages en code, annonçant l'arrivée imminente des régiments fidèles et les mineurs partaient au massacre.
De concession en concession, avec l'illusion de pouvoir rallier à lui les comploteurs, Torrès leur facilitait la tâche : la contre-révolution gagnait du terrain sans rencontrer d'obstacles et à la veille du coup d'Etat, Torrès avait peut être l'appui de 20 % des troupes. Jusqu'au dernier moment, l'un des principaux conjurés, Reque Teran put évoluer comme bon lui semblait. L'interview donnée par Torrès à l'agence de presse cubaine « Prensa Latina » provoque la stupeur.
— Général, quelles sont à votre avis les raisons de la victoire putschiste ? — C'est la trahison, monsieur, qui a renversé mon gouvernement. — Vous espériez que le régiment de Tarapaca, qui a décidé de la situation, vous resterait fidèle, n'est-ce-pas ? — J'en avais la certitude, car son commandant me l'avait promis au cours d’une de mes visites à Tarapaca. — Général, est-ce que Reque Teran a été arrêté samedi matin au palais lorsqu'il est allé vous présenter sa démission ? — Ce bruit a couru, mais il n’a pas été arrêté. — Où était Reque Teran samedi matin ? — Il est venu me voir au palais pour m’assurer de sa fidèlité. — Mais ne vous-a-t-il pas présenté sa démission ? — Bien qu'il m'ait assuré de sa fidèlité envers la révolution et envers moi-même, au moment de partir il m'a recommandé de me mettre en lieu sûr.
Malgré cette chaude recommandation, Reque Teran quitte le palais, libre comme l'air — Est-ce que vous avez considéré que ces paroles étaient en fait un ultimatum ? —Oui, — C'est pourquoi vous avez donné l'ordre au commandant Sanchez d'attaquer le quartier général. — Oui — Où se trouvait Reque Teran ? — Précisément au quartier général, pour diriger les opérations. — La victoire révolutionnaire était-elle proche au moment du revirement du régiment Tarapaca ? ..
— Très proche.
— Quelles sont les raisons ou les influences qui ont déterminé ce revirement ?
— Monsieur, je suis en exil et je ne peux faire de déclarations politiques.
— Je ne vous demande pas des opinions, mais seulement des faits, général.
— Est-ce que ces faits ne vous semblent pas politiques ?
— J'admets qu'ils le sont.
— Qui a provoqué le revirement du régiment de Tarapaca, son commandant ou Reque Teran ?
— Je vous répondrai en temps utile.
— Retournerez-vous en Bolivie, général ?
— J'y retournerai.
— Pour recommencer ?
— Pour recommencer et triompher cette fois avec le peuple grâce à l'expérience acquise.
Torrès n'avait qu'une solution pour triompher : détruire l'armée, armer les ouvriers, les paysans, les étudiants révolutionnaires.
Mais les barrières de classe l’'empechèrent : la caste militaire à laquelle appartient Torrès a pour mission de défendre le système capitaliste. Torrès s'est conduit comme tout bourgeois, militaire ou pas, progressiste ou pas, lorsque vient le moment de la confrontation, lorsque le choix consiste à perdre ses privilèges de classe, à attaquer le régime de la propriété privée, pour rejoindre la classe ouvrière; alors les contradictions disparaissent, seuls restent les intérêts de classe, face à l'ennemi commun qu'est le prolétariat. Et Torrès comme tous ses prédécesseurs a capitulé devant l'impérialisme.
Lorsqu'on lui réclama des armes pour les travailleurs, il eut ce cri du cœur, ce cri de classe : « Si je leur donne des armes, ils les retourneront contre moi ».
...et la faillite des directions
réformistes
Rien de tout cela n'était imprévisible, mais les forces révolutionnaires notamment le POR—Gonzalès, ayant une orientation correcte, étaient minoritaires. Les directions réformistes et conciliatrices se reposaient sur Torrès. Selon “la Opinion”, journal bourgeois argentin, « l'assemblée populaire qui s'était attribuée le commandement de la défense 50 jours auparavant pour faire face à une attaque fasciste, ne se différencia pas du général. Elle n'avait aucun plan de défense, pas d'armes, pas la moindre organisation. Elle ne put remplacer l'hésitant Torrès pour défendre La Paz et demeura en fait dépendante des décisions de ce même Torrès accusé si souvent de faiblesse et de couardise ».
De la part de courants tels que Léchin, la trahison n'est pas surprenante ; de la part du parti communiste bolivien, nous pourrions dire de même. Ce parti faible, fondé en 1950 (plus de 10 ans après le POR), qui n'a tenu son premier congrès qu'en 1959, accusé pratiquement de trahison par F. Castro et Che Guevara, a un passé chargé.
Officiellement le parti communiste lutte pour faire aboutir un programme populaire, patriotique et anti-impérialiste par l'union et l'action accrues des forces ouvrières et démocratiques, « pour parvenir à la construction par des voies que la conjoncture éclairera (?) d'un gouvernement intègre » (15) qui garantira l'application de ce programme y compris contre l'avis des Etats-Unis ».
Mais contre les Etats-Unis, rien de tel ne se réalisera,comme l'expérience l'a prouvé, si ce n'est en s'appuyant sur la lutte armée. Le seul
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(15) Nouvelle critique — janvier 1968— p58. « Bolivie: la révolution sans guillemets »
gouvernement « intègre » susceptible de mener à bien un « programme anti-impérialiste » est un gouvernement qui s'appuie sur la classe ouvrière et la paysannerie armées dans une perspective socialiste. Toute autre voie, l'histoire bolivienne le montre à satiété est vouée à la capitulation.
Mais il est vrai que les staliniens boliviens ont capitulé depuis bien longtemps : avant la révolution cubaine, ils expliquaient qu'en Amérique latine, chasse gardée de l'impérialisme, la révolution n'était pas possible. Cela s'appelait le «fatalisme géographique ».
Depuis la révolution cubaine, ils expliquent que Cuba a pu résister certes, mais parce que « sa position insulaire lui a permis de briser le blocus » (16) (à 130 kms des USA, ce qui est quand même un léger inconvénient, mais aussi sans frontière commune — à la différence du Vietnam — avec d'autres pays). C'était précisément ces arguments qui avaient, à l'époque , permis aux staliniens cubains de repousser la révolution aux calendes grecques.
L'Union soviétique elle, a pu tirer « avantage de son immensité pour résister aux armées blanches », « mais comment la Bolivie assurera-t-elle son indépendance sans accès à la mer, sans débouché sur un cours d'eau important » ? (17). En somme 50 ans après il est plus difficile — malgré l'existence du « camp socialiste » — pour une révolution de triompher, que ce ne le fut pour la première révolution socialiste, dévastée par la guerre, encerclée par les gouvernements bourgeois coalisés.
Pourquoi alors tromper les masses en invoquant la possibilité d'un gouvernement anti-impérialiste si ce dernier n’a aucune chance de survie ?
Mais il y a un autre argument : « A-t-on mesuré toutes les conséquences de la rapide intervention militaire nord-américaine en Bolivie quand on envisage gaiement son accroissement »..« l'analyse comparative des méthodes agressives de l'impérialisme yankee au Vietnam et à St-Domingue devrait donner à réfléchir à ceux qui voient déjà, satisfaits, la Bolivie transformée en brasier à l’image du Vietnam ».(Est-ce à dire que les Vietnamiens ont tort ? } (18).
Ce raisonnement, propre aux hésitants et aux conciliateurs n'est pas nouveau : déjà avant octobre 17, la droite du parti bolchévik expliquait : « Toux ceux qui ne veulent pas simplement discuter sur l’insurrection doivent en peser froidement les chances. Et nous devons considérer comme un devoir de dire qu'au moment présent surtout, il serait des plus nuisibles de sous-estimer les forces de l'adversaire et de surestimer ses propres forces. Les forces de l'ennemi sont plus grandes qu'il ne le semble ». (Sur le moment présent — lettre de Kamenev et Zinoviev).
Cette question est évidemment de la plus haute importance : un parti révolutionnaire qui se trompe sur la puissance de l'ennemi risque de le payer cher. « Mais il vient un moment où cette habitude de considérer l'adversaire comme le plus puissant devient le principal obstacle à la victoire... Vous sous-estimez les forces de l'ennemi ! C'est là le point de ralliement de tous les éléments hostiles à l'insurrection armée » (19)
Or les rapports de force ne se mesurent pas en termes simplement militaires : ce qu'il s’agit d'évaluer c’est aussi le degré de conscience des masses prolétariennes, leur détermination et leur combativité, leur lucidité, le degré de désintégration de l’appareil d'Etat bourgeois et de l'armée...
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(16) Nouvelle critique. Id. (17) Ibid. P 56. (18) Ibid.
(19) Trotsky — Les leçons d‘octobre — P 28 — cahier rouge.
Nous pensons que de ce point de vue, de nombreuses conditions étaient réunies en Bolivie pour déclencher l'insurrection : cela n'aurait pas suffi pour éviter l'intervention impérialiste, mais celle-ci se serait heurtée à un peuple uni et mobilisé, en armes, face à une armée locale bien divisée. Aujourd'hui par contre il faut préparer la lutte dans des conditions beaucoup plus difficiles, sur la base d’une défaite du prolétariat.
C'est la faiblesse du parti révolutionnaire, l'insuffisante implantation de l'avant-garde et la capitulation des pseudo-communistes qui sont les causes de la victoire de Banzer ; qu'on ne vienne pas, pour justifier une ligne opportuniste, jouer les tartuffe !
L'attitude du POR de G. Lora est plus surprenante ; G. Lora prétend être un adversaire déclaré du réformisme et du stalinisme, il se réclame, comme ses alliés en France, du trotskysme le plus orthodoxe. C'est au nom de cette «orthodoxie» qu'il a combattu avec acharnement l'aile révolutionnaire « petite bourgeoise » qui, tant au congrès de la COB qu'à l'Assemblée Populaire, réclamait des mesures pratiques pour armer le prolétariat. Certaines de ses remarques d'alors méritent d'être citées :
« L'Assemblée populaire n'a pas commencé en décrétant l'insurrection. Au contraire elle a discuté longuement et patiemment.{caractéristiques typiquement ouvrières et non petites-bourgeoises).les problèmes de la cogestion..{majoritaire)..à la Comibol, de l’Université Unique et d'autres questions moins importantes. »…(nous aurions pour notre part plutôt tendance à penser que les problèmes de la cogestion caractérisent davantage des tendances petite-bourgeoises et même bourgeoises que des tendances ouvrières)...
« La dualité de pouvoir ouverte par l’Assemblée doit infailliblement déboucher sur le pouvoir ouvrier ou le gouvernement central. Ceci suppose que les masses adoptént certaines méthodes de lutte armée. Il serait prématuré aujourd'hui de dire lesquelles ».
Enfin : « l'existence de l'Assemblée Populaire suppose l'élimination politique de ceux qui prétendent imposer du dehors certaines formes de lutte aux travailleurs ». Lora, hanté de manière troublante par le spectre de la petite bourgeoisie, n'est pas particulièrement respectueux de la démocratie ouvrière. C'est dans l’Assemblée populaire qu'il fallait ouvertement discuter de ces problèmes, et non par des manœuvres de couloir. Lora,lui,n'imposait aucune forme de lutte : par sa politique il envoyait les travailleurs à l'abattoir.
Et nous ne sommes plus les seuls à le dire : l'épreuve fut telle que la « petite bourgeoisie » semble même s'être infiltrée dans les rangs du groupe de Lora. Dans le dernier numéro de Masas,son journal(20)sorti après le coup d'Etat, sous le titre « la plus grande erreur de la gauche », il est écrit : « Personne n'a pris au sérieux l'armement du prolétariat || y a eu un abandon total en ce domaine particulièrement de la part des organisations des mineurs et des usines. Les dirigeants révolutionnaires qui sont des dirigeants ouvriers (et cela concerne plusieurs membres du groupe de Lora-NDRL), n'ont pas orienté les syndicats de base vers ce travail fondamental. Ce qui prouve que les partis de gauche n'ont pas considéré devoir prendre une part active à l'armement et à l'organisation des milices dans chaque mine, dans chaque usine. La résolution de l’Assemblée du Peuple, résolution très tardive (juin 71) envisageant la constitution de
(20) Septembre 1971 — No 400.
milices ne fut pas mise en pratique. L'erreur de toute la gauche est ainsi mise en évidence ». Nous partageons ce jugement, sauf sur un point, comme nous l’avons clairement montré, ce ne fut pas l'erreur de toute la gauche.
Mais cette erreur très grave, se double d’une autre encore plus sérieuse : « L'idée générale qui s'était répandue — et que nous marxistes avons y compris partagée — c'est que les armes seraient cédées par l'équipe militaire au pouvoir, car nous considérions que ce n'était qu'en s'’apuyant sur les masses et en les dotant d'une puissance de feu appropriée que le gouvernement pourrait au moins neutraliser la droite. Cette conclusion se révéla complètement fausse : on n'a pas tenu compte du fait que Torrès préférerait s'allier à ses camarades généraux, capituler devant eux piutdt que d’armer les masses qui avaient donné des preuves évidentes qu'elles s'acheminaient vers le socialisme et que leur mobilisation mettait en danger l'Armée comme institution »
En somme les camarades du groupe de Lora reconnaissent qu'ils ont été victimes d'illusions typiquement petite-bourgeoises, qu'ils ont oublié la nature de classe du gouvernement bourgeois de Torrès !
Enfin Masas conclut : « Les leçons d’aout obligent la gauche a juger de façon critique sa conduite, à signaler avec objectivité ses erreurs politiques qui d'une façon ou d'une autre provoquèrent la défaite militaire du peuple ».
Une telle analyse autocritique est salutaire. Nous ne pouvons que nous en féliciter. || faut faire la critique des erreurs passées. Mais il faut la faire publiquement, devant le prolétariat bolivien et international. Camarades du POR loriste, camarades lambertistes en France, pour éduquer le prolétariat, seule la vérité est révolutionnaire !
Il est encore difficile de mesurer aujourd'hui l'ampleur de la défaite. Le régime Banzer repose dès sa naissance sur une planche pourrie : l'alliance entre l'armée, la Phalange (parti de la droite la plus conservatrice et ex-ennemi du MNR) et le MNR n'a que peu de chances de se consolider. Banzer s'est attaqué d'abord aux étudiants pour les écraser. Mais déclencher la bataille sur tous les fronts « à chaud » serait une erreur : c'est pourquoi il a besoin du MNR pour se donner un vernis de légalité, et tenter de neutraliser provisoirement une fraction des mineurs et des paysans.
Le destin de la coalition gouvernementale actuelle dépendra notamment de l'intervention de l’avant-garde révolutionnaire.
L'expérience bolivienne confirme une fois de plus la justesse de l'analyse mainte fois soulignée par la IVème Internationale, selon laquelle « les tensions sociales explosives, et les ressources économiques restreintes du capital, n’accordent aucune base durable à un régime de type réformiste dans la plupart des pays d'Amérique Latine. Celui-ci n’est compatible, pendant une certaine période qu'avec une passivité des masses. Dès que celles-ci se mettent en mouvement, et débordent les directions conciliatrices anciennes et nouvelles, il n’y a qu'un choix fondamental : ou bien avance du processus révolutionnaire jusqu’à la prise du pouvoir par le prolétariat allié à la paysannerie pauvre, avant tout par la destruction de l’armée bourgeoise et de tout l'appareil d'Etat répressif de la bourgeoisie ; ou bien établissement d'une dictature militaire de type répressif, l'armée restant plus que jamais le dernier « parti » bourgeois stable d'Amérique Latine ». (Déclaration du SU de la I Vème Internationale).
tirer les lecons : s’organiser
En Bolivie, les prémisses de la révolution socialiste n'ont pas trouvé d'achévement : le pouvoir était à prendre mais c'est l’armée qui occupe de nouveau le devant de la scène.
En dépit du poids du prolétariat minier, en dépit du programme extrèmement avancé de ses organisations syndicales, le processus révolutionnaire en cours depuis la mort du Che s'est encore une fois terminé par un échec.
Le triomphe de la contre-révolution est un signal d'alarme pour les militants latino-américains, pour les révolutionnaires chiliens, uruguayens en particulier. Il faut tirer les leçons de l'expérience bolivienne : quelles sont les raisons de l'échec, en dépit de l'extraordinaire montée révolutionnaire ? Pourquoi les masses boliviennes n'ont-elles pas pris le pouvoir? A ces questions, il est vital de répondre aujourd'hui. Paradoxalèment, les enseignements les plus précieux dont l'avant-garde peut aujourd'hui s'inspirer se résument tant dans le combat victorieux des vietnamiens que dans la défaite bolivienne. L'impérialisme US est en crise mais il ne se laissera pas mourir à petit feu. Il n’y aura pas de passage pacifique au socialisme, les illusions réformistes n'engendreront que des défaites.
D'ores et déjà, l’histoire de la Bolivie est un enseignement vivant pour les militants révolutionnaires du monde entier. Le dernier épisode marqué par la victoire de la CIA atteste du retard angoissant dans la construction du parti mondial de la révolution. Le monde vit à l'heure de la révolution permanente mais le prolétariat n’a pas encore le parti dont il a besoin pour vaincre l'impérialisme. Une course de vitesse est engagée pendant laquelle la révolution vietnamienne est tragiquement seule. Les bonnes volontés ne suffisent plus, l'amateurisme est dépassé, il faut combler le vide qu'a légué le stalinisme, il faut construire l'Internationale,
Aujourd'hui parce que la IVème Internationale connaît un début significatif d'implantation dans les luttes de classes à l'échelle internationale, elle peut tirer les leçons desluttes révolutionnaires auxquelles elle a payé son tribut.
la révolution sera socialiste ou ne sera pas
Lés derniers événements boliviens ont fait justice des illusions réformistes sur le rôle progressiste de la bourgeoisie nationale, soi disant à même de mener à bien avec l'appui des masses une révolution démocratique bourgeoise qui mettrait fin au sous-développement. Le fait que le MNR, parti bourgeois nationaliste des années 1950, se trouve aujourd'hui associé aux fascistes avec la bénédiction de l'impérialisme américain est des plus significatifs.
Les contradictions qui existent au sein de la bourgeoisie doivent être utilisées par les révolutionnaires. En aucun cas ils ne doivent bercer les travailleurs d'illusions, en aucun cas ils ne doivent soumettre l'organisation du prolétariat et des paysans pauvres à la direction de la bourgeoisie nationale.
A l'époque de l'impérialisme, il n'y a plus d'étape démocratique possible. La révolution pour la terre et la liberté ne pourra être assurée que par la dictature du prolétariat allié aux paysans pauvres. Le rôle historique de la bourgeoisie s'est achevé à l'échelle mondiale au moment où elle atteignait son apogée : l'impérialisme.
lors de la crise révolutionnaire, le pouvoir est au bout du fusil!
Toute crise révolutionnaire a son Kerentsky ou son Torrès, marionnettes qui essaient de sauver le pouvoir de la bourgeoisie tout en cédant partiellement aux revendications immédiates des masses. Parfois la tactique réussit et la bourgeoisie n'a plus qu'à attendre la retombée de la mobilisation pour reprendre entièrement son pouvoir, remettre en cause ses concessions et renvoyer le président populaire à ses mémoires : hier Léon Blum, demain Salvador Allende.
Mais tout Keren sky a son Kornilov, toute crise révolutionnaire débouche sur la révolution ou la contre-révolution : c'est le B.A. BA du marxisme léninisme que nos camarades du POR ont défendu. Pendant ce
temps, les staliniens, le groupe Lora, les mencheviks de tous bords discutaient gravement de la cogestion de la Comibol, et réclamaient l'élimination politique des petits bourgeois qui ne rêvent que de lutte armée.
Bien sur, il faut que les masses soient prêtes pour décider de l'insurrection et tout putschisme en la matière a des résultats catastrophiques.
Mais la contre-révolution elle, n'attend pas que les masses soient prêtes, tout révolutionnaire doit en être conscient. Le parti bolchevik n'a décidé de l'insurrection qu'en octobre mais en août il était déjà prêt pour repousser Kornilov. Voilà ce que les pédants, Lora de tout poil, ne disent pas dans leurs discours sur le mouvement des masses. é
Vouloir séparer en deux étapes la radicalisation des masses, d'un côtè‘la formation des soviets, de l'autre l'armement du prolétariat, relève de cette conception mécanique de la révolution par étapes véhiculée par le réformisme.
La mise à l'ordre du jour de l'armement des militants d'avant garde, puis de détachements armés des ouvriers et des paysans les plus avancés doit préparer l'armement populaire. En remettant à plus tard les tâches élémentaires d'auto-défense, les réformistes de l'Assemblée populaire avaient renoncé à transformer cette assemblée de pression sur le gouvernement de Torrès en assemblée de pouvoir ouvrier. Ils avaient renoncé à la révolution.
construire le parti révolutionnaire construire l’internationale
Les conditions de la construction du parti révolutionnaire apparaissent des plus difficiles en Amérique Latine. Beaucoup ont payé leur courage de leur vie; comme le disait le Che,beaucoup tomberont victimes de leurs erreurs.
Pour les uns, le foyer de guerilla même peu nombreux peut par le seul caractère exemplaire de ses actions susciter l'enthousiasme populaire et préparer l'assaut final.
D'autres dénoncent le militarisme petit bourgeois auquel ils opposent le
_travail de masse. Hélas,le chemin est plus compliqué. Aux premiers nous disons : depuis la révolution cubaine de nombreux cadres irremplaçables sont tombés parce qu'ils ont cru que spontanément les masses monteraient à l'assaut des casernes. Mais les masses ne s'insurgent pas spontanément sans programme, sans parti, sans armes. Le spontanéisme mème armé a fait faillite. Aux seconds nous disons: vous proposez de développer la mobilisation des masses par un travail assidu en leur sein. Fort bien, mais à chaque fois que les luttes se développent, à partir d’un certain seuil, l-5
gorilles armés répriment le mouvement dans le sang. Du Mexique au Brésil, la liste est longue des massacres populaires.
Quelles garanties offrez-vous, aux travailleurs, aux étudiants, aux paysans, vous qui prétendez les conduire à la liberté et au socialisme ?
La IVème Internationale a adopté une stratégie de construction du parti révolutionnaire qui allie le travail légal, notamment dans les organisations de masse,et le travail illégal armé. Les actions militaires ne se résument pas à la guerilla. Des troupes d’auto-défense lors des grèves aux actions de commando contre les bandes armées, en passant par l'expropriation de terres par des détachements paysans et par la réalisation d'opérations exemplaires telle le rapt par le PRT (section argentine de la IVème Internationale) du consul anglais en Argentine, directeur de l'entreprise Swift en échange de la réembauche d'ouvriers licenciés, toute une gamme d'actions existent,complément indispensable du travail de masse.
Même si la révolution bolivienne avait été victorieuse, qui peut penser que l'impérialisme américain aurait toléré cette victoire,prémisse de sa propre disparition ? La lutte aurait du continuer à s'étendre sur le continent sud-américain.
Face à cet ennemi centralisé, les révolutionnaires doivent être capables de coordonner leurs fortes, de frapper sur les points faibles, d'aider tel ou tel pays en argent, en armes, en hommes. Face à l'impérialisme, leur sort est solidaire.
11 faut briser les frontières, pricipales alliées de l'impérialisme et unifier
nos luttes en construisant le parti mondial de la Révolution. J.H.
Supplément a Rouge 132. Imprimerie Moriame.
nos photos : DR.
ligue communiste document rouge 11 ;,