Sommaire (d'après RaDAR)
- I
- la réforme de l’enseignement
- II
- l’idéologie enseignante
- III
- le syndicalisme enseignant
- IV
- nos perspectives
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Ligue Communiste Section Française de la IV£ Internationale
_ les marxistes révolutionnaires dans l'enseignement
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hebdomadaire de la Ligue Communiste (Section Française de la IV® Internationale)
B. P. 201 - Paris 19.
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LA REFORME DE. L'ENSEIGNEMENT
Comme toute institution située dans une société de classe, l'enseignement est un enseignement de classe, c'est-à-dire qu'il sert les intérêts de la bourgeoisie et non ceux des travailleurs. Dans ces conditions, pourquoi la bourgeoisie s'efforce-t-elle de réformer l'enseignement par des plans divers, Fouchet Faure, etc. ? 0
Aujourd'hui, l’enseignement bourgeois ne répond plus aux fonctions qui sont les siennes :
— Assurer une qualification minimum pour les futurs travailleurs ;
— Former un certain nombre de spécialistes indispensables au bon fonction-
nement de l’industrie et de la société ;
— Elaborer et diffuser dans la société l'idéologie bourgeoise.
A, — LA CRISE DE L'ENSEIGNEMENT
1. — L'ENSEIGNEMENT ET LA BOURGEOISIE
Pourquoi l'enseignement est-il en crise? Mais que signifie être en crise ? Pour les usagers (élèves, étudiants) et pour les travailleurs (enseignnants, agents) cela signifie une inadaptation de la formation au devenir professionnel ou de mauvaises conditions de travail. Mais pour la bourgeoisie, ce n'est pas là l'essentiel. La crise réside dans le fait que des dépenses coûteuses ne donnent pas le résultat attendu. Ce n'est que l'expression de la contradiction fondamentale de la société capitaliste où le développement des forces productives s'oppose au maintien des rapports de production. L'enseignement subit cette contradiction à deux niveaux :
— L'enseignement est nécessaire pour maintenir le niveau des forces productives, mais il faut en restreindre au moins certaines branches pour ne pas menacer la domination de la bourgeoisie ;
— Les investissements dans l’enseignement sont non rentables ; ils sont donc pris en charge par l'Etat ; mais cette prise en charge a des limites. Il faut donc nécessairement investir dans un secteur non rentable, ce qui est contradictoire pour une logique capitaliste.
La bourgeoisie se trouve confrontée à une tâche difficile‘: comment s'assurer au meilleur prix une main-d'œuvre qualifiée selon ses besoins ?
2. — LA CRISE DU SYSTEME DE ‘FORMATION
L'enseignement français a été créé et s'est développé dans une société capitaliste concurrentielle et devient donc parfaitement inadapté au capitalisme en déclin. Les manifestations de cette inadaptation sont nombreuses.
— L'improductivité du système. Plus de la moitié des enfants du primaire redoublent au moins une fois. Dans le secondaire, cette proportion est encore plus élevée. Cette improductivité préoccupe la bourgeoisie, non par pitié pour l'élève malheureux, mais parce que les ratés du système, s'ils se produisent à grande échelle augmentent le coût du système. Il faut donc y remédier.
— Le malthusianisme. || est particulièrement ressenti au niveau de l'ensei-
gnement supérieur : le nombre de diplômés en science en 1966 est à peine de la moitié de celui prévu par le plan. La bourgeoisie risque de manquer des cadres -techniques nécessaires (est compris dans cette nécessité le volant du chômage qui permet de peser sur les salaires).
— L'anarchie. Le système capitaliste est dans son essence äanarchique, encore faut-il que cette anarchie profite à la. bourgeoisie. Or, la répartition disparate des jeunes sur le marché du travail provoque des incohérences : trop de secrétaires ou de licenciés es-lettres, ce qui ne préoccupe pas outre mesure le patronat, mais cette abondance a son revers dans certains secteurs techniques ou scientifiques où il y a pénurie de main-d'œuvre, donc pas de possibilité de peser sur les salaires. Ce n'est pas le fait qu'il y ait trop de jeunes sans débouchés qui inquiète la bourgeoisie, mais le fait qu'il n'y en ait pas assez dans d'autres secteurs, ce qui empêche un «bon» marché du travail: des chômeurs suffisamment bien répartis dans toutes les branches.
Cette abondance va de pair avec une inadaptation croissante : l'enseignement prépare de moins en moins bien à la profession future. L'école n'a suivi que de très loin les modifications techniques qui ont bouleversé la société, ce qui fait par exemple que l'on forme des couturières ou des relieurs au lieu de performateurs.
Tout le monde ressent à un degré ou à un autre les différents aspects de cette crise de l'enseignement. La bourgeoisie a entrepris d'y remédier, non par bonté d'âme envers les enseignants et les enseignés, mais parce qu'elle y est socialement et économiquement obligée.
Dans une société de classe, la réforme de l’enseignement est une réforme de classe.
Dans une société capitaliste, la réforme de l’enseignement est une réforme capitaliste.
B. — COMMENT LA BOURGEOISIE TENTE DE RESOUDRE LA CRISE
Les penseurs de la bourgeoisie ont saisi depuis quelques temps le sens de’ cette crise de l'enseignement et tentent de la surmonter. Le plan Fouchet en était le premier exemple. De toutes façons, ces tentatives de réformes nè peuvent avoir de figures fixes, précises, parce qu'elles sont la réponse contradictoire à une situation contradictoire.
Cependant, si elles n'ont pas une cohérence profonde, si elles n'apportent pas de solutions véritables aux problèmes de l'enseignement, elles manifestent des caractéristiques essentielles, des lignes de force présentes derrière chaque projet de réforme, aussi modeste et partiel soit-il :
On ne doit pas considérer chaque réforme en soi, mais par rapport aux principes qui la guident.
1. — LA RENTABILITE FINANCIERE
Des projets ont déjà été avancés dans ce sens en ce qui concerne l'enseignement supérieur. Citons le rapport Montjoie-Ortoli : « Décentraliser davantage la responsabilité sur les plans pédagogique, financier et administratif permettrait d'accroître fortement l'efficacité du système.» Cette rentabilisation financière pourrait prendre différentes formes: capiteaux privés qui financeraient les universités, augmentation des. droits d'inscription qui tendent à faire payer par l'usager une partie du coût de formation, économie opérée par le recrutement de personnel non titulaire, contrats de recherche, etc.
Dans l'enseignement secondaire des tentatives moins voyantes se font jour : augmentation des prix de pensions et de demi-pensions ; on peut remarquer également la multiplicité de petits frais autrefois couverts par l'Etat qui sont assumés maintenant par les élèves ou les familles : bibliothèques, frais admi-
nistratifs, etc. Toutes ces tentätives jusqu'à présent modestes ont un sens bien précis : faire admettre la rationnalité capitaliste là où jusqu'à présent elle ne s'exerçait pas ouvertement. C'est d'ailleurs une tendance générale affirmée hautement par le pouvoir : il faut rentabiliser les services publics parce qu'ils n'étaient pas ou plus rentables.
La bourgeoisie ne peut plus tolérer des investissements non rentables ; il lui faut introduire la logique du profit dans l’enseignement.
2. — LA RENTABILITE HUMAINE
De même, la bourgeoisie ne peut plus tolérer les ratés du système, pour ceci elle tenté depuis plusieurs années de mettre en place un système d'orientation impératif qui lui permettra d'éviter des déchets trop importants et les qualifications superflues. Citons entre ‘autres : les classes dites pratiques et de transition qui touchent parfois 40% des élèves dans certains établissements, la création du cycle court dans les C.E.S., l'orientation impérative au niveau de la troisième, les tentatives de sélection à l'entrée de l'enseignement supérieur (médecine). Toutes ces mesures ont un sens : sélectionner la maind'œuvre indispensable à tous les niveaux et pousser le reste vers la production.
Par l'orientation et la sélection, la bourgeoisie tente à tous les niveaux de former aux moindres frais sa main-d'œuvre indispensable.
3. — LA MAIN-MISE DU PATRONAT
Qui, mieux que le patronat lui-même, pourrait juger de ce qui lui est utile ? C'est le sens des diverses mesures qui tendent à un contrôle direct du patronat sur l'enseignement (technique et scientifique dans un premier temps). Certes dans les C.E.T., les lycées techniques, certaines grandes écoles, les liens avec l'industrie étaient déjà étroits, mais ils vont être renforcés ; l'adaptation nécessaire entre l'université et l'économie défendue par la bourgeoisie se traduit concrètement par la présence de délégués du patronat dans les instances dirigeantes : conseil national de l'enseignement où entrent pour un tiers des « personnalités extérieures représentant les grands intérêts nationaux » et jusque dans les conseils d'administration du secondaire. Depuis longtemps déjà certains diplômes, depuis le. C.A.P. jusqu'au diplôme d'ingénieur étaient soumis au contrôle du patronat loçal ou national ; il est vraisemblable que cette « participation » va s'accroitre.
L'adaptation de l’université à l’économie capitaliste, c'est la soumission de l'école aux intérêts patronaux.
4. — LE DEMANTELEMENT DE L'EDUCATION NATIONALE
La conséquence logique de ces tentatives de rentabilisation et d'adaptation de l'école aux intérêts du patronat c'est le. démantèlement de l'éducation nationale, par la création dans le supérieur d'universités autonomes, soumises au patronat local, dans le secondaire par l'extension de la formation maison dans certains C.E.T., la création des S.E.P. visaient déjà à enlever à l'éducation nationale la formation professionnelle élémentaire pour la confier au patronat local. De même, le passage de l'enseignement agricole au ministère de l'agriculture, de la F.P.A. au ministère du Travail vise à morceler toutes les structures de formation pour les adapter aux besoins du patronat.
L'adaptation de l’enseignement à l’économie capitaliste exige le démantèlement de l'Education nationale.
5. — L'IDEOLOGIE DE LA «NOUVELLE SOCIETE »
Afin de faire passer en douceur toutes ces mesures qui frappent durement les enseignants et les enseignés, la bourgeoisie sa recours à une pommade idéologique : la mentalité industrielle, l'esprit d'entreprise, etc. Citons. le rapport Montjoie-Ortoli : «La mission industrielle de l'appareil éducatif, bien loin de se réduire à la formation et, éventuellement au recyclage des cadres, concerne en fait l'ensemble de la nation, car c'est la société toute entière qu'il s'agit de
rendre apte aux exigences du développement industriel moderne.» Bref, il faut partout et à tous les niveaux n’enseigner que ce qui est utile et encore dans une optique industrielle. La spécialisation à outrance, la parcellarisation du savoir va de pair avec une diffusion massive de l'idéologie «industrielle ».
L'industrialisation de l’université, c'est l'introduction directe dés capitalistes dans l’enseignement : division du travail, obéissance, discipline.
C. — LES CONSEQUENCES
Certes ces réformes ne sauraient en elles-mêmes assurer la pérennité du système capitaliste. Les contradictions demeurent et demeureront; mais le tragique des contradictions capitalistes réside en ce que ce ne sont pas les capitalistes mais les travailleurs qui en font les frais. Déjà les enfants. du prolétariat se dirigent en masse vers un avenir professionnel bouché, vers le chômage ou le sous-emploi. Mais ils ne sont pas les seuls touchés, les enseignants le sont également directéement et tout de suite.
Les réformes capitalistes sont une attaque directe contre les conditions de vie de l'enseignant.
1: — LES ENSEIGNANTS ET L'EMPLOI
Traditionnellement le métier d'enseignant outre les vacances et la retraite offrait un attrait non négligeable : la stabilité et la garantie de l'emploi accordée par la Troisième République et maintenue par les luttes syndicales. Dé nombreuses coutumes et institutions : avancement -à l'ancienneté, mutations contrôlées, etc., traduisaient dans les faits cette relative sureté, cette relative indépendance de l'enseignement. La garantie de l'emploi reconnue à tous les fonctionnaires titulaires était un des attraits (presque le seul) de la fonction enseignante. Ne relevant que de sa propre administration, ayant des garanties sur. son avenir: avancement automatique, mutations contrôlées par des commissions paritaires, l'enseignant pensait être un fonctionnaire zélé de la République, puisque celle-ci le traitait relativement bien.
Mais cette situation ne pouvait pas durer; si le < conservateur » enseignant favorisait la stabilité sociale, il avait des aspects inacceptables pour le capitalisme en déclin: tradition d'indépendance même formelle à l'égard du pouvoir politique et du patronat, surtout garantie de l'emploi, incompatibles avec .les principes de rentabilité maximum qui sont ceux du capitalisme monopoliste : il ne peut assurer à long terme l'entretien d'un personnel si peu rentable.
La réforme de l’enseignement signifie l'attaque contre la sécurité de l'emploi
2. — LA DIVISION
Comment s'opère cette attaque ? D'abord par des tentatives de différencier le corps enseignant dans ses fonctions et sa rémunération : dans le supérieur et le second degré, cette pratique de diviser pour régner est pratiquée depuis longtemps : l'opposition entre professeurs et assistants, entre -agrégés et certifiés permet au pouvoir de créer de mesquines rivalités d'intérêts qui étouffent souvent le potentiel revendicatif. Mais jusqu'à ces derniers temps, lès instituteurs qui forment la plus grande partie des enseignants restaient à peu près homogènes dans leurs conditions de vie, leur rémunération et leurs prérogatives. Mais la sortie de deux statuts, l'un pour les. directeurs d'école, l'autre pour les professeurs de C.E.G. divise irrémédiablement les instituteurs et menace directement l'unité du S.N.I., force puissante quoique inactive. D'inquiétants projets sont actuellement remués en ce qui concerne les écoles maternelles (voir, par exemple, le projet de service civique obligatoire féminin qui s'effectuerait notamment dans les dites maternelles).
La bourgeoisie tente de briser l'unité du corps enseignant par la sortie de statuts particuliers.
Une autre tentative de division moins visible risque de se produire également. Rappelons que l'enseignement est une des rares branches professionnelles où l'égalité entre l'homme et la femme est réalisée (grâce à la lutte syndicale) en grande partie, tant en ce qui concerne la promotion que .le salaire. Cette égalité est à peu près acquise de fait dans le primaire et le secondaire (sauf dans les concours de recrutement) et reconnue sinon pratiquée dans le supérieur. Mais des tentatives ont eu lieu et auront lieu pour effacer ce déplorable exemple (où.irions-nous, si vraiment la femme était partout l'égale de l'homme ?). Récemment un projet visait à enlever de droit aux enseignantes en mathématiques, les chaires de terminales scientifiques. On commence à reparler de travail à mi-temps pour les enseignantes, ce qui est une façon détournée de porter atteinte à l'égalité professionnelle péniblement atteinte.
Défendons le principe : « À travail égal, salaire égal » - « Pas de discrimination entre les sexes ».
3. — LA « DEFONCTIONNARISATION >
La garantie de l'emploi, jusqu'ici inhérente au titre de fonctionnaire est une entrave à la rentabilisation capitaliste de l'université. Quà cela ne tienne! On défonctionnarisera comme le souhaite « Entreprise >». On redonnera le goût du risque et de la compétition aux enseignants sclérosés. Jadis synonyme de routine, de train-train, l'enseignement deviendra le terrain de l'aventure, la nouvelle frontière où l'on verra ceux qui en ont et ceux qui n'en ont pas. Derrière cette idéologie de western se cache une réalité très précise : l'augmentation du personnel sans garantie d'emploi et l'attaque contre les conditions de vie de l'enseignant.
L'auxiliariat répandu dans toutes les branches de l'enseignement : instituteur remplaçant, maître auxiliaire, assistant se caractérisant par la précarité de l'emploi et une rémunération ad hoc. Le gouvernement favorise le recrutement de personnel de ce type, surexploité et sous-payé, en limitant l'embauche par les filières normales : écoles normales, concours de recrutement. A terme comme le propose « Entreprise », il s'agit d'arriver à ce que le personnel de l'Education nationale soit dans une majeure partie contractuel, ce afin de réduire les charges financières et sociales, tout en gardant une mince couche de mandarins titulaires. La mentalité industrielle exige le goût du risque partout et d’abord dans son avenir professionnel.
La bourgeoisie tente de substituer au personnel titulaire de l'Education nationale un personnel contractuel, surexploité, sous-payé et sans garantie.
Mais parallèlement la bourgeoisie attaque les conditions de vie des catégories marginales, plus vulnérables, moins faciles à défendre : les maîtres d'internat et les surveillants d'externat peuvent être soumis entièrement au chef d'établissement (circulaire de Guichard du 25 septembre 1969), on congédie les surveillants titulaires d'une licence, bref, on liquide les droits acquis pour rentabiliser l'enseignement. D'autres catégories ont été ou seront touchées (conseillers d'orientation, surveillants généraux, maîtres d'éducation surveillée, etc.), en attendant le moment jugé favorable pour s'attaquer au gros morceau : instituteurs et professeurs titulaires.
Chaque coup porté contre les droits d’une catégorie d'enseignants, est un coup porté contre tous les enseignants.
4. — LA REPRESSION
Pour rentabiliser tranquillement l'enseignement, il faut que les enseignants, les élèves et les étudiants se tiennent tranquilles, d'où les mesures de répression contre les lycéens (exclusion de « gauchistes » l'an dernier) et contre les enseignants (suspension de sept professeurs titulaires : Senik, Kahn, etc., mutation d'office de M.A. syndicalistes ou indisciplinés, etc.). Parallèlement à la répression les structures d'intégration : Conseil d'administration, sont mises en place depuis l'an dernier. Peu inventive, la bourgeoisie emploie toujours la bonne méthode de la carotte et du bâton. :
La mise au pas des enseignants est nécessaire à la rentabilisation capitaliste de l’université.
CONCLUSION
Qu'est-ce que la réforme de l'enseignement ?
La crise de l'enseignement est le produit de la crise du capitalisme. Pour la résoudre, la bourgeoisie tente de rentabiliser le coût de la formation. Par l'orientation, la sélection, la main-mise du patronat, elle tente de former une main-d'œuvre adéquate, par la division du corps enseignant, la contractualisation croissante, elle essaie d'obtenir un personnel enséignant docile et bon marché. Mais c'est difficile à réaliser.
L'IDEOLOGIE ENSEIGNANTE
Savoir discerner les plans de la bourgeoisie ne suffit pas à une organisation révolutionnaire à élaborer une réponse stratégique. Il lui faut tenir également compte de la nature de son milieu d'intervention, afin d'y agir le plus efficacement possible. Et il est bien évident que l'enseignement secrète un monde particulier, une idéologie spécifique.
À. — L’ENSEIGNANT DE TOUJOURS
1. — LES DONNEES HISTORIQUES
L'enseignement français a été institué dans ses grandes lignes par la bourgeoisie triomphante : le secondaire et le supérieur par Napoléon, l'enseignement élémentaire par la Troisième République. Cette donnée .est fondamentale pour saisir la racine de l'idéologie enseignante : servant de masses de manœuvre à la bourgeoisie pour lutter contre la réaction cléricale et monarchiste, les instituteurs ont, dès l'origine, partagé et défendu avec conviction les valeurs de la bourgeoisie démocratique : la laïcité, la justice, lé progrès, l'humanisme, etc. Les < hussards noirs de la République » ont vécu et vivent encore des valeurs que la bourgeoisie a progressivement abandonnées au fur et à mesure de son déclin. Fonctionnaires, ils gardent le respect de l'Etat, diffuseurs d'idéologie, ils croient à ce qu'ils prêchent inlassablement. ù
Les enseignants défendaient l'idéologie de la bourgeoisie ascendante ; ils la conservent encore aujourd’hui.
2. — L'IDEOLOGIE
C'était celle de la bourgeoisie éclairée, qui se battait sur deux fronts : contre la réaction monarchiste et.cléricale, contre le mouvement ouvrier renaissant. Contre la première menace, la plus immédiate, on défendait les idées de liberté, de tolérance, voire même de pensée libre et de raison. Contre la deuxième menace, on présentait. des idéaux humanistes de société radieuse, de progrès infini, de développement conjoint de la science et de la morale,
bref le progrès et la raison permettaient d'éviter la stupide lutté de classe. A une échelle inférieure, l'ordre, l'économie, l'épargne et l'anti-alcoolisme .devaient permettre à l’ouvrier une vie heureuse et paisible. Cet univers mythique s'effondra sous le fer des canons de 14, mais il persista chez ceux qui en étaient l'incarnation, qui le vivaient réellement : ils étaient l'idéologié en chair et en os, la contradiction vivante et qui se parlait comme telle : salariés, ils se montraient peu revendicatifs (à l'exception de la minorité syndicaliste) idéologues, .ils admiraient et pratiquaient les vertus que la bourgeoisie avait inventé pour les masses. Et cette idéologie s'est conservée, se détachant peu à peu de la force sociale à qui elle profitait, mais soutenue par l'assise sociale que crée à lui seul l'enseignement : les enseignants, les amicales laïques, les notables radicaux..Ce qui fait qu'a demeuré pendant ces decennies une idéologie, qui ne correspondait plus aux intérêts de la bourgeoisie et qui ne correspondait pas à ceux du prolétariat mais qui n'était antagoniste à aucun des deux.
L'idéologie bourgeoise progressiste de l’enseignement s’est perpétuée en dehors de l’évolution de la bourgeoisie même.
3. — LA LAICITE
Une des valeurs les plus ancrées dans le corps enseignant, c'est la laïcité. Notion polémique créée pour lutter contre le cléricalisme, eke a subi les variations de la politique ét aujourd'hui on peut chasser le « gauchiste » dans les lycées au nom de la laïcité et lutter contre la main-mise du patronat sur l'éducation au nom de cetté même laïcité. Comme le progrès et la démocratie, la laïcité a d'abord été une valeur bourgeoise qui est ensuite passée dans le mouvement ouvrier avec ses ambiguités, et elle s'y est installée avec l'aide active des staliniens. La laïcité traduit la profonde ambiguïté de l'enseignant ; elle révèle la croyance en un enseignement qui serait au-dessus des classes, qui aurait une valeur en soi et qu'il faudrait défendre contre le cléricalisme et la réaction. Autrefois alliés de la bourgeoisie, les enseignants essaient maintenant de lutter contre elle au nom de ses propres valeurs. L'histoire a montré que cette méthode avait peu de chance d'aboutir.
La laïcité est une valeur bourgeoise abandonnée par la bourgeoisie.-Donnons un contenu de classe à la laïcité ! -
4. — ENSEIGNEMENT ET APOSTOLAT
De même, dans la pratique elle-même de la profession, on retrouve les valeurs défendues à. l'origine par la bourgeoisie : le dévouement, le .goût du travail bien fait, le zèle peu récompensé, l'obéissance, toutes valeurs compensées par la part de liberté, de responsabilité que l'on laisse aux fidèles seconds. L'enseignant mécontent et mal payé travaille en général bien, sans y être absolument forcé. Il est vrai que d'avoir à manier une pête humaine plutôt qu'une matière brute, développe €e genre de scrupule. La croyance spontanée en la valeur de l'enseignement en soi, de la présence du maître, est entretenue et perpétuée par l'institution elle-même, au mépris des contre-exemples criants. Le sens de la responsabilité, produit subtilement élaboré de l'idéologie bourgeoise, puisqu'il amène l'enseignant à pratiquer l'auto-censure est largement répandu alors même qu'il apparaît de plus en plus évident que l'enseignant est au sens strict irresponsable.
Pour compenser des conditions matérielles médiocres, la bourgeoisie a valorisé l’enseignement en n’en faisant un apostolat.
5. — LE CŒUR A GAUCHE
L'auréole démocratique de la bourgeoisie. palissant de plus en plus, des enseignants imprégnés des valeurs démocratiques les ont reportées peu à peu sur le prolétariat ce qui était facile, compte tenu du poids des traditions démocratiques bourgeoises dans le mouvement ouvrier français. Comme d'autres couches petites bourgeoises, les enseignants sont passés doucement du républicanisme bourgeois au socialisme réformiste puis au communisme stalinien, dès lors que celui-ci reprenait à son compte la démocratie et la laïcité. Renforcés par l'idéologie du Front Populaire et de la Résistance, les idéaux de la bourgeoisie libérale sont profondément imprégnés dans les
cœurs enseignants, alors même que l'histoire plus ou moins récente en a largement démontré la vacuité. Ce qui entraîne lé militantisme d'un grand nombre d'enseignants dans les partis radicaux, socialiste, puis communiste @ l'instar, mais dans une proportion plus forte, d'autres couches petites bourgeoises). Dans dé nombreux villages, l'instituteur demeure encore le seul dépositaire des idées « de gauche >. Cette histoire spécifique de l’évolution politique des enseignants est à prendre en considération : aujourd'hui.
Les traditions social-démocrates des enseignants se déplacent aujourd’hui vers la gauche.
6. — LES ENSEIGNANTS : CORPS OÙ MILIEU ?
La bourgeoisie parle du corps enseignant au sens d'un corps de fonctionnaîres homogènes, bons serviteurs de l'Etat et de la bourgeoisie. Nous avons vu plus haut ce qu'il fallait en penser : le corps enseignant n'est pas aussi organique qu'on veut bien le croire. En terme de classe, l'enseignant a une autre nature double : salarié, producteur non pas de plus-value, mais d'aptitude à en produire, il est donc exploité par la bourgeoisie. intellectuel, il contribue même contre son grè (ou volontairement, voir certaines pages pédagogiques de l'Ecole Libératrice organe du S:N.I) à la diffusion de l'idéologie bourgeoise. Encore ne faut-il pas situer mécaniquement cette contradiction au cœur de chaque enseignant. Elle se répartit différemment dans les secteurs de l’enseignement : les instituteurs sont un secteur du mouvement ouvrier plus qu'une couche petite-bourgeoise oscillante, d'abord historiquement : les premiers syndicats enseignants furent le fait d'instituteurs et se rattachèrent à la C.G.T. syndicaliste révolutionnaire d'avant 14, ensuite par leur place dans les rapports de production : ils contribuent à instaurer les conditions minimales pour que le prolétariat puisse créer de la plus-value (sans qué leur rôle de diffuseurs d'idélogie soit supérieur à. celui des typographes de < France-Soir >» par exemple). Ë
Lorsqu'on gravit les degrès de l'enseignement la situation change : longtemps éducateur des enfants de la bourgeoisie le professeur de lycée et d'université se rangeait dans les « professions libérales ». Leur syndicalisation c'est-à-dire leur rattachement organique au mouvement ouvrier fut plus tardive. Si elle est acquise à peu près pour le secondaire à une échelle de masse, elle ne l'est pas pour le supérieur où le S.NE.-Sup est toujours minoritaire, quoique non rattaché organiquement au mouvement ouvrier comme le veulent les syndicats de la F.E.N. Il s'en suit que les enseignants sont une couche sociale homogène, mais cette homogénéité s'affaiblit dès que l'on arrive dans l'enseignement secondaire et surtout supérieur.
Les enseignants en tant que tels ne sont ni un secteur de la classe ouvrière ni un milieu petit bourgeois. É
B. — L’ENSEIGNANT D’AUJOURD'HUI
Il serait surprenant que la décadence de l'impérialisme n'affecte pas aussi l'enseignement.
C'est pourquoi l'image de l'enseignant issue du cliché de la troisième République demande à être remaniée à la lumière de l'histoire récente. Il faut analyser cette évolution.
1) L'histoire récente
Il est bien évident que les valeurs transmises par la troisième République ont perdu toute crédibilité depuis (au moins) 1940-45 : le patriotisme, la mission colonisatrice de la France, la pérennité de la démocratie, la mission de l'éducateur, tous ces mythes déjà ébranlés par la premère guerre mondiale ont usé leurs derniers restes au fil de la collaboration: les guerres coloniales, le gaullisme et le pouvoir des mass média. Dès lors, l'idéologie qui assurait la cohésion du corps enseignant ne servait plus qu'à alimenter les discours d'inspecteurs primaires : (et encore pas tous). à L'histoire a ruiné Fidéologie enseignante
2) L'enseignement et le capitalisme monopoliste :
S'il s'efforce de modifier la structure de l'enseignement, le capitalismemonopoliste a d'ores et déjà fait des siennes. Par l'introduction massive des
critères de profit dans la production intellectuelle, par la mercantilisation de la culture et de l'information, il a définitivement ruiné les conceptions libérales bourgeoises sur la culture : la culture, c'est ce qui se vend, bon marché aux masses (télé, journaux) cher aux élites (tableaux, concerts). Dans des conditions, l'école laïque et républicaine ne pouvait soutenir le choc. Les enseignants, voyant les principes les plus sacrés transgressés et journellement, par les mass-media : ‘appel à l'épargne contre l'attrait de la consommation, le culte de l'effort contre le mythe de la chance, se livrèrent d'abord à une aigreur dirigée contre les instruments et non contre les véritables causes (la télévision, bouc-émissaire), puis se résignèrent, victimes à leur tour, du capitalisme décadent. L'idéologie professionnelle y succomba, sans que le contenu de l'enseignement soit radicalement modifié. On enseigne toujours la morale et les règles de la tragédie classique, mais sans plus y croire.
La « société de consommation » a achevé de détruire la croyance en la valeur de Fenseignement. = 3) Les tentatives de sauvetage :
Mais une idéologie aussi profondément enracinée ne périt pas d'elle-même, elle subit des invitations ultimes avant de succomber. Face au capitalisme décadent, les enseignants avaient le choix : soit acquérir une conscience politique. soit de tenter de sauver les meubles. La. prise de conscience étant difficile, notamment à cause de la présence du stalinisme qui s'offre à la fois comme alternativé de gauche et comme maintenant qualitativement le système d'enseignement tel. qu'il est, il ne restait que les échappatoires réformistes. Mais le réformisme est-lui-même un choix politique qui exige des forces sociales, une pratique, des résultats, toutes choses qui ne sont pas données. Dès lors, les enseignants se rabattirent sur les solutions individuelles, auxquelles d'ailleurs leur situation sociale les prédisposait. Faute de perspectives révolutionnaires, faute même de perspectives réformistes modernistes ‘ globales, la partie dynamique des enseignants se lança dans l'innovation pédagogique. Innovation qui se caractérisait, à la fois par la conscience de l'inadhptation de l'enseignement à la Société et par l'absence de perspective pour y remédier. Les groupuscules pédagogiques fleurirent ces. dernières années, à la fois refuge en l'absence de solution politique, et lieu d'une visée politique tâtonnante et embryonnaire.
Les pédagogies, plus ou moins nouvelles (certaines, d'ailleurs, fort intéressantes) de la manipulation de la dynamique de groupe à la non-directivité intégrale, virent le jour dans de multiples revues. Les initiatives pédagogiques furent pourtant loin d'être négatives. Dès lors que l'on se préoccupait des rapports de l'enseignement et de la société ; il fallait bien parler politique.
La recherche pédagogique est une tentative pour sauver l’enseignement bourgeois, mais peut-être, en même temps, le début d'une vision politique.
4) Le traumatisme de mai : ;
Puis Mai vint. Les clivages se dessinèrent, nets et précis, tout au moins dans l'enseignement secondaire et supérieur. Les instituteurs, n'étant pas menacés directement dans leur rôle d'idéologues réagirent essentiellement en salariés. Pour les enseignants du second degré ou du supérieur, il y eut des révisions déchirantes. La bonne conscience du prof de gauche se voyait confrontée à des extrémistes hurlants, qui savaient très bien ce qu'ils ne voulaient plus. La politique intervint directement : pour ou contre la révolution, y compris au lycée ou à la faculté. Les solutions furent claires : une partie des enseignants bascula dans le camp de la réaction, ces staliniens comme à leur habitude éludèrent le problème en soutenant les revendications de sages contestataires partisans de l'union de la gauche, et les « progressistes >, qui n'étaient souvent tels que parce qu'ils essayaient- de modifier les formes traditionnelles de l'enseignement, se rallièrent au mouvement étudiant ou lycéen, plus qu'à la classe ouvrière qui semblait réaliser leurs idéaux pédagogiques : le droit à la parole, l'anti-autoritarisme, la spontanéité.
Mai a divisé le milieu enseignant (secondaire et supérieur), mais pas selon des lignes de classe.
5) La décomposition du milieu enseignant :
Ce suivisme à l'égard du mouvement lycéen ou étudiant fit des ravages là où la position politique préalable était floue ou absente : le gauchisme spontanéiste de nombre d'enseignants du secondaire et du supérieur n'est, en
fait, que la traduction politique d'une situation contradictoire : L'enseignant dépasse magiquement sa situation. d'idéologue opprimé en se ralliant à la force qui paraît l'annuler.
Le courant spontanéiste, Mao, ou anarcho, risque d'apparaître comme une solution pour nombre d'enseignants venus à la politique par la pédagogie ou qui s'étaient fdurvoyés au départ (« italiens » fatigués, sinisants déçus, etc.). En effet la négation totale de l'enseignement et l'apologie de la barbarie lycéenne (d'ailleurs plus imaginaire que rélle) qui s'exprime dans des documents comme la lettre des 24 (qui a causé la suspension arbitraire de P. Kahn) traduit une incapacité à saisir dialectiquement le rôle de l'enseignant et surtout une impossibilité de saisir le problème en termes politiques.
De même que l'étudiant spontanéiste projette son milieu et ses phantasmes sur l'ensemble de la société, de même l'enseignant spontanéiste ne perçoit comme issue politique que sa propre négation, qui lui apparaît concrètement dans la révolte de l'enseigné (cette dernière condition limite vraisemblablement l'audience possible de ce courant chez les instituteurs).
Tout ceci traduit une fois de plus le fait que la conscience politique ne s'acquiert pas par la simple révolte mais nécessite une éducation, un dépassement qui ne peut être assuré que par une organisation révolutionnaire.
Autrement dit « les enseignants de mai », s'ils ne se donnent pas de perspectives politiques ou syndicales, s'ils ne tentent pas de voir la réalité non en enseignants, mais en révolutionnaires, risquent fort de sombrer dans le nihilisme débridé, et ce, non pas parce qu'ils ne sont pas membres d'une organisation politique (ce serait un peu simple), mais parce que leur prise de conscience, issue de leur fonction pédagogique ne peut pas elle-même dépasser cette fonction et reste déterminée par rapport à elle, politiquement (Variante «_réformiste moderniste » puissante) ou négativement (variante « crèvesalope >»).
Ces attitudes ne sauraient donc offrir une issue face aux staliniens qui, eux, ont une perspective politique, des appareils et même des mouvements er et étudiants adéquats à cette perspective (U.N.C.AL., U.NE.F.-renouveau).
Il faut aux enseignants une perspective politique globale et non une solution individuelle (incertaine comme tout ce qui est individuel). Les militants révolutionnaires doivent donc expliciter en termes politiques les réactions épidermiques des jeunes enseignants conscients de la fonction idéologique de leur enseignement; faute de cette explication, le spontanéisme enseignant sea ce qu'a été son reflet étudiant : le soubresaut d'un serpent qui se mord a queue.
La décomposition de certaines couches d'enseignants peut entrainer un courant spontanéiste infra-politique.
C) L'AVENIR
Précisons que décomposition de l'idéologie enseignante ne peut jouer que sur certains secteurs : ceux où justement l'idéologie enseignante était la plus forte, ceux où elle déterminait fondamentalement l'enseignant, c'est-à-dire le secondaire et le supérieur. Chez les instituteurs cette décomposition est, d'abord moins nette, parce que chez les élèves les réactions à l'enseignement ne s'expriment pas en termes politiques de révolte, mais en termes psychologiques, ensuite parce que ne s'offre pas la solution de facilité du suivisme à l'égard des lycéens et des étudiants, enfin parce que finalement son enseignement, tout déformé qu'il soit, est objectivement nécessaire.
Par rapport aux enseignants, les courants politiques qui vont donc persister seront en gros les suivants :
La réaction pure et simple : ordre, fermeté, discipline, indifférence profonde parfois trouée de perspectives de démocratie avancée, les
frères jumeaux du réformisme pédagogique et du nihilisme enseignant, enfin le courant révolutionnaire qui situera l'enseignement et l'enseignant par rapport à la place qu'ils occupent dans la société et qui ainsi permettra d'ouvrir des perspectives d'action concrètes et révolutionnaires.
LE SYNDICALISME ENSEIGNANT
En marxiste appliqués, nous ayons appris qu'il n'existait pas d'idéologie, même bourgeoise et petite bourgeoise, sans organisation qui la soutienne. Et l'idéologie enseignante ne se meut pas toute seule, elle est tout au plus la surface d'une réalité plus tangible : le syndicalisme enseignant. C'est là, du point de Vue politique global, que réside la force fondamentale des enseignants dans le jeu des classes, c'est: dans et autour du syndicalisme enseignant que s'affrontent les lignes politiques, que se heurtent les stratégies. Contrairement aux autres couches petites bourgeoises, il n'existe pas un milieu enseignant d'où se détacherait un mouvement enseignant, mais-il y a une seule réalité socio-politique : le syndicalisme enseignant. C'est dans et par le syndicalisme enseignant que les enseignants pèsent dans la lutte de classe.
A. — LA F.E.N.
1. — L'histoire.
Le syndicalisme enseignant est un phénomène à part dans le mouvement ouvrier français et sans exemple à l'étranger. Historiquement le syndicalisme enseignant a débuté par la création du syndicat des instituteurs avant la première guerre mondaile, parallèlement à un mouvement de syndicalisation des fonctionnaires (postiers notamment). Ces syndicats minoritaires se sont affilés à la C.GT., alors syndicaliste révolutionnaire, à la grande fureur de la bourgeoisie.
Dès l’origine le syndicalisme enseignant s'était rangé du côté du mouvement ouvrier.
Parallèlement la grande masse des instituteurs s'était regroupée dans des amicales, organes patronés par l'administration qui se refusaient à toute action. Cette division s'est perpétrée jusqu'en 1935. Après la première guerre mondiale, les amicales quelque peu radicalisées acceptaient l'étiquette syndicale, mais se rangeaient avec quelques difficultés sous les bannières de la C.G.T. réformiste, tandis que. le syndicat enseignant, la fédération de l'enseignement rejoignait la C:G.T.-U. Ce n'est qu'à la fusion en 1935, que la rivalité entre le courant syndicaliste et le courant amicaliste disparut. Mais ceci explique qu'aujourd'hui se retrouvent dans les syndicats enseignants, les traditions syndicales de lutte revendicatives et les traditions amicalistes de dialogues avec l'administration.
La fusion du courant syndical et du courant amicaliste a donné une couleur particulière au syndicalisme enseignant.
Le syndicalisme enseignant s'est retrouvé dans la C.G.T. réunifiée de 1935, après les péripéties de la guerre et de la libération, la Fédération de l'Education Nation était en 1947 une fédération de la C.G.T. Au moment de la scission de F.O., la majorité des enseignants refusa de choisir entre les deux centrales et décida le passage à l'autonomie, (c'est-à-dire le non rattachement à une fédération ouvrière (1). Pour sauvegarder l'unité du syndicat on instaura une modalité de fonctionnement unique dans le syndicalisme français : le droit de tendance complété même par le droit d'appartenir à une confédération ouvrière).
(1} Voir le numéro spécial de « l'Ecole Emancipée » (nov. 69) : « Où va la F.E.N. » qui organisation sur la base de l'entreprise et de la localité. Cf. C.G.T. : sections
En 1947, le syndicalisme enseignant devenait autonome et reconnaissalt le droit de tendance. dE
2. — Le fonctionnement.
Ces trois éléments : liens avec le mouvement ouvrier, persistance du courant amicaliste, droit de tendance vont-marqués profondément le fonctionnement du syndicat enseignant. :
a) Structure de la F.E.N.
Regroupant la grande majorité du personnel de l'Education Nationale : de 60 à 80 % et les enseignants d'autres ministères, la F.E.N. est l'organisation syndicale où le taux de syndicalisation est le plus fort. Mais cette force a quelque faiblesse : d'abord et surtout c'est une fédération groupant des syndicats nationaux de catégorie (41) dont le plus gros, le syndicat national des instituteurs compte 290.000 adhérents, et les plus petits quelques dizaines d'adhérents. Chaque syndicat national fonctionne selon ses propres . statuts et les adhérents connaissent la F.E.N. presque. uniquement par leur syndicat national. Pourtant la F.E.N. existe sur le plan départemental par des sections départementales qui sont le plus souvent un cartel de syndicats nationaux. La F.E.N. est dirigée par une C.A. fédérale ou se retrouvent les représentants des syndicats nationaux, des sections départementales et des tendances.
Cette structure catégorielle favorise le corporatisme et rend difficile l’action d'ensemble. x
b) Base et sommet.
De fait la pullulation de petits syndicats est encouragée par la direction majoritaire qui font feu de tout bois contre la montée des staliniens ; la F.E.N. est dirigée (pour encore deux ans) par une bureaucratie social-démocrate particulièrement bien accrochée. ,
Une des particularités du syndicalisme enseignant, c'est, outre la bureaucratie, le rôle que joue le syndicat enseignant : grâce aux luttes opiniâtres et à la tradition amicaliste, il s'est instauré entre l'administration et le syndicat un rapport de force relativement favorable qui fait que le syndicat peut intervenir auprès de l'administration pour des questions personnelles (par le biais des Commissions Paritaires, démarches, etc.). De ce fait, l'adhésion syndicale prend bien souvent le caractère d'une assurance : on est membre du syndicat parce qu'il vous soutient lors des promotions, mutations, etc. De ce fait il se crée un monde syndical à 3 niveaux : l'adhérent souvent peu actif, le militant, le responsable (ou le bureaucrate pour les méchantes langues). De fait le militant syndical doit passer un temps considérable à régler directement ou indirectement les cas personnels et c'est finalement sur Cette Vactivité qu'il est jugé par les adhérents. Les orientations ne sont en général pas ressentie comme telles, mais seulement à travers la personnalité, le dévouement de ceux qui les défende. Ce qui explique d'ailleurs, aussi bien le maintien des majoritaires, que celui des minorité révolutionnaires durant les années noires. La pratique exclusive du syndicalisme de défense individuelle favorise le conservatisme des directions et l'indifférence de la base, mais il ne faut pas le négliger car c'est le seul moyen pour les militants révolutionnaires d'obtenir une audience de masse.
3. — ANNEXES, RELAIS, POINTS DE CHUTE, ETC.
Le poids de l'appareils du syndicalisme enseignant n'est pas circonscrit à la seule F.E.N. et à son activité exclusivement syndicale. Outre sa présence massive dans les Commissions Paritaires, où elle contrôle et éventuellement défend les promotions et les mutations, la F.E.N. a un poids considérable dans plusieurs domaines :
— D'abord dans le domaine de la santé : la F.E.N. soutient et en fait dirige la Mutuelle Générale de l'Education Nationale, à laquelle appartiennent presque tous les enseignants et personnel de l'E.N. (même s'ils ne sont pas à la F.EN.). Cette Mutuelle fort bien assise gère de nombreuses institutions et sert de refuge aux bureaucrates majoritaires en retraite.
— De même dans l'assurance avèc la M.A.AI.F. et ses annexes.
— Plus intéressant est le poids de la F.E.N. dans plusieurs organisations de masse : le C.N.A.L.: (Comité d'Action Laïque, organisme regroupant les partis et organisations de gauche unis dans la défense de la laïcité). En fait, l'ossature du ‘C.N.AL. est formée par les militants enseignants membres de la F.E.N.
— La Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (Fédération Cornec). Fédération laïque, elle est soutenue et bien souvent animée par des militants de la F.E.N. En tous cas, elle est l'interlocutrice privilégiée de la F.E.N.
— En matière d'organisation de jeunesse, la F.E.N. soutient et organise les nombreuses œuvres laïques, regroupées dans la Ligue de l'Enseignement : patronage, ciné-club, camps de vacances, etc. De plus la FE.N. dispose de l'appui des Amicales. Laïques et peut constituer ainsi un réseau d'organisation d'une certaine influence, destiné à faire pièce à l'emprise cléricale.
Si le prolétariat de la banlieue rouge est encadré par un réseau d’organisations staliniennes ou crypto, l'enseignant est lui situé dans un univers laïque organisé, dont la clé de voûte est le syndicat enseignant.
B. — LE PUZZLE ENSEIGNANT
1. — LES AUTRES.
La F.E.N. n'est pas le seul syndicat enseignant. Il en existe un autre, affilié à la C.F.D.T. : le S.G-E.N. qui, à la différence de la F.E.N., regroupe toutes les catégories d'enseignants. -Suffisamment laïque, il peut facilement déborder le conservatisme de la F.E.N. par un modernisme soigneusement dosé. Il recrute’ les enseignants d'inspiration chrétienne et quelques modernistes, mais son caractère minoritaire l'empêche d'être une force véritable.
Le S.N.AL.C. affilié.à la C.G.C. recrute surtout dans le second degré les éléments conservateurs : il défend tout : l'agrégation, le latin, la hiérarchie, la discipline contre la subversion et le chambardement. Minoritaire, il a considérablement gonflé après Mai. sans être redoutable (15 % environ dans le second degré).
Il existe d'autres syndicats catégoriels non affiliés à la F.E.N. : le S.N.C. issu des instituteurs enseignants dans les C.E.G. et qui se veut de pure défense catégorielle. Dans l'enseignement supérieur existent des syndicats autonomes, profondément réactionnaires.
Sauf peut-être le S.G.E.N., les autres syndicats sont corporatifs et réactionnaires.
2. — LES CAMARADES RIVAUX.
L'esprit laïque a fait que longtemps la C.F.T.C. (puis (C.F.D.T.) s'est vue traiter d'agent de l'Eglise dans le mouvement ouvrier (ce qui est vrai à l'origine) et donc tenue à l'écart. Par contre existent dans les Confédérations ouvrières FO. et C.G.T. des syndicats regroupant des enseignants, ce qui complique encore le champs syndical. Les enseignants F.O. sont dérisoires, mais à la C:G.T. se trouvent deux syndicats puissants, issus de la scission. de 1947 et qui ont refusé l'autonomie : le syndicat C.G.T. des agents, et le S.N.E.T.P.-C.G.T. qui regroupe les enseignants des CET. souvent d'anciens ouvriers restés fidèles à leur centrale. Dans ces catégories se sont créés, puis renforcés des syndicats F.E.N. : le S.N.A.E.N. (agents) et le S.N.E.T.A.A. (enseignants C.E.T) dirigés par des réformistes et. dont l'existence a été marquée par une lutte constante contre le syndicat CG.T. sur leur branche, lutte d'autant plus farouche que l'influence de chaque syndicat C.G.T. et autonome est à peu près comparable dans chaque secteur. Autant dire que les bureaucraties réformistes et staliniennes ne s'aiment pas et que la proposition de fusion du S.N.E.T.P.-C.G.T. avec le S.NE.T.A.A. a été repoussé d'un pied’ dédaigneux par les réformistes
Chez les agents .et dans les C.E.T. il existe des syndicats concurrents C.GT. et F.E.N. ‘
3. — LES TENDANCES.
Qu'est-ce que le droit de tendance ? Il ne s'agit pas seulement de droit de publier des textes dans les congrès, mais d'une existence permanente à
l'intérieur du syndicat : publications, circulaires, représentativité à tous les niveaux. Le droit de tendance a permis aux minorités de ne pas être.étouffées, elle permet de participer à l'élaboration et de critiquer la direction. En fait les seuls débats d'orientation dans le mouvement ouvrier français ont lieu dans la F.E.N. : là s'affrontent véritablement les. réformistes, les «+ staliniens », les révolutionnaires. 5 À
a) Les majoritaires (tendance A).
. Issus de la social-démocratie et du courant amicaliste, ils défendent une orientation réformiste et se refusent aux idéaux de l'enseignement laïque. En perte de vitesse depuis quelques années, ils ont perdu successivement, au profit des staliniens, le S.N.ES., le S.N.E.P. (éducation physique), et pratiquement le Syndicat des Professeurs d'Ecole Normale. Jusqu'ici leur bastion était le S-NI. (instituteurs) grâce auquel ils contrôlent la F.E.N. avec l'aide d'une poussière de petits syndicats. Ils sont fortement menacés dans le SN. car ils subissent, avec retard, la crise de la social-démocratie: absence de perspectives, donc de dynamisme et de militants.-En dehors du S.N.I. leurs bastions sont le syndicat des agents et le S.N.E.T.A.A. ‘
Ils sont condamnés à court terme, le savent et cherchent les moyens d'en Sortir. Mais leur base apolitique les suit parce qu'ils sont les directions, réduits à eux-mêmes ils ne sont plus rien. Inutile de dire que leur principale préoccupation est d'enrayer la montée des staliniens et non d'affronter le pouvoir.
b) Unité et Action.
Cette tendance, dite tendance B, regroupe les partisans du maintien de la F.E.N. à la C.G.T. on les appelait cégétistes. Ils ne le sont plus aujourd'hui, mais ce sont les mêmes, la tendance B regroupe les membres et les sympathisants du P.C.F., mais aussi, à cause de son dynamisme et de son « réalisme » une large frange de militants non staliniens: P.S.U. Chrétiens de gauche, activistes, etc. Cette ouverture large faisait illusion quand Unité et Action était dans l'opposition, mais dès qu'elle contrôle un appareil, il est de plus en plus évident que la tendance B suit la ligne du P.CF. avec une grande PRRicsion De ce fait les dirigeants effectifs de la tendance sont membres du
Son orientation est en gros celle du P.C.: union de la gauche, alternative démocratique, des revendications quantitatives. Si elle est aussi fondamentalement réformiste que la tendance À, elle dispose néanmoins de militants dynamiques et de la crédibilité qui fait défaut au réformisme classique. Naturellement elle s'oppose au droit de tendance, « qui divise », au. profit de la véritable démocratie, celle qui unit.
c) Ecole Emancipée.
Issue de l'ancienne direction de la Fédération de l'Enseignement de la C.G.T.U., l'Ecole Emancipée s'est maintenue comme tendance révolutionnaire depuis plus de 20 ans. Regroupant toutes les minorités révolutionnaires, trotskystes, anarchistes, etc. elle a, pour fond commun, des références marxistes antistaliniennes, tout à fait sympathiques. Elle est surtout implantée dans le S.N.I. et'le S.N.E.S., très peu dans les autres syndicats.
Son mode de fonctionnement démocratique repose sur une base unanimiste. Tendance révolutionnaire, les décisions sont élaborées en commun au cours des instances délibérantes : groupes départementaux ou collèges (sur le plan national).
d) Le Front Unique Ouvrier.
Composé de militants Lambertistes (A.S., C.AOTE.), séparés de l'Ecole Emancipée pour des divergences politiques et organisationnelles : cette scission affecte encore l'Ecole Emancipée, dans la mesure où le F.U.O. se réclame encore du sigle.
Actuellement selon leur conception du Front Unique, ils tentent de faire pression sur les bureaucraties en place, social-démocratie ou stalinienne, tout en essayant de mobiliser certaines catégories sur des objectifs corporatistes.
d) Rénovation Syndicale. 2 7
Courant issu de Mai, il regroupe des enseignants modernistes, des cégétistes repentis et des militants du P.S.U. Ce courant ne se résigne que difficilement à être une tendance, préconise une réforme des structures de la F.E.N., (ce en quoi il a raison) et une suppression du droit de tendance (ce en quoi il a tort car il creuse sa propre tombre). C'est une tendance assez “hétérogène regroupant semble-t-il des réformistes de gauche et des révolutionnaires confus. || est surtout implanté dans le S.N.E.S.
LES TENDANCES AU DERNIER CONGRES DE LA F.E.N.
Maijoritaire (A) 56 % des mandats. Unité et Action .. 32 % des mandats. Ecole Emancipée .. 6,5 % des mandats. Front Unique Ouvrier . 2 % des mandats. Rénovation Syndicale 3,5 % des mandats.
C. — POLITIQUE DU P.C-F. DANS L'ENSEIGNEMENT
1. — Une stratégie réformiste cohérente.
— La politique du P.C.F. dans l'Education Nationale est indissociable de la stratégie de ce Parti au niveau le plus général, c'est-à-dire face à l'Etat et au problème de la prise du pouvoir. Schématiquement : l'Etat, « neutre », est aux mains de grands monopoles; par une politique d'union de toutes les forces antimonopolistiques, il faut soustraire l'Etat à ces pressions néfastes et instaurer « une démocratie avancée > étape nécessaire pour préparer l'avénement pacifique du socialisme.
— Pour l'Education Nationale, le projet du P.C.F. est donc-inscrit dans le cadre de cette « démocratie avancée >». Il est REALISTE dans la mesure où il s'insère dans le système économique actuel (la « démocratie avancée » n'est pas le socialisme). C'est ce que précise Juquin, porte-parole et théoricien du P.C.F. pour les questions de l'enseignement : « Notre projet (..) prouve que nous sommes un parti dé gouvernement pour la France de notre temps » (1) « Ecole et la Nation » n° 167, p. 20.
— En se posant commer gouvernement alternatif « au pouvoir des gros monopoles », le P.C.F. appuie sa strétégie sur une des contradictions fondamentales du système capitaliste à savoir la contradiction entre l'évolution des forces productives et le maintien des rapports de: production. Dans l'enseignement, cette contradiction apparaît sous la forme suivante. : hiatus entre les besoins objectifs de l'économie capitaliste quant à la hausse générale de la qualification et son incapacité à financer la mise en place. d'un système de formation répondant à ses besoins. (Voir à ce sujet les paragraphes 1 et 2 de la brochure « Problèmes du mouvement étudiant » Cahier Rouge n° 12.)
— Pour le P.C.F. les besoins de l'économie capitaliste sont confondus avec les besoins de la < Nation » et deviennent donc, dans ces conditions, un impératif quasi moral qui n'a plus rien à voir avec la division de la société en classes.
(1) Un exemple concret : actuellement la France dépense environ 3 % du revenu national pour l'enseignement. L'axe essentiel de la lutte réformiste du P.C.F. se fait sur le thème : «6 % du revenu national à l'E.N.» (environ 25 % du budget).
Or, cette perspective est absolument compatible avec une économie capitaliste concurrentielle ; ce taux est atteint dans l'Allemagne de l'Ouest dépassé au- Japon (en 1967, 7,2 % du revenu national consacré à l'E.N.
z Les « besoins de la Nation > sont grosso modo ceux que la bourgeoisie établit à partir de ses plans (le P.C.F. n'est-il pas d'ailleurs le co-auteur de ces plans par sa présence dans tous les organismes d'élaborations ?). -
Mais le pouvoir, parce qu'il est fondamentalement réactionnaire, est incapable d'accomplir et de réaliser ces objectifs. Seul le P.CF. dans le cadre de la « démocratie avancée > peut résoudre cette contradiction. I faut donc faire une critique systématique des insuffisances du pouvoir et proposer des solutions réalistes.
“ « Notre critique du gaullisme ne portera vraiment que si nous observons deux règles principales :
— Ne pas nous placer sur un mauvais terrain en nous enfermant dans de pseudo-principes ;
— Ne pas contester sans proposer. L
Juquin « Ecole et laNation»opuscité.
—« Ne pas s'enfermer dans de pseudo-principes >» car, le pouvoir des monopoles, tout réactionnaire qu'il est, reste soumis à deux sortes de pression :
1) Le développement .des forces productives assimilé aux besoins de l'économie capitaliste, assimilé aux « besoins de la Nation » donc revêtu par là même du signe + (positif).
2) Le’ développement de luttes populaires dont la pression oblige le pouvoir à certains « reculs ». È
Ces pressions conjuguées déterminent au sein des monopoles des ruptures. Une partie d'entre eux, tournant résolument le dos au progrès s'enferme dans une politique malthusienne (C.DR. groupes autonome, etc.); mais une autre partie est obligée d'avancer des réformes tout à fait positives (Faure). Le rôle des « communistes > est donc de soutenir cette fraction « progressiste > de la bourgeoisie et de faire pression sur elle pour qu'elle aille encore plus loin : 4
< Nous accusons le pouvoir gaulliste de rester partout en chemin, de refuser la réforme fondamentale dont ent besoin l'Ecole et l'Université fran- Saises » Juquin, p. 20. (Souligné par nous.) ‘
— Un exemple entre mille : la bourgeoisie française (sa fraction progressiste) est obligée de reconnaitre la nécessaire liaison entre Université et économie. Doit-on s'opposer, à la manière des « nihilistes » et des « utopistes > à cette évolution ? Voilà ce que répond Juquin : a
< Dans chaque cas nous recherchons : des positions réalistes. Existe-t-il, par exemple, des raisons théoriques décisives qui conduisent à rejeter tout contrat de recherche entre les laboratoires universitaires et l'industrie civile ? Il est souhaitable que la recherche se développe, à tous les niveaux, à la fois dans FUniversité au sein du C-NRS., et d'organismes analogues, dans la grande production et qu'il existe une coordination entre ces secteurs. Nous ne pouvons rejeter le principe d’une formation professionnelle donnée en partie sur le lieu de la production par des spécialistes qui la connaissent directement (souligné par nous) p. 17.
En conséquence, on ne peut pas engager la lutte contre la main-mise du patronat sur la formation professionnelle (c'est de fait la forme que prend, en système, la « formation professionnelle donnée sur le lieu de production >).
— À partir de la formule de Lénine : « Le capitalisme monopoliste d'Etat est l'antichambre du socialisme >, lorsqu'on escamote le saut qualitatif nécessaire qu'est la révolution, c’est-à-dire l'expropriation de la bourgeoisie, tout ce qui est bon pour le capitalisme monopoliste d'Etat est (ou sera) bon pour le socialisme, l'évolution de l'un à l'autre se faisant par le P.CF. de façon linéaire (ou pacifique : une réforme, etc. = le socialisme réalisé).
— Sa politique d'alliance avec la fraction progressiste de la bourgeoisie avait déjà été entamée, sur une échelle infiniment moins grande, à la Libération. À ce moment, ce sont: deux intellectuels communistes, Langevin et Wallon, qui élaborèrent le plan qui porte leurs noms. Plan qui visait à adapter le système d'enseignement français aux < besoins de la Nation > (Faure a d'ailleurs, sans s'en cacher, « Pillé > ce plan pour élaborer la loi d'orientation. Exemple : le stage obligatoire d'orientation prévu par Langevin et Wallon : article 21 de la loi Faure). Une phrase du préambule de ce plan est particulièrement éclairante :
« La bourgeoisie héréditairement appelée à tenir les postes de direction et de responsabilité, :ne saurait désormais, seule, y suffire >» cité par C. Cogniat « laïcité et réforme démocratique de l'enseignement >» p. 33. Tout commentaire est superflu.
— « Actuellement cette politique prend la forme concrète de la participation : alliance P.C.F. - Faure - Guichard contre « les réactionnaires fieffés » et les révolutionnaires. C’est en effet le P.C.F. qui a construit la loi Faure à l'Université (voir à ce sujet les articles parus dans < l'Ecole Emancipée >»).
Pour appliquer cette réforme (ne pas oublier que par l'intermédiaire de diverses commissions du pouvoir : « formation des maîtres », « rénovation pédagogique », etc., le P.C.F. a concrètement contribué à l'élaboration même de la réforme), le P.C.F. dispose d'un certain nombre d'organisations qu'il contrôle : UNCAL, UNEF-Renouveau, SNES, SNESup, SNEP et la Fédération Cornec de parents d'élèves dont une des récentes déclarations définit admirablement le programme : a :
« Sans doute ne nous pardonnent-ils pas (il s'agit des C.D.R.) de tant faire pour aider à la réalisation effective des réformes entreprises, au bon fonctionnement d'une participation réelle, à la mise en place des Conseils d'Administration », et plus loin :
« car c'est de cela qu'il s'agit : la réussite ou l'échec de la réforme démo- .cratique de l'Education Nationale commande l'avenir de la démocratie dans notre pays » Jean Cornec in « le Monde » 29 octobre 1969.
2) Une conception bourgeoise de l'enseignement.
— Le second aspect de la contradiction fondamentale de l'Université implique la Mn de la crise idéologique de la bourgeoisie (voir cahier Rouge n° 12).
L'aspect essentiel de la politique bourgeoise à l'Université disparait dans l'analyse et la stratégie du P.C.F. Pour le P.C.F., il existe depuis le XX° Congrès une culture elle aussi neutre, c'est-à-dire au-dessus des classes, qui n'appartient qu'à la France. Cette culture, les monopoles la confisque en refusant au peuple le droit d'y accéder. Le problème est donc d'écarter ces monopoles pour élever le peuple jusqu'à la culture à laquelle il aspire profondément. Pour cela, une solution : « démocratiser ». || y a à peu près 8 % de fils d'ouvriers à l'Université. Le problème est d'en faire venir plus petit à petit : 10 %, 12 %, 20 %, eic. On rétablira ainsi l'équilibre faussé par les monopoles. ë
Cette démocratisation, c'est aussi, comme le souligne Cogniat, révaloriser la fonction de ceux qui portent cette culture, c'est-à-dire les enseignants :
« Démocratiser l'enseignement, ce n'est pas seulement ouvrir des crédits et donner des bourses, des locaux, des maîtres, c'est avant tout susciter pour cette grande tâche l'enthousiasme d’un corps enseignant respecté par l'Etat, entouré du prestige social convenable. » P. 137. Nous sommes là assez loin des « chiens de garde » de Nizan !
— Le contenu de l'enseignement se définit lui aussi par rapport aux idéaux de 1789 : justice sociale, paix, liberté, humanisme, lutte contre le racisme et le cléricalisme (voir article : l'Université sclérosée in Tornade Rouge). Sont exclues de cet enseignement démocratique les apologies trop claires du fascisme, c'est à peu près tout. :
_— En corollaire; la « liberté d'enseignement » doit être assurée au professeur ; dans sa classe il est maître absolu. Aucune pression ne saurait être exercée sur lui, surtout venant de lycéens mal appris.
— La stratégie du P.C.F. ls conduit à devenir l'agent direct de la politique bourgeoise dans l’enseignement. Cette fonction lui est d'ailleurs. reconnue par la bourgeoisie elle-même (affirmation demandant à être nuancée car ce n'est pas toute la bourgeoisie qui reconnait ce fait). Un exemple concret : le P.CF. a fait paraître un numéro spécial de « l'Ecole et la Nation » (n° 156) qui définissait tout son programme en matière d'enseignement. Les « cahiers pédagogiques > organe quasi officiel des bourgeois modernistes (imprimés par l'imprimerie Nationale, diffusés par la Société de Vente et d'Editions des Publications de l'Education Nationale - S.V.E.P.E.N.) en rendant compte de ce numéro, concluait ainsi :
< En dehors de toute considération politique, l'équipe des « Cahiers Pédagogiques >», qui s'efforce de prévoir et d'élaborer cette nécessaire mutation (de l'enseignement) ne pourra que souligner son accord avec les conclusions de ce numéro si complet de « l'Ecole et la Nation ».
— Assumer cette tâche (appliquer et faire appliquer la réforme) implique une lutte de tous les instants contre les révolutionnaires. L'attitude du P.C.F. à l'heure actuelle est de couvrir la répression gouvernementale (voir l'attitude du S.N.E.S. dans l'affaire Sénik) ; elle peut se transformer très rapidement dans le supérieur, en particulier, le ‘P.C.F. assumerait alors directement la répression dans l'enseignement (Vincennes).
3) L'avenir des staliniens.
Il ne suffit pas de disposer d'une stratégie réformiste cohérente pour qu'elle trouve aussitôt les moyens de son application. Certes, cette stratégie dans l'enseignement trouve son répondant dans tout le secteur nationalisé, ou le P.C.F. se présente comme le véritable garant de l'intérêt National, de la bonne gestion de. l'économie française. Cette politique s'appuie bien sur des forces sociales, elles-mêmes s'exprimant par le travers d'organisations. Jusqu'ici les organisations devaient. reflèter les différentes couches antimonopolistes, dans le cadre d'une vaste Union de la Gauche. Mais cette union de la gauche s'effondre faute de partenaires sociaux-démocrates montrant un peu de bonne volonté. À ce moment l'union de la gauche ne devient plus qu'une façade pour un cartel d'organisations de masse contrôlées par le P.C. qui réalisent l'union sous la même bannière et qui conservent quelque crédibilité car ce sont les seules organisations de masse ayant un tant soi peu d'activité. Toutes ces grandes organisations démocratiques permettent d'accueillir tous les courants d'opinion, toutes les couches antimonopolistes et de les orienter vers la « démocratie avancée ».
Cette modification nécessaire de la politique d'union de la gauche ‘a des conséquences : les organisations démocratiques doivent présenter un aspect effectivement démocratique. pour pouvoir séduire ceux que l'affaire de Prague hérisse encore. D'où une certaine libéralisation extérieure : congrès de la C.GT., etc. Mais cela implique une dynamique délicate à maintenir : pour des organisations regroupant des gens qui sont traditionnellement attachés à la liberté d'expression, la façade démocratique doit être plus avenante, la peinture plus brillante, le vernis plus rutilant. D'où la différence d'attitude des militants du P.C.F. dans les syndicats enseignants et dans les syndicats ouvriers : pour faire force à la démagogie anticommuniste des autonomes, la tendance Unité et Action est forcée d'être plus libérale que le P.C. lui-même : exemple ses positions sur la Tchécoslovaquie. D'autant plus, qu'Unité et Action si elle est animée par des membres du P.C.F., comporte un grand nombre de militants « de gauche » sincèrement attachés à la liberté d'expression, à la démocratie et que le P.C.F. doit tenir compte de leur pression, ce qui restreint sa marge de manœuvre. D'où une première contradiction possible dans la stratégie réformiste du P.C. pour être crédible, le P.C.F. doit tolérer une certaine démocratie dans ses organisations de masse, mais il doit également réprimer les gauchistes pour assurer sa stratégie.
NE
NOS PERSPECTIVES
L'analyse que nous faisons de la période nous montre les limités que rencontreront les staliniens, même à la direction de la F.E.N. La progression de leur tendance, « Unité et Action », est dès maintenant ralentie : elle tend à perdre sur sa gauche ce qu'elle gagne sur sa droite. On ne peut pas se faire le meilleur agent de la réforme bourgeoise de l'Enseignement et attirer
à soi les jeunes enseignants sensibilisés par Mai. D'ores et déjà, la gauche révolutionnaire intervient et perturbe le jeu des états-majors syndicaux.
La lutte risque bientôt d’être de moins en moins un duel et de plus en plus une bataille triangulaire.
D'où la nécessité pour les cégétistes de rogner les possibilités d'expression et d'intervention des militants révolutionnaires avant que ceux-ci n'aient. gagné une audience telle, à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur de leur organisation, que toute mesure répressive deviendrait extrêmement dangereuse et risquerait de se retourner contre ses promoteurs. D'où, de même, un jeu subtil des réformistes pour se prémunir des cégétistes, en cuirassant bureaucratiquement les appareils qu'ils tiennent encore, tout en s'affirmant hautement pour la liberté d'expression, afin d'entraîner les révolutionnaires à leur remorque dans leur lutte pour la survie.
A. — NOTRE LUTTE POUR LA DEMOCRATIE OUVRIERE, SA SIGNIFICATION POUR LES MILITANTS REVOLUTIONNAIRES
l. — POURQUOI DEFENDRE LE DROIT DE TENDANCE A LA F.E.N. ?
Face aux attaques conjointes des réformistes et des cégétistes, il est important de défendre avec acharnement les possibilités de nous exprimer au grand jour devant les larges masses de travailleurs regroupés par les syndicats.
Il est inmportant de défendre ce droit dans la mesure où il n'est pas acquis dans les confédérations ouvrières, et dans la mesure où nous pensons que ce qui se passe dans la F.E.N. n'est pas sans répercussion à l'extérieur. En ce sens, la F.E.N., de par ses origines liée au mouvement ouvrier, sa position d'autonomie, ses traditions de lutte, peut être une caisse de résonnance à faire jouer à plein en direction du mouvement ouvrier ; ce que les directions ne sont pas sans savoir d'ailleurs, qui s'acharnent à conserver ou à conquérir cette pièce importante dans la constellation des forces.
‘Il est important de défendre la démocratie ouvrière dans les organisations syndicales dans la mesure où son existence est un obstacle de taille à l'intégration dans le système.
Intégration qui, devenant une nécessité vitale pour la bourgeoisie, -se trouve indéniablement au centre des problèmes posés aujourd'hui au mouvement ouvrier.
D'autant que les sommets bureaucratiques des syndicats, de par les intérêts de couche privilégiée qu'ils secrètent, de par les contacts réguliers qu'ils sont amenés à entretenir avec les sommets de la société, de par le conservatisme d'appareil qui guide leur politique, ont de fortes tendances — des tendances quasi naturelles — à s'intégrer.
Leur tactique n'es tpas axée sur l'action de masse.
C'est au contraire une tactique où la politique personnelle joue un grand rôle: Pour eux, l'habileté, l'expérience syndicale, la connaissance des dossiers, les arguties juridiques peuvent suffire à marquer l'avantage dans les discussions avec les patrons ou l'Etat; l’action des « représentants » de la classe est préférable à l'action de la classe elle-même. Ils s'estiment plus aptes à se concilier les bonnes grâces de la bourgeoisie et de son Etat, heureux d'avoir des interlocuteurs pacifiques, prêts au dialogue, qui n'attendent rien de bon d'une action directe ; action directe qui aurait tendance à les rendre moins indispensables.
Le combat, si combat il y a, se réduit à l'obtention par la bureaucratie, et souvent pour elle d'abord, des quelques miettes que l'impérialisme veut bien concéder sur ses surprofits.
L'action de masse risquant de créer des difficultés à l'impérialisme national, les directions syndicales s'efforceront de maintenir les mouvements dans des
limites raisonnables (« le calme et la dignité >) et d'empêcher toute contestation interne de leur politique en étouffant au maximum la démocratie ouvrière.
-Les directions inamovibles, les congrès espacés et rituels, le langage de spécialistes, le technicisme des bureaucrates, la négociation en vase clos, la participation — substitut aux luttes — en sont l'expression.
Doublement coupés de la base, d'une part à la suite d'une division fatale du travail (mais qui devrait être atténuée par la limitation de la durée des mandats), d'autre part, par une politique systématique qui fait de nécessité vertu, il ne fait nul doute que pour les bureaucrates, plus aucun contrepoids ne se faisant sentir, la marche à l'intégration s'en trouve fortement facilitée.
Notre lutte pour la démocratie ouvrière, pour le droit de tendance est d’abord une lutte contre l'intégration.
Nous ne luttons pas pour ce droit de tendance par démocratisme métaphysique, mais parce quece droit de tendance permet seul le débat et l'information dans le ‘syndicat, le Contrôle des directions, l'affirmation qu'une autre ligne que celle suivié est possible. :
Une direction contrôlée, rendant compte à la base, révocable — (on n'en est pas encore là à la F.E.N.) — c'est une direction moins libre de ses mouvements, moins libre de passer des compromis pourris, de vendre son droit d'aînesse, le droit de grève des travailleurs pour un plat de lentilles, de se faire circonvenir, de se faire acheter.
Les syndicats ne sont pas la propriété de leurs directions qui n'ont pas à décider, seules, de leur orientation. C'est aux travailleurs de décider, après le plus large affrontement: des lignes, laquelle est la plus large à assurer la défense de leurs intérêts et quelle équipe est la mieux à même de l'appliquer,
Notre but n’est pas de briser les organisations que les travailleurs se sont données pour mener le combat, il est d'en faire les instruments de lutte plus efficaces.
I. — COMMENT DEFENDRE CE DROIT ?
Les appels de la tendance FUO en faveur de la défense des organisations ouvrières telles qu’elles sont et du maintien de l'unité à tout pris, ses efforts pour se présenter comme regroupant des syndiqués de toutes tendances, et hors tendances; pour parvenir au vote de motions, unanimes, sans odeur, ni saveur, mais pour la gloire du communiqué, ses attaques anti-gauchistes, nous donnent peu d'espoir de l'avoir comme alliée dans notre lutte.
Le mélange de sectarisme et d'opportunisme unitariste qui caractérise les animateurs politiques de cette tendance ne se retrouve pas dans la s tendance » Rénovation syndicale.
Mais cette dernière n'est pas plus claire sur la question du droit de tendance. Elle s'est créée en iant paradoxalement en être une. La démagogie « Unité et Action >» semble encore l'influencer dans ce domaine. || es tvrai qu'une telle politique a été payante pour UÜ. et A. à court terme ; mais il est vrai aussi qu'elle correspondait parfaitement à sa nature bureaucratique. La volonté de R.S. de secouer les structures syndicales sclérosées, de se rattacher au mouvement de Mai, les polémiques du P.S.U. (qui la soutient et l'anime pour une part) contre la direction de la C.G.T. à propos de la démocratie ouvrière, ne manqueront pas de poser des problèmes de cohérence à ces militants. à
Céla nous semble un mauvais calcul que de suivre la plus grande pente dans ce domaine, au lieu de faire l'éducation des syndiqués déformés par les pratiques bureaucratiques. Si .R.S. continuait, dans ce domaine, nul doute qu'elle récolterait bientôt les fruits amers de sa politique antitendances et militants ne seraient pas préparés à combattre. pêtirait avec les autres révolutionnaires de mesures contre lesquelles ses
Les staliniens assimilent la discussion dans le syndicat à l'affaiblissement du syndicat face au pouvoir. Cela est insoutenable. C'est la fossilisation, le monolithisme, le bureaucratisme qui font la faiblesse d'une organisation ouvrière.
Le débat, à tous les niveaux de l'orgæisation, au contraire, renforce arme, fortifie. Mais il n'est.pas une garantie magique: renforcer les organisations
ouvrières, c'est lutter (et lutter avec succès) contre leur direction actuelle dont l'intervention n'aboutit qu'à décourager, désintéresser, démobiliser les travailleurs. ;
La possibilité légale du débat, c'es taussi la possibilité de prendre pied sur letrrain politique sans être directement sous le double feu de la répression bourgeoise et bureaucratique. ÿ
Lutter pour l'indépendance des syndicats vis-à-vis de l'appareil d'Etat c'est :
— Lutter pour que les représentants des travailleurs ne soient plus indépendants des travailleurs.
— Lutter pour que la politique du syndicat ne soit plus de collaboration, mais d'affrontement avec la bourgeoisie.
Les deux axes de lutte sont liés et le moyen pour y aboutir s'appelle démocratie ouvrière :
— La démocratie ouvrière c'est le contrôle ouvrier sur les responsables des organisations ouvrières ; 2
— La démocratie ouvrière c'est le droit de tendance, c'est-à-dire la possibilité pour le courant pronant une stratégie anticapitaliste des luttes (dont la mise en pratique est la seule vraie garantie d'indépendance), le courant révolutionnaire de s'exprimer, de gagner les travailleurs à ses perspectives.
Nous sommes de toute manière décidés, non pas à mendier, mais à imposer, maintenir, élargir la démocratie ouvrière. p
I! ne faut pas nous cacher que nous allons vraisemblablement, dans le cadre de la montée internationale des luttes et de la crise conjointe de mi'périalisme et du stalinisme, au devant de grands bouleversements dans les organisations, en général. et dans le mouvement syndical en particulier.
Pas plus l'intégration à froid que le redressement révolutionnaire n'est possible avec les appareils tels qu'ils sont aujourd'hui. Mais l'hypothèse que nous pouvons faire est la suivante : pris entre les tenailles ‘de l'intégration et de la répression, écartelé entre des lignes de plus en plus contradictoires, le mouvement syndical sera le lieu d'éclatement et de regroupements aboutissant à une profonde structuration.
Dans la période actuelle des pratiques de lutte de classes et des pratiques de collaboration de classes peuvent de moins en moins coexister pacifiquement dans une même organisation.
Les échéances se rapprochent. Il nous faudra les affronter dans des conditions qui nous soient les moins défavorables possibles.
B. — STRUCTURATION ET RENFORCEMENT D’UNE TENDANCE REVOLUTIONNAIRE
Dans des syndicats où le droit de tendance est reconnu, l'organisation révolutionnaire peut choisir de construir une tendance autour de la plate-forme syndicale que défendent ses militants ou de travailler avec d'autres révolutionnaires dans le cadre d'une tendance déjà existante, dans la mesure où des désaccords de fond (s'ils existent) n'empêchent pas une intervention. commune et coordonnée sur le terrain syndical.
A la FE.N. une telle tendance existe, c'est la tendance : Ecole émancipée.
l. — NOTRE PERSPECTIVE CENTRALE : « L'ECOLE EMANCIPEE >»
La tendance « Ecole émancipée >» s'est construite dans la lutte contre l'isolement amicaliste et corporatiste. Liée dès le départ au syndicalisme ouvrier elle est aussi ancienne que le syndicalisme enseignant qu'elle a créé.
La tendance « Ecole émancipée > n’est pas une. tendance conjoncturelle, un regroupement provisoire et transitoire.
En se liant au syndicalisme ouvrier, elle se liait à ce qu'il y avait de plus dynamique dans le mouvement ouvrier français d'avant 1914 : la C.GT. syn-
dicaliste révolutionnaire. La lutte qu'elle a dû mener contre l'Etat bourgeois qui interdisait à ses fonctionnaires de se syndiquer (ilégalité, répression} lui a évité de sombrer dans la grande débâcle de l'Union sacrée, à l'inverse de nombres de syndicalistes révolutionnaires. peu préparés par leur apolitisme de principe à affronter cette période. On la retrouve sur la brèche avec la petite poignée d'internationalistes qui, à. Kienthal et à Zimmerwald sauvèrent l'honneur du mouvement ouvrier. La remontée des luttes d'après-guerre la porta tout naturellement à rallier la Révolution russe et l'Internationale syndicale rouge. La majeure partie de ses membres, gagnée au communisme, refusa la dégénérescence stalinienne, à l'intérieur d'une C.G.T.U. progressivement asservie par les staliniens, tandis que l’ « Ecole émancipée > se montrait fidèle aux positions de Lénine et de Trotsky, aux leçons d'Octobre et à la Révolution mondiale.
Réorganisée en tendance après la réunification syndicale de 1936, elle s'est éfforcée de maintenir « quand il était minuit dans le siècle > les acquis de son passé et de répondre de façonadéq uate aux problèmes nouveaux. (Résistance antifasciste sur des positions de classe; lutte contre le tripartisme de l'après-guerre sur des devendications transitoires ; soutien aux luttes de libération en Indochine e ten Algérie: mobilisation des travailleurs contre le gaullisme en ouvrant des perspectives socialistes en 1958: soutien aux luttes antibureaucratiques des opposants de gauche dans les pays de l'Est lors des révolutions hongroise et polonaise de 1956, etc.) :
La tendance « Ecole émancipée a toujours lutté pour un syndicalisme révolutionnaire.
— Organisée dans près de 70 départements en groupes permanents de discussion ‘et d'action, concentrant centralement de manière périodique analyses, expériences, élaborant collectivement tactique et perspectives, dotée d'une revue bi-mensuelle tirant à plusieurs milliers d'exemplaires, représentée à la tête des principaux syndicats de la F.E.N., influençant près de 10 % des enseignants, contrôlant un certain nombre de sections syndicales d'établissement et plusieurs sections départementales, |’ « Ecole émancipée > est une réalité nationale. REA
— Attachée depuis ses origines à l'organisation de type fédération d'industrie (par opposition au système corporatiste des fédérations de métiers) (1), l'« Ecole émancipée » réunit en son sein des enseignants de toutes catégories confondues. L'unification des revendications et des luttes en est grandement facilitée au détriment des repliements corporatistes, sinon catégoriels. Son existence fédérale permet aux militants E.E. d'un syndicat de bénéficier de l'appui de tous ses camarades des autres syndicats et d'établir ainsi entre lui et l'appareil un rapport de force non négligeable. s ” Face à la politique de division systématique du pouvoir, à l'émiettement catégoriel qui en résulte et aux tendances de la F.E.N. à calquer.ses structures sur les structures administratives, l'existence d'une tendance fédérale est un atout important; d'autant que l'offensive sur le front de l'Education nationale
est, elle, centralisée et unifiée. L' « Ecole émancipée » est une réalité fédérale.
Il. — RENFORCER L’ « ECOLE EMANCIPEE >
‘ La tendance telle qu'elle existe est d'ores et déjà un point d'appui considérable dans la lutte des militants révolutionnaires. Il serait peu dans notre tradition de nous auto-satisfaire béatement de son existence présente. Il faut avoir le courage de dire qu'elle est encore très en-dessous de l'arme dont nous pourrions disposer, dont nous devrions disposer dans le milieu enseignant : dans ce secteur en crise profonde, depuis Mai 68, des milliers de révolutionnaires potentiels sont à organiser.
L' « Ecole émancipée » fut une tendance syndicale. Mais aujourd'hui, elle doit être plus que cela. Face aux impératifs de l'heure, à l'inactivité, à l'im-
(1) Organisation actuelle de la F.E.N. : 37 syndicats nationaux | Fédération d'industrie : organisation sur la base de l'entreprise et de la localité. Cf. C.G.T. : sections d'entreprises, unions locales, unions départementales toutes catégories réunies.
puissance, à la paralysie des directions, elle doit prendre l'initiative partout où l'appareil est défaillant, partout où l'appareil est. inexistant. Loin d'affaiblir le syndicat, nous le renforçons. Au lieu de chercher à concilier les intérêts des enseignants et ceux de l'administration dans les conseils de participation, nous développons la lutte contre l'administration, !la lutte syndicale en liaison avec les lycéens et es parents d'éèves. | suffit pour cela de s'assurer une base, ce qui ne veut pas dire utiliser une base pour ses propres desseins, mais gagner une implantation par son travail militant et une audience pour ses idées. e
Plus qu'une tendance syndicale, d'une certaine manière, l' « Ecole émancipée » l'a toujours été : refuge de militants en mal de parti révolutionnaire et qui étaient tentés de lui faire jouer un rôle de substitut, on y a abordé tous les problèmes, on y a lancé toutes les expériences. Nous croyons qu'il est temps d'en finir avec cette nostalgie de militants perdus dans la mesure où €'est une entrave au développement de la tendance. Non,. l’ « Ecole émancipée » n’a jamais été et né sera jamais la base ou une des bases à partir de laquelle se construira le futur parti révolutionnaire, n'en déplaise à nos camarades de La Voix =
Pour nous, marxistes révolutionnaires, c'est une conception additive, fédérative de la construction de l'organisation, avec laquelle nous sommes en complet désaccord. C'est à partir du programme que l'organisation se construit, en sélectionnant: sur cette base ses futurs militants. L'inverse : partir des militants et par synthèses et apports successifs construire le programme, c'est aboutir à tous les éccletismes, mettre les choses la tête en bas et construire sur du sable.
L' « Ecole émancipée » ne recrute pas de militants pour construire le futur parti révolutionnaire, mais en fonction dela nécéssité de coordonner leur intervention dans le milieu enseignant. Donner aux luttes syndicales des perspectives politiques, politiser le syndical n'est pas transformer une tendance syndicale en embryon de parti politique. Il y a mieux à faire. Ce ne sont pas les militants de la Lgue Communiste qui se plaindraient de la venue à leur “organisation des militants de l' « Ecole émancipée ». Mais même leur venue en masse n'empêcherait pas qu'une tendance ne doive exister dont la fonction reste spécifique. Une plate-forme de luttes syndicales sur laquelle se regroupent des militants décidés à la faire triompher, n’est pas un programme de parti dont les structures organisationnelles, les critères de sélection sont tout à fait différents.
Ce qui ne veut pas dire qu'il faille se contenter de voir la vie de la tendance rythmée par la vie des organisations syndicales (de moins en moins vivantes d'ailleurs) ni qu'il faille se satisfaire d'une activité purement propagandiste où les interventions se cantonneraient dans le plus strict parlementarisme syndical des beaux jours passés. La tendance peut et doit rompre définitivement avec un certain train-train artisanal et besogneux de gagne-petit si elle veut réussir à accrocher des jeunes en plus grande proportion, devenir force attractive pour des secteurs encore sceptiques et réservés, apparaître véritablement comme direction de rechange, non pas de l'appareil, mais des luttes. .
Nous n pensons pas que les syndicalistes purs et les anarcho-syndicalistes soient bien armés pour opérer une transcroissance,, douloureuse mais nécessaire, s'ils ne veulent pas être laminés dans:les grands combats qui s'annoncent. Les faiblesses organisationnelles, les insuffisances politique de l'EÆ. leur furent bien souvent dues non par défaut caractériel mais en raison de leur choix doctrinal. Le spontanéisme et l'apolitisme ont ‘souvent produit de belles actions, courageuses et exemplaires, ils n'ont jamais pu résister efficacement à des appareils, autrement armés; -autrement organisés.
Le renforcement de l'Ecole Emancipée (quantitativement et qualitativement) est actuellement une nécessité vitale.
Ill. — LES MEDIATIONS SECTORIELLES SPECIFIQUES
Dans tous les syndicats où existent déjà l'E.E.*les militants de la Ligue renforceront la tendance tant sur le plan local que sur le plan national : ils contribueront à l'armer politiquement. É
Pour tous es autres syndicats de la F.E.N. où l'EE. n'existe pas encore il est évident que le travail de nos militants pour les raisons indiquées plus haut,
s'effectuera en direction de la mise sur pied d'une tendance nationale Ecole Emancipée. Cette affirmation générale reste gratuite si on ne cherche pas à savoir pourquoi la Tndance ne s'y est pas encore développée, comment concrètement on ira vers sa création.
Le cas le plus complexe est celui du S.N.E.Sup dans la mesure où ses traditions syndicales sont faibles et récentes et où sa minorité :
— n'a qu'une faible conscience fédérale ; k
— se sent plus proche des étudiants dont elle est issue, que des ensei-
nants ;
: — Consciente de la nécessité d'un débat d'orientation, hésite à l'engager de peur d'avoir à le mener jusqu'à son terme, sanctions organisationnelles comprises.
Ce sont les déterminants qui ont cours chez les étudiants qui structurent le débat dans ce milieu. C'est en référence aux courants qui traversent le milieu étudiant, aux actions qu'il mène, que se sont définies les diverses tendances d'une minorité très hétérogène aux contours particulièrement flous.
Pour ces militants, la dialectique habituelle faite de la succession des prises de conscience (prises de conscience catégorielle puis corporative puis syndicale, puis politique) est caduque.
(Il est d'ailleurs à noter qu'elle l'est tout autant pour beaucoup de jeunes, venus à la vie militante à l'occasion de la « répétition générale » de Mai 68). La prise de conscience est d’embée politique. C'est à ce niveau qu'il faut d'abord se placer si l'on veut avoir quelque chance de faire comprendre ensuite l'intérêt de militer dans une tendance nationale et fédérale.
Les révolutionnaires de la minorité du SNES-Sup doivent prendre conscience de la nécessité :
— de débattre au fond sans faux-fuyants :
— de s'organiser sérieusement pour tenir la dragée haute aux staliniens dont on à sous-estimé les ressources, de restructurer la minorité autour de l'orientation dégagée ;
— d'avoir une vision plus globale de la situation, de tirer les. conséquences de la communauté objective d'intérêts et de luttes qui les lie aux autres enseignants (ne serait-ce qu'au niveau de la répression, de la participation, de l'austérité, du rôle d' « Unité et Action »).
Dans la mesure où l'action d'une tendance dans le syndicalisme enseignant peut et doit servir de pivot à un regroupement révolutionnaire inter-syndical dépassant le cadre enseignant, il est évident qu'il est fondamental d’unifier dans une première étape intervention des révolutionnaires dans la F.E.N. : Ceci est d'emblée possible par l'existence de l'Ecole Emancipée.
IV. — UNE ORIENTATION CLAIRE
Face à la politique de rentabilisation capitaliste de l'Education Nationale ; à la main-mise de plus en plus directe du patronat sur l'enseignement, à l'aggravation de l'embrigadement idéologique, c'est-à-dire à une offensive concertée généralisée de la bourgeoisie pour restructurer son système de formation, nous devons faire front et avancér une plateforme de lutte.
Face à l'engagement délibéré. du P.C.F. dans la voie dé la défense et de l'aménagèment du «< patrimoine national > (P.C.F. pour qui la crise des services publics se résume à la question des moyens et qui ne pose jamais la question de la finalité desdits services, de leurs fonctions dans notre société) nous n'avons pas à faire chorus. Nous n'avons pas à donner de gages de sérieux pour l'avenir, à prouver notre capacité à gouverner dans le cadre de l'ordre régnant, à nous comporter en interlocuteurs raisonnables et ‘présenter des contre-plans. Nous avons au contraire à faire échec à toute la politique de. participation, à toute l’orientatio ndu P.C.F. dans l'Education Nationale.
Contre le démantèlement de l'Education Nationale :
— Hors de l'Université les représentants patronaux :
— Hors des jurys d'examen, hors des conseils de gestion, hors des salles de cours ; ;
— Maintien du monopole d'Etat de collation des grades : non aux diplômes d'Université |
— À bas les Universités concurrentielles !
Contre la rentabilisation capitaliste de l'Université :
À bas l'augmentation des tickets de restaurants universitaires, des loyers des cités ! £
— À bas la liquidation des bourses de troisième cycle sur critère universitaire |
— Gratuité absolue de l'enseignement financé intégralement par l'Etat ;
— Titularisation des enseignants auxiliaires ou contractuels :
— À bas la sélection par l'orientation ;
— Non à l'orientation impérative ;
— Non aux stages d'orientation obligatoires ;
— Non au cloisonnement étanche entre les cycles ;
— Non aux classes-impasses.
Contre l'ordre moral dans l'enseignement
— Libre activité politique dans les_ établissements ;
— Défense des enseignants « non-conformistes >» ;
— Droit de critique des cours dans les lycées ;
— Lutte contre les sergents recruteurs de l'Eglise et l'armée ;
— Lutte contre l'embrigadement de la jeunesse par le sport.
Nous devons dénoncer le plan de rationalisation capitaliste de l'Université et développer sa signification politique. Sur toutes ces revendications partielles, des luttes dures et exemplaires peuvent être engagées avec les lycéens et les étudiants. || s'agit alors pour nous de chercher d'une part à les coordonner entre elles d'autre part à les coordonner avec les actions revendicatives des autres secteurs, en s'efforçant de les expliquer à la classe ouvrière dans le cadre de la situation politique générale.
Autour de tels mots d'ordre s’articulent notre propagande révolutionnaire et notre action syndicale.
C. — L'INTERVENTION AUTONOME DE LA LIGUE COMMUNISTE EN MILIEU ENSEIGNANT
Elle est nécessaire sur toutes les questions qui dépassent la compétence d'une tendance syndicale. Nous n'avons pas à demander que l'E.Æ. prenne position sur certains points qui détermineraient en son sein des clivages superflus à sa délimitation en tant que tendance.
l. — LA PROPAGANDE REVOLUTIONNAIRE DE LA LIGUE COMMUNISTE
Ëlle revêt parmi les enseignants, milieu de formation intellectuelle confronté ‘en permanence aux problèmes théoriques une importance capitale encore accrue aujourd'hui par la crise que ce milieu traverse.
Dès que nous passons d'une critique de l'enseignement à une critique de la société se posent des problèmes de stratégie révolutionnaire que seule une avant-garde peut résoudre. Nous devons en particulier développer.
— la nécessité du parti révolutionnaire et de sa construction.
— L'existence de l'Internationale, son rôle aujourd'hui, la dialectique de la Révolution mondiale.
— Quelle révolution, quelle culture, quel enseignement, quel socialisme et comment y parvenir ?
— La crise actuelle du système de formation et de l'idéologie bourgoïse.
— L'articulation entre le programme de la Ligue et la plate-forme revendicative sur la base de laquelle nous proposons aux syndiqués d'engager l'action.
— La nécessité de construire chez les enseignants un courant révolutionnaire fédoéral.
— La place dû secteur eneseignant dans la dialéctique des secteurs d'intervention de la Ligue. Notre lutte contre l’ordre moral dans l'enseignement découle de notre lutte plus générale contre l’embrigadement de la jeunesse...
Elle ‘est sa traduction dans ce secteur précis de notre intervention. Clest dans l'enseignement que l'ordre moral commence, au travers de la formation scolaire et professionnelle sous toutes ses formes (école, Université, apprentissage, enseignement technique) et se renforce au travers des activités dites post et péri-scolaires (organisation des loisirs, de la culture du sport) dans toutes les structures d'accueil « offertes » à la jeunesse (scoutisme, colonies de vacances, clubs divers), des internats aux casernes, du logement à la sexualité.
……t contre les mesures répressives dans le secteur culturel en général, contre tous ceux qui ne sont pas aux ordres de la bourgeoisie et remettent en cause les valeurs dont elle a besoin. È
Cela commence par des expulsions de l'enseignement des étudiants et des lycéens, puis des professeurs. Cela continue par des tracasseriés policières et juridiques contre les éditeurs, les films jugés < immoraux » ou « indésirables », les restrictions de crédit et le renvoi d'animateurs dans les centres. dramatiques et les Maisons de Jeunes. La classe dominante en difficulté tente de réimposer par la force, ses valeurs idéologiques pour avoir le monopole des lieux de diffusion culturelle d'où elle veut chasser toute possibilité de remise en cause : l'en empêcher n'est pas une tâche secondaire.
+ Le fait que la production culturelle soit un secteur marginal ne doit pas nous égarer : l'acharnement du pouvoir suffirait à lui seul à montrer le rôle important que joue ce secteur dans le rapport des forces politiques. Notre lutte contre le démantèlement de l'Education nationale et contre la rentabilisation capitaliste de l’Université n'est que l'aspect enseignant de notre lutte dans l’ensemble du ‘secteur public.
Les transports publics, la Sécurité Sociale, l'assistance médicale et hospitalière, l'école publique sont à « rationaliser » affirment le gouvernement et les patrons. Il faut faire payer toujours davantage aux travailleurs afin d'alléger d'autant les charges fiscales et les dépenses des capitalistes dans ce domaine. : .
Pour nous, le secteur public n'est pas un ilot socialiste dans un monde capitaliste, îlot à protéger et à étendre. Le capitalisme est un tout organique qui conditionne aussi bien la fonction de son secteur privé: que de son secteur public. Notre tâche est de démontrer que la crise de ces services publics n'est pas un problème d'incurie et de mauvaise gestion, et de dénoncer la contradiction inhérente au capitalisme entre besoins sociaux et profits privés, entre les nécessités du ‘développement des forces productives et les nécessités du maintien des rapports capitalistes de production. Au-delà du faux bon sens des revendications de crédit, est mise ainsi directement à l'ordre du jour la réponse socialiste. . L
Il. — LES MOYENS DE CETTE PROPAGANDE
De même que les enseignants de la Ligue participent au travail général de l'organisation, c'est l'ensemble de l'organisation qui impulse le travail de la Ligue et des militants dans le secteur enseignant.
Les véhicules de notre propagande vont de l'article à la brochure, du tract au bulletin, de la réunion au meeting, sans oublier la valeur éminamment propagandiste de l'action directe bien menée.
Ill. — LA PLACE DU SECTEUR ENSEIGNANT DANS LA DIALECTIQUE DES SECTEURS D'INTERVENTION ET DE CONSTRUCTION DU PARTI REVOLUTIONNAIRE - La crise du système de formation et la crise idéologique du milieu ensei-
gnant sur lesquels nous avons insisté plus haut font du secteur enseignant, un secteur sensible, un secteur politisé, un secteur organisable. || constitue
un réseau de contacts aux multiples ramifications, un relai démultiplicateur de notre influence. || permet la pénétration des idées marxistes révolutionnaires plus éloignées des centres universitaires et industriels, dans les petites villes et au sein des campagnes.
Il'est au contact direct de notre force de frappe militante principale jusqu'à aujourd'hui, les secteurs étudiant et lycésn de l'organisation, soit par les activités scolaires de ceux-ci soit par leur avenir professionnel (du moins pour nombre d'entre eux).
Parmi les secteurs d'intervention non ouvriers où l'influence organisationnelle directe du P.C. peut commencer à reculer, où il est possible dès maintenant de faire adhérer une frange non négligeable à l'ensemble du programme marxiste révolutionnaire, le secteur enseignant occupe une place privilégiée. F
L'implantation de noyaux révolutionnaires dans la classe ouvrière est l'objectif principal mais implique que simultanément on conquiert des points d'appui, on fasse reculer le stalinisme qui structure encore majoritairement les travailleurs, en ses maillons faibles. .
L'intervention dans la jeunesse scolarisée, ‘chez .les enseignants peut favoriser par ses succès, par les initiatives qu'elle libère et l'écho qu'elle recueille, la popularité des idées révolutionnaires au sein de la classe ouvrière.
Les enseignants marxistes-révolutionnaires parce qu'ils sont au carrefour des luttes de la jeunesse scolarisée et les luttes de la. classe ‘ouvrière ont un rôle décisif dans le processus de construction du Parti Révolutionnaire.
Février 1970.
BIBLIOGRAPHIE DE BASE
1. L'essentiel de nos thèses est contenu dans :
— « Tornade Rouge » (novembre 69) Articles intitulés : « la crise du système de formation > « La rentabilisation capitaliste de l'Education Nationale ».
— < Partisans >» N° 50 : « L'alibi Pédagogique >» JM Brohm et JM Poiron : « La crise du système de formation et la politique bourgeoise ».
— En préparation : une brochure sur l'état d'application de la réforme de l'enseignement.
— La résolution du Congrès de Fondation de la Ligue in « Cahier Rouge, n° 10-11.
I. Les « Cahiers Rouges >
— « Le deuxième souffle » sur le mouvement étudiant n° 12:
— « Pédagogie et crise de la bourgeoisie >» n°°13
— Récents articles des n°* 42, 49, 50, 52, 53, ei 55. de « Rouge ».
II. Publications de l'EE.
— La revue (abonnements François LARVOR, 12, rue A.-Le-Braz, 22- Saint-Brieuc).
— « Où va la F.E.N. » numéro spécial 1°** novembre 1969.
— « Mai 68-Janvier 70 », numéro spécial mars 1970. À
IV. Le programme E.N. du P.C-F. : in « l'Ecole et la Nation » Sans oublier lé « plan Langevin-Wallon ».
V. Les thèses gouvernementales :
— Le « petit livre rouge » de Guichard : « Organiser le mouvement >. Service de presse du ministre de l'E.N. 107, rue de Grenelle, Paris-7°.
— Peyrefitte explique les réussites de l'Université américaine in « Le « Le Monde >» du 4 mars 70.
— « Jeunes d'aujourd'hui » d'après le rapport Missoffe 1967 (la Docu-, mentation Française).
— « Le management à l'Université » in « Entreprise » n° 755-28-2-70.
— Livres d'Edgar Faure et d'Olivier Guichard.
VI. Quelques ouvrages : n — Pierre Daumard : « Le prix dé l'enseignement en France » (Calman Lévy). — Lé Thanh Khoi « L'industrie de l'enseignement » Rapports entre Economie contenmporaine et Education (Editions de Minuit). — BOURDIEU et PASSERON « Les Héritiers » (Minuit). La transmission de l'Education de classe. — Que sais-je ? - Histoire de l'enseignement en France - Les institutions universitaires - La question scolaire en France. - Antoine PROST « Histoire de l'Enseignement en France 1800-1967 >» (U. Colin). — Paul GERBOD «La condition Universitaire en France au XIX° siècle » (Thèse de doctorat d'Etat P.U.F.). — Histoire de la Fédération Unitaire de l'Enseignement (Institut d'Etudes Politiques de Grenoble - 3 t. commandes à l'ELE.). — « Partisans » n° 39 : « Pédagogie ou mise en condition? » (oct.-déc. 67). VII. Bulletins syndicaux — « l'Enseignement Public » F.E.N., 10, rue de Solférino, Paris-7°. — « l'US. :: l'Université syndicaliste, S.N.E.S., 1, rue de Courty, Paris-7°, — Bulletin du S.N.E.Sup., 28, rue Monsieur-Le-Prince, Paris-6*. — « U.NEF. - informations » 15, rue Soufflot, Paris-5° (et « l'Etudiant de France >). — « MNEF. - informations » (pour le secteur santé), 6 bis, rue Bezout, Paris-14°. Bientôt nouvelle série de « Recherches Universitaires » : N° 1 : « Etudiants et classes sociales >.
SOMMAIRE
I. — LA REFORME DE L'ENSEIGNEMENT
A. La crise de l’enseignement 1. l'enseignement et la bourgeoisie. 2. La critique du système de formation.
B. Comment la bourgeoisie tente de résoudre la crise 1. La rentabilité financière. 2. La rentabilité humaine. 3. La mainmise du patronat. 4. Le démantèlement de l'Education nationale. 5. L'idéologie de la « nouvelle société >.
C. Les conséquences 1. Les enseignants et l'emploi. 2. La division. 3. La « défonctionnarisation >. 4. La répression.
I. — L'IDEOLOGIE ENSEIGNANTE A. L'enseignant de toujours 1. Les données historiques. 2. L'idéologie. 3. La laïcité. 4. Enseignement et apostolat. 5. Le cœur à gauche. 6. Les enseignants : corps ou milieu ? B. L'enseignant d'aujourd'hui © 1. L'Histoire récente. 2. L'enseignement et le capitalisme monopoliste. 3. Les tentatives de Sauvetage. 4. Le traumatisme de Mai. 5. La décomposition du milieu enseignant. C. L'avenir
I. — LE SYNDICALISME ENSEIGNANT A. La FE.N. 1. L'Histoire. 2. Le fonctionnement. 3. Annexes, relais, points de chute. etc. B. Le Puzzle enseignant 1. Les autres. 2. Les camarades rivaux. 3. Les tendances. C. La politique du P.C.F. dans l'enseignement 1. Une stratégie réformiste cohérente. 2. Une conception bourgeoise de l'enseignement. 3. L'avenir des staliniens.
IV. — NOS PERSPECTIVES
A. Notre lutte pour la Démocratie Ouvrière, sa signification pour les militants révolutionnaires 1. Pourquoi défendre le droit de tendance à la FE.N. ? 2. Comment défendre ce droit ?
B. Structuration et renforcement d'une tendance révolutionnaire 1. Notre perspective centrale : l'«< Ecole émancipée >. 2. Renforcer l'« Ecole Emancipée >. 3. Les médiations sectorielles spécifiques. 4. Une orientation claire.
C. L'intervention autonome de la Ligue Communiste en milieu enseignant 1. La propagande révolutionnaire de la Ligue Communiste. 2. Les moyens de cette propagande. 3. La place du secteur enseignant dans la dialectique des secteurs
d'intervention et de construction du parti révolutionnaire.
BIBLIOGRAPHIE.
Ce document a été rédigé par la commission enseignante nationale du Comité Central de la Ligue communiste.
nos dernières publications :
@ Economie et Politique dans la pensée de Trotsky. (Marx ou crève, n° 2) 3F
© Pédagogie et crise de la bourgeoisie. (Cahier Rouge, n° 13) . 2 EF
© Le capitalisme français, maillon faible de la chaine impérialiste. (Document Rouge, n° 4) 2F
© La conception policière de l'histoire. - 1 F
@ Le« complot trotskyste » en Tchécoslovaquie. (Textes du mouvement révolutionnaire) Cahier Rouge spécial « tchéco » ._ 2F
@ L'armée, service national, service du capital. (Document Rouge spécial) 2:F
COMMANDES A ROUGE
B.P. 201 Paris (19°) .
Directeur de la publication-: Jean-Pierre Beauvais. Supplément à < Rouge >» N° 56.