La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Collection « Qu’est-ce que ? »

Les nationalisations

Collection « Qu’est-ce que ? », n° E, janvier 1973 · 3 250 mots

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qu'est ce que...

nali- Safions

document ligue communiste supplément à rouge n°189

Les nationalisations

Si l'on en croit les partisans de l’Union de la Gauche, il existe un moyen sûr, efficace et sans douleur de donner un coup d'accélérateur à la marche de la France au socialisme : les nationalisations. Grâce à elles, explique par exemple Georges Marchais, il est possible « que les principaux leviers économiques (.) soient retirés des mains d'une poignée de grands financiers et remis à la nation elle-même ». Cette mesure c'est, nous dit-on, la « clé de voûte » du programme commun, celle qui casse les reins de l'économie bourgeoise, et commence à faire fonctionner le pays en imprimant à son économie une logique qui est celle non plus du profit mais de la satisfaction des besoins des larges masses.

Face à de telles promesses, quelle est la position des militants révolutionnaires ? Sont-ils pour, ou contre? A quelles conditions ?

C’est ce que nous allons nous efforcer de préciser dans cette plaquette, en commençant par mettre un certain nombre de choses au point.

Toute nationalisation va-t-elle toujours à l'encontre des intérêts des capitalistes ?

Dans le cadre de l'Etat bourgeois : Non ! Dans certains services déficitaires qui ont une utilité sociale, mais où le taux de profit est trop faible au goût des capitalistes, dans certains secteurs où les investissements à réaliser sont très importants et dépassent les moyens de capitalistes individuels, là nationalisation peut être décidée, comme une simple mesure de rationalisation du système capitaliste : l'exemple type est celui des chemins de fer : le rachat par l'Etat en 1937 des titres des compagnies a été une bonne affaire pour les capitalistes. D'autre part un secteur nationalisé n'est pas coupé des autres secteurs industriels capitalistes. Il est le plus souvent en liaison étroite avec eux, quand il ne leur sert pas purement et simplement de vache à lait : ainsi à la SNCF, le prix des wagons complets réservés aux gros utilisateurs (tel ESSO) a diminué de 10 %, pendant

at

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la même période, le tarif des trains banlieue a augmenté de 50 % !

Il peut donc arriver (c'est le cas d'un pays comme l'Italie, ou comme l'Egypte) qu'un fort pourcentage de l'industrie et des services soit sous le contrôle de l'Etat, sans que l'exploitation capitaliste ait disparu pour autant. Cela autrefois le PCF le disait clairement, puisque Duclos déclarait, il y a quelques dix années :

« Si les nationalisations étaient le propre du socialisme, Napoléon ler serait un socialiste parfait puisqu'il mit fin aux monopoles des tabacs » !

. LJ LA Le secteur nationalisé aujourd'hui : est-il un paradis, une aubaine, pour l'’ouvrier ?

Aujourd'hui, les entreprises nationalisées fonctionnent comme toutes les entreprises privées : les travailleurs y sont tout autant exploités :

— à Renault, les cadences des chaînes sont insupportables. Le chronomètre est là pour interdire aux ouvriers un répit même d'une minute. On fait grand cas des lois sociales de Renault (retraite, mensualisation) ; mais elles ne peuvent pas être appliqués aux OS en particulier car rares sont ceux qui tiennent plus de quelques années ce rythme infernal ;

à. La w Si — à la SNIAS, la direction licencie et mute à tour de bras ;

— dans les Houillères, les accidents mortels sont nombreux car l’Etat-patron pousse au rendement maximum.

Les avantages acquis dans le secteur nationalisé l'ont été grâce à la lutte des travailleurs, l'Etat-patron ne s’est jamais montré plus réceptif aux revendications que les autres patrons : comme dans toutes les autres entreprises, les travailleurs ont dû se battre pour obtenir satisfaction.

C'est normal puisque l'entreprise nationalisée est partie prenante du marché capitaliste (elle achète et elle vend sur ce marché) : elle est donc soumise aux mêmes règles de rentabilité que toutes les autres entreprises ; or dans le système capitaliste, qui dit rentabilité dit exploitation des travailleurs.

mais alors, êtes-vous pour ou contre les nationalisations ?

Les militants révolutionnaires ont un but clairement affirmé : celui de mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme, à l'anarchie capitaliste de la production, celui

d'instaurer une société socialiste. Dans ce but la collectivisation des principaux moyens de production et d'échange est une mesure déterminante.

Mais les exemples précédents des nationalisations nous prouvent qu'ils ne sont pas des anti-chambres de socialisme.

Pour qu'un programme de nationalisations ait un contenu réellement anti-capitaliste, il doit répondre à trois questions :

— Qui va payer ?

— Qui contrôlera ?

— Qui nationalisera et donc qui détiendra le pouvoir ?

Qui va payer ?

Nous disons : nationalisation sans indemnité, ni rachat, nous ne voulons pas racheter ce qui a été volé aux travail leurs, c'est-à-dire les richesses qu'ils ont créées par leur travail et que les patrons ont accaparées sous forme de profit. Les dettes des capitalistes envers eux dépassent largement la valeur de leur entreprise. Choisir d'indemniser, refuser de confisquer signifie qu'on demande aux travailleurs de payer encore pour élever gratis deux nouvelles générations de fainéants, et permettre aux patrons indemnisés de réinvestir des capitaux pour exploiter ailleurs.

Là-dessus, le programme commun est particuliérement vague :

« L'indemnisation des actionnaires des entreprises expropriées fera l'objet d'une solution équitable » (sic).

Et l'on ajoute qu'une distinction sera faite entre les petits et les gros porteurs...

Mais on n'a pas le droit d’être aussi imprécis sur une question d'une telle importance. E-xer me | Æ

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RSS Deux exemples le montreront :

* En 1946, MarcelPaul, responsable du PCF, est ministre de la production industrielle. Il parle de la nationalisation du gaz et de l'électricité, et il souligne avec fierté « la grande hauteur de vue avec laquelle a été traitée la question de l'indemnisation : le prix fixé pour les actions est de 389 % du prix d'avant-guerre. On ne peut pas dire que tous les moyens d'existence aient été relevés dans la même proportion » (sic).

Et à la même époque, les mêmes dirigeants du même parti expliquaient que la France était en ruines et qu'il fallait « produire d'abord, revendiquer ensuite ».

Assisterons-nous encore demain à ce genre de cadeaux aux capitalistes, réalisés avec la même « hauteur de vue » et en même temps à ces mêmes appels aux travailleurs à se serrer la ceinture ?

* Mais il y a un deuxième exemple plus récent et plus grave : c'est celui du Chili.

Le total des sommes des indemnisations versées aux capitalistes nationaux et étrangers représente environ un milliard de dollars US, soit deux fois le total des salaires du secteur privé payé en 1970. ;

Pourtant dans le même temps, le gouvernement et le Parti Communiste Chilien appellent les travailleurs à ne plus

revendiquer. C'est à cela que conduit nécessairement l'indemnisation

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des patrons ! Qui contrélera ?

Nous disons : nationalisation sous contrôle ouvrier.

Aujourd'hui, Renault est nationalisé, et des ouvriers sont licenciés pour leurs opinions politiques. Aujourd'hui à la SNCF on prévoit d'énormes compressions de personnel, et les travailleurs font grève sur les horaires, la sécurité, les conditions de travail. ka

Comment faire pour qu'une usine nationalisée ne soit pas ce qu'elle est aujourd'hui, comment faire pour que les travailleurs puissent avoir leur mot à dire ?

Läà-dessus, le programme commun est encore une fois très imprécis :

« Le conseil d'administration des entreprises nationalisées sera constitué de représentants élus des travailleurs, de certaines catégories d'usagers (...) et de représentants désignés par le nouveau pouvoir démocratique ».

On ajoute que les représentants du « nouveau pouvoir démocratique » ne pourront être majoritaires. Soit.

Mais pourquoi ne pas dire clairement que les représentants des travailleurs le seront ? Pourquoi ne pas dire clairement s'il s'agira de représentants syndicaux présentés sur listes fabriquées par les bureaux syndicaux ou de représentants directs des travailleurs élus en Asemblée Générale et révocables à tout moment par leurs mandants ?

Voilà des points qui ne sont pas de détail !

On retrouve exactement les mêmes ambigüités lorsqu'on nous parle du contrôle des travailleurs sur la

marche de l'entreprise :

« Les comités d'entreprise et d'établissement, les délégués du personnel (...) seront obligatoirement consultés avant toute mesure concernant l'embauche, le licenciement, l'affectation aux postes de travail, la classification. », etc. (p. 107).

« Les comités d'entreprise et d'établissement, les sections syndicales d'entreprise recevront une information complète sur les principaux aspects de la gestion des entreprises » (p. 108).

Et enfin, grâce à « une heure d'information par mois prise sur le temps de travail » ils pourront réunir et informer le personnel.

Les comités d'entreprise seront informés, les délégués consultés : fort bien ! Mais qui prendra la décision ? Est-ce qu'une heure d'« information » par mois peut sérieusement permettre aux travailleurs d'exercer quelque contrôle que ce soit ?

Ceux qui ne répondent pas clairement à ces questions, masquent derrière les mots de « gestion démocratique » et de « contrôle des travailleurs » une organisation bureaucratique de la production où les travailleurs seront mis en tutelle et privés de tout pouvoir réel.

Pour nous, la nationalisation n'a de sens que si les travailleurs des usines nationalisées, au lieu de faire de la figuration dans des structures tri-partites mal définies, pratiquent effectivement leur droit de véto sur les décisions concernant les cadences, l'emploi, les conditions de travail, leur contrôle sur le financement, les investissements.

* La nationalisation n'a de sens que si les travailleurs élisent des comités d'ateliers et d'usine, composés de délégués élus et révocables à tout moment, qui exercënt ce contrôle.

* La nationalisation n'a de sens que si les travailleurs peuvent effectivement exercer leur contrôle : cela signifie que la réduction massive du temps de travail est un objectif prioritaire, pour que les travailleurs aient les moyens de comprendre et d'agir sur le fonctionnement de leur entreprise.

Le contrôle effectif de tous les travailleurs sur la gestion des entreprises sera d'autant plus réalisable, si, dès aujour'hui, dans les luttes, ils font l'apprentissage de la démocratie ouvrière. C'est pourquoi nous nous battons pour que (chaque fois que possible) soit constitué un comité de grève composé de syndiqués et de non syndiqués, élus par l’Assemblée Générale des grévistes et révocables à tout moment par elle.

C'est la condition pour qu'aujourd'hui la grève, demain la gestion des entreprises, ne soit pas la « chose » de quelques spécialistes inamovibles mais l'affaire de tous.

Le fond de l'affaire : qui dirige ? qui nationalise ?

Finalement, tout peut se ramener à une question fondamentale : au profit de quelle classe sociale se font ces mesures ?

Quelle est la nature de classe de l'Etat qui les garantit ? Au lendemain de la guerre, c'est un gouvernement bourgeois qui fut mis en place, même si des ministres du PCF y participaient. De Gaulle en tête, il prit la décision de nationaliser certaines entreprises dans le but de remettre en selle une économie capitaliste endommagée par la guerre. Le PCF le disait d’ailleurs franchement :

« De telles nationalisations ne sont nullement du socialisme ou du communisme : ce sont des mesures de caractère démocratique figurant au programme du Parti Radical depuis plus d'un demi-siècle. Elles ne sont nullement une mesure d'expropriation ».

Au Chili aujourd'hui ce sont deux partis ouvriers réformistes qui sont au gouvernement. Mais, dans la ligne de leur politique légaliste, ils ont laissé quasiment intact l'Etat bourgeois et en particulier ses forces de répression. Ce qui laisse les mains libres à la bourgeoisie pour organiser un sabotage de grande envergure :

— en arrivant au pouvoir, le régime Allende avait à son programme 253 nationalisations. La droite, majoritaire au Parlement, s'est permise de limiter légalement (!) les actions du gouvernement en la matière. Résultat : 55 nationalisations seulement ont été réalisées jusqu'ici ;

— les mines de cuivre de Chiquamata ont été nationalisées. Mais la production a été jugée faiblissante, et le gouvernement a envoyé un militaire, un homme à poigne, pour « redresser la situation ».…

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La nationalisation des secteurs-clés de l'industrie est donc une condition nécessaire pour qui se donne pour but la construction du socialisme, mais ce n’est ni une condition suffisante, ni même la condition première qui est l'existence d'un Etat ouvrier ayant réalisé l'expropriation politique de la bourgeoisie et cassé l'instrument de sa domination de classe : son Etat, c'est-à-dire son armée, sa police, ses institutions.

Deux conceptions des nationalisations, deux façons de lutter, deux conceptions du socialisme.

En fait parmi ceux qui avancent aujourd'hui le mot d'ordre de nationalisation, il y a deux lignes clairement divergentes :

* pour les partisans du programme commun, et en premier lieu les militants du PCF, les actuelles entreprises nationalisées sont des conquêtes de la classe ouvrière, presque des îlots de démocratie avancée (elles doivent être célébrées et défendues en tant que telles). Pour eux, les nationalisations prévues dans le programme commun en sont « la clé de voûte », elles sont le moyen de « libérer le pays de l'emprise du capital monopoliste ». Leur «gestion démocratique » sera en partie l'affaire des responsables syndicaux, les travailleurs étant simplement « informés » une heure par mois.

Une telle conception a de graves conséquences sur la façon de concevoir dès à présent les luttes des travailleurs dans le secteur public et nationalisé : ainsi, il n'y a pas si longtemps, en mai71, il y eut une grève à Renault. La fraction PCF dirigeant la CGT, hostile à l'occupation dés le départ, expliqua inlassablement que cette grève était un « complot », une « vaste provocation gouvernementale », visant à « nuire à la nationalisation au profit de Fiat, Simca, Peugeot et Citroën ». Et l'Humanité titra péremptoirement, en pleine grève : « La régie doit tourner ».Comprenez : que les revendications des grévistes soient satisfaites ou pas !

Le fin mot de l'affaire, on le comprend en lisant dans la

VIENT #ationalisations

PARAITRE : ou

« pe cd expropriations

expropriations »

.. Brochure Ligue Communiste

Série « Taupe Rouge » N012 24 pages

2 francs

Vie Ouvrière (hebdomadaire de la CGT), les « compétitivité » de Renault notamment. « jambe elles battent les autres à la course », VO spéciale programme commun, à propos € nationalisées.

De quelle course s'agit-il ? De la course toutes les entreprises sur le marché capitalist une course à la rentabilité, à l'exploitation di course aux profits !

Qu'importent alors les revendications de: ceux qui se voient demain les gestionnaires du nalisé : ils raisonnent déjà comme des patrons

De là découle l'exaltation parfaitemen: « notre » industrie nationale. Par exemple, tricolore sur « notre » Concorde, avion de réservé aux milliardaires pressés, articles qui sur les conditions de travail des salariés de 1

Cette conception des nationalisations tout — et c'est bien là le plus grave — à fe travailleurs qu'une victoire électorale et 13 n étalées dans le temps suffiront à briser la capitalistes et à marquer un « point de non r chemin pavé de roses qui doit mener au social

* Pour les militants révolutionnaires, ] des entreprises nationalisées sont des exploi autres : ils doivent lutter sans hésitation pour de leur situation.

La lutte contre les manœuvres gouvernen à dénationaliser tel secteur, ou à céder au p de chemin de fer doit également être menée mystique de la défensé’de l'« industrie nation le patron est l'Etat bourgeois) mais parce qui un moyen pour le gouvernement de remettri avantages acquis dans les luttes antérieures.

Quant à la façon de mâter la résistance c sie, nous ne sommes pas de rêveurs ; nous n que 13 nationalisations puissent faire courbe capitalistes, et les faire reconnaître avec fair volonté qu'ils doivent quitter la place.

Rappelons-nous comment en 69 à l'EGF brisé les portes des centres occupés par les gré half-tracks; rappelons-nous comment en l'armée a été utilisée pour essayer de brise éboueurs parisiens.

Non, ceux qui racontent aux travaille marchera comme sur des roulettes et que — Krasucki — les exploiteurs « respecteront la r tique », ceux-là sont de dangereux naïfs dc désarment les travailleurs.

Les militants révolutionnaires tiennent langage : il est impossible de parvenir à cons ouvrier les mains vides. La bourgeoisie ne re besoin, devant des coups d'Etat, avec l'aide de l’armée, pour empêcher le prolétariat de pren:

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« Il est dangereux de charger son fusil dit le chasseur trop prudent tant que le gibier ne s'est pas montré ; mais quand le gibier se montre, il est un peu tard pour charger le fusil ». Trotsky

Nous disons

Oui il faut mettre fin à la gabegie capitaliste, à l'appropriation par les capitalistes des énormes profits réalisés sur le dos des travailleurs.

Pour cela, il faudra arracher aux patrons les entreprises : non telle ou telle entreprise mais l'ensemble des trusts et des banques. Cela s’appelle expropriation.

Qu'est ce que l’expropriation ?

C'est une nationalisation sans indemnité, ni rachat. Les patrons ont volé les travailleurs depuis des siècles : nous n'avons pas à leur racheter leurs usines.

C’est une nationalisation sous contrôle ouvrier.

Il faut que par leur comité d'usine, composé de délégués élus et révocables, les travailleurs imposent un contrôle effectif.

Enfin, le contrôle ouvrier sur les trusts et les banques expropriés n'assure cependant rien encore, de façon définitive aux travailleurs.

Seule l'expropriation politique de la bourgeoisie, la constitution d'un gouvernement des travailleurs appuyé sur les conseils ouvriers, la prise du pouvoir d'Etat per la classe ouvrière stabilisera les conquêtes et les garantira.

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