La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Collection « Qu’est-ce que ? »

L’école

Collection « Qu’est-ce que ? », n° D, janvier 1973 · 2 916 mots

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qu'est ce que...

l'école

document ligue communiste supplèment à rouge n°188 - Of50

Une école qui filtre les élèves d'après leur origine sociale

Officièllement l'école est « obligatoire », « laïque » et « gratuite ». On fait comme si les chances étaient égales, comme si la réussite etait une affaire de « dons » et de travail.

Mais les chiffres sont là :

* dans le primaire 76 % des fils de cadres supérieurs sont en avance ou à temps. 74,3 % de fils d'ouvriers sont en retard dans leurs etudes. Egalité des chances ? Allons donc ! Qui redouble ? Les enfants d'ouvriers. Dès le primaire le système commence à les éliminer.

* dans le premier cycle On commence à « orienter » les enfants, à les « spécialiser » :

fils de paysans, d'ouvriers fils de cadres, de professions libérales, fils d'industriels Mais ces 3 voies là ne conduisent pas au même but : — les classes pratiques sont des impasses qui ne conduisent qu'au chômage ou à un travail sans qualification. — le CET, c'est la voie vers ce qu’on appelle pudiquement « la vie active », avec aucune garantie de trouver à la sortie un métier correspondant à celui qu'on a appris ou même un métier tout court. — le « classique » c’est la voie royale pour le bac, et plus tard la faculté.

Ainsi pas besoin de règlement autoritaire interdisant aux fils d'ouvriets de continuer des études: le système « démocratique » est là, bien huilé, bien propre, fait sur

L

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mesure pour favoriser les enfants des classes privilégiées. Le résultat est proprement monstrueux : Des sa naissance : un fils de salarié agricole a 0,7 chances sur 100 ‘aller en faculte

un fils d’ouvrier à 1,4 chances sur 100 d'aller en aculte un fils de profession libérale ou de cadre supérieur 8 58,5 chances sur 100 d'aller en faculte.

Dans les faits c'est donc bien un filtre dont l'effet est d'eliminer massivement les enfants des milieu:: populaires.

L'école que veut

le gouvernement bourgeois : « apprendre à obéir sans comprendre »

On nous parle beaucoup de « laïcité » de « neutralite » de l'Ecole. Mais l'Ecole n'a jamais été neutre ; elle n'a jamais été un petit ilôt isolé de la société et de ses grandes luttes. Dans l'histoire, les premières batailles qu'ont menées les instituteurs pour la laïcité, entraient dans un cadre politique precis : celui de la lutte de la bourgeoisie républicaine représentée par Jules Ferry contre l'Eglise alors monarchique.

Aujourd'hui les temps ont changé ; mais la « neutralité » et la «laïcité» continuent à servir de paravent à la politique de la bourgeoisie. C'est en leur nom :

— qu'on interdit la politique à l'Ecole (mais qu'on oblige les professeurs à lire en classe une page de de Gaulle après sa mort)

— qu'on interdit aux jeunes de parler à fond des problèmes qui les touchent (sexualité, avenir professionnel, etc...)

— qu'on apprend en instruction civique qu'il n'y a plus de classes sociales, que l'Etat représente le peuple et que les conflits peuvent etre règlés par le dialogue et la concertation. Ce même dialogue et cette « participadon » qu'on impose dans les conseils d'administration, présentés comme l'apprentissage de la Démocratie (comme au Parlement : on cause, on cause ; et les vraies décisions se prennent ailleurs)

— qu'on apprend encore dans les manuels d'Histoire pour les petites classes que c'était Napoléon en personne qui gagnait ses batailles, que Jeanne d'Arc était sans conteste un instrument de Dieu ; et que la Commune de Paris de 1871 est « oubliee » au programme

MAIS L'HISTOIRE RICHE, FERTIEI M/CA COMMUNE WE DE

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&-1$ ET L'ELAN C FAT Savoir _PEFENDRE LE PATRIMOINE NATIONAL

NATIONAL BATTANT DE MILLE TAMBOVRS)

— qu'on apprend par exemple aux elèves de 3ème année des Arts et Manufactures à traiter des problèmes « neutres » dans le genre de ceux-ci : faut-il cèder aux revendications de grevistes ou « tenir bon et s'en tirer avec 1000000 F par an»? Faut:l laisser une usine polluer l'entourage, compte tenu des bénéfices en comparant avec ce que coûterait un procès éventuel ?. Jusqu'à quel seuil peut-on rogner sur la sécurité des ouvriers pour augmenter les bénéfices ? etc.

C'est Edgard Faure qui résume avec la plus belle franchise le but que fixe la bourgeoisie à l'éducation dans son livre « Apprendre à être » : « Former des individus aptes à vivre dans la société telle qu'elle est » : en un mot des capitalistes efficaces, et des ouvriers dociles.

Un système qui étouffe, un système qui craque de partout

Mais tout ne va pas pour le mieux dans l’école d'aujourd'hui : mai 68 a révélé comme un coup de tonnerre la profondeur de la crise du régime gaulliste, mais il a aussi révélé le malaise, les difficultés, toute cette colère qui s’accumulait dans l'Education Nationale :

colère des lycéens et des étudiants descendus par dizaines de milliers dans la rue, pour affirmer leur droit à l'engagement politique, et pour montrer qu'ils n'acceptent plus de vivre dans une Université sclérosée, à l'image poussiéreuse de la bourgeoisie qui l'a conçue, qu'ils n'acceptent plus les lycées-casernes, ni les CET-garderies patronales.

— colère des 800 000 enseignants contraints d'enseigner dans des conditions lamentables, sous l'inquisition d'une administration tatillonne, avec des réglements ineptes. Malaise des profs coincés entre des programmes inutiles et mal foutus, des examens couperets et des élèves qui se posent des questions.

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Les récents suicides d'enseignants, dont la presse s'est fait l'écho, ne sont qu'un des reflets d’une situation de crise de l'Education Nationale, qui a pris des proportions rarement atteintes jusqu'ici.

Les “solutions” bourgeoises

Face à un enseignement désuet, et inadapté aux propres exigences de son industrie capitaliste, devant la montée des luttes lycéennes, étudiantes, et enseignantes, la bourgeoisie cherche des solutions.

Après quelques timides réformettes inefficaces et quelques brassées de promesses sans lendemain, elle veut maintenant construire une politique reposant sur deux piliers : démantèlement de l'Education Nationale, et accentuation de la répression

* le démantèlement de l'Education Nationale — c'est d'abord la privatisation

- on remet la formation professionnelle au patronat (lois de juillet 71)

- on construit l'Université modele de Compiègne (tous les enseignants sont contractuels, elle est gerée par le patronat). — c'est aussi la « rentabilisation » F

Comme dans l'industrie, à l’école il faut produire plus et moins cher

.cela donne des locaux 'surpeuplés (un travail parfois dans des conditions voisines de celles du métro à 6 heures du soir)

. cela donne surtout une masse de personnel contractuel (comme dans le reste de la fonction publique) : personnel sous-payé et sans aucune garantie de l'emploi (comme l’a montré le scandale des maitres auxiliaires à la rentrée 72)

* Et pour faire passer tout ça, l'accentuation de la répression — les lycéens sont visés

On tente de remettre en cause le droit à l'expression qu'ils avaient arraché en 68 (comme l’a montré la circulaire Guichard) chaque fin d'année, par dizaines, on exclut ceux qu'on appelle les « meneurs » ou les « agitateurs » pour délit d'opinion politique.

L'affaire Wander vient de donner la mesure de cette politique : ce lycéen est blâmé par le conseil de discipline du lycée Decour, simplement pour avoir collé une affiche

dénonçant une agression commise contre un militant ouvrier en 69.

Et bien voilà que ce n’est pas assez : le recteur fait appel à minima : il réclame une peine plus lourde. — les profs se font saquer par dizaines :

Bertin, radié de l’enseignement pour s'être interposé

À

entre la police et les élèves au lycée Mallarmé. Hurst, vidé parce que ses méthodes pédagogiques déplaisaient

Ce ne sont pas là des cas isolés, mais des exemples parmi les plus connus d'une politique délibérée :

Pompidou, le même qui faisait lire une page de de Gaulle à tous les profs, déclarait le 24 juin 71 :

« L'Etat doit savoir mettre au pas et s'il le faut à la porte, ces quelques enseignants qui prennent leur chaire pour une tribune politique »

A quand le bruit des bottes et des chaussures à clous dans les couloirs et les salles de classe ?

712 1 ARENTS 4, ENS déle

| daurou de AÿoS

M Ds Le FeRRAgA Louis

Le programme commun et l’enseignement : « démocratiser » l'école telle qu’elle est ?

Les partisans du passage électoral à la Démocratie avancée ont des idées sur l'Ecole. Dans le programme commun un mot résume toutes les mesures prévues :

démocratiser.

Ce qui signifie pour l'essentiel :

— aide aux enfants des familles défavorisées, bourses, prêts...

— amélioration des conditions de travail: locaux, effectifs réduits

— amélioration de la qualité de l'enseignement : programmes rénovés, professeurs mieux formés, etc...

Ces mesures sont effectivement importantes : elles peuvent améliorer sensiblement l'Ecole existante. Mais elles ne changent pas radicalement ni sa fonction, ni sa place dans la société : l'Ecole reste une institution qui échappe au contrôle des travailleurs ; les enseignants continuent à former un petit monde à part, coupé de la vie sociale, dont on veut seulement « revaloriser la fonction » ; les élèves continuent à être des petits gamins mis en tutelle, à qui on demande d'ingurgiter un « Savoir » baptisé « scientifique » et « démocratique » qu'ils ne pourront pas plus remettre en question que par le passé.

Quant à la gestion des établissements scolaires, elle n’a rien à envier à la « participation » aujourd'hui pratiquée. Gestion tripartite (pouvoirs publics, personnel, usagers) tout ce qu'on nous en dit c'est « qu’elle ne portera pas

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atteinte aux responsabilités et prérogatives essentielles qui incombent en dernier ressort au pouvoir politique » (E.S., p- 78). Liberté surveillée, en quelque sorte.

Une stratégie réformiste et la tactique de lutte qui en découle

Ceux qui proposent de modifier de cette façon et dans ces limites l'Ecole existante sans la remettre en cause ; ceux qui comptent pour y arriver sur un changement électoral, pacifique, parlementaire, où la bourgeoisie , mise en minorité s'en irait, sans apporter de résistance ; ceux-là ont une conception cohérente qui se répercute directement sur la façon dont ils conçoivent l'action syndicale dès aujourd'hui :

. — c’est qu'ils accordent tant d'importance au Parlement, (ils veulent lui aussi le «démocratiser»), qu'ils « programment » les initiatives syndicales non d'après le degré de mobilisation des enseignants, mais d'après le calendrier des sessions parlementaires. pour faire pression !

— c'est parce que l'Ecole dont ils rêvent reposera sur la gestion « tri-partite » de bureaucrates aussi incontrôlés qu'impuissants, qu'ils sont tombés si facilement dans le piège de la « participation » du gaulliste Edgard Faure.

— c'est parce que la jeunesse dont ils rêvent doit rester bien sage et n'ouvrir le bec que pour recevoir la formation et « l'information », qu'ils ont manifesté tit de méfiance, voire d'hostilité à toutes les mobilisations lycéennes et en particulier lors de l'affaire Guiot.

— c'est parce qu'ils rêvent d'un monde où chacun reste à sa place et où seuls les bureaucrates se coordonnent qu'ils proposent des intersyndicales moribondes comme seules formes de liaison entre le syndicalisme enseignant et le syndicalisme ouvrier.

Une école au service des travailleurs et contrôlée par les travailleurs

Les militants révolutionnaires ne sont pas des utopistes, ils savent la nécessité d’un puissant effort matériel et financier pour mettre sur pied un système de formation qui touche la masse des travailleurs et de leurs enfants.

Mais ce ne sont là que les bases naturelles d'un changement d'une toute autre envergure.

Car l'Ecole aujourd'hui, ce n'est pas seulement un « savoir », une « culture » dont on barre l'accès aux fils de travailleurs

— c'est le mur étanche entre celui qui étudie et celui qui

travaille

— c'est l'opposition entretenue entre le l'intellectuel

— c'est la division entre le jeu (inutile) (nécessairement rébarbative)

— c'est l'Ecole-sanctuaire, chasse ga « spécialistes »

— c'est l'Ecole ouverte aux enfants et pr fermée aux adultes

— c'est enfin l'élève dont la mise en tutell artificiellement l'enfance, et qui de fait n'a pas de s'organiser avec ceux de son âge.

Changer profondément tout le système d'édu pour qu'il n'y ait non pas d’un côté une Ecole: et de l’autre la société, mais une sociét directement gérée par les travailleurs qui prenner collectivement les tâches de formation dans l’e pays.

Voilà un but certes exaltant ; et il est | condition de s’en donner les moyens :

* nous pensons qu'il est vain de compt « développement », un «replâtrage démocra l'Ecole bourgeoise réalisé par un « gouven: gauche » dans le cadre d'un système toujours Seul un naïf peut penser rompre avec les fonde mécanismes de l'éducation bourgeoise, tant q majorité des entreprises, les patrons resteront en que continuera à jouer la loi du profit

*les militants révolutionnaires ont sur l' position claire qui repose sur deux évidences :

— l'Ecole, l’Université, quels que soient leurs actuels, restent un des piliers de la domination i de la bourgeoisie. Nous pensons qu'il est im] changer en profondeur le système de formation l'Etat bourgeois, sans détruire les bases politiqu

Parce que nous ne sommes pas des naïfs, nous pas que la bourgeoisie « n'osera pas » se défen Pompidou quitterait la place en bon joueur, simple bataille électorale. Il n’est pas besoin d'êt: pour prévoir qu'il y aura une lutte à mener résistance acharnée de la bourgeoisie, et que dans les enseignants révolutionnaires aux côtés des auront leur rôle à jouer.

— Pour les mêmes raisons, nous ne croyons évolution progressive et graduelle de l’école telle Nous ne pensons pas que de réforme en réfo rapprochera à petits pas de l'horizon lointain du

Il faut changer de fond en comble le systèm formation, et cela n'est pas possible sans u: brutale avec l'ordre ancien, une rupture remuan jusque dans ses tréfonds.

Pour changer l'éducation la solution ne vien l'intérieur de l'Ecole, mais de la prise du pous travailleurs. Seule une organisation démo conseils dans les usines et de comités dans les qu: jeter les bases d’une éducation conçue par les tra pour les travailleurs, provoquant le dépérissement d'aujourd'hui.

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Une stratégie révolutionnaire

manuel et Une façon de se battre conséquente. et l'étude — Parce que nous connaissons les projets de la bourgeoisie, nous luttons contre le démantélement de rdée des l'Education Nationale, sa « rentabilisation » sur le dos du personnel et des élèves, la=main-mise du patronat sur atiquement l'enseignement. — parce que nous savons que la répression frappe ceux e prolonge qui font des recherches pédagogiques, comme Hurst ou qui le pouvoir innovent en matière de discussion et d'éducation sexuelle, x : comme Mercier, nous pensons qu'il faut prendre leur ation. Agir défense avec énergie, contre l'apathie scandaleuse des -n vase clos bureaucrates syndicaux qui y voient des « bavures » et des é nouvelle « cas peu défendables ».… t en charge

semble du — parce que nous ne croyons pas à un mur séparant élèves et profs en deux camps opposés, nous avons toujours agi pour unir luttes enseignantes et luttes lycéennes : que ce Dossible, à soit pendant l'affaire Guiot ou par la transformation en grève active avec discussions profs-élèves dans les établissements pendant les traditionnelles débrayages

ES AE nn de 24 heures. tique» de EN ïement de — parce que nous pensons que l'émancipation des capitaliste. enseignants sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, nous nents et les avons toujours défendu non seulement l'intersyndicalisme, ue dans la mais aussi la présence active de militants enseignants des place, tant comités de soutien à des grèves ouvrières, comme au Joint Français de St Brieuc, à la Sovirel de Bagneaux, ou à Neyrpic de Grenoble... Ecole une : C'est dans cette voie qu'il faut lutter. L'ampleur de problèmes notre enthousiasme doit être à la mesure du but. déologique ossible de sans brisér La es de cette LE Série « Qu'est-ce VOTE . que. — Documents Ligue ELECTRONIQUE, Communiste » | _Un coyp Pour L'UDR. a - La violence, = DEUX Coups Pour b-Les augmen- | MON DELA GAUCHE. tations unifor- | -PD0R LA Liaue mes. LAISSEZ NOTRE c - La santé. NOM ,0N Vous d - L'école. ÉCRIRA- APPUYEZ SUR ne pensons à paraître : LE gourou & dre, qu'un rene L'Europe rouge. e | apres es L Les transports. PRFORAEE l Le logement. contre la L'oppression des | { SOUTENEZ ROUGE cette lutte femmes. ABONNEZ-VOUS ! vailleurs Les paysans. Es | La pollution. Je désire m'abonner à Rouge. “: La police. Nom : pas à une L'armée. Adresse : qu'elle est. La justice. 2 rme on se | Les TOM-DOM Abonnement choisi : «+ et les colonies. : socialisme. Tarif des abonnements : e actuel de Pour x - D : eue : 1e rupture sous pli ouvert ferme ouvert fermé : la société | un an 90 150 110 180 : re six mois 45 75. 55 90 Les immigres. Par avion, écrire à Rouge. dra pas de Here Seules les demandes accompagnées de leur oir par les L'impérialisme! | règlement immédiat sont prises en considéatique de ration. < irtiers peut | Les nationalisa- Pour tout changement d'adresse, joindre vailleurs et tions. 1 f 50 et la dernière bande. , . L'autodéfense Rouge — 10 impasse Guéménée . de l’Ecole me 75004 — Paris (4ème)

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