Nous avons reçu cette lettre de madame Guerrieri, bureau syndical CGT CHU-Pitié et membre du PCF. Nous la publions bien volontiers en raison de son actualité brûlante.
Lettre ouverte aux militantes et militants du PCF, adressée au journal « l’Humanité », le 26 septembre 1979
La décision d'une lutte à la base plus concrète et plus quotidienne, l'analyse nouvelle de ce phénomène par notre parti est un des éléments les plus positifs de notre XXIIIe Congrès. Toute fois, pour être vraiment réelle, l'ouverture du XXIIIe Congrès serait aussi d’être partie prenante de la lutte des femmes à la base et de se prononcer clair et net contre la politique de rentabilité de la famille de ce gouvernement capitaliste. A cet effet, et dépassant amplement le cadre des « groupes femmes », une grande mobilisation populaire se prépare pour la journée du 6 octobre. Cette lutte à la base pour le droit à l’information sur la contraception, pour le droit à l’avortement libre et gratuit sans restriction d'aucune sorte, est la pression exercée par la grande masse des femmes pour exiger de ce gouvernement la suppression de la loi répressive contre l’avortement alors qu'il se prépare à la renforcer. Dans cette lutte à la base, le Parti communiste, mon parti, ne devrait-il pas également y être ?
En réalité, si mon parti, ainsi que toutes les grandes centrales ouvrières, ne se sont pas encore prononcés sur la question, c’est que, non seulement chacune veut garder l’initiative des luttes mais que, surtout, en ce qui concerne la politique de la rentabilité de la famille, elles ne diffèrent pas beaucoup de la politique réactionnaire et capitaliste. Et ce pour des objectifs de tactique électorale et de pouvoir bureaucratique.
Nous savons d’ores et déjà les positions qui seront prises par le Parlement, se cantonner sur le terrain réactionnaire de ce Parlement alors que nos forces n’y sont pas représentatives, n ’est-ce pas en quelque sorte en cautionner la politique ? Nous devons certes y garder une certaine représentativité, mais pour nous, femmes à la base, notre terrain de lutte se situe ailleurs. Nous refusons à cette Assemblée réactionnaire de trancher en notre nom. C’est pourquoi ce jour, moi, ouvrière communiste, j’appelle à la création sur les lieux d’entreprises et dans les quartiers, à la mise en place de nombreux collectifs unitaires. C’est à nous, toutes les concernées et tous les concernés, de prendre cette lutte en charge.
Par ailleurs, dénoncer cette politique de rentabilité de la famille, et dénoncer en quoi ne pas le faire, c’est maintenir un certain pouvoir bureaucratique, peut-être démontré par l’analyse suivante : par ses schémas de virilité et de féminité ; par l’utilisation du chantage affectif qu’elle fait découler de ces rapports ; par le tout lié au crédit et à la consommation, non seulement la société capitaliste détourne la famille de sa signification affective, mais elle la rentabilise. Certes, un plus grand pouvoir d’achat et l’accès à une plus grande disposition des biens sont indispensables, mais l’orientation de cette politique de rentabilité et de consommation pour la famille permet ainsi à l’idéologie dominante de nous mettre en perpétuel porte à faux. Elle nous uniformise, fait passer son propre moule idéologique et, par là même, nous décale de notre véritable héritage de travailleur. Mieux, elle nous empêche de nous prendre pleinement en charge.
Ce travail de dénonciation de l’idéologie bourgeoise dans sa politique de rentabilité de la famille n 'aurait -il pas du être depuis longtemps, pour rendre aux travailleurs tout leur potentiel révolutionnaire, le travail idéologique de nos partis et syndicats ouvriers ?
A tous les collectifs de quartiers ou d’entreprises
Une cinquantaine de publicités, plus toutes ces expressions si bien enregistrées par notre subconscient, comment passe « notre honte de parler en tant que travailleuse -travailleur », comment passe la normalité où « cœur et crédit sont alliés du patron », telle est, à travers un guignol improvisé et gratuit, l'instrument de lutte que je mets à la disposition de tous les collectifs de quartiers ou d'entreprises. Est<e dans le seul but de dénoncer l’idéologie bourgeoise dans sa politique de rentabilité de la famille ? Si je possède actuellement tous ces éléments d’analyse, c’est après vingt ans de Lutte. Après avoir payé pour. Parce que j'étais dans des conditions de survie telles que, dans cette société, je n ’ai jamais eu réellement droit à leur appellation de « femme » ; parce que, au chômage, j’ai dû faire le nettoyage de la société dans tous les sens du terme, j'ai pu voir ainsi comment cette idéologie encrasse la tète de nos hommes en ce qui concerne l’image de la femme. Peut-être est-ce aussi cette malchance apparente de ne pas avoir eu de famille... après avoir souffert de ne pas avoir eu accès à ce moule et bien que désirant très fort à cette époque avoir un foyer... après avoir enduré très longtemps de n’ètre pour les collègues de travail ainsi que pour nos militants qu'une bonne combattante et une bonne copine...
Bref, j’ai assez trinqué, assez été mutilée dans ma dimension de femme travailleuse pour que, forte de cette analyse, je puisse tirer à présent, à mon propre niveau et pris dans un contexte général, les perspectives de lutte qui s'imposent. Fasse la solidarité de tous mes autres camarades que ce témoignage de vie et la conscience politique qui en découle puissent en éveiller beaucoup d’autres.
Guerrieri