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Préparons dans l'unité, la manifestation au Parlement de novembre

Cahiers du féminisme, n° 11, octobre - novembre 1979 · p. 1-2 · 1 868 mots

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AVORTEMENT-CONTRACEPTION

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Préparons dans Vunité , la manifestation au Parlement de novembre

LA manifestation nationale du 6 octobre dernier fut sans aucun doute « le plus grand rassemblement féministe jamais organisé en France » comme le déclara une des organisatrices. Plusieurs dizaines milliers de femmes, plusieurs milliers d’hommes (malgré les interdictions ! ) sont descendus dans la rue pour exiger le droit à l’avortement sans restriction, libre, gratuit ou remboursé par la Sécurité sociale, y compris pour les mineures et les immigrées.

Défi au pape (et à toutes les églises) qui, en Irlande et aux USA, a dénoncé l’avortement comme « un crime abominable (...) » qui « sape l’ensemble de l’ordre moral (...) ».

Cinglant démenti aux propos de Monique Pelletier qui prétend vouloir, avec l’ensemble du gouvernement, « reconduire » la loi Veil pour exprimer et respecter le consensus social !

Mais aussi, sérieux avertissement au PC qui, depuis le début de la mobilisation sur la question de l’avortement, tourne délibérément le dos à toute mobilisation de masse unitaire pour préparer en solitaire une journée de mobilisation des femmes communistes avec « leurs députés », le 17 novembre prochain, pour « une amélioration conséquente de la loi et les moyens de sa pleine application »(!).

Avertissement enfin aux directions syndicales qui, pour l’instant, n’ont annoncé aucune initiative centrale de mobilisation sur la question de l’avortement et de la contraception.

Oui, la manifestation du 6 octobre est un formidable encouragement à la lutte. A partir de la force collective des femmes affirmée ce jour-là, il est possible d’aller plus loin et d’organiser la mobilisation partout où elle n’a pas démarré, de l’approfondir et de l’élargir là où elle a commencé, dans les syndicats notamment.

Cependant, l’euphorie, l’enthousiasme de la manifestation du 6 octobre ne doivent pas faire oublier les questions soulevées lors de sa préparation. Il ne s’agit nullement de ressasser les vieilles querelles. Mais nous avons le sentiment que le débat amorcé à l’occasion du 6 octobre aura des incidences sur l’avenir de la mobilisation sur l’avortement et plus largement sur la construction du mouvement des femmes en France.

Le jour même de la manifestation, des femmes du collectif du 6 octobre justifiaient ainsi dans Libération la non-mixité de la manifestation : « (...) L'idée d'un mouvement de femmes qui se manifeste au grand jour, qui décide et prend la parole, est -elle si insupportable aux militants politiques qu’ils veuillent à tout prix le chapeauter ? Pourtant, en cette période de renforcement de la famille, de retour de la femme au foyer, de recrudescence de viols, de menaces contre les femmes à tous les niveaux, il est de la plus urgente nécessité de reconnaître aux femmes le droit de lutter et de prendre la parole. Ni père, ni juge, ni médecin, ni militant ! Nul ne parlera pour nous. Nul ne décidera pour nous ! » S’agit-il d’un malentendu ou d’un amalgame ?

Les partisan(e)s d’une manifestation mixte dont les collectifs unitaires auraient été partie prenante n’ont pas contesté le droit des femmes à s’organiser, à construire leur propre mouvement, à être à l’initiative des mobilisations sur les revendications répondant aux besoins des femmes ! La LCR, partisane d’une manifestation mixte et unitaire, n’a jamais contesté la nécessité d’un cortège des organisations féministes en tête de la manifestation. Depuis plus d’un an, nous nous battons pour que les groupes femmes soient à l’initiative dans la campagne avortement-contraception ! Mais cela n’implique nullement que les manifestations pour le droit à l’avortement soient exclusivement féminines !

Au dire des organisatrices, le risque le plus grand serait donc que les hommes « chapeautent » la mobilisation, comme si la lutte pour l’avortement délimitait deux camps antagonistes, l’un, celui des femmes, uni par définition pour l’avortement sans restriction et à l’abri des manœuvres politiques et l’autre, celui des hommes et des organisations, animé par les mobiles les plus sombres et les plus sordides : empêcher le mouvement des femmes de se construire, « récupérer » les mobilisations des femmes...

Cette vision manichéenne de la réalité ne résiste pas à un bilan honnête du déroulement de la manifestation, ce qui suppose d’aller au-delà du bilan quantitatif aussi positif soit-il.

AVORTEMENT-CONTRACEPTION

En effet, nous avons vu les femmes du courant Psychanalyse et Politique se porter en tête de la manifestation avec leur banderole les proclamant MLF ! Serait-il indécent de les soupçonner d’avoir voulu « chapeauter » la manifestation ? Pourtant les organisatrices exhortèrent à juste titre les femmes à répliquer : « La lutte des femmes appartient à toutes les femmes » !

Slogan du courant Psychanalyse et Politique : « Les usines aux ouvriers, l’utérus aux femmes », slogan lapidaire qui résume assez bien la problématique de ce courant : comme si les femmes étaient étrangères à la classe ouvrière, comme si la lutte pour le renversement du pouvoir des patrons ne les concernait pas, comme si leur lutte de libération se développait en parallèle à la lutte de classes. Dans la pire tradition réactionnaire, elles en viennent à réduire les femmes à leur ventre et à laisser la politique aux mains des hommes !

Ensuite, nous avons remarqué, comme tout le monde, le cortège du PS. Nous ne pouvions être contre, ayant toujours défendu la possibilité pour les organisations politiques de s’exprimer en tant que telles dans les manifestations ; cependant si nos souvenirs sont bons, des femmes du PS ont signé l’appel à la manifestation non mixte. Qu’à cela ne tienne, le PS était là î II est vrai que l’ensemble du PS n’était pas d’accord avec la conception non mixte de la manifestation. C’est du moins ce que certaines militantes de cette organisation ont dit dans les réunions de collectifs car jamais le PS n’a pris en tant que tel position sur la manifestation du 6 octobre. Pourquoi ?

Mais l’important, ce fut la présence massive de plusieurs dizaines de milliers de femmes et de milliers d’hommes dans la rue ce jour-là, contre le projet du gouvernement de reconduire la loi Veil purement et simplement. Et, de ce point de vue, la présence massive des collectifs unitaires, la présence de sections syndicales d’ac-oord sur l’objectif de la manifestation, la présence d’autres d’organisations mixtes, la présence d’hommes d’accord pour se battre au côté des femmes, n’auraient pas affaibli la mobilisation. Si aucune exclusive n’avait été jetée, cela n'aurait pas empéché les dizaines de milliers de femmes présentes samedi 6 octobre de descendre dans la rue ! Bien au contraire ! Cela aurait permis de s’adresser par-delà les directions confédérales à la base des syndicats, aux hommes, mais surtout aux milliers de femmes syndiquées, à tous ceux, à toutes celles qui veulent se battre pour l’avortement mais qui, de fait, ont été exclu(e)s de cette manifestation. A noter dans la manifestation, la seule banderole de syndiquées CGT et CFDT des ministères de la Santé et du Travail !

C'est dommage pour une manifestation qui voulait s'adresser à toutes les femmes. D’autant que l’avortement concerne avant tout les femmes les plus démunies, les plus exploitées, celles qui accèdent le plus difficilement à la contraception, les femmes de la classe ouvrière...

C’est pourquoi il faut s’entendre sur les perspectives. Le gouvernement n’est pas prêt à reculer sur son projet de loi. Il considère en effet que c’est celui qui suscitera le moins de remous dans la majorité, cette majorité par ailleurs largement divisée. D'autre part, il compte diviser les partisans de la libéralisation de l'avortement. C'est avec les voix du PC et du PS que la loi Veil est passée en 1974... Aujourd’hui, le PC se bat pour « une amélioration consé- quente de la loi Veil et sa pleine application ». Ainsi, tout en proposant des amendements (remboursement par la Sécurité sociale, délai de douze semaines...), il la votera sûrement, même si ses amendements ne passent pas.

Le PS a une position plus ambiguë. Dans son bulletin Riposte, il a reconnu qu’il avait en 1974 accepté « un texte hypocrite et insuffisant », ajoutant, pour se justifier, que c’était « pour améliorer l’état de fait et de droit ». Dans le dépliant du PS distribué lors de la marche du 6 octobre, les formulations sont encore plus ambiguës. Tout en reconnaissant que « la loi de 1975, dite “ loi Veil” est un chef-d’œuvre de faux libéralisme, avec ses clauses restrictives, son caractère répressif (...) », on y rappelle que « la loi de 1975 (...) n 'a été votée que grâce aux élus de gauche », comme s’il s’agissait de défendre la loi Veil ! On dit même en introduction : « Depuis quelques années, grâce à la contraception et â l’interruption volontaire de grossesse, vous avez conquis de nouveaux droits .-droit de la femme à disposer librement de son corps (...). Ces droits sont aujourd'hui remis en cause »! Le PS n’a-t-il pas pourtant déclaré qu’il refuserait d’aller « au secours du pouvoir » et que ses députés voteront contre le projet de loi du gouvernement si sont maintenues les « inégalités, les injustices et l’arbitraire ». On est d’autant plus en droit de demander des éclaircissements que Mitterrand de son côté a déclaré, le 2 octobre, sur

FR 3, que le projet de loi serait voté par les députés socialistes « s'il est présenté dans le même esprit qu’en 1974 avec des dispositions améliorées ». Nous connaissons bien les « améliorations » proposées par le PS. Nous voudrions savoir ai revanche s’il les considère toutes indispensables pour rendre le projet gouvernemental « acceptable »

Car il est clair que le Parlement n’acceptera ni les amendements du PC ni ceux du PS/ aussi fougueux soient leurs députés dans le débat. Monique Pelletier vient d’ailleurs de réaffirmer qu’il n’était pas question d’accepter le remboursement de l’avortement par la Sécurité sociale.

On le voit, il n’y a pas d’autre issue que la mobilisation de masse pour ceux et celles qui se battent avec intransigeance pour :

— l’abrogation Üe la loi de 1920 et la dépénalisation totale de l’avortement ;

— le refus de toute loi restrictive et répressive ;

— l’avortement et la contraception libres et gratuits, y compris pour les mineures et les étrangères ;

— la suppression de la clause de conscience ;

— la création de centres avortement-contraception-sexualité, correspondant aux besoins, le droit de contrôle des femmes et des organisations luttant pour la contraception et l’avortement.

Après le succès du 6 octobre, il faut que les groupes femmes et les autres organisations féministes prennent l’initiative de créer d’autres collectifs unitaires, rejoignent les collectifs unitaires qui existent déjà et appellent l’ensemble des organisations et associations qui reconnaissent le droit à l’avortement et à la contraception libres et gratuits ou remboursés, en particulier les syndicats, à se mobiliser pour la manifestation de novembre prochain. C'est le seul moyen d’élargir la mobilisation, le seul moyen d’améliorer le rapport de forces vis-à-vis du gouvernement. Si cette prochaine mobilisation est aussi un succès, il sera d'autant plus facile d’appeler l’ensemble des femmes qui se seront mobilisées dans cette campagne à se regrouper de manière permanente et contribuer ainsi à la construction d’un mouvement de femmes largement implanté parmi les femmes travailleuses, qui lie lutte des femmes et lutte des classes.

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