Depuis longtemps, nous avions projeté de rendre compte de la réalité du mouvement des femmes aux USA.
En effet, bien qu'à l’origine du mouvement de radicalisation des femmes en Europe, il reste en -core mal connu en France. Nous avons saisi l'occasion de la tenue du dernier Congrès mondial de la IV* Internationale, pour interviewer une dirigeante du Socialist Workers Party (S WP), organisation trotskyste américaine, qui a toujours été partie prenante du mouvement des femmes aux USA.
interview d’une dirigeante du s.w.p
• Quels sont les axes de lutte principaux du Mouvement de libération des femmes aux USA ? Où en sont notamment les luttes pour la liberté de l’avortement et pour l’égalité des droits
— Depuis 1974-1975, année de récession aux USA, le gouvernement et le patronat ont engagé une offensive contre les droits et le niveau de vie des travailleurs. C’est dans ce contexte que la classe dirigeante a choisi comme cible, les droits obtenus par les femmes au cours de la deuxième vague du féminisme (1) (celle-ci a débuté à la fin des années soixante) et de même que les droits des nationalités opprimées. Cela s’est traduit par une attaque contre les mesures préférentielles (« affirmative Action Programms ») en faveur des femmes, dans l’éducation, l’embauche et la promotion professionnelle (2) , une attaque contre les maigres équipements de la petite enfance ; une tentative de remettre en cause la décision de la oour suprême, de 1973, de rendre l’avortement sans danger et légal, en supprimant le financement des avortements des travailleuses les plus pauvres par l’Etat fédéral et en introduisant d’autres restrictions à l’avortement ; cela s’est traduit aussi par la tentative de bloquer l’adoption de l’ERA dans chaque Etat.
L’ERA est une proposition d’amendement à la Constitution destiné à supprimer toutes les discriminations fondées sur le sexe : pour qu’il ait valeur de loi, il faut non seulement qu’il soit adopté par le congrès, ce qui est déjà fait, mais qu’il soit aussi ratifié par chacun des trente-huit Etats. Trente-cinq l’ont aujourd’hui ratifié. Trois doivent encore le faire d’ici le 30 juin 1982, dernier délai.
Pour l’égalité des droits
La bataille pour l’ERA est l’objectif de lutte qui a le plus mobilisé les femmes et les partisans de leurs droits, ces derniers temps. C’est sur ce thème que cent mille manifes-tant(e)s sont descendu(e)s dans les rues de Washington le 9 juillet 1978 ; ce fut la plus grande manifestation pour les droits des femmes dans l’histoire des Etats-Unis ! Fait remarquable : des cortèges syndicaux étaient présents dans la manifestation. (...)
L’ERA concentre, en effet, les aspiration des femmes à l’égalité.
Pour imposer la satisfaction de cette revendication, il faudra les efforts unis du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier. En Virginie, une conférence pour l’ERA a rassemblé six cents personnes à Richmond le 12 août dernier à l’initiative des syndicats. La conférence a lancé un appel, à l’unanimité, pour une campagne de mobilisation à l’automne qui doit culminer dans une grande manifestation à Richmond le 13 janvier, pour exiger la ratification.
Cet appel important de la conférence de Virginie a rencontré un large écho au sein du mouvement des femmes et du mouvement ouvrier à travers tous le pays. La campagne est soutenue par NOW, la plus importante organisation féministe aux USA, et par la Coalition of Labour Union Women (CLUW), qui est la seule organisation nationale de femmes syndiquées et qui est très respectée. En outre, Curtland, responsable de l’AFL-CIO (3) et qui doit remplacer Georges Meany dans ses fonctions de président de l’AFL-CIO ce mois-ci, a fait une déclaration engageant les fédérations syndicales à soutenir totalement cette campagne. Des sections importantes de syndicats et de la sidérurgie notamment, soutiennent la campagne ; pour la première fois, des sections des principaux syndicats des cheminots suivent le mouvement.
L’organisation de ces différentes forces dans une campagne politiquement indépendante par rapport aux deux partis bourgeois, les démocrates et les républicains, est le seul moyen de gagner sur la question de FERA.
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Le droit à l'avortement
il y a eu d’importantes actions dans tout le pays ces dernières années pour défendre le droit à l’avortement. Il y a même eu un début de présence des syndicats dans certaines de ces actions comme celle du Minnesota, le 31 mars 1979, en réponse à l’appel international à manifester ce jour-là pour le droit à l’avortement (4) ; là, la section locale du syndicat de la sidérurgie a participé au rassemblement. Cependant, jusqu’ici, il n’y a pas eu la riposte massive qui s’impose face aux attaques contre le droit à l’avortement. Une des principales raisons à cela en est que NOW, la plus nombreuse et la plus importante organisation de femmes, a eu tendance, à tort, à opposer la lutte pour l’ERA et la lutte pour le droit à l’avortement. Un signe de changement possible néanmois : lors de sa récente convention nationale à Los Angeles, en octobre, NOW a voté une résolution qui engage l’organisation dans une campagne nationale pour le droit à l’avortement.
• Comment est organisé le mouvement des femmes aux USA, existe-t-il des centres de femmes ?
— Avec une structure nationale. un journal, des permanent(e)s politiques et techniques. NOW est l’organisation la plus importante. Ses membres sont organisés en groupes locaux, au niveau régional et des Etats ; une convention annuelle définit l’orientation et élit la direction : en 1979, il y avait 3000 délégué(e)s. NOW a été créé en 1966. Les fondatrices se sont inspirées, partiellement. du mouvement pour les droits civiques. Cette organisation a grossi rapidement et a été la principale force à l’initiative de la manifestation pour les droits des femmes du 26 août 1970 qui a rassemblé quarante mille personnes à New York et dix mille personnes dans d’autres villes
Le mouvement des femmes
Ces actions ont fait du mouvement des femmes une composante importante de la vie politique aux USA ; le 26 août est devenu le jour de l'égalité des femmes et on le célèbre régulièrement tous les ans.
Mais NOW est restee en marge de ta lutte pour la légalisation de l’avor-
Manifestation en défense du droit à l’avortement tement ; elle a donc été débordée par des militantes impliquées dans cette lutte. Son inaction a malheureusement porté préjudice à l’élargissement de la lutte pour le droit à l’avortement. Cependant, le droit à l’avortement fut reconnu en 1973 quand la bourgeoisie décida de légaliser l’avortement pour désamorcer le mouvement de libération des femmes. NOW s’est développée au moment des premières attaques contre les droits des femmes. Des femmes de plus en plus nombreuses adhérèrent pour lutter contre ces attaques. NOW prit la tète de la lutte pour l’ERA : NOW tira un grand prestige de la manifestation des cent mille personnes en k978. dont l’objectif était de faire reculer l’échéance de la ratification prévue originellement en mars 1 979 : NOW gagna ce sursis, et cette victoire encouragea des milliers de femmes à adhérer
Manifestation en défense du droit à l'avortement
Les femmes dans les syndicats
La radicalisation des femmes des syndicats et le regroupement des femmes au sein des syndicats, surtout l’année passée, constituent une nouvelle manifestation du mouvement des femmes. Des commissions femmes ont proliféré dans le syndicat de la sidérurgie par exemple et la commission femmes de l’UAW. qui fait partie du syndicat depuis 1962, est devenue plus active ; toute une série de conférences nationales femmes de différents syndicats se sont tenues, notamment celle des femmes mineurs, celle des femmes de l’acier. des communications, des postes.
Toutes ces conférences ont été l’occasion de discussions animées sur différents sujets avec pour objectif d’obliger les syndicats à mettre leur prestige et leur pouvoir au service de la cause des femmes, sur les lieux de travail et à l'extérieur.
Ce ferment féministe et cette politisation générale des femmes syndiquées s’est reflétée à la convention nationale de septembre 1979 de la coalition des femmes des syndicats (CLUW).
Cette organisation a ete fondée en 1974 et reflétait au sein du mouvement ouvrier, dans les rangs des travailleuses, la diffusion des idées du mouvement de liberation des femmes II y avait onze cents dele-gué(e)s des syndicats avec un large pourcentage de femmes noires Cette fois-ci. le nombre de déleguetels était deux fois plus eleve qu’il y a deux ans ; la moitié des deleguétels étaient des femmes.
Les membres de la Coalition (CLUW) appartiennent à tout le mouvement syndical (AFL-CIO, Teamster’s Union, UAW. l’Association nationale de l’éducation) et la CLUW est reconnue par tout le mouvement ouvrier. C’est une organisation potentiellement très puissante dans la défense des droits des femmes. Elle peut créer un lien très important entre le mouvement des femmes et le mouvement syndical.
Telles sont les formations principales du mouvement des femmes
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE aujourd’hui dans ce pays. Il existe, par ailleurs, des centres de femmes éparpillés un peu partout. Il y a des groupes de féministes radicales. Il existe des communautés, des collectifs féministes qui sont actifs à l’occasion d’actions particulières. Mais
• Comment les femmes américaines sont-elles affectées par le chômage ? Y a-t-il tentative de les renvoyer au foyer ? Quels secteurs subissent les attaques les plus sérieuses et quelles luttes se développent sw cette question ?
— Les femmes représentent approximativement 42 % de la population active aujourd’hui. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il y a eu une formidable croissance du nombre des femmes au travail. En 1950. il y a avait dix-huit millions de travailleuses ; en 1978. il y en avait environ 41.1 millions. La fin du boom prolongé de l’après-guerre n’a pas stoppé ce mouvement. Ce serait plutôt le contraire. Depuis la récession de 1974-1975, les femmes sont arrivées en masse sur le marché du travail pour contrecarrer les effets de l’inflation et de l’austérité sur leur niveau de vie ainsi que sur celui de leurs familles.
On compte 8,2 millions de femmes travailleuses célibataires ayant une famille à charge. La majorité des femmes qui ont un emploi sont mariées et travaillent en même temps que leur mari. Elles représentent 56 96 des femmes au travail. Elles sont, et de loin, la catégorie la plus importante.
ceux-ci jouent un rôle bien moindre dans la progression de la cause des femmes, comparé à celui que jouent NOW ou la CLUW ou des structures qui se développent dans les syndicats. En fait, ils sont politiquement marginaux (...)
Nous savons que le nomore de femmes travaillant dans l’industrie a augmenté de manière significative depuis la récession de 1974-1975 : de 10 à 15 96 suivant les estimations. Il faut y inclure les chiffres concernant l’industrie légère. Si les femmes ont tendance à s’orienter vers l’industrie lourde, c’est parce que les salaires y sont plus élevés que dans les secteurs traditionnellement réservés aux femmes. Le salaire annuel moyen des femmes ayant un emploi à plein temps représente environ 59 96 de celui des hommes aujourd’hui (contre 54 % en 1957).
Cette prolétarisation massive des femmes américaines est le facteur d’explication le plus important de la diffusion large et rapide des idées féministes dans ce pays au cours de la dernière décennie. D’un autre côté, c’est le mouvement féministe et ses acquis qui ont aidé les femmes à surmonter les barrières qui s’opposaient à ce qu’elles soient embauchées dans l’industrie ou /et pour des travaux traditionnellement réservés aux hommes. Plus qu’aucun autre facteur, c’est le programme Affirmative Action à l’embauche et pour la promotion professionnelle des femmes qui a ouvert aux femmes ces nouvelles possibilités. (...)
Par exemple, le Consent Decree est une décision juridique qui imoose à l’industrie métallurgique d’embaucher des femmes dans la proportion de 20 % des nouvelles embauches. Grâce au Consent Decree , il y a maintenant 5 96 de femmes travaillant dans la métallurgie. Des proportions similaires ont été relevées dans le secteur des mines de charbon où les femmes travaillent maintenant aussi. En 1973, il n’y avait aucune femme mineur. Il y en a maintenant 25 000.
Même si nous ne pouvons pas dire que les patrons font campagne pour renvoyer les femmes à la maison, il est vrai, néanmoins, que dans les industries de base telles la métallurgie, les mines, les chemins de fer, les patrons essaient de dissuader les femmes à l’embauche et lorsqu’elles soni embauchées, ils essayent systématiquement de les faire partir.
Les femmes ne sont toujours pas admises dans l’industrie, pas plus par les patrons que par les bureaucrates syndicaux. Les collègues masculins ne les acceptent pas encore de manière uniforme. (...) Mais les travailleurs se rendent compte que les femmes de la classe ouvrière ont réellement besoin de travailler. De plus, à cause du début de radicalisation de la classe ouvrière, la lutte pour les droits égaux est de plus en plus comprise comme partie intégrante de la lutte de l’ensemble de la classe ouvrière. Outre les mesures prises par les patrons pour faire partir les femmes de l’industrie, il faut maintenant faire face à des licenciements provoqués par la crise économique. Les femmes, dernières embauchées, seront
Les conséquences de « la crise »
Janvier 1978 • à Richmond (Virginie), marche en faveur de l’amendement pour l'égalité des droits
Janvier 1978 : à Richmond (Virginie), marche en faveur de l'amendement pour l'égalité des droits
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
SI TOUTES LES FEMMES DU, .MONDE
---fi #< »', n . -'' médiatement » (Labor forV! Equal Rights Now : LERN). Ü# pj-,..
Nous militons dans toutes'�èes structures. Et, partout où cela est possible, nous les incitons à travailler ensemble autour d’une campagne, d’une lutte ou d’une action particulière pour la raison simple que cela permet de décupler l’impact de la campagne.
Nous intervenons de manière coordonnée dans le mouvement des femmes et dans les syndicats. Bien entendu, tout ce travail est discuté dans toutes les instances de notre parti (y compris au CC et lors des congrès), qui sont responsabilisées1 sur ce travail. Quand nous jugeons le moment propice, nous soulevons, en termes d’action, dans les syndicats, les questions relatives aux droits des femmes et dans NOW, les questions relatives aux travailleurs, en particulier aux femmes travailleuses, comme par exemple la question des licenciements discriminatoires. (...)
Nous incitons les syndicats et le mouvement des femmes à coopérer dans des campagnes indépendantes au lieu de coopérer dans la perspective d’élire un politicien bourgeois. En fait, ces deux stratégies opposées (indépendance de classe ou subordination aux partis bourgeois) sont un perpétuel sujet de débat dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement des femmes.
parmi les premières licenciées.
Par ailleurs, les moins qualifiées avec les minorités nationales, elles seront les plus vulnérables face aux
Dans les usines, nous devons empêcher que la proportion des femmes régresse à la faveur des licenciements. Il doit y avoir la même proportion de femmes après les licenciements qu’avant. Ce principe est bien sûr valable aussi pour nos collègues des nationalités opprimées. Il doit y avoir une strict respect de l’ancienneté.
Il y a quelques années, presque tout le mouvement ouvrier et même le mouvement des femmes opposaient radicalement le principe du respect de l’ancienneté et l 'Affirmative Action. Depuis, l’affaire Brian Weber a fait évoluer le point de vue qu’on avait sur cette question. Brian We-oer, un travailleur métallurgiste blanc de Louisiane, s’est oppose dans son usine à Y Affirmative Action.
Le syndicat avait négocié et obtenu un contrat pour l’usine reconnaissant le bien fondé de Y Affirmative Action.
L’affaire Weber concernait donc non seulement les femmes, les Noirs, mais aussi tout le syndicat. Le syndicat des métaux gagna un large soutien du mouvement ouvrier contre Weber. En s’opposant à Weber, le syndicat des métaux ainsi que d’autres syndicats durent se pencher sur le problème de l’ancienneté. Ce changement d’attitude fut clairement exprimé par le secrétaire du syndicat des métaux. Il prit, en effet, la défense du programme d 'Affirmative Action du syndicat et en défendit le principe même.
Il fit remarquer que l’ancienneté était une conquête syndicale des an-
Obtenir la reconnaissance officielle du syndicat a été le fruit d’une lutte de longue haleine pour les femmes syndiquées. Dans certains cas, elles ont dû former des « caucus » (groupes de pression informels composés uniquement de femmes).
Mais ces « caucus » ont leurs pro- licenciements. Par conséquent, ce qui est nécessaire aujourd’hui, c’est une bataille des féministes dans les syndicats.
nées trente et que les syndicats devaient apprendre à l’utiliser de manière souple dans leur propre intérêt. On ne devrait pas permettre, ajouta-t-il, que l’ancienneté soit utilisée contre l’intérêt des syndicats. Le même argument vaut pour la question des licenciements discriminatoires à laquelle les syndicats doivent faire face dans le cadre de la crise économique nouvelle. Cette question a récemment été débattue dans le cadre d’une commission ouvrière au congrès de NOW en octobre dernier. La plupart des femmes qui participaient à cette commission étaient des syndicalistes et elles ont voté une résolution qui approuve le principe de la lutte contre les licenciements discriminatoires avec les considérants que j’ai évoqué plus haut.
• Comment les femmes sont-elles organisées dans les entreprises industrielles ? Comment sont-elles organisées au sein du mouvement ouvrier ?
— Des commissions femmes sont apparues partout et, en particulier, dans les syndicats de l’industrie. A part l’UAW où les commissions femmes sont reconnues depuis 1962, les femmes sont obligees de se battre pour faire reconnaître leurs commissions. Nous sommes absolument pour que les commissions femmes soient officiellement reconnues par le syndicat. La puissance et les ressources du syndicat pourront ainsi être mises au service de la lutte des femmes pour leurs droits et leurs exigences propres, que ce soit sur le lieu de travail ou à l’extérieur de celui-ci.
près limites, du fait de leur caractère non officiel. C’est pourquoi les femmes ont continué à se battre pour la reconnaissance officielle de ces commissions. La plupart du temps, elles ont gagné. Nous n’avons, pour notre part, aucune objection de principe à la création de tel caucus, quand ils sont nécessaires, mais ils ne sont tout au plus qu’un biais pour atteindre un objectif supérieure.
Dans leur bataille pour faire reconnaître les « caucus » par le syndicat, les femmes, en effet, habituent les syndiqués à considérer que défendre les droits des femmes, c’est défendre leurs propres intérêts. C’est un moyen d’élever la conscience de classe du mouvement ouvrier. Par ce biais aussi, les femmes gagnent l’estime de leurs collègues masculins. On commence à les prendre au sérieux, à les considérer comme des individus politiques à part entière. En faisant en sorte que le syndicat réponde mieux aux besoins de ses membres et soit plus combatif, elles le transforment dans l’intérêt de tous les travailleurs.
C’est un fait que ceux qui cherchent à faire des syndicats de véritables instruments de lutte sont aussi ceux qui se félicitent de la combativité et du militantisme des femmes et se battent pour que le syndicat reprenne en charge leur lutte.
Mais en se battant au sein du syndicat, les femmes révèlent et développent des dons d’organisation, elles prennent confiance en elles, deviennent et sont de plus en plus reconnues comme des dirigeantes non seulement par les femmes, mais aussi par l’ensemble du syndicat et du mouvement ouvrier.
Le mot d’ordre : « La place des femmes est dans le syndicat » est central pour les femmes qui travaillent dans l’industrie, qui organisent des commissions femmes, des conférences nationales, qui font pression sur le syndicat pour qu’il les reconnaisse et les défende et leur permette ainsi de jouer un rôle de direction.
Ainsi, l’activité des femmes travailleuses, a-t-elle ouvert une nouvelle phase de développement du mouvement des femmes.
Ceci ne remplace pas et ne remet pas en cause le besoin d’une organisation de femmes indépendante telle que NOW. Les femmes dans les syndicats ont besoin d’une organisation comme NOW qui soit à l’avant- garde des luttes pour défendre leurs droits et leurs exigences, pour aider et accélérer la reprise en charge par les syndicats, des luttes de femmes. Nous savons que de nombreuses femmes syndicalistes considèrent NOW comme l’organisation-clé qui se bat pour leurs droits ; et elle l’est en effet. De plus en plus, elles adhèrent à NOW et nous espérons bien que cette tendance va s’accentuer.
Par ailleurs, toutes les femmes ne sont pas syndiquées, toutes ne sont pas travailleuses ni membres de la classe ouvrière. Cela suffit à justifier l’organisation NOW. Il faut un mouvement de femmes capable d’attirer à lui toutes les femmes, qu’elles soient membres des classes moyennes ou de la classe ouvrière. Mais le mouvement des femmes susceptible de faire avancer les choses et de remporter des victoires pour les femmes est celui qui aura gagné le plus d’ouvrières dans ses rangs et qui répondra de la manière la plus conséquente à leurs besoins.
• Comment le SWP participe-t-il au mouvement des femmes ?
— Nous participons activement au mouvement des femmes depuis la « deuxième vague du féminisme », c’est-à-dire la fin des années soixante. C’est avec joie que nous avons enregistré le développement d’un mouvement pour les femmes et dirigé par les femmes dont le but est de gagner l’égalité des femmes. Nous y avons vu une expression nouvelle et importante de la lutte des classes dans ce pays.
Des dirigeantes de notre parti ont été à la tête de la campagne pour l’avortement qui fut une des premières batailles significatives de ce nouveau mouvement des femmes.
Nous avons aussi participé activement aux débats passés et actuels sur l’origine et la nature de l’oppression des femmes, sur la stratégie nécessaire pour la libération des femmes, sur les rapports du socialisme et du féminisme. (...) En ce moment, nous participons à l’organisation NOW, à CLUW, aux commissions femmes des syndicats et à quelques structures ad hoc qui apparaissent sur des questions ou à l’occasion de campagnes particulières. Ainsi, par exemple, nous participons depuis plusieurs années à des comités ad hoc pour la défense du droit à l’avortement. De même, nous participons à la campagne pour FERA dont l’initiative revient au mouvement ouvrier de Virginie qui a formé la « coalition ouvrière pour les droits égaux im-
• Quelle est la (dace des femmes dans le SWP ? Quelle orientation politique a permis au SWP d’intégrer pleinement les militantes femmes dans ses rangs ?
— L’expérience du SWP dans le mouvement des femmes est peut-être unique au sein de la IVe Internationale. En effet, la montée de la deuxième vague du féminisme n’a pas produit de crise au sein de notre organisation. C’est avec joie que nous avons accueilli la montée du nouveau mouvement des femmes. Nous avons senti que c’était un mouvement qui servait l’intérêt des femmes, l’intérêt de la classe ouvrière. C’est pourquoi nous avons voulu l’aider à se construire.
Fondamentalement, nous avions été préparés par le fait que les cadre de notre parti avaient été éduqués sur la question de l’oppression des femmes dans une société de classes par l’étude de Marx et d’Engels et, en particulier, l’ouvrage d’Engels : « L’origine de la famille, de la propriété et de l’Etat.
Nous avons compris que l’oppression des femmes s’est développée en
Contre les licenciements discriminatoires
Des commissions femmes dans les syndicats
1974 : conférence de fondation du CLUW (Coalision of Labor Union Women. Coalision des femmes syndiquées)
(Coalition of Labor Union Women, Coalition des femmes syndiquées)
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE
Mais en se battant au sein du syndicat, les femmes révèlent et développent des dons d’organisation, elles prennent confiance en elles, deviennent et sont de plus en plus reconnues comme des dirigeantes non seulement par les femmes, mais aussi par l’ensemble du syndicat et du mouvement ouvrier.
Le mot d’ordre : « La place des femmes est dans le syndicat » est central pour les femmes qui travaillent dans l’industrie, qui organisent des commissions femmes, des conférences nationales, qui font pression sur le syndicat pour qu’il les reconnaisse et les défende et leur permette ainsi de jouer un rôle de direction.
Ainsi, l’activité des femmes travailleuses, a-t-elle ouvert une nouvelle phase de développement du mouvement des femmes.
Ceci ne remplace pas et ne remet pas en cause le besoin d’une organisation de femmes indépendante telle que NOW. Les femmes dans les syndicats ont besoin d’une organisation comme NOW qui soit à l’avant-
1974 : conférence de fondation du CLUW (Coalision of Labor Union Women. Coalision des femmes syndiquées)
garde des luttes pour défendre leurs droits et leurs exigences, pour aider et accélérer la reprise en charge par les syndicats, des luttes de femmes. Nous savons que de nombreuses femmes syndicalistes considèrent NOW comme l’organisation-clé qui se bat pour leurs droits ; et elle l’est en effet. De plus en plus, elles adhèrent à NOW et nous espérons bien que cette tendance va s’accentuer.
Par ailleurs, toutes les femmes ne sont pas syndiquées, toutes ne sont pas travailleuses ni membres de la classe ouvrière. Cela suffit à justifier l’organisation NOW. Il faut un mouvement de femmes capable d’attirer à lui toutes les femmes, qu’elles soient membres des classes moyennes ou de la classe ouvrière. Mais le mouvement des femmes susceptible de faire avancer les choses et de remporter des victoires pour les femmes est celui qui aura gagné le plus d’ouvrières dans ses rangs et qui répondra de la manière la plus conséquente à leurs besoins.
• Comment le SWP participe-t-il au mouvement des femmes ?
— Nous participons activement au mouvement des femmes depuis la « deuxième vague du féminisme », c’est-à-dire la fin des années soixante. C’est avec joie que nous avons enregistré le développement d’un mouvement pour les femmes et dirigé par les femmes dont le but est de gagner l’égalité des femmes. Nous y avons vu une expression nouvelle et importante de la lutte des classes dans ce pays.
Des dirigeantes de notre parti ont été à la tête de la campagne pour l’avortement qui fut une des premières batailles significatives de ce nouveau mouvement des femmes.
Nous avons aussi participé activement aux débats passés et actuels sur l’origine et la nature de l’oppression des femmes, sur la stratégie nécessaire pour la libération des femmes, sur les rapports du socialisme et du féminisme. (...) En ce moment, nous participons à l’organisation NOW, à CLUW, aux commissions femmes des syndicats et à quelques structures ad hoc qui apparaissent sur des questions ou à l’occasion de campagnes particulières. Ainsi, par exemple, nous participons depuis plusieurs années à des comités ad hoc pour la défense du droit à l’avortement. De même, nous participons à la campagne pour l’ERA dont l’initiative revient au mouvement ouvrier de Virginie qui a formé la « coalition ouvrière pour les droits égaux immédiatement » (Labor for' Equal Rights Now : LERN). <4 4 ,
Nous militons dans toutes '‘tes structures. Et, partout où cela est possible, nous les incitons à travailler ensemble autour d’une campagne, d’une lutte ou d’une action particulière pour la raison simple que cela permet de décupler l’impact de la campagne.
Nous intervenons de manière coordonnée dans le mouvement des femmes et dans les syndicats. Bien entendu, tout ce travail est discuté dans toutes les instances de notre parti (y compris au CC et lors des congrès), qui sont responsabilisées1 sur ce travail. Quand nous jugeons le moment propice, nous soulevons, en termes d’action, dans les syndicats, les questions relatives aux droits des femmes et dans NOW, les questions relatives aux travailleurs, en particulier aux femmes travailleuses, comme par exemple la question des licenciements discriminatoires. (...)
Nous incitons les syndicats et le mouvement des femmes à coopérer dans des campagnes indépendantes au lieu de coopérer dans la perspective d’élire un politicien bourgeois. En fait, ces deux stratégies opposées (indépendance de classe ou subordination aux partis bourgeois) sont un perpétuel sujet de débat dans le mouvement ouvrier et dans le mouvement des femmes.
• Quelle est la place des femmes dans le SWP ? Quelle orientation politique a permis au SWP d’intégrer pleinement les militantes femmes dans ses rangs ?
— L’expérience du SWP dans le mouvement des femmes est peut-être unique au sein de la IVe Internationale. En effet, la montée de la deuxième vague du féminisme n’a pas produit de crise au sein de notre organisation. C’est avec joie que nous avons accueilli la montée du nouveau mouvement des femmes. Nous avons senti que c’était un mouvement qui servait l’intérêt des femmes, l’intérêt de la classe ouvrière. C’est pourquoi nous avons voulu l’aider à se construire.
Fondamentalement, nous avions été préparés par le fait que les cadre de notre parti avaient été éduqués sur la question de l’oppression des femmes dans une société de classes par l’étude de Marx et d’Engels et, en particulier, l’ouvrage d’Engels : « L’origine de la famille, de la propriété et de l’Etat.
Nous avons compris que l’oppression des femmes s’est développée en
SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE même temps que la société de classes. Nous savons aussi que l’oopres-sion des femmes est un pilier de la société de classes.
Pour nous donc, toute manifestation de lutte du sexe opprimé contre son oppression doit être prise en considération de manière sérieuse et analysée comme l’expression de la lutte des classes. (...)
Celle-ci est fondamentale, car de nombreuses revendications portées par les femmes ne peuvent être satisfaites dans le cadre de la société de classes.
La montée du mouvement des femmes, sous une forme organisée, dans ce pays comme à l’échelle internationale est le signe avant-coureur d’une situation pré-révolutionnaire sinon révolutionnaire, c’est l’indice que le capitalisme est mûr pour la révolution, qu’il a atteint son stade final, qu’il est à l’agonie.
Et même si les cadres du mouvement des femmes ne sont pas issues de la classe ouvrière, leurs revendications comme le droit à l’avortement, la garde des enfants, le salaire égal, etc. sont autant de revendications qui vont dans le sens de l’intérêt des femmes de classe ouvrière. Ces dernières seront donc amenées à les reprendre et à se battre pour les faire aboutir. (...) La conséquence de cela, c’est qu’au sein de notre parti, nous n’avons jamais ressenti de réticence à participer au mouvement des femmes de la part de nos cadres. (...) Dans le mouvement, nous avons toujours proposé des campagnes politiques pour les droits des femmes, c’est-à-dire des campagnes prenant
Les normes organisationnelles de notre parti sont inspirées de celles du parti bolchevik, des conceptions de Lénine et de Trotsky. Elles sont aussi le fruit de la collaboration de notre direction, en particulier J. P. Cannon, avec Trotsky. Nous avons appliqué ces normes léninistes à la question de la formation des cadres. Nous faisons cas de chaque camarade en tant qu’individu et cherchons les meilleurs moyens de développer toutes les capacités de chaque camarade : homme et femme, noir et blanc, latino, vieux, jeune, ouvrier et étudiant, etc.
Les femmes ont joué un rôle poli- pour cible le gouvernement, qui peuvent être assumées par la masse des femmes et des hommes parce qu’ils y reconnaissent l’expression de leurs revendications légitimes.
C’est dans de telles campagnes politiques que la conscience des femmes et des hommes sur la question de l’égalité a progressé et c’est par ce biais que les préjugés sexistes sont battus en brèche... Bien sûr, ils ne peuvent être complètement éliminés, ni les femmes libérées tant que subsiste une société de classes... Mais j’insiste sur le fait que jamais nous n’avons cherché à combattre le chauvinisme mâle en prenant pour cible des hommes individuellement ; jamais par exemple, nous ne nous sommes attaqués à des hommes en particulier, à nos collègues syndicalistes, par exemple, avec l’idée que nous les ferions ainsi changer d’attitude. Pour nous, une telle démarche est défaitiste. Nous pensons que c’est en organisant des campagnes politiques permettant de remporter des victoires, que nous avons contribué à changer l’image de la femme, y compris auprès des femmes elles-mêmes. C’est ainsi qu’elle a changé ; c’est ainsi qu’elle changera. Telle est notre démarche dans le mouvement des femmes. En d’autre termes, nous avons appliqué la méthode du Programme de transition. Un dernier élément explique la différence entre le SWP et les autres sections de la IVe Internationale sur la question des femmes. C’est la place qu’occupe la formation des femmes comme cadres et dirigeantes à tous les niveaux du SWP.
tique conséquent dans tous les aspects de la vie du parti depuis sa fondation. Cependant, c’est avec la montée de la deuxième vague du féminisme que les femmes, y compris celles qui sont membres du SWP, ont commencé à se voir de manière différente, à comprendre qu’elles avaient, plus qu’elles ne le pensaient, des capacités de direction. Elles ont eu envie d’aller plus loin, de faire plus. Les femmes ont toujours été timides pour parler, écrire, etc. (...)
Nous avons toujours été convaincus de l’importance et du poids qu’aura le mouvement des femmes dans la future révolution américaine, mais le développement même de ce mouvement ainsi que notre action politique concrète en son sein, nous ont amené à réaliser un effort conscient, en tant que direction, de formation des camarades femmes. Nous devons avoir notre propre programme $ Affirmative Action , pour ainsi dire, pour aider à la formation de femmes dirigeantes dans notre parti
Plus que jamais, nous avons conscience de la nécessité de former des femmes écrivains, oratrices, penseurs théoriques, organisatrices, leaders de masse, etc. et nous tiendrons ce pari. Nous nous sommes aussi rendu(e)s compte que c’est une tâche difficile à cause du caractère de l’oppression des femmes. (...)
Les femmes en tant que groupe dominé ont des barrières spécifiques à surmonter pour devenir des dirigeantes. En appliquant les normes léninistes du parti, nous avons su créer les conditions les plus favorables pour qu’elles puissent le devenir. Dans toute l’histoire du mouvement marxiste, il y a, en fait, eu très peu de femmes dirigeantes que ce soit comme dirigeantes de leur parti ou comme dirigeantes d’organisations de masse. De manière exceptionnelle, Rosa Luxemburg fut une dirigeante de parti. Cela prouve la profondeur de l’oppression des femmes. Mais nous pensons qu’en cette période d’agonie profonde du capitaliste et de lutte de classe spécifique, période de profonde prolétarisation des femmes, période où les revendications des femmes prennent un poids nouveau dans la lutte des classes dans son ensemble, nous pensons que les femmes peuvent émerger et devenir des dirigeantes de parti.
Et un parti qui est capable d’intégrer des femmes dirigeantes dans sa direction sera capable de conduire la classe ouvrière jusqu’à la victoire de la révolution socialiste... Nous sommes sûrs que nous réussirons dans cette entreprise et que notre expérience peut aider les autres partis de la IVe Internationale.
la place des femmes au sein du S.W.P
Notes
- UAW Syndicat des travailleurs de l automobile
- NOTES
- (D La première vague du féminisme fait référence à la lutte des femmes qui s’est développée aux USA, au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
- (2) La notion d 'Affirmative Action est simple. Les femmes et les nationalités opprimées depuis des siècles et jusqu’à aujourd’hui, ont besoin de mesures spéciales pour les aider à avoir des chances égales.
- (3) Une des confédérations syndicales des USA.
- (4) Appel de la CICAS.