La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Le PC et les femmes à Rouen

Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 7 · 557 mots

Après l’article calomniateur de / Humanité du 8 octobre 1979 sur la marche des femmes du 6 octobre, onze femmes de Rouen sont venues demander des comptes à Roland-Leroy au siège du PCF. Celui-ci refusa de les rencontrer et les fit expulser au bout d’une heure d’attente avec injures sexistes et violences physiques à l’appui. Conséquence pour l’une des femmes : quarante-deux jours d’arrêt de travail. Cette même femme, bien connue pour ses activités au sein du Planning familial, a alors décidé de porter plainte nominalement contre l'un de ses agresseurs.

D’autres femmes, dont celles qui l’accompagnaient au siège du PC, ont décidé de s’associer à cette plainte, se constituant sur la ville en collectif contre les violences sexistes. Le mouvement des femmes, quant à lui, a décidé en assemblée générale de ne pas soutenir cette démarche en justice contre le PC et donc de ne pas se porter partie civile par l’intermédiaire de son association « la Luciole »

Cependant, il y a unanimité entre les femmes du mouvement pour dénoncer les violences sexistes, d’où quelles viennent, et en particulier ici, celles du PCF.

Ces violences ne sont en effet pas le fruit d’une bavure mais s’inscrivent dans l’histoire rouennaise où le PC y a systématiquement recours : contre les militant(e)s qui expriment leurs désaccords avec sa politique (Lutte ouvrière. Parti socialiste. Ligue communiste révolutionnaire) et aux injures sexistes contre toute apparition du mouvement autonome des femmes (attaques du cortège des femmes du 1er Mai 1975, du 8 mars et 1er mai 1979)

Elles s’inscrivent dans le culte de la virilité constamment mis en avant, malgré les nombreuses protestations, que ce soit dans les manifestations du PCF ou dans celles de la CGT (Kiwi, procès de M. Lainy) où l’on a pu entendre l’ensemble des militants, unanimes du haut en bas de la hiérarchie, scander : « Lecanuet enculé », « Lecanuet pédé », « CRS enculés »... Le PC, qui a pourtant pris position, lors de son XXIIIe Congrès, sur l’importance de la lutte des femmes pour « faire reculer les mentalités réactionnaires », se refuse, dans la pratique, à reconnaître le droit des femmes de s’organiser entre elles et s’applique à présenter le mouvement autonome des femmes comme un allié objectif du pouvoir (cf. article du 8 octobre).

La plainte en justice est-elle un moyen de mettre fin à ses agressions ? Nous ne le pensons pas. Allons-nous demander à la justice de se prononcer sur la démocratie du PC ? A cette même justice qui inculpe des femmes pour avoir réalisé une émission de radio libre sur l’avortement, qui applique quotidiennement une justice sexiste et inégalitaire ? Porter plainte ne contribuerait pas à l’affirmation du mouvement autonome des femmes, mais laisserait planer des ambiguités sur ses objectifs. Les femmes risquent d’ètre dépossédées de leur lutte devant le tribunal, elles risquent d’être l’instrument obligé d’un déchaînement contre le PC, d’être récupérées dans les querelles politiques qui vont déjà bon train dans la perspective des présidentielles. Un débat public sur les violences sexistes, d’où qu’elles viennent, est à l’ordre du jour aujourd’hui à Rouen. Un tel débat peut permettre à de nombreuses femmes de se reconnaître dans le mouvement autonome des femmes, dans ses luttes, et surtout dans son principal apport : la nécessité de s’organiser collectivement pour lutter contre notre oppression.

Correspondantes de Rouen

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