La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

LA MOBILISATION CONTINUE !

Lettre ouverte au ministre de la Santé

Cahiers du féminisme, n° 12, janvier - février 1980 · p. 11 · 833 mots

La presse a largement rendu compte du scandale de la Pergola, clinique privée du XVIII* arrondissement de Paris où étaient pratiqués de nombreux avortements, y compris au-delà des délais légaux.

Ce « scandale » est intervenu — comme par hasard — à la veille de la rediscussion au Parlement de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse. Cette clinique, nous, te groupe femmes XVIP-XVIIP. nous la connaissons bien. Dans notre quartier, pourtant pourvu de deux grandes unités hospitalières, la situation des femmes face à l’avortement est restée un véritable problème après le vote de la loi Veil en 1975

Si la pression des collectifs unitaires (dont nous sommes partie prenante) pour l'ouverture de centres d'IVG sur les hôpitaux Bichat et Lariboisière a abouti à la pratique d’une vingtaine d’avortements par semaine au total dans les hôpitaux, la demande des femmes du quartier reste encore bien plus forte. Comment s en étonner dans un quartier populaire comme le nôtre, où les moyens d’information sur la sexualité et les méthodes contraceptives font totalement défaut.

Dans ces conditions, chacun peut bien comprendre comment les cliniques privées (dans notre quartier, mais aussi ailleurs) sont devenues le seul recours pour des centaines de femmes, évincées des hôpitaux. Nous disons « évincées des hôpitaux », parce que la multiplication des démarches (entretiens dissuasifs, liste d’attente et pénurie de place... amènent de nombreuses femmes à dépasser les délais dits « légaux » de dix semaines.

Pourquoi cette limite en France, alors qu ’en Angleterre, elle était fixée à vingt -huit semaines ? Nous ne voyons, pour notre part, pas d’autres raisons que la volonté de limiter le droit des femmes à décider du choix de leur maternité !

Nous avons déjà refusé la honte des avortements clandestins. Nous exigeons maintenant qu'aucune restriction ne limite notre droit fondamental à disposer de notre corps.

Quand une femme décide d’avorter, elle va jusqu 'au bout et se tourne vers ceux qui répondent à sa demande.

Dans notre quartier, le XVI IP arrondissement, c'était le cas pour la Pergola La clinique pratiquait des avortements à la chaine. dans des conditions où seul primait le souci de rentabilité. Mais, malgré tout, nous avons souvent été obligées de « diriger » des femmes, qui s adressaient à notre groupe femmes, vers la clinique de la Pergola, parce qu elles avaient dépassé les délais légaux ou parce qu elles étaient mineures ou immigrées.

Nous avons été amenées, il y a quelques mois, à faire pression sur la Pergola pour que change cette pratique de l'avortement à la chaine. Nous demandions l’ouverture dans la clinique d’une permanence d’accueil et d’information des femmes, une prise en charge plus collective.

Le gouvernement, lui, a choisi une autre solution . d'abord le déconventionnement par la Sécurité sociale, puis la fermeture pure et simple de ta clinique au mépris des demandes et des besoins des femmes.

De quel droit, alors que pendant cinq ans U s 'est commodément déchargé sur les cliniques de la responsabilité des avortements, te ministère de la Santé prend-il de telles mesures de rétorsion ?

Que cherche -t -il avec de pareilles solutions ? Que les femmes en reviennent aux avortements clandestins au péril de leur vie ?

Ne devrait -il pas plutôt assurer, dans tous les hôpitaux. l'existence de centres d avortement <ontraception -sexualité, qui répondraient en nombre et en qualité à la demande des femmes ?

Le prétexte à la fermeture de la clinique de la Pergola a été ta pratique par deux médecins d'un avortement tardif (proche du cinquième mois et demi) d’une mineure de seize ans.

Le ministère de ta Santé a décidé de se retourner contre les deux médecins qui sont inculpés « d’infanticide ».

Mais qui est responsable de ta situation dramatique où se trouvait la jeune fille ?

Nous connaissons tous l’angoisse de ces jeunes qui se retrouvent enceintes à quinze ans et tentent de te cacher, en particulier à la famille. Sans argent et sans autorisation parentale. elles se retrouvent « hors ta loi » avant largement dépassé tes délais !

Nous tenons, nous, pour responsables, ceux qui ont créé cette situation • ceux qui re fusent aux mineures une in forma -tion conséquente sur la contraception et la sexualité . ceux qui exigent une autorisation parentale . ceux qui refusent la gratuité de l’avortement : ceux qui prétendent décider à la place des femmes prônant l’abandon plutôt que l’avortement. Et, dans ces conditions, comment ces hypocrites peuvent-ils parler « d’infanticide ».

C'est pourquoi nous demandons la levée de l’inculpation des six médecins de la Pergola

Mais nous dénonçons avec force et demande de réparation te trafic financier qui a pu s e ffectuer dans cette clinique sur le ventre des femmes.

Nous devons tous et foutes prendre conscience que le droit des femmes à l avortement libre et gratuit reste encore à conquérir. nous ne pouvons pas faire confiance à la loi que s’apprête à reconduire le gouvernement, nous ne comptons que sur nos luttes

Groupe femmes 17e/18e il

Une erreur sur cette page ?