La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Brésil : Luttes de femmes, luttes ouvrières

· Cahiers du féminisme, n° 13, mars - avril 1980 · p. 21-27 · 4 532 mots

Depuis 1975, l’année internationale de la femme les essais d’organisation des femmes, ont coïncidé avec la mobilisation progressive de différentes couches opprimées ’ a population brésilienne. Dans cet article, nous essayons de donner quelques éléments sur la situation des femmes travailleuses (partie 1), pour décrire ensuite la participation des femmes lors des grèves de masse de 1978-1979 (partie II) et, finalement, faire un bilan des courants organisés, féministes et féminins, au Brésil aujourd’hui.

Femmes travailleuses brésiliennes : conditions de vie et de travail

Depuis le coup d’Etat militaire de 1964, les conditions de vie et de travail des travailleuses et travailleurs se sont détériorées considérablement : le salaire réel baisse constamment depuis 1964 : c’est ainsi que 75 % des travailleurs(euses) gagnent deux fois le salaire minimun (le salaire minimum = 3 900 cruzeiros 390 F en février 1980). Le nombre de femmes salariées gagnant zéro à une fois le salaire minimum est de 63,6 %. Ces salaires ouvriers contrastent violemment avec les salaires perçus par les cadres supérieurs qui peuvent représenter jusqu’à trente fois le salaire minimun.

Cette surexploitation forcenée a des incidences, évidemment, sur les conditions de travail : heures supplémentaires obligatoires, accidents du travail courants (on a vérifié que sur un an, 1/4 de la force de travail a Sao Paulo avait subi un accident de travail ; sur quatre mille accidents du travail étudiés, 23 % étaient dus à des défaillances humaines et 77 % aux conditions de travail sans sécurité ni hygiène), discipline d’usine très stricte et répression contre l’organisation des travailleurs à la base. Cette surexploitation a des incidences aussi, sur les conditions de vie : dans

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE les grands centres urbains, les équipements collectifs sont largement insuffisants et n’accompagnent pas l’essor démographique ni les flux migratoires : manque d’eau, d’égouts, d’électricité, avec ce que cela implique de manque d’hygiène, manque de crèches et de transports collectifs. A Sao Paulo, huit mille cinq cents autobus circulent pour 6,8 millions de passagers par jour, ce qui signifie cent trente personnes par voiture aux heures de rush (cf. op. cit .). La Santé publique est plus que précaire : le service national de santé (INPS) n’a pas pu prendre en charge 40 % des demandes de consultation (4 millions de demandes non reçues) ; la mortalité infantiJ e a augmenté de 45 96 de 1960 à 1973.

L’emploi féminin

A l’intérieur de ce cadre, l’entrée massive des femmes dans la production est un phénomène qui date des années du « miracle » (1968-1973) et qui s’est poursuivie ensuite. Aujourd’hui elles représentent plus de six millions de travailleuses sur une population active de vingt-neuf millions (la population totale étant de cent millions d’habitants), concentrées encore essentiellement dans les services qui prolongent les tâches domesti- ques :

Distribution de la population active féminine par profession

Le niveau de qualification des femmes travailleuses est très bas (une femme seulement pour dix-neuf hommes pour un travail de qualification supérieure) : mais l’emploi féminin continue à être perçu comme un privilège dans un pays comme le Brésil où seulement 18,53 % des femmes en âge de travailler ont accédé au marché de l’emploi, les autres restant dans une situation de dépendance économique totale.

Pour ces 18,53 % des femmes, des obstacles sérieux existent dans leur travail : les promotions sont pratiquement inexistantes étant donné le court temps de vie professionnelle (10 ans seulement en moyenne pour toute l’ Amérique latine) et les limites imposées par les enfants (grossesse, garde) et le travail domestique. Quand les promotions existent, les « qualités féminines » comme la soumission et l’obéissance, la jeunesse et la beauté physique comptent souvent plus que la qualification et la formation.

Quant à la formation professionnelle, elle exclut presque entièrement les femmes. A l’école professionnelle du SENAI (branche métallurgie) une femme seulement était inscrite en 1979 pour 400 hommes (cf. article Elizabeth S. Lobo in Em Tempo, septembre 1979).

Quant à la sélection, les pratiques discriminatoires pratiquement institutionnalisées sont frappantes impliquant le non-recrutement ou le licenciement de femmes mariées, de femmes enceintes et des femmes avec enfants. De là découle la jeunesse des travailleuses majoritairement comprises dans la tranche d’âge de quinze à vingt-cinq ans. « A travail égal, salaire égal » : « Pela equiparaçao salarial », fut une des raisons d’entrée en lutte des travailleuses lors, des dernières grèves.

Les conditions de travail féminin

Elles constituent le deuxième motif d’entrée en lutte en dehors des revendications salariales. Les conditions de travail se caractérisent par la pénibilité introduite par l’OST, la discipline d’usine, accrue par le sexisme dans les services et la double journée de travail.

La double journée crée une situa-

BRESIL tion déchirante pour la totalité des femmes travailleuses : les sanctions draconniennes punissent sévèrement le moindre retard et l’absentéisme est vite un motif de licenciement : les travailleuses vivent quotidiennement une course infernale. Les heures supplémentaires augmentent encore cette pression. L’aller-retour maison-travail-maison prend souvent plusieurs heures à cause de l’éloignement des quartiers ouvriers des lieux de travail. Chez elles, la plupart des travailleuses ont toute la charge des travaux ménagers : sans crèches, sans laveries, sans garderies et sans appareils électro-ménagers, sans aucune participation des maris aux travaux domestiques, des femmes épuisées par ce rythme infernal disent souvent leur impossibilité d’épanouissement et de jouissance sexuelle après tout ce travail abrutissant et pénible.

La division sexuelle du travail confie en plus aux travailleuses des tâches pénibles et monotones sous prétexte d’habileté. En réalité le patronat compte sur le fait qu’elles « réclameront moins » et se « révolteront moins » contre cette situation.

A cela s’ajoute l’exacerbation de la discipline d’usine pour les femmes : les jetons pour aller aux WC sont très souvent obligatoires pour la main-d’œuvre féminine dans les usines ; dans les grèves et les luttes, la pression physique et psychologique de l’encadrement vis-à-vis des femmes est beaucoup plus forte.

Le sexisme

Le sexisme apparaît dans tous les petits détails : l’examen des sous-vêtements des travailleuses à la sortie de l’usine peut être exécuté par des gardiens hommes :

« Après 10 h de travail, on subit l’humiliation d’avoir à se déshabiller pour être palpée d’une “mauvaise façon’’ par les agents de sécurité de l’entreprise. Plusieurs filles pleurent de honte. A celles qui étaient menstruées, on leur demandait d’enlever le mo-dess, puisque la revue devait être complète. » (Ouvrières de “De Millus”, usine en grève en 1978, in Brasil Mulher, n°14, novembre 1978, Sao Paulo.)

Ces conditions de travail peuvent atteindre des limites insupportables, par exemple dans le textile :

<< Il y a une machine très con -nue de tous les travailleurs. Il s’agit du “paillasson’’ : il sert à séparer le pire type de laine livrée à l’entreprise, la laine des animaux morts. Elle vient mélangée avec le cuir et l’os de l’animal et a une mauvaise odeur insupportable, elle pullule de petites bêtes, dénonce une des ouvrières. Et pour travailler avec ces carcasses, les ouvrières ne reçoivent ni gants ni masques. C’est le châtiment infligé à celles que s ’engueulent avec le chef de section, dit une des grévistes. » (Cf. Quotidien Zero Hora, Porto Alegre, Rio Grande do Sul, 18/10/1979.)

« Maria va faire un café pour tout te monde ! »

« Maria va faire un café pour tout te monde ! »

Grève de femme : une « attaque hystérique collective » !

L’entrée en masse des femmes sur le marché du travail, impliquant leur « socialisation » rapide, et la libéralisation politique engagée par la dictature brésilienne ces dernières années, ont été les deux pré-conditions pour la radicalisation des femmes au Brésil. Elle s’exprime actuellement par la multiplication des groupes féministes et féminins (cf. partie III) mais aussi par la participation massive des ouvrières aux grandes grèves de masse (1978-1979).

Les grèves de mai-août 1978 ont paralysé 300 000 ouvrières (ers) dans 300 entreprises des plus importants centres industriels de Sao Paulo

Lula, directeur du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo a déclaré récemment : « En dépit des préjugés existant par rapport aux femmes dans le mouvement, dans les entreprises avec le même nombre de femmes et d’hommes, il y a eu le même degré de participation dans les grèves ».

La participation syndicale : encore très faible, par exemple : pour la branche métallurgie de l’Etat de Sao Paulo, sur un effectif total de deux cent cinquante mille ouvriers et ouvrières, et un effectif féminin total de quarante-cinq mille ouvrières, les femmes syndiquées ne constituent que le dixième (cinq mille huit cents femmes syndiquées) (cf. hebdomadaire Em Tempo, art. et.).

Manifestation des ouvrières « De Millus »

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Participation des femmes aux débrayages

Même si dans certaines entreprises ce sont les femmes qui ont appelé à la grève, les syndicats n’ont pas fait un travail en direction des femmes et la faiblesse du nombre de syndiquées a contribué au fait que la participation des ouvrières à la grève s’est faite souvent en dehors des structures syndicales et a été décalée par rapport à l’entrée en grève des ouvriers. Plusieurs ateliers de femmes ont arrêté après ceux des hommes et certains même après la consigne syndicale de reprise du travail.

A Kibon, filiale de la firme américaine American Foods, la grève a commencé dans la ligne de production d’un secteur de femmes. Une commission de grève a été créée avec des femmes : « Ce sont les femmes qui ont paralysé toute l’usine. Ce sont elles qui ont exigé que ceux qui travaillaient encore, s ’arrêtent. » (Témoignage d’un délégué syndical.)

A Philips, trois cent cinquante femmes d’un secteur ont arrêté sans consigne syndicale ; un délégué syndical a dit que cela a été « la chose la plus extraordinaire de cette grève » et une autre déléguée a fait « l’autocritique » du manque d’attention envers oes ateliers féminisés ; leur revendication, « salaire égal à travail égal » n’a pas abouti, mais elles ont pu avoir une augmentation salariale.

A Siemens, firme allemande, où les femmes représentent 70 % des effectifs, leur entrée en grève s’est faite en retard sur celle des hommes : « Quand le débat sur la grève a été soulevé dans les secteurs de femmes, une des usines était déjà paralysée. »

A Philco, firme sous-traitante de la Ford, six mille ouvrières sont entrées en grève. Elles représentent 95 % des effectifs ouvriers. Dans les assemblées générales de femmes, moins de 5 % d’hommes, les revendications liées à « l’equiparaçao salarial » étaient les plus discutées : celles qui sont payées comme « ouvrières de montage », tout en faisant le travail d’opératrices, gagnent trois cruzeiros en moins par heure par rapport au salaire d’un ouvrier homme.

« Les femmes ont été les plus fermes » (un délégué syndical) et ont composé la presque totalité du comité de grève de quatre-vingt-dix membres...

Nouvelles formes d’activité pendant les grèves

A Bristol, firme américaine de la branche pharmaceutique, les quatre cents hommes et les quatre cents femmes de l’usine se réunissaient pendant la grève de 1 4 h à 1 8 h dans le siège du syndicat pour discuter de la suite de l’action et de 1 8 h à 22 h, ils organisaient des bals dans le siège du syndicat. Cela a duré une semaine... « L’idée nous est venue de danser quand on s’est rendu compte que nous étions moitié d’effectifs hommes et moitié femmes (...) »

premier jour de la grève suite aux nombreuses pressions des chefs. Tout le stock de maracujina (calmant) a disparu de l’infirmerie.

Ouvrières de « De Millus », entreprise de confection à Rio

Le premier acte de révolteLa répression sexiste des femmes en grève

Le sexisme a doublé la répression patronale des grèves, démontrant encore une fois que la discipline d’usine fonctionne suivant deux poids et deux mesures, selon qu’il s’agit d’hommes ou de femmes.

Pour de nombreuses femmes, cette participation à la grève était le premier geste de révolte, d’opposition, le premier non de leur vie. A ce non, la riposte de l’encadrement a été énergique et dure.

A Siemens, une fille qui avait provoqué involontairement l’arrêt de son service en croisant les bras quand elle a pris connaissance de l’arrêt de travail dans un atelier à côté, s’est évanouie quand le P-DG allemand est descendu pour demander « qui avait arrêté ce service ».

A Souza Cruz, entreprise d’Etat détenant le monopole de la production et distribution du tabac, cinquante femmes se sont évanouies le

La déclaration d’une assistante sociale de De Millus, entreprise de confection à Rio, a été en ce sens exemplaire : « Les filles étaient nerveuses et ont eu une sorte d’attaque hystérique collective. » On n’admet pas pour les femmes la révolte, puisque « la femme est fragile, elle ne se bagarre pas ».

Ainsi, les six cents femmes en grève à Siemens ont subi toutes sortes d’intimidations : les chefs ont « tiré les filles par les mains pour qu’elles reviennent à leurs postes de travail ». L’entreprise « a essayé de casser le mouvement à travers les fem -mes ». A Souza Cruz aussi, les chefs ont « pris les filles par le bras pour qu ’elles aillent travailler ». A Souza Cruz encore, la crèche était ouverte pendant la grève exclusivement pour

BRESIL les non-grévistes. « Les ouvrières grévistes allaient au syndicat et restaient de 5 h à 13 h, souvent sans manger, avec leurs bébés dans les bras. » Dans cette usine à majorité féminine, et très jeune (20-25 ans), la grève de 1978 était la troisième de l’histoire de l’usine : la première s’est passée en 1948, la deuxième en 1961 : « Par rapport aux grèves du passé, il y a des différences », remarque une employée âgée, « le syndicat aujourd’hui est jaune, et il y a la répression policière : les filles “subissent des pressions’’, “il y a des policiers dans l’usine’’, “ils ont sécoué des gens pour travailler’’ et ont “jeté par terre une fille enceinte’’. » Après dix jours de grève, elles n’ont rien obtenu de l’Etat, leur employeur. La direction du syndicat est, à Souza Cruz, particulièrement de connivence avec le patron : à la fin de la grève, ce sont « les filles qui ont fermé la porte du syndicat pour empêcher la sortie du président du syndicat qui voulait partir sans donner d’explications aux travailleurs (...) »

« A la céramique 3-M à Itu, le propriétaire a offensé les travailleurs et a même montré ses organes génitaux à une ouvrière gréviste. »

Groupes féministes et féminins

« Les clubs de mères » et la lutte pour de meilleurs conditions de vie (Sao Paulo)

C’est à partir de l’Année internationale de la femme (ONU-1975) que plusieurs groupes de femmes ont vu le jour au Brésil : plusieurs commissions d’études, groupes de discussions dans les facultés, dans les quartiers populaires et dans quelques usines ont profité de « l’espace légal » ouvert par l’année internationale pour mettre à l’ordre du jour la situation des femmes au Brésil, en même temps que le mouvement ouvrier et populaire commençait à se réorganiser et à avoir une expression significative dans le pays.

Avec une conscience féministe pour quelques unes, un caractère féminin pour d’autres, ces groupes de femmes ont commencé à lutter dès le début pour la libération des femmes et pour de meilleures conditions de vie.

On peut dire qu’il y a aujourd’hui un mouvement de femmes sans beaucoup de coordination, surtout dans les grandes concentrations urbaines : Recife, Salvador, Porto Alegre, Belo Horizonte, Sao Paulo, Rio. Le mouvement ne peut pas être caractérisé comme étant exclusivement féministe, étant donné qu’une partie de ce mouvement avance des revendications générales pour des améliorations urbaines (l’eau, l’électricité, écoles, crèches dans les quartiers) où, en général, le rôle traditionnel de mère et d’épouse n’est pas mis en question.

Quant aux groupes de femmes, il ont une composition essentiellement petite-bourgeoise ; ils partent de la spécificité de l’oppression des femmes. Ils sont hétérogènes et ont des difficultés à articuler les luttes immédiates mobilisant les masses de femmes avec une stratégie féministe.

En général, ces groupes ont des bulletins d’information ou des journaux et ont une activité pas très systématique dans les quartiers et les usines. Les principaux débats qui traversent ces groupes : autonomie du mouvement, double militantisme, luttes générales et luttes spécifiques, priorité ou non aux luttes sociales et politiques plus larges, lutte féministe et lutte féminine ; et aussi la violence et le viol, l’avortement et la contraception, plus récemment.

Groupes organisés à la périphérie de Sao Paulo, où la plupart des femmes sont des employées de maison ou des femmes au foyer, ces « clubs », existent depuis plusieurs années et sont en général liés à l’Eglise.

Avec le slogan « unies pour un monde plus juste », ces femmes revendiquent de meilleurs salaires, l’assistance médicale régulière, des écoles et des crèches pour tous, des dispensaires de quartiers, de meilleures conditions de vie et de travail, le respect des droits de l’homme et la démocratie...

Confrontées quotidiennement aux augmentation des prix, ces femmes ont aussi crée le Mouvement du coût de la vie , qui s’est organisé très rapidement au niveau national pour l’augmentation des salaires et le gel des prix des produits alimentaires de base (riz, haricots, huile, lait et viande) et un « salaire d’émergence » pour contrecarrer l’inflation (60 96 l’an).

Les clubs de Mères ont des représentantes à la Coordination des groupes femmes de Sao Paulo crée

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE en 1979 après le 8 mars, date de réalisation du « Premier congrès de la femme de Sao Paulo ».

Le « Centre de développement de la femme brésilienne » (Sao Paulo) et la lutte pour « des enfants sains »

Ce centre, crée en Sao Paulo en 1975, a pour objectif de mieux connaître et faire connaître la situation des femmes à Sao Paulo et au Brésil. Pour cela, les 25 femîhes environ qui animent activement ce centre, organisent des enquêtes sur la santé des femmes, les crèches, le travail féminin, etc. dont les résultats sont discutés dans les « clubs de mères » et les comités de quartiers. Elles sont aussi présentes dans toutes les mobilisations de femmes à Sao Paulo.

A l’initiative de femmes réformistes, le centre ne se revendique pas du féminisme, mais prône le changement global de la société : « Les fem -mes ne veulent pas l’avortement, mais une bonne assistance médicale pour leurs enfants, des écoles, des aliments par chers. Combattre le machisme n ’est pas une priorité, l’important c’est de garantir la santé des femmes pour quelles accouchent d'enfants sains », déclaraient-elles dans une interview au mois de mai 1979.

Mouvement féminin pour l’Amnistie (MFPA) (mouvement national)

Crée en 1975, ce mouvement féminin a lutté pour une amnistie générale et sans restrictions pour tous les prisonniers, exilés et bannis politiques, recevant l’adhésion des femmes d’une dizaine d’Etats du Brésil. Ses activités consistaient dans les visites aux prisonniers, l’assistance à leurs familles et la dénonciation de l’arbitraire du régime. En

1978, le Mouvement a envoyé au dictateur Geisel une pétition avec 1 2 000 signatures réclamant l’amnistie inmédiate. Après le vote de la loi de l’amnistie partielle en septembre

1979, le mouvement s’est progressivement vidé.

L’Association des femmes au foyer (Sao Paulo) et « les crèches de pression »

Crée par des femmes au foyer de la banlieue de Sao Paulo, l’Association travaille sur les problèmes de quartier comme les « Clubs de mères » (crèches, centres médicaux). Elles ont publié avec l’Association des femmes, groupe féministe, une bande dessinée sur le travail domestique dont la distribution est assurée sur les marchés.

L’Association est contre le salaire ménager, car cela signifierait « l’institutionnalisation de la profession » mais luttent pour des équipements sociaux (restaurants, pressings, crèches et écoles) sous responsabilité de l’Etat et pour le partage des tâches domestiques et pour des actions de formation professionnelle, ainsi qu’un salaire égal pour un travail égal.

La campagne pour les crèches, avec des pétitions destinées aux autorités, a abouti et l’installation dans quelques quartiers de « crèches de pression », selon l’expression des femmes de l’Association, est chose faite.

Le journal bi-mensuel « Brasil Mulher » et l’Association « So-ciedade Brasil Mulher » (Sao Paulo)

Crée à Londrina, Parana, en 1975 en tant que presse officielle du Mouvement féminin pour l’amnistie (MFPA), le journal Brasil Mulher s’est tourné d’abord vers la lutte pour les droits de l’homme et la mobilisation des femmes en vue d’une lutte pour les libertés démocratiques et l’amnistie.

Aujourd’hui cette association organise des femmes politisées dont la plate-forme « lutte de classes » est liée au choix de l’activité envers les travailleuses : salaire égal à travail égal, formation professionnelle aux femmes, sécurité d’emploi aux femmes mariées et enceintes, crèches gratuites dans les usines et les quartiers, contre le travail de nuit et les heures supplémentaires pour les tra-vaüleurs(euses), contre le programme contraceptif du gouvernement, pour

BRESIL les libertés démocratiques, l’amnistie générale, l’Assemblée constituante et contre la dictature militaire.

Le journal « Nos mulheres » et le Groupe Nos Mulheres (Sao Paulo)

Premier journal féministe brésilien, Nos Mulfteres est paru en juin 1976 à l’initiative d’un groupe de femmes de Sao Paulo : Ayant dès le début une orientation féministe claire, les articles de Nos Mulheres étaient basés essentiellement sur des inverviews et des témoignages de femmes travailleuses, exprimant de multiples formes d’oppression.

Pendant trois ans le journal est paru irrégulièrement, et en 1979 il s’est divisé en deux groupes : Nos Mulheres, dont le projet est de lancer une revue féministe et l’Association des femmes orientée vers le travail dans les quartiers populaires.

L’Association des femmes de Sao Paulo

Groupe de féministes se revendiquant de l’autonomie du mouvement, l’Association est composée d’environ vingt femmes qui se proposent d’approfondir les questions centrales de la construction du mouvement des femmes au Brésil.

Un certain nombre de publications ont été rédigées et diffusées par l’Association, plusieurs d’entre elles, tirées à 5 000 exemplaires, sont épuisées. Des bandes dessinées (travail domestique) et des brochures (le mouvement femmes au Brésil, le mouvement féministe en Espagne, les femmes et le syndicat en France et en Espagne, etc.). Elles participent activement aux différentes activités de quartier et du mouvement.

Centre de la femme brésilienne, Rio de Janeiro (crée en 1975)

Les femmes du Centre s’organisent dans un premier temps en « groupes de réflexion » sur le féminisme et ensuite s’orientent vers les problèmes des femmes travailleuses (1978).

Trois points sont considérés prioritaires par le Centre, les trois points votés comme axes centraux dans la « Rencontre nationale des femmes » réalisée à Rio le 8 Mars 1979 et le « 1er Congrès de la femme de Sao Paulo j) réalisé aussi le 8 mars 1979 : 1. crèches ; 2. salaire égal à travail égal ; 3. lutte contre le programme gouvernemental de prévention des grossesses « à haut risque ».

D’autres groupes existent, comme le Groupe féministe 8 Mars, le Collectif féministe de Rio de Janeiro, le Mouvement pour la participation de la femme, Lesbos féministe, le Mouvement des femmes pour la libération (MOMULI) de Rio Grande do Sul, Pro-Mulher, etc. Ces groupes se multiplient surtout à Sao Paulo mais des femmes commencent à s’organiser par dizaines à Belo Horizonte, à Bahia, à Recife, etc.

Ces différents groupes n’ont pas encore de coordination nationale, ni une presse centralisée. Mais à partir du 8 Mars 1979, une coordination s’est formée à Sao Paulo pour mener des campagnes unitaires et pour préparer le 8 Mars 1980 et il existe aujourd’hui une coordination à Rio.

Coordination des groupes de femmes de Sao Paulo

Créée après le 8 Mars 1979, pour mener les trois campagnes décidées à la Rencontre nationale de Rio et au Premier congrès des femmes de Sao Paulo (crèches, programme gouvernemental contre la grossesse à « haut risque », salaire égal à travail égal) la coordination des femmes répond à un souci de centralisation du mouvement. Elle regroupe pour la discussion sur le thème pour le 8 Mars 1980 (proposition en débat: la violence contre les femmes) tous les groupes présentés ci-dessus, plus des représentantes du Front national du travail (organisation syndicale mixte) des femmes du syndicat textile, chimie et du syndicat de journalistes (un groupe femmes de journalistes regroupe cent femmes environ), Lesbos féministe, etc.

En dehors de ces structures, il faut faire mention aussi des événements ponctuels, mais non moins significatifs, qui ont enrichi ces dernières années le mouvement : en dehors de la rencontre des femmes de Rio et de Sao Paulo le 8 mars 1979, il faut citer le 1er Congrès des ouvrières de la métallurgie de Sao Bernardo (400 femmes y ont participé) en janvier 1978 et le 1er Congrès des ouvrières de la métallurgie de Sao Paulo en septembre 1979 (150 femmes y ont participé). Plusieurs « Semaine de la femme » ont été organisées par les associations féministes et les groupes dans les universités et les centres urbains.

Aujourd’hui les thèmes concernant le féminisme et l’oppression des femmes apparaissent souvent dans la presse, même non féministe, et des thèmes non véhiculés avant commencent à apparaître dans le débat : la violence contre les femmes, la sexualité, la lutte pour la légalisation de l’avortement, l’homosexualité.

Contre le sexisme dans le travail, une manifestation a eu lieu de mille femmes à Rio pour protester contre le licenciement d’une employée de bureau qui avait protesté contre son patron (journaliste d’un grand quotidien de Rio) qui lui avait peloté les seins.

Aujourd’hui une campagne pour l’avortement libre a commencé à Rio, où des féministes du collectif de femmes de Rio se sont constituées partie civile dans le jugement de deux femmes qui avaient fait un avortement clandestin et qui avaient été interpellées par des policiers à la sortie de la clinique. Une manifestation a été réalisée devant le tribunal où leur procès doit se dérouler, le 1 6 janvier avec la participation d’une quarantaine de femmes du Collectif et quelques militantes du Centre de la femme brésilienne. C’était la première manifestation pour la légalisation de l’avortement au Brésil, en réaction à l’emprisonnement des deux femmes, plus leurs amis, plus le médecin et l’infirmière qui avaient été accusés d’avoir pratiqué l’avortement. Le compte rendu de cette manifestation a été publié en première page des journaux et a été diffusé par la télé et la radio nationales.

Il y a trois millions d’avortements clandestins par an au Brésil. L’avortement en clinique coûte de deux à cinq fois le SMIG. Les articles 126 et 124 du Code pénal punissent celles (ceux) qui ont pratiqué ou subi un avortement à des peines de prison d’un à trois ou quatre ans.

Plusieurs tracts ont été diffusés sur ces prisons exigeant la libéralisation de l’avortement.

(Pour cette IIIe partie de l’article, « Groupes féministes et féminins » nous nous sommes basées essentiellement sur les textes suivants :

— Cercle femmes brésiliennes (Paris). Quelques questions sur la situation de la femme aujourd'hui au Brésil (1979);

— « O movimento de mulheres no Brasil » Cadernos da Associaçao das Mulheres n° 3, août 1979 ;

— « As Mulheres se Organizam », Elizabeth Lobo, in « Em Tempo », (hebdomadaire) 23-29 août 1979, n° 78).

Maria do Carmo et Rosa

Une erreur sur cette page ?