LA CFDT ET LE DROIT A L’EMPLOI
L’art de fermer les yeux. . . droit des femmes àl’emploi
Le congrès confédéral CFDT de Brest, en mai 1979, adoptait un texte rappelant la place des femmes dans la société� et la situation actuelle des travailleuses :
« Aujourd’hui, la volonté des femmes d’exercer une activité professionnelle n’a pas besoin d’être démontrée... Patronat et gouvernement spéculent, souvent avec succès, sur la répartition traditionnelle des tâches entre hommes et femmes dans la famille et la société... pour leur faire accepter, compte tenu de leurs charges de travail, de l’absence d’équipements collectifs et d’un urbanisme adapté, la réduction individualisée du temps de travail ou les horaires spéciaux réduits avec diminution du salaire, le mi-temps, le temps partiel, des contrats particuliers, etc. »
Mais, au moment où le patronat et le gouvernement restructurent à tour de bras, il faut plus qu’une déclaration pour défendre le droit à l’emploi des femmes.
sur les attaques contre le
Pourtant, la direction confédérale de la CFDT n’a jusqu’à maintenant proposé aucune mobilisation contre la loi sur le temps partiel. Pire, un accord tacite se dégage presque implicitement de l’article paru sur ce sujet dans Syndicalisme hebdo du 27 novembre 1980 : « Ce désir de beaucoup de salariés, la CFDT le comprend et agit, non pas pour freiner le développement de cette forme d’organisation du temps de travail, mais pour l’entourer de garanties pour ceux qui souhaitent y recourir » (sic).
Ainsi, Edmond Maire et les instances confédérales, sous prétexte de prendre en compte les aspirations de chacun(e) à disposer de temps libre, s’adaptent allègrement aux solutions « d’aménagement du temps de travail » proposées par le patronat et le gouvernement, au lieu d’impulser la lutte collective pour la réduction massive du temps de travail sans perte de salaire (cf. la volonté pressante de la direction de déboucher sur un accord avec le CNPF sur ce point, alors que la quasi-totalité des syndicats y était opposée. On a évité de justesse la signature).
Ce qui fut refusé hier est-il acceptable aujourd’hui pour les femmes ?
Décidément, la direction confédérale a la mémoire courte. Le congrès de Brest n’avait-il pas refusé à une très forte majorité une réduction du temps de travail avec perte de salai- re ! Pourtant, cela n’empêche pas la direction confédérale de faire une distinction entre travail à temps partiel tel qu’il est proposé et réduction du temps de travail avec perte de salaire. Quelle différence y a-t-il ? Qu’on nous la montre, nous ne la voyons pas !
A moins que ce que l’on refuse pour l’ensemble des travailleurs soit acceptable pour les femmes, parce qu’elles sont femmes justement ? Il faut être franc en effet. Dans la Fonction publique, ce sont les femmes (dans 99 96 des cas) qui ont adopté le mi-temps. La loi sur le temps partiel est avant tout et à l’évidence une loi destinée aux travailleuses en vue de rentabiliser les plages de présence et de généraliser les « salaires partiels ». Accepter un salaire diminué pour les femmes, c’est entériner leur situation de dépendance économique et c’est faire deux pas en arrière. On croyait pourtant que la notion fallacieuse de « libre choix », prônée en son temps par la CFTC à propos de l’emploi des femmes était bel et bien révolue à la CFDT. Mais voilà qu’elle resurgit comme un vieux démon et, cette fois, sous la plume des syndicats de la branche assurances qui prétendent que le libre choix des femmes est assuré par la garantie formelle, intégrée à la loi sur le temps partiel, de la possibilité de revenir au temps plein. Formule de dupes s’il en est, dont il n’y a vraiment pas lieu de se féliciter.
Pour nous, le critère à prendre en nnmntp lorcnn’on vise le « olein emploi », c’est celui de l’indépendance économique. Au regard de ce critère, le travail à temps partiel ne garantit pas le droit à l’emploi des femmes.
De quels choix peut-il s’agir lorsque ce que l’on propose c’est, soit rester à la maison, soit travailler à temps et à salaire partiels ?
Qui peut oser parler de libre choix dans ce cas ?
Le droit à l’emploi des femmes incompatible avec la gestion de la crise
La non-prise en charge du droit à l’emploi des femmes par la direction confédérale n’est pas un hasard. Aujourd’hui en effet, se battre pour concrétiser ce droit comme pour la baisse massive du temps de travail est incompatible avec la gestion de la crise qui est, au fond, l’objectif de la direction. Le droit à l’emploi des femmes ne fait pas partie des revendications « réalistes » pour Edmond Maire.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’attitude de la direction dont le seul objectif concernant la loi sur le temps partiel est la garantie du retour au temps plein (pourtant illusoire en période de restructuration). Ainsi, avant même qu’elle ne s’applique largement dans la Fonction publique, la CFDT a déjà, de fait, avalisé cette nouvelle loi.
Pour notre compte, nous ne doutons pas que si nombre de travailleu- ses acceptent la solution du temps partiel, c’est parce qu’elles ne font pas confiance aux syndicats pour organiser une lutte efficace pour la réduction pour tous du temps de travail. La lutte pour la satisfaction de cette revendication suppose un affrontement avec le pouvoir, de chasser Giscard, champion des mesures démagogiques à l’égard des femmes. Mais se battre pour le droit à l’emploi des femmes impose de se battre simultanément pour d’autres conditions de travail pour les femmes, pour les équipements collectifs et y compris pour la répartition des tâches ménagères...
Ce combat est difficile car il exige une lutte idéologique quotidienne, en même temps que la préparation d’une mobilisation d’ensemble pour un emploi pour toutes et pour tous, pour la réduction massive du temps de travail.