Ainsi, après la France, ce sera au tour de la Hollande de connaître les contradictions d’une situation où l’avortement est légalisé mais avec de tels obstacles, de telles restrictions que les possibilités pratiques d’avorter n’en sont pas améliorées. Le 28 avril dernier en effet, le Parlement a voté, à une voix de majorité, (démocrates-chrétiens et libéraux), la légalisation de l’avortement mais avec de telles limites que l’opposition refusa de cautionner cette loi (à la différence de ce qui s’était passé en France).
Jusque-là en effet, l’avortement était illégal mais toléré depuis six ans si bien que des milliers de femmes, venant de toute l’Europe (France, Espagne, Allemagne...), se rendaient chaque année dans ce pays pour y subir un avortement, faute de trouver une solution dans leur propre pays. Un véritable et scandaleux trafic financier a d’ailleurs permis à de nombreuses cliniques privées de s’enrichir en quelques années sur le « ventre des femmes » et d’être aujourd’hui florissantes.
Le gouvernement ne pouvait tolérer plus longtemps ce « désordre » d’autant que dans plusieurs pays voisins (France, Grande-Bretagne, Italie...) des lois venaient d’être votées qui réglémentent strictement le droit à l’avortement.
Les féministes hollandaises étaient hostiles au projet de loj et l’ont tait savoir par dizaines; de milliers, le 30 mars dernier, mais cela n’a pas empêché le vote définitif de cette loi.
Sur bien des points, on peut la comparer à la loi Veil-Pelletieif de 1979 : les femmes qui désirent avorter devront respecter un délai de réflexion de cinq jours après la première consultation (ce délai est ramené à quatre jours dans le cas où le premier médecin ne veut pas pratiquer l’intervention). Cette clause vise évidemment non seulement à dissuader les femmes hollandaises mais aussi les « étrangères », ces « touristes » de passage pour quarante-huit heures.
De la même manière, l’avortement ne sera pas remboursé par la Sécurité sociale. Enfin, comme en France encore, les femmes et les médecins qui enfreindront la loi seront passibles de prison.
D’un côté pourtant, cette loi est plus libérale que la française : l’avortement est autorisé jusqu’à vingt et une semaines contre dix en France.
Sur une question décisive, la loi hollandaise est beaucoup plus rigoureuse : c’est le médecin qui en définitive décide au bout des cinq jours de réflexion si sa cliente est en état de « besoin » physique ou moral tel qu’elle doit avorter. Une autre solution (l’abandon sans doute) devra être explorée avant que puisse être envisagé l’avortement.
Ainsi, peu à peu, une législation sur l’avortement tend à s’établir et à s’unifier au niveau européen, reconnaissant formellement le droit à l’avortement tout en multipliant les obstacles et les restrictions pratiques.
C’est au niveau européen aussi que la lutte doit se mener pour la liberté totale de l’avortement et de la contraception.