C’est en août 1975 que le C.I.V.G. (Centre d’interruptions volontaires de grossesse) de l’hôpital de Tours ouvre ses portes sous la responsabilité d’un chef de service, le Professeur Weil. En effet, le Professeur Soutoul, chef du service de gynécologie, bien connu pour son hostilité farouche à l’avortement, refuse de s’en occuper.
Le fonctionnement du centre se heurte immédiatement à des problèmes matériels épineux (pas d’infirmière, pas de conseillère, pas de surveillante, pas de places en nombre suffisant, pas de possibilité d’avorter sous anesthésie, etc.). Des tensions permanentes marquent les relations avec le service du Professeur Soutoul.
Néanmoins, grâce à son enthousiasme, à son travail collectif, l’équipe du centre répond à la demande des femmes de la région. Elle assure les avortements, développera contraception et attache une importance particulière à l’accueil des femmes.
Après trois ans de fonctionnement, les médecins (vacataires) demandent la nomination d’une infirmière. L’administration de l’hôpital nomme des infirmières inadaptées au service, « voire profondément hostiles à l’avortement », ce que refuse l’équipe du centre.
Dès lors, le Professeur Soutoul fait véritablement campagne contre l’équipe du centre en vue de prendre le contrôle de la pratique des avortements dans cet hôpital. Il veut, en particulier, systématiser les commissions qui sélectionnent les cas de femmes en « détresse », contrairement au texte de la loi qui reconnaît en dernière instance à la femme le droit de décider si elle veut ou non interrompre sa grossesse.
Pour cela, tous les moyens sont bons. Dans la presse, fleurissent les articles calomniant les médecins du centre accusés d’être « incitatifs » à l’avortement et de « mélanger l’avortement, le sexe, Che Guevara, Karl Marx et les Khmers rouges », de dépasser les délais légaux. L’enjeu de la manœuvre est clair : obtenir le démantèlement du centre de telle sorte que Soutoul puisse reprendre le contrôle des I.V.G.
En réplique à la campagne de Soutoul, huit des dix médecins du centre décident d’intenter une action en justice pour diffamation.
Le procès débute le 13 mars 1980. Il y aura trois audiences et, au bout de six mois, le 5 juin 1980, Soutoul sera relaxé au bénéfice de la bonne foi, et pour « la pureté des buts recherchés » qui anime ses propos !
En revanche, les attendus du jugement officialisent une interprétation extrêmement restrictive de la loi et mettent en cause la pratique « collectiviste » des médecins. Les plaignants deviennent des accusés ! (encart p. 9).
Les huit médecins font immédiatement appel, soutenus par le Planning familial, le S.M.G. (Syndicat de la médecine générale), l’A.N.C.I.C. (Association nationale des centres d’I.V.G. et de contraception).
Le 16 mars 1981, le cour d’appel d’Orléans confirme le jugement du tribunal de grande instance de Tours du 5 juin 1980 : Soutoul est relaxé! Seule consolation, les attendus du précédent jugement ont été modifiés.
Pendant ce temps, menaces et tracasseries se multiplient contre le personnel du centre de Tours. Le 11 février dernier, deux membres du personnel (une secrétaire et une aide-soignante) sont avisées qu’elles sont arbitrairement mutées. Les médecins décident alors la grève illimitée pour obtenir la suspension des licenciements, la nomination d’un médecin responsable praticien favorable à l’avortement (en remplacement du professeur Weil démissionnaire), la possibilité de « pouvoir continuer à travailler dans de bonnes conditions, en équipe ».
Aujourd’hui, les mutations ont eu lieu et un nouveau service va s’ouvrir, pourvu de moyens matériels conséquents. Mais, sur les quinze personnes volontaires qui se sont proposées pour animer ce nouveau centre, treize ont été exclues !