La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

AVORTEMENT— USA

U.S.A. : Crédits de guerre contre crédits pour l’avortement

Cahiers du féminisme, n° 16, été 1981 · p. 12 · 554 mots

La remise en cause du droit à l’avortement ne date pas d’aujourd’hui aux U. S. A. Depuis que la crise économique frappe les pays capitalistes, partout la bourgeoisie explique qu’il faut « faire des choix ». Aux Etats-Unis, ce sont les crédits sociaux qui ont été principalement visés.

Ainsi, en 1976, à la suite de l’« Amendement Hyde » (1), le nombre des avortements bénéficiant de l’aide sociale a été réduit de 95 %. Des centaines de milliers de femmes ont ainsi été privées du droit d’avorter parce qu’elles étaient pauvres. Ce fut particuliè- geant l’autorisation des parents pour les mineures. Le gouvernement de New York s’est empressé de déclarer que lui-même était favorable à une telle loi...

Toutes ces atteintes au droit à l’avortement se font au nom de la « protection de la famille et des adolescentes ». Presqu’au même moment (le 15 février 1981), l’Etat du Connecticut a mis fin à l’aide financière qu’il accordait à l’avortement sauf... « en cas de viol, inceste ou quand la vie de la femme est en danger » et le 15 mars, l’Etat de Géorgie prenait la même décision...

mencé à discuter d’une loi ayant pour objet les « Droits de l’homme » et la définition officielle et légale du foetus comme « personne humaine ». Si une telle loi passait, tous les avortements deviendraient automatiquement hors la loi !

Reagan a, bien sûr, déclaré qu’il approuvait ce projet de loi. Mais face à ces menaces, extrêmement inquiétantes, un nombre croissant de femmes se sent concerné, et la volonté de résister à ces attaques s’exprime de plus en plus. Ainsi, l’Association nationale pour le droit à l’avortement (National Abortion Rights Action League), qui compte cent mille membres, a annoncé qu’elle avait gagné dix mille nouveaux adhérents depuis l’élection de Reagan. De nombreuses manifestations ont déjà eu lieu, le 8 Mars dernier notamment.

Manifestation en défense du « libre choix » des femmes

Marche du mouvement « Laissez les vivre »

LJ. S., à Washington.

Manifestation en défense du « libre choix » des rement vrai pour les noires et les femmes d’origine « latino ».

Mais, depuis l’élection de Reagan en novembre dernier, les choses se sont aggravées. On sait que son programme prévoit une réduction significative des dépenses de l’Etat à l’exception des dépenses militaires qui, elles, ne cessent de croître. Si aucune loi nouvelle concernant l’avortement n’a encore été adoptée à l’échelon fédéral (ce qui ne saurait tarder), des dispositions nouvelles ont été votées au niveau des Etats, qui restreignent de manière très sensible le droit à l’avortement. Ainsi, le 23 mars dernier, la Cour suprême des Etats-Unis a reconnu comme constitutionnelle la loi votée par l’Etat de l’UTAH exi-

Ainsi, aujourd’hui, il ne reste plus que neuf états (outre le dis- femmes.

trict de Columbia) pour financer l’aide médicale à l’avortement.

Mais d’autres attaques encore sont prévues. Les législateurs, par exemple, sont en train de discuter d’un projet de loi concernant les employés de l’Etat fédéral et leurs ayant-droit ; cette loi éliminerait l’avortement des soins pouvant bénéficier de la couverture sociale.

Si cette loi était adoptée, ce sont cinq millions de femmes qui seraient touchées.

Une autre mesure à l’étude prévoit de couper toute subvention fédérale aux organismes réalisant des avortements ou même diffusant simplement les méthodes et techniques d’avortement. Enfin, en avril dernier, deux sous-commissions du Sénat ont corn-

Marche du mouvement « Laissez les vivre » U.S., à Washington

Notes

  1. (1) L’amendement Hyde de 1976 a été reconnu comme constitutionnel par la Cour suprême des Etats-Unis en juin 1980. Il autorise les Etats à supprimer le «Medicaid » pour la plupart des avortements. Le «Medicaid » est un fond d’Etat destiné à financer les soins médicaux pour les personnes à faibles revenus. La décision de la Cour suprême remet ainsi en cause une précédente décision de la Cour suprême de 1973 qui reconnaissait aux femmes la liberté d’interrompre une grossesse comme un droit constitutionnel.

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