La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Liberté pour Li Shuang !

Cahiers du féminisme, n° 18, décembre 1981 - janvier 1982 · p. 1 · 524 mots

Au moment même de la visite officielle en Chine de M. Jobert, Li Shuang, une jeune femme de vingt-cinq ans, arrêtée le 9 septembre 1981, était condamnée à deux ans de « rééducation par le travail ». Il n’y a pas eu de procès puisqu’il s’agit là d’une « mesure administrative » à la discrétion de la Sécurité publique. Sans motifs ! Elle est peintre, membre d’un groupe d’artistes « non conformistes » et fiancée à E. Bellefroid, un sinologue attaché à l’ambassade de France à Pékin.

Le sens de cette décision est clair. Après la vague d’arrestations opérée de mars à mai derniers parmi les animateurs des revues non officielles issues du Mouvement démocratique, la direction chinoise veut montrer, une fois de plus, que la période « libérale » fin 1978-début 1979 est close ; qu’aucune contestation, pas même artistique, ne sera dorénavant tolérée.

C’est à l’heure actuelle une préoccupation constante du pouvoir à Pékin. Cette mesure intervient alors que se développe la campagne de critique des « tendances au libéralisme bourgeois » ; campagne initiée par le Journal de l’armée de libération et concentrée contre l’écrivain communiste Bai Hua. A son propos, Deng Xiaoping déclarait, le 17 juillet : « Si le parti ne peut faire respecter la discipline par un de ses membres, comment se ferait -il respecter par le peuple ? ». L’enjeu est clair et il est vital pour la bureaucratie chinoise.

Le Mouvement démocratique a en effet ouvert une brèche dans la domination sans partage du parti ; il importe de la colmater au plus vite. Début août, le bureau de propagande du Parti communiste tenait une réunion, la première de ce genre depuis la chute de la « bande des quatre » : la nouvelle campagne était officiellement lancée. Plutôt que renouer avec la tradition maoïste, elle illustre, au-delà des tensions et rivalités internes, la politique de l’actuelle direction : pragmatisme et ouverture économique sur fond de crise, d’une part (constitution de « zones spéciales », décollectivisation des terres, coopération économique avec le Japon, coopération militaire avec les Etas-Unis) , rigueur et fermeture idéologique sur fond de répression, d’autre part (arrestation de dissidents, procès et exécutions publics, etc.). Politique qui n’est pas sans rappeler celle de la direction soviétique de la fin de l’ère khrouchtchévienne.

En outre, en frappant une personne en relation avec les « diables d’étrangers », la direction chinoise choisit de dire plus : aucune protection ne met à l’abri des foudres du parti. De ce point de vue, la condamnation de Li Shuang a également une vocation extérieure, à rapprocher notamment de la mise en garde adressée il y a quelques semaines aux correspondants de presse étrangers. Preuve que la bureaucratie chinoise reste très sensible aux appréciations qu’elle suscite. Elle voit par conséquent d’un mauvais œil apparaître au sein de l’opinion publique internationale un courant déterminé à soutenir le combat engagé en Chine pour les droits et libertés démocratiques. Il faut le renforcer.

Une délégation s’est rendue à l’ambassade le 26 novembre.

Une pétition continue à circuler. Pour la signer et la faire signer, contactez le comité Li-Shuang 35, rue Censier, Paris 75005.

Une erreur sur cette page ?