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Bordeaux : Deux groupes femmes d'entreprise

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 31-32 · 1 428 mots

à t'USINE et au BUREAU

!

A Bordeaux:

deux groupes femmes d’entreprise

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Bordeaux ; deux entreprises différentes. L'une usine de la métallurgie avec 60 % de femmes, l'autre 60 % de femmes aussi mais il s'agit d'une cité administrative de 2 000 personnes.

Dans les deux, existe un groupe femmes, groupes bien différents môme s'ils rencontrent les mêmes problèmes. Ce sont les problèmes de la création, de l'existence de ces groupes (de) femmes dans les entreprises que nous voulons soulever ici, ainsi que les réactions qu'ils peuvent y susciter.

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« Tout a démarré... »

« Chez nous, dit Maité, tout a démarré après la grève de 1974. Les femmes ont dû à la fois se défendre du patron et de l'ambiance de l'atelier. Reprendre le travail, c'était impossible, et on a commencé par avoir des débats sur la lutte. Une femme qui était chef de chaîne a démissionné de son poste parce qu'elle ne pouvait plus supporter sa position et ce, d'autant plus que des relations autres étaient en train de se créer dansj'atelier...

Puis on a ressenti le besoin de se voir en dehors de l'atelier, de sortir en boîte de nuit par exemple. La première fois, on a invité des tas de gens, contre l'avis des maris !... Puis on a essayé de formaliser les réunions, et on s'est donc regroupé avec les femmes d’une autre usine du secteur, nous y allions à deux seulement et on tournait.

Chaque fois qu'il y avait un problème, on se réunissait à part, et on discutait : de tout, des mecs en général, des mecs de l'atelier, des autres femmes, du ménage... Mais on restait au niveau de l'atelier. Mais si le groupe n'existait pas en tant que tel, on étaient connues comme un groupe de femmes, très sûres d’elles et surtout très solidaires...

Mado : le groupe cité s'est créé, lui, à l'initiative de filles qui étaient déjà en groupe ailleurs. La * cité , c’est 2 000 personnes dont une majorité de femmes divisées par le travail dans différents services. Le syndicat n'est pratiquement animé que par des hommes, if n'y a pas de vie intersyndicale, et pourtant la seule commission syndicale femme qui pourrait exister ne pourrait être qu’intersyndicale. C'est là qu’on voit l’importance que pourrait avoir le groupe femmes dans l’unification des femmes.

Le groupe femmes dans la botte

Mado : On était un petit nombre au début, et les seules interventions étaient liées à ce que faisait le mouvement des groupes centralement. Par exemple on a distribué un tract à la cantine pour le 8 mars, mais dès que les copines se sont retrouvées toutes seules,, elles ont dû subir des agressions insoutenables de la part des mecs. Certaines ont même dû s'enfermer à dé dans leur bureau pour avoir la paix... Maintenant on est connues, certains commencent à discuter, à nous accepter. D'autres prennent le tract et après nous traitent de lesbiennes ! Evidemment on nous attaque jamais quand on est en bas à quatre ou cinq, mais dès que les copines sont rentrées dans leur bureau, ça y va !...

Ma'ité : Jamais ils n'oseraient dire ça chez nous. Par exemple à un cours féminin (de l'entreprise NDLR) on a imposé un débat sur la mesturbation. Une fille en a parlé à un mécano qui a fait semblant de se branler dans l'atelier. Là-dessus, le groupe a déboulé chez les mécanos et lui a passé en public une engueulade mémorable / Dès qu'H y a un problème, on se voit. En ce moment, il y en a une qui est en journée, mais dès qu’elle a un problème, elle vient voirie groupe et son chef ne lui dit rien...

Mado : Voilà ce qu'on voudrait arriver à faire. C'est pour ça qu'on aimerait bien avoir une rencontre avec les au- très groupes d'entreprise, pour voir comment par exemple vous, vous avez imposé ça.

A ta Cité, une copine s'est fait passer ta main sur le cul dans un couloir, et c'est une pratique courante. Elle a répondu « merde ! », puis elle s'est dit : « J'aurais dû riposter, le gifler... ». Elle a culpabilisé cette absence de réactions. Mais ce qui est important, c'est que plusieurs personnes lui ont dit : « S'il recommence, dis-le nous, on ira lui casser la gueule.

Marté : Nous, c'est ça en permanence dans l'atelier. Mais ce qu'il y a de bien c'est que les femmes ne viennent plus me chercher et moi seule, mais viennent chercher les filles du groupe. On est beaucoup moins ensemble, mais on se voit pour confronter notre vécu avec celui des autres et c'est vraiment de mieux en mieux...

« Quelle intervention avoir ? »

Mado : Le problème est bien quand même quelle intervention avoir. Comment grossir, comment s'adresser aux autres femmes de la boite... Par exemple à la Cité, il y a les horaires variables. Presque toutes les femmes sont avec un supérieur hiérarchique, homme, presque toujours, très proche d'elles. Tout est individualisé. Elles ne peuvent pas s'arrêter de travailler comme ça toutes seu-

groupes femmes bordeaux

les. Pour qu'un étage s'arrête, il faudrait vraiment qu'il y ait un gros mouvement.

Maïté : Nous on s'arrête. Pendant un temps on a été rejetées par l'atelier parce qu'on était tellement unies ensemble qu'il y avait comme une jalousie des autres, mais ça a changé. Si le groupe n'intervient pas vraiment, il vit dans l'usine. Les femmes viennent nous voir, et ça fait partie de la vie quotidienne de l'usine. Ce n'est pas formel et organisé, mais on est vraiment comme un poisson dans l'eau là-dedans. D'un autre côté évidemment les filles pendant longtemps ne voyaient pas la nécessité d'aller aux coordinations des groupes, ne s'en sentaient pas partie prenante, et du coup ne voyaient pas non plus la nécessité d'intervenir dans l'usine, de s'adresser aux autres. H a fallu un an pour que le groupe vende le journal du mouvement de Bordeaux (rue Sainte-Catherine) au centre ville, et toutes, on était très heureuses, ça a revigoré le groupe ; enfin on a fait quelque chose ! Pourtant nous faisions appel au mouvement, mais il n'était pas capable de prendre en charge nos problèmes.

Mado : On avait décidé de faire une réunion ouverte entre midi et deux heures dans une salle de café. Premier problème, on n'a pas trouvé de café. De plus on voulait la centrer sur le viol, mais on l'a repoussée, vu que fin janvier, il y a le forum agressions-viol. On a demandé une coordination des groupes d'entreprises pour appeler à ce forum. On a pensé faire une table de vente devant la cantine...

Nous, on se réunit en dehors du temps de travail, le soir, et bien sûr, c'est vrai qu'on ne peut proposer ça à la plupart des femmes qui habitent à 30 ou 40 km et rentrent le soir. Entre midi et deux, on n'a que trois quarts d'heure, et il y a donc des discussions qu’on ne pourra avoir faute de temps. Evidemment on n'est pas comme un poisson dans l'eau, vu qu'on est éclatées dans toute l’entreprise et qu'on se voit en dehors.

Marté : Ils peuvent nous mettre aux quatre coins de l'usine, on se verra quand même... Sinon on peut plus tenir !

Mado : Ça commence aussi. Par exemple une fille avait sa sœur qui devait avorter. Tout le groupe l’a su dans la journée par téléphone et on a prévu toutes les solutions, par téléphone, toujours.

Maité :Au début on nous appelait quelque chose comme la maffia, ou la bande à Bonnot... On étaient rejetées par les femmes qui vivent quotidiennement avec nous, en particulier les plus âgées. Dès qu'elles ont compris qui on était, elles ont aussi compris que notre existence mettait en cause la misère de la vie qu'elles avaient mené. Et cette remise en cause, elles n’avaient ni la force, ni la possibilité de la faire... Leur vie est foutue.

Heureusement, il y a eu la commission Planning. H y a eu des débats sur ta ménopause. Toutes les femmes de l’usine y sont venues ! Deux filles du groupe y sont allées, et ça a été très chouette. On a expliqué que la ménopause, c'était pas la fin ; qu'elles avaient encore leur place dans l’usine, dans le syndicat.

La CGT demande la retraite à 55 ans pour les femmes. Ça correspond à la ménopause. Ça signifie que, après ça, on ne sert plus à rien... Place aux jeunes... !

Mado et Malté.

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