Quelles femmes s'inscrivent à l'ANPE ?
Ce sont principalement les travailleuses directement touchées par la crise, celles qui sont licenciées des Petites et Moyennes Entreprises ou qui proviennent de branches comme le textile. ' ce sont les futures chômeuses, les jeunes de 18-20 ans, qui sortent du CET, de filières relativement peu variées,
Parmi les autres catégories de femmes qui s'inscrivent, il y a principalement des femmes veuves, divorcées ou mères célibataires, pour qui travailler devient vi- ta*-Beaucoup d'entre elles n'avaient pas de « qualification » et elles étaient embauchées, parfois depuis longtemps (10, 15, 20 ans) comme employées aux écritures, vendeuses, sur la base de quelques connaissances en dactylo ou comptabilité. Elles reviennent alors sur le marché du travail avec une formation dévaluée qui ne leur sert à rien. Comme en plus, elles ne relèvent pas du régime ASSEDIC, ne touche pas d'allocation chômage, elles n'ont absolument pas la possibilité de se faire payer une formation. La seule possibilité qu'elles ont, ce sont les formations du type « retravailler »d'E.Su\\erot, formations quasi bidons, destinées principalement aux mères de famille et qui rivalisent de médiocrité, n'assurant quasiment aucun emploi par la suite. D'autres « formations » ont été mises en place au moment de l'opération Giroud, rien de très neuf ni de très original : secrétariat, santé, vente... En dehors de ces quelques formations rémunérées par l'Etat, les femmes qui en ont les moyens peuvent se payer dans d'innombrables organismes privés, des formations plus cotées, plus spécialisées : un CAP d'aide-comptable pour 6 000 F par exemple à la Sté Compta Crance.
La plupart desfemmes qui viennent à l'ANPE espèrent voir changer leur situation, soit quitter leur « foyer », soit acquérir une formation et/ou un emploi plus intéressant. Mais en fait peu de possibilité leur sont réellement offertes. En dehors des formations privées ou réservées aux mères de famille, il reste les FPA. En principe, elles sont aussi bien ouvertes aux femmes qu'aux hommes. Sauf qu'une femme par exemple qui obtiendrait une FPA de tourneur, serait bien en peine de trouver une place dans une entreprise aujourd'hui. L'autre jour, nous avons inscrit une femme peintre en bâtiment, employée depuis dix ans dans l'entreprise d'un ami. Elle avait mis du temps à s'apercevoir qu'en échange de la formation qu'il lui avait donnée, il l'exploitait plus qu'il n'était permis. Elle a donc démissionné. Depuis deux ans, elle n'a pas trouvé de boulot. On l'appelait bien pour des devis, mais on ne lui confiait jamais de travaux ! Par contre une jeune femme africaine s'est inscrite pour une FPA de conducteur de travaux en nous expliquant qu'au Dahomey il manquait des techniciens et que par conséquent, toute femme qualifiée pouvait facilement trouver du boulot. A n'en pas douter l'ouverture d'une série de branches est une question d'impératif économique. Penser en France une conductrice de travaux, c'est quasiment de la fiction !
La plupart des débouchés en matière d'emploi pour les femmes n'existent que dans des branches « féminisées », ce qui signifie que la majorité des FPA ouvertes aux femmes recoupent les mêmes sphères d'activité !
Et comme les centres sont éparpillés dans toute la France, inutile de dire qu'ils ne constituent pas une réelle incitation des femmes à la formation professionnelle (charges familiales, etc.).
Les conditions de travail
Sur cette question aussi les organisations syndicales restent pour le moins timorées. La Charte femme CGT en est un bel exemple qui ne revendique la suppression du rendement que pour les seules femmes enceintes, se contentant de mettre en avant « la réduction des rythmes et cadences de travail » et des temps de pause pour les autres travail-leur(euse)s.
Or le problème du rendement, des cadences concerne tout particulièrement les femmes. On constate que plus le % de femmes est important dans une entreprise, moins on trouve de travailleur (euse)s mensualisé(e)s. Est-ce un hasard ?.
Mais le chapitre des conditions de travail pose d'autres problèmes en ce qui concerne les femmes. La CGT l'a bien compris qui avance dans sa Charte femme I ’« arrêt des brimades, vexa -dons, amendes ... » ainsi que le « respect de la dignité des femmes et des jeunes filles ». Ces revendications sont particulièrement importantes ; le fait que la CGT les mette en avant donne la mesure des changements intervenus dans la vie même des entreprises et des sections syndicales. Qu'il s'agisse des comportements sexistes des petits chefs ou des collègues de boulot, ou qu'il s'agisse de revendications comme l'octroi de 2 jours de conges mensuel au moment des << règles » (revendication obtenue dans certaines entreprises mais que les femmes ne prennent pas, soit par ignorance de l'existence de ce droit, soit par crainte des réflexions sexistes et des démarches à faire pour l'appliquer)... une lutte peut et doit être menée. Il ne s'agit pas là de simples batailles au jour le jour ou de simples dénonciations mais d'une dimensions de la lutte quotidienne menée sur l'entreprise.