La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Pour la baisse massive du temps de travail

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 13 · 673 mots

Le refus d'avancer la revendication du plein emploi est l'écho directe du refus d'avancer les « 35 heures tout de suite ». A ce niveau, le programme commun et les plates-formes syndicales font preuve de cohérence.

Sur dette question, c'est le Parti socialiste qui s'est montré le plus clair. Reprenant les calculs gouvernementaux sur les incidences en matière de création d'emplois d'une réduction du temps de travail à 38,7 heures hebdomadaire, Ro-sanvallon, a, dans la revue « Faire », constaté qu'une telle mesure ne créerait que peu d'emplois. En effet, la baisse de productivité par travailleur(euse) n'étant pas proportionnelle à la réduction du temps de travail, et une baisse de la consommation s'ensuivant par suite de la réduction des salaires (sic !)... ce ne sont pas 560 000 emplois qui seraient créés (chiffre obtenu si l'on ne prend pas en compte les deux données pré-citées) mais seulement 180 000 !

On le voit, dans ses calculs, le PS raisonne exactement dans les mêmes termes que le gouvernement et ne lie pas la revendication de diminution du temps de travail à l'amélioration des conditions de travail... c'est-à-dire qu'il raisonne avec un maintien du rendement, des cadences et avec baisse de salaire parallèle à la baisse du temps du travail, vidant ainsi la revendication de toute sa substance.

Pour nous, à travers la revendication des 35 heures, c'est le partage du travail entre toutes les mains ouvrières qui se pose. Mais au delà, c'est aussi le pro-blèmè des conditions de vie et de travail, le problème du dégagement d'un temps libre accru permettant seul aux travail-leur(euse)s de prendre en main leurs propres affaires.

« Réapprendre à vivre », voilà le débat ! Dans un livre récent, « travailler deux-heures par jour », un travailleur effectuant les 3/8 raconte comment la réduction forcée du temps de travail a été vécue dans son entreprise. Dans un premier temps (passage de 48 à 40 heures pour « raisons économiques »), les travailleurs ont essentiellement réagi par rapport au problème financier, les salaires ayant été — profits obligent ! — amputés. Pourtant, lorsque la deuxième réduction d'horaires est intervenue (de 40 à 32 heures), tout à changé : « petit à petit les gars se sont sentis mieux et ça a été un phénomène de récupération incroyable. On a fait une réflexion plus ou moins tente, mais ia notion de fric a vachement perdu d’intensité... Au bout d'un moment... on s'est mis à apprécier les 32 heures ». Et curieusement, alors même que les travailleurs connaissaient une chute de salaire importante, le travail au noir, pratiqué massivement par les travailleurs de l'entreprise, a baissé !

Cet exemple est intéressant parce qu'il montre que ce n'est que lorsque la réduction du temps de travail a été importante, que les travailleurs se sont interrogés sur leur travail, sur la vie qu'ils menaient. Pour les femmes, le problème est plus aigu encore. Le fait que ce 'soit avant tout des sections syndicales d'entreprise où le personnel féminin est majoritaire qui avancent les 35 heures, est clair. Certes, les femmes y voient avant tout la possibilité de mieux concilier travail extérieur et travail au sein de la famille... Mais comment en serait-il autrement quand elles passent 6 heures par jour en moyenne aux tâches ménagères contre 1,5 heures pour les hommes, soit quatre fois plus ? Pourtant, on peut poser une question : si les femmes étaient plus libres de leur temps, s'il leur était « donné » de pouvoir « souffler » un peu... ne relativiseraient-elles pas plus les tâches ménagères, ne les remettraient-elles pas plus en cause en tant que lot des femmes et d'elles seules ? Les 35 heures ne sont pour nous qu'un moment de la lutte. Seule l'unité sur ce mot d'ordre, crédible pour la masse des travailleur(euse)s, pourra permettre de dépasser la revendication elle-même, d'aller au delà , d'interroger la finalité du travail, la façon dont il se déroule ainsi que les critères qui 'président « aux choix de société » (comme aiment à dire nos gouvernants).

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