La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

La lutte pour le droit au travail des femmes

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 12 · 1 159 mots

comme « solution individuelle » faceà des problèmes qui concernent toutes les femmes (mais aussi les hommes), s'il doit être dénoncé comme moyen pour la bourgeoisie de libérer des emplois et de ne pas développer les équipements col: lectifs... Il n'empêche qu'il reste souvent la seule solution entre les enfants à élever et le travail inintéressant, pénible, fatiguant et peu rémunéré. Dès lors, s'en tenir à une simple dénonciation reste inefficace, quand on ne mène pas par ailleurs une lutte résolue pour enrayer la politique de la bourgeoisie.

Or il nous faut constater qu'une des revendications prioritaires en matière d'emploi — celle du plein emploi — est absente des plates-formes syndiclaes CGT et CFDT (ce qui, pour cette dernière est un véritalbe recul). Les propositions (200 000 emplois nouveaux de titulaires dans le secteur public pour la CFDT, 500 000 emplois publics en trois ans pour la CGT) ne peuvent même pas prétendre résorber le chômage actuel... Pourtant, faire l'impasse sur cette revendication, c'est faire l'impasse sur le problème des « femmes au foyer » des femmes « en cessation temporaire d'activité » comme on a coutume de dire. C'est dénier aux femmes un véritable « droit au travail » dont l'inscription aux plates-formes revendicatives n'est plus du coup que de pure forme, c'est favoriser toutes les solutions de débrouille individuelle.

Selon Edmond Maire, si les femmes étaient toutes placées dans les conditions de travail de la région parisenne, deux millions de plus travailleraient ; s'il y avait développement des équipements collectifs et des emplois disponibles partout, encore un ou deux millions de plus travailleraient !...

Comment se fait-il alors qu'entre le discours d'Edmond Maire et la plateforme CFDT, la revendication du plein emploi se soit purement et simplement volatilisée ?

Une des raisons justifiant ce silence, serait, en quelque sorte \'« irréalisme » de la revendication : créer un, deux, trois, quatre millions d'emplois... que ne voilà-t-il pas un maximalisme dangereux ? A n'en pas douter, les propositions syndicales, tout comme celles du

PC et de PS, sont beaucoup plus raisonnables !

Mais une question mérite d'être posée : les femmes peuvent-elles se satisfaire d'une perspective qui remet à demain tout ce pour quoi elles luttent aujourd'hui ? Peuvent-elles se satisfaire, à l'heure où la bourgeoisie joue sur l'intox, de demi-mesures ?

Et il ne s'agit pas là d'une ommission involontaire. Les violons sont bien accordés. La Charte femme CGT, elle aussi, se montre discrète et se contente de revendiquer la « création d'emplois nouveaux en nombre suffisant »,

C'est bien connu, les statistiques ne reconnaissent comme demandeuses d'emploi que les personnes inscrites officiellement à l'ANPE. Or nombre de femmes ne s'inscrivent pas au chômage, sûres qu'elles sont de ne pas trouver d'emploi... Mais que se passe-t-il quand des » offres d'emploi » arrivent sur le marché du travail ? Le Comité du travail féminin constate que « l'accroissement de l'offre d'emploi locale mate des actifs potentiels à se porter demandeurs effectifs d'emploi sur le marche du travail » et donne l'exemple de la création d'un hypermarché à Nantes en mars 1975. Alors que 300 emplois seulement étaient offerts, 4 000 candidats potentiels se sont manifestés, 1 200 déposant formellement leur candidature... El le comité note : » la publicité faite pour cette operation a fait rentrer dans le circuit officiel de l'emploi un nombre important de demandeurs et notamment de femmes — qui jusque là ne cherchaient pas de travail ou bien le faisaient par demarches personnelles... La proximité du Heu d'implantation a stimule les candidatures feminine : en tout 850 ».

Les disparités régionales

C'est dans la region parisienne que le taux d'emploi des femmes est le plus élevé : 49,6 %. C'est aussi là qu'il y a la plus « grande diversité » d'emplois (le taux de chômage est lui de 5,1 %). Cinq régions connaissent un sous-emplois important : il s'agit du Languedoc-Roussillon, de la Bretagne, de \‘ Aquitaine, du Poitou-Charentes et du Limousin. C'est le Languedoc-Roussillon qui détient le « record » avec un taux d'emploi des femmes de 26,7 et un taux de chômage de 12,3 (1976

C'est une région qui a vu une baisse importante de sa population paysanne sans que se créent parallèlement des emplois industriels en nombre suffi sants, une région qui possède un sec teur tertiaire « hypertrophie » comportant une importante population de ca dres moyens, dont la femme reste le plus généralement à la maison. Pour les femmes qui veulent travailler, ne sont offerts que des postes peu qualifiés, peu intéressants et très mal rému -nérés.

D'autres régions ont connu d'importantes récessions : c'est le cas du Nord et du Nord-est (régression des vieilles industries) ainsi que de l'Ouest et du Sud-ouest (récession dans les régions d'industrie récente aux emplois en génépi peu qualifiés : électronique, agro-alimentaire... ).

Si toutes les femmes s’inscrivaient à l'ANPE

C'est le cas de la majorité des femmes sans emploi et de la plupart de celles qui — pour des raisons économiques — sont obligées de rester au foyer ! D'un certain point de vue c'est tout à fait compréhensible. Des milliers, voir des millions de femmes sont persuadées qu'elles ne trouveront aucun emploi et comme l'ANPE n'apporte de ce point de vue aucune aide, qu'elles n'ont droit à aucune allocation pour la recherche d'un emploi, on comprend bien que peu de femmes dépensent de l'énergie pour se faire recenser comme chômeuses, c'est la seule reconnaissance que leur procurerait l'ANPE !

Beaucoup de femmes ont résolu de se débrouiller toute seule, pour trouver dans leur quartier, des travaux occasionnels, qui leur permettent d'améliorer l'ordinaire ! D'autres encore ne voient pas l'avantage qu'il y aurait d'avoir un emploi dont le salaire ne parviendrait même pas à compenser frais de gardes et travaux domestiques ! Nombreuses sont celles aussi qui n'ont guère le loisir ou les moyens (que faire des enfants ?) de venir pointer régulièrement, d'aller voir les employeurs quand par chance il y a des propositions, mais avec toutes les chances pour essuyer des refus !

Et puis surtout il y a l'isolement, l'habitude de se considérer hors du circuit (vous savez le fameux « moi je ne travaille pas ! »), la résignation à se reconnaître hors du champ social, que renforce l'isolement de chacune dans son foyer. Nous donner comme objectif de faire apparaître cette situation économique et sociale des femmes, est un axe tout à fait important pour faire avancer le droit des femmes à l'emploi, depuis trop longtemps masqué par leur rôle (de) domestique !

Il est de la responsabilité du mouvement des femmes, des associations locales (associations de locataires, association syndicale des familles, etc.) de favoriser l'inscription à l'ANPE de toutes les femmes sans emploi, et cela en liaison avec le personnel des ANPE.

C'est aussi un des moyens de revendiquer une allocation chômage égale au SMIC pour toutes celles qui cherchent un emploi en leur donnant ainsi la possibilité matérielle de le chercher.

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