La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

Un droit sans cesse remis en cause

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 11 · 909 mots

Une solution pour la bourgeoisie : le mi-temps

Le « droit au travail » des femmes reste un droit en pointillé. Dernières embauchées, elles sont aussi les premières licenciées. Leur travail ne serait qu'un travail d'appoint, un simple élément d'amélioration de la « vie des ménages »... A l'heure de l'austérité, à l'heure du plan Barre, leur retour au foyer serait donc « normal ». Mais les femmes, en masse, refusent cette perspective quitte à venir grossir les rangs des chômeurs ; il est significatif à cet égard de constater que l'augmentation des taux d'activité. de la population féminine se soit traduite avant tout par une augmentation du nombre des chômeuses.

Face à la résistance des femmes, face à leur refus de quitter le « marché du travail », la bourgeoisie cherche des solutions. Parmi elles, le mi-temps semble bénéficier d'une grosse cote ! Celui-ci serait, parait-il « souhaité » par nombre de femmes.

Le travail à mi-temps (ou à temps partiel) est peu développé en France, contrairement à d'autres pays européens (Grande Bretagne, Suède...). Il est avant tout pratiqué dans le commerce où l'utilisation, sur de courtes durées, de la main-d'œuvre est particulièrement rentable : on satisfait à la demande aux heures de pointe, sans s'encombrer de trop de personnel aux heures creuses !

Mais, au delà des avantages qu'en retirent les employeurs, il y a les désavantages qui, eux, sont le lot des travailleur (euse)s à temps partiel : faiblesse du salaire (ce qui du coup renforce la notion de « salaire d’appoint » pour les femmes, les premières utilisatrices du mi-temps), maintien dans les plus bas échelons, absence totale de promotion. J. Hollaire, pourtant favorable à la « solution », constate dans « l’emploi des femmes » (1) que « le travail à temps partiel exclut toute possibilité de promotion. En effet, au cours d’une enquête menée dans divers pays... nous n'avons jamais rencontré une seule exception : tout espoir de promotion est en fit interdit à ces travailleurs ».

Mais le problème ne se circonscrit pas à ce seul niveau : « Faut-H considérer que le temps partiel est un accident de parcours ? interroge J. Hallaire. En Allemagne, au Danemark, en Suède, des représentants des employeurs du secteur industriel partagent cet avis. H leur semble que l’appel à la main d’œuvre féminine à temps partiel permet de rétablir un équilibre du marché de l’emploi momentanément rompu. Que cet équilibre se rétablisse et ta femme mariée retournera à son foyer ». Et le problème est bien là :

— soit par manque de ressources en main-d'œuvre, on propose aux « femmes au foyer », le mi-temps, solution temporaire, « transitoire »... les appelant ainsi sur le marché du travail pour les renvoyer demain ;

— soit, comme c'est le cas aujourd'hui en France, on le propose aux femmes qui s'obstinent à vouloir travailler, alors même qu'on n'a plus besoin d'elles... faisant d'une pierre deux coups : on camoufle et déguise le chômage et on « permet » aux femmes de concilier plus aisément travail et famille (s'épargnant ainsi de développer des équipements collectifs I)

Renvoyer les femmes à leur « rôle traditionnel », voilà le véritable propos du gouvernement. Pourtant, « solution » contrainte pour certaines, le mi-temps est effectivement souhaité par d'autres. Ce sont en général des femmes employées, mères de jeunes enfants qui utilisent la formule, les femmes ouvrières, peu qualifiées, se retirant plutôt de la production. De fait, le salaire de l'ouvrière est le plus couramment insuffisant pour couvrir les frais de garde ; elles sont donc contraintes d'arrêter officiel- lement leur travail, quitte à pratiquer nombre de petits boulots non déclarés ménages, gardes d'enfants, nourrices, etc... poursubveniràleurs besoins tant il est vrai que la perte sèche d'un salaire est le plus souvent insupportable. La bourgeoisie, bien évidemment couvre d'un voile pudique tous ces faits.

Mais le « choix » du mi-temps, ou des petits boulots clandestins n'est pas lié à la seule nécessité du salaire. Il est aussi revendiqué parce qu'il permet de ne pas perdre complètement pied par rapport au monde du travail, au monde extérieur, parce qu'il permet de sortir de ses quatre murs. Dans ce sens, le mi-temps bénéficie d'une certaine popularité.

Un livre noir sur l'emploi

Un livre noir sur l'emploi des femmes va sortir. Réalisé à l'initiative d'un collectif, la décision de sa réalisation avait été prise lors des Etats Généraux pour l'autogestion.

Le livre est plus un recueil de témoignages qu'une somme d'analyses. Il commence par un petit historique du droit au travail des femmes, une situation du chômage aujourd'hui avec quelques exemples régionaux. Puis, c'est le vécu du chômage avec des exemples à Lip. On passe ensuite aux problèmes de la formation des femmes que ce soit au CET ou dans les FPA. Viennent alors une série de témoignages sur des métiers, des faux métiers parce que conçus comme des travaux d'appoint, pour des salaires d'appoint ;

Mais on peut difficilement parler de droit au travail des femmes sans parler du sexisme et des luttes à mener contre. C'est l'objet d'un chapitre entier. Pour conclure, plusieurs luttes ; dont celle de la CIP.

Ce livre noir sur l'emploi des femmes est peut-être inégal, certes insuffisant. Il permet néanmoins d'engager bien des discussions sur une revendication qui, pour, qu'elle soit satisfaite, nécessite de remettre en cause la place des femmes dans la société.

Ce livre sortira vers le 15 février aux éditions Syros.

Notes

  1. (1 ) J. Hallaire, Le travail des femmes, l’emploi des femmes. Paris -Séminaire syndical régional. 1970.

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