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i f « Questions féministes » se présente comme « une revue théorique féministe radicale » Un long éditorial la délimite clairement : « A peine né, ou plutôt re-né, le nouveau féminisme est menacé dans son sein même par une double droite : la récupération « gauchiste » d'un côté, la récupération par l'idéologie de la néoféminité, de l'autre. Ces deux courants, qui chacun à sa façon, plus ou moins déguisée, représentent les intérêts du patriarcat, sont ceux qui ont droit de cité dans les médias... »
Sur la critique de l'idéologie de la néoféminité, l'on peut se retrouver souvent d'accord avec l'éditorial. « Le courant actuel de la néo-féminité, qui attire beaucoup de femmes parson apparence constructive, peut s'interpréter comme un retour au dassisisme antiféministe, comme un piège que le patriarcat nous tend. Car notre oppression ne réside pas dans le fait de « n'être pas assez femme », mais bien au contraire dans celui de l’être trop : nous sommes empêchées de mener une existence d'individus à part entière sous prétexte que nous sommes « femmes », « différentes ». C'est le sy-tème patriarcal qui nous pose « différentes » pour justifier notre exploitation, la masquer »...
Questions féministes
« L'achoppement marxiste »
Aux courants luttes de classes, il est reproché de passer à côté des racines réelles de l'oppression. Pour « Questions féministes », toutes les femmes appartiennent à une même classe sociale au sein d'un « système spécifique par rapport au système capitaliste... : le patriarcat ». « Ce système est un système de production comportant des rapports de production particuliers entre les sexes ».
C. Delphy (membre du comité de rédac-
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REVUES tion de cette revue) expliquait déjà en 70 : « On constate l’existence de deux mondes de production dans notre société :
1 ) La plupart des marchandises sont produites sur le mode industriel ;
2) Les services domestiques, l'élevage des enfants et un certain nombre de marchandises sont produites sur le mode familial.
Le premier mode de production donne lieu à l'exploitation capitaliste. Le second donne Heu à l'exploitation familiale, où plus exactement patriarcale ». (Partisans de Juillet-Octobre 70 : « L'ennemi principal »).
Essayons de discuter point par point cette argumentation.
La production domestique
Il est vrai qu'une partie des biens et des services domestiques (une partie seulement car il en existe de plus en plus comme marchandises sur le marché) sont produits au sein de la famille par la femme. Ce travail, parce qu'il s'effectue dans un cadre totalement différent de ce qui est considéré comme travail par le système (la production pour le marché), est même la plupart du temps considéré comme du non-travail.
Mais peut-on en déduire que toutes les femmes sont dans le même situation devant cette production domestique ? C. Delphy dans l'article déjà cité de Partisans répond oui en mettant sur le même plan « les femmes de bourgeois (qui) voient leurs prestations de travail domestique réduites en faveur de prestations de représentation sociale » avec une fèhnme d'ouvrier. C'est tout de même escamoter une différence de taille I La femme de bourgois' organise le travail de « ses do- mestiques » alors que la femme d'ouvrier participe directement au travail domestique.
Les femmes de bourgeois et de prolétaires ont des points communs dans leur situation de femme : celle d'être avant tout considérées comme « maîtresse de maison », femme-mêre. Mais on ne peut dire qu'elles ont une situation sociale homogène produite par le fait qu'elles occuperaient la même place au sein du procès de travail domestique.
La crise du système patriarcal
De toutes façons, si l'on veut saisir la spécificité de la situation des femmes sous le capitalisme, on ne peut se contenter de l'analyser au travers du seul travail domestique. « Questions féministes » écrit : « les femmes au foyer ne sont pas rémunérées en fonction de leur travail, elles sont par contrat de mariage (théoriquement à vie) économiquement dépendantes de leur mari qui retire de cette dépendance un pouvoir matériel et psychologique ». Oui mais... c'est justement cette situation qui rentre en crise avec le développement du capitalisme.
Prenons l'exemple de la petite production paysanne pré-capitaliste, « modèle » du patriarcat. Le mariage y avait une fonction précise : donner à l'homme un instrument de travail dans la production familiale et un instrument de reproduction de la famille pour assurer la survie de cette unité de production. A travers le mariage, la femme devenait Dropriété de l'homme au même titre que le cheptel et la terre. Même si ce paysan travaillait dur et ne profitait pas du travail de sa femme de la même façon dont le seigneur ou le clergé exploitaient le travail d'une famille paysanne.
Le capitalisme sape les bases matérielles du patriarcat en séparant la plus grosse partie de la production de l'unité familiale. Le travail de la femme comme salariée en dehors de la famille (qui est l'aspect dominant dans le capitalisme du troisième âge) tend à faire craquer cette domination patriarcale. La femme devient « une travailleuse libre »... de vendre sa force de travail au capital et non la r -opriété de l'homme au sein d'une petite roduction familiale.
Cela ne veut pas dire que le travail en dehors de la famille rend les femmes égales des hommes. Il reste non seulement la double journée de travail, mais des formes de prolétarisation des femmes qui reproduisent leur oppression (salaires d'appoint, déqualification, métiers dits « féminins » etc...). Mais une contradiction apparaît de plus on plus entre les tendances à l'enfermement des femmes dans la famille et leur existence comme « individu libre » travaillant en dehors de la famille.
Cette contradiction se répercute par exemple au niveau des régies juridiques qui président au contrat de mariage : dans la plupart des pays capitalistes avancés la femme n'est plus considérée comme la propriété de l'homme au travers du mariage.
Une analyse matérialiste ?
Questions féministes » croit critiquer les courants luttes de classes en écrivant : « Contester sur le seul plan idéologique les mentalités et les institutions sexistes, sans fonder cette lutte sur une analyse matérialiste de l’oppression des femmes, est insuffisant. H faut relier les mentalités, les institutions, les lois sexistes aux structures socio-économiques qui les soutiennent ». L'on ne peut être que d'accord avec cette affirmation. Mais il est trop facile de prétendre critiquer la tradition marxiste en polémiquant contre l'appla-tissement qu'en ontfait les réformistes en s'appuyant sur quelques citations discutables d'Engels.
L'oppression ne se réduit pas à une simple survivance de « mentalités » datant des sociétés pré-capitalistes. Elle a des racines matérielles dans le système actuel : la place donnée aux femmes dans la famille, la façon dont les femmes participent à la production. ..etc... Mais on ne peut analyser ces racines en faisant comme s'il existait, à côté du système capitaliste, un « système patriarcal » complètement autonome. Car avec cette méthode on abandonne justement « l’analyse matérialiste » pour analyser les rapports hommes-femmes en dehors de la société dans laquelle ces rapports s'articulent.
Le problème est plutôt d'essayer d'analyser comment le capitalisme s'est réapproprié l'oppression des femmes et du même coup l'a transformé par rapport aux sociétés antérieures. Pour le faire, il ne faut pas s'en tenir à une analyse « économiste » de la société bourgeoise (c'est-à-dire réduire le mode de production capitaliste à l'analyse des rapports patrons-ouvriers), mais développer une analyse plus globale (en particulier de la façon dont le capitalisme articule production sociale et reproduction de l'espèce, rapports de production et rapports de parenté). Faute de place nous renvoyons au numéro de « Critique Communiste » qui vient de sortir sur cette question n° 20-21.
Lutte des femmes et lutte de classe
Dernier reproche de « Questions féministes » : « Pour la tendance lutte de classe, il ne s'agissait que d’ajouter diverses considérations sur les femmes, sans remettre en question le principe du monopole de la classe ouvrière, censée contenir dans sa lutte la subversion totale du système oppressif : Le capitalisme ».
Nous n'avons pas une vision mystique du rôle historique de la classe ouvrière, la croyance qu'elle est porteuse spontanément d'un projet de société communiste débarrassée de toute oppression. Ce que nous pensons, c'est que de par sa place dans la société actuelle la classe ouvrière est la seule classe capable de renverser le capitalisme et de jeter les bases d'un monde nouveau. Mais ce n'est qu'une possibilité ouverte historiquement : encore faut-il la construire. Pour y parvenir la classe ouvrière doit dépasser l'horizon étroit de sa lutte contre le patron individuel pour acquérir une conscience politique globale de la nécessité de briser l'état bourgeois. De même, elle doit dépasser l'horizon de ses revendications immédiates particulières pour s'enrichir de la lutte de toutes les couches opprimées. Et là encore, cela ne se fera pas spontanément, pourra se heurter à des réactions corporatistes de la masse des travailleurs. La seule garantie existante, c'est que ces couches opprimées s'organisent de façon autonome pour, certes se lier au combat de la classe ouvrière, mais être aussi capables d'imposer un certain rapport de force afin que leurs exigences soient prises en charge. C'est dans ce sens que nous disons qu'il faut enrichir la conscience de classe d'une dimension féministe, que la lutte des femmes doit enrichir considérablement la lutte des classes de toutes une série de dimensions qui, par le passé, ont fait souvent défaut.