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si toutes les femmes du monde...

Espagne : Entretien avec une ex-militante du M.D.M.

Cahiers du féminisme, n° 2, janvier 1978 · p. 36-40 · 4 140 mots

RENCONTRE <d<§>®

ESPAGNE entretien avec une ex-militante du M.D.M

Hiver 1975. Franco meurt. La radicalisation des femmes ne fait que commencer en Espagne. Pourtant, dès l'automne, le P.C.E. avait inscrit à son programme un chapitre concernant la lutte contre l'oppression spécifique des femmes. La définition du mouvement à impulser? Un mouvement large, ouvert à tous les courants, indépendant des partis politiques. Voilà pour les textes. En réalité, pour la direction du parti, ce mouvement c'est le M.D.M. (Mouvement Démocratique des Femmes, organisation étroitement liée au P.C., existant depuis une dizaine d'années). Libre à d'autres partis d'y rentrer s'ils le veulent.

Oui mais... Deux ans plus tard, le mouvement autonome des femmes s'est développé dans toutes les villes, en dehors du M.D.M., et parfois contre lui. Pourtant, il ne s'agit pas là de petits groupes marginaux, isolés de la classe ouvrière. De plus en plus, les travailleuses et les militantes syndicales se reconnaissent dans ses objectifs, participent aux coordinations locales. Si le M.D.M. garde une hégémonie certaine dans les groupes de ménagères des quartiers populaires à Madrid, il est cependant confronté à une mise en question toujours plus grande de ses pratiques et de son orientation dans d'autres secteurs. C'est sans aucun doute ce qui amena Carrillo, il y a quelques mois, à proposer l'adoption d'une ligne plus souple, préconisant l'entrée des militantes du P.C.E. dans d'autres groupes féministes. Rapport de force oblige...

L'interview qui suit nous à été accordée par Manuela Lopez, militante du P.C.E. jusqu'au printemps dernier. Responsable du « travail femmes » à l'Université, elle faisait partie d'un noyau d'opposition à la direction et nous explique ici pourquoi elle est jsortie du Parti. A travers l'histoire des affrontements internes au M.D.M, comme au P.C.E. sur la question de la lutte à mener 'contre l'oppression spécifique des femmes, on comprend /mieux les hésitations et là démagogie dont font preuve l'ensemble des P.C. à l'heure actuelle, confrontés à des dilemnes au'ils ne sont pas prêts de résoudre.

Récemment, le M.D.M. a participé à la rédaction d'un projet de modification de la Constitution et des lois espagnoles, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il va totalement à l'encontre de la politique de collaboration de classe pratiquée par la direction du parti avec la signature du Pacte de la Moncloa. Que ce soit à propos des exigences mises en avant pour l'égalité absolue des femmes sur le plan du travail, pour la socialisation des tâches domestiques, les congés maternité ou le système de sécurité sociale, toute la logique du texte implique une lutte décidée contre le système capitaliste. Les contradictions que cela suppose pour les dirigeantes du M.D.M. — en général membres des directions du P.C.E. — se sont vues renforcées par la défaite qu'elles ont subie récemment dans une assemblée générale du P.C.E. à Madrid, convoquée à la demande des femmes de l'opposition. La majorité des femmes présentes s'est en effet prononcée pour la position de ces dernières et contre les dirigeants du M.D.M. sur une question relative à l'absence de démocratie dans le parti. Comment maintenir l'équilibre entre l'orientation générale du Parti et les exigences de ce courant d'opposition qui n'était qu'un petit noyau il y a quelques mois, mais qui semble bien gagner de l'influence ? Qui a même réussi à imposer que la commission du parti travaillant à l'élaboration d'un texte de loi sur le divorce discute avec des représentantes de la coordination des groupes femmes de Madrid afin de présenter aux Cortès le projet le plus unitaire possible ?

L'intervention des révolutionnaires sera déterminante dans. ce débat. Pour montrer à la masse des femmes encore fidèles au P.C.E. qu'elles ne peuvent faire confiance à une direction passant des accords politiques et économiques contradictoires à tous leurs intérêts ; le droit au travail pour toutes et la création de crèches dans tous les quartiers, cela n'est pas compatible avec le maintien des intérêts des capitalistes. Une participation active des femmes à la lutte de l'ensemble du prolétariat, cela implique des règles de démocratie dont la direction du parti n'a que faire. Qu'on en juge !

Peux-tu nous dire quelle a été l'histoire du « MDM » ? Quand il est né et quels sont ses liens avec le PCE ?

Le MDM est apparu en 1965 à la faveur du changement général d'orientation politique du PCE, quand celui-ci abandonna l'idée que la dictature était un régime instable, et que l'on pouvait en finir avec elle par le moyen d'une grève générale. Cette orientation fut remplacée par une stratégie d'alliances avec des secteurs de la bourgeoisie et des groupes sociaux qui pouvaient avoir des intérêts à lutter contre le régime.

L'analyse montra que les femmes avaient des intérêts objectifs à s'opposer à la dictature franquiste, et il lança une organisation de femmes. Durant les premières années le MDM travailla surtout dans les quartiers, organisaient des groupes de solidarité. Ce sont ces groupes de femmes qui ravitaillaient les prisonniers politiques.

Les liens entre le MDM et le PCE

Quand le PCE eut une implantation réelle dans les quartiers des grandes villes, le MDM commença à travailler concrètement dans les quartiers, avec les femmes au foyer. La politique développée fut la même que ce que le MDM a fait jusqu'à une date récente : prendre en charge les problèmes spécifiques du quartier. Les femmes luttent pour améliorer l'infrastructure des quartiers, contre la hausse des prix et elles participent aux luttes générales du mouvement ouvrier.

Je pensé que pratiquement jusqu'en 1970, le MDM n'a pas rencontré de concurrence sur le terrain de la lutte féministe. Il existait des groupes très minoritaires avec des objectifs très spécifiques, presque corporatistes, comme les « femmes juristes » ou les « femmes séparées » ; et de petits groupes radicalisés qui ne proposaient pas d'alternative politique globale comme les « collectifs » (groupes de discussion) qui commençaient à se former. Au sein du MDM, il n'y avait qu'un seul noyau d'opposition : les femmes de Catalogue du PSUC, et je ne sais si c'est sur la base d'une prise de conscience féministe ou par opposition au centralisme du PC, mais en 1968-69, le MDM s'est dissout en Catalogue.

On peut dire que le MDM fut la seule organisation à implantation relativement forte jusqu'en 1975, année des premières « Journées de la femme », au moment où commencèrent à apparaître des groupes féministes susceptibles de devenir une alternative.

Les objectifs du MDM ont toujours été de travailler parmi celles qui forment la majorité de la population féminine, les femmes au foyer, — secteur analysé comme « retardé » et isolé, ne bougeant que sur les problèmes du lieu d'habitation, de la cherté de la vie, de l'éducation des enfants, etc. Le MDM s'est refusé à prendre en charge les problèmes de la sexualité, même quant aux changements dans la législation, etc... et ceci jusqu'à une date très récente.

L’émergence des groupes féministes

C'est pendant les premières « Journées » qu'apparut un groupe de femmes assez important, opposé à cette tactique. Ceci est dû au fait qu'une telle opposition ne commença à exister dans le MDM qu'avec l'apparition, à l'extérieur du PCE, de courants féministes impulsés par d'autres partis ou par des femmes indépendantes. Ce qui amena certaines femmes du PCE à s'interroger sur la ligne politique du parti.

Les « Journées » se tinrent pour riposter à « l'Année de la femme » et à l'écho que celle-ci avait pu rencontrer. De ces « Journées » sont sorties des propositions minimales : une coordination des groupes s'est formée (la « Plateforme des femmes de Madrid ») et de nouvelles « Journées » furent proposées pour novembre de la même année.

Bien que davantage de groupes aient participé à cette deuxième rencontre, son organisation reposa sur le MDM. Elle . marqua le début du débat sur le féminisme. Cinq centfemmes y assistèrent, 16 jours après la mort de Franco, dans la clandestinité. Le MDM était majoritaire, mais il y avait aussi les femmes des « collectifs », du PT, de la LCR. Le débat fut très riche et on commença à discuter des problèmes fondamentaux comme par exemple : quels objectifs se donne le Mouvement des Femmes, quel type d'organisation mettre en place ?

Le MDM, eut une attitude qui lui aliéna la moitié de l'assistance. Les deux points les plus conflictuels furent les suivants :

— le MDM voulait envoyer un message à Juan Carlos, demandant l'amnistie. La proposition des féministes radicales était d'inclure dans l'amnistie les délits spécifiques des femmes. Le MDM refusa, ne comprennent pas l'importance politique de ces thèmes.

— le deuxième conflit apparut le 2* jour, alors qu'était convoquée une manifestation à la prison de Carabanchel. Des femmes ont proposé d'aller manifester à la prison des femmes de Yeserias, où il y avaient des prisonnières politiques et des remmes condamnées pour délits spécifiques. Le MDM refusa également.

C'est-à-dire que l'alternative était la suivante : la lutte féministe est-elle une lutte spécifique, avec des objectifs spécifiques, qui s'unit à un combat général, ou bien le mouvement des femmes doit-il se fondre dans la lutte générale avec des actions de solidarité, sans mettre en avant ses besoins spécifiques ? C'est à partir de ce moment que les femmes, au sein du PCE, commencèrent à penser qu'il existait une alternative politique au MDM. C'est à Madrid qu'apparut le groupe d'opposition le plus important. A l'Université surtout. Chez quelques travailleuses et des femmes des quartiers également, mais là sans beaucoup d'incidence politique. La polémique entre l'opposition et le noyau central du MDM se fit sur deux questions :

• l'organisation du mouvement des femmes, à savoir que le mouvement devrait être unitaire, autonome, indépendant des partis politiques, et en ce sens refuser que le MDM soit une courroie de transmission du PCE. L'oppostion pensait que les femmes communistes devaient travailler dans les groupes féministes, avec les femmes des autres partis et les « inorganisées ».

• l'autre question portait sur la politique concrète du MDM dans les quartiers. L'opposition voulait tenir compte des problèmes de sexualité-contraception égalité dans letravail ; elle se préoccupait aussi de l'organisation interne des femmes dans le partîTTout cela était refusé par la direction du MDM. Les femmes communistes à l'université ont participé à une coordination féministe : AUPEM, dans laquelle travaillaient en principe tous les partis politiques et les femmes « inorganisées ». Elles tentaient de me-nér dans cette structure une intervention autonome par rapport au MDM. Après une lutte importante, elles réussirent à gagner leur autonomie dans le secteur universitaire, c'est-à-dire que les dirigeantes du MDM ne purent intervenir à l'université. L'opposition put ainsi organiser des conférences, participer à des actions contre l'avis du MDM.

L’opposition féministe universitaire au sein du MDM...

Sur quelles forces comptaient les femmes universitaires ?

Nous étions un noyau stable de quinze dans le comité politique du PCE à l'université mais nous étions représentées dans chaque comité de faculté. C'est vrai que le problème des femmes n'était pas assumé par les cadres politiques du parti, mais peu à peu les organisations universitaires ont commencé à débattre de la question. Cela à beaucoup durci les positions. Les dirigeantes du MDM ne pouvant intervenir à l'université, refusaient que les femmes dissidentes de l'université participent aux décisions au niveau national, ou se rendent dans d'autres endroits. Quant au comité provincial du PCE les seules informations qu'il recevait provenaient du MDM et comme les dirigeantes de celui-ci étaient à l'Exécutif du Comité, elles filtraient toutes les informations et l'Exécutif ignorait les positions des dissidentes. Cela ne signifie pas que les problèmes n'apparaissaient pas publiquement. Dans la coordination de Madrid, il s'avéra à plusieurs reprises que les femmes communistes de l'université et les dirigeantes du MDM avaient des positions distinctes.

... et ses répercussions au sein du PCE

Le « centralisme démocratique » n'était nullement respecté. Cette situation créa beaucoup d'affrontements, mais toujours souterrains comme il est de tradition dans tous les PC. Les oppositions ne viennent jamais à la surface. Cela dura jusqu'à la « Première Conférence Femmes » du PCE.

Celle-ci se tint en 1976, et des femmes de tout le pays et de tous les secteurs devaient y assister. Les femmes de l'université ont voulu y intervenir en présentant leur position. Avec une série de manœuvres la direction du MDM tenta de les empêcher de parler, la direction du PCE devant être présente, cela pouvait être dangereux pour les responsables du MDM de voir remettre en cause leur hégémonie. L'opposition de Madrid eut pourtant cinq déléguées, et la possibilité de s'exprimer. A cette conférence assistaient aussi les femmes des Commissions ouvrières, qui en principe étaient neutres.

Le débat fut violent et très peu éducatif. L'opposition vit ses tours d'intervention sauter, dut se lever pour intervenir à contre-temps, et dut accuser |a direction du MDM de manœuvres. Le résultat fut qu'on ne put voter. La direction du MDM voulait voter une résolution où le PCE appuyait le MDM. L'opposition refusa et annonça qu'elle écrirait publiquement que le vote de la résolution n'était pas unanime. La conférence tourna court. On décida de publier une brochure avec toutes les positions... mais celles de l'oppos-tionn se perdirent et le livre sortit avec celles de la direction du MDM :

L'opposition tenta plusieurs fois de sor- tir de l'isolement traditionnel réservé aux oppositionnels du PCE ; Il nous était très difficile de contacter les autres secteurs pour discuter et augmenter nos forces. L'objectif était d'atteindre les femmes ouvrières car sans leur appui, la bataille était perdue. Dans ce but, nous multiplions les efforts pour joindre les femmes des banques, des Téléphones, etc, et tout cela clandestinement. On ne savait pas qui nous étions, d'où nous venions... Nous eûmes des contacts avec les femmes avocates et avec les femmes des Téléphones. Nous avons demandé à exprimer notre point de vue devant le Comité provincial de Madrid, et celui-ci accepta que les femmes de l'Université soient autonome� de même que d'autres femmes qui ne militaient pas dans le MDM. La direction du MDM accepta la décision, et une commission interprovinciale fut créée. Théoriquement, il s'agissait d'un organe de direction politique pour le travail femmes à Madrid, où le secteur universitaire était représenté, mais de façon très minoritaire : une déléguée, contre trente représentantes des groupes de femmes au foyer. Parmi les travailleuses, une femme des téléphones était « neutre », mais la déléguée des banques et celle de la chimie étaient favorables à la direction du MDM. La dernière escarmouche survint au moment des élections, avec le mot-d'ordre : « le PCE est le parti de la libération des femmes ». L'opposition universitaire voulut faire alors une campagne électorale totalement différente. Mais le « Comité Provincial » s'opposa à l'autonomie car l'échéance électorale exigeait que le parti soit fort et uni. Les femmes de l'université refusè- rent de participer à la campagne et moi, je quittais le parti. Depuis les élections, et vu l'échec de la campagne menée par le MDM, la direction du PCE jugea que celui-ci était impropre à jouer le rôle attendu dans les masses féminines. La direction du PCE a compris que le MDM ne pouvait être hégémonique dans le mouvement des femmes. Il fallait trouver une alternative. Carillo avec sa finesse politique habituelle, le comprit. Il comprit qu'il était plus avantageux que les femmes communistes entrent dans les groupes de femmes à potentialité politique comme le FLM (Front de libération des femmes, l'un des groupes féministes autonomes de Madrid) plutôt que de maintenir une organisation dépréciée, figée, sans réelle implantation. « On » se décida à maintenir le MDM en changeant sa direction, avec une intervention plus souple dans tous les secteurs ; par ailleurs, les femmes communistes participent aux coordinations unitaires.

L’intégration du « féminisme » par le Parti ?

Sais-tu quelle est l'impact de cette évolution dans le parti ?

J'imagine qu'elle est diverse, selon les gens concernés. Il faut rappeler qu'au départ, la position officielle était : nous acceptons l'autonomie pour autant qu'elle ne mette pas en question l'hégémonie du PCE. Il est vrai quece dernier a commencé à travailler parmi les femmes quapd personne ne le faisait, dans des conditions objectives très difficiles. En 1965, le mot « féminisme » n'était compris par personne... Mais deux éléments ont joué dans l'évolution du parti. Jusqu'aux premières « Journées des femmes », le MDM proclamait qu'il n'était pas féministe et ne s'identifiait nullement aux mouvements parlant de l'existence de contradictions entre les sexes. En mai 1975, il distribuait encore des tracts dans les quartiers portant uniquement sur la cherté de la vie, les augmentations salariales, les feux rouges...

A partir des premières « Journées », le MDM changea de nom ; depuis cette date, il s'appelle le MDM/MLM,se définit comme féministe et reconnaît les conflits entre sexes. L'autre élément, c'est la sexualité féminine dont il a été débattu, dans le « Front des Femmes » du PCE.

Le MDM disait que la sexualité ne préoccupait nullement les femmes des quartiers, que les débats sur sexualité, contraception, avortements étaient « contre-productifs » dans les quartiers, et qu'ils étaient le fait d'une avant-garde culturelle.

Quand débuta la campagne sur la contraception, avant les élections, soutenues par les femmes des quartiers qui signaient des pétitions et assistaient en masse à des débats sur ces thèmes, le MDM accepta d'en discuter, et changea le contenu de ses tracts ! Cela veut dire que dans le PCE il y a une grande perméabilité au féminisme. Dans les discussions internes, les responsables discutèrent de sexualité, reconnurent le féminisme comme lutte spécifique et même l'intérêt de la lutte des femmes dans le parti. Cela posa vite le problème du fonctionnement du parti et de sa hiérarchie. Il apparut que la question féministe ne pouvait s'isoler de la ligne générale du PCE ; celui-ci ne peut pas s'avancer dans une direction qui le conduit à affronter des secteurs qu'il veut rallier. Comme en Italie, avec le Compromis Historique où le PCI n'a pu soutenir l'avortement (malgré les pressions de ses militantes) car il souhaitait une alliance avec l'Eglise et la Démocratie Chrétienne. Il arrive toujours un moment où s'opposent stratégie féministe et stratégie du PC.

Jusqu'à quel point la sortie de femmes du PCE, l'existence d'une opposition, a-t-elle touché les femmes des quartiers 7

Je suis pessimiste. La discussion eut lieu seulement dans certains secteurs ; les femmes des quartiers ont peu d'occasion de débats politiques et de rapport avec les autres secteurs. Dans un débat concret sur la sexualité, elles peuvent avancer, mais s'il n'y a pas d'alternative politique, tout retombe ! Or il n'y a aujourd'hui aucune alternative dans les quartiers pouvant canaliser cette réelle conscientisation des femmes. J'ai vu des femmes discuter de la sexualité, de la démôcratie interne au parti, et aussi de leurs rapports avec leur mari (militant-homme exerçant sur elle une relation de pouvoir au sein du parti) qu'il faut supplier de garder les enfants pour pouvoir aller à une réunion durant une heure. Mais ces débats tournent vite court s'il n'y a pas un regroupement des femmes travailleuses dans le secteur.

Un courant féministe parmi les travailleuses

Dans la classe ouvrière, quel rôle joue le PCE à travers les commissions ouvrières et dans toutes les entreprises où il est implanté 7

Le niveau de conscience des femmes de la classe ouvrière a fait un saut qualitatif dans la dernière annee. Des luttes comme celles de la Fiesta, Simago, In-duyco, Masa à Madrid, montrent les possibilités réelle pour que commence à apparaître un courant féministe parmi les travailleuses. Les syndicats, les grandes centrales comme l'UCàT (Union Ueneraie des travailleurs) et les CO (Commissions ouvrières), ont commencé à intervenir sur ce thème à partir des luttes de femmes. Je pense qu'ils vont avoir une fonction de frein, car le niveau de conscience des travailleuses est beaucoup plus élevé que celui des femmes des quartiers en 1965. En effet, ils vont essayer de capitaliser et de contrôler le mouvement qui pourrait surgir dans les entreprises. Mais en même temps, compte tenu du niveau de conscience supérieur, il est possible que les travailleuses réussissent à imposer une certaine autonomie. En ce sens, les assemblées d'usines, les groupes de femmes des Commissions ouvrières qui ont adhéré aux coordinations de femmes à Barcelone ou à Madrid peuvent entraîner une accélération beaucoup plus forte du processus que dans les quartiers en 65-75. Un tel développement est possible, bien que les centrales syndicales le rendent difficile.

Penses-tu que la position adoptée récemment par Carillo à propos du MDM risque de susciter une crise au sein du parti quant à l'intervention femmes 7

C'est très prévisible pour deux raisons.

La première c'est que Carrillo voulant élargir sa base politique a donné une certaine autonomie aux femmes communistes, ce qui est un pas dangereux, étant donné la politique du PCE. Il y aura une opposition dans peu de temps. Si les femmes du PCE entrent dans des organisations féministes avancées, elles vont faire surgir une série de problèmes que la ligne du PCE ne peut tolérer. Par ailleurs, la ligne du PCE, c'est de faire un pacte avec la bourgeoisie, et l'on peut prédire à coup sûr des affrontements au sein du parti. Ainsi, en Catalogue par exemple, Dolores Calvet, députée du PSUC qui est une féministe, pose une série de questions depuis quelque temps face à l'orientation du PCE. Aussi bien d'un point de vue féministe que d'un point de vue politique général.

Est-ce qu'il s'est créé une différenciation importante entre les femmes du MDM et les autres femmes du PCE qui n'y participent pas 7

Je crois que le tragique de l'affaire est justement que les affrontements entre les femmes du secteur, n'ont pas eu beaucoup de répercussion dans le reste du parti, auprès de celles qui n'ont pas d'intervention femmes. Je crois aussi que la cristallisation de l'opposition dans le PCE n'aura une fonction politique générale que si elle se produit parallèlément à un processus de conscientisation des autres des femmes du PCE. Sinon cela en reste aux femmes du secteur, cela ne jouera pas un grand rôle.

La lutte des femmes dans les partis politiques, pas seulement le PCE, aura une importance capitale ? Si cela n'est pas fait, le féminisme a peu de chances de progresser.

« s’il n’y a pas un mouvement autonome avec des forces suffisantes pour s’imposer aux partis, ceux-ci ne changeront pas. »

Tu as expliqué que tu as quitté le PCE au moment des élections depuis combien de temps étais-tu dans le parti, pourquoi as-tu décidé de sortir ? Quelles sont tes prespectives ?

Je ne suis pas un cas typique parmi les femmes de l'opposition du PCE. Je suis rentrée au PCE avec une série de désaccords sur la ligne, mais en pensant que le PCE avait une grande implantation, et de grandes possibilités de travail. Je suis rentrée en 1972 et en suis sortie pour deux raisons :

Une raison personnelle : la fatigue, surtout parce que militer avec des discussions très difficiles, sans voir d'évolution concrète, n'est pas très gratifiant.

Ensuite je suis partie car la ligne politique du PCE, avant les élections et surtout pendant les élections m'a posé de grands problèmes. Je voulais bien continuer à militer si j'avais de réelles possibilités de lutter comme féministe. Ce n'était pas le cas, je suis sortie.

Mais le problème fondamental fut celui de la courroie de transmission : que le PCE se soit présenté comme le parti de la libération des femmes aux élections, qu'il ait instrumentalisé l'oppression des femmes.

Nous pensions que le PCE n'était pas plus qu'un autre le parti de la libération des femmes. Ayant maintenu une ligne incorrecte nous ne pouvions supporter qu'il s'empare de ce qualificatif. La direction du MDM était formé de femmes qui avaient une idéologie et une politique face au féminisme qui leur faisaient préférer le parti comme « institution » aux intérêts des femmes. Cela explique que certaines d'entre nous soient sorties, ou aient pris des distances lors de la campagne électorale.

C'esttrès semblable à ce qui s'est passé dans le PCI, Lotta Continua ou le Manifesto..., qui ont tous été confronté au problème. Il y a une lutte très importante commune à toutes les travailleuses qui militent dans les partis de gauche, un travail pour changer la mentalité du mouvement ouvrier sur le féminisme, et aussi de l'avant-garde révolutionnaire et de l'ensemble des organisations politiques.

Mais s'il n'y a pas un mouvement autonome avec des forces suffisantes pour s'imposer aux partis, ceux-ci ne changeront pas.

Dans le cadre d une collaboration avec le quotidien « Rouge », les photos de cette revue ont été réalisées par

Gamma (Uzan, Rzenwald, Sebastio Salgado, Daniel Simon)

Adja (Didier Maillac, Christian Weiss)

Oiva (Gloaguen, Martine Frank, Delluc) ' Agence de presse « Libération »

Louis Peyrepertuse, « Rouge »

Marina Jacques Bie Kagan

Amnistia para los delitos especificos de la mujer

Mujer tu casa es tu carcel

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