La presse de la LCR

Archives des publications de la Ligue communiste révolutionnaire, section française de la IVe Internationale

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Francisca Da Silva : Une vie, un engagement et une espérance

Cahiers du féminisme, n° 21, octobre 1982 · p. 38-39 · 1 430 mots

Originaire du Paraiba 1 , femme, habitante d'un bidonville, ex-ouvrière agricole, ancienne ouvrière métallurgiste, animatrice d'alphabétisation depuis quinze ans. Francisca da Silva, candidate du PT à la députation fédérale de Sao Paulo nous raconte l'histoire de sa vie, de ses vingt ans de luttes.

m’a appelée pour discuter avec moi et depuis, il n’a pas cessé d’être à mes côtés. En 1975 et 1976, il y a eu une lutte pour obtenir des bus dans la région, c’est la première lutte dans laquelle je me suis engagée. En 1976, à travers le club des mères de la ville de Dutra, j’ai participé à la fondation du mouvement contre l’augmentation du coût de la vie, qui s’est développé en 1977 et 1978.

* Raconte-nous un peu l’histoire de tes luttes.

En 1972, Santana de Mangueira, dans le Paraiba, là où j’habitais, est devenue une ville et j’ai aidé alors à fonder le syndicat des ouvriers agricoles de la municipalité avec mon frère (...).

En 1976, mon mari est parti à Sao Paulo parce qu’ici tout était trop sec. Deux mois après, il est tombé malade, alors je suis venue le rejoindre. J’ai laissé mes six enfants à mes parents. Je suis allée dans le quartier du Grajau2 avec une famille du Pernambuco que je connaissais déjà et j’ai réussi à trouver un emploi dans une firme de caoutchouc (...). J’ai loué une maison et sept mois après, grâce à de l’argent que j’avais emprunté, je suis allée chercher mes enfants. Un an après, je n’arrivais plus à payer mon loyer. J’ai vendu ma petite maison de Serra Talhada, j’ai acheté du bois et j’ai fait une baraque 3. C’est là que je vis aujourd’hui encore.

Mon activité militante a commencé ici, lors d’une messe. Au moment de l’oraison, j’ai fait une oraison en l’honneur des travailleurs. Le prêtre Luis

A partir de 1977, j’ai travaillé comme ouvrière métallurgiste (...) et j’ai participé à la campagne pour l’augmentation des salaires, de 1978. L’année suivante, j’ai aidé à préparer le lancement des premières grèves mais je n’ai pas participé à ces grèves parce que mon frère Raimondo a été tué et que je suis retournée là-bas.

Il était président du Syndicat des ouvriers agricoles de Serra Talhada et il avait été traduit en justice par le grand propriétaire terrien Custodio Conrado de Santa Rita. Nous n’avons jamais retrouvé l’assassin mais nous savons qu’il a été payé par le patron.

• Et le mouvement des bidonvilles ?

En 1979, on était déjà en train de participer à la préparation de la rencontre du mouvement des bidonvilles, au niveau de Sao Paulo (...). A part cela je participe à la communauté ouvrière de base, de l’église et je suis déléguée de l’ANAMPOS -Populaire. Avec les habitants des bidonvilles, on a découvert l’importance du mouvement d’alphabétisation. Le moniteur est choisi par les habitants mêmes des bidonvilles.

• Est-ce que en tant que femme tu as rencontré des difficultés supplémentaires dans les luttes ou la vie ?

Quand j’étais déléguée syndicale (dans le Nord Est ndlt), de nombreuses fois, je n’ai trouvé personne pour me raccompagner. J’avais 18 km à parcourir à cheval jusqu’à chez moi, parfois avec un de mes enfants. J’ai été critiquée, surtout par les hommes. Ils disaient que je n’étais pas une femme sérieuse, qu’on n’avait jamais vu une

SI TOUTES LES FEMMES DU MONDE

Extrait de la plate-forme du PT pour les élections de 1982

(...) Assez de discriminations : nous sommes tous égaux.

Le Brésil que nous voulons, ce n’est pas seulement pour le peuple de quoi manger, se loger, se soigner, se vêtir et s’éduquer. La vie que nous souhaitons doit être avant tout fondée sur des rapports profondément humains, fraternels et égalitaires entre les personnes, sans aucune sorte de discrimination.

Les femmes sont traitées comme des êtres de seconde catégorie. Les pires emplois et les plus petits salaires sont pour elles, alors qu’elles sont soumises à la double journée de travail et sup-

I portent toutes les tâches ménagères. A tout moment, elles sont humiliées, non seulement comme travailleuses, mais aussi comme femmes.

Les Noirs n’ont pas les mêmes droits que les Blancs et ils sont considérés comme suspects et marginaux. Les Indiens sont traités comme des débiles mentaux et massacrés, physiquement et culturellement, sans même que soient respectées leurs réserves. Le préjugé de couleur est réel.

Les homosexuels sont humiliés et victimes de discriminations, traités comme des malades ou de cas relevant de la police.

Nous exigeons l’égalité dans les lois qui régissent la famille, le travail et la société. Le droit au travail, à la formation professionnelle et l’extension des droits au travail à toutes les travailleuses, comme les employées domestiques. Le respect à un salaire égal pour un travail égal.

Les femmes doivent avoir les moyens de choisir si elles veulent ou non avoir des enfants, ce qui implique la reconnaissance de la fonction sociale de la maternité, la distribution de moyens contraceptifs sûrs et une assistance médicale permanente.

chose pareille. Les autres femmes sortaient avec leur mari. Actuellement, à l’intérieur du pays, ils sont déjà plus évolués mais avant, la femme ne pouvait pas prendre soin de sa personne ni changer de vêtements tous les jours. Sinon on disait qu’elle courait après les hommes. Quand je suis partie, la situation avait un peu changé parce que je n’avais pas baissé les bras devant toutes ces difficultés. Quand j’ai porté pour la première fois un pantalon par exemple, mon beau-frère m’a demandé : « Ça y est, ton mari est cocu ? » C’était aux alentours de 1970.

• Et ici à Sao Paulo ?

Dans les usines, il y a une tradition : une femme qui arrive, pour peu qu’elle soit jolie, doit sortir avec le patron ou ses fils ou le gérant. Cela m’est arrivé. Au bout de trois jours de travail à la Linhatex, un des patrons, M. José, est venu me voir et m’a dit qu’il allait me raccompagner en voiture et tout ça quoi. Je l’ai envoyé balader. Je lui ai dit qu’au moment de mon embauche, j’ai présenté mes papiers de femme mariée mais qu’eux me considéraient comme célibataire et pourtant j’étais bien mariée et que s’il voulait me mettre à la porte, il pouvait le faire. Je lui ai demandé si, à Sao Paulo, une femme mariée n’avait pas le droit de manger parce qu’ici personne n’emploie les femmes mariées.

• II y en a, comme l’Union des Femmes de Sao Paulo et la Fédération des Femmes de Sao Paulo 4 qui affirment que la lutte pour l’égalité des droits, n’intéresse pas les femmes du peuple, les femmes des bidonvilles. Qu’elles ne se préoccupent que des problèmes de salaires et d’amélioration des conditions de v'c. Qu’en penses-tu ?

Rends-toi compte ! Une femme qui vit dans les bidonvilles subit une discrimination beaucoup plus importante. Elle est perçue comme une femme quelconque qui ne mérite aucun respect. Ceux qui disent qu’une femme de bidonville s’intéresse seulement aux problèmes de salaire, de conditions de vie et de logement, de crèche pour son enfant, raconte n’importe quoi. C’est une femme comme les autres. C’est lui faire subir une discrimination encore plus grande que de dire cela. Elle subit une discrimination et cela l’interroge. Elle veut être respectée en tant que femme.

* Et tes fils, ton mari ? Comment voient-ils ta participation aux luttes ?

Quand j’ai commencé à Sao Paulo, j’emmenais toujours un enfant avec moi parce que j’avais peur, je devais prendre quatre bus. Il y a un enfant qui m’accompagnait toujours et céla lui a fait perdre quelques cours. Aujourd’hui, il participe à la communauté ouvrière de base de l’église, au mouvement des bidonvilles, au P. T. et il participe à ma campagne électorale.

Avec mon mari, j’ai eu des problèmes. Quand j’ai commencé, il faisait la tête, parfois il ne me parlait plus pendant deux jours (...). Aujourd’hui, il trouve que je dois militer si je le veux, que le militantisme est nécessaire.

• Et ta candidature ?

J’ai accepté parce que j’ai ressenti cette candidature comme une mission :

faire de cette campagne un espace de mobilisation pour les luttes déjà existantes. On va lutter avec l’intention de gagner mais je n’ai aucun intérêt à être élue. L’intérêt, c’est d’être l’une des pièces du parti, de l’organisation du parti.

• Les femmes se mobilisent-elles autour de ta candidature ?

Là où je vais, dans les réunions, il y a toujours une majorité de femmes (...). Un groupe de femmes s’est constitué pour soutenir ma candidature (...).

Notes

  1. 1. Pour connaître la plate-forme intégrale du PT cf. INPRECOR N° 126.
  2. Article traduit du journal «Em Tempo », N° 156, par Josyane.
  3. 1. Etat du Nord-Est.
  4. 2. Quartier populaire de la banlieue de Sao Paulo.
  5. 3. Pratique très courante dans les bidonvilles.

Une erreur sur cette page ?